Douceur liquide

Auteur: Woshi

Disclaimer: Ni Kuroko no Basket, ni Sweet Pool ne m'appartiennent

Raiting: M pour cause de scènes sanglantes et sexuelles

Genre: UA, Angst, Drame, Tragedy, School life, Romance, Yaoi, Gore, Surnaturel, Mpreg d'une certaine manière

Note: Yay, j'ai réussit à finir ce chapitre avant Japan Expo! Et j'ai l'impression que mes chapitres se rallongent au fur et à mesure XD Sinon... que dire de plus à part que je favorise certains persos en ce moment, mais ce n'est pas pour ça que je vais délaisser les autres, je vous rassure. Les infos sur les protagonistes viennent, comme d'habitude, au compte-goutte, mais j'espère quand même que vous apprécierez ce moment en leur compagnie ~ Sur ce, je vous souhaite une bonne lecture et vous remercie encore pour vos mots d'amour ~

[ OST Saya no Uta - Seek / OST Sweet Pool - Scène (Warp 02) ]


Le jour suivant, le temps semblait aussi nuageux que la veille.

Avec sa condition physique assez stable, Kise s'était rendu au lycée ce matin sans incident. Il n'eut pas de soucis pour se réveiller, ni de sensation de fatigue particulière, et se sentait même un peu mieux que d'habitude. Peut-être parce qu'il avait mangé un bon repas chaud la veille. Un repas digne d'être qualifié ainsi, varié et équilibré en plus d'être sain et nutritif, contrairement aux plats instantanés qu'il avait l'habitude de se faire. C'est vrai que maintenant qu'il y pensait, cela faisait longtemps que l'on savait sa santé fragile, mais son état s'était particulièrement dégradé depuis qu'il avait commencé à habiter seul, et donc se nourrir seul. Sans doute avait-il appris à se négliger lui-même à force...

Levant ses yeux ambre au ciel, le blondinet constata que le temps était assez rare pour cette période de l'année, car peu de nuages cachaient la chaleur du soleil. Mais il se doutait que la pluie n'allait pas tarder à revenir, malheureusement. Il continua sa route sans encombre jusqu'au portail puis à l'intérieur du lycée, sans croiser quelconque individu perturbateur, pour son plus grand soulagement. Entrant dans la classe, il alla s'asseoir à son pupitre, posant son sac d'affaire pour observer à travers la fenêtre les rayons lumineux, mais timides, éclairer la cour. N'ayant rien d'intéressant à voir, il regarda alors l'intérieur de la classe.

Quelques lycéens étaient présents, mais aucun n'était venu l'aborder, comme c'était le cas déjà depuis quelque temps. Kise devait avouer qu'il trouvait cela reposant de ne plus être harcelé en permanence, même s'il se doutait que derrière son dos, ça devait énormément parler. Ses pupilles dorées se posèrent sur le bureau de Kurokocchi, qui n'était pas encore arrivé. Il se rendit compte avec tristesse que présent ou non, personne ne ferait la différence de toute façon. Un peu plus loin, il pouvait cependant apercevoir Kagamicchi. Lui aussi était plongé dans la contemplation du jardin extérieur plutôt que faire attention à son entourage.

Pourtant, à un moment, il eut l'idée de tourner ses yeux carmin directement sur Kise, comme s'il l'avait repéré immédiatement par instinct.

Il les détourna immédiatement mais le blondinet put sentir toute l'intensité de son regard qui lui déplaisait énormément. Cela ne ressemblait pas à ses yeux habituels et surtout, c'était une expression beaucoup trop familière à son goût. Pour la première fois avec ce type, il se sentait mal à l'aise. Décidant de concentrer son esprit sur autre chose, Kise prépara ses affaires pour la première heure. Comme il était silencieux, tranquille mais aussi attentif, les bruits de couloir et de classe parvinrent facilement à ses oreilles. À force de les entendre, l'adolescent blond avait appris à les discerner, surtout lorsqu'il était le premier concerné.

"... au final, Aomine s'est pris simplement un avertissement pour la bagarre d'hier." Conclu un des garçons que Ryouta avait appris à connaître comme celui qui était généralement au centre de ce genre de commérage.

"Ah bon? Du coup il va se pointer aujourd'hui?" Demanda un de ses amis.

"Sûrement. Apparemment, ils ont laissé couler, puisque Aomine n'a jamais causé de problème avant. Même quand il s'embrouillait avec Kagami, ça restait des insultes, et en plus c'est Kagami qui le provoque généralement..."

D'un réflexe commun, les membres du groupe de discussion tournèrent leurs yeux vers le concerné qui, soit n'avait pas entendu, soit faisait semblant de ne pas entendre. Prenant cela comme un feu vert implicite, ils continuèrent.

"En plus Aomine, ce n'est pas n'importe qui pour le lycée... Il est très doué, tu sais, pour le basket. Il est dans l'équipe du lycée depuis trois ans, et il est passé titulaire dès la première année! Il joue tous les matchs et il a mené le lycée à gagner tous les tournois interlycées! On dit d'ailleurs qu'il fait à lui tout seul l'ensemble des matchs."

"Wouah! C'est trop génial!" S'extasia une des filles en se tenant les joues.

"Ouai, du coup forcément, ils ne peuvent pas trop se permettre de le blâmer, sinon ça pénaliserait l'équipe de basket."

"Il est donc ce genre de type... un prodige auquel on passe tout."

Le son d'une porte que l'on ouvrait résonna dans l'ensemble de la pièce dans un grincement sinistre. Comme s'ils l'avaient compris comme signe précurseur du prochain visiteur, l'ensemble des occupants se tue d'un coup. Celui qui venait d'ouvrir était Aomine. À croire qu'il avait deviné qu'on parlait de lui. Le groupe de lycéen se sentit soudain très mal à l'aise, et également un peu apeuré à l'idée qu'il les ait entendu. Cependant, après un coup d'oeil rapide à l'ensemble de la classe, le jeune homme mâté entra tranquillement, les épaules détendu sans émaner aucune hostilité. Comprenant qu'il n'y avait rien à craindre, la classe reprit lentement vie.

Kise laissa échapper un soupire en regardant derrière sa chaise; les étudiants qui discutaient tantôt d'Aomine venaient radicalement de changer de sujet.

Reportant son attention sur son camarade, Ryouta pouvait dire par son regard froid et son expression figée que le mur qui s'était un peu affaissé quand il l'avait visité hier était revenu aujourd'hui. Daiki ressemblait à une poupée sans vie. Peut-être était-ce parce qu'il connaissait une autre partie de lui que cela donnait un sentiment étrange au blondinet de le voir ainsi. Il était en effet assez confus, comme s'il venait de passer du jour à la nuit en quelques secondes. Plus il essayait de le connaître, moins il en savait sur son camarade. Lequel était le vrai? Celui qui l'importunait implacablement au lycée, ou celui qui lui faisait de la peine au sein de son intimité?

S'apercevant qu'il avait baissé la tête pour réfléchir, il la releva en sentant la présence de quelqu'un devant lui. Aominecchi.

C'est vrai... ce n'était pas sa classe ici, alors pourquoi était-il venu? Pour parler avec Kurokocchi? Régler un compte avec Kagamicchi? Visiblement, il semblerait que non. Il serait allé voir directement les concernés plutôt que se poster devant lui comme une armoire de glace. Il se pencha face à Kise qui était toujours sur ses gardes et, de manière inattendue, il posa quelque chose sur son bureau. Le blondinet, par sa forme et sa couleur, reconnu immédiatement l'objet comme étant son portefeuille. Mais comment avait-il pu tomber entre les mains de ce type?

"Tu l'as oublié hier." Répondit le concerné à sa question muette.

À ces mots, il se rendit compte qu'il avait sûrement dû le perdre chez lui. À ce moment-là, ces pensées avaient tellement été embrouillées, même après, qu'il n'en n'avait plus eu les pieds totalement sur terre. Comme il le gardait toujours dans sa poche arrière, le blondinet supposa qu'il était tombé sur le lit lorsqu'il s'était assis. Et bien sûr, perdu comme il le fut, il ne s'en était pas rendu compte immédiatement, même ce matin. Aomine l'avait donc récupéré et ramené ici pour le lui rendre. 'Merci'. C'est tout ce qu'il pouvait, et devait, dire. Mais pour une raison obscure, il n'y arrivait pas. Il était obstiné, mais surtout mortifié. Kise était beaucoup trop pensif, voire lunatique, et c'était humiliant de voir ce mec si calme et réfléchi alors que lui-même agissait de manière si maladroite.

Alors qu'il reprenait ses esprits, il sentit quelque chose de froid toucher sa nuque. Levant les yeux par surprise, il vit Aomine le bras tendu vers lui, sa main au niveau de son cou alors qu'il laissait courir un doigt sur sa peau. Son corps trembla alors que Kise se rappelait comment il avait été touché de la sorte avant par ce même individu. Ses doigts... Ils étaient longs, et fins, mais étrangement, ils ne dégageaient pas cette chaleur bouillante comme la dernière fois. Cependant, le blondinet savait à quel point ils étaient puissants. S'il le voulait, le bleuté pourrait les faire glisser jusqu'à sa trachée et l'étrangler sans difficulté. Pourtant, la douceur dans son geste était telle que rien ne pourrait le présager.

Kise dégagea rapidement la main d'Aomine, préférant ne pas se souvenir de ce moment pénible, et le regarda agacé.

"C'était quoi ça?"

"Ça sort encore..." Répondit le lycéen bronzé à voix basse.

"Qu'est-ce qui..."

Comme si un éclat de compréhension venait de le traverser, Ryouta écarquilla les yeux et posa sa main sur sa nuque pour vérifier.

Quelque chose d'humide, qui s'avérait être un fin liquide rouge, coulait sur sa chair sans qu'il n'ait pourtant de blessure apparente. Encore... Depuis combien de temps ça sortait? Les autres étudiants ne l'ont-ils pas remarqué ou bien... ou bien était-ce une illusion? Pourtant, si Daiki le voyait aussi, ça ne pouvait pas être le cas. Alors il avait eu de la chance cette fois qu'il le lui ait fait remarquer avant mais... Mais à quoi pensait-il? Toucher quelque chose de répugnant comme cela... comme le sang de quelqu'un d'autre! L'adolescent aux yeux ambre savait bien que ce mec était dérangé, mais à ce point-là!

Sans ajouter quoi que ce soit, Aomine ferma les doigts qui avaient touché la nuque de Kise à l'intérieur de la paume de sa main, cachant ainsi toute preuve sanglante. Le blondinet se sentit captivé par cette action. Ces doigts... venaient de le toucher. Ils l'avaient déjà touché. Bien ailleurs que sa nuque. La température de son corps monta soudainement et douloureusement, comme une montée de fièvre. Oui, il connaissait son toucher, et toutes les conséquences qui lui étaient liées. Leurs yeux ne se quittèrent pas une seconde alors qu'il se sentait déjà toute chose rien qu'avec cet échange. Un soupire semblait vouloir s'échapper de ses lèvres, comme une plainte, une supplique implicite adressée à son camarade de faire quelque chose.

"Laisse le tranquille!"

Une voix grave et bourrue le sortit alors de sa transe et une large silhouette trompa alors tout contact visuel avec Aomine. Ce dos appartenait à Kagami qui s'était mis entre ce dernier et Kise.

"T'as rien à faire ici, et t'emmerde Kise. Dégage!"

L'adolescent aux cheveux rouges regardait celui à la tignasse bleu nuit avec un visage assez furieux. Une aura clairement violente, voire meurtrière émanait de lui tandis que son homologue ne répondit rien à cette agression verbale. Ryouta ne comprenait pas très bien ce qu'il essayait de faire car, quand bien même il était vrai qu'il se sentait étrange avec Daiki, il ne pouvait pas vraiment dire qu'il se montrait si désagréable avec lui. Il était juste... comme d'habitude. Silencieux et mystérieux. Cependant, agacé par cette nonchalance, Taïga semblait décidé de mettre les points sur les i sans qu'on lui ait demandé quoi que ce soit.

"T'es chiant quand tu t'y mets, et c'est évident qu'il n'a pas envie de te voir, pigé!"

"Heu... Kagamicchi?" Tenta l'intéressé, perdu par cet entêtement.

"Dégage je te dis, et ne reviens plus!"

Kise était réellement ahuri par la scène qui se passait sous ses yeux. Bien sûr, ce n'était pas nouveau de voir Kagami se prendre la tête avec Aomine. En revanche, c'était la première fois qui était la source de ce conflit, et il ne comprenait absolument pas pourquoi Kagami semblait si concerné par son cas. Ce n'est pas comme le rouquin et le blondinet entretenaient des relations amicales sincères, bien que le lycéen aux yeux ambre ait tenté une ou deux fois de lui parler. Cependant, après avoir compris que nouer un lien superficiel avec lui ne servait à rien face à ce bloc de rock, il décida de lâcher l'affaire comme avec Midorima l'an passé.

Alors pourquoi diable avait-il décidé aujourd'hui de prendre sa défense sans lui demander son avis?

Les autres étudiants regardaient aussi l'interaction, mal à l'aise.

"Ça suffit Kagamicchi!" S'exclama Ryouta en élevant la voix, tout aussi gêné qu'eux.

"... Pourquoi?"

Dans ce murmure haineux, Taïga se retourna vers son camarade qui crut alors qu'il allait le tuer sur place. Un frisson d'angoisse et de terreur le fit trembler sous le coup alors qu'il observait les traits du visage du lycéen aux cheveux rouges qui étaient crispés, comme s'il souffrait de quelque chose. Mais le plus effrayant était la lueur dans ses yeux carmin qui ne présageait rien de bon. Ce regard, le blondinet le connaissait. Jusqu'à présent, ça lui était resté vague, mais maintenant qu'il était en face de lui, tout lui revint en mémoire. Kagami avait exactement le même regard que Midorima et Aomine ce fameux jour pluvieux.

"Vous vous êtes tous passés le mot sur ce type hein? D'abord Kuroko, ensuite toi... Qu'est-ce qu'il a de si bien pour vous!?"

À ces mots, comme par instinct, ou peut-être réflexe, Kise tourna un instant son regard sur Kurokocchi qui fronça les sourcils. Le garçon aux yeux ronds était jusque-là resté spectateur passif de la scène, aussi perplexe que le blondinet quant au comportement du lycéen rougeoyant, mais il comprit désormais que cela ne concernait pas uniquement son ami. Ce dernier avait le sentiment qu'il savait pourquoi Kagami était en train de perdre la tête, mais visiblement, cela n'encouragea pas Tetsuya à se défendre, ou même intervenir pour le moment. Mais vraiment... qu'est-ce que Kuroko venait faire là-dedans? Ou plutôt, qu'est ce que Kise venait faire là-dedans?

"Qu'est-ce que tu racontes Kagamicchi? Calme toi!"

"La ferme!"

En lâchant ces mots, Kagami se saisit violemment du col d'Aomine, visiblement décidé d'en arriver aux mains. Un cri aigu de peur retentit de la part d'une élève présente et le reste de la classe resta interdit devant la tournure des événement, incapable de faire quoi que ce soit sinon regarder ce début de bagarre impuissante. Il sentait sûrement que même en s'y mettant à cinq -en supposant qu'ils en aient le courage-, ils n'arriveraient pas à arrêter l'adolescent aux yeux carmin. L'idée même de bouger pour signaler le problème à un responsable les terrifiait, n'ayant pas envie que cette colère destructrice se retourne contre eux.

"Kagamicchi, arrête!"

Dans un élan de bravoure, Kise se leva de sa chaise en répétant cette supplique dans l'espoir que son camarade entende raison. De son côté, Aomine eut enfin la bonne idée de saisir les épaules de Kagami afin de le repousser, éventuellement se protéger. Il le regardait néanmoins silencieusement, son expression ne reflétant rien sinon un ennuie face à cette situation qui lui semblait presque normale. Comme si, d'une certaine manière, il s'y était attendu. Cela ne sembla pas plaire du tout à Kagami qui raffermit sa prise d'une main et serra le poing de l'autre, dans l'attention claire de briser cette expression stoïque qu'il n'arrivait plus à supporter.

"Kagami-kun, ça suffit!" Réagit enfin Kuroko à son tour, ne pouvant plus rester inactif devant ça.

Malheureusement, comme toujours, il fut totalement ignoré.

"La ferme! La ferme! La ferme!"

Au moment où Kagami hurla ces mots de manière répétée et quasiment démente, la cloche du lycée retentit comme signalant le début des cours. Cependant, aucun des quatre concernés par la querelle ne sembla l'entendre, tous se regardant comme des chiens de faïence, prêts à bondir l'un sur l'autre en cas de faux pas. Les élèves, abattus par cet ultime argument, préférèrent regagner rapidement leur place plutôt que les aider à interrompre la querelle pour une raison évidente à tous. Une voix profonde mais rigide retentit pile à la fin de la sonnerie.

"Oh! Je ne tolère aucune agitation quand je rentre dans ma... Mais qu'êtes-vous en train de faire?!"

Akashi Seijurô se stoppa après avoir fait quelques pas à l'intérieur de la pièce en regardant le petit groupe toujours debout. Leur position et ce qu'ils devaient certainement être en train de faire avant qu'il n'arrive ne lui plurent absolument pas. Il s'approcha d'eux alors que Kise et Kuroko reculèrent par crainte.

"Taïga, arrête cela tout de suite." Fit-il d'une voix calme mais dangereusement.

"La ferme! Lâchez... lâchez-moi!"

Bien que le professeur ait été sérieux, le lycéen aux cheveux rouges n'écouta pas ses ordres sous-entendant des menaces dans sa folie. Il finit cependant par se faire évacuer de la classe de manière assez douloureuse tandis qu'Aomine le regardait faire tranquillement. Une fois qu'Akashi en eut fini avec Kagami, il le confia à des surveillants puis revint dans la pièce sous le regard terrifié des élèves, tant par cette rage non justifiée que par le fait que leur enseignant ait réussi à lui tout seul à la contenir. Kise, Kuroko et Aomine regagnèrent chacun leur place respective et le cours commença un peu plus tard que prévu sous une pression paralysante, l'incident ayant mis l'adulte de très mauvaise humeur.

Cela ne convainc pourtant pas le lycéen blond de se concentrer sur l'heure qui suivit tant il était confus sur ce qui venait d'arriver, et il y pensa toute la journée.

OoOoOoOoOoOoOoOoO

La journée était finie pour tous les étudiants, mais pas pour Kise. Convoqué par Akashi, il était obligé de rester jusqu'à ce que ce dernier l'appelle, sans doute afin de parler de l'incident de ce matin. Aomine et Kagami étaient passés avant lui, et bizarrement Kuroko fut dispensé de l'entretien alors qu'il s'était pourtant aussi mêlé de ce conflit. Le jeune homme aux yeux ambre n'était pas sûr si c'était volontaire de la part de l'enseignant de l'écarter de cette affaire ou s'il l'avait tout simplement oublié, comme cela arrivait souvent avec son camarade invisible. Ce dernier était donc parti, l'air assez confus et préoccupé sans qu'il ait le temps de lui poser de questions.

Attendant donc dans la classe, Ryouta remarqua qu'il restait encore d'autres étudiants parlant de divers sujets d'une voix lourde, comme à leur habitude. Le lycéen soupira, lançant un regard à la vitre plutôt que garder son attention sur des commérages bruyants et inutiles. Le soleil couchait essayait de dissimuler ses formes sous les nuages obscurs, se cachant parfois derrière les buildings quand il tournait la tête. Les couleurs sanguines dépeignaient des ombres inquiétantes sur une surfage rougeoyante et tremblante. Le crépuscule lui parut effrayant de cette perspective. À travers son malaise, la conversation des autres étudiants atteignit malgré lui ses oreilles.

Il détestait faire ça, mais le blondinet les écouta afin de tromper son malaise.

"... Je veux dire, hier c'était Midorima, aujourd'hui Kagami. Aomine n'est vraiment pas clean comme mec!" S'enquit un des participants à la conversation sur un ton désabusé.

"Ouai, mais Kagami n'était pas un peu bizarre lui aussi?" Interrogea une des filles.

"C'est vrai que ce n'est pas la première fois qu'on le voit se prendre la tête avec Aomine, mais là, c'était quand même violent!"

"Ne m'en parle pas, j'y étais..."

"Et t'as vu ce qui est arrivé?"

"Ouai..."

"Il était..."

Ce début de phrase ne trouva pas de fin. Les étudiants laissèrent un silence inhabituel prendre le pas sur la conversation qu'ils menaient, comme s'ils avaient peur de la finir. Ils ne risquaient pourtant pas grand-chose; Taïga était déjà parti et Daiki en tête à tête avec Akashi dans sa salle de laboratoire. Mais ce n'était visiblement pas ces deux-là auxquels les adolescents faisaient attention. Sentant des regards sur lui, Ryouta se retourna pour voir les concernés qui l'observaient tout en discutant, comme s'ils le soupçonnaient implicitement d'être la cause de toutes ces perturbations. Il eut un instant d'hésitation, ne sachant s'il devait les ignorer ou leur demander de manière très courtoise s'ils voulaient sa photo.

"Dis Kise, tu es ami avec Aomine, non?" Demanda finalement un des membres du groupe, sentant son agacement.

Son ton était pourtant amical, le jeune homme semblant réellement intéressé par le sujet. Ses camarades s'approchèrent alors de lui pour l'encercler autour de son pupitre tandis qu'il restait assis. C'était assez étrange, car il y a peu, cela aurait été une situation totalement banale que Kise pouvait aisément maîtriser. Après tout, il était assez populaire, il avait l'habitude qu'on le sollicite pour des histoires, des rumeurs, qu'on lui demande son avis sur des sujets assez superficiels, mais qui excitaient les amateurs de ragots. Aujourd'hui, pourtant, il se sentait clairement étouffé par cet élan d'intérêt. Peut-être parce qu'il en était la cible principale.

"Tout à l'heure, vous avez parlé, non? Et puis vous vous voyez de temps à autre aussi!" Enchaîna un autre garçon, visiblement sûr de ses propos.

"Ah mais oui, vous étiez de corvée de ménage la semaine dernière, c'est ça?"

"Whouah! C'est vraiment inattendu que vous soyez amis!" S'exclama une fille, visiblement excitée par l'idée alors qu'il n'y avait franchement pas de quoi se réjouir.

"Tu savais qu'il avait frappé Midorima hier? C'était violent là aussi!"

"Dis, tu saurais pas pourquoi il a fait ça?"

"Et Kagami, dis! Tu sais ce qu'il y a entre eux justement?"

Il était bombardé par des questions, à droite, à gauche, auxquelles il n'avait même pas le temps de réfléchir tant elles s'enchaînaient. Une curiosité se dégageait clairement du ton de leur voix, ce qui eut pour effet d'irriter encore plus le lycéen aux yeux miel. Il se sentait comme une bête de foire, assaillit ainsi par ces gens avides et voyeurs. Ils le regardaient avec une ignorance aussi répugnante que cruelle, le torturant de questions qu'il se posait déjà depuis longtemps, et attendaient une réponse alors que lui-même n'en savait rien. Il en avait marre de ces visages anonymes qui se rapprochaient de lui sans tenir compte de son espace vitale. Il en avait marre de faire semblant...

Kise soupira longuement en fermant les yeux pour tenter de se calmer.

Puis il les regarda sans vraiment les voir avec une expression ennuyée qui les laissa confus. Peut-être contrariés. Un moment inconfortable passa entre le blondinet et le groupe, pendant lequel il n'eut aucune intention de répondre, ni même de leur parler. Il n'avait rien à dire. Encore moins à eux, qui ne se préoccupaient pas de son état psychologique. Il se demanda vaguement pendant un instant s'il ne devrait pas aller ailleurs en attendant Akashi. Un endroit désert si possible. La porte de la salle de classe s'ouvrit avant que l'un d'eux n'ait le temps de faire quoi que ce soit, et Aomine entra de manière presque théâtrale pendant ce moment vide.

Les étudiants qui s'étaient agglutinés autour de Kise se dispersèrent rapidement, quand bien même ce ne serait pas une scène surprenante aux yeux d'un tier connaissant la popularité - certes sur le déclin- du garçon blond.

"À ton tour. Dans la salle de labo numéros 3 " Fit s'implement l'adolescent hâlé de peau.

Ne se faisant pas prier, Ryouta se leva en agrippant son sac et quitta la salle de classe sans un regard, que ce soit pour le groupe indiscret ou Daiki lui-même.

Dans la salle de laboratoire, Akashi l'attendait appuyée contre l'un des bureaux, semblant s'être également apaisé depuis l'incident du matin. Kise entra légèrement soulagé de constater que son humeur s'était calmée, et qu'il n'avait pas échappé à la guillotine pour la chaise électrique. Baignée ainsi dans le crépuscule avec les rideaux ouverts mais les lumières éteintes, la grande pièce avait moins l'air d'une salle de scientifique que d'un lieu étrange voué à un culte obscur. Le carrelage et le mobilier reflétaient la lumière orangée, les chaises étaient parfaitement rangées devant les éviers dédiés aux expériences; il ne manquerait plus que quelques bougies.

"Ryouta." Déclara le professeur aux cheveux rouges avec un sourire en le regardant avec cette même bienveillance. "Désolé de t'avoir convoqué aussi. J'ai l'impression que nous nous voyons beaucoup en ce moment. Je t'en prie, installes-toi."

Encore une fois, l'étudiant blond obéit docilement, souhaitant en finir le plus vite possible avec cette discussion car personnellement, cela le réjouissait beaucoup moins que son enseignant. Semblant comprendre sa hâte, l'adulte aux yeux hétérochromes décida d'entrer directement dans le vif du sujet sans passer par des détours inutiles qui leur feraient perdre du temps à tous les deux.

"À propos de Daiki et Taïga, j'ai cru comprendre que tu avais été au milieu de cette histoire. Même si tu n'as rien fait directement."

"Oui..."

Il ne pouvait pas le nier. La raison pour laquelle Kagami avait commencé à menacer verbalement Aomine, c'est pour que ce dernier le laisse tranquille. Quand bien même le jeune homme aux yeux ambre n'avait rien demandé, ni à lui, ni à personne. Il ne comprenait pas pourquoi l'adolescent aux cheveux rouges s'en était pris aussi violemment au bleuté. Certes, il s'était senti étrange, mais cela n'avait rien changé de d'habitude. Et surtout, ça ne le regardait pas. Pendant quelques instants, les pensées de Kise allèrent vers Kuroko. Lui aussi, il avait été brievement mentionné, et il trouvait cela honnêtement plus logique.

"C'est ce qu'ils m'ont dit quand je les ai convoqué."

"Quel genre... de discussion avez-vous eu avec eux."

Le blondinet était assez curieux d'imaginer comment ces deux-là pouvaient bien se défendre, ou même parler en présence du professeur de biologie. Sûrement qu'Aominecchi garderait ce silence insolent et répondrait brièvement uniquement que lorsqu'il serait obligé, et si ça se trouve ne raconterait même pas la vérité. Quant à Kagamicchi, il serait sans doute plus réactif et plus sur la défensive, surtout en présence d'Akashi avec lequel il avait des relations houleuses. En y repensant, le lycéen était étonné que son professeur se soit adouci après avoir parlé avec le rouquin. Il était sûr que, les laisser tous les deux seuls dans une même pièce, aurait pu mal finir. Il s'était visiblement trompé puisqu'il n'y avait pas de mort à déclarer.

Ou alors l'adulte était très doué pour dissimuler un cadavre et faire disparaître toute trace de son crime.

"Hmph..." Marmonna ce dernier, visiblement contrarié, laissant supposer au blondinet qu'il avait eut raison de douter. "Ils ne m'ont pas dit grand-chose pour être exacte. Mais Taïga a reconnu que tout était de sa faute, bien qu'il ne se soit pas excusé d'avoir volontairement déclenché cette querelle."

Un instant vide de bruit passa entre les deux hommes avant que le plus vieux ne ricane doucement. Ryouta ne pouvait dire de qui il se moquait, ou même pourquoi mais cela l'irrita grandement.

"Eh bien, ce n'est pas comme si les relations tumultueuses qu'il y a entre ces deux-là étaient vraiment secrètes!" Finit-il par expliquer avec une expression sarcastique et narquoise, comme s'il accusait implicitement le blondinet d'avoir aggravé ce fait. "Comme pour Shintarô, je vais fermer les yeux pour cette fois. Veille juste à ce que ça ne se reproduise pas si tu en as l'occasion. Et garde cela pour toi, on pourrait croire que je fais du favoritisme."

Sur cette confession, il mit un doigt sur ses lèvres en regardant son élève d'un air complice. Ce dernier le fixa perplexe et peu enjoué malgré cette tentative de détente. Il n'aimait pas la manière dont son professeur sous-entendait que la mauvaise entente entre Aomine et Kagami dépendait en grande partie de lui, alors qu'il n'avait strictement rien fait depuis que d'habitude. Il essayait même de se faire le plus discret possible. Mais aussi et surtout, il trouvait que l'homme se moquait de lui. Ne pas punir une poignée d'élève alors que les circonstances l'exigeaient était du favoritisme, peu importe la manière dont il lui présentait ça.

Cependant, Kise s'abstint de lui faire toute remarque car il avait la malchance d'être dans cette poignée d'élèves favorisés.

"Bien." Conclut l'enseignant d'un ton satisfait. "Je voulais juste confirmer cela avec toi, donc tu peux t'en aller... Ah non c'est vrai! Encore une toute petite chose."

Le jeune homme aux pupilles miel cru un instant qu'il allait pouvoir s'en sortir comme cela, mais l'homme en face de lui avait décidément pris un malin plaisir à lui prouver l'inverse. Oui, Ryouta n'imaginait pas une seule seconde qu'il ne l'ait pas fait exprès, comme si cela l'amusait de voir son visage mortifié en se rendant compte qu'il n'était toujours pas libre. Condamné à rester encore un moment pour savoir ce que le scientifique lui voulait, le blondinet lui fit un signe muet d'enchaîner. Akashi se remit alors dans une position un peu plus convenable, sa blouse blanche trop grande pour lui tombant sur ses poignets et à ses mollets.

"C'est au sujet d'une créature pathétique... tu connais le Mermecolion?"

"Non..." Répondit Kise, peu sûr de comprendre où il voulait en venir.

Mermecolion. Un mot bien étrange dont il n'avait jamais entendu parler jusque-là et qui ne réveillait aucun écho familier en lui.

"C'est un monstre à moitié lion, à moitié fourmis." Expliqua le rouquin d'une voix experte. "Une théorie suggère qu'il est née à cause de sperme de lion qui s'est répandu dans les oeufs de fourmis."

Tandis que le blondinet eut un haussement de sourcils perplexe sur la vraisemblance de cette hypothèse, l'enseignant eut un rire assez sinistre qui lui fit froid dans le dos.

"C'est une apparence plutôt triste, tu ne trouves pas? Être un lion et une fourmi... d'un côté, la force brute, la sauvagerie, la domination, et de l'autre, l'obéissance, l'insignifiance et l'organisation. Rien que par ces natures contradictoires, cette créature aurait eu du mal à trouver un équilibre."

"Je suppose..." Marmonna le lycéen, toujours incertain quant à ce que l'adulte essayait de lui dire.

"Il y avait par-dessus tout une chose qui était problématique à cette étrange combinaison, tu sais laquelle?"

Cette question le laissa froid, comme si on était en train de lui faire passer un oral de biologie sur un sujet assez douteux. Sauf qu'il n'avait absolument pas travaillé son sujet; il n'en avait aucune idée. Le simple fait d'imaginer un tel animal était déjà très dur pour lui, rien que son concept. Lui demander d'envisager des théories autours était hors de sa portée. Il tourna sa tête doucement de droite à gauche en signe de négation. Akashi lui donna un regard ennuyé, typique de ceux qu'il avait quand un de ses élèves ne trouvait pas de réponse à un problème qui était -selon lui- simple à résoudre.

"Tu abandonnes vite! La réponse est la viande." Soupira-t-il en se prenant ses cheveux couleur sang dans les mains. "Les lions sont carnivores, tu le sais. La partie lion voulait de la viande que la partie fourmis ne pouvait digérer et par ailleurs, la fourmi elle-même avait un régime alimentaire qui ne convenait pas au lion. Au final, il ne pouvait rien manger puisqu'il rejetait tout, et il est mort de faim peu de temps après sa naissance. Personne ne savait le but de l'existence de cette créature."

À la fin de cette explication, Kise ne ressentit pas grand-chose de plus ou de moins qu'avant. C'était certainement une histoire tragique, mais tellement farfelue qu'il ne pouvait pas vraiment se sentir concerné ou même se la représenter.

"Une telle créature existait-elle vraiment?" S'enquit-il, pensif.

"Non, c'est un mythe. D'ailleurs il est biologiquement faux."

Avec cette expression antipathique que tout le monde lui connaissait, le professeur croisa les bras d'un air supérieur, typique de ces moments où il pensait tout savoir et ne se gênait pas pour l'étaler devant les autres.

"Qu'est-ce que ça pourrait être d'autre? Quand il y eut des erreurs de traduction des textes en hébreu, en grec, cette histoire est apparue. La naissance secrète de la pauvre fourmi-lion."

"Ah..."

Il donna accidentellement cette réponse négligeant car au fond, il était vrai qu'il s'en fichait un peu de ces histoires de mythologie. En passant le fait qu'il n'était pas un grand amateur d'histoire ancienne, et même d'histoire tout court, il y voyait encore moins d'intérêt quand ces fameux récits étaient inventés de toutes pièces. Kise n'aimait que ce qui était concret, surtout pour ce genre de chose. Plus que tout, il se demandait où Akashi-sensei désirait en venir avec cette conversation sur un sujet sortie de nulle part qui ne l'intéressait, ni de près, ni de loin. Ce dernier ne sembla cependant pas s'offusquer de son insolence manque d'attention.

Il tourna plutôt la tête sur le côté sans le regarder, ses yeux et son expression faciale cachées par ses cheveux carmin.

"Mais tu vois..."Fit-il mystérieusement d'un ton plus bas. "En pensant à cette histoire, je me disais que si le lion, ou la fourmi, avait tué l'autre partie, peut-être aurait-il pu survivre. Après tout, s'ils ne peuvent coexister, alors ils sont une nuisance l'un pour l'autre."

Le jeune homme eut à ce moment l'étrange sensation qu'un courant d'air glacé venait de traverser la pièce par cette déclaration qui était cruellement logique. Il ne pouvait le nier lui-même.

"Le mermecolion est un mythe." Enchaîna l'homme. "Mais son état n'est pas si éloigné de celle de notre monde en perpétuelle compétition... C'est comme la société humaine; elle ne pourrait pas survivre avec une autre espèce à ses côtés qui aurait des buts totalement différents de ce qu'elle s'est fixée. Avec le même destin tragique."

Un sourire étrange était apparu sur son visage, mais ce n'est pas tant ça qui frappa le blondinet, habitué à ces expressions de requin de sa part. C'était la froideur dans sa voix qui le mettait mal à l'aise, bien plus que d'ordinaire. Il connaissait déjà bien son professeur qui était sérieux, distant et imbu de lui-même, mais il n'aurait pas cru un jour qu'il lui montrerait une facette bien plus étrange de sa personnalité. Il se prit à regretter lorsque Akashi-sensei s'inquiétait sur son état de santé et lui posait des questions. Car dans ces moments, il n'avait pas l'impression d'être en face d'un personnage inhumain qui semblait être en train de lui faire part de ses sombres desseins.

"Quoi qu'il en soit!" Reprit l'enseignant d'un tout autre ton qui rompit le silence pesant entre eux. "C'est un sujet assez vaste, je te l'avoue! Tu sais, enseigner la science peut parfois être très stressant, surtout quand on a des élèves compliqués."

Il avait totalement changé de personnalité en une seconde. Cela ne fit qu'augmenter un peu plus le malaise de Kise qui ne savait plus comment réagir et regardait désespérément la porte de sortie de la salle de chimie.

"Au fait, merci d'avoir accepté de ramener ses devoirs à Daiki."

"De rien..." Fit Ryouta, extrêmement confus par la tournure de la conversation qu'il n'arrivait plus à suivre.

Il se demanda un instant s'il n'avait pas fait le même cinéma aux deux autres, comme pour les punir à sa manière d'avoir perturbé le début de son cour. Il était assez tordu pour imaginer un tel scénario.

"De quoi d'autre voulais-je te parler?" S'interrogea-t-il en se tenant le menton, comme pour feinter une réflexion alors qu'il devait sûrement le savoir. "Ah oui c'est vrai! Je me souviens maintenant."

Son regard hétérochrome redevint bien plus sérieux et concerné sur son étudiant.

"Tu sais Ryouta, j'essaie toujours de maintenir ma classe à un niveau satisfaisant."

De quoi parlait-il soudain? Confus et anxieux, le concerné attendit la suite comme l'annonce d'une mauvaise nouvelle.

"Cela est valable pour toi aussi tu sais. Ce que je te demande, c'est d'être présent à chacun de mes cours pour t'assurer de réussir mes examens."

Frappé là où ça faisait mal, Kise se retrouva tout d'un coup bien désarmé pour lui répondre, ou même se défendre. C'est vrai qu'il avait manqué beaucoup de cours ces derniers temps à cause de sa santé. Signalant à Akashi par son silence qu'il comprenait la situation, ce dernier hocha la tête, un peu adouci.

" Il n'y a pas grand-chose que tu puisses faire, tu dois guérir. Cependant, à ce rythme, les résultats de tes examens risquent d'être affectés, et cela ne concerne pas uniquement ma matière mais toutes les autres. Je sais bien que tu as des soucis, mais il y a des attentes derrière; la direction du lycée, ta famille... tu ne voudrais pas décevoir ton oncle, n'est-ce pas?"

L'adolescent serra les dents à cette évocation qui était un point faible et sensible chez lui. Bien sûr, il ne voulait pas décevoir son oncle; c'est lui qui finançait tout ce dont il avait besoin pour mener ses études à terme. Échouer une deuxième fois lui était inconcevable.

"Si cela ne tenait qu'à moi, j'aurais aimé t'enseigner beaucoup, mais je ne peux pas. Je n'en ai pas le temps, et comme je te l'ai déjà dit, je ne peux pas faire de favoritisme..."

Le professeur fit de nouveau une petite pause, laissant un suspense agaçant.

"J'ai demandé une faveur à Daiki. Ses résultats ne sont pas les meilleurs du lycée, mais il a un niveau suffisant pour suivre les cours. En outre, il est obligé de garder des résultats décents pour pouvoir continuer à jouer dans le club de basket. Son entraineur et toute son équipe lui mettent énormément de pression étant donné qu'il est leur As et qu'ils ne peuvent pas se passer de lui pour les matchs."

"L'équipe de basket..."

Il semblait à Kise qu'il ait déjà entendu quelque chose comme ça auparavant sur Aomine. Comme quoi il faisait les matchs à lui tout seul tant son niveau était effrayant. Pour être honnête, le lycéen aux yeux dorés ne l'avait jamais vu à l'oeuvre, que ce soit aux entrainements, ou aux matchs officiels. Il n'avait tout simplement pas le temps de s'intéresser à cela. Il se souvenait juste un jour être passé à proximité du gymnase et y avoir entendu des bruits de balles. Mais comme son état physique le lui interdisait, il n'avait pas poussé la curiosité plus loin et avait passé son chemin.

Mais que pouvait bien avoir demandé Akashi à Aomine et surtout, quel rapport avec tout cela?

"Par conséquent, afin de t'aider à suivre le rythme des cours, vous réviserez et ferez vos devoirs ensemble jusqu'au prochain test. Ce sera une bonne occasion pour approfondir votre amitié."

Kise resta un moment interdit face à cette annonce.

"Ce que vous voulez dire..."

"Exactement ce que je viens de dire." Répliqua sèchement l'enseignant, comme s'il ne tolérait aucune autre interprétation. "A moins que tu ne sois pas d'accord?"

Ryouta tourna la tête, silencieux et piégé par cette question rhétorique. Il n'était pas d'accord. Cela n'allait pas du tout. Étudier avec Daiki? Pourquoi lui, de toutes les personnes présentes dans ce lycée? Il y avait tellement d'autres étudiants, bien plus doués que le basketteur, pour ça. Mais bien sûr, ces autres étudiants n'étaient pas dans le collimateur du professeur de biologie, pour son plus grand malheur. Cela devait être Aomine, et personne d'autre. C'était peut-être pour son bien, mais Kise aurait aimé qu'Akashi lui parle de cela d'avance. Éventuellement qu'il lui demande son avis...

"Je ne suis pas habitué à ce genre de chose..." Tenta-t-il sans réelle conviction.

"Non? Eh bien... Pour être honnête, Daiki a récemment été impliqué dans des querelles avec deux de ses camarades, et personne n'est aveugle dans cet établissement, les rumeurs vont vites et je dois quand même faire mine de prendre des sanctions. Je lui ai dit que c'était sa punition de te donner des cours de soutien, Ryouta." Expliqua l'enseignant sans paraître pour le moins du monde gêné. "De toute façon, ce n'est pas comme si cela gâchait son précieux temps libre passé à dormir sur le toit de l'école à l'insu des autres professeurs. Il ne prend même plus la peine de venir aux entrainements de son équipe de basket après les cours -soi-disant que c'est trop ennuyeux-, alors autant qu'il rentabilise ce temps en quelque chose d'utile pour tous, tu ne penses pas?"

Il prit le temps de regarder l'expression médusée de son élève qui ne semblait pas totalement convaincue par cet argument. Quelque part, ce que faisait Aomine de ses journées ne le regardait pas vraiment, et il s'en fichait un peu. Cela eut le mérite de faire sourire son professeur, quoique de marnière un peu moqueuse.

"Eh bien, ça a réellement l'air d'être une punition pour toi. Mais dis-toi que c'est aussi une nouvelle occasion de t'expliquer avec lui. Fais de ton mieux, d'accord?"

"Comprit..."

Le blondinet acquiesça à contre coeur sans objecter. Quand bien même la présence du bleuté le rendait bizarre, voire malade, d'un oeil extérieur, ce n'était pas si terrible que cela de le forcer à réviser en compagnie d'un camarade. Il ne pouvait donc pas contester de manière légitime sans entrer dans les détails. Et la dernière chose qu'il désirait, c'était bien expliquer pourquoi cela le dérangeait à ce point. Surtout avec cet homme qui, de toute façon, ferait la sourde oreille. De plus, c'est vrai, il ne voulait pas passer de temps avec Aomine, parce qu'il savait qu'il ne l'aimait pas mais...

Mais pour être honnête, il n'en était plus aussi sûr.

"Si tu as besoin de quoi que ce soit, n'hésite pas à m'en faire part."

"D'accord... dans ce cas, je vais y aller."

Kise se redressa du bureau et partit rapidement de la salle de laboratoire après les politesses habituelles.

Il sentit un malaise se diffuser dans sa poitrine au fur et à mesure qu'il progressait dans le couloir. Il allait prendre des cours avec Daiki. Il n'arrivait pas à s'imaginer cela. Pas du tout. Ce type n'était pas un élève studieux. Ryouta n'était pas un élève studieux. Et l'atmosphère était tellement étrange entre eux qu'il se demandait comment ils allaient pouvoir parler de biologie et de chimie de manière naturelle sans que ça dérape. Surtout en connaissant l'éloquence légendaire de son camarade. Sérieusement, qu'est-ce qu'il était censé faire? Même l'idée de voir cela comme une opportunité d'en savoir plus sur son camarade ne suffisait plus à le motiver un tant soit peu.

D'humeur sombre, le jeune homme blonde descendit les escaliers pour aller récupérer ses chaussures.

OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoO

En changeant ses chaussures dans le hall d'entrée, l'adolescent blond se rendit compte qu'il pleuvait à l'extérieur.

Le ciel qui avait été clair ce matin semblait désormais recouvert d'épais nuages gris alors que le crépuscule mourant assombrissait de plus en plus l'horizon. Bien qu'encore à l'intérieur du lycée, il puisse déjà sentir l'air humide coller à sa peau dénudée. Ne s'étant pas attendu à ce qu'il pleuve aujourd'hui, il n'avait pas pris la précaution d'amener un parapluie avec lui. Et il y avait fort à parier que plus aucune de ses connaissances qui pourrait lui en prêter un ne trainait encore à l'intérieur du bâtiment à cette heure avancée. De toute façon, cela lui aurait demandé de faire un effort pour feinter la sympathie, et il ne s'en sentait pas mentalement capable à ce moment. Mais tout de même, si ça avait pu lui éviter ce calvaire...

Kise détestait la pluie.

Il faisait tout pour s'en tenir éloigné et ne pas avoir de contact afin de rester sec. Le bruit, l'odeur, la vue et la sensation sur son corps lui rappelaient de terribles souvenirs qui lui étaient liés. Chaque goutte qui s'incrustait sur sa peau le répugnait car elles lui faisaient revivre le toucher de ces doigts fantômes. Il frissonna légèrement en se souvenant de la froideur de la pluie qui avait cohabité avec la chaleur étouffante à ce moment-là. La douleur qu'il avait ressentie. Le plaisir qu'il avait rejeté. L'humiliation qu'elle avait arrosée. Elle était sans doute la pire témoin qu'il puisse imaginer. Car elle revenait sans cesse et irrégulièrement lui remettre en face la dure réalité.

Ryouta pensait patienter à l'abri jusqu'à ce qu'elle cesse, ou au moins diminue d'intensité, mais il n'avait aucune d'idée quand ce sera. Évidemment, il n'avait pas regardé la météo le matin, et si elle durait toute la soirée, voir la nuit, il était bon pour attendre un long moment. Et il n'avait pas vraiment envie de planter la tente dans cette école qui lui paraissait maintenant bien moins sûre qu'avant. Il n'avait pas d'autres choix que d'endurer et courir jusque chez lui sous cette douche froide et désagréable. Son corps n'allait pas aimer, surtout si peu de temps après s'être rétablie, mais ce n'est pas comme s'il pouvait faire autrement.

Alors qu'il s'imaginait le meilleur moyen de rentrer en se mouillant le moins sur le chemin, quelque chose bloqua sa vision. Ses yeux ambres, fixés sur le ciel gris, se brouilla, comme devenue floue.

Lorsqu'il se retourna, il fut choqué.

Aomine était là, en face de lui, un parapluie transparent entre les mains. Ses pupilles bleu roi, blasées comme d'ordinaire, semblaient attendre quelque chose de sa part. Kise n'avait aucune idée de ce qu'il lui voulait. Et pour être franc, il n'avait aucune idée de le savoir maintenant. Beaucoup trop de choses étaient arrivées en l'espace d'une journée, et il n'avait pas encore eu le temps de digérer tout cela. Le blondinet tourna le dos à son camarade immédiatement sans lui dire un seul mot et se dirigea vers la sortie après avoir récupéré ses affaires. Son corps bougeait de lui-même, voulant mettre le plus de distance possible entre lui et son camarade.

Cependant, alors qu'il commençait à marcher sous l'averse, il ne sentit pas ses cheveux ou ses vêtements s'humidifier comme il aurait dû s'y attendre. Le parapluie en vinyl qu'il avait vu tout à l'heure ne l'avait pas quitté et le préservait du temps hostile. Daiki... était en train de le suivre. Même en changeant son rythme de pas, Ryouta comprit que c'était inutile de tenter de le semer. Le parapluie restait au-dessus de sa tête, sans le dépasser ou l'abandonner, comme si c'était volontaire de la part de son possesseur de rester ainsi. Est-ce que l'adolescent bronzé avait réellement l'intention de le protéger de la pluie?

Quand il s'en rendit compte, il se sentit embarrassé.

N'ayant pensé qu'à fuir le jeune homme, cette idée ne lui avait pas traversé l'esprit. Mais comment aurait-il pu puisque son camarade, comme d'habitude, restait taciturne en sa présence, sans jamais expliquer ses agissements. Et surtout... Kise n'aurait jamais vraiment imaginé ce geste de la part d'Aomine. Après tout, il n'était pas le genre de personne à prendre soin des autres comme cela. Tout du moins, ce n'est pas ce qu'il semblait être. Se sentant un peu bête, le blondinet reprit un rythme de marche normal aux côtés du bleuté sans dire un seul mot durant le trajet qui se déroula ainsi de manière silencieuse.

De cette manière, ils passèrent le portail de l'école, déserté de tout épieur, continuant leur chemin jusqu'à la station de train qui leur était commune. Le son des gouttes d'eau frappant contre la matière lisse et transparente finissait par avoir un rythme monotone, leur progression devenant synchrone et tranquille. Ils prirent leur temps durant le trajet, accompagnés par ces bruits ambiants banaux mais reposants. Une scène extrêmement commune de deux lycéens qui rentraient ensemble sous la pluie en s'abritant sous le même parapluie, venant de la même école. C'était... ordinaire.

Et c'est pour ça que tout le long du chemin, Kise était perdu.

Il était en train de marcher côte à côte avec Aomine. En se revisionnant tout ce qui était arrivé entre eux il y a quelques jours et même avant, cela lui paraissait tellement irréel qu'il avait l'impression de vivre ce moment comme un personnage extérieur et non comme un acteur. Ce n'était pas la première fois qu'il ressentait ça, mais c'était dans des moments comme ceux-ci, que cela devenait fort.

Qui, sur cette planète, aurait-il cru si on lui avait dit ça?

"C'est bien que tu te sois préparé..."

Il murmura cette phrase tout aussi normale que la situation sans regarder son accompagnateur. Un sujet bateau pour un instant bateau. Mais il n'avait pas grand-chose d'autre à dire. Ou plutôt, il n'y avait pas grand-chose d'autres qu'il s'autorisait à dire. Au fond, il avait vraiment envie de lui montrer de la gratitude pour lui avoir épargné une course pénible sous ces cordes abondantes. Mais il n'y arrivait pas. Une partie de son coeur était encore rongée par la rancune, et son camarade pourrait bien faire tous les efforts du monde qu'il lui serait très difficile de lui pardonner. Tout du moins, tant qu'il persistera à ne pas vouloir lui parler.

"Ma mère de me l'a donné" répondit Daiki sur le même ton las.

"Ah vraiment?"

Au fond, ce n'était pas étonnant, en considérant que la maman d'Aomine était consciencieuse et protectrice envers son enfant. Elle avait certainement dû vérifier la météo avant de le laisser partir au lycée, et lui confier le parapluie. Il était décidément bien chanceux de l'avoir pour veiller sur lui...

Le temps passa en même temps que les maisons sur la grande route pendant qu'ils progressaient. Kise les regarda s'aligner de manière assez similaire et uniforme, lui donnant une impression de redondance. Mais cette sensation ne lui déplaisait pas forcément, et il se prit à apprécier la simplicité de sa situation actuelle sans se poser de questions. Doucement, une odeur s'infiltra dans son nez, mélangée à celle de la pluie. C'était l'odeur qu'il expérimentait toujours lorsque Aomine était dans le coin. Une odeur qui, parfois lui était insupportable, parfois étrangement apaisante. Une odeur de canelle. Il l'inhala profondément, sentant son corps se détendre légèrement.

Il détestait la pluie, car elle lui rappelait de douloureux souvenirs qui s'étaient produit dans l'arrière-bâtiment du lycée.

Mais maintenant, étrangement, cette pluie, qui rendait son horizon brumeux, lui semblait plus douce que la pluie de ce jour-ci. Peut-être parce qu'il avait pris le temps de s'adapter. Peut-être parce que son camarade semblait, à sa manière, vouloir se racheter. Ou peut-être simplement parce que c'était moins fatigant pour lui de cesser de le rejeter en bloc. Il ne savait pas. Rien ne pouvait effacer ce que l'adolescent mâté lui avait fait, et le malaise persisterait sans doute. Mais peut-être devrait-il écouter ce qu'il avait à lui dire, en sachant que son acte restait inexcusable, peu importe comment on l'abordait.

Une fois arrivés à la station, ils prirent le transport en commun sans ajouter un mot.

Le train était un peu plus remplis que d'habitude, obligeant Kise à se tenir proche et en face d'Aomine tout le long du -pénible- trajet. C'était toujours la même route qu'ils prenaient, les obligeant à cohabiter malgré eux dans cet espace confiné. Le même train. L'adolescent aux cheveux sombres n'était pas du tout ce qu'il pensait être, et avoir pris pour acquit. Le blondinet trouvait cela étrange, quelque part. Et le fait de devoir regarder de plus près son visage, toujours aussi figé, ne l'aidait pas vraiment. Il pouvait même sentir son souffle chaud... Il détourna la tête, préférant ne pas se remémorer cela. Heureusement, le train arriva bientôt à l'arrêt le plus proche de l'appartement de Ryouta.

Ce dernier pensait qu'ils allaient se séparer ici, mais Daiki sortit aussi du train en sa compagnie.

"Dis-moi, ta station n'est pas après?"

"Ouai..."

"Pourquoi tu es descendu ici alors?"

"Parce que t'as pas de parapluie." Répondit naturellement le bleuté avec cette même nonchalance.

Le lycéen au regard de miel ne sut quoi répliquer à cela alors que d'autres questions s'ajoutaient aux -trop nombreuses- autres qui fourmillaient déjà dans sa tête sur le basketteur.

C'est donc pour cela qu'il était aussi sorti? Pour continue à le protéger de la pluie? Cela ferait sens si Kise avait été une fille, mais malgré son joli visage et ses manières efféminées, ce n'était pas le cas. Il se fichait d'être un peu mouillé, surtout qu'il avait déjà connu pire qu'une simple averse. Cependant, il abandonna l'idée de comprendre, ou même se défendre. Il était épuisé, abasourdit et confus. Il voulait juste rentrer se reposer, et n'avait pas vraiment envie de lutter. Ce serait de toute façon mal vue de refuser ce service maintenant alors qu'il venait de passer les portes de sortie avec Aomine.

Dehors, en face de la station se trouvaient quelques personnes cachées sous leur propre parapluie qui pressaient le pas pour rentrer. Le ciel était encore plus sombre que lorsqu'ils avaient quitté l'école, mais les ronds colorés décoraient encore de part et d'autre la rue bientôt déserte. Aomine ouvrit le sien en vinyl transparent, commençant à marcher sous la pluie. Ryouta voulu l'accompagner dans sa marche, mais il s'arrêta, hésitant. Il trouvait toujours cela étrange de marché à ses côtés et cela le bloqua dans son mouvement. Pendant qu'il restait planté là, perplexe, Daiki se stoppa à son tour pour regarder par-dessus son épaule, ayant bien sûr remarqué qu'il ne le suivait plus.

Ce regard profond qui s'appuyait sur lui, donnant l'impression de plonger dans les abysses marins les plus profonds. Alors qu'il le dévisageait, les sourcils légèrement froncés, le blondinet se sentit embarrassé par son regard concentré et presque enflammé. C'était juste comme... un animal. Un prédateur de préférence, sans doute un félin. Il ne pouvait pas l'ignorer après l'avoir fait attendre comme ça. À contre coeur, l'adolescent blond se réfugia sous le parapluie, et le mâté reprit sa marche. Honnêtement, Kise n'avait aucune idée de ce qu'il était en train de faire. Il marchait simplement au même rythme d'Aomine, le laissant le guider là où il voulait.

Mais il ne trouvait pas cela si mal, ce qui le fit se sentir étrange.

Pendant qu'ils avançaient vers le quartier du garçon blond, ils passèrent par la zone résidentielle où ils croisèrent quelques personnes. Les phares des voitures se reflétaient dans la ruelle à travers la pluie, les aveuglant lorsqu'ils étaient mal réglés. Heureusement, le trottoir était assez éloigné pour qu'ils ne se prennent pas les éclaboussures projetées par les pneus sur leur passage.

"Akashi..."

"Hmh?"

Continuant à regarder droit devant lui, Daiki ouvrit la bouche pour aller au bout de son idée.

"Akashi m'a demandé de faire des devoirs et réviser les cours avec toi..."

"... ouai, je sais."

"Ça ne va pas?"

"..."

Bien qu'ils continuassent l'air de rien, Ryouta ne pouvait pas nier. Son camarade le mettait mal à l'aise, c'était un fait. Et vu comment s'était déroulée leur dernière confrontation chez lui, le blondinet ne savait pas s'il pourrait vraiment se concentrer sur ses leçons en présence du bleuté. Il serait même sûrement incapable de prononcer un seul mot, alors parler des cours... Tandis qu'il se tenait la tête avec sa main, se rappelant sa conduite pathétique de la fois précédente, le jeune homme aux yeux ambre entendit une petite tonalité aiguë resonner et briser l'harmonie des sons environnants qui les accompagnait.

Aomine sortit alors quelque chose de son sac. Un téléphone portable. Pas très vieux, mais pas dernier cri non plus. Il était bleu foncé, sans aucun porte-clef pour le personnaliser et semblait bien entretenu. Sans prendre la peine de s'excuser et tenant le rythme avec son parapluie d'une main, le garçon à la peau foncée répondit à l'appel en posant l'engin électronique contre son oreille de l'autre.

"Oui? ... Oui..."

Il répondait poliment, avec moins de nonchalance dans la voix que d'habitude. Pour un tel formalisme, il devait certainement s'adresser à quelqu'un de hiérarchiquement placé plus haut que lui. Le regardant du coin de son oeil doré, Kise était assez surpris de le voir parler ainsi au téléphone. Même si ce n'était as forcément bien de penser ainsi, il n'aurait pas pensé que son camarade soit capable de faire preuve de respect dans sa conduite envers quelqu'un.

"Compris... Dans ce cas, je vous verrais plus tard... Merci, vous aussi." Conclu-il rapidement avant de presser la touche rouge pour raccrocher.

"C'était l'école?" S'enquit le blondinet, qui imaginait mal une autre personne qu'un professeur lui imposer une telle tenue -et encore, cela dépendait lesquels-.

"Non..."

Après avoir rangé son portable, Aomine fit face à la route sans le regarder. D'ordinaire, le jeune homme blond en aurait été irrité, mais à force de l'observer et de passer du temps avec lui, il avait compris que c'était juste une de ses manières d'être.

"Le boulot." Répondit le lycéen aux cheveux bleus.

"Un boulot?"

"Ils avaient besoin d'aide."

Ryouta se souvint alors que parmi les rumeurs qui couraient sur Daiki, l'une d'elles disait justement qu'il faisait bien plus vieux que son âge et qu'il en jouait souvent pour en tirer des avantages. Pour être honnête, il n'avait jamais vraiment cherché plus loin sur ce sujet car il put vérifier de ses propres yeux qu'en effet, son camarade avait déjà des traits et une carrure plus mûrs que ceux d'un lycéen banal. Lui-même se faisait souvent répéter que si sa maladie n'entravait pas son développement, il serait sûrement dans la même situation. Mais bon, pour ce que ça lui aurait servi...

"Tu fais quoi là-bas?"

"Le service au bar... mais seulement quand ils en ont besoin."

Barman en gros. Les rumeurs semblaient donc vraies; pour qu'il puisse, non seulement travailler, mais en plus servir de l'alcool à son âge. Son apparence réussissait à tromper des établissements qui n'engageaient pas de mineurs, mais il devait aussi avoir une grande part de laxisme dans le contrôle de l'identité des employés qui jouait.

"Ce n'est pas illégal?"

"Ouai..."

"Pourquoi dans un bar?"

"Mmhh... pas de raison particulière."

Il lui semblaient que le regard et la voix d'Aomine devenaient plus vagues, voir fuyant quand il lui répondit. Peut-être était-ce lui, mais Kise avait l'impression que son accompagnateur ne voulait pas s'étaler plus loin sur le sujet.

"Et du coup, pour les devoirs ensemble?"

"Ah oui, c'est vrai..."

Ses billes or rencontrèrent inconsciemment les saphirs marines quand il réfléchit à cette question qui n'avait pour le moment pas de réponse. Pour être franc, l'idée ne l'enchantait toujours pas, mais il s'était fait une raison depuis peu. Même s'il se sentait toujours un peu étrange quand il le côtoyait, Ryouta avait toujours une envie discrète mais présente d'en savoir plus sur Daiki. À ce stade, ce n'était plus de la curiosité, mais autre chose. Il le savait. Il l'intriguait. Et puis que tout, des questions sans réponses dont il devra tôt ou tard s'acquitter.

"Pendant le déjeuner ou..."

"On pourra voir ça à ce moment-là, oui..."

L'adolescent blond répondit sans vraiment trop réfléchir, fuyant ces yeux bleus. Ces yeux devant lesquels il était faible. Quand il ne faisait pas attention, il s'y laissait piéger, et sentait alors une envie de le fuir. Son corps devint un peu plus chaud, et il comprit alors qu'il était temps. Finalement, le bâtiment blanc qu'était l'appartement de Kise se présenta à leur vue. Tandis qu'ils s'en approchaient, le jeune homme s'arrêta au beau milieu de la route, provoquant ainsi l'arrêt de son camarade. Ce dernier lui lança un regard interrogateur, auquel il refléta un sourire amical, reconnaissant mais forcé sur les traits.

"Ça ira ici."

Trouvant le courage de regarder de nouveau Aomine, il se rendit alors compte de quelque chose. Son épaule droite était mouillée. Légèrement, mais suffisamment pour être visible. Cela était arrivé sûrement parce qu'il avait partagé sa place sous l'abri du parapluie avec lui. Kise savait bien que c'était sûrement le cas pour lui aussi, mais il ne pouvait s'empêcher de se sentir mal. Bien sûr, il n'avait rien demandé, et c'est lui qui a insisté pour l'accompagner. Bien sûr, ce n'était que de l'eau, ça ne faisait de mal à personne. Bien sûr, c'était totalement ridicule de s'attarder sur ce détail insignifiant alors qu'il y avait beaucoup plus important à s'occuper.

Mais il se sentait obligé de s'en occuper maintenant. Surtout maintenant qu'ils étaient arrivés.

"Ton épaule... désolé..."

Quand sa voix prise d'un tic énonça cette excuse, le lycéen mâté lança un bref regard sur son épaule sans paraître vraiment dérangé. Il se contenta de la hausser en même temps que sa jumelle.

"Je vais te ramener une serviette pour que tu te sèches." Insista le blondinet en lui faisant signe de ne pas bouger.

"C'est bon..."

Sur cette courte réponse, Daiki se retourna dans l'intention visible de repartir et inviter implicitement son homologue à en faire de même.

"... !"

Ce fut bref.

Très bref.

Mais c'était arrivé.

À quoi avait-il pensé à ce moment-là?

Quelle mouche l'avait piquée? Il n'en savait rien. Ce fut comme un réflexe, un instinct qui avait possedé de son corps. C'est cela. Comme dans ces moments si gênants, si humiliants, où il n'avait pu s'empêcher de répondre au contact d'Aomine. C'était la même chose qui l'avait pris. Et alors que son camarade fut sur le point de le laisser, il s'était alors empressé de le rejoindre et de lui attraper le bras dans un bref soupire de surprise. La sensation de la peau brune sous ses doigts pâles l'électrisa à la seconde, elle faisant prendre conscience de ce qu'il venait de faire. L'adolescent sombre se retourna encore une fois, le fixant sans émotion spéciale dans ses yeux bleus.

"Quoi?"

"..."

Une question rationnelle que n'importe qui poserait dans ces circonstances. Mais le lycéen n'avait aucun mot pour expliquer son geste. Il ne savait pas lui-même pourquoi il avait retenu Daiki par le bras, d'un simple coup de tête. Il savait juste qu'il en avait senti le besoin. La pluie s'écoula sur le bras et s'écoula entre les deux chairs contrastées par la couleur et l'épaisseur. Sérieusement, qu'est-ce qu'il était en train de faire? Avec un profond dégoût de lui-même, Ryouta relâcha le bras, presque tremblant et s'apprêta à repartir chez lui.

Mais à la place, ce fut le garçon hâlé qui lui attrapa sa main. Il la tint fermement, ne laissant aucun autre choix à son possesseur de rester là, sous cette pluie battante, en face de lui. Le parapluie se mit rapidement au-dessus des deux têtes, blondes et brunes, pour les préserver de l'averse. Silencieusement, Aomine se rapprocha de Kise en soulevant sa main jusqu'à ce qu'elle soit à hauteur de son visage.

"À propos d'avant... désolé d'avoir été aussi brutal..."

Il entendit ces mots murmurés avec douceurs dans son oreille percée d'une voix grave et profonde qui toucha son coeur par sa sincérité. Il ne s'y était pas attendu, aussi il tressaillit légèrement et ne saisit pas tout de suite le réel sens de cette phrase.

Profitant de sa confusion, Daiki le relâcha et repartit enfin sous la pluie. Ryouta regarda la silhouette s'éloigner, abasourdit parce qu'il venait d'entendre, mais surtout par la manière dont il venait de l'entendre. "À propos d'avant" faisait sûrement référence à ce fameux jour pluvieux dont il ne voulait plus entendre parler. "Brutal" était un euphémisme. Même quand son camarade fut hors de sa vue, Kise resta debout sous la pluie à regarder en sa direction pendant un petit moment, comme si cela allait lui apporter plus de réponse sur cette scène irréelle dans une situation pour bien réelle qui venait d'arriver

Comprenant que rien n'arrivera, il finit par rentrer à son tour, tout aussi trempé que ce jour où il avait été brisé