Douceur liquide
Auteur: Woshi
Disclaimer: Ni Kuroko no Basket, ni Sweet Pool ne m'appartiennent
Raiting: M pour cause de scène sanglantes et sexuelles
Genre: UA, Angst, Drame, Tragedy, School life, Romance, Yaoi, Gore, Surnaturel, Mpreg d'une certaine manière
Note: Ce chapitre m'aura fait transpirer! J'ai pas mal galéré à le boucler alors j'espère qu'il vous plaira. J'espère aussi que vous passez de meilleures vacances que les miennes parce que moi, c'est déprime totale entre le sale temps, la solitude et les rattrapages qui arrivent 8'D M'enfin, je vous embête pas plus avec ma vie et je vous laisse avec ce chapitre qui ravira les fans du KagaKuro (ouh le vilain spoil). Bonne lecture!
[ OST Sweet Pool - Simple ]
Les débuts de journées étaient toujours durs pour Kuroko, particulièrement ces derniers temps, mais le plus dur restait quand même les fins de journée.
Sans doute était-ce dû à son imagination, mais il avait l'impression de voir de moins en moins Kise en compagnie des autres, le blondinet préférant faire bande à part, comme lui. Évidemment, ses camarades de classe ne comprenaient pas la raison de cette soudaine attitude asociale, mais l'adolescent aux cheveux bleu clair, lui, n'en était pas surpris. Il avait toujours plus ou moins pressenti que son homologue aux yeux ambre se forçait à être aimable uniquement par instinct grégaire, mais au fond de lui, il devait sans aucun doute être au moins aussi misanthrope que lui. C'est pour ça que les deux garçons s'entendaient plus ou moins bien jusqu'à récemment; ils étaient tous deux allergiques à leur environnement social.
La différence résidait uniquement dans le fait que Tetsuya assumait parfaitement d'être invisible et insignifiant aux yeux des autres, là où Ryouta avait besoin de contact pour une raison qui lui échappait. Ce n'était pas comme s'il profitait vraiment de sa popularité auprès des filles, vu qu'il ne donnait suite à aucune déclaration d'amour. Ce n'était pas non plus comme s'il avait de quelconques relations amicales avec ces garçons qui profitaient juste de sa popularité pour se faire mousser auprès de la gent féminine. Et ce n'était certainement pas par opportunisme. Non, rien de tout cela. Peut-être était-ce tout simplement la peur de se retrouver seul, qui sait...
Être seul, Kuroko y était habitué, c'est pourquoi cela ne le dérangeait plus de passer inaperçu dans la foule.
C'est pourquoi cette fin d'après-midi là, comme certains autres, il décida de se retirer quelque part pour profiter de la liberté qui leur était donnée, ne souhaitant pas rentrer immédiatement. Il songea d'abord à retourner sur le toit du lycée après sa rencontre de la veille, mais ayant croisé Kagami qui se dirigeait plutôt vers les étages en dessous, il en conclut qu'il ne le retrouvera pas deux fois au même endroit. Peut-être justement à cause de lui. Le jeune hommes aux yeux ronds en fut quelque peu déçu, mais se consola en se disant qu'il aura sans doute d'autres occasions et préféra plutôt prendre également les escaliers en descente pour profiter de l'air du jardin intérieur qui lui paraissait plus sombre désormais.
Comme toujours, ce fut un lieu paisible, rendant la détente agréable en son sein, sur les bancs profitant des dernières lumières rougeâtres du soleil. Certes, ce n'était pas aussi tranquille que l'isolement qu'offrait le dernier étage du bâtiment scolaire, mais cela l'était assez pour Kuroko pour cette période de la journée. Balayant son regard, il constata la présence d'un petit bâtiment en bois abandonné entre deux arbres, assez grand pour faire une petite cabane avant de se rendre compte qu'il s'agissait de l'ancienne église du lycée car en effet, l'établissement était une ancienne école privée catholique. Une des rares qui existaient au Japon. Tetsuya l'avait oublié, car il n'était pas vraiment intéressé par la religion, ayant même un avis plutôt négatif sur la question.
Destruction et chaos, c'est tout ce que ça apportait selon lui.
Ce n'était pas vraiment qu'il ne croyait pas en l'existence d'un dieu, mais plutôt son irritation face à la stupidité des hommes à utiliser ce même Dieu pour défendre des causes égoïstes et illégitimes. Jadis fut un temps où cet argument devenait désuet, aujourd'hui il revient à la mode d'une manière encore plus maladroite qu'avant. Cela ne fit qu'exaspérer d'autant plus l'homme-fantôme. Maintenant qu'il y repensait, avec les rumeurs sur Midorima, il se souvenait ce que ce dernier avait dit une fois sur cette fameuse église alors qu'on lui avait demandé ce qu'il pensait du fait que l'école ait gardé des traces du catholicisme dont elle fut l'inquisiteur.
"Un autel dédié au diable. Dont le temple est cette école!"
Tetsuya ne savait pas s'il était vraiment sérieux à ce moment là où, si comme l'avait prétendu Kise il y a peu de temps, il jouait la comédie uniquement pour se rendre intéressant. Personnellement, Kuroko n'y croyait pas vraiment. Certes, le binoclard superstitieux pouvait mentir, mais certainement pas pour attirer l'attention sur lui. Il semblait plus du type à vouloir rester dans l'ombre sans qu'on vienne le déranger pendant ses petites séances de spiritisme. En fait, depuis que son ami lui en avait parlé, Shintarô ne lui avait jamais apparu aussi étrange car ses actions allaient à l'encontre de sa personnalité en général. Quelqu'un comme lui ne racontait pas des histoires, surtout pas de complot ou de malédiction, aussi ouvertement au risque de se faire remarquer, même s'il y croyait dur comme fer.
Non, quelqu'un d'intelligent -et il ne doutait pas que le troisième année le soit- le gardait plutôt pour lui, et surveillait discrètement comment se passaient les choses.
Un petit vent frais vint soulever ses cheveux en bataille, le rafraîchissant de l'ambiance lourde qui s'installait.
Ces pensées ayant coupé en lui toute envie de se détendre, il décida de rentrer chez lui, mais pas avant d'être passé à son casier pour récupérer ses affaires pour la soirée. Comme toujours au rez de chaussé trônait fièrement une statue de la Vierge-Marie, les mains jointes faisant face à l'entrée du bâtiment. Située entre deux rangées de casier, elle passait pratiquement inaperçue pour les habitués, mais Kuroko se doutait qu'un nouveau devait trouver cela un peu étrange, voir dérangeant au départ. Mais on s'y faisait vite. Comme les cours spéciaux de théologie dispensées en options libres que fournissait l'école d'ailleurs.
Le jeune homme aux cheveux bleu clair trouva rapidement son casier, situé assez bas par rapport au reste, si bien qu'un élève de taille normale aurait dû se baisser pour y avoir accès. Mais lui étant plus petit que la norme, il fut épargné par cette besogne, et put déverrouiller son cadenas en tout confort. Aussi bien dans sa position que son environnement, car les lieux étaient vides à cette heure. Ni pion, ni lycéen, ni professeur qui ne rôdait dans les parages. Cela lui donnait le loisir de s'étaler un peu plus et prendre son temps pour bien choisir ses affaires. Un livre de mathématiques et deux cahiers d'écritures. Tout ce qui lui fallait pour faire ses devoirs chez lui.
Satisfait, Kuroko referma d'un coup la porte métallique et y remis la sécurité avant de se figer.
Une présence derrière lui, et il n'aimait pas ça.
"Quelqu'un n'a pas été sage hier..."
Il se retourna uniquement pour se retrouver immédiatement coincé contre la rangée qui constituait un deuxième mur et un corps bien plus grand et bien plus musclé que le sien. Le noir que constituait le vêtement de l'uniforme scolaire lui cacha un instant la vue avant qu'il ne se décide à lever la tête pour vérifier ses doutes. Cette voix, il la connaissait bien. Méprisante, haineuse et hautaine. Un visage carré surmonté d'une paire de lunettes cachant des yeux accusateurs se tenait non loin du sien, le faisant se sentir mal à l'aise. Mais plus que cela, il était surtout surpris, et cru pendant un moment s'être trompé. Mais cette forme faciale et ces cheveux verts n'y trompaient personne.
Pourquoi Midorima, qui depuis le début évitait tout contact physique, le plaquait soudain ainsi?
Tetsuya ne le savait pas, et n'avait pas vraiment envie de le découvrir sur le moment. Avoir le corps de Shintarô collé contre le sien n'avait rien d'une expérience agréable pour lui, surtout en connaissant les sentiments du personnage à son égard. Qui plus est, le superstitieux lui avait attrapé le poignet droit pour l'empêcher de s'enfuir, rendant la situation d'autant plus stressante. Il ne savait pas ce que son homologue avait en tête, mais il sentait que ça n'allait rien être de bon. Une faible odeur se dégageait de lui mais surtout, il y avait une colère résolue, moins à son égard mais dont il se doutait être coupable pour l'adolescent vert.
"... et ce quelqu'un ferait mieux de faire attention à ce qu'il fait dorénavant. Fin du message." Termina Midorima, son ton ayant été blanc du début jusqu'à la fin malgré les sous-entendus.
"De... de quoi tu parles?" Lui répondit Kuroko, paniqué.
Il avait peur de deviner de quoi il parlait, et surtout, qui était l'expéditeur du message.
"Autre chose. Kagami Taïga."
"Hein?"
"Quelque chose... aurait-il changé récemment entre vous?"
"R... Rien de particulier. Pourquoi tu me demandes ça?"
"Tu sembles le coller plus que de raison ces derniers temps."
Kuroko était perdu. Et paniqué. Personne à part Aomine n'avait remarqué son attirance pour Kagami-kun, et il ne se serait jamais douté un seul instant que de toutes les personnes présentes au lycée, Midorima soit aussi informé. Quand bien même ils étaient dans la même classe, le jeune homme imaginait mal son partenaire de basket dévoiler ça à son camarade étant donné leur relation. Et puis il y avait ce message aussi... Il était peut probable que cet homme confie une telle chose à un étudiant lambda totalement extérieur, surtout une menace comme celle-là à peine cachée. Qui plus est, Shintarô semblait totalement conscient de ce dont il parlait, cela se voyait dans son assurance, comme s'il connaissait les vraies raisons.
Se pourrait-il que...
"Je vous aie vu dans la cage d'escalier la dernière fois, en revenant de l'infirmerie."
En voyant l'expression effarée dans les pupilles glacées de Kuroko, son vis-à-vis redressa ses lunettes d'un air supérieur.
"Et la salle d'Akashi. Je sais que c'était toi. Et je sais que Kagami y était aussi."
Cette fois, il n'y avait plus aucun doute possible. Si le superstitieux pouvait affirmer cela sans aucune hésitation et sans avoir l'air de mentir, alors cela ne voulait dire qu'une seule chose.
"T... Toi aussi tu es..."
"Jamais!" Rugit alors l'adolescent à lunettes avec fureur. "Jamais je ne serais comme vous!"
Cette colère vint contredire les affirmations de Midorima; nier en bloc comme cela revenait à avouer qu'il mentait.
Bien que ses yeux ronds soient écarquillés, Tetsuya compris alors beaucoup de choses sur le troisième année. Cette haine qu'il lui vouait, cette méfiance et cette distance n'étaient expliquées que par une seule raison. Midorima était un des leurs. Bien sûr, il en fut assez surpris, même si Aomine lui avait dit qu'il y en avait d'autres comme lui dans le lycée sans jamais expliciter leur nom, il ne se serait pas douté jusqu'à récemment que Midorima en fasse partie. Sa répugnance à son égard prenait alors tout son sens bien sûr... Savoir que le frêle jeune homme pouvait le conduire à sa perte et le rendre fou lui donnait de bonne raison en effet de l'éviter le plus possible.
Kuroko ne lui en voulait pas, parce qu'il comprenait très bien pourquoi le superstitieux réagissait comme ça. Il avait peur, tout simplement. Savoir qu'une telle épée de Damoclès était au-dessus de sa tête devait l'effrayer assez pour qu'il utilise n'importe quelle méthode pour se protéger. Qu'elle soit bonne ou mauvaise, la question n'était pas là et de toute façon, Tetsuya était mal placé pour juger. Midorima avait choisi le rejet, et c'était tout à son honneur car personne ne pouvait réellement accepter ces choses en étant totalement sain d'esprit. Sans doute aurait-il voulu changer de lycée pour aller ailleurs, là où aucun de leur espèce n'était présent et donc s'épargner cette souffrance inutile, mais il était obligé de rester.
Sans s'en rendre compte, l'adolescent bleuté eut un sourire amer et tourna la tête sur le côté d'un air presque résigné, comme s'il accepterait n'importe quoi venant de la part de son interlocuteur maintenant qu'il savait qu'il partageait son secret. Sa haine était totalement normale car après tout, qui pourrait aimer quelqu'un comme lui? Un monstre baignant dans son propre sang qui pouvait à tout moment lui faire perdre la raison. Aomine l'avait bien prévenu le jour où il lui apprit ce qu'il était, et avait même partagé avec lui des rumeurs d'autres garçons de son genre qui avaient très mal fini à cause de cela, parce qu'ils n'avaient pas mesuré l'étendue de leur influence...
Reprenant son calme, Midorima leva alors une paire de dés aux couleurs dépareillées devant lui.
"Ton destin..."
"De quoi?"
"Je peux deviner ton destin... avec eux." Il leva le blanc aux points rouges. "Le tien..." Puis le rouge aux points blancs. "... et celui de Kagami."
Encore Kagami...
L'adolescent invisible ne comprenait pas pourquoi le binoclard insistait sur lui. Bien sûr, Kuroko avait des sentiments pour lui, et malgré sa nature, il était déterminé à se faire accepter, mais en quoi cela regardait-il Midorima? Pourquoi diable cet homme s'acharnait-il sur un élève qui n'avait absolument rien à voir avec eux? Certainement pas parce qu'il désapprouvait leur potentielle relation, tout du moins, pas de la même manière qu'Aomine. Il y avait autre chose... Par ailleurs, Tetsuya se souvenait avoir déjà vu Shintaro se disputer plusieurs fois avec Taïga sur des sujets assez ridicules, mais à travers ces querelles, il pu apercevoir clairement une hostilité qui allait bien au-delà qu'un simple différent.
Malgré tout, cela ne lui donnait pas le droit de s'acharner sur Kagami, uniquement parce que Kuroko l'aimait. S'il avait peur de ce qui lui arriverait -ce qui était peu probable vu sa tendance à la compassion-, l'adolescent bleu savait ce qu'il faisait. De toute façon, il n'était pas idiot au point de laisser ses sentiments l'aveugler sur le danger qu'il représentait: si jamais son camarade commençait à se conduire bizarrement comme signe de dégénérescence, il reprendrait ses distances de d'habitude et ferait une croix sur cet amour impossible. Le jeune homme aux yeux ronds savait bien que même sans menace, il aurait de toute façon un obstacle naturel à surmonter du fait que Taïga ne soit pas comme lui.
Avec colère, Kuroko trouva la force de repousser la main de Midorima qui appuyait ses fameux dés contre son torse.
"Lâche- moi!" S'exclama-t-il d'une voix forte.
Son homologue aux cheveux verts dus être surpris d'une telle démonstration, lui qui le connaissait d'habitude stoïque et impassible.
"Je me fiche que tu me détestes... en revanche, n'implique pas Kagami-kun! Il n'a rien à voir avec tout cela!"
Il profita de la perplexité de son agresseur pour se dégager de sa poigne et prendre ses jambes à son cou dans la direction opposée, oubliant ses livres tombés à terre sous le choc. Bien sûr, il ne voulait plus avoir à supporter le discours chargé de reproche et de sous-entendus de la part de Midorima, et il était également en colère du fait qu'il ait mentionné son ami aux cheveux rouges alors qu'il n'y était pour rien. Mais il y avait également ce malaise qui ne le quittait pas depuis que leur discussion avait commencé, faisant sentir à Kuroko l'envie urgente de vite s'éloigner de son homologue. Après tout, même si elle n'était pas symétrique, l'influence de leur deux natures était réciproque...
Kuroko déambula à travers les couloirs, vide à cette heure ci, sentant une nausée bien familière le prendre. La tête baissée, il ne vit pas ce qu'il y avait devant lui, et il buta soudain contre l'épaule de quelqu'un. Par réflexe, il se retourna pour s'excuser et cru perdre immédiatement contenance en voyant de qui il s'agissait. Son envie de vomir se fit plus oppressante que jamais, mais des bouffées de chaleur vinrent en plus l'accompagner alors que ses jambes, qui l'avaient pourtant porté jusque-là, lui semblaient être faites en guimauve. Il sentit son coeur battre de plus en plus fort, ses yeux vitreux et le visage en sueur, il ouvrit la bouche dans ce qui apparaissait être un gémissement à première vue.
"Kagami...kun."
OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoO
Ce soir-là, Kagami n'était pas sortis immédiatement du lycée comme il le faisait à chaque fois.
Solitaire, il n'avait pas d'ami avec qui traîner après les cours, et même ses pauses déjeuners se passaient généralement sans compagnie. Bien sûr, il aimait de temps à autre occuper un terrain de basket vide dans un parc et faire quelques paniers pour se vider l'esprit, mais en absence de partenaire, cette occupation se révélait rapidement lassante. Ce qui était dommage car le basket restait pour ainsi dire sa seule et unique passion dans la vie. Ce fut grâce à elle qu'il réussit à se faire des amis aux États-Unis, pays qu'il adorait détester, surtout depuis qu'il fut revenu au Japon. Cependant, depuis son retour, ce sport ne l'aida pas à se créer quelques liens, car le temps l'avait rendu sauvage et de mauvais caractère en plus du niveau médiocre national.
Ce n'était pas pour autant qu'il s'attardait plus longtemps à l'école, car il n'était pas quelqu'un de studieux comme un certain binoclard, et même si cela ne l'enchantait pas plus que cela, il pouvait toujours rentrer chez lui et flâner toute la soirée en attendant l'heure du dîner. Pourtant, cette fois-ci, il resta bien plus qu'il ne l'aurait cru à cause d'un enchaînement de circonstance qui le laissa perplexe. Son premier contre temps fut lorsqu'un professeur lui demanda -encore- de faire une commission pour lui, qu'il faillit refuser pour une raison bien personnelle; la dernière fois qu'il rendit ce genre de service, il se retrouva dans une position très délicate avec un de ses camarades de classe. Cependant, cela ne fut rien car vint après le deuxième élément perturbateur.
Aomine Daiki.
Taïga ne s'entendait pas avec lui pour plusieurs raisons; Ils avaient un caractère antagonique et une passion commune dans laquelle l'adolescent mat écrasa sans problème son adversaire avec un sadisme à peine caché. Cela arriva dès le début de l'année et Kagami, très susceptible à ce niveau, l'avait pris comme une déclaration de guerre. Cependant, au-delà de tous ces points très discutables, les deux jeunes hommes ne s'entendaient pas, tout simplement parce qu'ils ne le voulaient pas. Celui à la crinière rouge ne voulait faire aucun effort pour enterrer la hache de guerre et celui aux yeux bleu roi faisait tout pour se montrer le plus désagréable possible et ne rien utiliser en sa faveur pour calmer le jeu.
Ainsi, les voir se croiser dans les couloirs ou ailleurs était toujours une expérience très désagréable pour les témoins, car personne ne pouvait prévoir ce qui allait arriver, un peu comme avec le professeur Akashi. Kagami fixait son adversaire avec des mitraillettes à la place des yeux, une aura enflammée autour de lui tandis qu'Aomine supportait cette évidente démonstration d'hostilité avec un sourire narquois entouré d'une arrogance à peine supportable. Il s'agissait toujours d'instants où tout le monde retenait sa respiration et s'attendait au pire. Ce genre de moment que les deux élèves infligèrent il y a peu de temps de cela aux quelques camarades qui étaient restés ce jour-là.
Il se rappelait encore de ses paroles, mot pour mot.
"Tetsu a fait son choix, et je n'y peux rien. Par contre, ne vas pas croire que cela te donne carte blanche."
"Qu'est-ce que tu racontes?"
"Tu as intérêt à te maîtriser, et à faire gaffe! Au premier faux mouvement, je n'hésiterais pas à te tuer."
"De quoi!"
"Tu m'as très bien compris. Ne vas pas croire que tu es le premier attiré par quelqu'un comme lui! Et ça ne s'est jamais bien fini. Alors si jamais tu commences à faire quelque chose de bizarre, je le sauverais avant que tu ne lui fasses de mal."
"Je ne comprends rien à ce que tu me racontes! Tu as complètement pété un plomb!"
La suite avait presque failli dégénérer en bagarre entre Kagami qui insultait Aomine de malade mental et ce dernier qui n'hésitait pas à proférer ses menaces tout en le rabaissant. Il fallut finalement qu'un professeur intervienne et les congédie tous les deux dans leur classe respective sous les yeux inquiets des autres étudiants ayant assisté à cette scène. Bien sûr, aucun des deux ne jouissait d'une bonne réputation au sein du lycée, mais celui aux cheveux bleu nuit avait un malus car de nombreuses bagarres et comportements étranges, au même titre que Midorima, le suivaient, contrairement à son homologue rouge qui misait plutôt sur la discrétion et la misanthropie.
Il y a un point qu'il ne comprenait cependant pas; certes, il ne s'était jamais entendu avec Aomine, mais leurs sujets de querelle ne tournaient qu'autours du fait qu'ils ne pouvaient pas se supporter où, dans leurs moments les plus matures, leur niveau au basket. Ce fut la première fois que l'autre sportif vint le chercher sur quelque chose de nouveau. Quelque chose qu'il n'avait d'ailleurs pas saisi car tout était allé assez vite. Peut-être avait-il raté un épisode mais durant toute cette interaction verbale, Taiga n'avait pas saisi où Daiki voulut en venir, à part qu'il le tuerait -si tant soit peu qu'il en soit capable- pour une raison qui lui échappait, en rapport avec son comportement "bizarre" ...
S'il y avait quelqu'un de bizarre ici, c'était bien Aomine.
Après l'incident qui lui confirma que ce type avait vraiment un problème, Kagami voulut oublier cette histoire et filer chez lui pour ne plus y penser, mais il fallait croire qu'en cette fin d'après-midi, rien n'allait. La troisième chose qui le séparait encore de la sortie du lycée se manifesta sous la forme d'un jeune homme qu'il aurait aimé pour une fois ne pas apercevoir. Il espéra pendant un instant qu'il oublie la politesse et que dans sa précipitation, il ne prit pas la peine de se retourner lorsqu'il le heurta, passant sa route sans plus se préoccuper de lui. Oui, l'adolescent aux yeux rouges aurait aimé qu'ils ne fassent que se croiser et ainsi s'épargner, il le savait, un moment aussi désagréable qu'insaisissable.
Mais Kuroko était quelqu'un de poli, même s'il était, comme ce fut visiblement le cas prestement, au bord de l'évanouissement.
"Kagami...kun"
Entendre son nom murmuré d'une manière aussi languissante, presque suppliante le rendit étrange. Personne ne l'avait appelé encore comme cela jusqu'ici, pas avec la sensation qu'il était l'être désiré plus que tout. Il n'y avait pas seulement le ton implorant de Kuroko, mais tout le reste; son visage en sueur, ses pupilles presque larmoyantes, sa bouche pantelante, ses cheveux ébouriffés, ses joues rougies. Même lui, qui ne se sentait pourtant pas attiré par les garçons, n'arrivait pas à rester de marbre face à une telle vision. Il avait beau être plus grand et plus fort, il se sentait piégé par son camarade qui dégageait quelque chose d'envoutant.
L'adolescent rouge n'avait fait que le frôler et le regarder dans les yeux, et pourtant cela suffit pour qu'il soit entouré dans une espèce de bulle où eux seuls pouvaient pénétrer.
"S'il te plaît... aide- moi..."
Immédiatement après cette supplique, Kuroko se colla contre Kagami, son visage caché dans le torse du plus grand et ses mains fermement accrochées à ses bras.
Cette fois-ci, Taïga était complètement déboussolé. Il avait déjà vécu une fois cette situation avec son camarade de classe, mais les choses étaient complètement différentes; Tetsuya lui implorait son aide. Mais comment était-il censé l'aider? S'il n'allait pas bien, il n'avait qu'à aller à l'infirmerie plutôt que rester avec lui. Après tout, il semblait quand même en état de marcher jusque-là. C'était bien sûr la réflexion la plus logique qui venait à son esprit, mais autre chose lui apparut soudain. Quelque chose qu'il aurait aimé oublier, mais que son cerveau prenait un malin plaisir à lui rappeler. La salle de laboratoire. Et ce qu'il surprit l'adolescent aux cheveux bleus en train de faire.
Pourquoi diable y pensait-il maintenant?
Au fond de lui, il connaissait la réponse, mais il ne voulait surtout pas la laisser venir à lui. Il préférait penser que Kuroko était dans cet état parce qu'il était malade ainsi qu'à cause de l'effort qu'il venait de faire subir à son corps trop fragile plutôt qu'autre chose. La chaleur qui émanait de sa peau qu'il pouvait sentir à travers ses vêtements, n'avait rien à voir avec le reste. Si son camarade avait la respiration si saccadée, c'était uniquement dû au fait qu'il avait couru plus tôt. Rien d'autre. Rien d'autre n'était autorisé à lui venir en tête. Parce que si jamais il laissait autre chose se dessiner à lui, il ne savait pas ce qui se passerait ensuite.
"Kagami-kun..." Continua-t-il en serrant davantage la manche de son uniforme. "S'il te plaît... fais quelque chose."
Le parfum émanant du garçon invisible qui vint assaillir ses narines balaya d'un simple revers de main toutes les raisons qu'il s'était faite.
Sans un mot, Kagami attrapa le poignet de Kuroko d'une prise ferme et le tira dans les couloirs, forçant son accompagnateur à le suivre. Ce dernier se laissa embarquer, n'ayant aucune idée où il voulait l'emmener. Ses longs doigts le serraient tellement fort que le plus petit des deux fit une grimace de douleur sous la pression. Le long de cette marche, ils ne croisèrent personne, car les cours et l'étude étaient déjà fini depuis assez de temps, et le peu d'élèves qui seraient restés étaient au réez de chausser et non à l'étage comme eux. Même les professeurs semblaient avoir préféré prendre congé spécialement pour les laisser seuls.
"Où m'amènes-tu?" Demanda alors Tetsuya d'une voix faible.
Sa question ne rencontra que le silence.
Après avoir émis un cri de protestation, il se rendit bientôt compte qu'il n'y avait qu'un seul endroit où son camarade pouvait l'amener en prenant ce chemin. Les toilettes des garçons. Depuis l'incident de la veille, ils furent fermés toute la matinée et le personnel les ouvrit à contre-coeur pour l'après-midi, mais peu de personnes osaient s'y rendre à cause des rumeurs grandissantes sur le phénomène qui les couvraient. Beaucoup au sein du lycée spéculaient sur la prochaine pièce qui sera victime des apparitions de ces mystérieuses traînées sanglantes, mettant les salles de classe en tête de liste pour le plus grand désarroi des professeurs. Car en effet, tout le monde tentait désormais d'éviter les lieux touchés par ce phénomène.
Cependant, même en sachant cela, qu'est-ce que Kagami avait prévu de faire là-bas?
Lui-même ne le savait pas. Ce fut comme un réflexe, presque un instinct qui le guida jusqu'à cette pièce sombre et froide. Il savait qu'il n'y aurait personne. Il savait qu'il s'y était passé des choses étranges. Elle lui avait donc apparu comme l'endroit idéal pour amener Kuroko et résoudre son "problème". Sans faire attention aux plaintes de ce dernier, comme s'il était dans un état second, l'adolescent rouge le tira dans la première cabine qui se portait à eux et referma la porte à clef derrière lui par principe de précaution. Désormais, ils étaient bel et bien isolés du reste du monde, et personne n'allait risquer de les déranger au beau milieu... De quoi au juste?
Maintenant qu'ils étaient à destination, qu'est-ce qu'ils allaient bien pouvoir faire?
Debout devant l'homme-fantôme, Kagami le toisa de toute sa hauteur d'un air indéchiffrable. Ses étranges sourcils séparés en deux sur le bout se fronçaient dans une expression exigeante, semblant attendre de la part de son homologue qu'il lui explique clairement ce qu'il avait si ce dernier voulait qu'il l'aide. Taïga avait pris un gros risque en s'enfermant avec Tetsuya dans cet espace si étroit, au point que même en se mettant dos contre le mur afin d'avoir de la distance entre eux, il pouvait quand même sentir la chaleur corporelle de son homologue. Il n'y avait désormais plus aucune manière de s'échapper, ni de revenir en arrière, il le savait, surtout avec le jeune homme frêle en face de lui. Il s'était lui-même enfermé avec Kuroko, et il allait devoir assumer les conséquences de ses actes.
"Kuroko, qu'est-ce que tu as?"
"Kagami-kun..." A cause de son état, sa voix ne put lancer que des murmures.
Ils étaient si proches l'un de l'autre, et pourtant l'adolescent bleuté devait encore supporter cette terrible frustration. L'adolescent rouge ne trouva rien dans ses orbes glace en guise de réponse, si ce n'est ce même air suppliant. Assaillit de part et d'autre de son corps par cette sensation bouillonnante, il avait l'impression de suffoquer, au point qu'il sentit sa bouche s'assécher. Au fond, il savait que Kuroko ne lui expliquerait rien, ni la raison pour laquelle il lui demandait de l'aide, ni pourquoi il l'avait choisi lui plutôt qu'un autre. Même dans cet état second, le plus frêle lui restait aussi impénétrable que la première fois qu'ils se sont rencontré, enveloppé par ce mystère comme une buée noire.
Finalement, Tetsuya vint de lui-même coller son corps contre celui de Taïga, mais cette fois, ce ne fut pas pour s'y appuyer ou chercher du soutien.
Ses fines mains tracèrent la courbe des muscles abdominaux de son camarade à travers le t-shirt blanc, remontant jusqu'au cou pour redescendre très lentement le long du ventre et terminer sur son bassin. Son partenaire resta dans un premier temps ébahi, et ne réagit donc pas immédiatement aux assauts du plus petit, permettant à ce dernier de placer ses deux mains sur son torse afin de le redessiner de manière suggestive. Il put alors sentir de si près à quel point Kagami était musclé, bien qu'il put le deviner plus tôt par la forme de son corps, il en mesura ici toute l'ampleur. Cette constatation fit hausser la température de son corps, le forçant à lâcher un soupire non maîtrisé.
Le son résonna dans la cabine silencieuse et eut pour effet de sortir le plus grand de sa torpeur.
"Qu'est-ce que tu crois faire! Lâche- moi tout de suite!"
Il n'aurait bien sûr eu aucun mal à se débattre, et même inverser les rôles, voir mettre une raclée à son camarade, mais il ne le pouvait pas. Ce fut comme si son cerveau l'empêchait de réagir, de toucher à ce garçon qui pourtant ne se gênait pas pour avoir des gestes osés. Ses membres paralysés ne purent que trembler lorsque ses yeux croisèrent les pupilles d'un bleu vide, n'exprimant rien sinon une convoitise qui bloqua un instant sa respiration. Il sentit son coeur accélérer le rythme contre les paumes qui continuaient de tâter ses pectoraux lorsqu'un souffle érotique vint murmurer une nouvelle fois son nom de famille. Quelque chose se brisa alors en lui.
Comment cela avait-il pu se terminer ainsi?
Il devait le repousser, crier, l'insulter, partir, fuir.
Mais pas rentrer dans son jeu pervers!
À la lumière de cette constatation, il trouva à travers la brume anesthésiante un soupçon de rationalité à laquelle se rattacher.
"Pourquoi... Pourquoi est-ce que tu me harcèles comme ça? Laisse-moi tranquille! Je veux juste..."
Il enleva alors ses mains d'où elles étaient et repoussa son harceleur contre l'autre côté de la petite cabine privée. Ce dernier, aussi confus que vague, buta violemment contre le mur dans un bruit sinistre faisant écho dans toute la salle. Kagami aurait dû profiter de cet instant pour donner un coup de poing à Kuroko afin de le remettre à sa place, puis sortir des toilettes sur un juron. Mais lorsque le plus petit des deux releva ses pupilles azurées et les plongea dans les siennes, rouge feu, ce même sentiment de paralysie le reprit. Rien. Il ne pouvait rien faire. Sa colère et sa détermination retombèrent aussi tôt qu'elles apparurent.
Tetsuya mis alors une gifle à Taïga sans prévenir.
"Sois un homme." Déclara-t-il tout simplement.
Immédiatement après, son visage d'ordinaire impassible se tordit en deux sous le coup de la douleur. Autre chose... Autre chose était en train de venir. L'odeur qui fut alors discrète jusqu'à récemment se mettre à emplir toute la pièce, jusqu'à devenir aussi suffocante que de la vapeur. Pourquoi maintenant? Kuroko connaissait la réponse. Il avait déjà expérimenté cela un nombre incalculable de fois. Il savait déjà ce qui allait se passer ensuite. Son ventre lui donnait l'impression d'être passé dans une broyeuse de l'intérieur, le laissant à peine respirer. Recroquevillé sur lui-même, il comprit qu'il n'avait plus le choix désormais. Il aurait aimé garder cela pour lui un peu plus longtemps mais...
Mais il ne tenait plus.
Profitant de l'état second dans lequel était plongé Kagami, Kuroko déboucla la ceinture de son partenaire, puis déboutonna très lentement le pantalon jusqu'à l'avoir assez lâche pour dévoiler le boxer noir du plus grand. Ses doigts s'immisçant à l'intérieur du sous-vêtement, il sortit le membre rougit de son camarade. Déjà à moitié dur sous ses caresses, le garçon bleuté n'eut aucun mal à le mettre en érection complète après l'avoir pompé vigoureusement. Le jeune homme à la crinière carmin laissa échapper malgré lui des soupirs de plaisir, peu habitué à être touché de la sorte de la part de quelqu'un d'autre. Les petits doigts savaient exactement où le toucher pour envoyer des pics de plaisir à son corps, d'autant plus que leur possesseur s'était de nouveau collé contre lui pour mieux partager ce moment.
Son partenaire savait s'y prendre, c'était un fait, au point qu'il pourrait se demander s'il n'avait pas déjà expérimenté cela...
"Désolé... Kagami-kun... mais je ne peux plus... me retenir..."
La tête parsemée de mèches bleue disparut alors de son champ de vision pour se retrouver bien plus basse.
Même s'il voulait partir, il en était désormais incapable. Comme un animal en cage, la prise de Kuroko le piégeait dans ces sensations qu'il rejetait autant qu'il les désirait. Ses sens se retrouvaient sans dessus-dessous, au point qu'il perde un instant la notion de temps et de lieu pour ne voir que ce sentiment qui grandissait à l'intérieur de lui. Il n'avait aucun moyen de se battre. Alors l'adolescent rouge ne put que les accepter en se maudissant d'être aussi faible, son visage devenant alors aussi rosé et transpirant que celui de son homologue sous le plaisir de ses caresses buccales. Kagami se refusa néanmoins à s'accrocher aux cheveux ébouriffés et préféra plutôt s'appuyer contre le mur.
"Kagami-kun..."
Dans ce énième murmure, Kuroko se redressa alors et baissa de manière très sommaire ses propres bas afin de dévoiler son désir. Il était plus pâle, plus fin et un peu plus petit que celui de Kagami. Cela se vit particulièrement quand l'adolescent frêle les colla l'un à l'autre afin de les caresser ensemble. La chaleur du membre contre le sien acheva de faire perdre ses esprits à Taïga. Même si c'était un garçon. Même si c'était quelqu'un d'étrange. Même si c'était quelqu'un qu'il ne comprenait pas. En cet instant, il n'y avait que le plaisir, exacerbé par cette ambiance qui enveloppait Tetsuya.
Son camarade le força à accompagner ses mouvements avec sa propre main, intensifiant encore plus le frottement des chaires en elle-même. Bientôt, du liquide pré éjaculatoire vint faciliter le glissement et lubrifier malgré eux leur membre. Aucun des deux n'arrivait à retenir ses gémissements, bien qu'étouffés par honte ou crainte, raisonnant de manière impudique dans cette pièce solitaire seule témoin de leur acte de plaisir partagé. Kagami sentit qu'il n'allait pas tarder à céder à l'orgasme, mais sa fierté l'empêchait de venir avant son camarade. Ce dernier au contraire ne fit rien pour se retenir, n'espérant que la libération entre les mains de celui qu'il convoitait.
Finalement, dans un ultime râle, Kuroko finit par se soulager et du mordre le t-shirt de son partenaire afin de ne pas hurler. Ce dernier le rejoint peu de temps après, son orgueil apaisé.
Ils restèrent quelque temps dans cette position, l'un contre l'autre, debout, se tenant toujours mutuellement tandis qu'ils essayaient de retrouver leur souffle. Kagami trouva le courage de le relâcher, sentant que leur semence s'étaient mélangées sur leur vêtement. Cette constatation ne rendit leur acte qu'encore plus impardonnable à ses yeux. Bientôt, l'air redevint supportable, le laissant mesurer l'ampleur des dégâts ainsi que sa propre faute. Il n'avait jamais voulu ça. Mais fort est d'avouer qu'il finit par y prendre part malgré lui, et ce, peu importe toutes les excuses qu'il voulut se trouver. Il n'avait... tout simplement pas su se retenir face à Kuroko.
"C'est dangereux, Kagami-kun..."
Ce qu'il lui dit le troubla autant qu'il éveilla une crainte en lui. Taïga ne s'était alors pas rendu compte que ses mains avaient glissé jusqu'à l'intérieur des cuisses de Tetsuya jusqu'à ce qu'il sente quelque chose de poisseux sur ses doigts. Cela ne pouvait pas être du sperme, pas avec leur position alors... Une boule dans la gorge et toute trace de plaisir effacé, remplacé par une terreur sans nom, il enleva ses doigts pour les examiner. Ils étaient teintés de rouge. Liquides.
Kagami ne voulu rien savoir. Ne rien écouter. Ne rien entendre.
Il relâcha Kuroko pour le laisser mollement tomber sur le carrelage de la pièce et quitta cette dernière en courant sans prendre la peine de se rhabiller, voulant visiblement s'éloigner de lui le plus vite possible. Bientôt, on n'entendit plus l'écho de ses pas précipités à travers l'école, comme s'il avait eu le diable aux trousses.
Bien qu'il s'attendait à cette réaction et qu'il pensait s'y être préparée, Kuroko sentit pourtant une boule se former dans sa gorge. Après tout, Aomine l'avait prévenu. Kagami n'allait pas l'accepter facilement pour ce qu'il était et faire face à ces choses était toujours une expérience traumatisante, même pour eux. Machinalement, il remit en ordre ses vêtements et sortit de la petite pièce où il put enfin profiter d'une atmosphère bien plus aérée qu'à l'intérieur de la cabine. Sa nausée avait disparu, ainsi que la chaleur de son corps qui étaient retombées, et pourtant il se sentit bien plus mal qu'avant. Bien sûr, il avait forcé son camarade à le faire, il l'avait même giflé pour qu'il accepte cet échange mais...
Mais pourtant, il n'avait pas eu l'air de détester autant cela.
Après tout, c'est tout ce qui lui restait face à quelqu'un d'aussi fort et grand que Kagami. Lui était petit, frêle et indésirable. Le genre de personne dont personne ne serait attiré naturellement. Il se sentit soudain si misérable. Il était incapable de se déclarer proprement et passait par des méthodes déloyales juste pour avoir ce qu'il voulait. Mais il n'avait su se retenir en le voyant. Son état s'était empiré, et il n'avait vu alors que lui pour l'aider. À tort. Il aurait dû continuer son chemin après avoir parlé avec Midorima. Et aller voir Aomine-kun. Qui sait maintenant ce qui allait advenir de leur relation, alors qu'un mince espoir s'était dessiné à lui.
Il avait tout gâché.
Attrapant son sac, il traversa alors les couloirs tel un fantôme errant jusqu'à la sortir du lycée. Sous le crépuscule qui annonçait la venue d'une nuit sombre, Kuroko profita de la bise chargée de poussière à l'extérieur et termina sa marche jusqu'à une petite station de train qu'il empruntait parfois quand il ne voulait pas rentrer chez lui à pied.
OoOoOoOoOoOoOoOoOoO
Ce fut tard dans la nuit.
Takao, n'arrivant pas à réfléchir correctement chez lui, décida de sortir le chien de la famille et d'en profiter au passage pour faire un petit tour en ville à bicyclette. Bien que ce soit l'animal de toute la famille, il fut d'abord demandé par la petite soeur mais ce fut finalement le grand frère qui dû s'en occuper le plus souvent, que ce soit pour les promenades ou le reste. Comme il avait de bonnes pattes, Kazunari avança plus loin que le chemin habituel, atterrissant dans un quartier qui lui était peu familier. Il y était passé quelques fois avant, mais ce n'était pas son coin préféré. En outre, il y avait une absence d'éclairage et même lui pouvait sentir une désagréable atmosphère globale lui donnant l'impression que quelque chose grouillait dans l'ombre.
Cependant, l'air était bien plus agréable dans ce coin de la ville, faisant sentir l'approche de l'été et des beaux temps. La brise fraîche souleva ses cheveux noirs corbeau pendant que les roues de son moyen de transport l'emmenaient rapidement sur le chemin tant redouté. Le lycéen aux yeux gris aimait ces instants de solitude, car ils lui permettaient de recentrer son esprit sur ses actuels problèmes. Aujourd'hui en effet, il n'avait pas eu d'occasion de parler à Shin-Chan, que ce soit en classe ou pendant les interclasses, ce dernier ne cherchant pas sa compagnie, voir l'évitait à certains moments de la journée. Particulièrement vers la fin des cours, son compagnon habituel disparut soudainement sans qu'il eût le temps de le voir.
Bien qu'il s'y attendît étant donné son message de la veille, il n'aurait pas pensé que l'adolescent vert se cache de lui de la sorte.
Après un quart d'heure à avoir fait courir son beagle, il s'arrêta devant un immeuble avec quelques pièces allumées pour la laisser se reposer en sûreté. Le petit chien ne se fit pas prier pour reprendre son souffle le temps de cette pause, la langue pendante et le souffle court. Takao regarda rapidement sa montre pour constater qu'il était vingt-deux heures passées, le faisant prendre conscience qu'il n'allait plus devoir tarder avant de rentrer. Lui et son compagnon s'étaient bien dégourdies les pattes, et bien qu'il ait souhaité un peu plus de répit, il sut que toute chose avait sa fin. Il replaça son pied sur la pédale, prêt à repartir à vive allure.
Il remarqua alors quelque chose de l'appartement en face de lui.
C'était celui dans lequel logeait Kise Ryouta.
L'adolescent aux yeux d'aigle le savait, car Shin-Chan avait un jour partagé avec lui cette information lorsqu'ils passèrent devant par un coup du destin. Les murs blancs témoignaient d'un relatif âge, quelques fenêtres restaient encore éclairées, faisant s'interroger vaguement Takao sur celle qui donnait dans la pièce où vivait le blondinet. Depuis leurs débuts dans ce lycée, Midorima n'avait cessé de l'observer avec méfiance, bien avant de devenir proche avec Takao. Jusqu'à présent, il pensait que ce ne fut qu'une démonstration de la paranoïa excessive de son camarade, sachant tout le mal qu'il eut lui-même à avoir le privilège de ne serait-ce rester à ses côtés.
Cependant, lui-même s'apperçu que le jeune homme aux yeux ambre agissait étrangement ces derniers temps.
En dehors de sa santé, dont Midorima lui expliqua un peu la raison d'une telle dégradation, il semblait se renfermer de plus en plus aux autres, même envers ce petit gars qu'il collait pourtant à chaque occasion. Bien sûr, étant donné sa popularité, beaucoup s'inquiétaient de son état, mais Kise mettra toujours un faux sourire sur son visage en assurant que tout va bien. Mais personne n'était assez dupe pour ne pas voir l'adolescent devenir de plus en plus faible au fur et à mesure des jours, même son visage pâlissait à vue d'oeil, au point de devenir bientôt aussi translucide que celui de son camarade aux cheveux bleus.
Il y avait une différence entre ne pas être humain et être un monstre. Takao ne pouvait se résoudre à traiter des adolescents de son âge comme des monstres, même si son compagnon à lunettes ne se gênait pas pour le faire. Certains d'entre eux n'étaient même pas informé de leur condition qu'aucun n'avait choisie et même s'il ne connaissait pas Kise personnellement, ils ne pouvaient s'empêcher de se sentir désolé pour lui alors que son regard était toujours tourné vers son logement. Lui ne savait rien, comme lui, mais il allait devoir subir bien plus qu'il ne l'imaginait, et il ne pourrait rien faire pour empêcher cela.
Lâchant un grand soupire déprimé, Takao décida que cela ne lui servait à rien de rester à épier Kise chez lui, et se prépara à démarrer sa bicyclette.
Ce fut à ce moment qu'il remarqua alors qu'une grande silhouette était appuyée contre l'un des rares lampadaires encore en état de fonctionnement et observait, comme lui, l'appartement du lycéen. Trouvant cela assez suspect, l'adolescent aux cheveux brun concentra ses yeux gris sur les ombres que l'éclairage donnait pour tenter de reconnaître le visage. En effet, il lui semblait avoir déjà vu cette personne quelque part, surtout avec une stature pareille que l'on n'oubliait pas, surtout au Japon. Les cernes sous les yeux fatigués et les cheveux mi-longs lui donnèrent sa réponse; c'était un lycéen comme lui, en troisième année dans son établissement, mais dans une classe différente de la sienne.
Il semblait concentré sur le bâtiment qui abritait Kise, ce qui éveilla des sentiments incertains chez Takao.
Shin-chan lui avait déjà parlé de ce type, et pas en bien, car il obéissait à lui sans discuter et sans réfléchir à l'éthique. Le fait qu'il soit présent, seul, à une heure aussi tardive dans un quartier qui ne semblait pas être le sien, et surtout sans raison était louche. Son camarade avait un moment évoqué le fait que plus il aura de crise, plus Kise allait attirer l'attention sur lui. Si ce type était déjà en train de l'épier dans son cadre intime, cela voulait dire que le reste n'allait pas tarder à suivre, et là ça allait être problématique. Takao ne savait pas grand-chose, c'est vrai. Mais il en savait suffisamment assez pour craindre ce type fraîchement arrivé et ce que cela signifiait.
Kazunari se demanda un moment s'il devait prévenir Shin-Chan de cette nouvelle ou bien le garder pour lui. Qui sait après tout comment son partenaire allait réagir en l'apprenant, et cela ne l'avancerait sûrement à rien car ce dernier refusera hermétiquement de lui expliquer un peu plus sur ce que sont tous ces types qu'il surveille. Qu'en savait-il au juste, à part qu'ils étaient dangereux, répugnants et inhumains? Mais peut-être n'étaient-ils pas tous comme cela. Peut-être aspiraient-ils à un autre chemin que celui que l'on traçait déjà pour eux. Après tout, quand bien même on tentait de les manipuler, certains se révoltaient contre le destin qu'on leur choisissait et violaient les interdits...
Pris dans ses pensées, il fut alors surpris lorsque son compagnon à quatre pattes lâcha un aboiement d'impatience, signalant par conséquent sa position à celui qui était plus loin. Sentant alors une paire de pupilles bleus sur lui, Takao s'élança sur le chemin du retour sans jamais se retourner, la peur de découvrir ce géant à ses trousses lui prenant aux entrailles. Il pédala sans se prendre son souffle jusque chez lui, imposant un rythme douloureux à son animal de compagnie et ne s'autorisant à vérifier derrière lui qu'une fois sûr d'être dans un endroit assez dégagé pour fuir ou appeler de l'aide. Jamais il ne sentit jusque-là une montée d'adrénaline aussi forte, et pas forcément en bien.
Une fois posé, il se demanda un instant s'il devait appeler Shin-Chan immédiatement puis se ravisa à la dernière minute.
Depuis quand se sentait-il aussi concerné par des problèmes qui n'étaient pas les siens.
Il ne connaissait pas Kise et Kuroko, il avait à peine côtoyé les autres et Midorima était... un simple camarade de classe n'est-ce pas? Alors pourquoi irait-il aussi loin pour quelqu'un comme lui, au point de se faire surprendre par quelqu'un d'autre d'effrayant et prendre des risques inutiles? Aucun, lui répondait la voix de la raison. Mais au fond, il ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter, même si cela lui causait du tort. Parfois il se surprenait à penser que si Shin-Chan allait en enfer, il le suivrait sans aucun souci, et même plus loin encore. Pourquoi un tel dévouement? Pourquoi un tel attachement?
Mieux valait pour lui de ne plus y penser.
Une fois arrivé chez lui. il détacha la laisse de son chien et se laissa tomber dans son lit pour un sommeil sans rêve. Au pire, il en parlera à Shin-Chan le lendemain, lorsque ses idées seront un peu plus claires.
