Douceur liquide

Auteur: Woshi

Disclaimer: Ni Kuroko no Basket, ni Sweet Pool ne m'appartiennent

Raiting: M pour cause de scène sanglantes et sexuelles

Genre: UA, Angst, Drame, Tragedy, School life, Romance, Yaoi, Gore, Surnaturel, Mpreg d'une certaine manière

Note: Un chapitre un peu transitoire je dirais, j'ai du mettre certains persos de côté pour en mettre d'autres sur le devant de la scène, mais je vous rassure; c'est pour qu'ils reviennent avec plus d'impact par la suite. Bonne lecture (et bonnes vacances ~)

[ Sweet Pool OST - Strain 01 ]


Le crépuscule passait à travers les fenêtres des toilettes des garçons, renforçant les tons chauds qui y étaient présents.

Bien sûr, en temps normal, ces lieux n'étaient que froideur et blancheur, la laissant relativement peu sensible aux teintes du soleil couchant. Mais cette fois-ci, il en était autrement. À travers le carrelage d'ivoire, légèrement grisé par la poussière et l'âge, venait s'écouler un flot rouge sang depuis une des cabines laissée entrouverte par son précédent occupant. Comme si ce dernier était parti en catastrophe, sans même penser à retenir la mare carmin à l'intérieur de la pièce. Non, ici elle était libre de se déverser à l'extérieur et salir le blanc du sol pour ne plus laisser une seule once de cette couleur, grignotant centimètre par centimètre l'espace à conquérir.

Ainsi, lorsque Midorima entra, il découvrit une vision s'apparentant à une scène de crime.

Pourtant, contrairement à la réaction attendue de la part de n'importe qui ayant un instinct de survie, il ne montra aucune vive réaction. Que ce soit la stupeur, l'effroi, l'horreur, le dégoût; aucune de ces émotions ne semblait venir peindre son visage ou le ton de sa voix. Sa bouche resta fermée, ses lèvres pincées, ses sourcils froncés mais rien qui pourrait faire croire qu'il venait de découvrir ce dont tout le monde avait parlé ce matin. Dans les toilettes des garçons. En sachant d'ailleurs que d'autres auraient hurlé et crié au meurtre à sa place, Shintarô était content d'être le premier et le seul pour le moment à découvrir cela. Il balaya la pièce de ses yeux émeraude pour s'assure qu'il n'y avait vraiment personne d'autre -qui aurait sans doute tourné de l'oeil- puis referma la porte derière lui avant de s'avancer.

Se moquant de salir ses chaussures dans la flaque pourpre, il posa un pied après l'autre dedans en direction de la cabine de W. -C originaire. Extérieurement, Midorima avait sans doute la même expression stoïque que que lorsqu'il marchait dans les couloirs. Cependant, intérieurement, ses sens s'agitaient, son coeur s'emballait, le forçant à serrer les poings pour ne pas trembler. En face de la petite pièce, il leva son bras pour pousser la porte, dévoilant sans surprise une concentration humide bien plus conséquente que ce qu'il vit de l'extérieur. Mais ce n'était pas ça qui l'intéressait dans l'immédiat. Rehaussant ses lunettes, il fixa le sol sans réussir à contrôler son expression faciale en se sentant si proche du but.

Une rage sans limite.

"Où te caches-tu?" Déclara-t-il d'un ton froid, comme un mercenaire face à sa cible.

Personne ne lui répondit, mais ce n'était pas une interaction verbale qu'il recherchait. Il s'agissait de quelque chose de bien plus spécial, plus un règlement de compte personnel qu'une réelle recherche de la justice. Tout son corps le brûlait d'une envie qu'il peinait à restreindre malgré toute sa volonté mentale. Son souffle se fit de plus en plus saccadé sans pourtant qu'il ne cède à la panique. Il ne savait que trop bien que céder à ses pulsions était la pire chose à faire dans ce genre de situation. Alors que son sens de la vue lui offrait l'enfer, son odorat trouvait le moyen de le torturer encore plus.

Oui, l'odeur du poison était tellement douce...

Après s'être penché pour mieux fouiller visuellement le sol, quelque chose presque fondu dans l'eau rouge finit par bouger, brisant son camouflage. Le morceau d'organe semblait avoir repris vie à l'entente de la voix de Midorima, mais ce dernier savait qu'il y avait une autre raison. La chose commença alors à gigoter pour s'éloigner du lycéen, comme si elle avait senti sa haine. Mais le jeune homme à lunettes ne lui laissa pas la chance de s'enfuir et, sans aucune hésitation, tendit la main pour saisir le morceau de chair pulsant par une extrémité. Celui-ci se mit alors à se débattre et se contorsionner, comme un ver de terre pris au pièges. Sans effet.

"Je le savais..." Fit-il à l'intention de sa proie.

Midorima le souleva jusqu'à la hauteur de son visage pour l'observer de plus près. Ses doigts étaient désormais ensanglantés par l'humidité de la chose.

"C'est donc à ça que vous ressemblez..."

Il laissa sa phrase en suspens, comme s'il réfléchissait à quelque chose alors que son expression faciale semblait presque s'être adoucie. Il s'imaginait sans aucune peine le visage terrifié de Kise face à cette immonde créature, juste avec l'aperçu qu'il eut plus tôt en le croisant au rée de chausser. En supposant que l'adolescent blond n'était sans doute pas au courant de son état, il devait très certainement être en proie à une terrible torture psychologique sur la question de sa propre existence. Cependant, loin d'être compatissant, l'adolescent vert ne put s'empêcher de rire pour lui-même à l'évocation de cette pensée. Mais ce ne fut que de courte durée.

Il refixa son attention vers la créature qu'il tenait fermement pour l'empêcher de s'enfuir, comme s'il avait affaire à une vermine.

"Vous êtes terriblement laids, personne ne voudrait rester comme ça ..."

Son geste comme ses paroles restèrent suspendus, comme s'il ne savait pas s'il devait continuer encore ce petit jeu ou y mettre fin immédiatement.

"Définitivement, vous êtes immonde!"

Sur cette dernière phrase prononcée avec tout le mépris qu'il ressentait, Midorima relâcha le bout de chair dans l'eau pourpre qui ramortit sa chute puis l'écrasa avec sa chaussure droite dans un bruit humide sinistre. Les dents serrées, il vit le sang de sa victime venir se mélanger à celui qui recouvrait le sol, des petits morceaux s'éparpillant de part et d'autre dans la flaque carmin. Ses orbes émeraude se baissèrent derrière ses lunettes pour observer l'agonie de la chose, sa respiration devenant de plus en plus saccadée. Ce geste de vengeance n'avait pas calmée sa colère. Bien au contraire. Le superstitieux était désormais hors de lui car ce qu'il venait de voir lui confirma tout ce qu'il craignait et redoutait.

Depuis le début, Shintaro les avait surveillé. Aomine et Kise. Il savait qu'ils étaient en binôme pour la corvée du ménage, et remarqua bien la manière dont le blondinet se comportait en présence du sportif et réciproquement. Mais même en sachant cela, comment cela avait-il pu arriver? Comment ce type avait-il réussit son coup avec aussi peu de contacts physiques? Surtout avec Kise, qui ne semblait rien savoir sur son propre état. N'importe qui de son genre, qu'il se contrôle ou pas, ne susciterait pas une réaction aussi vive et aussi vite sans conscience de lui-même. Midorima avait peur de deviner pourquoi. Cela le fit trembler de tous ses membres d'imaginer que ça puisse arriver ici, aussi près de lui alors qu'il avait toujours voulu s'en tenir éloigné.

Mais ce qui lui fit le plus peur, c'était la rumeur de ce matin.

En sachant qu'il surveille Kise de très près, il était sûr qu'il n'avait rien à voir avec la salle de laboratoire. En revanche, quelqu'un d'autre y était mêlé, et il craignait de deviner qui. Une seule autre personne était du même genre que Kise dans le lycée, et elle était donc la seule à avoir engendré un tel phénomène. Si tel était le cas, Midorima en connaissait un qui devait sûrement s'en frotter les mains. Cette pensée lui donna bien plus envie de vomir que tout le flot ensanglanté qui se déversait à ses pieds. Si seulement il pouvait fuir de cet endroit, loin, très loin. Mais il était pris au piège dans une cage invisible, comme tous ces malheureux imbéciles qui n'imaginaient pas ce qui les attendaient. Son impuissance le faisait rager, mais il savait qu'il ne pouvait rien y faire, ou presque...

Tremblant, il quitta le W-C où Kise avait initialement pris refuge pour tituber dans la grande salle carrelée à la recherche d'une échappatoire. Beaucoup plus atteint qu'il ne le pensait par ce flot d'émotion, il sentit sa tête tourner et s'appuya contre le mur encore blanc, les poings fermés par la fureur. Le visage transpirant et le souffle court, il posa son front contre la parois glacée, hésitant à enlever ses lunettes pour mieux supporter le contact. Il pensait pourtant être venue suffisamment armé pour pouvoir supporter cette horreur, mais il avait surestimé sa force psychologique. Après tout, il était impossible de se faire à ces choses...

Un grand son se fit soudain entendre. Celui de la porte des toilettes que l'on venait d'ouvrir.

"Shin-Chan!"

Au palier se trouvait le jeune homme aux cheveux bruns qui accompagnait toujours Midorima dans ses périples. Ce dernier sentit un certain sentiment de soulagement en entendant cette voix si familière.

"Takao..." Murmura l'adolescent vert en tournant lentement sa tête vers lui.

"Shin-chan mais... qu'est-ce qu'il s'est passé ici? Ce n'est pas toi qui as fait ça?" S'exclama le concerné en se précipitant vers son camarade pour vérifier qu'il ne saignait de nulle part.

"Évidemment que non, idiot!" Siffla Shintarô, se dégageant brutalement de son contact.

Malgré ce rejet, Takao ne se décida pas à relâcher Midorima, sachant bien qu'il refusait son assistance plus par fierté qu'autre chose. Malgré son petit gabarits, il lui prit le bras pour l'aider à se diriger vers la sortie des toilettes qui était leur première priorité. Si jamais quelqu'un d'autre avait surpris l'adolescent à lunettes au milieu de cette scène d'horreur, il aurait eu de gros soucis et sans doute lui aurait-on mis sur le dos l'incident de la salle de laboratoire numéros trois. Encore une chance qu'il eut été intentionné et pressenti que quelque chose n'allait pas quand Shin-Chan lui avait mystérieusement ordonné de rentrer tout seul aujourd'hui. Cela lui fut confirmé lorsqu'il vit au loin ce garçon blond qui ne semblait pas dans un bon état sortir ventre à terre de l'école.

Ils passèrent dans le couloir sans croiser d'élève, pour leur plus grand soulagement, puis atteignirent la cour où étaient garés les vélos ainsi que la remorque qu'il avait l'habitude de tirer chaque jour à cause de sa malchance. En effet, contrairement à ce que beaucoup pensaient, il ne faisait pas cela par générosité mais uniquement parce qu'il perdait à pile ou face. Cependant, exceptionnellement ce soir-là, il n'allait pas faire jouer Midorima. Ce dernier n'attendit pas de se faire prier pour s'asseoir à l'intérieur, et laissa Takao prendre les pédales. Bien que soulagé, il ne perdit pas de vu son objectif. Il fallait qu'il voie quelque chose, à tout prix.

Après quelques minutes de routes, Midorima se redressa pour fixer le chemin déjà parcouru. Ce même chemin qui le menait directement en enfer. Le visage en sueur, il posa ses yeux sur la main qui avait plus tôt tenu la chose ensanglantée puis la referma violemment sur elle-même, enfonçant ses ongles dans la chaire. Fermant les yeux, il posa son poing sur le front en signe de colère. Ce qu'il venait de voir était comme une déclaration de guerre à ses yeux, et il n'allait pas les laisser faire ce qu'ils voulaient sans agir. Il fallait qu'il vérifie à quel point la menace était réelle. Avec les éléments actuels, il n'allait plus pouvoir s'en sortir seul, il le savait.

"Il va falloir que je demande de l'aide à Murasakibara."

OoOoOoOoOoOoOoOoOoO

Après tous ces événements, Kuroko était rentré chez lui et s'était effondré dans son lit, remettant au petit matin ce qu'il aurait dû faire en soirée et évitant soigneusement tout contact avec ses parents.

C'est pourquoi le lendemain, il arriva pratiquement en cours les mains dans les poches, l'esprit vide d'émotion. Il se dirigea comme à son habitude directement vers son pupitre sans prêter soin à ce que disaient ses camarades. Il se rendit compte d'ailleurs que cela faisait déjà quelques jours qu'il ne discutait plus vraiment avec Kise. D'habitude, le jeune homme blond serait venue le voir immédiatement pour lui raconter ce qui lui était arrivé la veille, ou se plaindre une énième fois de son état physique, preuve paradoxale que sa santé s'améliorait. Mais désormais, c'est la solitude et le silence autour de lui que l'adolescent aux cheveux bleus électrique devait supporter à la place de ces bavardages.

Tetsuya ne l'avouerait jamais publiquement, mais cela lui manquait.

Ses discussions avec Ryouta lui donnaient le sentiment éphémère qu'il n'était pas quelqu'un d'anormal, que même lui pouvait avoir un contact humain avec les autres sans risquer de dévoiler sa vraie nature. Par un heureux coup du hasard, Kise ne semblait pas sensible à lui, et donc Kuroko pouvait interagir avec lui librement sans crainte. Cela lui était réellement reposant mentalement, et maintenant qu'il avait perdu ce seul échange, il se rendait compte à quel point ce fut important pour lui. Il aimerait croire que ce n'était qu'une crise passagère, à cause de la condition de Kise et son propre problème, mais il savait au fond de lui qu'un lien s'était inconsciemment brisé entre eux.

Savoir que Kise ne pourra jamais vraiment être proche de lui, être un véritable ami l'attristait, mais il ne pouvait rien y faire. C'était dans sa nature, et Kuroko ne pouvait lutter contre sa véritable nature. Au mieux la dompter, mais jamais la surpasser. C'est ce qu'il s'était toujours dit. Mais il n'en était plus aussi sûr désormais. Il repensa à sa conversation avec Aomine malgré lui, et ne put s'empêcher d'esquisser une grimace. Son camarade d'infortune n'était pas mauvais. Mais ils n'avaient pas le même point de vue sur leur condition, ni la même opinion. Leur destin ne pourra en être que différent, mais personne ne faisait de bon ou de mauvais choix. Juste un choix.

La sonnerie retentie, signalant la fin d'un cours que Kuroko ne vit même pas passer.

Il remarqua alors que c'était aussi l'heure du déjeuner.

Bien sûr, à ce moment de la journée, il n'avait que deux choix; rester en classe en attendant que les deux heures passent jusqu'au prochain cours, n'ayant de toute façon pas faim, ou errer dans le bâtiment scolaire à la recherche, non pas de compagnie, mais peut-être d'un endroit un peu moins renfermé. Lorsque le garçon aux yeux ronds passa à côté d'un groupe de lycéens en train de commérer, il préféra ne pas s'attarder sur le sujet de leur discussion étant donnée ce qui en avait résulté la dernière fois. Il savait très bien que cette histoire allait mettre un long moment avant d'être oubliée, en supposant qu'il n'y ait pas d'autre accident d'ici là...

Préférant ne pas chercher plus que cela ce que faisait Ryouta, le plus petit passa son chemin sans le regarder, le sachant aussi mal à l'aise que lui et quitta la salle de classe aussi rapidement qu'il put.

Une fois seul dans les couloirs, il se mit à déambuler parmi la troupe d'adolescents qui se dirigeaient soit vers la cafétéria, soit vers la cantine. Kuroko ne choisit ni l'un, ni l'autre, sachant les lieux bondés à cette heure-ci et se contenta de prendre une brique de lait à un distributeur posé au coin d'un escalier. Ce dernier, montant et vide, semblait d'ailleurs l'inviter à l'emprunter alors que le garçon-fantôme ne se souvenait pas l'avoir déjà pris une fois. Eh bien, ce n'est pas comme si l'adolescent invisible avait réellement envie de descendre, surtout en sachant qu'il risquerait de croiser Midorima dans les jardins. Regardant autour de lui, Tetsuya finit par monter les marches unes à unes avec une certaine boule au ventre, comme s'il découvrait un lieu secret.

Au bout de son périple, il se retrouva face à face avec une grosse porte métallique, généralement comme celles des sorties de secours, coupe-feu et donc imperméables au bruit. Une petite vitrée floue laissait passer un éclat de lumière de l'extérieur sans toutefois donner une vision claire de l'autre côté. Kuroko compris alors qu'il avait pris un escalier menant au toit de l'école, endroit généralement interdit d'accès aux élèves. Le doute le submergea alors. Certes, il venait de trouver l'emplacement idéal pour passer un déjeuner tranquille, mais en même temps ne risquait-il pas des ennuis si jamais un professeur le surprenait? Enfin, de toute façon, c'était à supposer que le personnel du lycée soit assez négligent pour laisser la porte ouverte à n'importe qui...

C'est ce que se dit Kuroko en poussant la grosse poignée qui fit grincer la porte vers l'extérieur, lui envoyant un courant d'air froid en plein visage.

Sa surprise de découvrir que l'entrée était effectivement libre fut précédée de celle de découvrir que quelqu'un occupait déjà cet espace. Assis contre le grillage qui recouvrait sur quelques mètres de hauteur l'ensemble du toit pour éviter de malheureux accidents, il était installé tout au fond occupé à dévorer un énorme sandwich qui ne devait certainement pas être vendu à l'école. Kuroko n'eut pas besoin de s'approcher pour reconnaître le propriétaire de cette tignasse rouge sang, surtout avec l'aura qui s'en dégageait, la faisait ressentir même d'ici. Quelquefois, le hasard pouvait être bien farceur.

Oubliant totalement les risques qu'il prenait à occuper le toit sans autorisation, il referma la porte déjà violée derrière lui et s'approcha sans réfléchir.

Comme prévu, Kagami ne le remarqua pas avant qu'il ne se retrouve en face de lui, tournant la tête après avoir senti qu'il n'était plus seul. Évidemment, le plus grand des deux lâcha un cri assez rude avant de s'énerver contre le plus petit qui resta impassible face à sa colère d'avoir été surpris. Une fois la querelle passée, un silence assez pesant tomba entre les deux. Kuroko se doutait bien à quel point son camarade devait se sentir mal à l'aise depuis ce qui se passa dans la salle de laboratoire numéro 3 et lui-même avait assez honte. Sans doute le rouquin devait avoir une très mauvaise image de lui désormais.

Cela relevait même du miracle que Taïga n'ai pas décidé de partir immédiatement pour ne pas passer une seconde de plus avec un pervers comme lui...

"Je peux m'asseoir?"

Son interlocuteur ne devait sans doute pas s'attendre à cette question, car il le regarda sans voix. À cause du fait que Tetsuya ait demandé une chose aussi simple, ou qu'il l'ait fait sur un ton aussi anodin? Il ne le savait pas. Néanmoins, l'adolescent aux yeux sombres grommela une réponse affirmative en détournant son visage du bleuté. Ce dernier s'installa à côté de lui sans rien ajouter. Ils restèrent assez longtemps comme cela, Kagami continuant de dévorer son sandwich et enchaînant tout de suite après sur un deuxième, faisant s'interroger sur la nature de son estomac, et Kuroko le regardant faire, sa brique de lait toujours fermée à la main.

Kagami ne savait pas comment réagir face à lui.

Cet avorton agissait de manière étrange depuis le début, à commencer par cette fois dans les escaliers. Ce n'était pas du harcèlement, vu son gabarits, mais il l'avait quand même enlacé, et collé son corps qui plus est. Il ne comprenait pas ce qui avait poussé son camarade à agir de la sorte. Mais il avait senti une espèce de pulsion. Un mouvement incontrôlable. Et puis, une douceur. Et une froideur. Le corps de Tetsuya lui était apparu étrangement froid pour un corps humain. Certes, sa température corporelle ne devait être basse que d'un ou deux degré par rapport à la norme, mais cela fut suffisant pour qu'il le sente, et surtout, qu'il trouve ça étrange en cette saison de l'année.

"Dis-moi, tu l'as vu?"

Il fallut quelque temps à Taïga pour comprendre ce dont son compagne voulait parler. Bien évidemment, il n'y avait pas mille choses qui pouvaient être concernées dans cette situation.

"Je n'ai pas vu de sang... ni le reste..." Répondit-il, incertain.

Bien sûr, il s'était enfui juste après Kuroko sans prendre le temps de regarder. Qui plus est, la pièce fut dans le noir à ce moment-là, donc même s'il avait voulu regarder, il n'aurait sans doute rien vu. Cependant, il ne fallait pas être très intelligent pour savoir qu''il ne s'agissait pas d'une coïncidence si ces choses étaient apparue juste après la visite du jeune homme. L'hypothèse la plus simple serait alors de penser qu'il fut blessé à cet instant, et que ce sang était le sien. Mais si tel était le cas, alors une trace de sang aurait suivi ses pas après qu'il soit parti. Il n'en était rien. L'autre hypothèse serait que Tetsuya a tué quelqu'un et dissimulé le corps mais là encore, en repensant à la situation dans laquelle il l'avait surpris, le rouquin y croyait peu.

Il était peut-être mauvais dans les études et à côté de la plaque pour beaucoup de choses qui ne concernait pas sa passion, mais il n'était pas non plus totalement stupide.

"Tu n'étais pas dans ton état normal..."

Cette réponse étonna bien plus celui qui l'avait formulée que celui à qui elle était destinée. Alors qu'il ne devrait plus vouloir avoir à faire avec ce type, voilà qu'il lui cherchait des excuses alors qu'il cachait peut-être des cadavres dans son placard...

"Je dois te répugner, non?" Demanda Kuroko, toujours aussi impassible dans sa voix.

Kagami se posait la même question. Il avait beau tenter de se raisonner, d'assembler tout ce qu'il savait sur le garçon à côté de lui à commencer par l'éventualité qu'il soit responsable du sang retrouvé, aucun sentiment de dégoût ne lui venait. Le fait d'être assis à côté de lui n'éveillait en lui aucune envie de vouloir s'éloigner. Pire, il se sentait même apaisé, presque soulagé. Sans grande discrétion, l'adolescent rouge regarda d'un peu plus après le visage de son voisin qui continuait de regarder le ciel, dont la couleur azurée se reflétait dans ses yeux ronds. Une légère bise souleva ses cheveux en pétard, mais rien ne vint troubler le stoïcisme de son visage, presque comme un robot de chair.

Plus il le regardait, et plus en effet Taïga avait l'impression de regarder un être dénué d'émotion, que ce soit par son expression faciale, ou le ton de sa voix depuis qu'ils ont entamé la conversation. À présent, il n'y avait que du silence, entrecoupé par l'écho lointain des étudiants en bas qui bavardaient, pas assez fort pour qu'ils y prêtent attention. Un autre coup de vent vint apporter une étrange senteur au nez du plus grand qui se demanda alors si une fille n'était pas arrivée sans qu'il le remarque avant de se rendre compte que cela venait de Kuroko. Il imaginait mal ce type mettre du parfum vu son apparence négligée, pourtant son odeur corporelle lui était indéniablement agréable, presque hypnotisante...

"C'est tout ce que tu as?" Déclara-t-il soudainement pour couper court à ses réflexions.

"Mmh?"

Voyant l'incompréhension de Kuroko, Kagami lui montra la brique de lait qu'il tenait en main, le rendant d'autant plus confus.

"C'est tout ce que tu vas manger ce midi?"

Il ne savait pas ce qui était le plus étrange entre le fait qu'il se souciait plus de ce que son camarade allait déjeuner que le sang apparut tantôt ou le fait qu'il ait répondu à une question aussi importante parce que quelque chose d'aussi anodin. Pourtant, Tetsuya ne put s'empêcher d'esquisser un sourire malgré lui, craquelant le masque impassible qu'il s'était forgé en prévision du pire. Beaucoup diront que c'est parce que c'est un idiot fini, mais très sincèrement, cela ne le dérangeait pas. En fait, il aimait même ce trait de personnalité de Taïga; c'est une des raisons pour laquelle il est tombé sous son charme. Cette stupide gentillesse.

"Ça ira."

Deux simples mots avant qu'il ne se lève, sa brique de lait en main, et ne quitte le toit du lycée sous le regard perdu de son homologue.

Kuroko n'avait pas besoin de rester plus longtemps; il avait eu sa réponse.

OoOoOoOoOoOoOoOo

Le bruit des baguettes s'entrechoquant contre les plats fut couvert par le son de la télé ainsi que les bavardages de famille autour de l'école, des amis et des nouveautés à la mode.

C'était une soirée normale chez les Takao; le père lisait le journal en prenant distraitement son repas, la mère regardait les informations à la télé en surveillant les étourderies de son mari, la cadette racontait ses dernières aventures au collège et l'ainé restait silencieux, picorant de temps à autre dans son assiette. Bien sûr, il n'était pas rare pour un adolescent de son âge d'avoir ses phases un peu sombres, cependant de la part de cet adolescent-là, cela méritait attention. Le garçon brun était connu pour sa langue bien pendue et sa bonne humeur quelque soit la situation. Même sa petite soeur remarqua qu'il n'était pas dans son état normal depuis quelque temps.

Le reste du dîner se passa néanmoins de manière normale jusqu'à ce que la mère de famille proposât un thé et quelques pâtisseries pour les aider à digérer. Cela les faisait rester dans le salon ensemble plus longtemps, mais c'est ce qui était prévu. Chaque fois que Madame Takao voulait parler de quelque chose en famille à l'un d'entre eux, elle s'y prenait toujours de cette manière. Le thé chaud apaisait les esprits et les pâtisseries faisaient passer l'amertume d'une discussion désagréable, permettant ainsi plus d'ouverture entre eux. Ils en avaient l'habitude, mais ne trouvaient pas que cela était une si mauvaise manière de faire.

C'est pourquoi l'enfant plus âgé ne fut pas surpris lorsque sa mère entama la conversation en s'adressant directement à lui:

"Sinon Kazunari, le lycée se passe bien?" Interrogea-t-elle de sa voix douce et concernée.

"Mhh... oui oui,, ça va." Répondit-il d'un ton absent.

"Tu n'as pas de soucis avec tes notes?"

"Non non. Les profs sont un peu exigeants, mais je suppose que c'est parce qu'on est en dernière année."

"Ils ont raison." Intervint son père en levant le nez de son journal. "L'année prochaine, c'est l'université. Tu dois préparer ton concours d'entrée dès maintenant."

"Voyons, il a encore le temps d'ici la fin de l'année." Protesta sa femme sans pour autant hausser de ton.

"Je préfère que mon fils se porte bien et pense à son avenir plus tard. Kazunari, tu me le dirais s'il y avait un problème."

"Oui maman, mais je t'assure qu'il n'y a rien."

"Je ne parle pas seulement pour ton travail, mais aussi tes camarades. Personne ne t'embête au moins?"

"Comme Midorima ~ " Glissa subtilement sa soeur avant de fuir dans sa chambre une fois son thé terminé.

Son ainé n'arriva pas à lui en vouloir de cette traitrise, étant donnée qu'elle était la première à le voir partir chaque matin en vélo en direction de la maison du jeune homme à lunettes. Maison qui n'était, ni à côté, ni sur le chemin, et qui forçait donc le fils Takao à faire un détour pour aller chercher son partenaire. La cadette de la famille savait donc mieux que quiconque la corvée que devait faire son frère chaque jour, et se doutait que cela dépassait bien plus un simple jeu pierre-feuille-ciseau. Depuis quelque temps déjà, Kazunari rentrait de plus en plus tard après les cours et semblait tout le temps préoccupé par quelque chose, même pendant les week-ends, période de la semaine pourtant faite pour se détendre l'esprit.

Le père était bien trop plongé dans son activité professionnelle pour le remarquer, mais la mère et la soeur l'avaient sans doute remarqué, chacune à leur manière.

"Kazunari, c'est vrai?" Demanda la grande femme aux cheveux ébène d'un air inquiet.

"Mais non!" Rassura son fils avec un sourire crispé. "Tu sais très bien qu'elle dit ça pour m'embêter. Shin-Ch... enfin, Midorima-kun est quelqu'un de très gentil, même s'il est un peu réservé parfois."

"C'est à cause de lui que tu rentres tard le soir?" S'enquit-elle, la main posée sur la joue.

"Oui, mais c'est parce qu'on travaille sur les devoirs, tout ça!"

"Oh, je vois..."

Elle ne semblait pas vraiment convaincue par le semi-mensonge de son fils, mais ce dernier savait qu'il ne lui aurait servi à rien de nier en bloc le fait que Shintarô y était pour quelque chose, car il était la personne qu'il fréquentait le plus. Même son père, qui n'avait pourtant pas un oeil attentif sur la vie sociale de son gendre, pouvait affirmer cela. Bien que son ami -pouvait-il l'appeler comme ça étant donner leur relation étrange? - ne soit jamais venu chez lui, Kazunari en parlait assez souvent pour que sa famille se fasse une idée du personnage et du lieu qu'il y avait entre eux, bien qu'il n'entrât bien sûr jamais dans les détails. Ce qui du alerter sa mère dut être justement le fait qu'il n'en parlait plus.

Cela ne changeait rien à son problème.

Il ne pouvait pas expliquer à qui que ce soit ce qu'il était en train de vivre malgré lui avec Midorima. Déjà parce que ce dernier comptait bien évidemment sur son silence. Mais aussi parce qu'il savait que cela ne changerait rien; si par miracle sa mère voulue bien croire ce qu'il lui raconterait -ce dont il doutait fortement- il ne voyait pas comment elle pourrait l'aider, si ce n'est alerter dans le vide des autorités sanitaires. Enfin, et surtout la dernière raison était tout simplement que le jeune homme aux yeux d'aigle ne savait absolument rien de ce qui se passait à part ce qu'on voulait bien lui montrer. Shin-chan ne lui a dit que des choses très floues et très vagues sur ces choses, au point qu'il en savait finalement pratiquement autant que Kise.

Aujourd'hui encore, il ignorait pourquoi Shin-Chan avait décidé de se reposer sur lui pour l'aider durant une de ses crises. Peut-être parce qu'il savait justement que son camarade n'allait pas chercher à en savoir plus, ou simplement parce qu'il faisait confiance au destin -et à son signe astrologique en passant-. Cependant, il n'était pas dupe au point de voir que quelque chose était en train de grouiller en coulisses, comme ces flaques de sang trouvée dans le lycée à répétition, ou l'intérêt soudain que porte le superstitieux envers Kuroko et, surtout, Kise alors qu'il se contentait de les éviter il n'y a pas si longtemps. Il n'aurait même jamais cru que ces deux-là puissent être inclus dans cette étrange histoire.

Et puis, il y avait Aomine aussi...

Takao ne connaissait pas très bien ce type, mais il sentait qu'il était, d'une manière ou d'une autre, responsable de la dégradation de l'état physique et psychologique de Shin-Chan. Il se fichait de savoir si ces mecs étaient des monstres ou des humains, en revanche il ne tolèrerait pas que quelqu'un dénigre Midorima de cette manière. Sans doute prenait-il cette histoire beaucoup trop à coeur, surtout en tant que personne extérieure qui ne savait rien, mais c'était plus fort que lui. Il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter pour le grand adolescent aux yeux verts, parce qu'il savait qu'il n'avait personne d'autre à part lui, et que sous ses yeux sévères se cachant derrière le verre de ses lunettes, il était bien plus sensible qu'il ne le paraissait.

Il chassa sa nostalgie en même temps qu'il vida sa tasse de thé puis remercia sa mère avant de se faufiler dans sa chambre.

Ni rangée, ni anarchique, quelques posters, quelques étagères, une console de jeu vidéo par terre, un lit défait, des livres en vrac, un bureau désordonné et une corbeille à papier pleine; cette pièce n'était l'archétype même de la chambre du lycéen moderne. Takao posa son sac dans un coin avant de se laisser tomber de manière peu élégante sur les draps avec un soupire de soulagement. Il aimait beaucoup sa mère, et son attention, mais cela ne lui servait à rien, à part le stresser un peu plus sur ses propres problèmes. Il aimerait pouvoir lui raconter, mais il ne le pouvait pas, et cela le peinait quelque part.

Takao ne savait pas encore pendant combien de temps il allait devoir tenir en apnée de cette manière jusqu'à ce que les choses lui soient dévoilées, mais quelque chose lui disait que s'il continue de laisser les choses passer comme cela, il allait finir par perdre bien plus qu'il ne le pensait. Oui, il en était convaincu; il passait à côté de quelque chose d'important.

Une petite sonnerie venant de son téléphone portable l'interrompit dans ses pensées. Il se redressa rapidement pour voir l'identité de la personne qui venait de lui envoyer un message.

"Shin-Chan?"

Il était plutôt rare que son camarade parle avec lui de cette manière, ou même tout court, c'est pourquoi il fut assez surpris de voir le destinataire. Le contenu du SMS n'améliora pas les choses.

Inutile de venir me chercher pour m'emmener ou me ramener au lycée demain.

Pas de salutation, pas de remerciement, pas d'excuse. Cette froideur dans les messages électroniques était bien une signature de la part de Midorima. Cependant, cela acheva ce sentiment de malaise que Takao avait depuis un moment, le laissant perplexe et allant jusqu'à alarmer sa propre famille. Que Shin-chan ne veuille pas faire le trajet en vélo avec lui pour une fois n'avait bien d'exceptionnel, et cela aurait pu être tout à fait anodin s'il n'était pas arrivé à un moment aussi étrange. Comme par hasard peu de temps après les rumeurs du lycée. Il ne fallait pas non plus le prendre pour un abruti finit: son camarade avait quelque chose derrière la tête auquel il ne voulait pas qu'il participe.

Ce soir-là, Takao s'endormit avec peine, et du prendre la résolution de trouver le fin mot de cette histoire tout seul s'il voulait enfin comprendre ce qui se passait avec son partenaire.