Douceur liquide
Auteur: Woshi
Disclaimer: Ni Kuroko no Basket, ni Sweet Pool ne m'appartiennent
Raiting: M pour cause de scènes sanglantes et sexuelles
Genre: UA, Angst, Drame, Tragedy, School life, Romance, Yaoi, Gore, Surnaturel, Mpreg d'une certaine manière
Note: Bonjour les gens ~ Voici un nouveau chapitre sur lequel j'ai pas mal hésité et j'ai changé des trucs au dernier moment XD Mais j'espère quand même qu'il vous plaîra. Ouai, je suis pas très bavarde parce que je suis pressée par le temps donc je ne peux que vous souhaiter une bonne lecture ~
[Sweet Pool OST - Scene 2]
La semaine arrivait à son terme, il était temps pour lui de souffler.
Enfin, ça, c'est ce que Takao aimerait bien se dire, mais il savait d'avance qu'il passerait encore un week-end tourmenté. Maintenant, il n'y avait pas que sa famille, mais quelques-uns de ses camarades de classe remarquaient à quel point son humeur s'était dégradée ces derniers temps. Enfin, d'une manière générale, tout le monde s'accordait à dire que depuis qu'il fréquentait Midorima, l'adolescent aux yeux gris changeait étrangement d'attitude. Comme si le superstitieux l'attirait inconsciemment avec lui dans son étrange monde, il allait de moins en moins vers les gens, même les filles, ne partageait plus vraiment de conversation et était peu réceptif aux invitations sociales. Et pourtant, il n'a pas toujours été comme ça; tout cela n'avait commencé qu'à partir de sa deuxième année de lycée.
Mais évidemment, Kazunari n'avait pas grand-chose à faire de ces bruits de couloir sur lui. Son esprit était préoccupé par quelque chose de bien plus important. S'en rappeler lui remettait à nouveau les idées sans dessus-dessous, parce qu'il n'arrivait toujours pas à comprendre comment il avait pu en arriver là. Ce n'était pourtant pas la première fois que ce genre de situation arrivait, c'est vrai. Mais dans ce cas-là, c'était beaucoup plus percutant. Peut-être à cause du contexte. Peut-être à cause de ce qui s'était passé après. Ou peut-être justement à cause de ce qui s'était passé avant. Il ne le savait pas. Il était juste sûr d'une chose: il fallait vite que ça cesse.
Shin-Chan...
Hier, il l'avait vu sortir du portail du lycée totalement trempé et hébété, au pas de course comme s'il fuyait le diable. N'ayant pas reçu de signe de vie de sa part après 18 heures, Takao s'était alors présenté à l'endroit habituel avec un mélange d'exaspération et de profonde inquiétude. Il trouvait que Midorima se négligeait beaucoup trop ces derniers temps, et il voyait clairement sa santé en pâlir. Alors bien sûr, ne recevant pas un mail qui lui disait au moins de ne pas l'attendre, il avait supposé que cet idiot avait encore perdu notion du temps et s'était fait piéger par la mélodie de l'horloge. Pourtant, il ne l'avait pas trouvé agonisant dans les toilettes des hommes et du en ressortir, cette fois-ci mort de peur à l'idée qu'il ait pu lui arriver quelque chose de grave.
Le hasard voulu qu'ils se tombent dessus pile poil au moment où Takao allait quitter les lieux. Comme prévu, l'adolescent vert était pâle et souffrant mais étrangement, ses tremblements semblaient s'apparenter plus à de la colère qu'au poison auditif qui s'infiltrait dans ses oreilles. N'ayant pas vraiment le temps de savoir pourquoi, l'adolescent brun se dépêcha d'aller chercher les vélos situés à l'extérieur du bâtiment pour vite le reconduire chez lui. Cela avait été pénible à cause de la pluie qui alourdissait les corps et rendait la route particulièrement dangereuse mais il était hors de question de prendre les transports publics. La seule chose qui permettait à Kazunari de rester aux côtés de Shintarô, c'était bien parce qu'il l'aidait à rester discret auprès des personnes extérieures.
Sans poser une seule question ou même recevoir un quelconque commentaire sur ce qui s'était passé, Takao avait raccompagné Midorima jusqu'à la porte de sa maison.
La chance voulue que cette fois-ci, les parents ne soient pas là. Ou tout du moins, c'est ce que s'était imaginé le lycéen brun. Il avait laissé son camarade à lunettes chercher dans sa pocher de vestes ses clefs et déverrouiller. Les deux sachant que le plus grand ne réussirait pas à atteindre seul sa chambre, le superstitieux avait dû laisser de mauvaise grâce son accompagnateur le soutenir tout en le guidant dans une voix faible. À part cela, aucun mot n'avait été échangé entre eux. Pourtant, Kazunari avait eu l'impression quelque part que son camarade était au bout du rouleau et à deux doigts de lui révéler enfin la raison de ses tourments. C'est pourquoi il avait décidé tout le long du trajet de ne rien lui demander. Il sentait que ça allait bientôt venir tout seul.
Plein d'espoir, il arriva enfin jusqu'à la chambre, une boule à la gorge. C'était la première fois qu'il rentrait dans la maison de Shin-Chan. C'était la première fois qu'il rentrait dans la chambre de Shin-Chan. Il n'aurait jamais imaginé que cela se fasse dans de telles circonstances. Mais de toute façon, étant donné le personnage concerné, il imaginait mal se faire un jour inviter juste pour jouer aux jeux vidéo ou dîner. Mille scénarios étaient passés dans sa tête pendant que la porte s'ouvrait. La pièce s'était révélée à lui comme terriblement simple et impersonnelle. Un lit. Un bureau. Une lampe. Un placard rempli de vêtement. Rien qui ne traînait au sol. Une seule chose se démarqua du reste: un petit livre ressemblant étrangement à une bible posée sur la table de chevet.
Midorima se précipita pour s'allonger dans son lit, ne faisant pas garde à mouiller les draps.
Le voyant aussi mal, au point qu'il ne fasse aucune remarque à Takao sur ses manières, ce dernier avait décidé de reporter sa curiosité à plus tard. Il s'était agenouillé pour mieux observer le visage du jeune homme et lui avait retiré gentiment ses lunettes carrées avant de poser sa main sur son front humide. Comme attendu, il avait été bouillant. Le lycéen aux yeux gris lui aurait bien demandé où était la salle de bain pour qu'il puisse au moins lui sécher les cheveux, mais son camarade semblait déjà s'être évanoui. Et Kazunari ne se sentait pas vraiment d'explorer cette maison qui l'intimidait tout seul. En fait, il avait eu une impression très gênante depuis qu'il était entré, comme s'il n'avait pas le droit d'être ici. Comme si sa présence était illégitime.
Non, c'était idiot enfin! Il avait bien le droit de raccompagner un camarade de classe chez lui. Ce n'est pas comme s'il était entré comme un voleur tout seul alors qu'il n'y avait personne. C'était ce qu'il s'était répété en boucle tandis qu'il regardait le visage endormi de son camarade, et puis...
"Que faîtes vous ici, jeune homme!"
Il avait vu dans la porte d'entrée la silhouette d'un homme adulte qu'il avait reconnu comme celle du père de Midorima. Il s'était alors redressé, le rouge aux joues pour tenter de s'expliquer.
"Je suis désolé, Shin-Ch... Midorima-kun ne se sentait pas bien, alors je l'ai raccompagné jusqu'à sa chambre!" La fureur du père avait été effrayante.
"Vous n'avez aucun droit de pénétrer dans ces lieux, encore moins la chambre de Shintarô! Sortez d'ici immédiatement, et que l'on ne vous revoie plus!"
Comprenant bien sa situation, Takao se dépêcha de sortir de la chambre pour parcourir le long couloir fermé jusqu'à la porte d'entrée, littéralement pétrifié par la réaction des parents de Shin-chan. Il savait bien que les deux adultes étaient aussi bizarres que le fils, mais il n'aurait jamais imaginé qu'ils se mettent en colère uniquement parce qu'un camarade était rentré dans leur maison. Il n'avait pourtant pas fouillé les autres pièces, il n'avait même pas osé chercher la salle de bain ou les toilettes de peur justement de tomber sur un endroit qu'il n'aurait pas dû trouver. Alors qu'il détalait comme un lièvre, il put quand même entendre des échos de leur conversation.
"Mon Dieu... Shintarô... Shintarô l'a encore refait! Regarde!"
"Ce n'est pas vrai... mais ce garçon est en train d'apporter le malheur sur notre famille... pourquoi... pourquoi a-t-il fallu qu'il naisse comme ça!"
"Je suis désolée... c'est ma faute! Si seulement... si seulement j'avais été capable de... de le sortir humain!"
Le reste avait été étouffé par les sanglots de la mère et c'était tout ce que Takao avait pu entendre.
Il était ensuite rentré chez lui, se disant qu'il pourrait peut-être avoir des explications le lendemain - donc aujourd'hui-. Sauf que... Midorima n'était pas venue. Il ne répondait pas non plus à ses messages. Mais puisqu'il ne s'agissait que d'une journée, Kazunari ne l'avait pas harcelé plus que ça, sachant que cela ne fera que l'irriter plus qu'autre chose. Il n'y avait rien qu'il puisse faire. Dans ces moments comme ça, il pouvait seulement le laisser tranquille en attendant qu'il revienne de lui-même. Bien sûr, au fond, il ne souhaitait que retourner le voir chez lui pour le réconforter et le protéger de ses parents mais c'était impossible. Il devait juste attendre. C'était frustrant, mais c'était la seule chose à faire.
Aujourd'hui avait été une journée vraiment très calme. Beaucoup trop calme pour être honnête. Tout le monde avait semblé étrangement inactif et vide. Dans sa propre classe déjà, et pas uniquement à cause de l'absence de Shin-Chan. Tout le monde se tenait vraiment tranquille, et Takao se rendit compte qu'Aomine, avec lequel il avait appris à cohabiter dans cette salle, était particulièrement d'humeur massacrante. Plus que d'habitude, il émanait de lui une aura intimidante tenant à distance, même les filles pourtant habituellement attirées par lui. Personne n'osait monter le ton. Pendant la pause déjeuner, il eut la curiosité de regarder ailleurs et il en allait de même chez les deuxièmes années, à part peut-être qu'il semblait également manquer une tête blonde à l'appel.
Pourtant le lycée était exactement le même que lorsqu'il l'eut quitté la veille, mais il lui donnait l'impression de sortir d'une terrible catastrophe meurtrière.
Ainsi, le voilà frustré et exténué à la sortie du portail comme hier. Peut-être était-ce l'absence de Midorima qui les rendait moins timides, mais un groupe d'adolescents de sa classe vint lui proposer une sortie en ville. Takao hésita quelques instants avant de se rendre compte qu'il n'avait pas vraiment envie de rentrer chez lui à se morfondre. Pour une fois que son partenaire habituel n'était pas avec lui, il pourrait enfin en profiter pour renouer un peu son réseau social. Oui, il avait besoin de se libérer l'esprit et se détendre, aussi il accepta avec un sourire. Heureux d'entendre cette réponse, ses homologues l'emmenèrent avec entrain dans lequel il fut obligé malgré lui de se faire emporter.
Après quelques stations de trains, ils arrivèrent au centre-ville. Les boutiques de vêtements furent les premières assiégées sous l'impulsion des filles du groupe dans lesquels Kazunari repéra quelques éléments pour lui ou sa famille. Puis ce fut le tour d'un ou deux magasins de sport qui n'attirèrent pas vraiment son oeil affuté. Les boutiques d'accessoires et librairies furent vite achevées et le groupe finit par avoir choisi un café ou un restaurant pour se reposer de l'expédition. Ils optèrent plus ou moins unanimement pour une crêperie. Posé sur un banc un peu à l'écart, Takao regarda pensivement à travers la baie vitrée en grignotant sa crêpe. Il avait beau avoir passé un moment agréable, cela n'avait aucunement effacé les souvenirs de Midorima dans sa tête.
Tout le monde à côté de lui discutait de choses banales, et avec un soupir, il se dit qu'il devrait peut-être se joindre à la conversation quand quelque chose attira son oeil.
Une silhouette plus grande que les autres se détachait clairement du lot de par Sa grandeur alors que ses cheveux violets mi-longs achevèrent de le rendre repérable à travers la foule. Le lycéen brun se redressa alors d'un coup en le connaissant immédiatement. Bien sûr, ce n'était pas étrange de le voir se promener en ville, il en avait tout à fait le droit. Mais à cause de son comportement suspect des derniers jours en plus de ce qui se passait tout autour, Takao sentait au fond de lui qu'il avait là une chance inespérée. Quoi donc? Il l'ignorait lui-même, mais il était certain que ce type pouvait le mener à répondre, au moins à une partie de ses questions. Oui, définitivement, il ne devait pas laisser s'échapper Murasakibara.
Kazunari inventa une excuse bateau à ses camarades afin de leur fausser compagnie et se dépêcha de sortir de la crêperie avant que sa cible ne s'éloigne. Heureusement pour lui, même de loin, il put facilement le rattraper. Ce fut assez fastidieux au début, car le jeune homme immense semblait réellement flâner comme n'importe quel garçon de son âge. Il s'arrêtait presque devant toutes les pâtisseries et confiseries qui se dressaient sur son chemin sans se soucier du reste. Plusieurs fois, Takao pensa à abandonner cette filature grotesque et rentrer chez lui. Après tout, il ne devait pas être très bien dans sa tête lui non plus pour suivre un mec juste parce qu'il le trouvait bizarre.
Cependant, il finit par remarquer que leur progression les menait bien quelque part et n'était pas uniquement due au hasard.
En effet, au bout d'un moment, il se rendit compte qu'il avait atterri dans un coin un peu plus adulte de la ville. Pas vraiment le genre d'endroit que fréquenterait un lycéen seul sans raison particulière. Surtout quelqu'un comme Murasakibara qui ne semblait pas être du genre à sortir pour le plaisir après les cours, encore moins ici. Il serait plutôt du genre à rentrer directement pour se goinfrer de sucrerie sur le canapé devant la télé, ou ce genre de chose. C'est cela qui a mis la puce à l'oreille de Takao depuis le début. Totalement convaincu désormais qu'il y avait quelque chose de louche qui se passait, il continua de le suivre discrètement sans se faire repérer. Heureusement, il était assez petit et discret pour passer inaperçu.
Avec surprise, Kazunari vit Atsushi poussa la porte d'un café au détour d'une petite ruelle.
Le logo et la décoration extérieure étaient assez discrets, si bien qu'il ne l'aurait pas remarqué au début tant il était isolé du reste des commerces.
De plus en plus étrange.
Lorsqu'il rentra à son tour, il remarqua rapidement qu'il s'agissait plutôt d'un bar fréquenté par une clientèle bien particulière. Il n'y avait que des hommes d'âge mûr en costume serré et des femmes élégamment vêtues. Il n'y avait derrière le comptoir que des bouteilles d'alcool présentée, pour la plupart de qualité. L'ambiance y était assez décontractée, les lumières d'ambiance bleue grise tapissait l'atmosphère d'un voile presque intime, se reflétant dans le parquet de qualité. C'était le genre d'endroit où l'on se rendait avec des collègues de travail après une dure journée de labeur pour relâcher la tension autour d'un verre. Mais c'était aussi le cadre idéal pour charmer un futur partenaire, de travail ou de sexe.
Du haut de ses dix-huit ans, Takao se sentait bien exclu et se demandait même si on n'allait pas le refouler à l'entrée.
Cependant, l'employé à la réception le traita comme tous les autres clients malgré sa présence illégale. Sans doute l'établissement lui-même n'était-il pas aux normes législatives. Après tout, Murasakibara y était entré sans soucis, et malgré sa grande carrure, son visage ne trompait personne quant à sa juvénilité. Ce fait ne rendait tout cela que plus suspect. Peu de pub accepterait des mineurs au Japon aussi facilement, mais personne ici ne semblait choqué de voir arriver un lycéen alors que la clientèle visée était tout autre. Les rares clients présents ne le jugeaient pas et semblaient même trouver sa présence normale. Quelque chose lui disait que ce n'était pas seulement parce que la direction voulait faire plus de chiffre auprès des jeunes...
Passant là-dessus, il tenta de repérer l'adolescent violet, en vain. Il semblait s'être volatilisé.
"Bienvenue monsieur. Je vous en prie, prenez place." Acquiescant presque timidement, l'adolescent le suivit à l'intérieur du bar.
Takao s'installa au fond de la pièce, dans l'un des sofas positionné sous des néons plus rares en nombre, en faisant un coin un peu plus sombre que le reste. C'était un endroit relaxant. Il regarda furtivement la carte des boissons, se demandant s'ils iraient jusqu'à lui servir de l'alcool malgré son jeune âge. Non loin de lui, il y avait deux hommes habillés à peu de chose près de la même manière, emprunts à une conversation assez passionnante incluant des affaires et un contract fluctuant. L'un d'eux ne se gênait pas pour fumer, laissant les vapeurs toxiques inonder l'espace vital du garçon. Ce dernier agita vainement sa main, peu habitué à l'odeur du tabac et toussa même un peu, le rouge aux joues.
C'était tellement décalé.
Il se demanda un instant s'il ne valait mieux pas qu'il parte. Il n'avait pas sa place ici, tout le lui faisait ressentir. Et pourtant, il avait le pressentiment qu'il devait quand même rester, ne serait-ce après tout le chemin qu'il a parcouru. Après avoir hésité, il commanda un cocktail peu alcoolisé, s'excusant d'avance auprès de ses parents de faire passer son argent dans quelque chose d'aussi idiot. Sa boisson arriva rapidement, et il fut agréablement surpris de voir qu'elle n'était pas du tout amère. Il soupçonnait le patron de l'avoir chargé plus que nécessaire en jus de fruit. Il n'avait pas tort. Takao n'avait jamais testé jusqu'ici sa résistance à l'alcool, mais il y avait un début à tout.
Au fur et à mesure qu'il buvait, il arriva enfin à se détendre. Son regard balaya la salle, mais toujours aucun signe de Murasakibara. Il était pourtant sûr de l'avoir vu rentrer. Il devait très certainement travailler ici comme serveur ou à la plonge, ce genre de chose. Cela expliquait peut-être pourquoi les gens présents étaient accoutumés à ce genre de présence. Cette explication lui donnait cependant l'impression de n'avoir qu'une partie de la réponse... Comme tout le reste d'ailleurs. La tête posée contre le coussin, entre deux rondes de surveillance, Takao laissa son esprit vagabonder autour de celui qui le tourmentait sans cesse.
Midorima n'allait pas bien en ce moment. Outre le fait qu'il avait des absences inquiétantes, il semblait se préparer à quelque chose. Quelque chose d'affreux. Et plus que tout, il semblait en être terrifié. Takao n'était pas idiot, il se rendait bien compte à quel point son partenaire se rongeait les sangs. Il avait beau se dire qu'il s'inquiétait trop, tous les événements récents lui revinrent à l'esprit pour le contredire. En fait, il ne pouvait s'empêcher de penser à la réaction des parents de Shin-chan. Il avait beau imaginer dans tous les contextes, rien ne justifiait leur comportement, et encore moins ce qu'il a entendu alors qu'ils se croyaient seuls.
Fermant ses yeux, il se massa les tempes pour tenter de faire disparaître le stress cumulé.
Il n'y avait pas seulement l'adolescent vert qui l'inquiétait en fait, il était obligé de l'avouer... Kise et Aomine. Avec eux aussi, il y avait quelque chose d'étrange à en juger par l'obsession de Shin-chan au point qu'il en néglige sa propre santé. Ça ne pouvait pas seulement être du hasard ou une simple folie, peu importe ce que les autres disaient sur l'état psychiatrique du jeune homme à lunettes. Il connaissait assez bien son camarade pour savoir qu'il ne s'embarquait pas dans ce genre de chose de manière irrationnelle, il était bien plus réfléchi que cela. S'il découvrait quelle était la raison profonde de ce malêtre vis-à-vis de ces deux-là, peut-être qu'il pourrait alors faire quelque chose pour aider Midorima.
Mais pour cela, il fallait que Murasakibara daigne montrer le bout de son nez!
Puisque le géant violet agissait étrangement envers Kise, et puisqu'il avait plus ou moins des relations avec Midorima, Takao espérait pouvoir tirer de lui quelques informations. Malheureusement, après avoir attendu une heure, puis deux, et s'apercevant de la perte de patience de la part des barmans, il dut se résoudre à quitter le pub au risque de se faire exclure définitivement. La mort dans l'âme et désormais seul dehors, il nota cependant l'adresse du bar ainsi que l'itinéraire qu'il du faire pour s'y rendre. Il n'avait peut-être rien obtenu aujourd'hui, mais il ne comptait pas en rester là. Pas avec une piste aussi solide qui lui donnait enfin un semblant de solution à ses tracas.
Kazunari rentra chez lui sous le ciel nocturne d'un pas pressé en se demandant ce qu'il allait bien pouvoir raconter à ses parents pour avoir tant tardé.
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À l'heure du déjeuner, Kuroko laissa un peu de temps passer avant de quitter la salle de classe.
Même s'ils ne passaient pas leur repas ensemble, le garçon pâle devait avouer que la présence de Kise dans ces moments le manquait, ne serait-ce que par sa bonne humeur, même feinte. À côté de son sourire, les autres élèves lui paraissaient bien fades dans leur joie de vivre. C'était assez intrigant d'imaginer à quel point le blondinet pouvait endurer de terribles choses, et pourtant continuer à garder cet espèce d'éclat pour tenir les autres à l'écart de son malheur. C'était aussi idiot que généreux, mais maintenant qu'il n'était pas là, le bleuté avait conscience que cet effet était aussi contagieux sur lui-même. Il se sentait vraiment seul en ce moment.
L'adolescent invisible erra quelque temps dans l'enceinte du lycée avant de traverser la cour intérieure, soulagé de ne croiser aucune personne qui lui ferait passer un mauvais moment. Il pensa un moment à rester sur l'un des bancs, ou peut-être aller dans la petite chapelle au fond du petit jardin, mais il se rétracta. Il n'avait pas envie d'être à découvert sous les yeux d'autrui, mais il en avait également assez d'être enfermé. Il avait surtout besoin d'air frais... Ses pas le menèrent vers le hall sont les escaliers débouchaient directement sur le toit de l'école. Même si c'était exténuant de grimper ces marches, il n'avait pas envie d'arrêter sa progression. Non, il ne devait pas arrêter sa progression.
Il sentait... qu'il avait une prémonition depuis qu'il était sorti de la pièce.
Lorsqu'il ouvrit avec peine la porte coupe-feu, un vent frais vint comme d'habitude ébouriffer ses cheveux bleu ciel. La lumière extérieure, bien plus vive à cette altitude, frappa sa rétine de plein fouet par ses tons beaucoup trop lumineux. Ses pupilles claires habituées à l'agression visuelle, il put balayer son environnement du regard. Comme toujours, cet endroit était totalement vide à part les installations mises en place mais rien qui ne signalait que la présence d'un étudiant n'était bienvenue. Un désert humain en hauteur, comme un monde à part sur une toute petite portion d'espace. Entre les pierres blanches grises, une silhouette se distinguait au fond, assise seule contre le grillage et se moquant bien de la légitimité de son occupation.
C'était Kagami.
Une petite exaltation frappa Kuroko en voyant son présage se réaliser, comme par ironie du sort. Il stoppa alors son ascension à mi-chemin, hésitant. Au dernier moment, il ne savait pourquoi, il se sentit timide et peu sûr de lui. Peut-être devrait-il se détourner et profiter du fait qu'il n'était pas encore repéré. Mais en même temps... en avait-il vraiment envie? Après tout ce qui s'était passé avec l'adolescent aux cheveux rouges, peut-être devrait-il garder ses distances. Cependant, comme toujours, c'était plus fort que lui. Sa présence, si forte, faisait naître en lui un besoin irrésistible. Il voulait être plus proche. Il voulait le sentir. Se mordant la lèvre, il recommença sa marche vers son but.
Taïga mangeait son énorme sandwich, comme d'habitude, déconnecté du reste du monde, sans doute volontairement. Il finit cependant par remarquer enfin l'intrusion de Tetsuya, aussi infime soit-elle, et tourne son regard dans un léger sursaut. Lorsque leurs yeux se croisèrent, le jeune homme bleuté frémit. Récemment, il se rendait compte de quelque chose; il était toujours intimidé par le grand lycéen. Quand ce dernier croisait le regard de quelqu'un, c'était toujours direct. Sans chercher quoi que ce soit comme expression, il fusillait de ses pupilles carmin sans pitié. C'était toujours intense. Le plus petit supposait que c'était un des facteurs qui éloignaient les autres étudiants: ils se sentaient comme si Kagami pouvait voir à travers eux.
Hésitant, Kuroko ferma la distance qu'il y avait entre eux et resta debout en face de lui.
Le jeune homme transparent regarda son camarade silencieusement sans oser ouvrir le bouche ou faire un geste. Il était persuadé qu'en l'apercevant, Kagami partirait immédiatement, que ce soit par peur, dégoût ou colère. Pourtant non. Après l'avoir vu, il retourna à sa nourriture comme si de rien n'était. Tetsuya essaya d'attendre un signe qui lui indiquerait quoi faire, mais rien ne vint. Rester ainsi sans réponse était terrible pour lui. Une légère humidité dans l'atmosphère vint rafraîchir sa peau tandis qu'une odeur de chlore lui chatouillait les narines en même temps. Il supposait que cela venait de la piscine située en bas du vieux bâtiment qui appartenait au club de natation. Il avait presque l'impression de sentir les éclaboussures sur sa chair.
Ne pouvant rester planté ainsi comme toujours, Kuroko décida finalement d'aller s'asseoir à côté de Kagami, une grosse appréhension lui nouant l'estomac. Il observa son profil. Après tout ce qui s'était passé, il ne savait pas comment réagir. La dernière fois qu'ils s'étaient retrouvé dans une situation similaire, cela c'était plutôt mal fini. Pourtant cette fois, le garçon pâle ne se sentait pas mal ou fiévreux. Il était juste nerveux et il savait que les tremblements de ses membres ne venaient uniquement que de là. Tout du moins, il essayait de s'en persuader. C'était sans doute le moment de profiter de la stabilité de son corps pour tenter de réparer les dégâts. Sans doute...
Surpris dans son observation par un regard tranchant, il détourna le sien, légèrement rouge. Il entendit alors un soupir grossier venir de son voisin.
"Je ne te comprends vraiment pas." Déclara alors Taïga d'une voix exaspérée. "J'ai beau essayer, je n'arrive pas à trouver d'explication. J'ai beau t'observer... je n'ai jamais su te cerner. Ça me rend fou."
Tetsuya préféra ne rien répondre à cela. Avant de parler, il valait mieux laisser son homologue vider son sac et lui expliquer ses sentiments. Peut-être alors sera-t-il plus disposer à y répondre et, pourquoi pas, livrer les siens à son tour.
"Pourquoi... je ne sais pas. T'as beau avoir fait des trucs glauques... je ne me sens pas dégoûté. Je dois être tordu moi aussi, d'une certaine manière."
Le concerné traça un nombre incalculable de trajectoires avec ses yeux qui passèrent par tous les points de référence, sauf son interlocuteur. Il avait beaucoup trop honte à l'évocation de ces souvenirs et ne savait pas qu'en penser.
"Et puis, je me suis dit que tu étais peut-être gay... mais j'ai l'impression que pour toi, ce genre de chose compte peu."
Il avait raison, Kuroko n'était pas attiré par Kagami parce qu'il était un homme. Il était attiré par lui parce qu'il était lui. Mais il savait bien qu'il courait après une chimère. Qui serait intéressé par quelqu'un d'aussi étrange, quelqu'un qui n'était pas... humain. Le garçon pâle n'avait pas la même manière de penser qu'Aomine; il ne se considérait pas comme un être au-dessus des humains. Incompatible, très certainement. Mais ce n'était pas une question de pureté d'espèce ou ce genre de chose. Il se considérait tout simplement beaucoup trop répugnant pour espérer plaire à quiconque. Sans doute parce qu'il n'a pas été élevée dans cette culture si spéciale qui leur était propre...
"Tu... tu me fais peur." Finit par avouer Kagami, coupant ses pensées peu joyeuses. "Je ne sais pas ce que tu veux me faire, et je ne sais jamais à quoi tu penses. Tu as toujours l'air de vouloir me dire quelque chose mais... je ne sais pas..."
Ne sachant comment continuer, l'adolescent rougeoyant ferma sa bouche. En bon chemin, il s'arrêta, ne trouvant pas de bonne manière de s'exprimer et laissant son camarade encore plus désabusé. Il devait se sentir un peu agacé aussi. Il s'est déjà montré sous des jours bien pire, il n'allait que rouvrir d'anciennes blessures en continuant sur cette voie. Au fond, ce n'était pas tout à fait ce qu'il voulait dire au bleuté, mais il ne trouvait pas d'autres moyens de mettre des mots sur ses ressentiments. Sans doute y était-il allé trop fort car croyant avoir compris le message, Kuroko se redressa dans l'optique claire de le laisser. Kagami fit alors la seule chose qui lui traversa l'esprit.
Quelque chose boucha la vue du plus petit des deux, l'empêchant d'aller plus loin dans son geste.
C'était un sac en plastique. Tournant sa tête, le jeune homme aux yeux ronds les porta sur son homologue d'un air interrogateur. Ce dernier se contenta de lui tendre le sac, lui ordonnant silencieusement de le prendre. Confus, Tetsuya s'en empara pour regarder à l'intérieur. Cela n'augmenta que plus son trouble. Il s'agissait d'un sandwich spécial mis en vente dans la cafétéria du lycée. Aux tranches de porc ibériques et très rare, il était souvent épuisé dû à sa popularité. Taïga ne l'avait quand même pas acheté? Lui? Il n'arrivait pas à se l'imaginer. Mais la nourriture était en face de lui. Devait-il prendre ou refuser ce met aussi estimable? Non, il sentait que là n'était pas le problème.
"C'est gentil, mais je n'ai pas faim."
Il lui rendit alors son bien et se dirigea vers la porte de sortie. Pour une raison quelconque, il se sentait embarrassé. Et étrange. Non, tout avait été étrange dans cet échange, et même si ça n'avait pas fini de manière terrible, il se sentait tout aussi mouvementé que pendant ses chaleurs. Son coeur battait vite. Il transpirait. Et une irrésistible envie de le toucher se faisait ressentir. Sans comprendre pourquoi. Il finissait par perdre la raison, peu importe l'état de son corps.
Kuroko descendit les escaliers, tiraillé par des émotions indescriptibles.
OoOoOoOoOoO
Le temps passait à une lenteur presque étrange dans ce lycée.
Tout du moins, c'est ce dont avait l'impression Kuroko lorsqu'il regarda d'un oeil vide la cour extérieure à travers la fenêtre plutôt que se concentrer sur ce que disait le professeur. Ce n'est pas comme s'il allait remarquer son manque d'attention, car il faudrait déjà qu'il le remarque tout court. Il aimait autant qu'il détestait la discrétion de son existence aux yeux d'autrui, et il n'était jamais sûr de la manière dont il devait se sentir à chaque fois qu'il découvrait que disparu ou non, personne ne le remarquerait. Tout du moins pas tout de suite. Quelque part, c'était un peu effrayant de se dire qu'un fois mort, les gens auraient vite fait de l'oublier. Le jeune homme transparent le savait bien, mais il ne pouvait s'empêcher de se sentir amer à cette idée.
Ses yeux turquoise remontèrent vers le toit des maisons et des immeubles masquant l'horizon. Il était assez surpris de voir le tournant radical que ses mornes pensées avaient pris. Eh bien, son humeur n'était pas vraiment à son meilleur niveau en ce moment, même si son état de santé était redevenu tout à fait normal. Mais il était déprimé. Et inquiet aussi. Depuis un moment, il avait la sensation que toutes les personnes autour de lui qui lui étaient chères s'éloignaient dans un brouillard sombre. Depuis un moment, il n'arrivait plus à établir le contact avec qui que ce soit. Bien sûr, Kuroko n'était pas très doué pour faire le premier pas, mais là, la situation était tellement confuse qu'il était prêt à faire cet effort. Parce que cette fois, cela semblait vraiment sérieux et grave.
Cela faisait presque une semaine que Kise n'était pas revenu en cours.
La dernière fois qu'il l'avait vu, c'était un jour avant le week-end et tout le monde s'était attendu à le voir revenir lundi. Aucune tête blonde ne se manifesta avec son sourire habituel. Cela continua mardi, et mercredi, soit aujourd'hui. Les élèves commençaient à se poser des questions, d'autant plus que les professeurs ne semblaient pas être au courant puisqu'ils demandèrent à la classe des nouvelles du jeune homme. Personne ne fut en mesure de donner de réponse, et ce n'était pourtant pas faute d'envoyer des mails et d'appeler le concerné. Mais personne ne semblait vouloir donner suite de l'autre côté du fil. Finalement, le vent de panique fut calmé par un professeur qui annonça avoir finalement eu l'absent au téléphone. Tout le monde doutait de la véracité de cette affirmation, mais personne n'eut le courage de la remettre en question officiellement.
Si au départ, la fierté et la gêne l'empêchèrent d'agir, Tetsuya finit finalement par tenter lui-même de contacter son camarade en espérant apporter une véritable preuve que ce dernier allait bien -tout du moins assez bien pour répondre à un appel-. Mais comme tous les autres, ce fut silence radio. Et maintenant, comme tous les autres, il pouvait simplement attendre que cet abruti daigne arrêter de faire le mort et se présenter demain, voir cet après-midi, afin de recevoir les réprimandes qu'il méritait pour laisser les gens comme ça sans nouvelles. Oui, il l'espérait vraiment. Le jeune homme bleuté ne l'avouerait jamais pour tout l'or du monde, mais au fond, il aimait beaucoup Kise, et il était vraiment inquiet pour lui.
En fait, il l'était d'autant plus depuis qu'il avait tenté de découvrir de son côté les raisons cachées à cette absence.
Bien sûre, la première raison avancée était sa maladie. Classique. Facile. Et rassurante, d'une certaine manière. Puisque c'était quelque chose que le blondinet connaissait plus ou moins, il s'en remettra vite. C'était la philosophie générale que la majorité avait préféré adopter sans imaginer plus loin si cette maladie justement s'était aggravée au point de rendre Kise très mal. Bien sûr que non. Personne n'assumerait un scénario pareil. Et encore moins qu'il lui soit arrivé malheur, tout seul ou à cause d'un tier. Lorsque Kuroko, après avoir réussi à rappeler sa présence, évoquait l'idée auprès d'eux, ils la rejetaient violemment avec des arguments tels que "C'est Kise, il ira forcément bien!" , "Tu ne sais pas de quoi tu parles, il n'est pas fragile comme toi" et ce genre de chose.
Le lycéen aux yeux clairs avait préféré ne pas s'attarder sur ces paroles aveugles qui évoquaient en lui plus de peine que de colère.
Il n'était peut-être pas le seul que le monde oublierait facilement si jamais il décédait.
Cependant, loin de se décourager, il avait continué son enquête de manière un peu plus poussée en évitant prudemment les personnes très susceptibles sur le sujet. Hors de question de parler à Midorima-kun, qui de toute façon semblait prêt à tuer quelqu'un rien qu'à sa tête, ou peut-être tomber à son tour sous le coup de la faucheuse, au choix. Takao-Kun fut également rapidement exclu, aussi remplis d'allégresse que son camarade avec qui d'ailleurs il apparaissait de moins en moins. Évidemment, Kagami-kun était exclu de la liste qui ne savait rien, et s'il savait quelque chose, Kuroko n'aura jamais le courage de l'aborder. Après, il restait bien sûr toutes les personnes qui fréquentaient Kise de près ou de loin, mais il se rendit compte qu'ils en savaient encore moins que lui.
Il ne restait plus qu'une seule personne que le jeune homme transparent soupçonnait déjà depuis le premier jour qu'il n'avait pas vu son camarade en cours. Il n'avait pas voulu sauter aux conclusions trop vite, c'est pourquoi il avait pris le temps au départ de se renseigner ailleurs mais maintenant qu'il avait épuisé toutes ces pistes, celle-ci se dessinait en face de lui plus accessible que jamais. Mais c'était dur d'y mettre un premier pas. Cela impliquait beaucoup de choses qui lui faisaient un peu peur. S'engager dans ce chemin voulait dire qu'il s'engageait à enlever le voile devant ses yeux et s'exposer peut-être à des choses qu'il n'aurait pas voulu savoir. C'était cher payé, en effet.
Mais puisque c'était Kise, il avait décidé de le faire.
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Kuroko était allé voir Aomine hier pendant la pause déjeuner, posté devant sa salle de classe pour être sûr de ne pas le manquer.
Il lui fallut beaucoup de courage pour garder sa position, en particulier lorsque Midorima sortit suivi de peu par Takao. Jamais dans sa vie il ne s'était senti autant détesté. Mais il avait tenu bon, et put intercepter son partenaire de basket afin de lui demander une discussion. Pour être honnête, il n'aurait jamais cru que l'adolescent mâté accepte aussi facilement étant donné le contrat tacite entre eux. Même s'il avait l'impression qu'en ce moment, ils le rompaient assez souvent, ce qui n'était pas une bonne chose. Tout le long de leur marche vers un endroit isolé et désert, Tetsuya avait eu l'impression de mener un assassin vers le purgatoire. Cela avait été extrêmement désagréable.
En arrivant dans une petite pièce servant de débarras, aucun des deux n'avait voulu se mettre à l'aise, encore moins manger. Alors comprenant ce qu'il attendait, le bleuté lui avait fait part de ses inquiétudes.
"Aomine-kun, Kise ne vient plus en cours depuis quelques jours."
"Je sais." Lui avait répondu Daiki d'un ton étrangement lourd, comme s'il portait un énorme fardeau.
"Est-ce que... tu aurais une idée de la raison?"
"..."
Le plus grand des deux n'avait rien répondu et sa tête s'était tournée machinalement sur le côté en signe de fuite. Ce silence à lui seul suffisait comme aveux pour Tetsuya. Lui qui d'habitude était si fier, si arrogant, le voilà qu'il n'osait plus le regarder dans les yeux. Il l'avait soupçonné depuis quelque temps pour être honnête. La manière dont Aomine regardait Kise sans oser toutefois l'approcher, comme s'il taisait en lui une envie hurlante. Il s'était retenu, encore et encore, pour accumuler d'autant plus de frustration et de désir en lui. Son self-contrôle, aussi puissant soit-il, ne disposait pas d'une quantité illimitée. Kuroko avait toujours eut peur qu'un jour, ce trop-plein n'explose d'un coup et de la pire façon qui soit.
Il détestait quand ses intuitions s'avéraient vraies.
"Aomine-kun... qu'est-ce que tu lui as fait?" Avait-il demandé d'une voix presque accablante.
"J'ai fait ce que j'avais à faire, Tetsu. C'était moi ou Midorima, alors autant que ce soit moi."
Kuroko avait dû user de toute sa patience pour ne pas exploser de colère face au ton nonchalant d'Aomine comme s'il parlait de quelque chose de banal alors que visiblement, il avait plus ou moins confirmé les doutes de son vis-à-vis. Il ne s'énervait pourtant pas pour rien, mais là... c'était terrible tout de même. Considérer Kise de cette manière, alors qu'il devait très certainement en souffrir, c'était tellement odieux, tellement cruel! Jusqu'à présent, le garçon pâle s'était toujours plus ou moins imaginé que le maté éprouvait une attirance envers le blond qu'il réfreignait pour des raisons d'orgueil et à cause de sa nature, mais désormais, il en doutait, surtout en voyant son attitude par rapport aux humains.
Kise-kun n'était donc qu'un passe-temps qu'il devait vite mettre de côté?
"Aomine-kun, tu te rends compte de ce que tu dis? Tu n'as vraiment donc aucun amour-propre? Tu... tu t'es rabaissé au même état qu'un animal, et tu te prétends supérieur aux humains?"
"Ferme-la..."
"Tu es bien avancé maintenant! Je ne sais pas jusqu'où tu es allé, mais peu importe ce que tu as faits, tu as conscience à quel point c'est grave!"
"Je t'ai dit de la fermer, Tetsu..."
"Non! Tu m'as reproché mes sentiments alors que toi, tu insultes les tiens... et les siens! Tu n'étais pas obligé d'en arriver là, et tu le sais! Tu t'es condamné toi-même! Et si jamais il s'en sort, jamais il ne voudra de toi. Et il aura bien raison!"
"MAIS FERME-LA!"
La douleur qu'il avait ressentie lorsque son semblable l'avait attrapé par le col et plaqué contre le mur ne fut rien comparé à la peur qui l'avait envahi. Il avait visiblement touché un point extrêmement sensible chez Aomine, et cela n'avait bien évidemment pas plus à ce dernier. Il crut bien pendant un moment que le point resté en l'air allait finir par s'abattre sur son visage. Le basketteur avait tremblé pendant un laps de temps hésitant à laisser sa colère agir à sa place ou bien retenir la pulsion violente qui montait en lui. Kuroko n'avait pas baissé les yeux tout le long de son dilemme, car il avait voulu lui faire comprendre que même sous cette menace, il ne regrettait pas ses mots. Parce qu'ils étaient vrais.
Finalement, Daiki avait enfin daigné relâcher son camarade, mais la fureur se lisait clairement dans ses yeux bleus marines.
"De toute façon, ce qui est fait est fait, Tetsu. Cela ne sert à rien que tu viennes me le reprocher maintenant, alors arrête de remuer le couteau dans la plaie... s'il te plaît."
"Aomine-kun?"
"Quoi que je fasse de toute façon... il était aussi condamné que moi... je n'avais pas le choix..."
Le dernier mot mis en lumière le ton plaignant de son partenaire, et Kuroko comprit alors qu'il l'avait peut-être jugé un peu trop vite sur la base de ses simples déclarations. Même lui, qui fréquentait Aomine depuis quelque temps, avait toujours du mal à comprendre ce qu'il ressentait, que ce soit envers Kise ou même en général. Mais c'est vrai que le jeune homme aux cheveux nuit portait une lourde responsabilité sur ses épaules, peut-être plus lourde encore que tous ses congénères. Peut-être que cela pesait sur ses véritables sentiments, et qu'au fond, il était juste confus. Mais quand bien même... cela ne l'excusait pas aux yeux de Tetsuya, même s'il était mal placé pour le juger.
Daiki, qui jusque-là ne l'avait pas regardé dans les yeux, avait plongé ses pupilles bleu roi dans les siennes glacées, empreintes d'une gravité qui lui avait un moment craint le pire.
"Tetsu... je ne t'ai pas tout dit... je n'avais pas envie de t'en faire part mais... là, je ne peux pas te laisser dans l'ignorance. Puisque tu es là... autant en profiter pour tout t'expliquer."
"Comment ça?"
"Il vaut mieux que tu t'assoies, parce que ça risque de te faire un choc."
Cette fois, il avait vraiment redouté le pire. Jusqu'à présent, ils n'en avaient pas directement parlé, mais quand son partenaire prenait ce ton, il n'y avait aucun doute possible. Il allait les aborder. Et ce n'était très certainement pas par hasard qu'il mettait le sujet sur le tapis, mais bel et bien parce qu'il y avait une continuité. Il aurait dû s'en douter. Kuroko ne pouvait pas se voiler la face indéfiniment. Jusqu'à présent, il avait toujours pensé que la raison de la confusion d'Aomine vis-à-vis de ses sentiments envers Kise était la nature humaine de ce dernier. Il aurait dû s'en douter pourtant, vu les indices semés sous son nez, mais il avait voulu croire qu'il était le seul à porter ce terrible poids et que son ami resterait à l'écart de tout ça.
La suite de la conversation avait achevé de détruire ses illusions.
"Cela ne concerne pas uniquement Kise..."
"... je t'écoute." Lui avait répondu Tetsuya d'un ton résigné.
Elle ne dura pas longtemps, mais en effet, la conversation l'avait tellement chamboulé que Daiki dû le supporter pour marcher jusqu'à sa classe, car ses jambes n'avaient plus répondu à partir d'un certain moment des révélations.
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Il n'avait pas accepté cela d'un coup bien sûr, et avait même traité son camarade de menteur lorsqu'il eut fini.
Mais en rentrant chez lui et en y repensant à tête reposée, il s'était rendu compte qu'il ne lui avait pas menti. Oh, comme il aurait aimé que ce soit le cas pourtant! Jusqu'à présent, il s'était toujours imaginé que la fatalité ne le concernait que lui mais maintenant... Maintenant il comprenait qu'il n'était pas tout seul dans sa chute. Des personnes qu'il avait pensées à l'abri menaçaient de tomber elles aussi sous la cruauté du destin. Et même si c'était horrible de penser cela, il en était rassuré quelque part. Rassuré de voir qu'il n'était pas le seul. Rassuré de comprendre pourquoi ces sentiments avaient naquit en lui. Tout d'un coup, sa déchéance lui parut moins amère alors que l'immoralité de ses pensées le culpabilisaient.
Parallèlement, cela lui donna la sensation d'avoir de nouvelles responsabilités vis-à-vis de ces personnes. Maintenant qu'il savait pour eux, maintenant qu'il comprenait, il ne pouvait plus se permettre d'être égoïste comme avant, quand bien même il le voudrait. Un nouveau lien était tissé, et son fardeau n'en était que plus lourd. Kuroko comprenait mieux la position qu'Aomine du occuper jusque-là. Très certainement, ça n'a pas dû être facile. Et c'était sans doute l'une des raisons pour laquelle il avait apparemment craqué. Mais pas l'unique. Il était clair que ce qui était arrivé l'avait autant dépassé que son camarade. Ce fut une erreur. Une erreur incontrôlable et maintenant, ils ne pouvaient que faire face aux conséquences du manque de retenue du plus grand.
Aujourd'hui, Kise n'était toujours pas là, il comprenait pourquoi et il espérait simplement qu'il s'en sorte indemne, autant physiquement que psychologiquement.
