Douceur liquide

Auteur: Woshi

Disclaimer: Ni Kuroko no Basket, ni Sweet Pool ne m'appartiennent

Raiting: M pour cause de scène sanglantes et sexuelles

Genre: UA, Angst, Drame, Tragedy, School life, Romance, Yaoi, Gore, Surnaturel, Mpreg d'une certaine manière

Note: Un chapitre qui a une tête que je n'avais pas prévue (moi et ma manie de ralonger l'intrigue) mais je pense qu'il va être utile pour la suite, donc j'espère que vous l'apprécierez vu qu'il offre une petite pause dans toutes ces émotions fortes. Sinon je vous souhaite quand même une bonne rentrée, et un bon courage avec la reprise du rythme. Je vais essayer de garder le mien dans mes publications mais je garantis rien uu". Sinon je voulais aussi remercier tous ceux qui m'ont laissé des review, également les anonymes auxquels malheureusement je ne peux pas répondre, mais sachez qu'elles me font vraiment plaisir!

Enfin bref, bonne lecture ~

[ Sweet Pool OST - Sorrow ]


Bien que ce soit une heure avancée de la soirée, Kise n'arrivait pas à dormir.

Tant de choses s'étaient passées ces derniers jours que les actes les plus anodins de sa vie quotidienne devinrent des obstacles à surmonter. Manger, aller en cours, parler avec les autres et surtout... dormir. Il avait beau se retourner dans tous les sens, faisant grincer les lattes son lit au passage, fermer les yeux, le faire le vide, Morphée refusait de l'accueillir dans ses bras. Ce n'est pas comme s'il n'était pas fatigué en plus, bien au contraire. Le blondinet ne s'était jamais senti aussi épuisé qu'en ce moment, mais même avec des cernes aussi foncés que son mascara, il lui était impossible de laisser le sommeil venir. Et ce pour une raison bien simple: il avait peur des cauchemars.

Quand pendant un bref moment il réussissait à mettre de côté le souvenir de ces eaux rouges, elles revenaient le hanter en rêve, rendant son repos impossible.

À cause de cela, ses journées devenaient de plus en plus éprouvantes car sa condition physique n'était plus simplement mauvaise. Elle était anormale. Si ça n'avait été que de lui, il se serait volontiers passé de venir au lycée, mais il n'avait pas le choix s'il ne voulait pas recommencer une nouvelle fois son année scolaire. Il eut déjà la chance de passer un week-end tranquille, sans symptômes étranges ou autres, lui laissant un moment de répit pour se remettre de ce qui lui était arrivé récemment et même aujourd'hui s'était passé sans entrave, le laissant espérer à une amélioration future même s'il n'y croyait plus.

Ryouta avait l'impression que quelque chose n'allait pas. Ces visions cauchemardesques que la partie rationnelle de son esprit appelait encore "hallucinations"; il n'avait jamais expérimenté ces symptômes avant. Le sang qui était apparut il y a quelques jours dans les toilettes des garçons, cette étrange sensation qui l'avait prit; qu'est-ce que c'était? Il n'était même pas sûr s'il voulait vraiment le découvrir. Surtout que, comme pour son bain, cela s'était passé juste après qu'il ait un contact, plus ou moins direct, avec Aomine. Non, même le simple fait de l'avoir aperçu, d'avoir croisé ses pupilles bleu profond suffisaient à avoir fait emballer son coeur, et il ne pouvait rien faire pour changer ça.

Définitivement, quelque chose ne tournait pas rond avec lui, en dehors même de sa santé en général. Cela atteignait de tellement proportion qu'il finit par se demander s'il n'y avait pas une autre sorte de maladie qui se développait dans son organisme. Pourtant, les incalculables hospitalisations qu'il subit dans le passé ne révélèrent rien d'étrange chez lui à part un métabolisme fragile et il s'imaginait mal en développer en si peu de temps. Le blondinet n'avait pas envie de refaire cette expérience une énième fois mais il savait qu'il le devait. Il fallait qu'il en ait le coeur net, malgré toute la terreur que cela lui infligeait.

Il avait peur de ne pas savoir ce qui se passait avec son corps.

Ryouta prit alors sa décision. Si jamais ces choses réapparaissaient devant lui, que ce soit le sang ou la... chose, il en prendrait un échantillon et irait le faire examiner auprès d'un docteur pour en avoir le coeur net. Une partie au fond de lui-même espérait encore que l'on puisse mettre un nom sur ces phénomènes, qu'on lui dise qu'il n'était pas une erreur de la nature, que d'autres avaient eu la même chose que lui et, dans le meilleur des cas, on pourrait le soigner. Oui, il caressait encore cette chimère d'être quelqu'un de parfaitement normal qui n'avait pas à s'inquiéter pour son intégrité. Même si c'était stupide, même si c'était risqué, il allait le faire. Il devait le faire s'il ne voulait pas devenir fou.

Il se sentait résolu mais quelque part, il savait que ce n'était pas aussi simple.

Des sentiments contradictoires naquirent malgré lui. D'un côté, Ryouta ne voulait pas contrarier ceux qui s'étaient occupé de lui mais d'un autre côté, il ne se sentait pas prêt à affronter de nouvelles difficultés. Qui sait si jamais il apprenait qu'il couvait quelque chose de grave, et ainsi devenir une charge encore plus importante pour eux. Ils déversaient suffisamment pour son appartement et ses médicaments sans qu'ils aient besoin d'autre chose. Eux aussi avaient leur propre vie, sans compter leur deuxième bébé qui allait bientôt naître. Rien que d'y penser, le lycéen blond se sentait misérable de savoir qu'il empêchait une famille honnête de vivre en toute quiétude et les forcer à s'occuper d'un enfant qui n'était même pas le leur.

Se relevant de son lit, il laissa échapper un profond soupir qui vint troubler l'ambiance paisible de la grande pièce de séjour puis vint s'asseoir contre le mur frais et réfléchir un peu plus.

Plongée dans le noir, seule la lumière bleutée de l'aquarium lui permettait de voir son environnement, dégageant cette douce atmosphère sous-marine qu'il chérissait tant. Il regarda le rectangle en verre dans lequel quelques poissons de couleur unie tournaient sans but. Le son des bulles d'air servant à oxygéner l'eau renforcèrent la sensation aquatique, laissant presque croire à Kise qu'il se trouvait dans les fonds marins s'il fermait les yeux. Même les murs prenaient doucement cette couleur froide pour l'enfermer dans un monde imperméable à tout intrus, comme si temps et espace ne voulaient soudain plus rien dire. Les rideaux fermés, ce qui se passait à l'extérieur de cette pièce n'avaient plus aucune importance. Un monde qu'il voulait statique.

Mais tout cela n'était qu'illusion, et Kise sentait qu'il changeait pour ne plus jamais être le même. Une transformation invisible à l'oeil nue, sinon par ses manifestations spontanées, que personne ou presque ne soupçonnerait. Un changement de son être qui prouvait au fond que les humains ne restaient jamais pour toujours. Un bébé devenait enfant, puis adolescent pour mûrir en adulte avant de défleurir dans la vieillesse et finir décomposé sous terre. Malgré cela, un certain apaisement le prit au corps, comme si cette fatalité le rassurait plus qu'elle ne l'effrayait, peut-être que la perspective d'être mortel lui donnait le sentiment qu'il restait encore de l'humanité en lui.

Une ambiguïté qui le laissa en transe, pleins d'interrogation sur sa véritable nature...

Kise resta dans cet état de demi-conscience pendant quelques heures, à mi-chemin entre les limbes du sommeil et ses pensées éveillées lorsque la sonnerie de son téléphone l'en extirpa.

Encore anesthésié, le jeune homme ouvrit ses paupières pour aller se saisir de son téléphone portable. D'habitude, il ignorait appels et SMS, surtout en ce moment, mais en voyant le numéro s'afficher, il fut alors hors de question pour lui de rater celui-ci. Il venait de son oncle. Ce dernier l'appelait de temps à autre pour prendre de ses nouvelles, s'assurer que tout se passe bien et s'il ne manquait de rien. Bien que ce soit très prévenant de la part de cet homme, Ryouta ne pouvait s'empêcher d'y sentir une pointe de désintérêt, comme s'il faisait plus cela par devoir que par réel attendrissement. C'est pourquoi la plupart du temps, son neveu ne partageait quasi rien de son quotidien avec lui.

Cependant, il restait la seule personne de sa famille qui ne le rejetait pas.

"Allo, j'écoute." Fit Kise après avoir accepté l'appel et mis le téléphone contre son oreille.

"Ryouta-kun... c'est moi." Déclara une voix grave à l'autre bout du fil. "Désolé de t'appeler si soudainement... tu vas bien?"

"Oui, et vous?"

Bien que ce soit son oncle, Ryouta l'avait toujours vouvoyé, lui et sa femme. Comme une barrière sentimentale cachée sous une pseudo-demonstration de respect, cela lui permettait de ne pas trop se faire sentir comme encombrant, et de n'être vraiment qu'un passage dans leur vie. Par ailleurs, il ne se souvenait pas non plus avoir créé un lien avec leur fille, se demandant même si cette dernière était au courant de son existence...

"Hmm, oui. Ma femme s'inquiétait un peu pour ta santé et elle semblait avoir raison. Tu sembles fatigué."

"Ah vraiment? Mais que ma tante se rassure, ce n'est vraiment rien."

"Es-tu allé à l'hôpital pour te faire un nouveau check up?" Interrogea l'homme d'un ton plus engagé.

L'adolescent laissa passer un petit silence avant sa prochaine réponse, peu sûr si un mensonge passerait.

"Non..." Se décida-t-il à avouer.

"Pourquoi?"

"Ce n'est pas assez grave pour mériter une intervention et puis... cela vous coûterait."

"..."

Il n'avait en ce moment aucune idée de ce que pouvait penser son oncle après avoir entendu cela. Bien sûr, ce n'était pas la première fois qu'il évoquait son refus de se faire soigner à cause de la charge que cela lui impliquait, mais cela semblait toujours le déranger pour une raison qu'il ignorait. Eh bien, peut-être qu'il tenait vraiment à lui, presque comme son fils, mais Kise y croyait peu. Combien même lui et sa femme tentèrent de lui exprimer de l'affection lorsqu'il fut jeune, le blondinet sentit bien qu'il y avait toujours une espèce de malaise entre eux. Comme s'il n'était pas à sa place. Comme s'il n'était pas comme eux. Oui c'est cela, ces gens avaient toujours agi avec lui comme s'ils appréhendaient un animal sauvage.

Aussi loin qu'il se rappelle, l'adolescent aux pupilles ambres ne se souvenait pas qu'ils l'aient regardé une seule fois dans les yeux.

"S'il te plaît, ne soit pas trop négligent sur ta condition. Si jamais cela empire, n'hésite pas à aller à l'hôpital."

Combien cela était compatissant de leur part, Kise ne s'en sentit que plus coupable. Il ne voulait pas les importuner encore plus avec son état. Chaque fois qu'il allait à l'hôpital, il n'était pas soulagé, mais juste plus embarrassé par sa propre faiblesse.

"Et puis... n'hésite pas à venir nous rendre visite un jour. Ma femme serait ravie de faire une petite sortie de famille une fois qu'elle aura accouché."

"Je verrais si je peux... mais où voudriez-vous aller?"

"Eh bien, je pensais à l'aquarium. Tu aimes les poissons tropicaux n'est ce pas?"

"En effet." Répondit Kise, un peu surpris que l'homme ai remarqué cela.

"Quand tu étais petit, tu passais ton temps à chasser les poissons dans la rivière." Évoqua son interlocuteur, comme s'il avait deviné son étonnement.

Kise hésita. Bien que l'invitation lui parût motivée de bons sentiments, il se demanda si c'était vraiment une bonne chose pour ces gens de s'impliquer à ce point pour lui. Ils devraient plutôt se focaliser sur leur propre famille, surtout avec le nouveau né en plus de leur enfant déjà là, encore en bas âge. Un bébé avait besoin de beaucoup plus d'intention qu'un simple adolescent, même malade.

"Ne te sens pas obligé mais... cela nous ferait plaisir de te revoir et passer du temps avec toi."

"Je vois. Dans ce cas, lorsque j'irais mieux, je reviendrais, peut-être les prochaines vacances."

"Très bien. Désolé de t'avoir appelé aussi soudainement, passe une bonne nuit. Prends soin de toi."

"Merci, vous aussi."

Appuyant sur le bouton rouge, la liaison fut coupée, ne laissant qu'un bruit de tonalité sourd de la part de son téléphone.

Les conversations avec son oncle n'allaient jamais vraiment très loin, mais force est de constater que celle-ci était sans doute la plus aboutie de tous. Sa tante était une femme tout ce qu'il y a de plus respectable, charmante et attentionnée, son instinct maternel s'était toujours manifesté avec lui, et maintenant qu'elle était enceinte, elle redoublait de compassion envers Kise. Le jeune homme lui en était reconnaissant, mais il connaissait ses raisons au fond. Cela faisait des années qu'elle ne pouvait avoir d'enfant, et elle avait redirigé tout son besoin de materner sur lui, obligeant par la même son mari de se comporter avec la même affection.

Ryouta fit pourtant de son mieux, mais jamais il ne fera partie de leur famille.

Il y avait trop de distance, de respect mutuel, d'appréhension, voire de peur entre eux pour qu'ils puissent créer un réel lien affectif. Toutes ces démonstrations superficielles n'étaient que pour faire bonne figure sociale, montrer que oui, le petit orphelin était bien intégré avec ses nouveaux "parents" et que le couple sans enfant jusqu'à récemment savait s'occuper de lui de manière honorable. Ils avaient tous trois joués leur rôle à la perfection pour donner l'illusion que tout n'était qu'altruisme et bons sentiments entre eux. Mais une fois la porte de la maison fermée, les sourires s'effaçaient, les bouches se fermaient et les yeux se baissaient pour sombrer dans un silence oppressant où chacun allait de son côté sans communiquer avec les autres.

Il n'eut jamais de conflit entre eux, même pendant ce que l'on appelait "l'âge difficile" de l'adolescence.

Kise ne manifesta jamais aucun caprice, se montra brillant élève et malgré sa popularité, ne troubla pas la demeure familiale en ramenant ami ou petite amie. Bien qu'il se montrât social à l'extérieur, il s'avéra être un véritable misanthrope une fois rentré, ne sortant de sa chambre que pour manger et les rares sorties que le couple organisait pour essayer de conserver ce minimum de lien. Par ailleurs, aucun des deux, que ce soit l'homme ou la femme, ne lui refusa quelque chose lorsque cela s'avérait important pour lui. Un téléphone portable, un ordinateur, un aquarium, ils allèrent même jusqu'à lui financer ce petit appartement pour qu'il puisse continuer ses études en ville.

Une aubaine pour eux, puisqu'ils purent enfin trouver une excuse pour s'éloigner de lui. S'ils purent garder un équilibre jusqu'à récemment, le blondinet sentit tout de même que quelques tentions montaient, liées avec l'heureux évenement qu'attendait madame mais également la santé du jeune homme qui se détériorait. Oh bien sûr, ils ne furent pas tant enchantés que cela de laisser un adolescent mineur vivre seul, mais après quelques mois où ce dernier ne leur posa pas de problème, ils finirent par s'y faire. Surtout, ils durent être soulagés d'être enfin débarrassés de cet intrus qui hantait leur maison.

Cette proposition de sortie familiale, ces tendres paroles prévenantes n'étaient qu'un masque de mensonge.

Reposant son téléphone, Kise referma les yeux.

Il ne pouvait de toute façon pas leur en vouloir, il leur était déjà suffisamment reconnaissant de l'avoir pris en charge. Exiger l'amour d'une famille pour quelqu'un comme lui était sûrement déplacé...

Doucement, il laissa son esprit se réimmerger dans l'océan noir et sans profondeur qui l'avait accueilli plus tôt, espérant savourer encore un peu cette plénitude avant que la prochaine journée n'arrive.

OoOoOoOoOoOoOoOoOo

Quelques heures plus tôt, dans la grande demeure des Midorima, un autre téléphone mobile sonna.

La tonalité resonna quelques secondes, le temps qu'il fallut au fils unique pour retrouver l'appareil dont il ne se servait quasiment jamais, et pour cause, il n'avait personne à contacter. Bien que son portable se trouve dans sa chambre, elle-même située dans l'endroit le plus reculé de la maison, au bout d'un long couloir sans porte, ni fenêtres, le jeune homme aux cheveux verts ne craignait que ses parents aient entendu la petite musique répétée. Si tel était le cas, ils s'interrogeraient sûrement sur le contact de leur fils, lui si asocial, accentuant leur méfiance à l'égard de ce dernier qui pourrait les pousser à le priver du moyen de communication. Chose que Shintaro ne voulait pas, ayant combattu trop durement pour pouvoir en disposer.

Fort heureusement, sa porte étant fermée et ses géniteurs occupés par le son de la télé, il put répondre avec la sûreté de ne pas se faire surprendre en pleine conversation.

Le superstitieux hésita un moment en voyant le nom de l'appelant, une forte envie de rejeter l'appel montant en lui. Mais cela lui était interdit. Du moins s'il tenait à sa vie. Cependant, quelques fois il se demandait s'il ne valait pas mieux pour lui de tout laisser tomber, de prendre le risque de s'opposer à cet homme puis de s'enfuir loin d'ici dans l'espoir de refaire sa vie dans un endroit où aucun monstre ne viendrait troubler son corps et son esprit. Tant de fois il rêvait de couper son téléphone et de faire comme s'il n'existait pas. Comme s'il n'était qu'un simple lycéen un peu misanthrope, obsédé d'horoscope avec une chance insolente. Combien de fois ne s'était-il pas surpris à espérer que rien de tout cela n'existe, qu'il soit né comme un simple humain...

Mais cela ne relevait que du fantasme, et quand bien même il le haïssait, il était obligé de suivre son destin, c'est pourquoi il décrocha.

"Midorima, j'écoute."

"Shintarô, tu lui as transmis mon message?"

Le concerné se retint de soupirer à la voix à la fois calme et désagréable de son interlocuteur qui ne jugea même pas nécessaire de le saluer.

"Oui, il a été prévenu. Mais je ne pense pas que cela suffise pour qu'il se tienne tranquille, il est attiré par Kagami comme un aimant."

"Je vois... cela ne fait rien. Du moment qu'il sait, c'est tout ce qui importe."

Un silence pesant pour le jeune homme aux cheveux verts tomba après cette phrase qui lui semblait étrangement suffisante. Même après tout ce temps, il n'arrivait pas à comprendre les véritables pensées de ce type. Même l'horoscope, même la plus pointue des divinations ne lui étaient d'aucune aide lorsqu'il s'agissait de lui. Bien sûr, il n'était pas le premier imprévisible auquel Midorima ait à faire, mais le simple fait de savoir ses intentions, ou tout du moins une partie, suffisait à le rendre plus craignant que n'importe qui à ses yeux. En fait, il ne l'avouerait jamais, mais le superstitieux avait peur de lui, et de ce qu'il serait capable de faire.

Cependant, c'était la dernière chose qu'il devait laisser transparaître.

"Passons plutôt à ce qui nous intéresse, tu veux bien?"

"Oui." L'adolescent pris le temps de calmer sa respiration avant de faire son rapport. "Comme prévu, il n'arrive pas à se contrôler et se retenir, mais il est déjà dans sa phase de maturité."

"Excellent. Cela veut dire que je vais bientôt pouvoir commencer les préparatifs."

Midorima n'arriva pas à retenir le frisson d'horreur qui le traversa lorsqu'il entendit cela. Sa gorge se noua en même temps que son coeur s'accéléra, au point que celui à l'autre bout du fil devait sûrement l'entendre, ou au moins le deviner. Il n'arriva pas à retenir les tremblements de la main tenant son téléphone alors qu'une seule et unique question vint lui brûler les lèvres. Il voulait savoir et en même temps, ne rien savoir. Il voulait qu'on le laisse en dehors de tout cela, mais si jamais il était choisi, si jamais il devait le faire... Non, impossible. Jamais. Jamais il ne pourrait le faire. Il préférait encore se suicider dignement plutôt que se livrer à ce rituel inqualifiable.

"Et est-ce que vous avez déjà choisi qui..."

"Cela t'intéresse-t-il?"

Le ton mesquin et cruel qui le coupa au milieu de sa question si durement sortie se planta dans sa chaire comme des milliers d'aiguilles enflammées. Ce type... était juste le diable en personne. Il savait mieux que quiconque quelle relation il entretenait avec ses choses, comment il avait vécu jusqu'alors avec sa condition à cause d'eux. Et il osait encore venir s'amuser en jouant sur ses peurs les plus profondes en sous-entendant qu'il espérait être l'élu! Bien sûr, c'était la punition que cet homme pensait méritée pour s'être montré aussi curieux, mais n'était-il pas légitime de la part de Shintarô de vouloir savoir?

"Tu le sauras très rapidement en temps voulu." Reprit la voix d'un ton satisfait. "En attendant, continue à surveiller l'évolution des choses, je ne voudrais pas qu'un malheureux accident attire l'attention sur nous."

"Je sais."

Midorima se doutait qu'il devait faire allusion à ce qui se passa dans les toilettes. S'il avait été prudent, il aurait dû nettoyer avant de s'enfuir pour préserver le secret, mais l'arrivée de Takao qui le ramena chez lui l'en empêcha. De toute façon, il n'aurait jamais pu trouver le courage de le faire à ce moment, tant il en fut retourné.

"Une dernière chose; contrôle ta colère. Je te tolère car tu es un bon spécimen, mais veille à ne pas devenir une nuisance pour les autres, sinon je devrais me passer de toi. Et tu sais à quel point cela me peinerait."

Une tonalité vide continua cette menace avant même que l'adolescent vert trouva une réponse à lui fournir pour tenter de se blanchir de ces soupçons.

Il comprit que ce fut de toute façon peine perdue avant même d'avoir essayé. Jamais il n'avait vraiment caché la haine qu'il portait envers tous ceux de son espèce et même, quelque part, envers lui-même. Shintarô avait bien conscience que cela le rendait peu fiable, mais en même temps, c'était plus fort que lui. Dès qu'il était en présence de l'un d'entre eux, une vague de dégoût et de peur montait en lui sans qu'il puisse la contrôler, se déversant alors sur eux sous la forme de phrases médisantes et menaces à peine voilées. Tout cela, parce qu'à chaque fois, les voir lui ramenait au visage ce qu'il était, ce qu'il fut, et ce qu'il sera. Il était piégé, bloqué, sans aucun espoir de s'enfuir de ce corps qu'il ne supportait plus.

C'est vrai; quoiqu'il fasse de toute façon, Midorima n'avait aucune porte de sortie. C'est ce que ce qu'on s'appliquait à lui faire comprendre depuis sa plus tendre enfance. Qu'il n'était pas comme les autres. Qu'il ne le sera jamais. Qu'il était condamné à une existence secrète de damnée où toute liaison affective lui était interdite. Son destin ne lui apporterait que souffrance, terreur et solitude, plongé dans une foule de gens indifférents et ignorants. Le but de sa vie lui était déjà dicté, cruel et impardonnable qu'il était pourtant obligé de suivre, quand bien même elle allait le mener à sa perte. Oui, le lycéen à lunettes n'était pas dupe; même si ce n'était pas lui cette fois-là, un jour viendra où le choix se portera sur lui.

Il ne pouvait rien faire contre son destin, c'était indéniable.

En revanche, rien ne l'empêchait de voir comment s'acheminait celui des autres. Même si ce type refusait de lui dire, Midorima avait néanmoins sa petite idée étant donné les personnes concernées et potentielles qui se présentaient à lui. En fait, il était quasiment sûr de son hypothèse, mais il lui manquait encore quelque chose pour la vérifier. Quelque chose qu'il aurait pensé déjà se produire, mais il avait sous-estimé la patience de son adversaire. Il n'y avait que deux solutions; soit il attendait encore qu'il soit prêt, soit il était en train d'hésiter sur sa décision. Si tel était le cas, alors Shintarô allait se faire un plaisir de l'aider à faire son choix.

Il ne pouvait rien faire contre le destin, mais il pouvait bien lui donner un petit coup de pouce, voir le faire un peu bifurquer dans son intérêt.

OoOoOoOoOoOoOoOo

C'était un jour couvert et gris, annonçant des perturbations saisonnières.

Kise arriva assez tôt au lycée, mais trouva Kuroko déjà assis à sa place, ses grands yeux azurés vides d'expression. Se sentant un peu mieux que d'habitude, il eut presque envie d'aller le voir pour prendre de ses nouvelles après autant de temps passé chacun de leur côté, cependant, il sentait que ce ne fut pas le bon moment pour cela. Peut-être était-ce lui qui se faisait des idées, mais il lui semblait que le jeune homme invisible était en train de déprimer. N'importe qui, vu l'air stoïque que Tetsuya affichait, demanderait ce que cela changeait de d'habitude, mais le blondinet avait appris avec le temps à déceler quand les expressions de son ami changeaient. Et très clairement, aujourd'hui, ses pupilles claires étaient clairement celles de quelqu'un remplis de tristesse.

Les yeux ambre restèrent quelque temps à fixer leur homologue avant de finalement se détourner lorsque leur possesseur se dirigea vers son pupitre. Il posa son sac, un peu déçu; pour une fois qu'il allait bien, il fallait que son ami qui ne soit pas en forme pour parler. Il avait laissé un temps de côté les rumeurs du lycée et l'étrange comportement de Kurokocchi car il ne se sentait de toute façon pas prêt à affronter cela seul. En outre, l'adolescent aux cheveux bleus électriques semblait être suffisamment tourmenté par ses propres soucis sans que Ryouta ne vienne l'importuner un peu plus avec les siens, surtout lorsque cela concernait quelque chose d'aussi étrange. Après tout, il n'était pas totalement sûr qu'ils aient subi le même phénomène...

Peu de temps après arriva une grande silhouette imposante que Kise reconnue rien que par son aura.

Comme à son habitude, Kagami ne jeta aucun regard à ses camarades lorsqu'il allait s'asseoir à sa place mais cette fois-ci, quelque chose semblait avoir changé. Alors qu'il passait d'habitude à côté de Kuroko pour aller au fond de la classe-là où était sa chaise- il préféra cette fois faire un détour que le blondinet ne manqua pas de noter. Ce fut lorsqu'il remarqua l'air totalement désemparé de son camarade bleuté qu'il comprit alors que ce geste n'était pas anodin, et pousserait même l'hypothèse que quelque chose s'était passé entre eux. Le lycéen rouge l'évitait délibérément et cela expliquerait donc pourquoi Tetsuya lui paraissait aussi démoralisé.

L'ayant fréquenté depuis le début de l'année, Ryouta avait appris des choses sur son partenaire, et son intérêt pour Taïga en faisait partie. Même si cela échappa aux autres du fait de sa discrétion, la manière dont il dévorait du regard Kagami ne laissait croire aucune ambigüité, et cela lui fut confirmé lors de l'incident en salle de laboratoire du cours d'Akashi. Kuroko semblait épprouver des sentiments pour leur camarade de classe, cherchant à se rapprocher de lui, à trouver son contact par tous les moyens. Kise s'en sentait désolé pour lui, car l'intéressé n'avait rien d'un caractère agréable et facile à approcher, bien au contraire; il était du type à repousser agressivement toute tentative de sympathie de la part d'autrui, et il parlait par expérience personnelle...

Cependant, cet échec dut être particulièrement dur à essuyer pour que Kurokocchi en sorte aussi abattu, lui que rien n'ébranlait.

Le blondinet pensa un moment à aller voir son ami afin de lui proposer de vider son sac, mais il sentait qu'il ne rencontrerait qu'un mur. Kuroko lui parlait déjà peu, et surtout pas de lui, alors imaginer qu'il lui dévoilerait ses problèmes de coeur relevait du fantasme. Quand bien même il serait prompt à expliquer sa relation avec Kagami, Kise ne saurait de toute façon pas comment le conseiller, ni même lui répondre. Après tout, il avait l'habitude que ce soient les filles qui s'adressent à lui, et non l'inverse, et il n'avait jamais vraiment expérimenté ce genre de sentiment... En outre, ils étaient tous les deux des garçons, chose que, même s'il n'avait aucun préjugé dessus, le redoublant avait du mal à comprendre.

Ce fut la raison pour laquelle il retint son élan de sympathie, et se tu plutôt dans un mutisme assez dérangeant.

Le cours se déroula sans encombre bien sûr. Le professeur expliqua ce qu'il y avait à retenir, mais la classe semblait assez absente tous le long de la séance. Ryouta jeta des coups d'oeil de temps à autre à son ami pour le trouver le plus souvent le regard vide à travers la fenêtre, une envie s'apparentant à celle de vouloir s'envoler à travers l'ouverture très clairement lisible sur son visage. Kagami n'était pas en reste, étant dans la même file que l'adolescent blond, ce dernier le vit hésiter bien trop de fois entre se concentrer sur l'enseignement de l'adulte ou espionner discrètement leur camarade avec une espèce d'appréhension et de curiosité, comme s'il avait affaire à un animal sauvage et inconnu.

L'interclasse arriva bien trop lentement au goût des étudiants qui purent en profiter pour se détendre un peu. Kise se rendit compte qu'à force de persister, il allait bientôt se faire remarquer par quelqu'un, c'est pourquoi il préféra refouler son envie d'utiliser cette pause afin de mieux cerner le duo, et préféra plutôt sortir de la salle afin de se dégourdir les jambes. D'autres élèves que lui traînaient également, soit pour discuter plus bruyamment, soit pour aller rapidement s'acheter quelque chose à grignoter afin de tenir jusqu'au déjeuner. Le blondinet ne faisait partie d'aucune des deux catégories, et pourtant il y avait encore des lycéennes pour venir l'accoster. Elles durent néanmoins sentir qu'il n'était pas d'humeur particulièrement sociable aujourd'hui, car elles lâchèrent rapidement le morceau.

Ryouta arriva bientôt en bout de couloir et remarqua alors que la dernière salle était occupée par des troisièmes années. Un mauvais pressentiment l'obligea à jeter un coup d'oeil par la porte pour vérifier ses doutes; en effet, il s'agissait de la classe d'Aomine. Un sentiment de peur le prit soudain au ventre. Les deux se voyaient toujours pour le ménage après les cours une fois sur deux mais il lui semblait que son partenaire prennait ses distances bien plus que nécessaire pour une raison qu'il ignorait. Kise ne savait pas s'il devait en être soulagé ou au contraire s'en inquiéter. Bien que le lycéen à la peau mate ne soit visiblement pas dans les parages -les rumeurs disaient qu'il séchait souvent les cours pour dormir sur le toit de l'école- il préféra ne pas prendre de risque et détourna rapidement pour faire marche arrière.

"Kise?"

Une voix peu familière mais pas totalement inconnu l'interpella alors. Se retournant, le blondinet vit alors Takao qui semblait s'être levé de sa place exprès pour venir lui parler. D'abord craintif, Ryouta vérifia un peu partout pour s'assurer que Midorima n'était pas dans les parages, étant donné que les deux lycéens étaient souvent ensemble. Remarquant son manège, le jeune homme aux iris d'aigle le rassura sur la distance que Shin-Chan avait prise par rapport à lui. Il était actuellement descendu à la cafétéria se prendre une boisson à base de haricot rouge. Cela ne rassura qu'à moitié Kise.

"Qu'est-ce qu'il y a?"

"Je ne sais pas trop comment t'en parler... d'habitude j'aurais gardé ça pour moi mais là, ça te concerne directement."

"De quoi est-ce que tu me parles?" Il interrogea le blondinet, de plus en plus méfiant.

"Tu connais Murasakibara Atsushi, de la Terminale 3? "

"Oui, il était dans la même classe que moi l'année dernière."

Ryouta se souvenait même très bien de ce garçon et pour cause; peu de japonais de son âge dépassant les deux mètres en matière de taille comme lui passaient inaperçus. En outre, Murasakibara se faisait également souvent remarquer par sa lenteur d'esprit et sa gourmandise qui le poussa à grignoter des friandises entre deux cours, et même parfois pendant quand le professeur était assez distrait. L'adolescent aux yeux ambre n'eut pas de très grandes relations avec lui, si ce n'est celle de simple camarade de classe car le personnage s'avérait assez inaccessible, comme s'il était las de tout et que rien ne pouvait lui donner le sourire. Le genre de type vers lequel on n'irait pas faire ami-ami spontanément.

Mais qu'est-ce qu'il venait faire là-dedans?

"Hier en promenant mon chien, je suis passé par hasard devant chez toi..." Il ignora le haussement de sourcils suspicieux et continua d'un ton sûr: "Et je l'ai vu en train de guetter ton appartement."

"Vraiment? Mais pourquoi il viendrait jusque chez moi? Il n'habite pas dans mon quartier..."

"Je ne sais pas non plus, je voulais juste te prévenir. Ce type est louche, donc tu devrais faire attention s'il s'intéresse à toi."

Il n'avait pas besoin de cette mise en garde pour savoir que Murasakibara ne jouissait pas en effet d'une très bonne réputation au sein de leur établissement. Cependant, il lui semblait que Takao ignorait exactement d'où cela venait contrairement à Kise qui avait partagé bon nombre de cours avec lui précédemment. C'était tout simplement Midorima. Les deux adolescents n'étaient pas très souvent vus ensemble, mais parmi les rumeurs qui circulaient sur le superstitieux, l'une d'elles prétendait que le géant avait d'étranges liens avec lui, comme le fait qu'il était à sa solde en échange de friandises ou d'autres étrangetés de ce genre. Étant donné que Kazunari ne fut pas dans la même classe de Shintarô les deux précédentes années, cela fut peu étonnant qu'il ne soit pas au courant.

Cela lui prit quelques secondes pour se décider s'il devait évoquer ses suspicions envers Midorima ou non, puis il préféra s'abstenir. Rien ne lui disait que le brun aux yeux clair ne soit pas de mèche dans cette histoire pour tenter de le tourmenter.

"D'accord, merci de l'avertissement."

Takao le regarda s'éloigner avec un air presque exaspéré, ayant bien devinée sa méfiance à son égard. Il avait bien conscience de devoir s'attendre à ce genre de réaction de la part des autres puisqu'il traînait avec Shin-Chan sans le cacher et participait souvent à ses étranges démonstrations publiques. Cependant, le brun aux yeux clairs aurait espéré que le blondinet ait un peu plus de jugeotte que tous ceux qui jugeaient au premier abord, et comprenne que Takao pouvait également agir de son gré sans avoir besoin d'être dicté par qui que ce soit. Par ailleurs, même s'il suivait les "ordres" de Midorima sans broncher, la dépendance était bien plus réciproque que ce que les apparences pouvaient laisser croire.

Mais en effet, Kise ne voulut rien savoir de tout cela. Au fond, il savait que son homologue était sûrement animé de bonnes attentions en venant le prévenir, mais pour être honnête, c'était la dernière chose dont se souciait le jeune homme de seconde année. Il avait d'autres soucis bien plus importants à ses yeux que Murasakibara qui venait le stalker en bas de son immeuble. En outre, la probabilité qu'il soit lié à Midorima étant forte, Ryouta préféra ne pas s'étendre sur le sujet, ne sachant comment le petit terminale allait réagir. Beaucoup prétendaient que toute sympathie s'effaçait en lui dès qu'on osait remettre en question la morale de Midorima, donc sans nul doute qu'il se serait outré, et la conversation aurait de toute façon terminée de pire manière.

En retournant dans sa classe, l'adolescent blond retrouva Kagami et Kuroko exactement comme il les avait laissés; introvertis et mal à l'aise l'un avec l'autre, se cherchant désespérément du regard sans jamais trouver une ouverture qui puisse les aider.

Lors de la pause du midi, les trois lycéens déjeunèrent chacun de leur côté, seul et dans des endroits aux antipodes les uns des autres du bâtiment pour être sur de ne pas se croiser.