Douceur liquide
Auteur: Woshi
Disclaimer: Ni Kuroko no Basket, ni Sweet Pool ne m'appartiennent
Raiting: M pour cause de scènes sanglantes et sexuelles
Genre: UA, Angst, Drame, Tragedy, School life, Romance, Yaoi, Gore, Surnaturel, Mpreg d'une certaine manière
Note: Salut tout le monde ~ Enfin , ceux qui ont eu le courage de rester après le dernier chapitre j'ai envie de dire XD mais je vous félicite, car nous allons maintenant passer un nouveau cap dans cette histoire. Sinon, J'ai redécouvert l'OST de Saya no Uta. Pour ceux qui ne connaissent pas, c'est un jeu vidéo un peu dans la même trempe que Sweet pool (ils sont créés par la même boîte), sauf que Saya no Uta est un jeu Hentai alors que Sweet Pool est yaoi, et surtout, il est beaucoup plus trash et moralement dérangeant alors que Sweet Pool est plus dans quelque chose de psychologique sans tomber vraiment dans l'horreur. Enfin bref, si y a un truc que j'ai bien aimé dans Saya no Uta, c'est son OST donc je les mettrais aussi de temps en temps en accompagnement des chapitres histoire de changer un peu.
Sinon je vous remercie tous pour vos review, comme toujours, qui me comblent de bonheur et je vous laisse avec ce chapitre ~Bonne lecture
[Saya no Uta OST - Sunset ]
L'aube laissait ses doux rayons filtrer à travers les volets.
Kise se leva accompagné de la faible lumière matinale aux nuances chaudes et se décida enfin pour la première fois depuis bien trop longtemps à ouvrir son appartement. Les teintes blanches et jaunes vinrent peindre les murs de son appartement et chasser enfin les ténèbres dans lesquels il s'était lui-même plongé. Il était désormais temps pour lui de se réveiller et de se préparer pour aller au lycée. Le blondinet alluma la télévision afin de vérifier quel jour il était. Avec une certaine surprise, il vit qu'il avait passé presque une semaine enfermé chez lui sans contacter personne. Cela lui semblait assez abstrait car il n'en avait pas l'impression. Sans doute sa notion du temps ne lui était-elle pas totalement rétablie.
Puisqu'il s'était levé tôt, il profita du temps qui lui était accordé pour nettoyer totalement sa chambre ainsi que l'aquarium. Ce dernier était bien sale à cause du morceau de chair encore sanglant ainsi que des quelques poissons morts. Ryouta ne saurait dire si c'est l'impureté de l'eau ou du corps étranger qui avait provoqué leur morbidité. Il enleva les cadavres et changea l'eau avec une certaine indifférence, puis s'attaqua au sol. À cause de l'obscurité, il n'avait pas vraiment pu constater toute l'ampleur des dégâts, mais ceux-ci correspondaient bien à l'idée qu'il s'en était fait: la flaque de sang était immense. Le blondinet n'était pas sûr si son unique serpillère allait suffire et survivre à ce nettoyage, mais il n'avait pas le choix.
Il s'attela à cette pénible tâche sans broncher cependant. Le lycéen aux yeux ambre se sentait encore fiévreux et somnolent, et il restait encore un semblant de douleur dans son corps, mais sa condition globale allait indéniablement mieux que les jours passés. Il se sentait presque comme d'habitude, c'est-à-dire dans une santé fragile mais stable. Et surtout, il avait arrêté d'émettre ces choses sanglantes. Tout comme il ne savait pas ce qui les provoquait, il ne savait pas ce qui les avait fait cesser, mais c'était tant mieux. Pour le moment, il n'avait pas besoin de réfléchir à une explication. Du moment qu'il se sentait mieux, il avait les idées un peu plus au clair.
Durant ces jours cauchemardesques, il avait plusieurs fois pensé que mourir aurait été la meilleure chose qui aurait pu lui arriver.
Maintenant, il ne pensait plus à rien.
Sa chambre était souillée de tant de sang et de ces choses en décomposition, et pourtant il continuait son travail avec indifférence. Lui qui, il y a encore quelques jours de cela, n'aurait jamais imaginé qu'il puisse marcher dans cette abomination, la toucher, la manipuler, aujourd'hui ne ressentait que du vide. Un vide dans son esprit, mais aussi un vide dans son corps. Après tout, c'est ce qu'il avait fait durant tout ce temps. Il avait vidé tout ce qu'il y avait à l'intérieur de lui et laissé le fruit de ses entrailles décorer son espace intime. Il avait nagé à l'intérieur d'un corps et maintenant, il savait que cela l'avait changé. Oui, définitivement; cette expérience avait brisé quelque chose en lui.
Kise finit rapidement le nettoyage de son appartement, prit le temps quand même d'avaler un toast et un verre de lait histoire de ne pas tomber d'hypoglycémie, avant de quitter son appartement.
Le ciel était encore couvert de nuage gris, mais la pluie avait enfin cessé et il ne restait que des longues étendues d'eau. Cela faisait un moment qu'il n'avait pas marché dans le monde extérieur, et cela lui fit étrange de voir d'autres couleurs que celles qui avaient défilé devant ses yeux. C'était comme s'il venait de franchir le pas dans un autre monde différent du sien, un monde normal. Une faible odeur humide émanait du bitume et le vent matinal frappa sa peau d'une fraîcheur exaltante. Cela lui fit un bien fou de respirer enfin un air allégé de toute senteur et toute chaleur. Ses cheveux blonds se soulevèrent au gré de la bise, balayant son front encore transpirant de sa température corporelle.
Avant d'aller à l'école aujourd'hui, Ryouta avait prévu de se faire examiner par une clinique médicale du département, la plus proche de chez lui. Il avait pris soin de placer dans un tupperware un des morceau de viande afin de le prendre avec lui et le montrer au docteur. C'en était bien sûr un mort, ou en tout cas qui avait cessé de bouger, comme tous ceux qui habitaient son appartement depuis quelques temps. Il était déjà bien tendu de savoir comment le médecin allait réagir en voyant cette chose, il était inutile qu'en plus il lui en montre une qui bouge. Qui sait comment la personne allait réagir et le juger.
Il arriva au centre hospitalier avec une boule au ventre et entra dans le hall.
Bien qu'il soit encore tôt dans la journée, l'hôpital était déjà bondé, sûrement des urgences nocturnes combinées à celles qui venaient d'arriver. Comme la dernière fois, le jeune homme du attendre une demi-heure avant que son nom soit appelé par la secrétaire médicale. Il put enfin entrer dans la salle d'examen où l'attendait un homme d'âge mûr en blouse blanche qui avait déjà un air fatigué sur le visage. Kise prit place et l'informa de sa maladie ainsi que des symptômes qui s'étaient aggravés depuis sa dernière visite médicale en précisant sur le fait qu'il était déjà venu à plusieurs reprises chez eux, même si pour lui, il était un parfait inconnu.
Après avoir décrit son calvaire de la semaine passé, il passa la boîte en plastique qui contenait la limace rouge au médecin avec un sentiment d'appréhension. Il avait bien conscience que son histoire ne tenait pas debout une seule seconde et il avait entre les mains l'unique preuve de sa bonne foi. Le professionnel de la santé souleva le couvercle avec une expression perplexe, qui s'intensifia une fois qu'il eut vérifié à l'intérieur. Il rendit l'objet au blondinet avec un étrange regard, comme s'il lui demandait implicitement ce que cela voulait dire. Médusé par son incompréhension, l'adolescent regarda à son tour le tupperware et tressaillit de surprise.
"Mais qu'est-ce que..."
Le morceau de chair... n'était plus là. Il avait disparu sans laisser de trace. Ni de sang, ni rien d'autre... Ryouta vérifia plusieurs fois si par hasard il n'était pas sorti et tombé dans son sac, mais en vain. Il resta ahurit devant ce fait. Le docteur lui demanda alors d'un air assez renfrogné s'il désirait subir un examen afin de vérifier tout cela. Bien qu'ils ne puissent rien faire de profond, les résultats seront immédiats et permettraient déjà de déceler le plus gros. Malgré sa surprise, le jeune homme accepta. Ce fut pénible et humiliant, surtout après cet échec car il sentait bien que l'homme ne lui accordait désormais plus aucune crédibilité et le prenait pour un de ces névrosés qui lui faisaient perdre son temps.
Une fois tombés, les résultats furent sans appel: aucune anomalie détectée.
Le médecin lui demandait s'il comprenait, son air de je-sais-tout sur le visage, lui montrant les papiers imprimés qui présentaient des chiffres qui ne voulaient rien dire à ses yeux. L'homme en blanc expliqua que la mauvaise santé de Kise était due à son anxiété et que des hallucinations pouvaient potentiellement apparaître selon le degré de son stress. À la fin de cet examen, le lycéen obtint une prescription pour des relaxants et des somnifères ainsi qu'une recommandation à prendre le plus de repos possible. Il sous-entendit également l'adresse d'une clinique psychiatrique au cas où ses visions persisteraient. Ryouta régla la facture et quitta rapidement l'hôpital.
Alors qu'il marchait jusqu'à la station de train, il se sentait encore sous le choc.
Il était pourtant sûr d'avoir mis ce morceau de chair dans le bac en plastique. Et pourtant, il n'y avait rien dedans. Est-ce qu'il avait prévu de le faire, puis il a oublié avant de partir? Ou bien avait-il pris le mauvais conteneur? Non, ce n'était pas ça. Il l'avait définitivement mis dedans, il s'en souvenait. Il se voyait attraper la limace sanglante et refermer rapidement le couvercle de peur qu'elle se mette à bouger et ne s'échappe. Mais ça avait disparu... Alors qu'il était allé à l'hôpital dans l'espoir d'obtenir une réponse, il en était ressorti encore plus confus et en plus délégitimé aux yeux du médecin. Pourtant, il ne l'avait pas inventé. Ces derniers jours, il ne les avait pas inventés. Il les avait vus, vécus, touchés, sentis. Alors pourquoi maintenant, il ne le pouvait plus?
Son rythme de pas en direction du lycée s'alourdit. Il ne voulait pas y aller. Il était clair que dans cet état de préoccupation, il n'arriverait pas à mettre tous ses efforts, ni pour suivre les cours, ni pour garder la face auprès de ses camarades. Comment le pourrait-il alors que son état physique et psychique étaient remis en cause. Il était découragé. Il savait désormais que les adultes ne trouveraient pas une solution à son problème, et qu'il était inutile d'attendre de la médecine un quelconque miracle. Sa maladie n'existait pas aux yeux de la science. Cela aurait été tellement facile, mais après tout, après avoir vécu cet enfer, il aurait dû deviner que cet univers leur était inaccessible.
Cependant, le coeur du jeune se gonfla dans la perspective d'une autre possibilité.
Si des inconnus ne pouvaient lui fournir une réponse, alors peut-être devrait-il voir du côté de personnes qui étaient bien plus familières à son état. Et il n'y en avait pas des centaines. Midorima et Aomine. Peut-être qu'il pourrait obtenir quelque chose d'eux. Honnêtement, Kise ne voulait pas les approcher, ni même les regarder après ce qu'ils lui avaient fait. Mais il n'avait pas d'autre choix. Ces deux-là savaient des choses pour sûr et il savait qu'il n'y avait plus d'autre chemin à prendre. Mais quant à savoir lequel était le mieux placé pour lui parler... Il n'en savait vraiment rien. Tant l'un que l'autre lui paraissait hostile et un danger potentiel. Ce sera le hasard qui décidera, en lui donnant une opportunité, lequel des deux il ira voir en premier pour se renseigner.
Et si jamais il n'arrivait pas à avoir d'information cruciale, alors il abandonnerait.
Mettant son énergie dans une motivation afin de se donner du courage, Ryouta termina son chemin du retour vers le lycée.
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Cette animation bruyante qu'il connaissait tant l'assaillit lorsqu'il ouvrit la porte de sa classe.
Le premier cours était déjà fini, ils étaient désormais en pause de quelques minutes en attendant le prochain dans des bavardages incessants. Cela faisait seulement quelques jours qu'il l'avait quittée, mais Kise sentit un terrible sentiment de nostalgie monter en lui en regardant cette foule d'étudiants discuter entre eux dans cette ambiance scolaire. Les adolescents qui se rendirent compte de la présence du jeune homme le regardèrent un instant curieux puis retournèrent à leur conversation avec une expression innocente. Mais le blondinet n'était pas dupe; ça jasait sur lui, sans doute depuis longtemps avant son retour et il allait vite en entendre parler. Il voyait d'ici les questions sur la cause de son absence, ce qu'il avait fait et tout ça. Cela le fatiguait d'avance.
Mais pour le moment, il profita de la paix que lui donnait l'effet de surprise pour aller s'installer tranquillement à son pupitre.
Peut-être était-ce à cause de tout ce temps enfermé dans le silence et isolé de toute interaction sociale, mais il lui semblait que le bruit de fond était plus fort que d'habitude. Plus agité aussi. Mais peut-être n'était-ce tout simplement que son imagination. Il eut un petit soupir en s'asseyant et posa son sac sur la table, déballant une à une ses affaires, pour la plupart quasi neuves car il du en racheter après qu'elles aient pris la pluie. Il vérifia également son téléphone portable, satisfait de ne voir aucun autre message non lu après avoir dû mettre à jour tout ce qu'on lui avait envoyé, la plupart étant en plus d'expéditeurs non répertoriés dans ses contacts. À côté de lui, un groupe de lycéens assis en ronde semblait assez excité.
"Je te promets, Aomine est vraiment effrayant!"
"..."
Ce nom. Ce simple nom et toute son attention fut alors détournée. Lui qui avait voulu profiter de ce bref moment de pause pour faire le vide dans son esprit et se concentrer sur la journée qui allait venir, il fallait que des inconnus lui remettent en pleine face le nom de ce mec. Il allait vraiment finir par croire que quelqu'un le détestait et refusait de le laisser en paix. Il était trop tard maintenant qu'il les avait entendu. Une curiosité malsaine l'envahit et le blondinet ne put s'empêcher de tendre l'oreille afin de comprendre le sujet de la conversation et la raison pour laquelle il était amené. Après tout, l'adolescent au teint mâte avait lui aussi son lot de rumeurs qui courait sur lui.
Et puis qui sait ce qu'il pourrait apprendre de leur part, qu'il n'a jamais pu découvrir alors même qu'il le connaissait depuis trois ans.
"Je n'ai rien vu à ce moment-là." S'enquit une fille à couette. "Qu'est-ce qui s'est passé?"
"Midorima... tu sais, le taré en troisième année avec l'horloge, tout ça! Eh ben, Aomine l'a frappé et Midorima a répliqué. C'était super violent!"
"Et en plus, devine qui les a séparé!" Continua un autre gars avec un ton espiègle. "Akashi, le prof de physique! Alors même que les surveillants ont galéré, il a suffi qu'il se ramène et hausse la voix pour qu'ils arrêtent tout de suite! Il les a ensuite traînés vers sa salle de laboratoire et puis après un petit moment, ils ont été renvoyés chez eux!"
"Ah! C'est pour ça qu'ils ne sont pas là! Mais je comprends pas à quoi ils pensent, sérieusement. Déjà se battre dans le lycée, ce n'est pas malin, mais en plus s'attirer l'attention d'Akashi-sensei, ils n'ont pas envie de vivre!"
"Oh ce n'est pas sûr, c'est surtout Aomine; frapper Midorima en sachant qu'il vient d'une famille spéciale, moi je dis, il faut du cran! Faudra pas s'étonner si un jour il disparaît!"
Le reste de la conversation lui échappa.
Le visage des concernés étaient apparu dans son esprit avec la douleur des souvenirs de la semaine passée pour disparaître rapidement. Aomine avait frappé Midorima. Ce fut la seule chose sur laquelle il pouvait se concentrer pour le moment tant ce fait lui paraissait abhérant. Si ça avait été l'inverse, il aurait à la limite compris. Mais Ryouta ne pouvait pas s'imaginer une scène où Daiki s'en prenait à Shintarô. La semaine dernière, il avait été poursuivit par le binoclard après les cours et le mâté les avait ensuite rejoint, mais peu importe comme il l'a provoqué, Aomine n'a pas levé une seule fois la main sur Midorima. Il l'a juste surveillé tranquillement jusqu'à ce qu'il s'en aille de lui-même, comme frappé d'un mal mystérieux.
Le blondinet ne voulait pas se souvenir de ce qui s'était passé ensuite, mais il était obligé d'avouer que le bleuté n'ait jamais eut recours à la violence.
D'une certaine manière, s'il l'avait été, ça aurait été plus facile pour Kise. Mais son camarade l'avait simplement immobilisé, pour ensuite le caresser et, enivré par cette odeur, le blondinet n'avait pas su trouver la force de riposter. Peut-être aurait-ce été moins dur si le bleuté l'avait frappé et pénétré plutôt que le faire languir de cette manière sans aller vraiment jusqu'au bout. Mais le jeune homme aux yeux ambre savait que c'était dans la nature de ce type de ne pas recourir à la violence physique. Il était plutôt du genre à dire des choses blessantes et humiliantes pour que la personne se sente rabaissée au plus profond d'elle-même. Une autre forme de violence, beaucoup plus destructrice.
Le calme et nonchalant Aomine ne pouvait pas frapper quelqu'un facilement. Il en avait certes la carrure mais... même dans ses interactions mouvementées avec Kagami, ça ne s'était jamais finit à proprement parler en bagarre. C'était plutôt l'adolescent rouge qui finissait par saisir le col de son adversaire tandis que ce dernier restait de marbre, bien qu'arrogant. Peut-être avait-il été provoqué par Midorima. Peut-être que celui-ci lui avait dit des choses désagréables, connaissant bien le vert, il devait être fourni sur le sujet. Alors dans ce cas, il était plausible qu'Aomine ai perdu son calme et en soi venue aux mains. Personne n'était infaillible après tout, et même le plus calme des hommes finissait par dépasser son contrôle de soi...
Se sentant incapable de se détendre désormais, Kise regarda à travers la fenêtre en songeant vaguement que ce n'était pas aujourd'hui qu'il aura une réponse à ses questions.
"Bonjour Kise-kun."
Il se retourna vers la voix morne, un peu pris au dépourvut. Non pas par le fait qu'on lui adresse la parole, mais par la personne qui venait l'aborder. Le blondinet fit face au visage pâle de Kuroko avec une certaine appréhension. Cela ne faisait que quelques jours, mais comme le reste, il avait l'impression de le redécouvrir avec de nouveaux yeux.
"Bonjours Kurokocchi..." Fit-il incertain.
"Tu viens de revenir?"
"Ouai..."
Bien que leur dernière conversation ait été étrange et emprunte de malaise, ils parlaient de manière à peu près normale. Enfin, d'un point de vue extérieur en tout cas. Mais le manque de loquacité de la part du plus grand et l'inattendue spontanéité du plus jeune en connaissant son introversion portait à la confusion. On aurait presque dit que les rôles étaient inversés, même si le lycéen aux yeux ronds gardait cette discrétion dans ses propos. En fait, c'était surtout Ryouta qui avait changé et, d'une certaine manière, semblait plus proche de Tetsuya. Sans doute le temps passé permettait d'effacer les tensions. Ou bien autre chose poussait le plus frêle à chercher une conversation avec le blondinet, qui sait...
"Tu t'es sûrement reposé..." Commença Kuroko, assez hésitant comme s'il doutait lui-même que cette affirmation soit vraie. "Mais comment te sens-tu?"
"Ça peut aller..."
"Ah... tant mieux."
À travers ces mots plats, Kise pouvait néanmoins déceler une pointe de soulagement sincère mais également autre chose... Depuis quand Kurokocchi était celui qui s'inquiétait pour lui?
"Au fait, tu en as sûrement entendu parler... cette histoire aujourd'hui." S'enquit le garçon aux cheveux bleu clair.
"Aujourd'hui?"
"À propos d'Aomine-kun."
"J'ai entendu les autres en parler... mais je ne savais que ça s'était produit aujourd'hui." Répondit le blondinet d'un ton neutre.
Voilà qui expliquait pourquoi les autres étaient si excités: forcément si c'était aussi récent. Cela confirmait définitivement sa crainte qu'il ne pourra voir ni l'un, ni l'autre.
"Aomine-kun n'a jamais été très fréquentable... mais je n'aurais jamais imaginé qu'il aille jusqu'à frapper quelqu'un." Tout en continuant, Kuroko regarda d'un air pensif en direction de l'allée de l'étage. "J'ai l'impression... qu'il a fait quelque chose de mal."
Pour une quelconque raison, Kise se sentait irrité à ces mots. Il savait bien que ni Kurokocchi, ni les autres étudiants n'avaient la moindre idée de ce qui lui était arrivé. Cependant, ils ne réalisaient pas l'ampleur de leurs mots. Bien sûr, Aomine était tout sauf un type bien. Bien sûr, il avait fait des choses horribles. Et bien sûr que, malgré tout, c'était étonnant de sa part de le voir devenir violent avec quelqu'un. Avaient-ils tous vraiment besoin de lui rappeler ces faits qui faisaient naitre en lui des sentiments contradictoires? Mais Kuroko, c'était pire. Pourquoi le blondinet avait l'impression qu'il savait exactement de quoi il parlait, et ne se basait pas sur des rumeurs ou des présupposés?
"Qu'est-ce que tu en penses?" Demanda Tetsuya, ses pupilles rondes appuyant largement leur cible.
Ryouta avait l'impression que son interlocuteur attendait une réponse précise de sa part. Qu'il soupçonnait le lourd secret qu'il cachait. Il n'y avait plus de malaise, mais quelque chose de bien plus fort, comme si une barrière s'était baissée pour laisser place à un champ de ronces. Pour la première fois depuis qu'il le connaissait, il se sentait réellement oppressé durant une discussion avec son ami. Essayant de ne pas laisser transparaître ses émotions, il tenta d'être bref et vague. Il avait beau avoir des choses terribles à dire sur Aomine, il ne voulait pas donner son opinion en public.
"Peut-être..." Se contenta de répondre le blondinet.
Ils ne savaient rien. Ces sentiments qui le rongeaient depuis le début, depuis longtemps, depuis bien avant tout cela... Ils ne pourraient pas le comprendre. Et quand bien même il adorait Kurokocchi, il sentait que même lui ne sera jamais en mesure de le comprendre totalement. Peu importe ce qu'il imaginait, ou même ce qu'il savait, cela ne le regardait pas. Malgré toute la sympathie qu'il éprouvait, Kise estimait que son camarade n'avait pas son mot à dire dans cette situation, même s'il partait d'un bon sentiment. Elle le concernait lui, et lui seul. Peut-être agissait-il ainsi car il était proche avec Aomine, mais ça ne changeait rien. De toute façon, il n'y avait rien que le bleuté puisse faire pour l'aider, alors en parler ne servirait strictement à rien.
La sonnerie annonçant la fin de l'interclasse mit un terme à leur échange qui devenait désagréable.
Le prochain cours était la physique-chimie. Un cours classique cette fois, leur épargnant le besoin de se déplacer jusqu'en salle de laboratoire. Chose qui rassurait étant donné les récents phénomènes qui s'y étaient déroulés, de plus en plus d'élèves étaient réticents à s'y rendre et le taux d'absentéisme grimpait en flèche pendant les heures concernées. D'une ponctualité effrayante, Akashi entre dans la salle pile poil au moment où la sonnerie cessait avec son matériel d'enseignement pendant que les étudiants se dépêchaient de regagner leur propre place. Kuroko retourna également à la sienne en silence, en jetant néanmoins un coup d'oeil craintif autour de lui.
Le rouquin fut sur le point de commencer lorsqu'il se rendit compte de la présence du blondinet.
"Oh, Ryouta!"
Ce nom fut lâché de manière naturelle devant toute la classe qui retint alors son souffle. L'ensemble des étudiants se retournèrent vers le concerné qui se sentit soudain extrêmement mal à l'aise de se voir centre de toute cette intention. Il suspectait son interlocuteur de l'avoir fait exprès.
"Tu as l'air d'aller mieux."
"Oui..."
Un sourire naquit sur le visage de l'enseignant qui confirma bien à Kise qu'il ne souhaitait que l'accabler en public, sans doute sa manière à lui de le punir de son absence.
"Je vois... J'avais peur que tu sois en train d'agoniser chez toi."
"Désolé." Répondit Kise, penaud.
Les jours pendant lesquels il resta enfermé chez lui, il n'avait répondu à aucun appel, ni aucun message, y compris ceux de l'école. Et comme il vivait seul, il n'y avait donc eu personne pour prévenir les responsables de son absence et donner un motif valable. Pour faire court, il avait raté les cours sans permission. Pour être honnête, c'était le dernier de ses soucis en regard de tout ce qui lui était arrivé les jours passés. Mais il avait bien conscience que s'il n'expliquait pas la raison de cet isolement, il allait risquer de gros ennuis. Peut-être aurait-il du d'ailleurs passer par le secrétariat avant de venir en classe pour au moins signaler son retour.
Comme s'il avait compris ses pensées, Akashi reprit d'un ton plus doux.
"Ne t'inquiète pas pour cela. J'aimerais par contre que tu viennes dans ma salle de laboratoire pendant la pause déjeuner. Il faut que nous parlions."
"Compris."
L'homme aux cheveux rouges acquiesça face à cette obéissance avec un sourire satisfait puis retourna sur l'estrade pendant que les spectateurs de l'échange regardaient Kise d'un oeil très perplexe. Bien que le ton ait semblé détendu, il n'y avait aucun doute que chacune des paroles et actions de ce professeur avaient de lourdes conséquences et n'étaient jamais anodines. Si le blondinet était convoqué, c'est qu'il y avait une bonne raison. Et ce dernier devait s'attendre au pire de la part de l'adulte. Ignorant ces regards, Ryouta sentit son humeur s'assombrir, mais pas à cause de cela.
Il ne pouvait s'empêcher de penser à cette histoire d'Aomine qui avait frappé Midorima. Qu'il a été renvoyé chez lui à cause de cela.
Pourquoi l'avait-il frappé?
Même quand le cours débuta, il ne pouvait se concentrer que sur ce mystère.
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Lorsque les cours du matin finirent et que l'heure du déjeuner arriva, Kise sortit de la classe pour filer directement en salle de laboratoire sans attendre qu'on vienne l'aborder avec un certain soulagement. Quand bien même la présence d'Akashi-sensei lui inspirait un profond malaise, la perspective de devoir parler avec tous ses camarades de classe lui paraissait encore pire. Cette convocation lui donnait une excuse toute trouvée pour y échapper sans paraître grossier. En y repensant, il avait du mal à se reconnaître, lui qui, il y a encore quelques semaines, aurait souri à tout le monde et aurait été celui qui invite les autres à se joindre à lui, aujourd'hui fuyait tout contact social comme la peste.
Le lycéen aux yeux ambre se demandait vaguement de quoi son professeur de chimie voulait lui parler. Peut-être de son absence injustifiée, mais il l'imaginait mal s'occuper de ce genre de chose avec ses élèves au point de leur donner un rendez-vous. Généralement, c'était plutôt la partie administrative du lycée qui s'en chargeait. Gravissant les marches du bureau jusqu'au deuxième étage, le blondinet marcha dans le couloir bien entendu vide jusqu'à la salle de laboratoire numéros trois. La porte était entrouverte -certainement à son intention-, laissant un filet de lumière artificielle mélangée à la naturelle venant de l'extérieur. Le lycéen l'ouvrit avec une certaine appréhension.
Maintenant qu'il y pensait, c'était la première fois qu'il se retrouvait réellement seul à seul avec le rouquin, Kurokocchi l'ayant toujours accompagné jusque-là.
"Ah Ryouta, bienvenue. Je t'en prie, entre."
Appuyé contre l'un des bureaux de travail, Akashi l'attendait les bras croisés avec une expression suffisante. Une de ses mains chercha alors derrière lui pour sortir un sac plastique contenant une bombe au riz.
"Tiens, pour te dédommager de te faire manquer ton repas."
Il l'agita sous le nez de Kise pour lui faire comprendre qu'il lui offrait mais ce dernier n'avait pas vraiment faim.
"Non merci Sensei..." Déclina-t-il poliment.
"Bien, assieds-toi alors."
Le professeur en sciences lui montra d'un mouvement de menton l'un des planss de travail en face du sien. Le blondinet s'y installa comme ordonné, bien qu'un peu gêné de cette position peu conventionnelle. Ses jambes, pourtant larges, ne touchaient pas le sol.
"Comment va ta santé?" Demanda l'homme.
"Cela peut aller."
Ryouta n'avait pas envie de lui donner plus de détails, encore moins sur ce qui lui était arrivé ces derniers jours. Après son fiasco chez le médecin, il avait décidé de ne plus partager cette expérience avec personne d'autre. Et lui en particulier, il avait vraiment un mauvais pressentiment avec Seijurô Akashi. Ses yeux lui donnaient l'impression d'attendre le moindre aveu pour lui extraire toutes les vérités possibles et inimaginables sans lui laisser le choix. Car il en était bien capable. Il était enseignant, mais il n'avait pas rien de pédagogue. Il était scientifique, mais il n'avait rien d'éthique. Cet homme... lui faisait peur.
"Vraiment?" Interrogea Akashi comme s'il avait décelé la propension du mensonge qu'était en train de lui servir Kise.
Le blondinet préféra ne pas répondre, sentant qu'il ne ferait que s'enfoncer.
"Bon, du moment que tu vas bien, c'est tout ce qui compte." Déclara le rouquin en attendrissant sa voix. "Tu n'as pas contacté le lycée pendant que tu étais chez toi, n'est-ce pas? Je pensais donc que tu n'allais vraiment pas bien et cela m'a assez perturbé. Beaucoup de tes autres professeurs l'ont remarqué aussi. Comme tu ne donnais pas de nouvelle, ils ont finit par s'inquiéter, et c'est arrivé aux oreilles du directeur. Te connaissant, je me doutais que tu avais simplement oublié, mais eux le prenaient très au sérieux et parlaient même d'appeler la police. Il a fallu que j'intervienne en leur racontant une histoire comme quoi tu m'avais contacté pour me prévenir que tu ne venais pas. Ils n'ont pas eu l'air convaincus, mais ça a suffi pour calmer le jeu. Heureusement que je l'ai fait, car sinon tu risquais un blâme, vois un renvoi temporaire du lycée, surtout que tu n'as pas de certificat médical."
"Désolé... je vous ai causé beaucoup de troubles." Ne put que répondre le lycéen à la fin des explications de l'adulte.
"Non non, ne t'inquiète pas pour cela, ce n'est pas grave. Je suis ton professeur principal après tout, et c'est mon rôle de veiller sur toi pour que tu ne te surménages pas. Même si cela implique d'aller à l'encontre du corps enseignant ou de la direction."
Akashi agita ses deux mains devant lui pour appuyer ses propos bienveillants. Oui... c'était censé être le cas. Alors pourquoi Kise sentait-il toujours un terrible sous-entendu derrière chacun de ces mots réconfortants? Surtout que ce n'était pas le genre de cet homme de se mouiller pour un de ses élèves, encore une fois, parce qu'il n'avait aucune vocation si ce n'est son incroyable intelligence. À sa connaissance, le lycéen blond ne connaissait personne d'autre pour qui il en aurait fait autant. Il n'exigeait de ses étudiants que de l'obéissance et une soumission totale en échange de quoi il acceptait de partager son savoir. Non, clairement, il n'était pas ce genre de professeur protecteur, pédagogue et à l'écoute de ses élèves.
Alors pourquoi un tel favoritisme?
Depuis le début de l'année déjà, l'adulte aux cheveux rouges le surveillait, lui et Kurokocchi, de très près et semblait toujours concerné par leur condition, en particulier, leur état de santé. C'était vraiment étrange d'autant plus qu'il ne pouvait décerner aucune hypocrisie dans le comportement de l'enseignant. Il n'aurait de toute façon aucune raison de faire semblant étant donné qu'il se fichait de ce que les autres pensaient de lui. Alors pourquoi était-il tant inquiet pour lui? Pourquoi le couvrait-il alors que son rôle aurait plutôt été de le réprimander pour cela? Ryouta n'en savait rien, mais cela ne lui plaisait pas du tout.
Le scientifique se redressa légèrement et reprit la conversation sur un ton un peu plus formel.
"Plus important; je sais que je ne devrais pas t'en faire part alors que tu es à peine rétabli mais... Daiki a été impliqué dans une querelle ce matin. En as-tu été informé?"
"Un peu..." Répondit vaguement le blondinet.
Son corps s'était légèrement raidi en entendant le prénom d'Aomine et il sentit bien que cela avait transparu dans sa voix. Son interlocuteur ne sembla pas en prendre note cependant.
"Hmhm... tu connais Shintarô, également en troisième année?" Cette question était purement rhétorique en sachant qu'ils avaient partagé la même classe l'an passée. "Daiki aurait eu un différend avec lui mais en fait... il l'aurait purement et simplement agressé sans raison apparente."
"Oh?"
Aomine a simplement frappé Midorima? Sans raison? Kise n'arrivait pas à s'imaginer les circonstances. Ce n'était pas impossible, mais à ses yeux, c'était tout comme...
Un soupire sortit de ses fines lèvres quand ces questions recommençaient à le torturer. Il en avait assez. Il venait à peine de quitter son appartement et ses cauchemars que le monde extérieur l'attaquait immédiatement sans lui laisser le temps de s'accommoder. Il voulait s'en aller. Loin d'ici. Loin de cet homme qui l'intimidait. Peu importe finalement si le lycéen bronzé avait agi par violence ou si d'autres circonstances rentraient en cause. En ce qui concernait le blondinet, ça ne changeait pas grand-chose à l'image qu'il avait de son camarade, déjà bien dégradée...
"C'est tout ce dont vous vouliez me parler?" Demanda le jeune homme aux pupilles miel en espérant clore la discussion de cette manière.
"En partie... mais il faut que tu m'aides." Répondit Akashi, brisant ainsi ses espoirs.
"Pourquoi moi?"
"Tu as déjà partagé du temps avec lui dans le passé, je me trompe?" Expliqua le plus vieux des deux. "Vous étiez de corvée de ménage ensemble la semaine dernière, et vous avez passé les deux précédentes années dans la même classe."
"Oui..."
C'était tout ce qu'il pouvait répondre, car c'était vrai. Et pourtant au fond de lui, il n'était pas d'accord avec ces faits. C'était paradoxal, mais c'était le cas.
"Comme vous vous connaissiez bien, je lui ai demandé de t'apporter une copie des cours que tu as manqué il y a quelques jours chez toi. Normalement, d'après ce qu'il m'a dit, tu les as bien reçues..."
Alors Aomine était vraiment venu jusqu'à son appartement pour lui apporter ses feuilles de classe? Mais cela ne voulait pas dire qu'ils étaient proches comme pouvait l'insinuer Akashi. Ils ne se parlaient que très rarement. Même lorsqu'ils furent dans la même classe, le blondinet ne se souvenait pas avoir eu un seul véritable échange avec son camarade. Pas d'échange direct en tout cas. Des regards, des signes, des mots, des gestes implicites par contre, dont il n'arrivait même pas encore à décoder le dixième aujourd'hui. Kise n'était pas proche de lui, parce qu'il ne savait rien de lui et qu'ils ne se parlaient pas. Tout simplement.
Et pourtant, pour une raison obscure, son professeur semblait convaincu du contraire.
"Tu vois, Daiki est quelqu'un de très solitaire. Même si de nombreuses filles lui courent après, tout le monde d'une manière générale garde ses distances avec lui, et réciproquement. Ce comportement ne date pas d'hier en plus..." L'homme détendit légèrement ses épaules en continuant son monologue, un peu blasé. "Cela me désole de parler de lui en ces termes, comprends-moi bien mais je me sens un peu dépassé. Même l'événement de ce matin, je ne le comprends pas. Je lui ai demandé pourtant, après avoir renvoyé Shintarô en premier, mais il n'a pas voulu me répondre. Il ne s'ouvre vraiment qu'avec toi, n'est-ce pas."
"Ce n'est pas..."
Il ne savait pourquoi, Ryouta hésita à nier en bloc, confus. Outre le fait qu'il avait du mal à croire qu'Akashi Seijuro, si parfait, si absolu, se sente dépassé par quoi que ce soit, surtout le comportement d'un de ses élèves, il était incertain sur tout le reste. Si on lui demandait s'il aimait ou détestait le bleuté, le blondinet répondrait sans l'ombre d'un doute qu'il le détestait. Et pourtant, si on lui demandait par-derrière s'il était vraiment sûr de ce qu'il avançait, il aurait un moment d'hésitation. Oui, il le haïssait. Mais il ressentait autre chose aussi. Un sentiment sur lequel il n'arrivait pas à mettre de mots. Et ça l'agaçait.
Encore une fois, le rouquin sentit très certainement son impatience et reprit d'une voix moins intime.
"Bien, alors pour en venir au fait, est-ce que tu pourrais apporter les leçons d'aujourd'hui à Daiki après les cours. Cela me rassurerait de savoir que quelqu'un de proche aille le voir et cela te donnera l'occasion de lui retourner la faveur par rapport à ton absence de la dernière fois."
Laissant de côté son déjeuner, Akashi sortit d'un petit dossard paquet d'une dizaine de feuilles manuscrites et les tendit vers Kise. Ce dernier savait bien qu'il devait les prendre, pratiquement obligé, mais il hésita. S'il les acceptait, alors il devrait aller les donner à leur destinataire. Cela voulait dire qu'il aurait une excuse toute trouvée pour atteindre son but initiale et que sa journée n'était peut-être pas totalement perdue. Mais d'un autre côté, cela signifiait aussi revoir son visage, lui parler... Aurait-il suffisamment de force pour lui tenir tête après ce qui s'est passé? La dernière fois, la colère avait parlé pour lui, mais la prochaine fois, aura-t-il assez de sang froid? Il n'en était plus aussi sûr.
"Ou bien tu as d'autres obligations?" Questionna son enseignant en appuyant bien sa phrase.
"... non."
Laissant de côté l'ironie de la situation qui se moquait très clairement de lui dans une partie de sa tête, Kise prit les feuilles de manière machinale. Comment pouvait-il refuser de retourner un service qu'Aomine lui avait rendu plus tôt? Surtout... surtout si c'était Akashi qui lui demandait. Même s'il ne voulait pas, il n'avait pas le choix. En y repensant, il se demandait s'il pouvait vraiment obtenir quelque chose de l'adolescent mate de peau. Il avait beau avoir un prétexte pour venir le voir qui lui épargnait l'attente d'opportunité, vu comment son camarade était taciturne, ce n'était pas gagné d'avance. En supposant encore une fois qu'il trouve assez de courage pour lui demander.
Plus il y pensait, moins il s'en sentait capable...
"Heureux de l'entendre. Voici l'adresse de Daiki, tu n'auras pas de mal à la trouver."
En lui tendant un bout de papier manuscrit détaillé, il lui offrit en même temps une bombe au riz avec entêtement. À croire qu'il avait décidé de nourrir Ryouta à sa place.
"Tu en veux aussi?"
"Non..." Refusa le blondinet pour la deuxième fois avec une expression presque peinée.
Il savait qu'il avait perdu du poids, mais ce n'était pas uniquement à cause du fait qu'il se sous-alimentait. Les derniers événements lui coupaient certes l'appétit, mais creusaient également dans ses réserves d'énergie. En outre, il n'avait vraiment pas envie de manger quelque chose venant de la part d'Akashi. Tout comme son inquiétude, cela lui paraissait avoir un arrière-goût empoisonné. Comprenant sa réticence, l'adulte aux cheveux rouges n'insista pas et rangea la nourriture sans paraître déçu ou surpris.
"Bien, si vous voulez m'excuser." Déclara Ryouta en se levant du bureau sur lequel il était assis .
"Bonne chance, et prend soin de toi."
Prenant simplement le papier et saluant son professeur, Kise quitta la salle. Descendant les escaliers, il put enfin reprendre son souffle. Aujourd'hui, après l'école, il ira chez Aomine. Rien que d'y penser le faisait se sentir impatient et en même temps, extrêmement nerveux. Il avait fait ce qu'il pouvait pour garder l'événement de la semaine dernière muselé au fond de sa mémoire, mais si tôt, il lui revenait de manière très fraîche. Le simple fait d'y songer le rendait déjà malade, comme fera-t-il en face de son bourreau? Peut-être qu'il sera paralysé en face d'Aomine. Peut-être qu'il n'arrivera rien à en tirer parce qu'encore une fois, il était trop faible. Mais il ne pouvait pas laisser passer sa chance. Même si c'était petit, il voulait des informations.
Fort de cela, il descendit le reste pour se rendre à sa salle de classe.
OoOoOoOoOoOoOoOoOoO
"Eh ben dit donc, t'as l'air d'une humeur encore pire que d'habitude, Kagami!"
"Ta gueule..."
Le jeune homme brun qui s'était permis de faire cette remarque sur un ton de rigolade fut immédiatement refroidi par la réplique cinglante et presque agressive de son interlocuteur. Il savait que son camarade aux cheveux rouges était difficile à aborder et d'un mauvais caractère en règle général, mais c'est bien la première fois qu'il le voyait autant sur les nerfs. D'habitude, il pouvait au moins garder une conversation un minimum civilisé, mais là, il était réellement en présence d'un fauve sauvage. Comprenant qu'il était peut-être en train de jouer sa vie, il préféra se détourner de lui avant qu'il ne décide de se servir de lui comme défouloir et partit vers son groupe d'amis où il se sentait en sécurité.
Kagami était tellement préoccupé qu'il ne s'en rendit même pas compte.
La fin des cours venait d'être annoncée, la salle s'était désempli, mais lui n'avait remarqué le départ que de deux personnes. La première était bien entendue Kuroko. Cela faisait des jours que lui et ce gringalet se tournaient autour sans jamais se parler, se surveillant comme si l'un ou l'autre allait à tout moment faire un faux pas. Alors qu'au fond, aucun des deux n'allait réagir si c'était le cas. C'était une des choses qui l'irritaient, car il avait vraiment espéré, en expliquant à Tetsuya son malaise, que ce dernier lui parle enfin. De quoi? N'importe quoi qui ait du sens. Qui lui ferait comprendre les événements de ces dernières semaines et le convaincrait qu'il n'était pas quelqu'un d'étrange.
Mais rien n'était venu de sa part depuis. Il lui semblait que l'adolescent bleuté fut sur le point de lui avouer, mais que quelque chose avait entre-temps chamboulé ses plans et que désormais, ses préoccupations étaient concentrées sur autre chose. Ou plutôt quelqu'un d'autre. Il ne savait pas pourquoi, mais le basketteur était convaincu au fond de lui que ça avait un lien avec cet enfoiré d'Aomine. Il n'était pas dupe, il avait bien vu Tetsuya s'éclipser en compagnie de l'adolescent maté. Et cela l'avait profondément énervé pour une raison qu'il n'arrivait pas à expliquer. Une colère sourde, ancienne, se réveillait en lui à chaque fois qu'il y pensait et des idées étranges tournaient dans son esprit.
"Pourquoi sont-ils si proches?"
"Depuis combien de temps se connaissent-ils?"
"Qui sont-ils l'un pour l'autre?"
"Pourquoi lui plutôt que moi?"
C'était complètement stupide. Il se demandait même pourquoi ce genre de choses aussi bizarres, aussi répugnantes, lui venaient en tête. Ce qu'il y avait entre Kuroko et Aomine, il s'en foutait. Tout du moins, c'est ce qu'il voulait se convaincre. Il ne voyait pas pourquoi cela aurait tant d'importance pour lui de savoir ce que ces deux-là mijotaient. Ils pouvaient même baiser dans le placard à balais, il devrait s'en foutre. Alors pourquoi le simple fait d'y songer lui donnait à la fois envie de vomir et de tout casser autour de lui? Une haine intense grandissait en lui à l'égard du bleuté, et il savait que ça n'avait plus rien à voir avec les petits différends qu'ils purent avoir dans le passé.
Cette fois-ci, c'était sérieux, et beaucoup plus grave.
Mais le plus étrange est sans doute ce qui le rendait le plus furieux dans cette histoire. La deuxième personne qu'il surveillait malgré lui depuis quelque temps. Il ne comprenait pas lui-même d'où ça lui était venu, ni pourquoi il avait soudain eu cet élan d'intérêt, mais ça avait grandi, en même temps que sa haine envers l'adolescent aux cheveux bleu marine. Peut-être quelques semaines. Autant dire, rien du tout. Petit à petit. Au départ, ce ne furent que des futilités. Et puis ça avait mûrit sans qu'il s'en aperçoive. D'abord remarquer sa présence. Mais aussi et surtout, remarquer ses absences. S'interroger. Et encore une fois, voir cet enfoiré dans le coin comme par hasard à chaque fois.
Kise Ryouta.
Quelqu'un dont il n'aurait même pas remarqué l'existence il y a peu s'il n'était pas aussi bruyant. Et qui, maintenant, occupait toutes ses pensées. Mais pas comme Kuroko. Et c'était bien ça qui le mettait en rage.
Ce qu'il ressentait pour Kuroko avait beau ne pas être clair, il arrivait à mettre un doigt dessus quand bien même il ne voulait pas l'admettre. Sa compagnie était douce et agréable. Il avait beau être silencieux et parfois un peu trop discret, Kagami était obligé d'avouer qu'il l'appréciait. Il dégageait de lui une légère odeur de vanille qui l'apaisait et l'enveloppait sans l'étouffer. Comme l'encens d'une maison, il avait presque l'impression d'être sous des vertus thérapeutiques. Et ça pénétrait son corps, ça le réchauffait et son coeur se mettait alors à battre fort. Très fort. Le rouquin sentirait presque ses joues prendre la même couleur que ses cheveux dans ses moments là.
Oui, l'adolescent aux yeux turquoise était quelqu'un qui, malgré son caractère introverti, éveillait en lui des sentiments platoniques qui ne demandaient qu'à être approfondis.
L'envie d'être amis et puis peut être... peut être autre chose.
Pour Kise, c'était tout l'inverse.
Au départ, Kagami n'avait pas eu de sentiments particuliers envers lui, à part une passive indifférence. Et puis, plus les cours avaient suivis, plus les phénomènes étranges s'étaient déclarés, plus une envie en lui d'en savoir plus avait grandi. Le blond n'était pas quelqu'un qu'il aimerait pour son caractère. Il était trop extraverti, même en façade. Il était trop envahissant. Comme son odeur. Son insupportable odeur d'agrume. Kagami aurait compris s'il faisait partie de ces filles qui se mettent dix couches de parfum, mais même elles sentaient sans doute moins fort que lui. Et contrairement à Kuroko, ce n'était pas constant et discret, mais passager et étouffant. Il ne comprenait pas comment c'était possible, mais c'était le cas.
Taïga avait compris aujourd'hui que ça venait de Ryouta après une semaine où cette senteur insupportable avait mystérieusement disparu. La semaine d'absence du blond. Et à son retour, elle était revenue. Cette après-midi, juste après son fameux tête-à-tête avec Akashi. Tout le monde l'avait regardé bizarrement lorsqu'il s'était penché en avant à plusieurs reprises comme s'il était en apnée. Ce fut pratiquement le cas. Il avait été incapable de se concentrer sur le cours, parce qu'il avait été tout bonnement incapable de respirer. Il savait maintenant que tout était de sa faute. Ce mec qui était tout le temps malade, tout le temps pleurnichard. Franchement, il l'agaçait plus qu'autre chose.
Alors pourquoi son corps avait des pulsions anormales lorsqu'il passait trop près de lui?
Il n'en savait rien, et ça le rendait fou.
Mais il était sûr d'une chose: il avait déjà expérimenté cela. Avec Kuroko. Dans les toilettes. Il avait senti quelque chose de trop fort et avait succombé. Sauf que si la scène se reproduisait avec le blond, il n'était pas sûr qu'il le laisserait prendre les choses en main. Non, il allait plutôt tout contrôler. Et il n'était pas sûr de la manière dont ça allait se finir. Parce qu'il ressentait des choses qu'il ne ressentait pas en temps normal. Des choses qu'il ne ressentait même pas pour Kuroko. Des sentiments malsains, inavouables qui le répugnaient. Et, il le savait, des émotions qui ne venaient pas de lui, mais qui lui semblaient dictées par un instinct.
Kise... Au départ, il avait simplement voulu le toucher. Puis, il avait voulu le serrer. Maintenant, il voulait le posséder. Il voulait le prendre, loin de tout, loin des autres, et surtout loin d'Aomine. Il voulait le garder pour lui, et pour lui seul. Il ne savait pas d'où cela lui venait, mais plus il subissait ces pics de senteur, plus cette idée s'incrustait profondément dans sa tête au point de lui faire oublier l'essentiel. Bientôt, il ne sait pas s'il sera apte à taire ces envies sans queue ni tête. C'était d'autant plus absurde qu'il avait conscience, une fois la crise passée, que ce n'était pas ce qu'il désirait vraiment. Il ne s'en rendait compte qu'après que c'était superficiel, lorsque ses véritables convictions revenaient avec sa raison.
Ce qu'il voulait vraiment, c'était comprendre Kuroko.
Kise n'avait rien à voir avec cela, il le savait bien.
Mais son sang-froid et son self-contrôle avaient eux aussi leur limite. Et si pour arrêter cette torture qui le rendait presque schizophrène, il devait passer à l'acte, il ne savait pas combien de temps il allait pouvoir tenir. Peut-être... peut-être qu'il devrait justement en parler avec le bleuté. Lui et le blondinet semblaient amis -chose qui éveillait aussi en lui des sentiments contradictoires-, peut-être qu'il pourrait lui dire ce que c'était. Peut-être qu'il pourrait même arrêter cela. Quand il était avec Tetsuya, Taïga arrivait à oublier cette oppression. Comme si l'adolescent pâle chassait l'étouffante chaleur qui le consommait d'un vent de tiédeur agréable.
Alors que l'odeur de citron disparaissait peu à peu de ses narines et avec elle, ses idées folles, Kagami comprit que désormais, même sans rien savoir, la présence de Kuroko allait vite lui devenir vitale.
