Douceur liquide
Auteur: Woshi
Disclaimer: Ni Kuroko no Basket, ni Sweet Pool ne m'appartiennent
Raiting: M pour cause de scènes sanglantes et sexuelles
Genre: UA, Angst, Drame, Tragedy, School life, Romance, Yaoi, Gore, Surnaturel, Mpreg d'une certaine manière
Note: Coucou ~ J'ai mis peu de temps (par rapport à d'habitude) pour celui là pour une raison très bête; c'est une scène que j'ai apprécier d'écrire. Comme vous le savez, cette fic est inspirée d'un jeu vidéo VN, et il y a dedans des scènes que j'ai beaucoup adorée, et c'est généralement la perspective d'arriver à l'écriture de ces scènes qui me motive pour écrire tout ce qui est censé se passer avant (et bizarrement, au lieu de raccourcir, je rallonge XD). D'ailleurs, j'ai aussi beaucoup aimé la scène du bain. Enfin bref, c'est une longue intro pour un chapitre qui va être très long et très spécial puisqu'il n'y a pas d'ellipse. Une seule scène et très intense. Après ça moi je reprends les cours et je vais enchaîner les conventions. Donc je vous souhaite à tous une bonne lecture et je vous conseille de bien vous accrocher pour la suite ~
[ Sweet Pool OST- Lust ]
Kise avait attendu que l'après-midi arrive à sa fin avant de se décider à quitter le lycée.
Normalement, il n'aurait pas tardé, surtout avec son état de santé actuel, mais un groupe de garçons et filles étaient venus l'aborder pour tailler une bavette et le blondinet s'y était laissé entraîner malgré lui. Fort heureusement pour lui, les sujets de discussions n'eurent rien de désagréable, que ce soit sur lui-même, ses camarades les plus proches ou les étranges rumeurs qui circulaient au sein de l'établissement. Il ne savait pas vraiment si c'était parce qu'ils n'avaient pas pensé à en parler ou s'ils avaient fait exprès de ne rien dire en sa présence. Toujours est-il que le beau jeune homme ne s'en plaignait pas puisqu'il avait eu l'illusion pendant quelque temps de se réintégrer au sein de ce groupe de personnes et d'avoir l'impression d'être un des leurs.
Pourtant, une fois qu'il se décida enfin à les abandonner, ce faible sentiment s'évanouit bien vite pour laisser place à un malaise assez étrange. Ce petit moment en leur compagnie aurait dû le rassurer, et pourtant il ressentait exactement l'inverse. Comme s'il venait d'avoir confirmation malgré lui que non, il n'était pas comme eux. Il n'était plus comme eux. Ryouta ne pouvait plus se mettre des oeillères. Si la discussion s'était bien déroulée, c'est parce qu'il y avait eu un effort des deux parties pour se contrôler et feindre la normalité. Le genre d'effort que personne ne devrait faire en société. Mais les sourires avaient été crispés, les mots pesés et hésitants avec une limite très claire sur ce qu'il ne fallait pas dépasser.
Rien n'avait été naturel dans cet échange et la vérité, c'est que Kise en ressortait bien plus fatigué moralement que d'ordinaire.
Peut-être était-ce à cause de cela, peut-être qu'il était un peu étourdi, mais il lui semblait que l'allée basculait d'un bord à l'autre à chacun de ses pas, comme sur un navire en pleine mer. Les étudiants qui passaient lui paraissaient être des ombres peintes sur les murs par la lumière du crépuscule. Aucun visage ne lui parlait. Tous étaient anonymes. Soupirant, il se dit qu'il ferait mieux de rentrer chez lui le plus vite possible, comme si quelque chose de terrible allait arriver s'il ne se hâtait pas et se dépêcha d'aller changer ses chaussures. Il était juste devant l'entrée, la statue de la vierge-Marie juste derrière lui. Malgré le fait qu'il soit pressé, le blondinet ne put s'empêcher de s'attarder dessus lorsqu'elle passa devant son champ de vision.
Parfois il l'oubliait, mais ce lycée était catholique. Tous les matins, il passait devant elle, son visage plus ou moins caché par l'ombre des casiers selon la position du soleil dans la journée, et à ce moment précis, tout son corps baignait dans la noirceur du crépuscule. Il n'y avait pas vraiment d'autres signes de la religion dans les locaux, à part une petite chapelle avec un autel dédié à la prière que quiconque pouvait utiliser s'il en avait envie, et des cours de théologie en option que l'adolescent avait choisie par dépit. Mais à part ça, ni représentant spirituel, ni événements particuliers ne venaient rappeler que ces lieux étaient hypothétiquement placés sous la bénédiction d'un Dieu unique.
Pourtant, comme si cela ne lui suffisait pas, l'école était aussi porteuse de beaucoup de rumeurs étranges et émanait presque d'une aura mystique. Sans compter bien sûr l'étrange horloge qui sonnait derrière elle à 18 heures tapantes, faisant resonner une mélodie inconnue et entendue nul part ailleurs. Pour être honnête, Kise ne l'avait entendue que quelques fois, mais à chaque fois, il ressentait quelque chose d'étrange. Comme un pincement au coeur, ou une espèce de nostalgie mêlée à du regret. Il n'arrivait pas à mettre le doigt dessus. C'était juste... triste. C'est aussi pour ça qu'il évitait de rester tard après les cours; il ne se sentait jamais vraiment bien quand il l'entendait.
Un terrible rire retentit soudain derrière lui, coupant net ses pensées.
"Je t'ai trouvé, Kise."
Glacé jusqu'au bas de son dos, le concerné se tourna longtemps en direction de la voix grave. Sans surprise, il vit Midorima appuyé contre le mur, une étrange mimique sur son visage étonnamment pâle. C'était bien la dernière personne qu'il voulait approcher. L'adolescent vert penchait la tête, un sourire bizarre peint sur son visage, comme s'il ne comprenait pas l'expression désenchantée de son camarade lorsqu'il le vit. Alors qu'au fond, il comprenait très bien. Il savait que le blondinet ne voulait très certainement plus le voir, surtout après ce qui s'était passé la dernière fois qu'il avait accédé à sa requête. Personne avec un minimum d'intelligence ne tomberait dans le même piège deux fois de suite. Mais il savait aussi quel était le point faible du lycéen aux yeux ambre.
"Donne moi un peu de ton temps. J'aimerais encore te parler et... répondre à tes questions si tu le désir. Maintenant d'accord?"
C'était absolument hors de question.
C'est ce qu'une voix hurla dans sa tête. La voix de la raison qui, en ce moment, était extrêmement boudée par Kise. Peut-être était-ce le moment idéal pour lui redonner un peu plus d'importance et enfin agir rationnellement afin de s'éviter de nouveaux problèmes. Oui, clairement, c'était la meilleure option qui se présentait à lui. Il avait eu moult et moult preuves que Midorima ne lui voulait rien de bien, alors pourquoi irait-il une nouvelle fois se jeter dans la gueule du loup? Ce type était bien naïf s'il pensait que son petit stratagème marcherait de nouveau. Kise n'était pas un idiot malgré tout ce qu'on voulait bien dire, et malgré sa faible joie de vivre, il ne voulait pas gâcher ce qui lui en restait, justement. Mais...
Mais... était-ce une bonne chose de laisser passer ça?
Voilà ce qu'une autre petite voix lui susurrait sournoisement à l'oreille. Celle qui attisait sa curiosité, ses émotions et ses vices. Mais elle n'avait pas totalement tort malgré tout ce quelle pu lui en faire. Peut-être était-il en train de laisser passer des informations précieuses à son propos de la part de Midorima, et qu'il le regretterait plus tard... Après tout, l'adolescent vert semblait connaître beaucoup de choses, non seulement à son sujet, mais aussi des autres. Kurokocchi, Aominecchi... Le blondinet avait fort à parier qu'il avait beaucoup à apprendre sur eux aussi de la part du superstitieux. C'était tentant. Diablement tentant. C'était comme faire face à un livre qui contenait toutes les vérités du monde mais qui vous mangerait la main si vous aviez l'audace de ne pas l'ouvrir correctement.
Pouvait-il espérer apprendre quelque chose de la part du binoclard?
Dans un ultime espoir, la partie rationnelle de son esprit lui envoya le souvenir de tous les calvaires qu'il du endurer à cause de Shintarô, faisant pencher la balance. Non, il ne pouvait pas. Rien ne viendrait de la part de ce type, peu importe la manière dont il le demanderait. Ce sera forcément prendre un risque dans le vent. En plus de cela, Ryouta avait l'impression qu'il y avait quelque chose de différent à propos de son interlocuteur aujourd'hui. Il avait déjà vu Midorima pire que fou, au bord de la démence, mais aujourd'hui, il semblait étonnamment calme et docile. Pas comme la dernière fois. Et il n'y avait pas une seule trace de dégoût ou de répugnance dans son regard. C'était étrange. Ça cachait quelque chose.
"Alors?" Il s'avança d'un pas et prit le bras de Kise pour le décider.
Cela le décida en effet, mais pas de la bonne manière. En ce moment, le blondinet avait beaucoup de mal avec les contacts physiques, à fiortiorie avec lui. C'est pourquoi il se dégagea en y mettant toute sa force et se précipita vers l'entrée. Il ne voulait pas se faire attraper par ce type. Pas encore. Alors il s'enfuit en courant, simplement. Fuir. Et ne pas se retourner. S'échappant en direction du portail de la cour extérieur du lycéen, il se souvient alors qu'une deuxième personne l'avait assommée la dernière fois. Si jamais Midorima voulait refaire son coup, elle l'attendait peut-être quelque part, devant la sortie, cachée par les murs par exemple, n'attendant que le moment opportun où le fuyard ne ferait pas attention. Piégé.
Kise n'avait pas intérêt à sortir par l'entrée de service.
Juste au moment où il se stoppa pour changer de direction, il entendit des bruits de pas précipités derrière lui. C'était sans doute Midorima. Cela le conforta dans son idée qu'il devait s'échapper de là le plus rapidement possible. Le blondinet prit alors un virement radical, semblant revenir sur ses pas. Il tournait en fait à gauche du bâtiment, vers les lieux servant de dépôt pour les bennes à ordure. Il savait qu'il y avait une petite porte de service par là pour les livraisons et les collectes. Les lycéens n'avaient pas le droit de l'utiliser en temps normal, mais dans les faits, certains petits malins ne se gênaient pas pour l'emprunter lorsqu'ils arrivaient en retard ou au contraire, voulaient partir sans être vu des surveillants.
Le blondinet regarda autour de lui pendant qu'il courait vers cette sortie de secours. Le ciel était si sombre qu'on aurait cru être déjà en soirée, rendant difficile sa progression. Des gouttes d'eau commençaient déjà à tomber des gros nuages noirs et menaçants qui voilaient toute lumière solaire. À cause de cela, il n'y avait aucun signe des étudiants dans les environs, encore moins dans cet endroit isolé. Comme la dernière fois. Alors qu'il allait passer par cette voie qui lui donnait un goût de déjà vu, il sentit alors un coup dans son dos. Bien qu'amorti par ses mouvements, il le sentit directement. Nul doute que cela lui laisserait un beau bleu.
"Je t'ai trouvé." Murmura une horrible voix proche de son oreille.
Lourde et basse, elle n'avait plus rien à voir avec le ton agacé et nerveux qu'il lui connaissait d'habitude. Kise n'avait même pas besoin de se retourner pour savoir à qui elle appartenait. Définitivement, il y avait quelque chose qui n'allait pas avec Midorima aujourd'hui. Il ne voulait pas se retrouver de nouveau seul et isolé en face de lui. La dernière fois déjà, aurait pu se finir bien plus mal. Il s'en était sorti, il ne savait même pas comment, mais quelque chose lui disait que si jamais il se retrouvait de nouveau enfermé dans cette pièce sombre, cette fois, il ne reverrait peut-être plus la lumière du jour. Cette simple idée le fit frémir d'horreur; être séquestré par Midorima, voilà une chose qui lui faisait paraître la mort bien douce...
"Laisse-moi!" Le regardant furtivement, Ryouta tenta de repousser Shintarô de son dos.
De manière inattendue, ce dernier le lâcha après un court instant dans un ricanement qui lui fit l'effet d'un clown démoniaque.
"Eh bien quoi Kise? Tu t'enfuis? Tu aurais peur de moi par hasard, ça ne te ressemble pas pourtant."
Décidant de ne pas porter d'attention à ces mots malsains, le concerné tenta une nouvelle fois de s'en aller en passant par le côté. C'était peine perdue. Midorima avait une carrure plus imposante que la sienne malgré ses airs d'intello et lui barrait la route dès qu'il faisait mine d'aller d'un côté ou de l'autre. Le voilà bien coincé. Mais ce n'est pas pour autant qu'il se laisserait faire gentiment et défia du regard son interlocuteur, la tête haute sans trace de peur. Peu importe les coups qui l'atteindraient, il endurerait ça jusqu'au bout. Il ne lui donnera pas la satisfaction de le voir supplier. Jamais.
"Tu ferais mieux de ne pas partir Kise..." Commença calmement l'adolescent vert en rehaussant ses lunettes. "Tu sais, toi et moi, d'une certaine manière, on se ressemble."
Kise eut une expression d'étonnement non contenue face à ces mots. Ils se ressemblaient? Midorima venait de lui dire ça mais... comment pouvait-il être si naturel? Lui qui le rejetait depuis le début, comme s'il était le dernier des pestiférés, venait de lui avouer ce genre de chose. C'était impossible. Très certainement, il ne voulait pas dire cela dans le sens où ils étaient proches, mais dans un sens bien plus obscur. Un lien dont il n'était pas conscient. Cela confirma sa théorie: le superstitieux savait quelque chose. Il ne pouvait pas dire ça de manière anodine. Il devait forcément savoir en quoi ils se ressemblaient, et bien d'autres choses.
Comme s'il avait deviné le fond de ses pensées, le jeune homme aux cheveux verts reprit:
"Je sais beaucoup de choses sur toi Kise. Bien plus que tes amis. Bien plus que ta propre famille. Alors... si on en parlait?"
Sans savoir pourquoi, le visage de son oncle lui vint en mémoire et cela lui parut alors très surréaliste. Ce mec prétendait savoir des choses que même l'homme qui l'a élevé depuis sa naissance ne savait pas? Le blondinet avait d'énormes doutes là-dessus. À moins qu'il ne fasse partie d'une sorte d'organisation de recherche -ce qui était peu probable-. Mais... soit. Puisqu'ils y étaient, autant aller jusqu'au bout. De toute façon, Ryouta n'avait plus grand-chose à perdre. Enfin, tout du moins c'est ce qu'il tentait de se persuader malgré la petite voix dans sa tête qui lui affirmait l'inverse. Pour le moment, il s'en fichait. Tout ce qu'il voyait, c'était une éventuelle réponse qui lui serait donnée. Au diable les conséquences.
Doucement, il se retourna vers Midorima dans un soupir léger qui le toisa avec un sourire inquiétant.
"Bien, je suis heureux de voir que tu n'es pas totalement stupide"
Au milieu de cette pluie, l'atmosphère était dans une tension que l'on pourrait presque apparenter à de l'excitation. Les deux lycéens se défiaient du regard comme s'ils étaient sur le point de commettre un crime. Cela en devenait presque insupportable, aussi celui à lunettes brisa rapidement le silence en se frottant la nuque et regardant soudain sur le côté, presque pensif.
"Tu sais, j'ai énormément pensé à ce qui ce qui s'est passé avant."
Ce qui s'est passé avant... faisait-il allusion au jour où il l'avait amené dans cet étrange débarras? Kise pour sa part ne voulait pas y repenser. Surtout, il ne voyait pas le lien qu'il pourrait faire avec ce que pourrait éventuellement savoir Midorima sur lui.
"Et puis, en y repensant, je me suis dit que j'avais peut-être un peu... raté."
"Raté?"
"Oui... je n'aurais sans doute pas dû compter sur d'autres personnes alors..." Il s'arrêta un instant puis s'approcha du blondinet qui avait baissé sa garde. "Je suppose que je vais devoir me charger de toi tout seul!"
Midorima plaqua brutalement Kise, agrippant ses épaules avec ses doigts fins, bandés. Cette fois, le blondinet ne pouvait plus du tout bouger et se maudit pendant un moment d'avoir été aussi naïf. Comment avait-il pu espérer avoir une conversation normale avec ce type sans que ça dégénère. Il aurait forcément dû se douter qu'il avait une idée derrière la tête. Oui, quelque part, il s'y était attendu. Mais il avait espéré que leur discussion dure un peu plus longtemps sur un ton tranquille avant que les premières démonstrations d'agressivité ne commencent. Maintenant, ça allait devenir beaucoup plus dur pour lui d'obtenir des informations sans forcer.
"Arrête... lâche-moi tout de suite!"
Évidemment, le binoclard ne lui obéit pas et resserra sa prise un peu plus fermement, jusqu'à le forcer à reculer contre le mur bétonné qui entourait le grand bâtiment scolaire. Le choc fit grimacer le blondinet, dont le corps avait beaucoup de mal à se remettre de ses récentes agressions. Toute tentative pour se débattre était bien sûre vaine, et il du se résoudre à supporter le visage pâle du plus grand de très près. Cela le rendait très mal à l'aise, lui donnant même envie de détourner la tête à chaque fois que son souffle frappait son visage. Une légère envie de vomir commençait même à monter en lui.
"Tu ne trouves pas ça amusant... haha ha!"
Midorima rit de manière démente, comme amusé de la situation mais ses yeux regardaient Kise avec une étrange lueur. Il n'y avait aucune trace d'amusement dans les pupilles vertes, mais uniquement du désespoir, comme si son interlocuteur semblait au bout du rouleau. C'était sans doute le cas, à en juger par sa voix brisée. Le lycéen à lunettes était sur le point de faire quelque chose qu'il ne supporterait pas lui-même, mais qu'il était obligé de faire. Et cela le rendait malade. En proie d'un conflit intérieur, son expression se perdit un instant dans les ambres tout aussi égarés que lui jusqu'à ce qu'il se reprenne et approche doucement son visage de l'épaule droite du blondinet.
"Ce jour-là, dans le débarras... j'ai compris tout de suite ce que tu étais, même si je n'y croyais pas au début. J'ai compris ce qui allait arriver. Tu vas... tu vas nous mener à notre perte, Kise. Tu vas le faire... Oh oui, il n'y a aucun doute, tu le feras. Peut-être pas aujourd'hui, peut-être par demain mais un jour... tu le feras. Et qu'est-ce qu'il va arriver ensuite?"
Le ton, d'abord bas, presque neutre, prenait une tonalité de détresse au fur et à mesure qu'il avançait dans ses explications. Ryouta ne comprenait pas ce qu'il voulait dire, mais il n'osa pas le couper dans son élan. Shintarô était peut-être en train de délirer, mais peut-être qu'au beau milieu de son monologue, il sortirait une information précieuse. Il ne devait pas l'interrompre, même s'il savait qu'il prenait un très gros risque en le laissant gagner du terrain ainsi. Juste le simple fait de l'avoir contre lui suffisait presque à le faire tourner de l'oeil. L'atmosphère était oppressante et son odeur corporelle... même si elle ne lui était pas désagréable, lui donnait quand même envie de se boucher le nez tant elle était forte.
Sans y prêter attention, le superstitieux continua.
"Nous allons tous y passer à notre tour... nul doute que le prochain sera Kuroko. mais qui... Qui va-t-il choisir? Moi je ne veux pas. Je ne veux pas que ça arrive. Il suffira d'une fois pour que le processus se mette en route et que nous soyons tous... Non... Je refuse Kise. Tu comprends je..."
Midorima se redressa alors pour lui faire face avec une expression que Kise n'aurait jamais cru voir un jour. Il souriait d'un air presque désolé, semblant au bord des larmes.
"Je veux vivre." Déclara-t-il simplement.
Ses mains glissèrent alors des épaules pour agripper la nuque du blondinet qui, sous le coup de la surprise, écarquilla les yeux. L'air commença alors à lui manquer tandis que l'adolescent vert gardait ce visage triste.
"Ce n'est rien de personnel, Kise... Mais si pour éviter ce malheur, je dois t'éliminer, alors je le fais sans regret."
"La...che...moi..."
Ces mots furent une torture à prononcer, ses cordes vocales et sa trachée écrasées sous la pression que son agresseur leur apportait. Il tenta de se dégager de l'étreinte, mais à cause du sol humide, la sensation de glissement lui faisait sentir qu'il tomberait et serait sous contrôle total au moindre geste brusque. Cela anéantirait toutes ses chances de pouvoir se libérer. Son agitation ne sembla pas laisser Midorima indifférent qui se mit à sentir quelque chose d'invisible. Un autre sourire, bien plus inquiétant, se dessina alors sur ses lèvres tandis qu'il vint coller ses hanches aux siennes. Kise ne s'en rendait pas compte, mais son vis-à-vis était en train d'humer une forte odeur citronnée de lui, comme la dernière couche d'un parfum qui collait à la peau.
"Aaahh... ces phéromones sont vraiment puissantes..." Déclara le lycéen vert mystérieusement d'une voix où il pouvait clairement percevoir de l'excitation."Je me demande si j'aurais le temps de le faire avec toi avant que tu ne meurs. Il paraît que les sensations sont décuplées et que le plaisir est incomparable. J'ai bien envie de tester cela... Hein Kise? Si on devenait proche une dernière fois."
Les yeux ambre, déjà apeurés par la sensation de partir, s'ouvrirent d'horreur à ces mots. Ils n'avaient plus rien à voir avec le désespoir que semblait exprimer son camarade, ou alors, peut-être était-ce le désespoir qui le poussait à faire cela... Non, ce n'était pas ça. Ses pupilles émeraude étaient vitreuses, remplies d'une folie étrangère. La raison et la conscience n'avaient plus leur place dans ce regard, uniquement un désir incontrôlable qu'il n'aurait jamais cru voir chez lui. Rien de naturel. Cela se voyait. Une de ses mains lâcha sa prise pour aller glisser le long du torse de Kise, lui donnant un vague espoir de pouvoir s'en défaire. C'était peine perdue. La force de Midorima était bien trop puissante.
Des étoiles se dessinaient déjà devant ses yeux lorsqu'il entendit de nouveau sa voix.
"Ne t'inquiète pas, je dirais personnellement à ton oncle les circonstances de ta mort..." Il prit une petite inspiration avant de continuer. "Je sais tout de toi, oui. Je me suis renseigné, ton passé et... le reste. Et bientôt, même ton corps n'aura plus de secret pour moi. N'est-ce pas merveilleux ~
Préférant ne pas s'attarder sur le ton en extase de Shintarô qui confirmait bien qu'il venait définitivement de perdre la raison, Ryouta se demanda vaguement entre deux tentatives de retrouver son souffle coupé jusqu'où ce type était allé loin. Eh bien... cela importait peu maintenant. Il allait mourir ici, sans doute après avoir été violé par ce mec alors qu'est ce que ça pourrait lui faire. Ses bras ne lâchèrent pourtant pas la main qui s'entêtait à lui bloquer tout passage d'oxygène, alors que l'autre traçait la courbe de son ventre. Désespérément, il tentait quand même de s'échapper, de refuser ce destin. Non, il ne voulait pas mourir comme ça, pas étranglé de la main de ce mec, pas humilié de la sorte.
Soudain, Midorima arrêta ses mouvements et l'emprise se déssera enfin, laissant à Kise l'occasion de reprendre l'air qui lui avait manqué avant de tousser de douleur. Encore quelque chose qui allait laisser des traces sur son coup.
Après avoir pris le temps de respirer profondément, il leva finalement les yeux vers le lycéen à lunettes afin de comprendre ce qui l'avait poussé à cesser.
"Hein?"
Une scène totalement improbable se dessinait alors sous ses yeux miel.
OoOoOoOoOoOoOoOo
Midorima était accroupi et totalement immobile, plié en deux, un bras coincé derrière son dos, tordu sous un mauvais angle qui devait très certainement le faire souffrir. Son visage déformé par la colère, il regarda par-dessus son épaule la personne qui avait osé l'interrompre en plein acte important et le saisir de la sorte. Sa fureur décupla et se mélangea également à une surprise à peine dissimulée. Kise regarda aussi, ahurit et ne voulant pas y croire ses yeux. De toutes les personnes qu'il aurait imaginé le sauver d'une telle situation, celle-là était très certainement tout en bas de liste. Ce fut également le cas de Midorima qui n'avait pas l'air de s'attendre à se faire coincer de la sorte.
Aomine lui tenait fermement le bras sans vouloir feindre le lâcher.
"Lâche- moi, toi!"
Alors qu'il criait, l'adolescent vert se débâtit pour libérer son bras et, une fois relâché, se dépêcha de mettre de la distance entre lui et son agresseur, le toisant d'un air mauvais. Daiki pour sa part resta surplace, silencieux et au taquet au cas où son camarade voulu lui rendre la monnaie de sa pièce. Cela passa en effet dans la tête de Shintarô, son esprit encore pris sous l'impulsion de l'odeur de Ryouta, mais maintenant qu'il s'était éloigné du blondinet, il retrouvait un peu plus la raison. Il n'allait pas prendre le risque de déclencher une bagarre avec un type qui pouvait déjà tenir tête à Murasakibara lui-même. Cela ne voulait pourtant pas dire qu'il allait lâcher l'affaire aussi facilement, sinon tout ce qu'il aura fait jusque-là n'aura servi à rien.
Le jeune homme bronzé quant à lui garder toujours son visage stoïque qui ne reflétait rien sinon une grande concentration. Tout du moins, c'est ce qui avait paru à Kise au premier abord mais maintenant qu'il l'observait plus calmement, ce n'était pas tout à fait cela. C'était diffèrent cette fois. Peut-être était-ce on imagination, mais il lui semblait voir une lueur étrange dans ses yeux bleus rois. Il tenta de reprendre contenance en se disant que c'était peut-être à cause de la pluie, quand bien même ce serait idiot mais... Est-ce qu'Aomine serait en colère? Il n'avait pourtant pas de raison. Pas de raison valable en tout cas. Tout comme être venue le sauver. Rien ne pouvait expliquer cela.
Kise ne voulait pas s'imaginer des choses absurdes, pas après tout ce qui s'est passé entre eux.
"Aomine... Daiki!" Les prénom et nom de famille sonnèrent comme la pire des insultes dans la bouche de Midorima.
L'expression et l'attitude de Midorima changèrent radicalement à peine ces mots prononcés. Son sourire inquiétant et son attitude nonchalante laissèrent place à une fureur et une tension donnant l'impression qu'il se dressait devant son ennemi naturel. Ce sentiment négatif acheva de faire disparaître les dernières traces de trouble qu'avait déclenché le lycéen blond en lui, et il y vit bien plus clair maintenant. Ce sale type était venu lui mettre des bâtons dans les roues; il avait très certainement flairé le mauvais coup depuis l'incident du débarras et devait le surveiller sans qu'il s'en rende compte. S'il avait su, il aurait demandé à Murasakibara de lui régler son compte avant d'aller voir Kise.
"Pourquoi tu es venu jusqu'ici! Tu ne me feras pas gober que tu te promenais par hasard!" Cracha le jeune homme vert en grinçant des dents.
Les deux se regardèrent un moment en chien de faïence avant que le bleuté ne réponde:
"Ne le touche pas." Sa voix grave fut si tranchante que même la pluie aurait pu être coupée en deux.
"Quoi?"
"Ne le touche pas." Répéta Aomine toujours aussi sec.
Shintarô écarquilla les yeux, sa bouche entrouverte lorsqu'il fixa l'adolescent aux cheveux sombre. Cette simple phrase voulait dire beaucoup de choses. Il ne devait pas faire de mal à Ryouta. Il ne devait pas le tourmenter. Il ne devait pas le toucher. Et surtout, il ne devait pas imaginer pouvoir être intime avec lui. Et le pire, c'est que Daiki était totalement sérieux en lui ordonnant cela. Comme s'il se prenait pour l'autre! C'était n'importe quoi! Il tourna immédiatement ses pupilles émeraude sur le blondinet qui ne semblait pas vouloir donner son avis sur la question, sans doute encore sous le choc de l'agression et de l'identité de son sauveur.
"Quoi... tu me dis de ne pas le toucher! C'est une blague ou quoi? Pour qui tu te prends? Et Kise, hein? Ce serait ta chose par hasard?"
Il se tourna de nouveau vers Aomine, un son étranglé sortant de sa bouche et ses épaules tremblantes. Puis il se mit à rire. Jaune.
"Hahaha... c'est quoi ça... qu'est-ce que ça veut dire, hein!"
Appuyant ses mots, il se prit le front entre une de ses mains, les dents serrées alors que son sourire ne voulait plus le quitter.
"Tu te fiches de moi, hein! Vous n'avez encore rien engendré... et tu penses déjà qu'il t'appartient? Ce n'est pas parce que ce type l'a désigné comme ton partenaire que tu vas tout de suite en faire ta petite..."
Il se coupa soudain, tout rire ou sourire disparu et il lui fit face de manière bien plus proche, clairement irrité.
"Tu es vraiment gonflé! Juste parce qu'on te considère comme le meilleur spécimen, tu penses te prendre pour le mâle alpha? Tu me dégoûtes!"
"Et alors, tu vas faire quoi?" Répondit Aomine d'un ton nonchalant mais suffisant. "Qu'est-ce que tu peux faire dans ton état?"
Peu importe à quel point ils étaient en train de se faire mouiller, personne ne bougeait.
"Ne te fiches pas de moi!" Murmura Midorima en penchant la tête, laissant des ombres étranges sur son visage. "Qu'est-ce que je peux faire? Et toi, qu'en est-il? Qu'est-ce que tu peux faire alors que t'es tout aussi coincé que moi!" Il reprit son souffle pour le toiser d'un regard agressif. "Je déteste vraiment les mecs comme toi! Ce n'est pas parce que tu t'en fous de ta situation que tu dois mettre tout le monde dans le même panier! À commencer par Kise! Qu'est-ce que tu vas faire pour lui, hein! Je te donne une seconde pour m'expliquer comment tu comptes t'y prendre le moment venue!"
La voix de Midorima se fit de plus en plus forte, témoignant de sa perte de patience mais aussi de son oublie de la présence du principal concerné. En effet, en écoutant leur conversation sans rien en perdre, Kise avait l'impression que certains de ses doutes étaient désormais écartés. Aomine et Midorima ne coopéraient clairement pas ensemble. Même s'il pourrait s'agir d'une simple dispute, l'adolescent vert était tellement hors de lui que ça n'avait rien d'un différent anodin. Et cette agression ne semblait pas être mise en scène, ils ne seraient pas assez tordus pour imaginer cela. Ou en tout cas, ils ne feraient pas autant d'effort.
Par contre, en ce qui concernait le reste, Ryouta était complètement perdu.
Les deux lycéens de troisième année parlaient de lui, c'était indéniable. Mais quoi? Il n'en savait absolument rien. Que voulait dire Shintarô par tous ces mots obscurs. Il saisit vaguement que Daiki attendait quelque chose de lui, et qu'il semblait sûr qu'il allait accepter. Cela semblait tellement absurde. Peu importe ce que ce pourrait être, le blondinet refuserait n'importe quoi à ce type, ne serait-ce que par principe! Même l'avoir sauvé ne constituerait pas un argument. Sur ce point, il ne pouvait que rejoindre le binoclard; ce mec le répugnait. Aomine, pour sa part, gardait son calme malgré la pseudo colère que Kise pensait avoir mal détecté chez lui alors que Midorima ne pouvait contrôler totalement la sienne. Exactement comme d'habitude. Il était arrogant.
"Si tu ne peux pas me répondre, fous le camp d'ici!" En hurlant cette ultime phrase, le superstitieux fit un geste pour attraper le sportif par le col. "J'ai autant de droits sur lui que toi, alors je ne vais très certainement pas me plier sous..."
En plein milieu de ses mouvements et de sa phrase, il se stoppa et écarquilla les yeux comme s'il venait d'être surpris par quelque chose.
Il lâcha un gémissement silencieux en même temps que l'uniforme et recula de trois bons pas, l'air terrifié. Son visage se creusa dans une expression de souffrance et blêmit d'un seul coup, laissant croire un instant aux deux spectateurs qu'il allait mourir sous leurs yeux. Soudain, un cri d'agonie sortit de sa bouche, le genre de cri qu'un égorgé ferait juste avant le trépas qui fit sursauter le blondinet. Il y avait quelque chose qui n'allait pas et pourtant, d'une certaine manière, il avait une impression de déjà-vu face à l'état de Shintarô. Ce dernier se saisit la tête entre les mains, s'arrachant quelques-uns de ses cheveux verts pour les faire glisser jusque son oreilles afin de les protéger.
Que lui arrivait-il?
Le regardant ahuri se tortiller sur place, Ryouta entendit soudain le bruit de la douce mélodie venant de l'horloge. Pas celle du lycée qui annonçait la fin des cours. L'autre. Celle du bâtiment juste derrière. Celle qui était maudite. Son écho était très lent, donnant l'impression que le temps se figeait sur place. Elle lui réveillait un étrange soulèvement au coeur et il pouvait même jurer voir l'expression de Daiki changer également au moment où il fit attention à la berceuse étrange. Des souvenirs de la rumeur à propos de cette chanson lui revinrent vaguement comme quoi l'adolescent vert disparaissait à chaque fois qu'elle commençait, tel un fantôme sur le point de s'éteindre. Eh bien, peut-être que ce ne fussent pas que de simples rumeurs finalement...
Sans faire attention aux flaques qui éclaboussaient son pantalon, Midorima s'enfuit ventre à terre à travers la brume pluvieuse pour fuir la mélodie torturant ses oreilles.
"..."
Face à cette transformation et ce retournement de situation brutale, Kise ne put que le regarder partir, le son des gouttes battant le sol se mélangeant à la sonnerie de l'horloge. Puis, la froideur soudaine de l'humidité et la faiblesse de son corps à résister à une telle chute de température le firent trembler de tous ses membres. Il se rendit compte que ses doigt étaient désormais rouge vif et engourdis. Même s'il le voulait, il ne pourrait rien attraper pendant un petit moment. Évidemment, à force de rester aussi longtemps sous une pluie aussi glacée, même en printemps... Enfin, après quelque temps d'attente, un silence relatif revint dans ces lieux en même temps que son sang-froid.
Il tenta alors de faire le point sur ce qui venait de se passer.
OoOoOoOoOoOoOo
Aomine.
Se retournant vers lui, Kise rencontra un regard sévère et une expression qu'il n'arrivait pas à décrire. Comme toujours. Il resta méfiant et préféra ne pas s'approcher de lui. Bien qu'il l'ait aidé, le blondinet sentit qu'il ne devait pas baisser sa garde en sa présence. Il y avait tant de choses confuses qui venaient de se passer, à commencer par la conversation qu'il eut avec Midorima. En passant sur le fait que ce fut très désagréable de les entendre parler sur lui -même si sur le coup, il ne s'était vraiment pas senti d'intervenir échange fut bien trop chargé de sous-entendu pour qu'il l'ignore. Ces deux-là savaient des choses à son sujet, et à en juger par le ton de la conversation, ils savaient les mêmes choses.
Cela paraissait très suspect, surtout s'il supposait que les deux ne collaboraient pas.
"Pourquoi... tu es venue ici?" Demanda Ryouta d'un ton défensif.
"Je vous ai vus parler toi et Midorima."
Ça a dû être quand Shintarô l'avait abordé dans le hall lorsqu'il était en train de changer ses chaussures. Daiki avait sûrement dû trouver aussi étrange que lui de voir l'attitude de l'adolescent et avait sans doute dû décider de les suivre de loin. Mais ce n'était pas ça que le blondinet voulait savoir car au fond, il s'en doutait. Il était impossible que le lycéen bronzé soit passé par là par hasard, surtout qu'aucun des deux ne l'avait vu venir. Cette explication n'avait rien de surprenant. En revanche, ce qui était moins cohérent, c'était les raisons pour laquelle il les avait suivi jusque dans ce débarras à ordure sous la pluie alors qu'il aurait très bien pu les ignorer et passer son chemin sans demander son reste. Et même, en plus de tout cela...
"Pourquoi tu es venue... t'interposer?"
Kise fit un pas en arrière lorsqu'il posa sa question, beaucoup moins sûr de lui tout d'un coup. Après tout, il était assez confus car en effet, il ne comprenait pas. Il ne comprenait pas pourquoi Aomine s'était mêlé d'une histoire qui ne le regardait pas, ni de près, ni de loin. Bien sûr, il pouvait supposer qu'il avait tout simplement voulu régler ses comptes avec Midorima mais encore une fois, cette conversation prouvait tout le contraire. Pas une seule fois l'affaire de la chambre noire fut mise sur le tapis, comme s'il n'y avait rien à dire là-dessus pour eux. Alors que pourtant, aux yeux ambre du jeune homme, il y avait au contraire beaucoup de choses à expliquer!
Alors non, définitivement, le blondinet ne saisissait pas les motivations qui avaient poussé le bleuté à le sauver.
Aomine le fixa avec son silence habituel, comme si pour lui, cette question n'avait pas lieu d'être. Toujours cette nonchalance insupportable. Mais il sentait que quelque chose était diffèrent cette fois. Ses pupilles bleu roi n'étaient pas lassées comme d'habitude, mais vives. Vives d'une lueur presque envoutante. Et une tension. Kise ne savait pas ce que c'était, il avait juste le sentiment qu'un danger se rapprochait de lui. Aomine suivait ses pas. Le son violent de la pluie frappait ses oreilles et pourtant, elle lui semblait désormais très lointaine à ce moment précis. Une seule chose comptait. Il devait fuir. Pas seulement Midorima, mais ce type aussi. Il devait vite détourner son corps. Ne pas le laisser lui mettre la main dessus.
Comme s'il venait de lire ses intentions, l'adolescent mate élimina la distance entre eux et agrippa son bras pour lui couper toute fuite. Il le tenait avec une force sans merci pour le retourner, le forçant à garder son visage contre le mur. La sensation du marbre dur frappa sa joue tandis que le corps chaud d'Aomine se plaqua contre son dos. Trop tard. Kise était de nouveau tombé dans un piège. Coincé contre un nouveau prédateur. Et cette fois, il ne se faisait pas d'illusion; personne ne viendrait le sauver une seconde fois. Si quelque chose devait arriver, elle allait arriver. Et il ne pourra rien faire pour s'en sortir. Entre deux exclamations, il maudit sa bêtise et sa naïveté en se demandant pourquoi il n'avait pas suivi Midorima dans sa fuite quand il en avait eu l'occasion.
Il remua légèrement, essayant de trouver un angle pour dégager ses bras, en vain.
"A... Arrête ça, Aominecchi!"
Kise savait très bien qu'il n'avait aucune chance de pouvoir gagner face à lui. Il avait déjà tenté par le passé, mais il n'a pas réussi à l'arrêter et voyant les circonstances actuelles, il avait peu d'espoir. Et pourtant, bien que face à l'inévitable, Kise se refusait à crier pour ce mec. C'était une fierté mal placée, un orgueil qui lui coûterait très certainement cher mais actuellement, il n'avait pas encore suffisamment perdu de dignité pour s'abaisser à pleurer pour son salut. En particulier face à un mec comme ça qui le touchait sans se soucier, ni du lieu, ni de l'heure, ni même du consentement de la personne! Si ça se trouve, il aimait même ce genre de petit jeu malsain. Cette perspective entêta encore plus Ryouta dans son mutisme.
'Si je lui donne la satisfaction de me voir ainsi, il aura gagné sur toute la ligne.'
C'est ce qu'il pensait fermement, alors qu'une sensation de terreur le prit au corps. Une des mains de Daiki vint agripper le corps de Ryouta pour le plaquer un peu plus contre lui, lui arrachant un gémissement de surprise. Le blondinet ne pouvait plus bouger d'un pouce, n'importe lequel de ses membres était doublement paralysé. Il pouvait sentir un souffle tiède contre sa nuque refroidie par l'eau gelée. Cette chaleur inattendue provoqua en lui une chair de poule terrible qui vint hérisser tous ses poils et même ses mamelons. La main d'Aomine remonta alors sur son cou pour tenir les os de la mâchoire et le forcer à relever le visage. La peau de Kise était totalement humide, mais ce n'était plus uniquement à cause de la pluie.
Glissant doucement du bas de sa nuque jusqu'à sa clavicule, les doigts prirent leur temps pour redessiner les fins traits du blondinet. C'était d'une douceur presque torturante de la part d'un homme qui l'avait déjà brutalisé dans le passé. Le blondinet ne pouvait s'empêcher de frémir d'appréhension. Quelque chose s'ajouta alors sur sa peau. Des lèvres insistantes et une langue tiède. Un frisson remonta le long de sa colonne vertébrale, faisant se cambrer involontairement l'adolescent aux yeux miel pour se rapprocher du mur dans une tentative inconsciente. Tout cela lui provoquait un sentiment mélangea peur et rejet. Il respira profondément, endurant les explorations buccales de son agresseur. Une légère douleur piqua ses nerfs à l'endroit où la bouche adolescent bronzé décida de se poser.
"Aie..."
Est-ce qu'Aomine venait de le... mordre?
Lorsqu'il pressa de nouveau ses lèvres contre la nuque de Kise, sa main relâcha alors le visage du blondinet. Utilisant cette liberté, elle déboutonna alors la veste d'uniforme scolaire, un bouton après l'autre sans se presser. Puis l'étrangère remonta sa chemise, laissant une douce sensation de toucher de ses fins doigts sur sa peau jusqu'à son estomac. À son exploration la plus haute, Daiki saisit alors un des bouts de chair rose et le fit rouler avant de le pincer légèrement. Sous la sensation des doigts du bleuté, le blondinet se rendit compte qu'ils étaient aussi froids et humides que lui. Cela ajouta une sensation traitresse à la stimulation de cette zone déjà érogène chez lui.
"Non... Aominecchi..." Sa voix s'éleva dans une tentative désespérée de s'opposer à son assaillant, mais à cause de son enrouement, il sonnait plus comme pathétique et sous la mendicité que s'il voulait vraiment être relâché.
Kise était tout simplement en train de bouillir de l'intérieur.
Et il détestait réagir de la sorte. Encore et encore, le scénario se répétait sans fin; il n'arrivait pas à résister à ses attouchements, combien même il le voudrait de toute son âme. Alors que l'autre main d'Aomine le tenait fermement par le poignet, il était bien forcé de reconnaître à quel point ce genre d'acte lui faisait sentir toute sa faiblesse. Le blondinet ne pouvait que s'agiter comme un misérable asticot. Mais était-ce vraiment nécessaire de rappeler à Kise son existence aussi exaspérante? N'était-il pas satisfait maintenant qu'il avait fait cette chose dans la salle noire la dernière fois? Avait-il vraiment l'attention d'aller plus loin, pour voir jusqu'où ses limites pouvaient aller?
Une réponse intérieure vint alors lui percuter l'esprit.
'Je ne suis plus en train de vivre comme un humain. Je ne suis plus qu'une chose... une faible poupée entre les griffes d'une bête.'
Cela n'avait aucun sens, mais cette idée s'inscrit d'elle-même dans sa tête, comme si elle allait de soi. Il n'y avait sans doute pas de meilleurs mots pour décrire sa situation. Être enlacé de la sorte, comme s'il était un jouet neuf qu'Aomine venait de trouver lui serra l'estomac. Ce type n'en avait rien à faire de lui. Depuis le début, il s'amusait à l'ignorer, le mépriser puis, quand il s'y attendait le moins, lui donner un signe d'intérêt. Sans prévenir. Et il se mettait alors à lui faire ces choses sans lui demander et Kise n'avait qu'à se plier à sa volonté. S'il laissait cette situation continuer, le lycéen blond ne sera plus en mesure d'y mettre un terme. Ce flot d'émotion lui faisait mal, du simple fait d'être exploré et exploité sans merci, jusqu'au fin fond de son coeur.
Colère, tristesse, attraction, fatigue, excitation, curiosité: Tous ces sentiments étaient désormais emportés par une gigantesque vague.
"Ne me traite pas comme si j'étais ta petite chienne!"
Ryouta frappa le mur en face de lui avec toute la force qui lui restait. Son unique main libre émit un craquement sinistre sous le coup de l'impact, lui faisait amèrement regretter son geste. Mais cela eut l'effet escompté; en l'entendant hurler de la sorte, Daiki arrêta ses caresses juste au milieu de son ventre. Il ne s'attendait certainement pas à recevoir ce genre de propos à travers les protestations. Se redressant légèrement, il sembla attendre que son camarade développe son idée. C'était enfin le moment. Le moment de laisser tout ce qu'il contenait en lui exploser.
"Pourquoi tu me fais ça?" Interrogea Kise sans se retourner pour le regarder. "Tu es fatigué d'avoir des relations normales? Toutes ces filles t'ennuyaient, c'est ça, alors tu t'es dit que tu essaierais avec un mec? Mais pourquoi moi? Je n'ai rien fait, je ne t'ai rien demandé!"
De la fureur, son ton passa graduellement au désespoir le plus total. Il se sentait tremblant et au bord des larmes, mais il ne devait pas arrêter en cours de route. Il dira ce qu'il avait à dire, coûte que coûte.
"Pourquoi ça a l'air si normal pour toi ce genre de chose... ? M'ignorer puis revenir... Sérieusement... je n'ai rien fait pour mériter ça! Je ne te le demande qu'une fois: arrête! Arrête de me toucher, arrête de me... J'en ai marre de ça... Juste arrête... s'il te plaît..."
Toute rage qu'il put avoir était désormais évanouie dans sa voix pour ne laisser que des sanglots. Mais il y était arrivé. Il avait enfin exprimé ses sentiments à travers des mots. Et même si chacun semblait brouillé et atténué par la pluie tombante, sans doute destinés à sombrer dans l'oubli, il avait essayé. Il aura eu la satisfaction de ne pas s'être tu jusqu'au bout. Depuis le début, Kise refoulait en lui tout sentiment négatif, tout reproche pour les laisser s'accumuler en lui. Il le faisait avec tout le monde, mais dans le cas d'Aomine, c'était devenu de plus en plus oppressant, comme une envie de vomir constante. Mais maintenant, c'était sorti. Tout. Tout ce qu'il avait sur le coeur, sans se retenir, sans se soucier des conséquences. Il devrait être soulagé.
Pourtant, il se sentait comme s'il allait se briser et pleurer.
Ses émotions étaient si intenses qu'elles l'avaient vidé de toute énergie. Mais il s'en fichait désormais. Si Aomine avait décidé de lui faire ce qu'il voulait, qu'il le fasse! Il aura au moins réussi à faire ressortir ces sentiments empoisonnant son esprit à l'extérieur de son corps. Il n'aurait pas pu les supporter davantage tant ils lui avaient grignoté sa volonté, comme un cancer. Il en était débarrassé mais... mais quelque part, pas totalement. Kise attendit le souffle saccadé que son interlocuteur lui donne n'importe quelle réponse sans espérer des excuses ou même des justifications. Cependant... il sentit à la place le retour de la sensation des lèvres du bronzé contre la base de sa nuque.
Pendant un moment, Daiki avait l'air d'être sur le point de dire quelque chose en continuant de picorer la peau du blondinet.
"Oui, je sais." Murmura-t-il d'une voix calme et grave. "Je suppose... que Midorima avait vu juste."
Ces mots murmurés laissèrent Ryouta sans voix.
C'est alors qu'il se rendit compte d'une odeur piquante qui envahissait l'air. C'était la même odeur de cannelle qu'il avait déjà senti avant en présence d'Aomine, dans la salle noire. Ses souvenirs étaient très flous à son sujet; le blondinet se rappelait juste l'avoir ressenti en même temps qu'une chaleur accablante. Mais aujourd'hui, elle lui semblait encore plus intense. Pourtant, il ne pouvait pas dire que cela sentait comme un parfum quelconque, fabriqué et acheté. Il semblait plutôt émaner directement du corps du bleuté, s'échappant par tous les pores de sa peau pour venir s'incruster profondément en lui jusque dans sa moelle osseuse et provoquer un sentiment de béatitude. Kise commença à avoir du mal à réfléchir mais...
Mais ce qu'il venait de dire à l'instant; qu'est-ce que cela impliquait?
Alors qu'il essayait de comprendre la signification de ses mots, l'odeur l'engloutit totalement, lui causant une totale perte de lui-même. L'adolescent blond était même étonné qu'aucune vapeur ne se formait autour de lui, comme si cette emprise voulut rester invisible et anonyme jusqu'au bout. Contrairement à la pluie qui donnait des signes de faiblesse, les pulsions de son coeur s'accélérèrent, cognant violemment contre son torse. Une terrible douleur grandit alors dans son estomac, comme un ballon de baudruche gonflé progressivement à l'hélium. Un autre signe qui lui était cruellement familier. Anesthésié, il ne trouva pas la présence d'esprit de toucher son ventre pour vérifier ce qu'il avait. De toute façon, il n'aurait pas pu.
L'énergie qui émanait d'Aomine était clairement différente de ce que Kise pu expérimenter avant avec lui lorsqu'ils furent enfermés. À ce moment-là, les doigts d'Aomine lui avaient semblé faire leur travail machinalement, laissant au blondinet un sentiment distant et froid par rapport à l'acte pourtant passionné. Cette fois lui semblait totalement différent. L'adolescent bleuté calculait de moins en moins ses gestes, ces derniers devenant plus agressifs et plus rapides. La raison le quittait peu à peu pour laisser place à une passion dévorante. S'il devait mettre un mot dessus... il dirait qu'il était ivre de désir. Grignotant toute la surface de sa nuque, la main de Daiki retourna sur son ventre, provoquant un malaise chez Ryouta.
Sa main bougea sinueusement pour défaire la ceinture de Kise du reste de ses vêtements.
"Arrête ça!"
Malgré ces protestations peu convaincantes, Aomine termina dans un son métallique du cliquetis et se glissa dans le sous-vêtement. Il ne semblait pas être concerné par le ton lointain du blondinet. Le corps de Kise était tellement froid à cause de la pluie qu'il ne pouvait actuellement rien sentir d'autre que cette main bronzée sur son corps. Simplement parce qu'elle était l'unique source de chaleur, son sens du toucher en était alors décuplé. Les doigts du bleuté retracèrent la courbe de son dos, se séparant puis se rejoignant pour créer des dessins invisibles sur la chair. Des cercles vicieux qui passaient dans les zones les plus sensibles, à commencer par ses omoplates et ses côtes.
Alors qu'il tremblait sous les sensations traitres, Kise sentit soudain la douleur de quelque chose qui força son intérieur. Un cri sortit de sa bouche, les yeux écarquillés. Tellement concentré sur les traces de caresse sur son dos, il n'avait pas senti que leur source s'était déplacée bien plus bas.
"Non pas ça!"
Après ça, il savait très bien ce qui allait lui arriver. Il n'y avait pas mille raisons pour laquelle cet endroit précis soit pénétré. Et il refusait. Il ne voulait pas que ça arrive. Parce qu'il n'était pas de ce bord. Parce qu'il n'était pas prêt. Parce qu'Aomine était la dernière personne avec qui Kise désirait avoir ce genre de rapport. Tant de raisons qui se bousculaient dans sa tête et qui s'opposaient violemment à ça. Alors il se débattait, quand bien même les doigts de Daiki ne voulaient pas s'arrêter. Comme s'il se fichait bien de la volonté du jeune homme, ce qui était sans doute le cas. La paroi de muscle se contracta sous la sensation étrangère, il pensa d'abord que c'était dû à la douleur.
Puis quelque chose de chaud sortit.
Ryouta supposa que c'était du sang. Pas le sien, qui était normal. Non, l'autre. Comme si son corps avait deviné tout seul que c'était le moment précis pour se lâcher. C'était une idée absurde, mais le blondinet n'en était plus à ça près pour ce qui était de l'insolite. Le liquide se déversa abondamment, laissant dans l'atmosphère une forte odeur de fer en plus du parfum. Son pantalon, tombé à ses chevilles, se souilla lentement de la couleur pourpre. La douleur habituelle commença doucement à s'installer, dans sa tête, mais aussi dans son ventre, rendant d'autant plus pénible son calvaire. Cependant, Aomine ne sortit pas pour autant ses doigts, continuant de les bouger à l'intérieur avec plus d'aisance.
"Non... ne me touche pas là... Aaah!"
Avant qu'il ne puisse dire quoi que ce soit, le majeur et l'index s'enfoncèrent plus profondément, profitant de la facilité d'accès qui leur était donnée. Kise lâcha un grognement en tentant désespérément une fois de plus de se dégager de la poigne. Rien n'y faisait, Aomine ne relâchait pas son intention une seule seconde. Il voulait partir. Il était dans une position très inconfortable. La tête contre le mur et les fesses à l'air sans avoir la moindre chance de se sortir de cette situation humiliante. C'était peut-être ça qui le rendait mal. Plus que la douleur, plus que la nudité, plus que son malaise intérieur, il était mort de honte. Exposé totalement à un mec qui ne se gênait pas pour l'exploiter.
Une douce chair de poule fit hérisser son corps en même temps qu'une pellicule de sueur se forma sur son épiderme malgré la froideur de la pluie. Retenant son souffle, Ryouta ferma alors hermétiquement ses yeux dans l'espoir que cela ferait passer son calvaire plus vite. Malheureusement, il oublia que lorsqu'un sens était tu, tous les autres s'éveillaient avec plus de puissance. Avec les yeux fermés, le blondinet se rendit compte qu'il était d'autant plus conscient des doigts de Daiki qui le molestaient sans pitié. Leur forme, leur texture, leur chaleur... Une décharge électrisa sa peau, lui arrachant un gémissement plaintif. Il avait de plus en plus de mal à respirer.
"Qu'est-ce qu'il y a?" demanda alors le lycéen bleu dans un souffle calme.
Le blondinet retourna sa tête à travers son épaule lorsque ce murmure atteignit son oreille, beaucoup trop proche de son lobe percée. Il ne voulait toujours pas ouvrir ses yeux. Il ne voulait pas voir le visage de son agresseur, ni l'expression qu'il faisait en ce moment. Il avait peur de ce qu'il pourrait y lire. Le sang continuait de couler mais quelque chose en plus stagnait à l'intérieur de lui et les doigts d'Aomine le bloquaient. Quant à ce que c'était, Kise ne voulait même pas l'imaginer. Il ne savait même pas ce qui était le plus terrible; être violé de la sorte, avoir sa crise sanglante en même temps... ou se rendre compte que même cette chose immonde n'arrêtait pas son agresseur.
"... Ahh... ahh!"
Lorsque Kise sentit quelque chose d'autre voulant s'incruster à l'intérieur, la légère mais persistante douleur grandit en lui. Profitant de son étirement, Aomine avait ajouté un doigt en plus, malmenant ses reins déjà fragiles. Endurant ce nouveau monde de souffrance, le jeune homme blond modéra son souffle aussi fort qu'il put. La sensation de ces doigts entrant et sortant en lui ne lui apportait rien sinon un horrible sentiment de malaise. Rien n'était plaisant. En sentant la fatigue de la lutte, un léger et long gémissement sortit néanmoins de sa bouche. Il n'arrivait plus à se raisonner. Il ne pouvait que se concentrer sur sa respiration, comme seul point d'accroche avec la réalité.
Il pouvait entendre le son de son uniforme trempé frôler son torse à chaque mouvement de va-et-vient, le tissu caressant ses mamelons comme une douce torture.
Soudain, Aomine lui bloqua les hanches, accompagné de la sensation de quelque chose de dur contre ses fesses. Le bruit d'une fermeture éclair que l'on dézippait résonna entre deux souffles saccadés. Avec un terrible pressentiment, Kise trouva le courage d'ouvrir ses yeux pour voir ce qui se passait derrière lui. Ses doutes s'avérèrent justes. Son camarade était en pleine érection, et il venait de sortir son pénis sombre pour le frotter contre lui. Jusqu'à présent, le blondinet n'aurait pas cru tomber dans une situation plus gênante, mais ce mec aimait lui prouver qu'il avait tort. C'était gênant, sale et digne d'un pervers. Cependant...
Ryouta avait l'impression que son corps entier était plongé dans les braises d'un feu lorsque le membre chaud pulsa contre sa chair. Aomine continua de forcer ses entrailles en se frottant à lui, accompagné des expressions de détresse et de douleur de Kise. Ce dernier s'appuya contre le mur, ses ongles tentant de creuser à travers la surface bétonnée pour se briser contre elle. C'était tout simplement trop. Il jurerait avoir vu à ce moment des étoiles danser devant ses yeux. Ça faisait mal. Il ne pouvait pas respirer. Les doigts de Daiki accéléraient progressivement leur rythme et le blondinet lâcha des lourds gémissements. Certainement pas de plaisir.
"Hmmh..."
Le blondinet sentit de manière lointaine le souffle du bleuté lui chatouiller la nuque. Chaque coup allait de plus en plus profondément en Kise, comme s'il voulait toucher ses organes internes du bout des doigts. Mais il y avait toujours cette chose qui faisait sentir sa présence. C'était physiquement repoussant. Non, pas ce qui était à l'intérieur de lui. Être à la merci d'Aomine. Cela lui donnait la sensation que son corps mais aussi son âme étaient déchiquetées puis piétinés au sol avant d'être réduit en miettes et dispersées. Rien de plus qu'un chiffon, usé et jeté une fois qu'il ne sera plus utilisable. Pendant qu'il se faisait sauvagement molester, Ryouta se demanda vaguement pourquoi il avait fallu que son chemin croise celui d'un mec comme lui.
Pourtant, entre la honte et la douleur, le jeune homme aux yeux ambre commençait à vaguement sentir quelque chose grandir en lui.
La même senteur qu'il repéra plus tôt vint assaillir ses narines et gâcher définitivement la fraîcheur de l'atmosphère pluvieuse. Encore cette odeur de cannelle, définitivement trop forte pour être naturelle. Et elle semblait venir de partout pour se concentrer sur lui, et lui seul. Plus le parfum l'enveloppait, plus la douleur tentait à se dissiper en lui. Anesthésié. C'était... comme une sorte de drogue. Elle engourdissait ses membres et ralentissait son esprit pour ne laisser qu'en lui qu'une sensation de bien-être quasi euphorique malgré sa situation déplorable. Même avec l'averse frappant implacablement son corps, il sentit une terrible douceur caresser sa peau en même temps. Un voile agréable. Kise ne pouvait plus dire d'où elle venait.
"Gn... Aaah!" Ryouta se mordit la lèvre, tentant de réprimer ses pleurs, autant qu'il voulait les provoquer.
Son corps était assailli par rien d'autre qu'une cruauté et une souffrance; c'était tout ce à quoi il voulait penser. Surtout... il ne voulait montrer aucune réaction à Daiki. Même si c'était incroyablement atroce pour Kise, il ne voulait pas montrer à son agresseur comment il se sentait. Parce que lui-même n'en était plus vraiment sûr. Sa tête lui faisait mal. Sa peau frissonnait. Ses mains tremblaient. Son ventre se déchirait. Ses jambes n'existaient plus. Ses yeux se brouillaient. Son corps entier n'était plus qu'un mélange de sensations lourdes et contradictoires qui luttaient pour avoir le dessus, au risque de lui faire perdre la raison.
"Mmhh..." Aomine changea légèrement l'angle de sa pénétration, la rendant d'autant plus profonde.
Kise réussit à se fendre la lèvre, sentant le goût du fer entre ses dents mais continua tout de même à la mâchouiller, persistant dans son silence. Il pria Dieu que ce soit vite fini et que son agresseur le laisse enfin partir. Une fervente plainte qui ne retint malheureusement aucune intention de la part de l'éventuel tout-puissant. Rien sinon un terrible silence n'est l'acte qui continuait inlassablement. En plus de ses espoirs qui s'évanouissaient lentement face à l'inattendue endurance de Daiki, une étrange peur vint se mixer à ses autres sentiments de mal-être. Un changement radical rendit soudain Ryouta craintif. Quelque chose qu'il redoutait allait bientôt arriver, et il refusait que cela se produise. Mais...
Sa bouche et ses yeux s'entrouvrirent dans un nouveau gémissement beaucoup moins tranché dans la douleur.
La main d'Aomine venait de saisir son membre à moitié érigé. Il sursauta de surprise, ne s'attendant pas à un toucher à cet endroit, encore moins d'avoir réagi de manière aussi receptive. Le bleuté commença à bouger doucement sa main de haut bas tout le long, taquinant son gland et la base. Kise pouvait sentir -ce qu'il supposait- du sang s'évacuer de son aine mais tenta de l'oublier aussi, comme le reste. C'était forcément du sang de toute façon. Rien d'autre ne pouvait sortir de cet endroit. Il se refusait à penser que son corps réagissait de plaisir sous ces nouveaux attouchements. Non. Il refusait de perdre face à ce type.
"Oh... non... arrête ça!"
La honte s'intensifia en Kise en même temps que les mouvements d'Aomine se firent de plus en plus rigoureux. C'était déjà assez d'endurer les assauts du lycéen bronzé mais... mais il ne pouvait s'empêcher de répondre à ses caresses, peu importe s'il les cherchait ou non. Sous la douleur et la violation, une vague de plaisir commença graduellement à monter en lui. Son harceleur savait indéniablement comment s'y prendre, il lui avait déjà montré la dernière fois. Ses petits points de plaisir n'étaient pas épargnés. Le blondinet du s'étouffer la gorge lorsque le bout de l'index appuya sur la fente humide pour le taquiner.
"Ne me touche pas... aaahhh!" Il lâcha un cri non maîtrisé alors que la chaleur prenait indéniablement possession de lui.
Non!
C'était ce qu'il pensait alors que son corps commençait à lui désobéir. Venant comme un accablant mélange de désir et de douleur, laissant Ryouta confus sur lequel des deux il devrait laisser prendre possession de lui.
"Ooh... mmhh. gnh."
Des petits gémissements saccadés remplacèrent les râles de protestation malgré lui, laissant témoigner de la tournure des choses, peu importe son choix. Petit à petit, son corps entier abandonnait sous les flammes d'une languissante impatience de délivrance. En même temps, Aomine intensifia ses mouvements à l'intérieur de Kise qui se sentait tellement submergé par ce qui lui arrivait qu'il ne ressentît plus la douleur. Il n'y avait plus qu'un feu. Un feu affamé. La main de Daiki gagna en force et suivit le rythme pour ne plus laisser aucun choix à son partenaire. Le plaisir était la seule porte de sortie qu'il lui offrait, et le blondinet n'y réfléchit plus et l'emprunta sans réfléchir.
Tout le long de l'acte, la joue de Kise se frottait contre le mur, lui promettant une trace rouge après comme souvenir de l'acte. La pluie semblait se dissiper de plus en plus sur sa peau livide alors que son monde se teintait peu à peu de blanc, signe que sa conscience s'envolait. La seule chose dont il pouvait être sûr en ce moment était la chaleur d'Aomine persistante contre lui. Ce même cocon de braise dans lequel il s'était senti si différent avant de s'évanouir. Même si c'était une erreur, il s'y logea de ton son saoul, beaucoup trop bien pour refuser un tel refuge. Cette canicule corporelle. C'était tellement réconfortant, tellement agréable...
"Aaaah! Gnnnhh..."
Kise essaya dans un ultime effort de se ramener à la raison au dernier moment, comme le dernier fil de soi auquel il voulut se raccrocher. Cependant, il était trop tard; son corps était clairement contre lui. Il se sentait bouillir alors que la peau torride d'Aomine allait de plus en plus vite en lui, sur lui, grandissant ce désir non voulu. Les doigts, les baisers et... Bon sang, ce sexe érigé qui se frottait durement entre ses deux joues de chairs. Même sans regarder, même sans toucher directement, le blondinet pouvait déjà estimer à quel point son camarade était grand et épais, pulsant d'une envie de le pénétrer. Pourquoi n'en était-il pas plus répugné? Pourquoi cela commençait à l'exciter? Pourquoi...
Peut-être Daiki avait-il senti qu'il perdait pied, car il ne lui mordit une ultime fois l'épaule au même moment que ses doigts buttèrent contre l'endroit qui fit tout basculer.
"Aaah... ahh.! Ahhgg! Aaaaahhhh!"
Les halètements se firent plus fort, plus saccadés pour finir dans un râle à peine retenu, étourdit par l'ultime plaisir, aveuglé par le flash total qui effaça un instant toute pensée de son esprit. Sa bouche resta grande ouverte et ses pupilles miel brumeuse pendant un long moment, Kise s'était inconscient courbé, donnant lui-même le chemin à faire pour le mener à l'extase. Kise sentit après coup être venu à travers la main d'Aomine, la salissant au passage. Mais il ne s'en souciait pas le moins du monde. Encore tremblant par les effets secondaires de son orgasme, Ryouta respirait difficilement alors que Daiki tint ses hanches encore plus proche de lui.
Le jeune homme blonde sentit également les doigts de l'adolescent bleuté sortir de lui d'un seul coup et il devina vaguement qu'ils devaient maintenant être en train de masturber le membre qui se frottait contre lui sans cesse depuis tout à l'heure. C'est encore étourdi et peu conscient que Kise sentit enfin Aomine venir en lui et arrêter ce frottement pénible. Sa semence devait très certainement avoir laissé des traces sur son uniforme, mais c'était le dernier de ses soucis.
"Ahh... ahh..." Les larges épaules du lycéen mate se détendirent, un souffle saccadé et presque tremblant.
Lorsqu'il s'arrêta de bouger, que les sensations disparaissaient, que les bouches cessaient, le son de la pluie devint alors assourdissant.
Kise pouvait sentir la chaleur de la main d'Aomine disparaître lorsqu'il le relâcha. Le blondinet entendit alors quelque chose tomber par terre et éclabousser les environs. Essayant de réguler sa respiration, il ne voulut regarder rien d'autre que ses pieds à ce moment. Entre ses jambes écartées, une flaque de sang se dissipait peu à peu sous l'eau de la pluie. Son sang et le sperme se mélangeaient pour couler le long du caniveau et disparaître dans les égouts, effaçant les preuves de la scène qui venait de se dérouler. Et au milieu de tout ça, il y avait également... Cette chose.
Une étrange masse rouge flottait, semblable à un énorme déchet sanglant qui frétillait pour ne pas se faire emporter par le courant
"Argh...!"
Ryouta ferma rapidement ses yeux et tourna sa tête ailleurs, refusant de constater qu'un cauchemar s'emboîtait dans un autre cauchemar. Traçant de ses doigts le liquide dégoulinant de ses cuisses, Aomine resta un moment comme cela. Son torse collé contre le dos de Kise, leur respiration saccadée qui reprenait une vitesse humaine. Du silence. Du vide. Il n'y avait rien à dire. Pas dans cet état. Ils le savaient. Le bleuté relâcha alors tout le corps du blondinet qui, après avoir été autant quémandé et surtout, aussi violemment, ne supporta pas une seconde de plus son poids. Ses genoux tremblèrent et il s'effondra au sol.
"Hhhh..."
Perdu dans d'épaisses brumes anesthésiant totalement son esprit, Kise abandonna l'idée de penser à quoi que ce soit. Ce qui venait de se passer avait aspiré en lui toute énergie, toute conscience, toute intelligence, toute volonté. Une fois que la chaleur d'Aomine l'avait quittée, il sentit cruellement à quel point il faisait froid et humide. Ce n'est que maintenant qu'il réalisa la sensation brûlante de la peau d'Aomine contre la sienne. Allongé sur le sol, il eut le souvenir vague de son corps retourné, appuyé contre quelque chose, ou peut-être quelqu'un et d'une sensation lui touchant sa tête. Il pouvait sentir la même chaleur qu'avant... dans la paume de cette main. Il pouvait sentir de fins doigts osseux brosser sa chevelure blonde. C'était d'une tendresse infinie.
Cependant, comme le reste, ça a bientôt disparu.
Se redressant, Kise vit Aomine disparaître à son tour dans les brumes grises et humides de la nuit qui s'installait, son dos imposant lui faisant face. Jusqu'au bout, il n'aura pas regardé son visage. Il ne fallut pas longtemps avant que les bruits de pas laissent place au seul son de la pluie mourante. Le blondinet se releva alors le long du mur qu'il avait appris à examiner dans ses moindres détails tout à l'heure et se rhabilla machinalement, comme une poupée articulée aux ficelles. Puis il se pencha pour récupérer son sac qui était tombé sous l'agitation, désormais lourd dû à l'eau qui s'y était infiltré. Nul doute qu'une bonne partie de ses affaires de classe étaient bonnes à jeter.
Dans ce même état second, il prit à son tour la marche, tentant de mettre un pas devant l'autre comme si c'était sa première fois. Il n'avait aucun souvenir du voyage qu'il avait fait, ni de la manière dont il avait pris son train, encore moins de la tête des autres passants et passagers. Non, il avait tracé son chemin dans une bulle qui flottait bien au-dessus du commun des mortels. Une seule chose le marqua. Quand il fut arrêté dans son parcours par le vibreur de son téléphone portable. Il le sortit de son sac, étonné qu'il marche encore après avoir pris abondamment la pluie, il regarda l'écran humide avec une indifférence qui ne changea absolument pas, ni en voyant qu'il s'agissait de son oncle, ni en voyant le message qu'il contenait.
"Ta tante et moi sommes en ville en ce moment, nous sommes arrivés il y a quelques jours pour qu'elle accouche. Le bébé est arrivé hier. J'ai essayé de te contacter avec son téléphone. Appelle-nous."
... Je vois.
C'était tout ce qui lui passa par la tête. Donc l'enfant de son oncle venait d'arriver. Et ici en plus. Ils auraient pu accoucher dans leur ville. Mais ils étaient venus dans la sienne. Certainement pas par hasard. Quelque chose lui disait que c'était pour avoir une occasion de le voir, et peut-être renouer. Pour une quelconque raison, il sentit alors des larmes monter en lui. Il était vraiment heureux. Et pourtant, il se sentait aussi incroyablement triste. Il y a un instant, il était debout là-bas, le corps brûlant d'Aomine contre le sien et quand bien même il l'avait rejeté, maintenant qu'il faisait face à la dureté de la pluie, il lui manquait. Toutes ces personnes qui l'entouraient... et qui le faisaient pourtant se sentir encore plus seul.
C'était sans doute ça, le plus horrible dans cette histoire.
