Douceur liquide
Auteur: Woshi
Disclaimer: Ni Kuroko no Basket, ni Sweet Pool ne m'appartiennent
Raiting: M pour cause de scènes sanglantes et sexuelles
Genre: UA, Angst, Drame, Tragedy, School life, Romance, Yaoi, Gore, Surnaturel, Mpreg d'une certaine manière
Note: Enfin... Entre deux révisions, je peux enfin poster ce chapitre. J'espère que vous aimez les scènes chiantes et sans intérêt XD Non je rigole, mais c'est vrai que dans cette partie de l'histoire, ne vous attendez plus trop à voir de l'action ou du gore mais beaucoup de psychologie. M'enfin, ceux qui sont fans des couples de cette fic y trouveront leur compte ~ Allez, bonne lecture
[ OST Sweet Pool - Calm 01 ]
Après les cours, Kise avait directement pris la direction de la maison d'Aomine.
Les explications fournies sur papier par Akashi étaient très claires et détaillaient bien chaque étape à suivre pour qu'une personne non habituée à ce genre de trajet puisse arriver à destination sans se perdre. Le blondinet fut d'ailleurs surpris de voir que la ligne de train à emprunter était la même que la sienne pour rentrer chez lui. Après avoir vérifié sur le plan du transport, il s'aperçut que son camarade n'habitait en effet qu'à quelques stations après la sienne. Le hasard faisait parfois bien les choses, mais le lycéen aux yeux ambre n'allait pas s'en plaindre pour une fois car cela lui ferait gagner du temps de trajet, aussi bien à l'aller qu'au retour.
Son corps remuant légèrement avec les secousses du train, il jeta un coup d'oeil mélancolique à travers la fenêtre. Un tout autre portrait que l'intérieur de la machine métallique se dressait de l'autre côté. De larges nuages couvraient çà et là une ligne d'horizon aux tons chauds. Le soleil couchant les peignait ainsi de rose et d'orange, mélangés aux nuances grises, leur donnant une dimension romantique, presque surnaturelle. Flottant ainsi dans le ciel rougeoyant, ils donnaient l'impression à Ryouta d'être dans un voyage étrange vers un univers inconnu où la gravité et les sensations n'existeraient plus. Pratiquement seul dans ce wagon tremblant, les couleurs contrastaient avec le fer grisâtre, mais il n'avait qu'à fermer les yeux pour laisser son imagination travailler plus longtemps.
Après ce parcours, il allait y arriver.
Pour être franc, il était curieux de voir comment Daiki se comportait en dehors du cadre scolaire. Kise n'avait pas vraiment envie de passer du temps avec lui, mais peut-être qu'ainsi, il verrait une partie chez son camarade qu'il n'avait jamais vu avant. Bien sûr, cela lui était arrivé en de rares occasions de le croiser à l'extérieur, mais jamais assez longtemps pour réussir à se faire une opinion parce que bien sûr, ils ne se parlaient pratiquement pas. En plus de cela, Aomine n'avait jamais vraiment semblé laisser s'approcher de lui qui que ce soit dans ces conditions, donc l'adolescent blond avait simplement passé son chemin sans réels regrets car jusqu'à récemment, il s'en fichait.
Cependant là, il avait une excuse.
Et maintenant qu'il y repensait, Kise se rendait compte qu'un sentiment d'intérêt naissait en lui. C'est vrai. En dehors du lycée, il ne connaissait pas Aomine. Il ne savait pas si son camarade menait une vie décente, s'il était dans une situation familiale compliquée ou s'il était tout simplement heureux de sa vie actuelle. Rien de ce qu'il pourrait voir d'un oeil extérieur ne lui donnerait d'indice là-dessus car finalement, le bleuté ne disait jamais rien sur lui. Il ne disait jamais rien tout court. Peut-être qu'avec cette occasion, il trouverait une explication à son comportement. Peut-être qu'il découvrirait des choses qu'il ne soupçonnait pas. Et peut-être qu'il sera déçu au final.
Le train s'arrêta à la station la plus proche de son appartement. Le blondinet se sentait étrange, puisque d'habitude, il descendait ici pour accéder à son appartement. Cette fois, il allait continuer sa route. Le train redémarra et le stress montait de plus en plus à l'intérieur de Ryouta. Les quelques minutes qui le séparaient de la prochaine station lui paraissaient horriblement lentes, et en même temps, il craignait qu'elles lui manqueraient. Il ne savait plus s'il voulait que le temps cesse ou s'accélère. Le train se stoppa finalement à son but avec l'annonce accompagnée. Les passagers intéressés descendirent sur le quai, le lycéen aux yeux ambre fit de même, noyé dans la foule. Sans surprise, la scène devant lui était similaire à celle qu'il avait observée plutôt de l'intérieur du train.
Sortant de la gare, Kise entreprit sa marche sur la route aux teintes chaudes en se fiant à la carte qui lui avait été confiée.
L'habitat se situait dans un quartier résidentiel un peu isolé du centre de la banlieue, à dix minutes de la station de train. Elle ne fut pas compliquée à trouver étant donné son aspect extérieur; c'était une maison japonaise traditionnelle qui respirait l'humilité et portait avec dignité son âge avancé. De là où il était, le jeune supposa qu'il n'y avait qu'un étage, mais le terrain semblait relativement large pour héberger une famille entière sans soucis, voir s'offrir le luxe d'un jardin. Il stoppa ses pas juste en face du mur protégeant le bâti avec une terrible appréhension. Une plaque y était incrustée au-dessus de la boîte aux lettres sur laquelle on pouvait lire: "Aomine".
C'était là où vivait Daiki.
Son coeur eut un battement plus fort que le précédent maintenant qu'il comprenait qu'il était arrivé à destination. Il devait le faire. Il avait enduré tout ça, toutes ces souffrances, tout ce chemin, alors maintenant, il allait prendre son courage à deux mains et s'imposer à son tour. Et si jamais les choses tournaient mal, il s'enfuirait. Ryouta prit une profonde respiration pour tenter de calmer sa nervosité, sans succès. Comprenant que rester planté là une minute ou une heure de plus ne changerait rien à son état, il leva son bras tremblant en direction de la sonnette de l'interphone. Son pouce appuya sur le bouton d'appel comme si ce dernier allait faire tomber la foudre sur sa tête.
"Oui?" Une douce voix de femme résonna du boitier de communication, surprenant le blondinet.
"Hmh... je suis Kise... du lycée d'Aomine...kun."
Ses mots semblaient bloqués dans sa gorge, incapables de sortir de manière fluide et naturelle. Il fallait qu'il se ressaisisse, la personne de l'autre côté le trouverait sûrement bizarre si ça continuait.
"Oh..."
"Les devoirs... Akashi-sensei m'a demandé de..."
"Attendez juste une minute s'il vous plaît."
La transmission fut rompue, laissant quelques secondes l'adolescent blond seul face à un silence dérangeant. S'il devait fuir, c'était maintenant ou jamais. Cependant, on ne le fit pas espérer plus longtemps et la porte de l'allée s'ouvrit dans un grincement désagréable.
"Bonsoir jeune homme." Salua la même voix que tantôt. "Ooh, merci beaucoup de vous être déplacé! Je suis la maman de Daiki."
Kise du baisser les yeux et la tête pour observer son interlocutrice. Il s'agissait d'une femme d'âge mûr, 40 ans, peut être 50 ans à en juger par les rides sur son visage. Elle était néanmoins d'une apparence assez douce et fragile, exactement comme sa voix le laissait entendre. Ses cheveux bruns étaient attachés en chignon bas, s'alliant avec sa tenue simple comportant une chemise blanche délavée, une jupe noire mi-longue et un châle pastel. Malgré l'âge pesant clairement sur ses frêles épaules, une chaleur accueillante émanait d'elle. Son sourire semblait avoir taillé son visage. Cependant, elle semblait assez vieille pour une mère. Il l'aurait crue si elle avait plutôt annoncé être la grand-mère.
"Merci d'avoir apporté son travail... et désolée de vous avoir fait faire tout ce chemin." Déclara-t-elle d'un ton qui empêcherait de toute façon tout blâme sur sa personne.
"Non, ce n'est rien..." Répondit maladroitement le blondinet. "Tenez."
Il sortit difficilement les feuilles manuscrites de son sac dans l'intention de les confier à la dame. Cependant, cette dernière ne les accepta pas comme il aurait pu s'y attendre et à la place, son sourire s'agrandit.
"Puisque vous vous êtes dérangé, rentrez donc jeune homme." Proposa-t-elle en s'écartant légèrement. "Je viens juste de finir mes préparations pour le dîner de ce soir."
"Oh mais..."
"Vous renvoyer chez vous alors que vous venez de si loin serait inexcusable. Je vous en prie, joignez-vous à nous!"
"..."
En arrivant ici, Kise n'avait pas vraiment prévu de rentrer dans cette maison, s'imaginant pouvoir régler son affaire sur le palier. Cependant, cette charmante personne semblait tenir à ce qu'il reste, et il ne voulait pas lui paraître grossier, surtout en étant accueilli comme cela.
"Dans ce cas... veuillez excuser mon intrusion." Répondit-il poliment.
"Vous n'avez pas besoin d'être si formel. Mettez-vous à l'aise."
La femme lui ouvrit le portail en grand, l'invitant explicitement à passer le seuil. Hésitant, Ryouta fit un pas en avant. La femme ouvrit alors la marche dans la petite allée en pierre qui menait jusqu'à la porte d'entrée. Le blondinet la suivit, le coeur déjà lourd de sa décision, prenant quand même le temps d'étudier l'habitat. Comme il s'y attendait, l'intérieur de la maison semblait avoir un design japonais traditionnel, exactement comme l'extérieur. Le bois épais recouvrait le plancher ainsi que le tatami visible, lui rappelait un temps où il avait aperçut un environnement similaire. Il y avait une atmosphère qui le rendait nostalgique, comme s'il avait l'impression d'être retombé en enfance.
La dame âgée marcha à travers le couloir continuant jusqu'au fond de la maison, puis elle s'arrêta après une certaine progression pour se retourner.
"Vous n'avez qu'à continuer tout droit; la chambre de Daiki est la toute dernière pièce. Le repas sera bientôt prêt, vous n'avez qu'à attendre en sa compagnie."
Après ces recommandations, la mère de famille donna à Kise un sourire bienveillant puis disparue dans la pièce commune à sa droite.
Le lycéen était un peu perplexe, mais il ne pouvait plus faire machine arrière après être allé aussi loin, et s'engagea donc sur le chemin. À sa gauche se trouvait un petit jardin plus ou moins bien entretenu, et à sa droite des murs blancs et fins typiques de ces habitations traditionnelles. Il marcha lentement, un vague souvenir de l'unique fois où il avait visité sa grand-mère lui revenant en mémoire. Ce fut en une matinée d'été lourd et sec, il avait à peine sept ans, son oncle et sa tante étaient venus pour la première fois depuis longtemps. Il se rappelait surtout être resté tout le long de la visite dans le jardin extérieur, car la femme avait catégoriquement refusé qu'il rentre et défendu les autres enfants présents de l'approcher.
Il ne se souvenait pas d'ailleurs avoir vu autre visage étranger que celle de la personne âgée ce jour là, furtivement dans l'entrebâillement de la porte.
"..."
Immobile devant la chambre, Kise se figea avec la sensation que ses membres venaient d'être prisonniers dans du plâtre. Son corps lui fit douloureusement sentir la montée de stress intense.
Était-ce une bonne idée pour lui de rentrer dans la chambre d'Aomine? Après ce qui s'était passé, ne prenait-il pas un énorme risque de se retrouver seul avec lui, cette fois-ci dans une pièce isolée? Rien ne lui garantissait qu'il n'allait pas recommencer. Certes, il y avait sa mère qui n'était pas loin, mais il lui suffirait de fermer à clef pour être tranquille. Cette fois-ci, il n'aurait réellement aucune échappatoire. Sa gorge se noua. C'était un danger qu'il devait néanmoins courir, et si jamais il ne se sentait pas en sécurité, il ne rentrerait même pas. Au fond, il savait qu'il n'aura pas le courage d'aller jusqu'au bout de son idée, mais il devait néanmoins repousser ses limites. C'était le prix de la vérité.
Après quelques secondes à réfléchir, Ryouta se prépara pour le pire et laissa sa main poisseuse se poser sur la porte.
Un coup.
Deux coups.
Face à son coeur emballé, la porte s'ouvrit au bout de quelques secondes sans qu'aucun mot ne soit prononcé par l'occupant. Un simple soupir se fit entendre lorsque la poignée se baissa et Aomine, en regardant à travers la porte qu'il entrouvrit, s'arrêta de bouger lorsqu'il vit Kise. Ce dernier baissa immédiatement les yeux sur ses pieds, incapable de soutenir les pupilles bleu roi qui devaient très certainement être en train de le dévisager. Il voulait se cacher quelque part. N'importe où. Loin de ce type qui lui faisait perdre tous ses moyens d'un simple regard. De sa présence. Ses nerfs étaient tellement tiraillés qu'il se sentait comme s'il était sur le point de s'évanouir.
"Qu'est-ce qu'il y a?" Demanda finalement Daiki d'une voix morne sans aucune autre forme de politesse.
Un simple murmure. Se sentant toujours incapable de lui faire face, Ryouta laissa ses orbes miel fixer le sol et sortit ses devoirs à tâtons de son sac pour les lui donner hâtivement.
"C'est de la part d'Akashi-sensei."
"Ah..."
L'adolescent mâté regarda les papiers manuscrits comme s'ils étaient sa dernière préoccupation, et sans doute était-ce le cas. Le blondinet, trouvant entre-temps la force de relever légèrement les yeux, se concentrait désormais dessus. Il put ainsi voir les larges mains tannées les accepter. Ce simple fait le soulagea énormément et il sentit d'un coup un énorme poids lui être ôté des épaules. Il avait accompli sa mission. Il en avait finie avec son prétexte. C'était le moment.
"Bon... maintenant..."
"Attend."
Juste au moment où Kise voulut en profiter pour partir sans demander son reste, Aomine l'appela d'une voix un peu plus forte afin de l'arrêter dans sa fuite. Ses épaules sursautèrent et il se retourna dans sa direction en espérant qu'il ne préparait rien de louche.
"Tu peux rentrer. On t'a probablement proposé de rester dîner."
Par ces mots, il a sans doute compris pourquoi le blondinet est venue directement jusque dans sa chambre; sa mère l'y avait invité. Sans attendre de réponse, l'adolescent bleuté retourna sans sa chambre en laissant la porte ouverte, signe évident d'incitation à le suivre. Obéir à son camarade était une chose qui irritait Ryouta, mais il ne pouvait pas non plus rester têtu aussi longtemps s'il voulait atteindre son but. Docile, le lycéen blond suivit Daiki dans sa pièce intime avec un sentiment d'appréhension sur ce qu'il allait découvrir. Jamais il n'aurait pensé aller aussi loin dans la vie privée de ce mec, surtout après de telles circonstances.
Bien que la maison familiale soit dans un style japonais ancestral, la chambre d'Aomine était assez ordinaire. Un lit défait, une table de chevet, une lampe, un bureau sur lequel trônait un désordre monstrueux, quelques vêtements négligemment posés un peu partout alors qu'ils devraient très certainement trouver leur place dans la commode mise à disposition. Et bien sûr, un ballon de basket sous la table, assez usé par la pratique. Kise nota également la présence d'un maillot de basket épinglé au mur. Blanc aux motifs bleus, il semblait assez petit. En tout cas assez pour deviner que son camarade ne rentre pas dedans. Sans doute un souvenir du collège qui devait lui tenir à coeur.
Le blondinet était assez surpris; le lycéen bleuté ne donnait jamais aucun signe sur son mode de vie à l'extérieur de l'école alors que visiblement, il vivait comme n'importe quel adolescent de son âge. De ce qu'il en avait vu, sa mère était aimante et consciencieuse, sa maison relativement grande pour deviner qu'il ne devait pas vivre dans le besoin et sa chambre finissait de témoigner sur le fait que ses habitudes quotidiennes étaient tout à fait normales. Il ne rangeait pas sa chambre. Il ne faisait pas son lit. Il avait une passion. Il était un simple lycéen de dix-huit ans. Après tout ce temps à l'avoir côtoyé dans un cadre épouvantable, le jeune homme aux yeux ambre avait l'impression d'avoir changé d'univers.
Aomine se posa sur une chaise, celle de son bureau, et tourna son menton vers le lit pour le désigner à son invité.
"Assied toi."
Comme demandé, Kise s'installa mécaniquement sur le matelas qui grinça sous son poids. Son corps était totalement raide et saccadé, comme celui d'un robot. Il était si nerveux qu'il hésitait à bouger ne serait-ce qu'un doigt et il se refusait toujours à regarder son hôte dans les yeux. Cependant, il put remarquer que bien qu'Aomine ait enlevé sa veste d'uniforme, il lui restait toujours sa chemise blanche. Il était sûrement resté comme ça tout la journée, puisqu'il a dû rentrer ce matin depuis le lycée. Les pupilles ambre firent le tour de la pièce, le silence presque collé à la peau par le malaise. Peut-être qu'il devrait parler de quelque chose. N'importe quoi. Même un sujet bateau. Une phrase, un mot qui tromperait cette tension intenable.
Non, il y avait plus important. Il était venu ici avec un but bien précis en tête.
Mais quoi?
Ryouta était tellement tendu que son esprit s'était simplement vidé d'un coup pour ne laisser qu'un blanc. Il se rendait compte maintenant que tout le temps passé entre le moment où Aomine lui a ouvert et maintenant, il l'avait passé dans un état second en laissant son corps bouger à sa place. Il essaya désespérément de réorganiser ses idées qui venaient de disparaître en un instant pour reprendre depuis le début ses intentions. Recommencer depuis ses gestes, son parcours. Qu'avait-il prévu de faire dans l'ordre en arrivant ici? Akashi-sensei... le train... le parcours... la maison... la maman... la chambre. Oui, ça y est.
D'abord, donner les devoirs à son camarade.
Et puis...
Trouver ce qu'il savait sur lui.
Cela lui rappela l'accident qui était arrivé aujourd'hui avant qu'il ne revienne. Cette histoire comme quoi il avait frappé Midorima d'un coup de tête. Il se demandait quelles en étaient les raisons. Le blondinet se doutait que ça ne l'avancerait à rien, mais il ne pouvait s'empêcher d'être curieux. Il avait beau chercher, il ne trouvait pas d'explications logiques. Daiki n'aimait pas Shintarô, c'était indéniable, mais il n'irait pas jusqu'à lever la main sur lui. Il se souvenait bien, quand ils avaient partagé une année passée dans la même classe. Même lorsqu'ils furent face-à-face, les deux lycéens avaient montré de l'hostilité l'un envers l'autre, mais aucune véritable violence ne fut démontrée.
C'est vrai, Kise voulait aussi demander à Aomine à propos de... ce jour pluvieux.
Soudain, la scène se projeta dans sa tête comme s'il y était. La froideur humide sur sa peau. La chaleur de son agresseur contre son corps. La douleur dans son ventre. Ses mains tremblèrent, s'agrippant fermement au tissu noir de son pantalon. Pourquoi lui avait-il fait une chose pareille? Il voulait lui demander. Mais il n'y arrivait pas. Les mots restèrent coincés dans sa gorge, impossibles à sortir. Il le savait. Le simple fait de penser à ça le pétrifiait, alors en parler n'était même pas concevable. Non, ce n'était pas uniquement dû au traumatisme. Même quand il essayait d'assembler son esprit afin de pouvoir aborder un sujet, tous ces accidents qui sont intervenus le rendaient confus.
Ce n'était pas bon.
Il devait s'en aller.
Ou du moins, c'est ce qu'il prévoyait de faire une fois ses forces retrouvées, mais ses pupilles miel croisèrent le bleu marine quand il eut le courage de redresser la tête. Il détourna immédiatement son regard, voulant fuir celui qui était perçant de son homologue. Il ne pouvait rien lire dans ces yeux, indifférents comme toujours, alors que lui peinait à se calmer. Comment Daiki se sentait-il en ce moment? Alors qu'il passait le temps dans ce silence, avec son invité qui ne voulait pas le regarder, à quoi pouvait-il bien penser? Il avait l'air tellement stoïque. Comme si rien au monde ne pourrait le chambouler. Inatteignable. Sans sentiment. Sans transparence. C'était ce à quoi le jeune homme blond faisait face.
Reste dans cette ignorance était beaucoup trop dur. Kise n'aurait pas pensé que ce serait aussi douloureux pour lui d'être en face de quelqu'un sans savoir, ni même soupçonner, ce qu'il pensait. Et cette incertitude le faisait se sentir vulnérable. Alors que lui n'arrivait pas à cacher son malaise en face de son camarade. Il devait sûrement transpirer la faiblesse et la peur par tous les pores de la peau. C'était peut-être ça qui le rendait le plus mal. Il ne pouvait pas prévoir ce qu'Aomine pourrait avoir en tête à ce moment. Que faire s'il saisissait cette occasion? Il fallait qu'il rentre. Tout de suite. Avant que quelque chose de mauvais ne se reproduise.
Juste au moment où il fut sur le point de se lever et de partir en excuses bredouillantes, on frappa à la porte.
"Le dîner est prêt, les garçons!"
C'était la voix de la femme d'avant... la maman d'Aomine. Ce dernier se leva toujours sans un mot et ouvrit la porte derrière laquelle la dame était déjà partie. C'était mort. Il ne pouvait pas bousculer le bleuté et partir comme ça maintenant qu'on l'attendait. Il avait loupé sa chance. Il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même. Cependant, grâce à l'intervention de la maîtresse de maison, la lourde atmosphère qui avait commencé à l'étouffer s'était brisée d'un coup et il put respirer normalement. Définitivement, Ryouta ne supportait pas d'être seul avec Daiki. Mais si elle était là, alors rester un peu plus longtemps était envisageable.
Laissant une petite expiration sortit, le blondinet suivit son accompagnateur en sortant de la chambre.
"N'hésitez pas à vous resservir si ça vous plaît."
Lorsqu'il entra dans la salle à manger, une faible lumière venant des lampes et une odeur de nourriture l'accueillit. Des beignets frits et de la soupe miso étaient disposés dans un ensemble de couverts destinés à trois personnes sur la table à manger. Le coeur de Kise se réchauffa d'un coup en voyant cet étalage de nourriture faite maison. Il pourrait bien sûr cuisiner lui-même, mais pas quelque chose d'aussi élaboré. Pour peu qu'il s'en souvienne, il n'avait pas vu autant de plats comme ça depuis qu'il avait quitté la maison de son oncle. Sa femme avait en effet souvent l'habitude de cuisiner ce genre de chose, habituée à la vie en famille. Depuis son départ, le blondinet ne mangeait que des plats industriels.
Cependant, la qualité de la nourriture n'était pas la seule chose qui le rendit soudain attendrit.
Il y avait une atmosphère étrange dans cette pièce. L'atmosphère caractéristique d'une salle dans laquelle toute la famille se réunissait autour d'un bon dîner pour partager leur vie et se réconforter les uns, les autres. Tellement différente de son appartement. Tellement différente de son oncle, quand il mangeait tout le temps dans sa chambre lorsqu'il avait habité chez lui - seule marque de déviance qu'il avait montrée à l'époque- . Non, il n'avait jamais réellement profité d'un véritable repas de famille où il se sentait aimé et accepté, tout simplement parce qu'il ne s'en était jamais senti le droit avec eux. Il prenait simplement son assiette et s'isolait pour ne pas troubler l'harmonie entre cette famille qui n'était pas sienne.
"Je vous en prie, asseyez-vous."
Kise acquiesça timidement et s'installa comme demandé au hasard sur une des chaises, réalisant par la suite qu'il se retrouvait à côté d'Aomine tandis que la femme leur fera face de l'autre côté de la table. En effet, elle n'avait pas encore prit place, faisant des allers-retours entre la cuisine et le salon afin d'apporter les derniers éléments qui manquaient. Elle posa au centre de la pièce une carafe d'eau ainsi qu'une théière parfumée à la menthe. Les serviettes de table et les assiettes étaient déjà posées pour trois, ce qui signifiait qu'ils ne seraient que lui, le fils et la mère pour ce repas.
"Aujourd'hui, je suis en congé." Expliqua-t-elle pour entamer la conversation une fois qu'elle eut fini de tout installer. "Le papa de Daiki et moi-même travaillons, donc le dîner est généralement servi plus tard que cela."
Servant le riz aux adolescents, elle conversa gaiement malgré leur mine renfrognée. Il y avait deux paires de baguettes de leur côté, incontestablement pour Aomine et Kise. Le père de famille rentrera probablement plus tard, sans doute que le blondinet n'aura pas l'occasion de voir son visage. Cette perspective le décevait un peu, car il aurait bien aimé savoir à quoi il ressemblait, surtout par rapport à son fils. Peut être était-il de la même trempe que sa femme? Ou peut-être était-il totalement différent. Bizarrement, le jeune homme sentait que cela n'avait pas d'importance, comme si la mère suffisait à elle seule pour témoigner des liens que les parents entretenaient avec leur fils.
"Bien, n'attendez pas que ça refroidisse; commencez." Encouragea la vieille dame en montrant les plats.
Ryouta pris une des deux paires de baguettes qui lui était destinée entre les doigts et regarda avec hésitation la nourriture. Jusqu'à présent, il n'avait pas vraiment faim - les circonstances avaient de quoi lui couper envie de manger quoi que ce soit- et l'idée d'un dîner aussi tôt dans la journée ne l'avait pas vraiment enchanté. Cependant, en voyant tous ces plats qui semblaient vraiment bons et fais avec amour, et en comptant sur le fait qu'il souffrait de carences alimentaires, son appétit eut vite fait de revenir. Il regarda rapidement Daiki du coin de l'oeil qui avait déjà commencé à manger en silence, s'attaquant aux croquettes.
"Bon appétit." Fit le lycéen aux yeux ambre avant de faire son choix.
Il prit des deux mains la soupe miso en face de lui et y trempa les lèvres afin de prendre une gorgée. La douce saveur de la soupe imprégna sa langue dans une chaleur, presque une brûlure agréable. Il ne grimaça cependant pas car le goût était vraiment incomparable.
"C'est... délicieux."
La maman d'Aomine sourit à cette déclaration avec un rire joyeux.
"Tant mieux, n'hésitez pas à goûter au reste."
Ses épaules se relaxèrent enfin quand il continua de boire et, une fois fini, il regarda les différents plats en essayant de se décider par lequel il mangerait en premier. Les croquettes semblaient croustillantes, s'il faisait confiance dans les goûts de son voisin qui en avait déjà avalé trois ainsi que la moitié de son riz. Néanmoins, ses pupilles miel s'arrêtèrent sur le ragoût qui dégageait une odeur de viande et de légume, promettant un plat assez consistant et nourrissant. Cela lui rappelait des souvenirs, quand sa tante en faisait et lui laissait toujours une assiette dans la cuisine.
La femme en face de lui sembla avoir remarqué son intérêt.
"Ah, je vous en prie, goûtez le ragoût si vous en avez envie. Mon fils aussi aime ça, il en prend assez souvent."
"Oh... oui, merci."
Alors qu'il se servait une petite portion, elle en profita pour enchaîner la conversation sur un ton toujours aussi gai.
"Vous savez, comme je suis très souvent prise par mon emploi, je n'ai pas souvent l'occasion de rencontrer les amis de mon fils, alors j'ai été un peu surprise aujourd'hui. Je suis contente que mon jour de congé tombe aussi bien!"
Kise se sentit un peu coupable en l'entendant annoncer cela d'une manière si innocente. Il n'était pas... son ami. Mais il ne pouvait pas juste dire cela à cette femme si chaleureuse qui semblait convaincue de ce qu'elle disait. Et elle n'avait pas tort de penser cela, si elle ignorait tout des actions de son fils à l'extérieur de la maison, ce qui semblait être le cas. Cependant, autant le blondinet en voulait à Aomine pour tout ce qu'il lui avait fait, autant il ne pouvait décement pas le dire à sa mère, ne serait-ce que par égard envers ses bons sentiments.
"D'ailleurs, cela me rappelle qu'il était censé aller à l'école aujourd'hui, mais il est revenu peu de temps après. Cela m'a vraiment étonnée!" Reprit-elle sur un ton plus sérieux, mais toujours aussi maternel. "J'ai entendu dire de la part du professeur principal qu'il a été impliqué dans une dispute avec un de ses camarades... alors je l'ai réprimandé sur le fait qu'il ne devrait pas causer de problèmes aux autres!"
Daiki continuait de manger sans faire de commentaire, comme s'il n'était pas concerné par ces accusations indirectes. Connaissant la discrétion d'Akashi, elle ne devait certainement pas savoir que son fils avait frappé Midorima.
"Heu... je suis désolée, pourriez-vous me dire de nouveau votre nom jeune homme." Demanda-t-elle un peu confuse.
"Kise..."
"Kise-kun." Son nom semblait prononcé de manière si douce qu'il en fut troublé pendant un moment. "Si cela ne vous dérange pas, pourriez-vous continuer à être un bon ami pour Daiki. Il n'en a pas l'air, mais il a vraiment besoin de quelqu'un sur qui compter. Quelqu'un de son âge."
Cette question le prit vraiment au dépourvu, au point qu'il se sentit désarmé pendant un moment.
"Oui... bien sûr."
Ryouta ne pouvait pas dire "non" à quelqu'un qui le lui demandait sur un ton aussi bienveillant. Surtout qu'il sentait bien qu'elle était totalement franche dans sa demande. Elle semblait réellement s'inquiéter pour le bien-être de son enfant, et voyait-elle sans doute en lui quelqu'un sur qui il pourrait s'appuyer. Sûrement le seul d'ailleurs. Le genre de sentiment auquel il n'a jamais eu à faire de la part de sa famille. Daiki était décidément bien chanceux de vivre dans un contexte pareil. Sa gentille maman. Ce repas chaleureux. Cette maison accueillante. Tout ce dont il avait rêvé, et qu'il s'était pourtant interdit durant de longues années, se sachant illégitime à un tel bonheur. Et pourtant ce soir, il en avait un avant-goût qui le rendait envieux.
Alors qu'il se servit des croquettes, Kise en profita pour regarder l'expression de son camarade. Même si l'adolescent mâte ne disait rien, le blondinet sentait que l'atmosphère devenait beaucoup plus tendre rien que par les traits de son visage beaucoup plus détendu. Même ses étranges rides et cernes autour des yeux lui semblaient moins creusés désormais. Au lycée, Aomine mettait toujours un mur entre lui et les autres, mais maintenant qu'il le voyait au quotidien entouré du cocon familial, il était beaucoup plus fragile. Comme si l'adolescent aux yeux ambre venait de rentrer délicatement dans un des coins intimes de son camarade pour faire tomber ce masque d'indifférence et gratter ce qu'il y avait derrière.
Et pour une raison quelconque, Ryouta ressentait un étrange sentiment de solitude.
Même si Daiki semblait posé et tout à fait accoutumé à manger avec sa mère, sans doute en silence, quelque chose n'allait pas. Peut-être qu'il n'avait pas l'habitude de parler, mais ce genre de chose était courant, même en face de sa famille, surtout pour les adolescents. Tout simplement parce que cela devait être dans son caractère d'être aussi introverti. Cependant, le blondinet avait l'impression que cet isolement n'était pas simplement dû à un simple trait de personnalité, mais quelque chose de bien plus profond. Et quelque part, ça ne lui était pas si inconnu que ça. Peut-être se fourvoyait-il, mais il avait l'impression que son camarade portait un lourd poids sur les épaules qui anéantissait totalement ses relations avec sa famille.
Tout le long du dîner, alors qu'il appréciait le charme du repas chaud, Kise continuait de se demander dans un coin de son esprit d'où cette mélancolie pouvait-elle bien lui venir.
oOoOoOoOoOoOoOoOo
Bientôt vingt heures, il fallait qu'il songe à rentrer.
Takao était assis sur le sofa à sa place habituelle depuis trois bonnes heures à guetter la porte menant aux locaux destinés aux employés - tout du moins, c'est ce que disait le panneau-. Il y avait vu beaucoup de membre du personnel y entrer et sortir, certains jeunes, d'autres moins. À part une ou deux exceptions, aucun client n'était passé par là, à part ceux qui semblaient être plus gradés que les barmans. Maintenant qu'il y pensait, l'adolescent brun ne souvenait pas avoir vu le patron pour le moment. Tant mieux, car même si la politique envers les mineurs semblait être souple, il y avait quand même une réputation à garder. Même s'il était sûr d'avoir vu au moins un ou deux lycéens ici, mais il n'était pas sûr vu leur apparence.
Par contre, toujours aucun signe de Murasakibara.
Aujourd'hui, Kazunari était venu sans l'avoir aperçu mais simplement sur un coup de tête, ou plutôt une envie de continuer ses recherches. Il n'était même pas sûr s'il était en train d'attendre en vain une personne qui n'allait de toute façon pas se présenter aujourd'hui, mais s'il ne tentait rien, il n'aura jamais de réponse. Peut-être était-ce son imagination, mais il avait l'impression que le serveur était moins négligent avec lui étant donné que c'était sa deuxième visite. Il n'était bien sûr pas un habitué, mais l'adolescent sentait lui-même qu'il était bien plus détendu que la première fois. Il ne ressentait plus autant de gêne à commander une boisson ou à vérifier tout le temps le regard des autres clients sur lui.
Cette fois, le lycéen aux yeux gris avait cependant décidé de s'en tenir à un jus de fruit, sachant qu'il devra en recommander pour pouvoir rester ici. Son portefeuille ne tolérerait pas qu'il enchaîne l'alcool aussi rapidement, ni son foie d'ailleurs. Cependant, malgré son intérêt pour sa santé, il se surprenait, en regardant ses voisins de table consommer leur cigarette de luxe, de regretter d'être non-fumeur. Le temps passait horriblement lentement au fur et à mesure qu'il attendait, et il ne pouvait même pas se concentrer sur autre chose au risque de rater sa cible. S'il avait de quoi s'occuper les mains, sans doute que cela l'aiderait à ronger son frein, même s'il savait que ce serait une mauvaise idée.
En même temps, tout ce qui arrivait ces derniers temps le poussaient à commencer le tabac ne serait-ce que pour penser à autre chose.
Après sa première tentative pour filer Murasakibara, Midorima était revenu au lycée. D'un point de vue extérieur, il eut l'air comme d'habitude, mais Takao n'avait pas été dupe, et il avait bien vu à quel point il avait été pâle et fatigué. Pourtant, l'adolescent vert n'avait pas tenté de le cacher, il ne l'avait même pas repoussé lorsqu'il avait décidé, comme toujours, de lui tenir compagnie en dehors des cours. Mille et une questions lui avaient brûlé les lèvres; sur son état de santé, sur ses parents, sur les autres... Mais l'adolescent brun connaissait son camarade et les liens qu'il y avait entre eux; il ne lui dira rien et sans doute voudra-t-il mettre un terme à leur fragile relation s'il commençait à l'interroger.
Kazunari ne voulait pas rompre ce qui le liait à Shintarô, alors il avait décidé de taire toutes ses interrogations, tous ses doutes, toutes ses suspicions en sa présence et d'enquêter dans son coin en espérant trouver ses réponses tout seul.
Cependant, il y avait un moment où il ne put se retenir; c'était ce matin. Il n'avait pas été présent à ce moment-là, mais l'agitation suffit à elle seule pour lui mettre la puce à l'oreille et les rumeurs finirent de le renseigner. Shin-chan s'était fait frapper par Aomine. Il n'en connaissait, ni les conditions, ni les raisons, mais ce simple fait avait suffis à lui faire voir rouge. Malheureusement, il l'apprit beaucoup trop tard, quand les deux concernés étaient déjà rentrés chez eux, il ne put donc confronter ni l'un, ni l'autre. Et sans doute était-ce une bonne chose car il n'aurait pas pu retenir ses pulsions en face d'eux. Il avait simplement envoyé un mail à son camarade qui l'avait élégamment envoyé sur les roses, comme d'habitude.
Cependant, même maintenant qu'il y repensait à tête posée, il ne pouvait s'empêcher d'éprouver de la rancoeur et de l'inquiétude.
Même si ce n'était pas la première fois qu'il en voulait à Aomine, ni la dernière fois qu'il se rongeait les sangs pour Midorima, il s'étonnerait toujours de ressentir cela. Takao savait pourtant que les deux jeunes hommes ne s'entendaient absolument pas. Il le savait depuis la première minute qu'il les avait connu. Cependant, il n'aurait jamais imaginé que cela puisse le toucher à ce point. Au point d'espionner un type dans un bar. Il avait beau tenter de se raisonner, le lycéen de troisième année ne pouvait s'empêcher de se trouver ridicule. Il eut un rire amer en se disant que c'était sans doute la paranoïa de Shin-Chan qui avait finit par le contaminer.
Maintenant qu'il y pensait, combien de temps cela faisait-il qu'il le collait ainsi? Depuis le début de sa seconde année il lui semblait.
Ah oui, il s'en souvenait encore de ce fameux jour...
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Les pétales de cerisiers lui cachaient la vue alors qu'il se dirigeait vers le lycée. Les vacances d'été étaient finies, et il était temps pour lui de recommencer une nouvelle année.
Kazunari Takao aimait voir les choses d'une manière beaucoup plus romancée, alors qu'il ne s'agissait que d'une rentrée scolaire. Mais il aimait s'imaginer qu'il allait faire de nouvelles rencontres et vivre de nouvelles choses durant cette seconde année de lycée. En particulier parce que la première le lui avait promis sans vraiment le satisfaire. Cela faisait des mois qu'il entendait de vagues rumeurs de la part de ses potes sur le lycée et plus particulièrement, sur des gars d'autres classes que la sienne. Étant d'un naturel curieux et espiègle, il avait toujours voulu en avoir le coeur net, mais bizarrement, quand qu'il demandait des précisions, les gens devenaient beaucoup moins informés.
Cela l'avait un peu médusé, mais étant nouveau, il avait vite compris que ces bruits de couloir devenaient tabous dès qu'on cherchait à en identifier la source. Comme si s'informer un peu plus sur le fantôme allait le rendre réel et transformer l'imaginaire en réalité. L'adolescent aux cheveux bruns su alors qu'une espèce de superstition était partagée par l'ensemble des élèves de ce lycée. Une règle implicite dictant que l'on avait le droit de parler de supernaturel, d'horreur, et de tout ce qui pourrait être étrange ou dérangeant qui se serait déroulé dans ces lieux, mais uniquement au conditionnel, et jamais chercher à en savoir plus que ce que le bouche-à-oreille voulait bien nous apprendre.
Encore jeune et peu accoutumé, Takao avait décidé de faire profil bas la première année en essayant d'être le plus attentif possible aux discussions, se créant au passage un grand cercle d'amis.
Cependant, cette année, il était bien décidé à découvrir des choses.
Après avoir vérifié la liste répartissant les élèves dans chaque classe, il se dirigea vers la salle attribuée à la sienne sans réelle appréhension. Il y reconnaissait quelques noms avec lesquels il avait déjà partagé l'année précédente, mais ils étaient globalement tous assez inconnus à ses yeux. Cela présageait de nouvelles rencontrer, et donc de nouvelles amitiés. Fort guilleret de cela, il ouvrit la porte de la pièce et eut la surprise de tomber sur un assemblement d'élèves qui ne partageaient visiblement pas sa joie. Mettant cela sur le compte de la nostalgie des vacances, il partit rejoindre un petit groupe dont faisaient partie deux lycéens qu'il connaissait déjà, favorisant son intégration à la discussion.
Une fois les salutations et présentations faites, cette dernière reprit sur un ton assez étrange.
"Je sens déjà arriver d'ici le surnom pour notre classe, genre "La classe maudite" ou "La classe des détraqués" " Déclara un des garçons mécontent.
"Oh n'exagère pas, d'accord, il y en a quelques-uns qui craignent, mais bon, c'est un ou deux sur une trentaine, ils ne vont pas tout chambouler tout seul." Tenta de rassurer son voisin.
"Et puis Kise est dans notre classe, ça compense largement!" S'exclama une fille en tenant ses joues rouges.
"Je sais pas... lui aussi il est bizarre; il est tout le temps malade, tout le temps absent."
"C'est parce qu'il a une santé fragile, idiot!"
"Personnellement, ce n'est pas vraiment lui qui me flanque le plus les boules mais l'autre, avec les lunettes là..."
"Ah je vois ce que tu veux dire... l'histoire de l'horloge?"
"Ouai... et puis des fois tu le vois traîner près de la chapelle en train de regarder des trucs. Une fois en cours de théologie, il ne s'est pas gêné pour parler d'histoire de démon, de monstre caché sous terre et ce genre de chose quand la prof a eu la bonne idée de lui demander son avis."
"Arrête, je vais flipper maintenant!"
Takao écouta d'une oreille un peu désabusée cet échange dynamique qui le laissait aussi curieux que perplexe. Plus il les écoutait, plus il se sentait intrigué sur ces élèves étranges, le dernier cité en particulier qui semblait être un cas à lui tout seul. Il savait que ce n'était pas nécessaire qu'il demande des noms, en voyant comment ses camarades les décrivaient, il n'aurait aucun mal à les reconnaître une fois au complet. La conversation dévia ensuite sur un autre élève, moins bizarre que le précédent mais visiblement tout aussi intimidant qu'il valait mieux éviter de contrarier, surtout du fait de sa taille hors normes.
La discussion cessa lorsque la sonnerie retentit, avec elle arrivèrent les derniers retardataires pour le premier cours.
Comme le voulait la coutume, le professeur principal ouvrit cette dernière en se présentant, lui ainsi que sa matière. Bien qu'il l'ait peut-être croisé une ou deux fois, son visage était totalement étranger à Takao qui ne l'avait encore jamais eu comme enseignant. Mais il n'avait pas besoin d'en savoir plus sur lui pour le craindre. En effet cet homme lui inspirait d'emblée un respect, voir une terreur d'un simple regard. Malgré sa taille en dessous de la moyenne, aucun lycéen n'oserait très certainement le regarder de haut, même en mesurant un mètre de plus. L'adolescent brun sentit d'ailleurs que toute la classe s'était mise dans une espèce de garde-à-vous, même assise, à l'entrée de cet homme.
Eh bien, en y regardant de plus près, il y avait tout de même quelques exceptions.
Tout d'abord ce type tout au fond tellement immense qu'il serait impensable de mettre quelqu'un derrière lui s'il espérait pouvoir lire le tableau. Non seulement il semblait assez détendu contrairement à ses camarades, mais en plus Kazunari remarqua très clairement un sac de chips sur ses genoux dans lequel il piochait de temps à autre sous le nez de leur professeur. Et ce dernier ne disait rien -car il était impensable qu'il ne l'aie pas vu-. Le deuxième bravant farouchement l'autorité était plutôt devant, affalé sur sa chaise et baillant à s'en décrocher la mâchoire, il démontrait un clair m'en-foutisme à ce que disait l'adulte sans se faire le moins du monde réprimander. Il semblait d'ailleurs qu'il se soit endormis sur son pupitre au bout d'un moment.
Le troisième, le plus intrigant, était ce binoclard aux cheveux verts.
Le plus intriguant en effet, car contrairement aux deux autres, il ne montrait pas une quelconque forme d'irrespect pour son professeur. Il était propre sur lui, son uniforme parfaitement fermé et ajusté et sa coiffure, bien qu'étrange de par sa couleur, était plutôt soignée. Grâce à sa vision aiguisée, Takao pouvait même dire qu'il prenait grand soin de ses mains, voyant de sa place ses ongles limés et ses doigts bandés minutieusement. Et il était poli. Les rares fois où il prenait la parole, il répondait juste d'un langage soutenu et très pointilleux sur la syntaxe. Non, ce jeune homme défiait son professeur du simple fait qu'il ne baissait jamais les yeux en face de lui alors que les autres avaient le nez rivé sur leur copie.
Takao ne pouvait s'empêcher de trouver cela intrigant, de montrer à la fois un comportement aussi respectable et pourtant une arrogance assumée et clairement identifiable dans le ton de sa voix.
Lorsque la pause fut annoncée, il ne réfléchit même pas à ce qu'il était en train de faire ou pourquoi; il se leva et se dirigea directement vers le bureau auquel lequel ce type étrange était assis. Comme il s'y attendait, personne à part lui n'eut l'idée de venir l'aborder. Le solitaire était actuellement en train d'écouter quelque chose sur son téléphone, peut-être une musique ou la radio, mais ce qui frappa surtout Kazunari était l'étrange objet qui décorait le pupitre. Une grenouille vert, peut-être en peluche, mais assez sobre dans son design. Le genre de chose qu'il ne pensera pas retrouver sur la table de travail d'un aussi étrange personnage.
Son plus beau sourire en place, le jeune homme brun entama la conversation.
"Salut, je suis Takao Kazunari, je suis assis quelques places plus loin que toi."
"Ah..."
Cette réponse courte et simple suffisait en elle-même pour lui transmettre le message le plus important de la part de son interlocuteur; il s'en fichait. Cependant, l'adolescent aux yeux gris n'allait pas se décourager pour si peu.
"C'est quoi ce petit animal sur ta table?"
"L'objet chanceux du jour pour les Cancers selon Oha-asa." Répondit le garçon en redressant ses lunettes comme si cette affirmation allait de soi.
"Qui?"
Kazunari crut qu'il allait se faire foudroyer d'un simple regard, et sans doute envoyé sur les roses, mais à sa grande surprise, son interlocuteur lui expliqua en détail qui était Oha-Asa et surtout l'importance qu'elle avait à ses yeux. Et de manière assez surprenante, la discussion prit d'emblée une tournure beaucoup plus fluide. Malgré les rires occasionnels de la part du brun, le jeune homme aux cheveux verts laissa le reste de la conversation se poursuivre et divaguer plutôt sur Takao. Ce dernier tenta bien de ramener le sujet sur le lycéen à lunette lui-même, mais ce dernier se bloquait immédiatement. Il s'estimait déjà assez chanceux à'avoir réussi à lui délier la langue, sans doute en ayant touché sans le vouloir ce qui le passionnait le plus, il n'allait pas le forcer.
Ce n'est qu'un peu plus tard, lorsque les cours de la deuxième période finirent et qu'il rejoignait les autres pour la pause-déjeuner sans retrouver son camarade qu'il apprit le nom de ce dernier.
Midorima Shintarô, aussi connu comme plus bizarre et le moins fréquentable mec de tout le lycée.
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Bien sûr, Takao avait tout de suite compris grâce à ses anciens amis que Shin-Chan avait une très mauvaise réputation, il qu'il aurait mieux fallu pour lui qu'il s'en tienne éloigné.
Cependant, même après cet avertissement, il avait continué à rechercher la compagnie de son camarade à lunettes, le harcelant même parfois pour rester avec lui tandis que les autres ne comprenaient pas. Lui-même ne comprenait pas pour être exact. Mais en voyant Midorima, il avait senti qu'il y avait quelque chose avec lui. Il lui avait semblé si fier, si parfait, qu'il avait eut envie d'en savoir plus, quitte à avoir à son tour de sales rumeurs qui couraient sur lui. Il avait eu pleinement conscience à ce moment-là dans quoi il s'engageait, comme une sorte de pressentiment sur tous les fantômes que Shintarô cachait. Et la lourde croix invisiblement qu'il avait clairement vu peser sur les épaules.
Ce ne fut pas simple au départ.
Midorima était très méfiant de nature et n'avait pas compris - à juste titre- pourquoi Takao s'acharnait tant à vouloir devenir son ami. L'adolescent brun ne comptait plus le nombre de vents, comparables à des râteaux, qu'il avait ramassés à cette période, encore et encore. Mais il ne s'était pas découragé malgré les regards tordus et les murmures dans son dos. Pour être honnête, il n'aurait pas pensé que ses efforts paieraient un jour, faisant cela plus par conviction personnelle qu'autre chose, et pour tuer l'ennuie aussi. Mais à sa grande surprise, après quelques semaines d'acharnement, Midorima lui-même l'avait accosté et demandé de le suivre sans dire autre chose. Ils étaient arrivés au garage à vélo et, comme une phrase scellant leur destin, il lui avait annoncé:
"Si tu tiens tant que ça à rester avec moi, nous jouerons à pile ou face chaque jour. Celui qui perd devra tirer le gagnant à vélo."
Cela lui avait semblé farfelu, mais Kazunari avait accepté juste pour avoir le plaisir de voir ce mec si fier pédaler pendant qu'il était tranquillement installé.
Il n'en a jamais eu l'occasion.
Mais cette chance insolente n'avait fait qu'ajouter plus d'intérêt à ses yeux. Et puis...
Et puis était arrivé un jour où il avait aussi découvert une autre part bien plus sombre chez son camarade. Une part dont personne ne se doutait. Ce fut après le début du crépuscule, lorsqu'il attendait Shin-Chan près des vélos, comme d'habitude. L'attente le rendant impatient et certain de ne l'avoir vu passer nul part pour sortir, il s'était alors aventuré à l'intérieur du lycée pour le chercher. Le souvenir vague des rumeurs concernant l'horloge en train de sonner lui était revenue en tête et, il ne savait pour quelle raison, son corps avait commencé à trembler. Un mauvais pressentiment l'avait envahi au fur et à mesure qu'il s'était approché des toilettes des hommes au premier étage, comme guidé par son instinct.
Ce qu'il y avait vu avait fini de le lier malgré lui à Midorima.
Il n'avait pas eu tous les détails, ce fut même très superficiel et très sombre sur ce qu'était vraiment son camarade, mais ce dernier lui en avait suffisamment dit pour comprendre qu'il n'était pas comme eux. Eux, les gens normaux. Eux, ceux qui avaient un corps ordinaire. Dès lors, Shintarô lui avait semblé convaincu qu'il s'éloignerait de lui mais l'inverse s'était produit: Kazunari s'était montré d'autant plus déterminé à rester avec lui et l'accompagner où qu'il aille, comme s'il avait peur de quelque chose. Et désormais partageant son horrible secret, l'adolescent vert n'avait plus vraiment eu le choix que de le laisser rester. Et leur seconde année s'était relativement bien déroulée malgré quelques petites scènes.
Mais tout avait basculé depuis le début de cette année, et Takao était déterminé à résoudre cette histoire.
Le bruit de la petite clochette signalant l'entrée de quelqu'un le fit sursauter dans ses rêveries, mais il eut la déception de voir encore un client anonyme et non sa cible.
Encore une fois, il semblerait que ce soir, il allait repartir bredouille...
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Après avoir fini de manger et le temps de prendre le chemin inverse pour rentrer, Kise se rendit compte qu'il était déjà neuf heures passées en arrivant à son appartement
Il n'avait pourtant pas traîné une fois le dîner terminé, mais ce dernier avait duré assez longtemps, notamment parce que la maman d'Aomine lui avait beaucoup parlé pendant et après le repas. Elle lui avait confessé juste avant qu'il ne parte qu'elle était vraiment contente d'avoir reçu la visite d'un camarade de classe de Daiki et l'avait explicitement invité à revenir quand il le désirait. Bien qu'il ne compte pas remettre les pieds de sitôt dans cette maison, le blondinet en fut touché car il sentait vraiment une sincérité aimante de la part de cette femme qui semblait déjà le considérer comme faisant partie du cercle familial alors qu'elle ne le connaissait même pas.
Il fallait croire que c'était son statut de camarade de lycée qui lui donnait ce privilège, car il avait surtout entendu des choses sur l'école de la part de la vieille femme. Elle lui avait raconté que son fils ne lui parlait absolument pas de sa vie scolaire, qu'elle ne le connaissait qu'à travers son bulletin trimestriel, qui était passable dans l'ensemble avec peu de commentaires. Mais rien sur ses relations, qu'elles soient amicales ou amoureuses, ou sur son club de sports auquel il n'allait visiblement jamais, que ce soit pour l'entraînement ou simplement le plaisir. Cela dit, Aomine ne semblait pas agir de la même manière chez lui qu'au lycée, de ce que Kise en avait vu aujourd'hui. Il semblait plus posé, plus calme, moins grossier aussi...
Alors pourquoi ce sentiment de solitude omniprésente le tiraillait-il autant?
Tout en changea de vêtement pour la nuit et donnant leur nourriture journalière aux poissons, Ryouta se posait cette question sans parvenir à trouver d'explication. Il fut tellement concentré qu'il en oublia les petits résidus qui continuaient à tomber dans l'eau et du rapidement s'arrêter avant de faire une bêtise. Depuis qu'il était revenu, il était agité et il avait du mal à se détendre -encore plus que d'habitude-. Peut-être à cause de sa fatigue mentale, qui expliquerait aussi ses absences. Après tout, il n'était pas totalement remis de sa semaine infernale. Qui plus est, rentrer dans la maison d'Aomine tout seul avait fait monter en lui une horrible vague de stress, même si cette histoire s'était plutôt bien finie.
D'ailleurs... Kise était partit sans avoir achevé son but finalement.
Quand l'occasion s'était présentée, il aurait pu demander. Il avait voulu demander. Mais il en avait été tout simplement incapable. Pétrifié sur place, il avait manqué ce moment si précieux où ils furent seuls, face-à-face pour avoir ses réponses. Le blondinet s'en était bien douté, qu'il ne pourra pas agir naturellement avec Aomine, mais il n'aurait jamais cru qu'il serait resté figé comme une statut, incapable de bouger, incapable de parler. Incapable même de se souvenir de ce qu'il devait faire. Et il ne pouvait pas blâmer la présence imposante de son camarade, car maintenant qu'il se visualisait la scène avec recul, il ne lui paraissait plus aussi intimidant.
Choqué par son propre comportement, Ryouta quitta le salon pour la cuisine dans la perspective d'un verre d'eau avant d'aller se coucher. Lorsqu'il regarda à l'intérieur de l'évier, il remarqua la présence d'une espèce d'écorce rouge écrabouillée. Un morceau de chair mort. Sans doute celui qu'il avait cru se débarrasser en le noyant sous les eaux. Mais de toute évidence, certaines de ces créatures avaient la peau plus dure que d'autres, même quand elles ne bougeaient plus. Le souvenir de ces terribles jours lui revenant en tête, il tourna son regard de la preuve de cette atrocité, n'osant pas y toucher de suite. Il avait beau avoir cohabité avec eux, le fait d'être revenu dans le monde normal lui rappelait après coup à quel point elles étaient immondes.
À côté de l'évier se trouvait un petit tupperware retourné pour sécher. Celui qu'il avait utilisé pour transporter l'un d'entre eux.
Kise ne savait pas comment expliquer ce phénomène. Ces choses apparaissaient, disparaissaient, pendant ses crises. Quelquefois, il était tenté de penser qu'elles n'étaient que le fruit de son esprit malade, et que peut-être qu'en avouant son cas à un médecin spécialisé, il obtiendrait les bons médicaments pour s'en débarrasser. Mais d'autres fois, quand il les avait en face de lui - comme maintenant- il n'arrivait pas à accepter le fait qu'elles n'existaient pas tant elles paraissaient réelles. Accepter... Le blondinet avait l'impression que l'existence de ces créatures tournait autour de cela. Il ne savait pourquoi.
Laissant tomber l'idée de se désaltérer au robinet, il se rabattit sur le robinet de la salle de bain puis partirent se coucher.
Le moment du dîner lui revient en mémoire alors qu'il était allongé sur son lit et avec eux, les moments de son enfance pendant lesquels il avait habité chez son oncle. Ryouta avait beau chercher dans son esprit, il ne se souvenait pas avoir goûté un repas chaud comme celui-ci. Il n'a jamais eu de père attentif ou de mère protectrice et il y avait renoncé désormais. Mais il se sentait envieux par rapport à Aomine de pouvoir jouir de tout cela. Et déconcerté de son attitude alors qu'il avait le cadre parfait pour vivre paisiblement. Il ne comprenait pas pourquoi, en ayant été élevé dans cette famille, il soit devenu le sale type qu'il connaissait aujourd'hui.
Cependant, Kise avait vu ce soir un Aomine que personne ne connaissait, et il était forcé d'avouer qu'il en retirait un certain sentiment de fierté. C'était sans doute étrange de le penser de cette manière, mais son camarade lui avait paru plus humain qu'au lycée. Rien n'avait pourtant réellement changé dans son comportement, mais le simple fait d'avoir été à côté de lui, de le voir manger avec sa mère, d'entendre cette dernière parler de lui en toute innocence avait adouci son image. Mais plus que tout, c'est cet isolement ambiant qui l'avait frappé tout le long du dîner. Une nostalgie, quelque chose, pas forcément lourd, mais pesant au coeur qui l'avait indéniablement touché.
Le profil du lycéen bleuté se dessina dans l'esprit du blondinet, tel qu'il l'avait perçu durant tout le repas juste avant qu'il ne s'endorme; celle d'un adolescent beaucoup plus triste que celui qu'il voyait quotidiennement.
