Douceur liquide

Auteur: Woshi

Disclaimer: Ni Kuroko no Basket, ni Sweet Pool ne m'appartiennent

Raiting: M pour cause de scène sanglantes et sexuelles

Genre: UA, Angst, Drame, Tragedy, School life, Romance, Yaoi, Gore, Surnaturel, Mpreg d'une certaine manière

Note: Je m'excuse pour le retard, j'avoue que je commence à être un peu débordée niveau planing. Mais, ce chapitre est très condensé et apportera joie et bonheur aux fans de Aokise (et rien de plus que d'habitude aux autres, désolée). Bref, je vous laisse profiter de ce chapitre, je vais essayer de prendre moins de temps pour le prochain mais je ne garantis rien.

Bonne lecture ~

[OST Sweet Pool - Killing Look ]


Fin d'après-midi, la classe se concluait et se remplissait de bruit.

Comme il n'avait pas sa tâche ménagère à faire, Kise se préparait machinalement à rentrer chez lui. Les uns après les autres, il rentra ses livres scolaires puis sa trousse dans son grand sac marron puis le ferma tel un robot programmé pour cette simple action. Comme à leurs habitudes, ses camarades de classe bavardaient sur leur journée et la manière dont ils allaient la finir, probablement ensemble. Le blondinet reçut bien une ou deux invitations à se joindre à un groupe de sortie, mais il les déclina poliment, cherchant plutôt une autre compagnie d'après-cours. Cependant, lorsqu'il eut fini de se préparer, il se rendit compte que Kurokocchi était déjà parti sans qu'il ne s'en aperçoive. Sans que personne ne s'en aperçoive, comme d'habitude.

Le blondinet se sentit un peu mal en constatant que son ami ne l'avait pas attendu. Bien sûr, il ne le prévint pas plus tôt qu'il voulut qu'ils finissent la journée ensemble mais quand même; généralement, le bleuté prenait son temps pour bien ranger ses manuels afin qu'ils ne s'abîment pas. Mais là, ce fut comme s'il était parti en catastrophe et, nul doute que c'était bien le cas. Dire que Ryouta voulut profiter de l'amélioration de sa santé pour tenter de renouer un peu avec Kurokocchi et discuter un peu, voire tenter de trouver ce qui n'allait pas, c'était à oublier. Il nota d'ailleurs distraitement que Kagami aussi s'était dépêché de fuir au moment de la sonnerie...

"Kise! Ryouta Kise!"

Son nom et son prénom furent appelés par une voix forte et grave au ton désagréablement familier. Au seuil de la salle de classe, son possesseur le cherchait du regard derrière ses lunettes carrées, des yeux verts fusillant presque tout ce qui se trouvait sur leur chemin. Le seconde année se sentit soudain très mal à l'aise d'être traqué ainsi en public par Midorima, d'autant plus que ses camarades commencèrent à se poser des questions. La plupart du temps, leurs interactions se passaient relativement discrètement et surtout pas dans un endroit aussi exposé aux autres. Ici cependant, il fallait croire que le binoclard faisait exprès de se mettre en spectacle, connaissant bien les rumeurs qui courraient à son sujet, car il savait que le plus embarrassé par la situation, ce ne sera pas lui...

"Kise Ryouta!" Grogna-t-il une fois de plus en redressant ses lunettes. "Je sais que tu es ici!"

L'interpellé fit mine de n'avoir rien entendu et baissa la tête afin de cacher son visage. Il n'avait aucune envie de parler avec ce type. Une lycéenne de sa classe voulue alors rentrer dans la pièce pour une raison quelconque, mais dû à sa forte stature et sa taille exceptionnelle, Midorima lui bloquait entièrement le passage et ne semblait pas prompt à se déplacer afin de la laisser passer. Bien au contraire, il se montra d'autant plus imposant et frappa alors le mur en signe d'impatience, faisant sursauter l'adolescente qui lâcha un cri de peur. Elle recula alors, à la satisfaction de Shintarô qui n'aimait pas les gêneurs.

"Kise Ryouta! Je te dis de sortir d'ici! J'ai à te parler, et c'est urgent! N'abuse pas de ta chance!"

Le binoclard ne semblait pas décidé à lâcher l'affaire, ne se souciant absolument pas de l'image qu'il donnait de lui-même avec une telle démonstration. Bientôt, les étudiants regardèrent autour d'eux afin de trouver celui que l'arrivant appelait avec tant de ferveur et Kise se retrouva bientôt devenu le centre d'attention de la classe malgré lui. Évidemment, étant populaire et remarquable, il n'arriverait pas à se cacher contrairement à un garçon banal. Comprenant que cela ne servait à rien d'insister, sinon forcer Midorima à rentrer dans la salle -ce que personne ne désirait- le blondinet se leva de sa place et se dirigeait vers le jeune homme aux cheveux verts comme s'il allait faire une corvée.

Il se rendit compte une fois en face de Midorima que ce dernier semblait beaucoup moins hostile à son égard que d'habitude.

"Ce n'est pas trop tôt!"

"Ce n'est pas comme si je voulais vraiment parler avec toi Midorimacchi. Dis-moi vite ce que tu veux, s'il te plaît." Geignit Ryouta, ne se sentant pas l'effort d'être aimable aujourd'hui.

"Je voudrais te parler un peu."

Ces mots prononcés réveillèrent en lui l'écho de sa conversation de ce matin avec Takao. Kise ne savait pas trop quoi penser de tout cela, mais définitivement, il se méfiait de Midorima. Est-ce qu'il mijotait quelque chose pour agir de la sorte?

"Mais pas ici." Repris le superstitieux en redressant ses lunettes. "Allons ailleurs."

Cette proposition ne le rendit que plus louche aux yeux ambrés de son homologue. Cependant, fort est d'avouer que rester dans le couloir ne lui était pas non plus agréable; Midorima ayant créé beaucoup d'agitation pour le faire venir, certains élèves les regardaient alors curieusement. Ils espéraient sans doute entendre des choses intéressantes entre eux. Kise n'aimait pas ça. Il n'était pas là pour se donner en spectacle, encore moins avec ce type. En outre, il avait peur que le troisième année évoque encore des choses bizarres à son sujet, et que cela, si c'était entendu des autres, propage alors des sales rumeurs sur lui. Ce dont il n'avait vraiment pas besoin en ce moment.

En plus, qui sait ce que ferait Midorima s'il refusait de le suivre.

"D'accord..." Concéda Kise dans un soupir.

"Bien, suis-moi."

Midorima se dirigea alors vers les escaliers, sans doute dans l'optique d'aller dans le préau ou un endroit un peu moins fréquenté à cette heure de la journée. Kise le suivit avec un sentiment de désespoir en lui, comme s'il n'allait jamais pouvoir passer une seule journée sans que quelque chose de désagréable n'intervienne. Ils se retrouvèrent finalement vers l'entrée principale du lycée. Comme ce fut soupçonné en début de journée par la présence des nuages gris, ces derniers devinrent de plus en plus foncés pour finalement noircir le ciel. La pluie battait à torrent sur le sol goudronné, mais cela n'empêcha pas l'adolescent vert de continuer à marcher à l'extérieur, ni à son accompagnateur de lui emboîter le pas.

Ce fut lorsqu'ils arrivèrent dans le coin où les poubelles étaient collectées que le superstitieux décida de s'arrêter. Évidemment, l'endroit étant déjà peu fréquenté, il n'y avait pas en cet instant âme qui vive. Shintarô se retourna alors vers Ryouta, un regard déterminé derrière ses lunettes carrées. Le blondinet resta en garde, attendant silencieusement qu'il commence la conversation. L'ambiance était assez étrange tout de même. Bien que l'amabilité ne l'étouffât pas - loin de là - Midorima lui semblait beaucoup plus calme et posé que d'ordinaire, comme si la présence de Kise ne le dérangeait plus autant que cela.

"Je voudrais te prévenir en fait." Déclara-t-il sans préavis.

"Me prévenir?"

Le prévenir de quoi? Très franchement, le ton ironique de sa voix ne laisserait personne croire qu'il soit venue le prévenir. En tout cas, pas de manière bienveillante. Cela ne lui plaisait absolument pas.

"Tu sais... parader de cette manière dans le lycée... c'est vraiment de la provocation."

"De quoi?"

Bien sûr, il n'avait jamais vraiment porté attention sur les rumeurs qui faisaient passer Midorima pour un type bon à interner car selon lui, tout était démesuré. Mais maintenant qu'il avait le personnage en face de lui, il se dit que ces rumeurs n'étaient peut-être pas si exagérées. Enfin; il n'avait vraiment aucune idée de ce dont il lui parlait! Il ne "paradait" pas, bien au contraire, il faisait tout pour se faire discret et ne pas attirer l'attention. Il en allait de même pour la provocation; il n'avait aucun comportement qui puisse choquer! Malgré son air totalement hébété, le troisième année ne semblait pas en tenir rigueur.

"Oui, parader, surtout... avec ce sang et cette chair."

La pluie commençait à s'infiltrer à travers ses vêtements, mais ce ne fut pas la cause du frisson glacé qui vint parcourir l'intégralité de son corps. Figé par la surprise et la peur, Kise écarquilla ses pupilles dorées, sa bouche entrouverte peinant à trouver quelque chose à répliquer sous le coup de l'effroi. Comment Midorima pouvait-il être au courant de cela? Quand l'avait-il vu? Qu'avait-il vu? Le souvenir de l'avoir alors croisé quand il sortait des toilettes refit surface. Est-ce qu'il avait vu comme lui ces choses? Pourquoi lui en parlait-il alors comme d'une chose banale? N'était-il pas le premier à le rejeter, à l'éviter autant que possible alors pourquoi...

"Mais tu sais, ce n'étaient pas de vraies choses. Pas encore. Pas tout à fait."

Son esprit ne savait plus quoi faire. Les questions se bousculaient par dizaines tandis que le superstitieux enchaînait les affirmations les unes après les autres sans jamais les préciser. Pas les vraies? Que voulait-il dire par là? Est-ce que ces choses qui étaient sorties de son corps étaient des imitations? Pourtant cela lui parut très vrai lorsqu'il y fit face. L'odeur, la couleur, la texture... Non, définitivement, il devait parler d'autre chose. Mais comme cela se faisait-il que Midorima en sache autant à ce sujet? Si Kise avait été un peu moins sous l'emprise de la terreur, il aurait sans doute pu penser à cela comme une aubaine d'en savoir plus sur sa condition. Mais la peur prenait le pas sur sa raison.

Il voulait juste qu'il arrête de l'embrouiller!

"Qu'est-ce que tu veux dire par... "vraies' ?"

"Aomine Daiki... qu'est-ce qu'il représente pour toi?" Enchaîna alors Shintaro pour répondre à sa question.

Le changement de sujet plongea alors Ryouta dans une grande confusion. Pourquoi lui parlait-il d'Aominecchi maintenant et si soudainement? Les deux lycéens étaient dans la même classe, alors qu'est ce que cela pouvait-il bien lui apporter de venir lui demander à lui?

"Qu'est-ce que tu serais prêt à faire avec lui?" Continua son interlocuteur d'une voix plus grave. "Être pareil ne vous suffira pas, tu sais, alors jusqu'où pourrais-tu aller pour lui?"

Il s'approcha alors de plus en plus de Kise, qui ne recula pas sous la pression malgré la distance qui se mesurait désormais à quelques centimètres entre eux. La pluie se fit de plus en plus fort, la nuit tombante et les nuages noirs engloutissant le ciel assombrirent leur environnement. Le blondinet n'aimait pas ça, mais il n'arrivait toujours pas à dire quoi que ce soit pour une raison qui lui échappait. Son coeur s'était emballé par la panique, le visage du garçon mate lui revenant en tête comme un flash. Le fait qu'Aomine soit évoqué lui fit perdre tous ses moyens, exactement comme l'avait prévu Midorima. Sa réaction et l'expression alarmée sur son visage ne laissait plus aucun doute sur ses sentiments.

Les lèvres de ce Shintatô s'étirèrent alors dans un sourire mauvais qui ne présageait rien de bon pour lui et sa voix s'éleva dans un rire acide, presque dément.

"Je le savais! Tu n'es pas humain. Tu n'es plus humain!"

Rien. Il ne pouvait rien dire. C'était stupide et totalement sans aucun sens, mais Ryouta n'arrivait pas à trouver ses mots face à cette accusation. Il sentait comme si on venait de lui écraser le coeur à l'intérieur de sa poitrine. Il n'était pas humain. Quand bien même n'importe quel argument pourrait le contrer, Kise n'arrivait pas à l'ignorer. Il lui avait déjà dit ça. S'il n'était pas humain, alors qu'est ce qu'il était? Non, pourquoi devrait-il croire ce type à moitié fou? C'est ce que sa logique lui disait, mais au fond, il n'y croyait plus. Peut-être il y a quelques jours, il s'y serait encore accroché mais cette fois, il sentait qu'il avait franchi le point de non-retours.

Midorima s'éloigna de lui sans perdre son expression cruelle.

"J'ai envie de voir à quel point vous êtes liés, tous les deux."

Kise voulu s'opposer à lui, mais il sentit soudain une vive douleur à l'arrière de sa tête.

Assommé, le blondinet réussit dans un élan de conscience à se rattraper sur ses genoux avant de gésir au sol, une forte odeur humide de boue venant alors assaillir ses narines. Comme pour l'achever, le binoclard lui assena alors un fort coup de pied dans l'estomac qui le fit se tordre sous la souffrance. Un gémissement sortit de sa bouche en même temps que ses sucs gastriques lui remontaient par la gorge. La peur de se faire frapper de nouveau poussa Ryouta à serrer les dents et se protéger le visage par réflexe. Bien lui en prit car un autre coup dans son ventre, plus fort que les autres, l'acheva. Il ne trouva même plus la force de râler ou se protéger, la sensation dans son corps commençant doucement à s'effacer.

Il ne pouvait pas s'endormir maintenant alors qu'il était à la merci de quelqu'un qui voulait tout, sauf son bien.

Cependant, le choc fut plus fort que sa volonté. Au bord de l'inconscience, il vit cependant une grande silhouette -qui fut sans doute derrière lui tout ce temps- s'approcher de Midorima, le faisant comprendre alors que ce dernier l'avait fait venir dans un piège.

"Bien, il est temps d'aller chercher Aomine."

Ce fut la dernière chose qu'il entendit avant que le noir total envahisse son esprit.

OoOoOoOoOoOoOoOoOo

Un terrible mal de tête.

Ce fut la première chose qui accueillit Kise lorsqu'il se réveilla. le forçant à cligner des yeux avant d'y voir plus clair. Il eut d'abord énormément de mal à se souvenir de ce qui se passa avant qu'il ne perde connaissance, puis l'image de Midorima lui revient en tête. Le lycée, la pluie, le coin à poubelle et quelqu'un qui l'avait frappé par-derrière. Définitivement, le blondinet était tombé la tête la première dans un traquenard et maintenant... Il ne savait pas du tout où il se trouvait. Dans un gémissement d'effort, son corps le faisant souffrir de part et d'autre, Ryouta eut de la peine à se redresser et ne se sentait pas en état pour le moment de se mettre debout. Il resta alors au sol pour examiner la pièce dans laquelle il avait atterri.

C'était un endroit sombre et exigu qui aurait été plongé dans le noir total si une télévision allumée mais visiblement pas câblée n'eut pas été là pour éclairer. Le blanc de la neige statique de l'écran peignait l'ombre de divers objets abandonnés comme une chaise, un carton et d'autres babioles sans valeur. Il comprit alors qu'il se trouvait dans une sorte de débarras. Les fenêtres étaient peintes en noir, les volets fermés et de là où il était, Kise ne vit pas de porte de sortie, mais se doutait que cette dernière devait être certainement fermée à clef. Une étrange odeur vint assaillir ses narines manière puissante. Assez agréable, parfumée mais en même temps très lourde et imposante, différente de la moisissure qui régnait.

Eh bien, ce n'était peut-être pas le bon moment pour penser à cela.

Kise devait avant tout trouver un moyen pour sortir d'ici. C'est ce dont il était déterminé en prenant appuie sur ses bras pour se relever, mais il se rendit vite compte que son corps souffrait d'un état de fatigue avancée. Impossible de marcher, encore moins de courir; tous ses muscles étaient tellement engourdis qu'il aurait à peine pu faire deux pas. Serrant les dents, le jeune homme décida alors de chercher un autre moyen pour s'échapper, bien qu'aucune idée ne lui vînt en tête. Dans son désespoir a tenter de ramper pour avancer, son pied buta contre quelque chose et il se rendit alors compte qu'il n'était pas tout seul.

Au sol, non loin de lui, se trouvait un grand corps immobile, sans doute inconscient. S'approchant un peu plus pour vérifier ses doutes, la lumière de la télé révéla à Kise les traits de l'inconnu comme ceux d'Aomine. Ses yeux étaient fermés et son visage d'ordinaire couleur chocolat, peut-être à cause de la lueur blanchâtre, lui paraissait bien plus pâle que d'habitude. Alerté, le blondinet posa alors sa main sur son torse pour constater que ce dernier se relevait et s'abaissait de manière régulière. Le coeur battant lentement contre la chair chassa ses derniers doutes. Son camarade respirait, donc il était vivant. Soulagé, le lycéen aux yeux ambrés mis un peu moins de distance entre eux afin de mieux l'observer dans son sommeil, oubliant sa douleur.

Il remarqua que le visage de Daiki était parsemé de bleus, gonflement et même de gerçures aux lèvres.

Kise se demanda alors s'il n'était pas tombé dans le piège de Midorima, comme lui. Cela lui semblait l'explication la plus logique quant à sa présence, surtout avec sa mémoire qui lui ramenait les paroles que l'adolescent vert lui avait dite avant de l'assommer. Une sorte de présupposition sur la relation que les deux jeunes hommes entretenaient. Le garçon blond trouvait cela assez idiot, car mise à part le fait d'avoir été dans la même classe et faire le ménage ensemble, lui et Aomine n'avaient pas vraiment de liens. Enfin... tout du moins officiellement, car il était vrai qu'il y avait beaucoup de non-dit entre eux. Des regards équivoques, des gestes ambigus, parfois des messages cachés que Ryouta n'a jamais su démasquer...

Ses pupilles dorées détaillèrent un peu plus les traits masculins de son homologue avec un certain intérêt. Il avait toujours trouvé qu'Aomine dégageait un charme particulier, quelque chose qui respirait à la fois la virilité mais aussi la finesse. Un jour, il l'avait par hasard surpris en train de jouer au basket sur un terrain urbain en rentrant de l'école, et ce fut la première fois de sa vie qu'il se sentit hypnotisé à ce point. S'il avait eu un peu plus d'intérêt pour le sport et une santé moins fragile, nul doute qu'il se serait mis au basket juste pour pouvoir jouer avec lui, mais le destin en décida autrement. Cependant, même sans cela, Kise ne pouvait pas s'empêcher de trouver quelque chose d'attirant à ce visage mat, ces traits durs et cernés, ces cheveux courts bleu roi et ces yeux d'une profondeur marine.

C'est alors qu'autre chose attira son attention.

Le sang qui coulait sur le coin de la bouche d'Aomine. À peine l'eut-il remarqué qu'une autre odeur, différente de celle du débarras l'entoura. Douce et légère, elle lui était assez familière, l'ayant déjà expérimenté plusieurs fois par le passé; Kise ne put s'empêcher de l'humer de tout son saoul, comme envouté. Un flash l'envahit soudain, et un sentiment suffocant grandit en lui très rapidement. Son coeur s'emballa. Cette sensation. Il la connaissait. Une bouffée de chaleur. Sa température corporelle monta d'un coup. Son souffle se fit de plus en plus saccadé. Il ferma les yeux, voulant calmer cette douleur. Les pulsions incessantes raisonnèrent dans ses oreilles en même temps que la grésillement ambiant, cognant contre son torse et ses oreilles dans un rythme effréné semblable à ceux des tambours.

Plus fort... encore plus fort... toujours plus fort... cela en devint presque insupportable...

Son corps...

Son corps voulait quelque chose...

Mais quoi?

Ouvrant les yeux, le visage endormi de Daiki apparut dans son champ de vision. Le liquide rouge décorant ses lèvres parut alors irresistiblement érotique pour Kise. Ses coups de coeur surpassèrent le bruit de la télé, l'empêchant de réfléchir alors que son oxygène lui semblait saturée par cette odeur terriblement envoutante. Il n'arrivait plus à penser. Comme dans sa baignoire, sa raison croulait sous le poids de ces sensations nouvelles et beaucoup trop imposantes pour lui. Juste... satisfaire son besoin. Satisfaire son corps. Et en cet instant, il n'y avait qu'une seule personne qui semblait en être capable. Comment? Pourquoi? De quelle manière? Au diable ces questions, il le savait, c'est tout.

Réalisant cela, Ryouta n'eut alors plus aucune hésitation.

Il ferma un peu plus l'espace qu'il y avait entre lui et son camarade pour n'être bientôt plus qu'à quelques centimètres de son visage. Doucement, une de ses mains se posa sur la joue pour laisser son pouce caresser de son bout la peau rugueuse et gonflée, là où Aomine a été frappé. Ce simple contact suffit à envoyer un choc dans sa colonne vertébrale. Jamais auparavant il n'avait pu toucher le lycéen comme cela. L'humidité qu'il sentit sous sa chair lui fit d'abord penser à du sang, mais le blondinet se rendit compte qu'il se trompait. C'était rouge, proche de la texture de ce qu'il connaissait mais différent de la normalité, ce qui aurait pu faire penser à Kise ses propres expériences s'il avait été dans un état normal.

Mais aux yeux du jeune homme en plein délire fiévreux, il ne pouvait trouver cela que séduisant.

Ses doigts ensanglantés se baladèrent de part et d'autre sur la joue de Daiki, s'attardant plus que nécessaire sur sa bouche pour finalement la taquiner et la caresser de son pouce. Après avoir laissé des traces rouges sur ses lèvres à force de les redessiner, Kise se fraya alors un chemin entre elles. Il rencontra la barrière des dents, contrastant avec la souplesse et la fragilité de la chaire qu'il toucha plus tôt. Il réussit néanmoins à passer à l'intérieur, sentant le souffle chaud et faible d'Aomine pour aller toucher la langue qui finit de le laver du reste du sang qui restait sur ses doigts. Enlevant ces derniers une fois propres, le garçon aux yeux ambres voilés par le désir n'arriva pas à réprimer le dernier geste qui lui vint à l'esprit.

Il remplaça ses doigts par ses propres lèvres.

Doux.

C'était la seule sensation qui lui vint alors qu'un faible gémissement fit vibrer sa gorge. Peut-être était-ce le sang qui lui fit cet effet, ou peut-être autre chose qui donnait cette tendresse au baiser. Qui sait. Cela faisait un moment qu'il avait cessé d'hésiter, s'interroger ou même réfléchir. Kise profitait juste de ce moment pour mieux apprécier le goût de cet échange, semblable au fer, caressant doucement la peau mate pendant l'acte. Plus rien ne comptait. Comme s'il était enfermé dans un monde où il s'était oublié lui-même, comme si ce n'était pas vraiment lui qui agissait en cet instant. Les yeux fermés. Personne ne le voyait. Personne ne le surprendrait. Et réciproquement. Sa conscience était tue. Alors... autant aller jusqu'au bout sans se préoccuper du reste.

Alors qu'il allait approfondir le baiser, une main agrippant fortement son poignet brisa brutalement cette impunité.

Surpris, il se redressa alors pour briser l'échange, et croisa alors une paire de pupilles bleu roi qui le fixèrent d'un éclat, le figeant sur place. Kise crut que son coeur allait s'arrêter de battre lorsqu'il s'en rendit compte, et il se dépêcha de s'éloigner de son partenaire. Mille questions et réponses se bousculaient alors dans son esprit pour tenter de justifier ce qu'il venait de faire. Mais rien de logique ou rationnel ne lui vint, et c'était tout à fait normal. Il avait agi sans réfléchir. Mais connaissant Aomine, il n'allait pas se contenter de si peu; il était plutôt le genre de type à lui donner un coup de poing au visage pour un tel acte aussi dégoûtant. C'est pourquoi Kise attendait le flot d'injures et de coups de la part de son camarade en serrant les dents.

À la place, un bras musclé agrippa le sien, beaucoup plus faible, l'obligeant à rester sur place.

Alors qu'il voulut en premier lieu se débattre, Ryouta sentit une intense sensation à ce simple contact physique, comme si son sang était en train de bouillir à la suite d'une réaction chimique. C'était cela. Son corps réagissait à celui d'Aomine. Et il ne pouvait rien y faire. Comme la fois où il lui avait touché la nuque. Des sueurs froides remontèrent le long de son dos alors que l'autre main de Daiki lui entourait le torse pour le forcer à s'allonger sur le ventre. Soumis à cette fièvre montante et la puissance du lycéen, le blondinet ne put que le laisser faire en se pinçant les lèvres pour tenter en vain de contrôler ce qui voulait prendre possession de son être entier. Il avait l'impression que son coeur allait exploser à tout moment.

Son menton touchait la poussière du parquet, mais il eut assez de force pour tourner sa tête au-dessus de son épaule et faire face à Aomine. La froideur de ses yeux à la teinte nocturne persistait. Sans expression à part celle de l'ennuie, la lueur venant uniquement de la télé allumée. Il ne savait pourquoi, mais Kise s'en sentait mystérieusement soulagé. Même dans une situation comme ça, rien n'avait changé. L'adolescent mat gardait sa nonchalance. Aucune trace de répugnance, de haine ou autres sentiments négatifs, comme si c'était parfaitement normal. Peut-être que quelque part, Daiki était lui aussi entré dans cet univers fermé où toutes les lois, qu'elles soient physiques ou morales, n'existaient plus.

Au moment où leur regard se croisa, Aomine fit glisser ses grandes mains le long des hanches de Kise.

Dans son état second, ce dernier tenta de le repousser, mais son instinct de survie n'était pas en accord avec son instinct sexuel, et son corps se refusa à vouloir se dégager de cet attouchement. Son seul but pour le moment était d'apaiser cette fièvre, peu importe ce que cela lui coûterait plus tard. Tandis que son bras se positionnait de manière à lui couper toute retraite, l'autre assura sa position sous son ventre alors que sa main se dirigeait lentement mais sûrement vers son entrejambe avec une idée bien précise. Les doigts du plus grand appuyèrent leur trajectoire jusqu'à la ceinture du blondinet qu'ils débouclèrent habilement avant de se faufiler à travers son boxer pour toucher le désir de Ryouta, chaud et déjà dur.

"N... Non, arrête..."

Désormais plaqué au sol par le grand corps de son partenaire qui faisait peser tout son poids sur son dos, il ne pouvait pas s'enfuir. Fluidifié par le liquide pré-éjaculatoire, Aomine commença des mouvements de va-et-vient avec une rigueur et une vitesse soutenue où on ne pouvait déceler aucune hésitation, comme s'il était habitué à ce genre de chose. Cette simulation fit à Kise l'effet d'un choc électrique et des bruits sortirent de sa bouche sans qu'il puisse s'en empêcher. Cela ne le rendit que plus honteux de sa propre réaction. Mais c'était bon. Tellement bon. Le plaisir solitaire qu'il a vécu dans son bain de sang n'était rien comparé à ce qu'il ressentait en ce moment.

Comme des milliers de dards de plaisir qui venaient se planter dans sa chair et diffuser leur poison orgasmique à travers chacune de ses veines jusqu'à ses organes.

Il ne pouvait pas lutter contre ça.

Quand bien même c'était étrange: son esprit était divisé entre ce qu'il désirait et ce qu'il repoussait, le tourmentant dans cette dualité qui semblait déchirer son coeur. Mais les doigts d'Aomine ne se contentaient pas de lui apporter du plaisir; ils le soulageaient en même temps. Jusqu'ici, Kise n'avait cessé d'être toujours frustré, au point de se demander s'il était normal, mais enfin, maintenant, il se sentait réellement bien. Même si c'était un acte contre sa volonté. Même s'il savait qu'il allait le regretter plus tard et sans doute ne plus pouvoir se regarder en face. Il n'arrivait pas à se résoudre à repousser quelque chose qu'il avait quelque part tant cherché inconsciemment.

"Hmm... ugh..."

Kise tenta désespérément de ne pas faire de bruit, ne serait-ce que pour ne pas donner de trace orale de cette honte. Quelque chose en lui voulait encore résister. Il appela sa logique et sa raison à se révolter, lui répétant encore et encore que c'était Aomine qui le touchait. Un autre garçon. Un camarade de classe. Quelqu'un avec qui le blondinet n'aurait jamais imaginé avoir ce genre de contact. Quelqu'un qu'il ne voulait pas le laisser voir dans cet état de faiblesse. Personne ne devait connaître cette partie fragile de son être. Il ne voulait pas s'exposer aussi vulnérable à qui que ce soit, et encore moins ce type à qui le jeune homme n'avait rien demandé! Ce type qui devait sûrement prendre un malin plaisir à le torturer pour pouvoir mieux l'abaisser ensuite!

Cependant...

Un sentiment confus et incertain naquît dans le coeur de Ryouta lorsqu'il se rendit compte que ce n'était pas aussi simple que ça. Il prenait beaucoup trop de plaisir dans cet acte pour que ce soit uniquement l'effet de son corps. Les caresses d'Aomine... elles n'étaient pas seulement expertes. Elles étaient aussi douces. Énergiques sans être rudes, trouvant parfaitement le juste milieu pour le stimuler sans lui faire mal avec beaucoup de précautions. N'importe qui à sa place ne se serait pas soucié de ce genre de chose si le but était simplement de l'humilier, mais lui... Pourquoi Aomine lui faisait une telle chose? Pourquoi, à part pour vouloir le tourmenter, ce qui ne semblait pas être le cas.

Sa réaction n'était pas normale; n'importe quel mec après avoir été embrassé par un autre mec aurait crié de dégoût dans le meilleur des cas, arrangé le portrait du fautif dans le pire des cas. Et encore une fois, Daiki semblait être de la deuxième catégorie, et pourtant dans les faits, c'était loin d'être le cas. Non seulement il ne lui reprochait rien -du moins explicitement-, mais en plus il faisait quelque chose de bien pire. Et Kise se refusait à penser que c'était une simple manière de se venger, ce serait beaucoup trop idiot. Alors... était-il possible qu'en fait, Aomine soit dans le même état que lui? Qu'il ressente exactement dans sa peau et son corps les même réactions que son homologue?

Non, impossible. Il n'y avait aucune trace de fièvre dans ses yeux. Juste une indifférence glacée qui contrastait avec la chaleur du moment. Et quand bien même, cela ne ferait que renforcer sa confusion.

"Aaahh... mmhhh."

Ses pensées devenaient de plus en plus brouillées. La vague de plaisir s'intensifiait, emportant avec elle le peu d'interrogation qui aurait pu le maintenir à la réalité. Non. Kise ne pouvait pas abandonner sous ses pulsions. Il ne voulait plus être touché. Il ne voulait pas laisser un autre mec lui faire ce genre de chose. Mais en même temps... il voulait être libéré. Il voulait jouir. Il voulait ressentir plus de plaisir. Comme s'il venait de lire dans ses pensées et le conflit interne qui les opposait, Aomine se pencha un peu plus sur lui jusqu'à ce que sa bouche soit au niveau de son oreille percée. Un souffle rauque, presque bestiale la titilla alors, ajoutant une dose de bien-être à travers le frisson qui traversa sa colonne vertébrale.

"Laisse-toi faire."

Abattu par cet ultime argument sous la forme d'une voix grave et profonde, Ryouta abandonna enfin tout son corps entre les grandes mains de son partenaire et ferma hermétiquement ses yeux dans l'intention de ne plus les ouvrir jusqu'à ce que tout cela soit fini. Comme la dernière fois, cela décupla ses sensations. Sauf que cette fois, elles venaient de quelqu'un d'autre. Des lèvres humides se posèrent délicatement sur sa nuque tandis que les mouvements de mains ne cessaient leur amplitude. Collé ainsi contre son corps, Kise sentit toute la chaleur émanant d'Aomine, se mélangeant à la sienne pour forme un espèce de cocon ambiant.

"Aaah... aah! Gnnmmh!"

Sa respiration devint de plus en plus saccadée. Cette canicule corporelle. Le bruit oppressant de la neige de la télé. Les caresses. Les baisers. Le noir de son environnement. La douceur qui coulait à travers son dos. La forte odeur qui le pénétrait, allant jusqu'à priver sa gorge de son souffle. S'il n'avait pas eu les yeux fermés, Kise aurait été certains que sa vision se serait de toute façon brouillée sous toutes ces sensations. Les mouvements d'Aomine se firent de plus en plus forts, comme pour confirmer ce point de non-retour. Un mal de tête s'insinuait en lui, peut-être parce que son esprit continuait de vouloir nourrir une faible résistance malgré son abandon. Son ventre suivait le même chemin de la douleur, lui donnant un avant-goût de ce qu'il allait subir après cet événement.

Le plaisir apporta ses fruits au corps de Kise qui se tendit sous l'orgasme, se relâchant sur le sol à travers les mains d'Aomine.

Sa lèvre inférieure entre ses dents pour s'empêcher de hurler, le blondinet sentit alors sa conscience quitter son corps petit à petit. Le soulagement, la fatigue et la promesse de souffrance dans peu de temps eurent raison de lui. Il ne comprenait pas d'où venait ce relâchement, mais c'était plus fort que lui. Le parfum suffocant disparaissait peu à peu, mais la chaleur ne voulait pas partir avec elle. Pendant et après l'acte, Aomine restait collé contre sa peau, lui apportant une douceur brûlante qui fut la seule sensation qu'il arrivait encore à avoir alors que tout le reste de son monde à travers ses cinq sens lui devenait de plus en plus flou. Pourtant, bien qu'elle ait dû l'étouffer, Kise s'y sentait bien et ne voulu pas s'en débarrasser.

Elle resta jusqu'à temps qu'il perde totalement connaissance une seconde fois.

oOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoO

Étrange...

Dans cette grande pièce noire, le son de l'appareil électrique resonnait inlassablement dans un grésillement désagréable qui aurait donné envie à n'importe qui au bout d'un moment de casser la télé ou de s'enfuir de la salle. Cependant, cela ne suffit pas à réveiller les deux grandes masses par terre allongées l'une sur l'autre dans un coma profond. L'odeur sucrée persistait à rester tel un parasite dans l'atmosphère mais heureusement pour lui, un mouchoir en papier et la proximité de la sortie par le biais de la porte entrouverte dans un coin jusqu'à présent caché par des cartons le préservait dans un oxygène sain. Et puis, ce n'était pas la première fois qu'il utilisait ce produit, encore moins cette pièce, alors il y était habitué au bout d'un moment.

La grande habitation Midorima comportait de nombreuses pièces inoccupées par l'ensemble de la famille, et parmi elles, ce grand débarras oublié de tous jusqu'à récemment. Situé à côté de l'escalier menant à la cave dans un coin extrême de la maison, ce n'était pas un endroit qui se faisait remarquer immédiatement. On s'en servait surtout pour entreposer du vieux mobilier non utilisé qu'on n'arrivait pas à se résoudre à jeter, mais leur fils unique lui avait trouvé une utilité bien plus intéressante. Du moins jusqu'à ce qu'il voit ça. D'un air mortellement pâle accentué par la neige de la télé, Shintarô s'appuya contre le mur en tentant de retrouver sa contenance et s'avança d'un pas incertain vers son but.

"Pourquoi... ça a fini comme ça..."

Le chloroforme se dispersait peu à peu dans ses narines pour laisser place à un autre parfum. Celui du sang. Lentement, il se baissa pour frôler du bout des doigts le sol. Kise était inconscient, Aomine collé à lui dans le même état. Rien ne s'est déroulé comme prévu. Ou plutôt si; tout se déroulait selon son plan. Kise... Kise n'était même pas encore au courant de lui-même, alors il aurait dû rejeter Aomine. Mais il avait sous-estimé son adversaire. Cet enfoiré était bien plus doué qu'il ne l'avait imaginé, à croire qu'il avait passé des années à apprendre à les contrôler pour pouvoir mieux les utiliser au moment opportun. Sans doute était-ce le cas. Vu la manière dont il regardait Kise bien avant que ce dernier ne le remarque, il n'y avait aucun doute.

Du début à la fin, Midorima les avait observés tous les deux. Une petite caméra invisible dans un tel environnement trônait au-dessus de la télévision, elle-même rattachée à une autre située dans une pièce mitoyenne. Il avait tout vu. Et rien ne lui avait plu. Plus il avait avancé dans le visionnage, plus une profonde envie de vomir l'avait pris à la gorge. Et maintenant, c'était encore pire avec les deux concernés sous ses yeux. Il se sentait tellement malade que le seul moyen pour qu'il aille mieux aurait été de les faire disparaître à jamais. Oh pourtant, l'adolescent vert avait espéré. Il avait tout misé sur l'ignorance du blond qui aurait forcément refusé tout contact avec ce type une fois sa vraie nature dévoilée, et ainsi se rassurer que rien n'arriverait.

Il s'était lourdement trompé.

Non seulement Ryouta s'était peu défendu face aux assauts de Daiki, mais même avant cela, il avait montré une attirance pour son camarade. Shintarô l'avait bien vu; la lueur dans ses pupilles miel lorsqu'il avait touché le sang de celui à la peau mate, ses doigts qui l'avaient parcouru comme s'il cherchait quelque chose pour finalement l'embrasser. Le superstitieux savait ce que c'était. Il savait ce qui poussait inconsciemment Kise à vouloir se rapprocher d'Aomine plutôt que le rejeter. Quand bien même il ne le voulait pas, que tout son esprit luttait contre, c'était purement instinctif. Le blondinet était totalement possédé, et le pire, c'est qu'il ne s'en rendait même pas compte.

Cette odeur...

Elle émanait de Kise comme un parfum permanent dont leur espèce était sensible... Eh bien, il arrivait aussi que des humains la captent aussi, mais ça ne s'était jamais bien fini. Elle avait le même effet qu'un aphrodisiaque, et c'était comme ça que Midorima pouvait les repérer pour pouvoir mieux s'en protéger. En effet, quelqu'un qui pouvait se contrôler arrivait à en minimiser les effets, mais quelqu'un comme le blondinet qui n'était même pas au courant de sa condition, et donc émanait sans se modérer avait vite fait de rendre fou le plus terre-à-terre des hommes, même chez eux. Car oui, à petite dose, cette substance excitait, à forte dose, elle faisait perdre la raison.

L'adolescent aux lunettes était d'ailleurs surpris qu'Aomine ait réussi à se contrôler alors qu'il était aussi proche de Kise dans une phase hors contrôle.

Non, Daiki avait dû réagir aussi à cette senteur à sa manière. Shintarô ne pouvait pas la détecter, mais sans doute Ryouta avait dû en être atteint sans s'en apercevoir de manière explicite. Indéniablement, ce type était un excellent spécimen, sans doute le meilleur qu'ils ont connu à ce jour pour réussir à non seulement garder ses esprits face à un autre qui ne se maîtrisait pas, mais en plus retourner la situation. Non, ce n'était pas seulement grâce à sa nature, il y avait autre chose... Ses mains en tremblèrent sans qu'il s'en aperçut, et il comprit enfin l'ampleur du danger qui se dressait devant lui. Il sut alors que tout avait été calculé depuis bien plus longtemps qu'il ne le pensait, et que les choses s'étaient mises en place bien avant qu'il n'ait des doutes sur la nature du blondinet.

Il avait un mauvais pressentiment.

Même s'il avait percé à jour le lien désormais inéluctable entre Kise et Aomine, Midorima avait l'impression que quelque chose était toujours en train de lui échapper. Sur ces deux-là, mais aussi... Un autre point crucial lui échappait, il en était sûr. Quelle plaie! Il détestait ne pas comprendre les choses. Il détestait quand elles étaient hors de son contrôle. Depuis des années qu'il s'appliquait à faire en sorte de tout savoir, de tout surveiller pour être certains de ne jamais se faire déborder par les événements le moment venu; et voilà qu'il s'apercevait qu'il était passé à côté d'une chose essentielle depuis le départ. Il aurait dû s'en douter pourtant... Mais à l'époque, ce n'est pas comme s'il aurait pu s'en rendre compte comme aujourd'hui.

"Mido-chin... tu as fini?" Fit une voix fatiguée et nasillarde derrière lui.

Le lycéen aux cheveux verts se retourna et, chose rare, leva la tête pour pouvoir faire face à son interlocuteur. Ce dernier grignotait quelques chips tirées du paquet entre sa grande main, plaqué contre son torse imposant. De longues mèches violettes tombaient sur son visage creusé par des cernes et une expression ennuyée. Les pupilles émeraude fixèrent un instant leurs homologues saphirs avant de finalement se retourner vers le duo intéressé. Midorima savait qu'il avait pris un risque en demandant à Murasakibara de l'aider à les kidnapper et les enfermer dans cette pièce dans sa maison. Bien que lent d'esprit, l'immense adolescent aurait pu trouver cela étrange, mais il avait obéi sans hésiter après avoir vu sous son nez un paquet de pocky en édition limitée et le lien qui les liait tous les deux.

Cependant, rien ne disait que le géant soit aussi bête que son expression ne laisse le suggérer. Il avait été là tout le long de la diffusion à la télé de ce qui s'était passé dans cette pièce, et bien qu'il se gardât de commenter, il avait sans doute aussi dû comprendre des choses sur Kise et Aomine. Peut-être pas autant que Shintarô, mais assez qui pourrait intéresser cet homme... pour autant que ce dernier ne le sache pas déjà. Ses tremblements s'intensifièrent. Il avait l'impression d'être un pion sur un cruel échiquier prêt à se faire sacrifier d'un moment à l'autre pour permettre le bon déroulement de la prise du roi.

"Oui... Tu vas vite les ramener chez eux avant qu'ils ne se réveillent." Ordonna simplement Midorima d'une voix froide.

Et tout aussi simplement, Murasakibara obéit en allant chercher un à un les deux lycéens toujours évanouis. Le regardant faire, le superstitieux sentit la frustration et l'impuissance monter en lui. Il venait d'avoir la preuve visuelle que le destin allait finir par s'accomplir d'une manière ou d'une autre. Oh, sans doute cela prendrait du temps vu que Kise n'était même pas encore au courant de ce qu'il était et ne l'accepterait sûrement pas, mais il n'y avait aucun doute sur le fait que de gré ou de force, il allait en être l'acteur principal. Après tout, cet homme pouvait utiliser la méthode douce... ou la méthode forte. Auquel cas cela serait une véritable catastrophe. Shintarô avait envie de rejeter ses entrailles rien que d'y penser.

Resté seul dans la grande pièce désormais noire due à la télé éteinte, il se demandait si le pire n'était pas encore à venir.