Douceur liquide
Auteur: Woshi
Disclaimer: Ni Kuroko no Basket, ni Sweet Pool ne m'appartiennent
Raiting: M pour cause de scènes sanglantes et sexuelles
Genre: UA, Angst, Drame, Tragedy, School life, Romance, Yaoi, Gore, Surnaturel, Mpreg d'une certaine manière
Note: Je l'ai finit bon sang... J'ai cru que je n'y arriverais jamais X'D Ce chapitre m'a beaucoup embêté parce qu'il est pas très long comparé au précédents, mais il y avait des beaucoup de scènes importantes que je ne voulais pas reporter au chapitre suivant. Finalement, il y en a une qui sera décalée, et c'est un exploit XD Enfin bref, j'espère que celui ci vous plaîra, on va enchaîner les points de vue et rezoomer sur des protagonistes un peu oubliés ces derniers temps ~ Je vous souhaite à tous une très bonne lecture et n'oubliez pas de me dire vos impressions, ça fais toujours plaisir ~
[ Sweet Pool OST - Chills 1 / Sweet Pool OST - Kiss of the Sky ]
En ce début de week-end, cette fin d'après-midi aurait dû se dérouler de manière détendue
Mais peu importe le moment de la semaine ou de la journée, rien ne pourrait désormais changer l'humeur de Midorima. À part peut-être des vacances, et encore... Il serait peut-être loin d'eux, de lui, mais leur existence continuerait de le torturer. Il l'avait écouté, encore et encore, répétant l'action un nombre incalculable de fois. Dans sa tête, mais aussi dans la réalité. Tout cela ne voulait rien dire tant qu'il ne le vérifierait pas de lui-même. C'est pourquoi après les cours, plutôt que de laisser Takao le ramener chez lui, il avait décidé de s'isoler dans un coin du lycée. Perplexe et inquiet, son camarade aux yeux d'aigle sur ses talons, redoutant le pire.
Shintarô l'avait laissé le suivre sans un mot, donnant silencieusement son approbation. Mais le jeune homme brun savait qu'elle était extrêmement fragile, vu l'état psychologique dans lequel se trouvait le superstitieux. De ses yeux verts, ce dernier regarda la petite face carrée d'une manière si intense qu'on aurait dit qu'il allait être aspiré dedans. Il la fit rouler encore une fois. Et encore une fois. C'était la même chose. Peu importe le nombre de fois qu'il répétait son mouvement, ça ne changeait pas.
"Shin-Chan?" Osa Takao avec un visage perplexe en observant son compagnon. "Qu'est-ce que tu fais?"
Regarde et tu verras.
Répondant ainsi de manière muette, Midorima répéta son opération après avoir soufflé sur les objets, comme pour conjurer une quelconque malédiction. Bien. Peut-être que Takao saurait quelque chose en observant ce qui allait arriver. Il fixa de manière beaucoup plus attentive les gestes du lycéen aux cheveux verts, cherchant n'importe quel signe particulier qui lui mettrait la puce à l'oreille. Un indice. Une réponse. Mais étrangement, lorsque tout fut fini, ils se retrouvèrent dans la situation initiale. Rien ne changea dans le résultat par rapport à avant. La face affichait toujours le même nombre de points, comme si elle se moquait des lois de la probabilité.
"Takao..." Finit par dire Midorima d'un ton sombre.
"Oui?"
"Ces dés... ils semblent étranges"
"Pourquoi?"
"Ce sont des dés de divination... ceux d'Aomine et Kise en fait. Mais regarde, ils sont étranges."
"Ah?"
Il y avait de la confusion dans la voix de Takao mais il obtempéra et regarda un peu plus scrupuleusement les petits cubes numérotés. Une goutte de sueur tomba de sa tempe jusqu'à son menton, sentant clairement la tension que son camarade lui imposait. Moins que ce qu'il était en train d'observer, il devait surtout faire attention à ce qu'il allait répondre. Il avait le sentiment qu'un mot, un seul, qui ne conviendrait pas, suffirait à faire mal tourner ce qui n'est à la base qu'un simple "jeu de divination". Surtout... l'inquiétant mélange de folie, de peur et de désespoir qu'il pouvait lire dans les iris émeraude, cachées derrière les verres carrés, achevait de l'intimer à la prudence.
"Il n'y a rien d'étrange..."
À ces mots, Shintarô cessa de faire rouler les dés et regarda méchamment son camarade, l'accusant implicitement de mensonges. Kazunari se sentait comme un enfant prit en faute qui essayait de convaincre un adulte de son innocence.
"Ils le sont."
"Mais..."
"Tu les as bien regardé non? Ils sont définitivement étranges!"
Midorima relâcha violemment les dés au sol en criant cette dernière phrase d'un ton agressif. Ils roulèrent pendant un moment, se séparant dans leur chute, et tombèrent, encore une fois, fatalement sur le même résultat. La rage au coeur, le lycéen vert les ramassa et se remit à les faire rouler entre ses doigts bandés. Ils ne changeaient pas. Il y avait forcément quelque chose d'étrange pour qu'à chaque fois, systématiquement, le résultat soit le même. N'importe qui pourrait dire qu'ils sont pipés, mais connaissant le superstitieux, ce n'était sûrement pas le cas. Ces dés étaient parfaitement normaux. C'est la manipulation qui avait été faite dessus qui les rendait si... particuliers.
Les brassant autant qu'il pouvait, Midorima se sentit de plus en plus désespéré en les jetant une fois de plus.
"Toujours la même chose... j'essaie de prédire le destin d'Aomine et Kise, et je tombe toujours pareil... peu importe comment je les lance! Qu'est-ce que ça veut dire bon sang?"
Takao recula face à ces mots colériques avec une expression impuissante. Il aurait aimé pouvoir lui répondre quelque chose qui le calmait, mais il en savait autant que lui. Il ignorait pourquoi les dés persistaient à rester les mêmes, défiant le hasard lui-même. Au fond... tous les deux en connaissaient la cause, puisque Midorima l'avait lui-même dit. Il s'agissait des dés d'Aomine et Kise. Il n'y connaissait rien en divination, mais il était certain que son camarade les avait en quelque sorte "possédés" pour qu'ils dévoilent le destin de ces deux-là. Il ne s'était pas attendu à ce que le résultat soit aussi affligeant.
"Shin-Chan... ils tombent vraiment toujours sur la même chose?"
"Tu n'as qu'à regarder par toi-même!" Gronda Shintarô en relançant une énième fois les dés.
"Pour moi..." Kazunari s'interrompit pour reprendre son souffle, se sentant soudain très nerveux. Il fallait qu'il calme son partenaire. "Pour moi, le résultat a l'air différent."
"Menteur!" Hurla l'adolescent à lunettes de manière effrontée. "Ils tombent toujours sur le même chiffre. C'est comme ça depuis le début... tout le temps... tout le temps!"
Midorima fusilla Takao du regard, ses cernes se creusant un peu plus sous l'expression de fureur qu'il abordait. Le jeune homme brun sentit une douleur dans sa poitrine en constatant qu'en plus de cette marque de fatigue, Shin-Chan avait aussi perdu du poids. D'une manière générale en fait, il lui semblait que son camarade dépérissait de plus en plus; il ne parlait plus, il ne mangeait plus à midi avec lui et le laissait de moins en moins le raccompagner chez lui, préférant utiliser ses jambes que le taxi gratuit qu'il lui offrait. L'adolescent aux yeux gris se sentait en partie coupable de cela, car il avait aussi délaissé son camarade ces derniers pour savoir justement ce qui le mettait dans cet état.
Et encore, il ne voyait que ce que Shintarô voulait bien lui montrer, mais il n'avait aucune idée de la manière dont cela se passait chez lui. À priori, guère mieux, surtout si les parents ne se préoccupaient pas de l'état de santé de leur fils. Et à en juger comment ces derniers se comportaient justement, c'était sûrement le cas. Peut-être même n'avaient-ils rien remarqué, ou bien niaient-ils que leur enfant allait mal dans leur mépris. Kazunari sentait une rage monter en lui sur sa propre impuissance. Il n'y avait rien qu'il puisse faire, peu importe où il voulait agir. Il pouvait simplement le soutenir en espérant qu'il ne tombe pas plus dans la déchéance.
Remarquant cela, l'expression de Midorima devint encore plus désespérée.
"C'est quoi ce regard Takao? Je te fais à ce point pitié, c'est ça?" Marmonna-t-il d'un ton cynique. "C'est sûr, depuis que tu me ramasses à chaque fois que cette maudite horloge sonne... je dois te paraître si pathétique..."
"Bien sûr que non, Shin-Chan. Calme toi... s'il te plaît."
Pour être franc, Takao était plus peiné qu'autre chose. Il avait juste envie de supplier son ami d'arrêter de se faire du mal comme cela.
"Ferme-la!"
Un lourd silence s'abattit après ce dernier ordre. Kazunari ne savait plus quoi faire. Devait-il se taire, et donne implicitement raison à Shintarô alors qu'il s'autodétruisait? Ou devait-il continuer désespérément de tenter de le ramener à la raison? Il avait besoin de lui, mais... Mais à quoi bon tous ces efforts si son camarade rejetait son aide? L'expression furieuse de Midorima disparue, s'effaçant petit à petit pour être remplacée par un sourire inquiétant. Un sourire que Takao avait l'impression de voir beaucoup trop souvent ces derniers temps. Le jeune homme en eut froid dans le dos alors que la voix brisée du lycéen à lunettes s'exprima:
"Je le sais... même si tu ne me le dis pas... je le sais... je suis sans espoir..."
Vain.
Ce mot que cet homme lui avait dit
XxXxXxXxXxXxXxXx
C'était il y a quelques jours, quand il s'est battu avec Aomine.
Ou plutôt, quand il s'est fait frapper par ce dernier, et fut obligé de rentrer chez lui par la suite.
Midorima attendait son compère au portail d'entrée comme un animal sauvage guettait son prédateur naturel. Initialement, il n'avait pourtant pas vraiment prévu de commencer quoi que ce soit, surtout pas physiquement. Il voulait juste lui faire comprendre qu'il ne se débarrasserait pas de lui facilement, et surtout que Kise n'était pas chasse gardé comme il se l'imaginait bêtement depuis la dernière fois. D'abord parce que c'était la vérité... et ensuite parce qu'il le haïssait. Tout simplement. Contrairement au blondinet, il en faisait réellement une affaire personnelle, parce que ce type était tout ce qui le répugnait. Et le pire, c'est qu'il l'assumait sans honte. Le superstitieux ne pouvait tout simplement pas le tolérer.
Il s'était alors glissé à côté du bleuté lorsqu'il l'eut aperçu pour le coller afin de lui murmurer au creux de l'oreille.
"Aomine... tu sais par rapport à la dernière fois, je ne mentais pas tu sais."
Faisant mine de l'ignorer, ce dernier continua son chemin. Cela ne découragea pas Shintarô qui était décidé à lui cracher tout ce qu'il n'avait pas pu lui dire depuis ce jour pluvieux.
"Ce n'est pas parce qu'on t'a désigné pour lui qu'il t'appartient. Tu as juste eu de la chance mais au fond... il pourrait être la femelle de n'importe quel mâle de notre espèce, parce qu'il est plus important. Tu le sais ça. En plus, tous ceux qui s'approchent de lui en deviennent accro... tu vois de qui je veux parler. Peut-être même qu'il est un meilleur mâle que toi..."
Juste à ce moment, quand il fut sur le point d'approfondir le sujet, les pupilles d'Aomine, qui étaient d'habitude sans expression, s'assombrirent. Il sut alors qu'il venait de toucher une corde sensible alors qu'il n'avait fait que dire la vérité. Aomine se croyait peut-être tout-puissant, parce qu'il était choisi, mais la réalité était bien plus dure. Bien qu'il soit un bon spécimen, peut-être le meilleur, le rituel pouvait aussi avoir lieu sans lui. En revanche, rien ne pourra se faire sans Kise. Parce que Kise n'était pas remplaçable actuellement. C'est pour cela que Midorima avait voulu s'en prendre à lui. Mais il avait lamentablement échoué à cause de lui.
Alors il voulait se venger, comme il pouvait. Semer le doute. Lui faire connaître le même supplice.
Ce qu'il n'avait pas prévu, c'est le violent coup de poing qu'il se reçut dans la joue. Avant qu'il ait eu le temps de comprendre, un deuxième acheva de le défigurer. Tous les étudiants, qui jusqu'à présent marchaient tranquillement vers l'entrée, s'étaient stoppés net face à cet acte de violence. Shintarô n'était pas en reste, abasourdit, se tenant le côté de son visage d'une main alors que du sang -du vrai sang- coulait le long de son menton. Fort heureusement pour lui, ses lunettes n'avaient pas volé dans l'impact. Par contre, sa colère refit surface, plus vive que jamais.
"Toi... espèce d'enfoiré!"
Alors qu'il fut sur le point de répliquer, les étudiants et les professeurs, un en particulier, interrompirent immédiatement leur échange. Midorima fut tellement furibond à ce moment-là qu'il ne se souvenait même plus qui il avait le plus insulté entre Aomine ou ces fouineurs qui l'empêchaient de régler ses comptes. Il voyait son agresseur s'en aller sans un mot en compagnie de ce type alors que lui était bloqué avec tous ces... humains. Il lui fallut du temps avant de se calmer jusqu'à ce que Takao n'arrive pour le ramener à la raison. Il put alors retrouver son calme, et suivre un des adultes qui semblaient autant lui en vouloir que le craindre sous le regard apeuré des autres lycéens.
Bien sûr, après s'être calmé, il était toujours profondément irrité de ne pas avoir eu l'occasion de contre-attaquer, surtout plus que blessé physiquement, il était blessé dans son orgueil. Cependant, une autre partie de lui était satisfaite des circonstances. Tout d'abord, Aomine était celui qui avait déclenché le conflit des deux, tout le monde en était témoin et personne n'avait entendu ce que le superstitieux avait dit -et ce n'est certainement pas l'adolescent hâlé qui pourra le répéter à quiconque pour se défendre-. Mais aussi, et surtout, il avait réussi à faire sortir Aomine de ses gongs et le pousser au-delà des limites de son indifférence.
Cela prouvait bien qu'il n'était pas infaillible et qu'il ait lui aussi ses faiblesses.
Cependant, quelle part des mots avait déclenché cette colère? Midorima devait avouer qu'il n'en savait rien, puisqu'il n'avait pas prévu une réaction aussi radicale. Était-ce le fait qu'il ait dit à Aomine qu'il n'était pas le seul mâle? Qu'il ait sous-entendu Kise pouvait se contenter d'un autre mâle? Ou peut-être... qu'un autre mâle pouvait justement prétendre à la place d'Aomine parce qu'il était peut-être encore meilleur que ce dernier? Il n'en avait aucune idée. Peut-être était-ce une accumulation de tout cela qui a fini par avoir raison de la nonchalance du jeune homme aux cheveux bleus. Après cette scène, il fut amené dans le bureau d'un de ses professeurs dont il ne se souvient même pas le nom pour expliquer ce qui était arrivé -selon sa version des faits bien sûr. puis renvoyé chez lui avec une autorisation et une promesse d'avertissement.
C'est dans le couloir, en prenant le chemin des escaliers, qu'il avait croisé cet homme.
Le seul homme qui réussissait à soulever en lui encore plus de dégoût qu'Aomine lui-même. Peut-être même encore plus que la peur habituelle qui lui était liée. Tout allait bien entre eux quand d'autres personnes étaient aux alentours, car il pouvait aisément dissimuler son malaise derrière les autres. Mais une fois seuls et ensemble, son vrai visage se montrait alors, afin de l'humilier et lui rappeler, sans cesse. Un visage que personne dans ce lycée ne pouvait soupçonner. A chaque fois qu'il le voyait, Midorima prenait toujours soin de tourner ses yeux ailleurs, voire de s'éloigner quand l'occasion se présentait. C'était déjà dur en public, ça l'était encore quand il n'y avait personne.
Là, il n'avait pas le choix; c'était le seul chemin pour accéder aux escaliers. Alors il redressa ses lunettes, prit une respiration ainsi que son courage à deux mains, et s'avança d'un pas soutenu en tentant de ne pas paraître pressé. Ses pupilles émeraude fixaient un point droit devant elles pour donner l'impression qu'il ne voyait rien sur les côtés, et donc faire mine qu'il ne le voyait pas, même s'ils étaient face à face. Il espérait qu'en l'ignorant ainsi, l'autre en ferait de même. Mais cela ne semblait pas être dans ses intentions. Quand ils furent côte à côte, il ne prononça qu'un seul mot. Un mot que seul Shintarô pouvait entendre, et qui lui transperçait le torse jusqu'à l'arrière de son dos.
"Vain."
L'adolescent vert se figea dans son ascension et se retourna lentement, tant sous la terreur que sous la colère. L'homme s'était également arrêté, mais il lui tournait désormais le dos, l'ayant dépassé de quelques centimètres. Il ne semblait pas s'inquiéter d'une attaque en traitre par-derrière vu ses épaules affaissées sous la détente. Il devait pourtant sentir le regard remplit de haine de la part de Midorima qui lui était adressé. Il attendait une explication, indéniablement. Ou alors... ou alors il avait peur de deviner ce qu'il avait voulu dire derrière cela. Il aurait mieux fait de l'ignorer, plutôt que de l'attendre. Il le savait, mais il était trop tard désormais.
La voix s'éleva à nouveau, d'un ton ennuyé, presque blasé, de celui qui répétait mille fois sa leçon à un enfant.
"Peu importe ce que tu feras, tu ne pouras pas l'empêcher."
"... Ne me dis pas ce qui est écrit, je le sais mieux que quiconque!"
"Héhé ~ "
Sur ce petit rire moqueur, la marche de l'homme reprit sans aucune autre cérémonie. Même les mouvements du vêtement ample qui le recouvrait semblaient le narguer à chacun de ses pas. Sa silhouette disparue au bout de l'allée au bout d'un moment, et le bruit de ses chaussures ne devint bientôt plus qu'un écho lointain. Midorima, resté sur place, sentit une fureur sourde gronder dans son estomac et du serrer les poings et les dents pour s'empêcher de faire une bêtise qui le condamnerait. Tant d'émotions d'un coup lui faisaient atteindre sa limite, et son corps commençait à trembler alors que ce mot se répétait encore et encore dans sa tête.
Vain.
Cette personne pensait qu'il agissait en vain... Non, cette personne savait qu'il agissait en vain. Toutes ses tentatives, toutes ses observations, toutes ses enquêtes, ses espionnages étaient vaines. Même le fait d'avoir essayé de détruire un élément crucial à son plan ne semblait pas l'avoir inquiété plus que cela. Parce qu'il savait qu'il ne pourrait pas aller jusqu'au bout. Alors... tout ce qu'il faisait état inutile. Et c'est pour ça qu'il le laissait agir à sa guise. Parce qu'il ne le considérait pas comme un obstacle. Parce qu'il savait qu'au fond, Midorima aussi ne pourra pas aller contre sa nature bien longtemps.
Surtout lorsque ce fameux jour arriverait. Il devra se plier, comme les autres, à sa volonté.
XxXxXxXxXxXxXxXxXxX
"Je le sais bien..."
Midorima était désormais agenouillé au sol, cachant son visage dans les deux paumes de sa main alors qu'il se remémorait ce douloureux moment. Il se sentait comme s'il était sur le point de fondre en larmes.
"Shin-Chan?" S'exclama Takao qui s'était alors baissé pour poser une main sur son dos, inquiet.
"Pfff... héhéhé."
Un léger rire étouffé sortit des espaces que laissaient ses mains à son visage pour respirer. C'était drôle... Si drôle. Cette situation. Il était là, à se torturer l'esprit et à se mettre en scène devant quelqu'un qui n'avait rien à voir avec tout cela. Et il savait qu'il le faisait sans espérer quoi que ce soit. Au final... que le destin de Kise et Aomine soient intimement liés ne faisait que confirmer ce qu'on lui avait dit. Cela ne servait plus à rien d'essayer d'entraver le destin, maintenant que celui-ci s'était déjà bien enchâssé sur une route linéaire et imperturbable. Il avait été naïf de croire qu'il s'y était pris tôt. En fait, il avait très certainement des années de retard.
"Ce que je fais est vain alors... haha ha. Hahahahahaha!"
Loin d'en être amusé, Takao sentit sa gorge ce nouer sous ce rire tellement inquiétant. Lui qui était généralement le premier amuseur public, entendre son camarade rigoler d'une manière si démente et si désespérée lui donnait plus envie de pleurer qu'autre chose. Les épaules de Midorima tremblèrent légèrement, laissant présager que son rire n'allait pas tarder à se changer en gémissement de souffrance. Il était en train de se briser psychologiquement. Même s'il savait que ça ne servait, encore une fois, à rien. Mais puisqu'il ne pouvait rien faire pour les autres, il voulait au moins se donner l'illusion que cette auto-destruction venait de lui, et uniquement de lui.
Takao, incapable de supporter ce spectacle davantage, détourna le regard et s'affaissa non loin de lui.
Et pendant ce temps, un rire triste continuait de résonner entre eux.
oOoOoOoOoOoOoOoOoOoO
Après être tombée tout le week-end, la pluie avait enfin cessé et laissait place à quelques modestes rayons de soleil à travers les nuages.
Cette humidité ambiante s'alternant avec un soleil réconfortant était un signe avant-coureur de l'approche de l'été, mais aussi extrêmement traitre car prompte à l'incubation de toutes sortes de maladies de saison. Kise se dirigeait vers le lycée avec l'atmosphère pluvieuse décorant encore son chemin, l'air frais passant à travers ses fins vêtements scolaires. Depuis son retour, sa condition physique était redevenue largement stable. Il lui arrivait encore d'avoir quelques bouffées de chaleur assimilables à de la fièvre, mais il avait fini par s'y habituer. En fait, il avait si facilement de la fièvre qu'il finissait par trouver cela normal chez lui. Après tout, sa conception de l'ordinaire s'était un peu vue changée depuis un certain temps...
Son corps aussi ne se déchaînait plus comme avant, et il croisait les doigts pour que ça dure.
Comme d'habitude, il passa par le corridor sous les yeux bénis de la vierge-Marie afin de changer ses chaussures et prit ses affaires nécessaires aux cours du matin dans son casier. Il entra dans la salle de sa classe et prit place à son pupitre sans que quelqu'un ne l'interpelle. Satisfait de cette tranquillité, il posa son sac sur la table puis regarda un peu autour de lui pour voir qui était présent ou non. Presque tous les élèves étaient là. Kagami et Kuroko aussi. Le premier était dans un coin en retrait, et le second un peu plus loin, les deux restaient silencieux et avaient le regard fuyant. Surtout depuis son arrivée. Il pensait qu'ils avaient eu le temps de se remettre de l'accident d'avant le week-end, mais visiblement non.
Pourtant, d'un oeil extérieur, on ne pouvait pas dire que leur comportement avait vraiment changé de l'ordinaire. Peut-être qu'il n'avait pas tant besoin de s'inquiéter au sujet de ces deux-là.
Cependant, au moment où cette pensée lui traverse l'esprit, il commençait à douter de ses propres yeux quand il s'attarda un peu plus sur son ami. Pour une raison étrange, le visage de Kurokocchi semblait différent de d'habitude. Ses yeux humides, sa bouche entrouverte, ses sourcils presque en retrait, ses paupières et lèvres tremblantes. À le regarder de plus près, il avait l'air triste, comme s'il était sur le point de pleurer. Quelqu'un qui ne le connaissait pas ne voyait qu'une expression impassible et stoïque, mais à force de le côtoyer, Kise l'avait observé, et donc apprit à reconnaître ce genre de chose. Ses traits étaient détendus d'apparences, mais tout son corps mais ses yeux bleus ne mentaient pas. À quoi pouvait-il penser? Il n'en avait aucune idée.
Détournant ses propres pupilles, Ryouta se concentra sur ce qui se passait de l'autre côté de l'extérieur. À travers toutes les masses bougeantes qui n'étaient pas encore rentrées, il se surprit à reconnaître Aomine dans le tas. Tout seul. Et comme d'habitude, irréprochable en apparence. Ce visage qui ne laissait rien transparaître, lui aussi, que ce soit de loin ou de près. Pourtant, même en l'observant aussi indirectement, sans que l'autre n'en soit conscient, le blondinet se sentait déjà oppressé, comme avant. Le simple fait d'imaginer sa présence suffisait à le faire se sentir toute chose. Il ne savait toujours rien sur Aomine. Même si petit à petit, son appréhension face à lui diminuait, malgré le malaise latent.
Pendant combien de temps cela durerait-il? Il ne le savait pas.
Un moment, pendant le cours, Kise surprit Kuroko en train de jeter un regard de glace sur Kagami, et Ryouta comprit, rien que par son expression alors d'où venait sa détresse.
OoOoOoOoOoOoOoOoOoO
La classe était finie, et l'horloge annonçant la pause-déjeuner sonnait.
Kuroko resta un instant interdit sur son pupitre, se demandant ce qu'il allait faire pendant cet interminable moment. Il ne voulait pas rester dans cette classe qui lui pompait l'air, pour parler poliment. Mais il n'avait pas non plus vraiment faim, ou même envie de manger quelque chose ne serait-ce que par gourmandise. Le simple fait d'imaginer la cantine bondée de personne suffisait à le rebuter. Mais les couloirs et espaces de repos aussi lui semblaient de plus en plus hostiles... Alors qu'il se demandait où il allait pouvoir se poser, le garçon bleuté vit alors Kagami se rapprocher de lui et s'arrêter juste en face de son bureau.
Avec une sensation de déjà-vu, Tetsuya remonta son visage pour soutenir celui menaçant de Kagami.
"Oui?"
"On pourrait se parler..."
Surpris par cette initiative, l'adolescent pâle resta un moment interdit avant de remarquer le regard des étudiants concentré sur eux. Avec le comportement récemment agité de Taïga, tous s'attendaient désormais à ce que ce dernier explose, comme la dernière fois, et déverse sa fureur sur ce type que personne n'avait remarqué jusqu'à maintenant. Alors même que ce n'était pas la première fois qu'ils interagissaient, même si c'était très rare. Bien sûr, Kuroko n'avait pas peur du tout du jeune homme aux cheveux rougeoyants. Cependant, il n'aimait pas se sentir examiné de la sorte, surtout qu'il n'était pas habitué à être le centre d'intention.
Sans penser plus, il se leva et prit son sac.
"Pas ici."
"Je sais."
Sans échanger d'autres mots, ils quittèrent la pièce sous les yeux perplexes, curieux et stupéfaits des autres étudiants.
L'adolescent invisible ignorait les risques qu'il prenait à suivre aveuglement Kagami, mais quand il avait croisé son regard carmin, il n'avait su refuser. Une sorte de désespoir mélangé à de l'envie lui avait transpercé le coeur. Il ne voulait pas lui parler. Il avait besoin de lui parler! De quoi? Kuroko devinait plus ou moins. Sans doute allait-il encore l'interroger sur ce qu'il était et ce qu'il désirait, et sans doute ne sera-t-il pas encore en mesure de s'exprimer correctement sans cette peur de l'effrayer et le dégoûter à jamais lui prenant au ventre. Sans compter que même s'il se maîtrisait, il n'était pas à l'abri d'un incident...
Cependant, il n'allait pas se défiler, parce que lui aussi, il avait des choses à demander, plus que jamais.
Au fur et à mesure de leur progression, Tetsuya comprit qu'ils se dirigeaient vers le vieux bâtiment. Là où ils seraient tranquilles. S'ils voulaient discuter de toute façon, il fallait qu'ils soient à l'abri du regard des autres pour éviter autant que faire ce peu des rumeurs mal placées. Ils marchèrent dans le hall, traversant le jardin extérieur où résidait la vieille chapelle. Sans vérifier si Tetsuya le suivait, Taïga ouvrait la marche, largement voyant aux yeux de tous, aveuglant par sa présence tous ceux sur son chemin alors que son suiveur se cachait discrètement dans son ombre derrière lui et restait inaperçu, au point que beaucoup pensaient très certainement qu'il se promenait seul. Mais c'était très bien comme cela.
Les escaliers furent un peu plus pénibles, surtout pour le plus frêle des deux qui crut pendant un moment perdre son accompagnateur, mais ce dernier l'attendait durant ses ralentissements. Ouvrant la porte devant lui, Kagami s'arrêta au palier, comme s'il attendait quelque chose. Quand il se retourna, il vit Kuroko également immobile, derrière son dos qui ne demandait qu'à continuer le chemin. Le bleuté ne l'avait pas remarqué avant, mais l'adolescent rougeoyant portait un sac en plastique venant du Conbini dans sa main. Sans doute son déjeuner du midi. Visiblement, cette fois, il n'avait pas pris le parti de se nourrir à la cafétéria du lycée.
Sa voix grave et un peu bourrue se fit de nouveau entendre.
"On pourrait discuter ici, en mangeant."
"Oui..."
Ce serait sans doute plus convivial que de simplement rester debout l'un en face de l'autre à se regarder dans le blanc des yeux. Surtout ici, qui était devenu plus ou moins leur lieu de rencontre et d'échange. Le souvenir de leur dernier temps passé ensemble conforta Kuroko dans cette idée. Le toit du lycée avait quelque chose de reposant. Ils étaient isolés des autres étudiants et ne pouvaient s'imaginer être aussi proches du ciel. Le vent y était plus frais, le soleil plus chaleureux. En se rappelant de l'atmosphère de la classe, il put se détendre. Ici, ils n'avaient pas besoin de se soucier du regard des autres. Ici, ils étaient dans une sorte de bulle, où personne ne pourrait pénétrer.
Kagami se pencha en avant pour le regarder de plus près.
"Mais tu n'as rien pris avec toi."
"Ah... oui, c'est vrai."
Comme Tetsuya voulut simplement s'éloigner de la salle de classe quand Taïga lui avait annoncé vouloir lui parler, il n'avait rien prit avec lui, si ce n'est son sac quasi vide de cours. Il détourna ses yeux bleus glacés d'un air distrait alors qu'il était en fait embarrassé par sa conduite négligente, surtout que son camarade soit plus consciencieux que lui sur ce genre de chose. Alors que le plus petit des deux préféra garder le silence, le plus grand décida d'aller s'installer un peu plus loin contre le grillage et sortit un sandwich du sac du convinience store comme si ça ne l'affectait pas plus que cela.
Kuroko décida de prendre place à son tour, non loin de lui.
Kagami ouvrit l'emballage du sandwich assez bruyamment dans sa précipitation, témoignant de sa faim insatiable. Il semblait réellement aimer toutes sortes de sandwishi, vu qu'il en mangeait assez souvent, mais surtout, il avait l'air de préférer les nourritures très consistantes. Beaucoup disaient de lui qu'il était un gouffre pour comparer son estomac sans fin, et même le personnel de la cantine redoutait sa présence. Personnellement, Kuroko trouvait cela plus amusante qu'autre chose, et il profita de cette occasion pour observer son camarade d'un regard en coin, puisqu'il n'avait pas grand-chose d'autre à faire.
C'est alors que l'adolescent aux yeux carmin lui tendit le sandwich ouvert et non entamé sous ses yeux. Un petit coulis de mayonnaise dépassait déjà du pain tendre entre la garniture. Le jeune homme pâle le fixa d'un air perplexe; Est-ce qu'il voulait qu'il le mange? À en juger par le silence de son voisin, ça devait être le cas. Confus, Tetsuya laissa ses pupilles azurées balayer les deux éléments sans réfléchir plus intensément à la situation, et fit même mine à un moment de prendre la nourriture, mais il se rétracta immédiatement. Honnêtement, il n'avait pas d'appétit. Avec tous les évènements qui tournaient dans sa tête, cela ne lui disait rien du tout.
"Non merci, je n'en aie pas envie."
Il répondit cela de sa voix toujours aussi insensible et vide d'émotion, et le sandwich disparut de sa vision pour aller rejoindre en peu de temps l'estomac de son possesseur. Taïga continuait de le regarder, laissant à son interlocuteur discerner un petit sentiment de regret au fond de ses iris rouges. Était-il offensé qu'il ait refusé aussi sèchement? Pourtant ce n'était pas la première fois qu'il s'adressait à lui ainsi, et il était de toute façon connue pour ne pas avoir grand appétit. Cependant, la peur de l'imaginer lui en vouloir serra son coeur. Malgré tout ce qui était arrivé... et surtout, après tout ce qui était arrivé, il ne pouvait s'empêcher de s'attarder sur des détails aussi futiles.
"Tu es fâché?"
"Non..."
Une pointe de soulagement envahit alors le plus petit des deux qui sentit toute sa tension se relâcher.
Il n'aurait jamais cru, il y a encore quelque temps de cela, d'expérimenter autant de sentiments intenses en présence d'une seule personne. Le pire était sans doute l'effort qu'il devait déployer afin qu'extérieurement, personne ne puisse se douter de quoi que ce soit. Les palpitations de son coeur. Le tremblement de sa peau. La confusion de son esprit. Lui seul savait à quel point Kagami-kun lui faisait autant d'effets. Malheureusement, il s'exprimait tellement maladroitement qu'il n'a jamais su faire passer ses sentiments au concerné, mais aujourd'hui... Aujourd'hui peut-être... Pourrait-il en profiter... pour se confesser...
"Au fait, de quoi voulais-tu me parler?"
Kagami ne répondit pas.
À la place, il commença à s'approcher de Kuroko qui l'observait d'un air impassible alors qu'intérieurement, tous ses sens s'affolaient. Cela faisait depuis tout à l'heure qu'il sentait que son camarade n'était pas aussi impulsif que d'habitude, mais étrangement calme. Préparait-il quelque chose? Il sentit instinctivement un danger s'approcher alors que leur corps se touchait presque. Il tenta alors de s'éloigner, mine de rien, d'un simple geste de hanche afin de maintenir un espace de sécurité entre eux, et surtout enlever le trouble qui s'était installé. Il ne sera jamais en position de faire quoi que ce soit si son visage était si proche du sien.
Cependant, les mains de Taïga furent plus rapides que ses réflexes anesthésiés par la confusion.
Les deux paumes s'étaient levée au-dessus de lui, les grands doigts de basketteur à leur bout sur le point d'attraper quelque chose. Il allait le frapper? Avait-il décidé qu'il en avait assez de lui, et donc amené ici pour lui refaire le portrait? Ou pire encore? Anxieux et craintif, Tetsuya ferma alors hermétiquement ses paupières. Une seconde passa. Puis quelques autres, sans qu'il ne sente le coup de poing qui aurait dû arriver, la douleur avec. Que ce soit son visage ou son corps, rien ne l'avait encore percuté. Incertain, il préféra néanmoins garder ses yeux clos jusqu'à ce qu'il sente quelque chose de tout à fait différent.
"Hein?"
La main s'était finalement posée sur lui, au-dessus de son visage, et les doigts passèrent lentement dans sa chevelure bleutée comme s'il s'agissait d'un animal de compagnie qu'il flattait. Il lui caressait la tête? Ses pupilles s'ouvrirent de nouveau sous le coup de la surprise pour tomber sur celles de son camarade qui reflettaient une expression indéniablement apaisée. C'était peut-être la première fois que Kuroko voyait Kagami dans un état aussi serein. Mais plus important, qu'est-ce qui lui prenait tout d'un coup de faire cela? Ne voulait-il pas lui parler ou bien... Ou bien ne l'avait-il pas amené sur ce toit uniquement pour faire cela?
"Qu'est-ce que tu fais?"
Kuroko fut si surpris sur le coup qu'il ne sentit pas la deuxième main de son homologue attraper son bras afin de le faire basculer vers l'avant.
"Hé!"
Ne s'y attendant absolument pas, il tomba là où la main voulut le faire tomber; sur son camarade. Il essaya de se redresser sous le coup de la panique, mais en vain. La poigne le retenait fermement et il n'arriverait pas à retrouver son équilibre à une main. Il n'avait de toute façon pas la force nécessaire. Le lycéen bleuté capitula, bien que la résistance habitât encore ses pensées. Un souvenir lui revint en tête. Les toilettes dans lesquelles ils avaient fait ça. Il l'avait pratiquement forcé, sous le coup de l'excitation. Et maintenant, c'était au tour de l'adolescent rougeoyant. Est-ce que ça allait être la même chose? Pourtant, ça n'y ressemblait pas...
Encore piégé par cette peur dont 'il n'arrivait pas à se débarrasser, les mains de Taïga touchèrent son visage. Sa tempe, puis sa joue droite, pour remonter sur les lèvres avant de finir sur le front, dans sa tignasse ébouriffée. Il la lui brossa délicatement, sans tirer dessus ou exercer une pression par son poids. L'appréhension disparue alors au fur et à mesure que son geste continuait, comme si elle s'était attendrie. C'était différent de tous les contacts qu'ils purent avoir avant. Plus lent, plus doux... Aucune force brute n'était montrée, aucune colère, aucune tension. Rien de ce à quoi Tetsuya n'aurait pu s'attendre de la part de son camarade.
Une douce bise tiède frôla sa peau, amenant à ses narines une odeur qui ne lui était pas inconnue. Une odeur de fruit rouge.
Son coeur battait lentement, mais intensément, cognant contre sa poitrine à chaque pulsion. Ses muscles fondirent d'un coup, aucun de ses membres ne montrait de signe de résistances. Kuroko était bien là. Il était au calme. Et en sécurité. Avec une petite surprise, il entendit un soupir satisfait sortir de sa bouche. Il était allongé là, sa tête sur les genoux de Kagami qui lui caressait les cheveux comme un petit chiot. C'était anormal. Ce n'était pas une situation dans laquelle il devrait se détendre, surtout en connaissant son état. Mais... Mais c'était tellement apaisant qu'il se sentit en quelque sorte anesthésié par l'atmosphère. Il n'avait plus la force de se débattre.
"Qu'est-ce que tu fais?" Demanda-t-il à voix basse, presque en chuchotant.
"Mmh..."
La main s'arrêta un instant à la question, mais le concerné ne répondit pas, et reprit finalement ses gestes comme si de rien n'était.
Qu'est-ce qu'il essayait de faire? L'adolescent bleuté n'en avait aucune idée. Il avait laissé passer sa chance de s'enfuir, alors maintenant, il ne pouvait plus faire grand-chose. Le lycéen aux yeux carmin le tenait, et ne semblait pas prompt à le laisser partir, comme s'il était en train de combler un besoin vital en le gardant de la sorte. Tetsuya le laissa faire, et leva alors ses yeux sur le ciel d'azur qui lui semblait soudain bien plus proche d'eux sous cette perspective. Peut-être qu'en tendant les bras, il aurait pu attraper les nuages blancs qui se chassaient les uns, les autres pour couvrir le bleu de sa vision d'un blanc cotonneux.
Comme ses pensées d'ailleurs... elles étaient embuées.
Il n'arrivait pas faire sens de ce que Taïga était en train de faire, sans expression. Il ne comprenait pas. Il ne sentait simplement pas d'hostilité ou de malice à travers son geste. Juste de la douceur et... de l'affection? Son regard se tourna sur le visage de son camarade. Aucune colère. Aucune sauvagerie. Il ne se souvenait pas avoir vu ses traits aussi apaisés. Non, pas une seule fois. C'était agréable. C'était chaud. Et cela leur faisait du bien, à tous les deux. Kuroko, au fond, savait pourquoi, mais il n'avait pas envie de creuser sa réflexion plus loin et gâcher le moment présent.
Il s'abandonna gentiment à cette dérive et ferma les yeux pour une courte sieste.
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La pause-déjeuner était finie, et l'heure suivante était spéciale, puisqu'il s'agissait d'une prière dont tous les étudiants de sa promotion devaient participer.
L'école étant catholique, les deuxièmes années étaient obligées d'y assister, moins pour leur démonstration de foi, que pour faire perdurer la culture religieuse de l'établissement. Les premières années étaient épargnées, et se contentaient d'un petit cour d'introduction en option, et les troisièmes années avaient le choix de poursuivre dans cette voie ou délaisser totalement cet aspect-là de leur éducation. Pour sa part, Kise savait déjà quel chemin il allait prendre. En compagnie des autres lycéens, il se dirigea vers la chapelle située dans le jardin intérieur et s'aligna comme tous les autres en face de l'autel, dans un silence solennel.
Le prêtre récita alors son sermon que le blondinet connaissait par coeur, tant il l'avait entendu encore et encore l'an passé, et encore cette année. Heureusement, la séance ne durait pas bien longtemps, même en comptant l'hymne et les chants à cappella de choristes invités. Ryouta s'était toujours demandé à quoi cela servait d'entretenir cette partie si spécifique à la culture occidentale dans un pays comme le Japon. Les catholiques n'étaient pas majoritaires, et il aurait trouvé cela plus pertinent un temps dédié au bouddhisme. Mais le fait est que ce lycée avait une histoire commune avec l'Occident, et les directeurs successeurs se mettaient d'accord pour faire perdurer ce petit bout exotique.
Après la séance, les étudiants se dépêchèrent de sortir des lieux afin de rejoindre leur salle de cours.
Très vite, l'amas d'adolescent se dispersa dans le bâtiment neuf de l'école, celui qui avait été refait il y a quelques années pour offrir un meilleur cadre d'étude et contenait pratiquement toutes les salles de classe importantes. Kise aussi marchait dans le couloir pour rejoindre sa classe, bien que très peu motivé à continuer cette journée après l'étrange matinée qu'il avait passée. Kurokocchi et Kagamicchi l'inquiétaient, et Aominecchi le préoccupait. Ses jambes le portaient alors que son esprit était vide, ne se souciant de rien, ni de ce qui était autour de lui, ni du reste. Il était perdu dans son propre monde, souillé par son esprit perturbé, au point que les couleurs les plus vives lui paraissaient bien fades désormais.
C'est pourquoi il sursauta quand une main étrangère lui tapota l'épaule.
"Hey Kise!"
Un camarade de sa classe venait de l'interpeller d'une voix amicale, même si honnêtement, le lycéen aux yeux ambrés ne se souvenait même pas de son nom.
"Ça va, toi?"
"Oui..."
"Dis, je me demandais... ça fait un petit moment qu'on se pose la question, mais de quoi toi et Aomine vous parlez quand vous êtes ensemble?"
Le blondinet perdit ses mots, ahuri par cette question. Son interlocuteur le regardait avec des yeux débordant de curiosité, comme un journaliste en vue d'un scoop qu'il ne voulait absolument pas laisser passer. La vue aussi proche de ce visage lui fit ressentir un énorme dégoût au fond de son coeur. Il piétinait son espace vital. Il piétinait son intimité. Sous prétexte qu'il avait pu se montrer sympa avec lui dans le passé -bien qu'il ne s'en souvienne absolument pas- il n'avait pas à se sentir aussi familier avec lui, et surtout lui poser ce genre de question. Vraiment, ces types n'avaient que ça à faire de leur journée...
"On ne parle pas beaucoup tu sais... "
"Oh?"
Un sourire franc étira le visage du garçon qui semblait surprit par la réponse de Kise.
"Pourtant récemment, vous passez pas mal de temps ensemble. Je le sais, quelqu'un a entendu dire que t'étais même allé chez lui pour lui apporter ses devoirs! Alors il n'y a pas moyen pour que tu n'ait rien à nous dire!"
Dans son effarement, Kise eut un petit flash d'un souvenir qui n'était pas si vieux que cela. Il se voyait entouré d'un groupe de jeunes de son âge en train de commérer sur des histoires qui couraient sur d'autres camarades et même sur des personnes qui se disaient proches de lui. Il s'imagina ensuite attraper le lui d'autrefois et le frapper fort pour l'empêcher de raconter tout ce qui lui passait par la tête uniquement pour se rendre intéressant et fréquenter des personnes de la même trempe que lui. Maintenant qu'il avait une réputation de grand bavard social, il lui serait très dur de s'en défaire. Il ne savait même pas si c'était possible.
"Alors, c'était comment!" Insista l'autre, coupant ses pensées.
Pressé, il lui attrapa le bras, sans doute pour l'inciter à cracher le morceau. Interpellé par ce geste beaucoup trop familier à son goût, Kise lui servit un regard de protestation. Qu'est-ce qu'il lui demandait des trucs comme ça? Qu'est-ce qu'il y avait de si intéressant dans ses relations avec Aominecchi? Mais surtout, pourquoi ce mec se sentait-il obligé de le coller comme ça? Et le toucher... Il n'était pas une fille, et pourtant il avait l'impression d'être en train de se faire draguer ouvertement. Rien que ça lui donnait envie de vomir. Cependant, sa tentative de se dégager se solda par un échec, et l'autre se rapprocha encore plus de lui, leurs corps pratiquement en contact l'un avec l'autre.
"Quoi? Qu'est-ce que t'as Kise? Soit pas si effarouché... tu sais que ton parfum me rappelle celui de ma copine..."
Alors qu'il allait sûrement insister jusqu'à obtenir une réponse, il ouvrit soudain les yeux droit devant lui, comme s'il avait senti un malaise. La seconde d'après, il relâchait le blondinet et recula de trois bons pas, son expression soudain crispée sur son visage. Ryouta haussa un sourcil, devinant que ce n'était pas lui mais autre chose qui l'avait incité à s'éloigner. Ce n'est pas lui qu'il regardait, mais plutôt derrière son épaule.
"Heu... Bon bah je vais y aller hein... à toute!"
Avec un sourire amer, l'étudiant détala rapidement et disparut au fond du couloir. Après son départ, le blondinet vérifia derrière lui ce qu'il y avait et comprit alors pourquoi ce dernier avait fui comme un lapin.
Aomine faisait en effet peur de là où il était.
Kise, en le voyant se rapproche à son tour, se sentit soulagé. Pourquoi soulagé? Un doute affreux traversa son esprit un moment, mais il le chassa bien vite. Ils se retrouvèrent bientôt l'un en face de l'autre. Le blondinet attendait du bleuté qu'il lui parle, à défaut d'expliquer ce qu'il faisait dans les couloirs. Il voulut soutenir ses yeux marines plus longtemps, mais ses orbes miel se détournèrent d'elles-mêmes. À cause des récents événements, il se sentait un peu mal à l'aise en sa compagnie. Mais plus ça avançait, et moins c'était due à une hostilité ou quelque chose comme ça. C'était plutôt... de la gêne.
"Aominecchi?" Eut-il le courage de demander.
"Qu'est-ce qu'on fait?" Relança Aomine à son tour, dans sa subtilité et sa politesse légendaire.
"À propos?"
"Les devoirs." Rétorqua sèchement le basketteur.
Ah oui.
C'est vrai qu'il y avait encore cette histoire de révision et de travail scolaire ensemble. Kise avait eu le week-end pour se nettoyer un peu l'esprit de tout cela, et il était forcé d'avouer qu'il l'avait un peu oublié, au grand désarois de son camarade. Cependant, bien qu'il voulût repousser ce problème le plus tard possible, il avait bien conscience qu'il ne pouvait pas y échapper. Et le plus tôt serait sans doute le mieux; s'il montrait une remontée dans ses notes, il pourrait peut-être espérer demander à Akashi-sensei de le dispenser de ces séances de rattrapage. Tout du moins, c'est ce qu'il espérait. Vite y mettre un terme. Vite en finir.
Et surtout, que personne d'autre ne soit au courant.
"Tu viendrais..."
"Hmh?"
"Chez moi?" Termina Daiki avec une voix presque hésitante.
Aller chez Aomine pour étudier? Kise se sentait incapable de répondre et leva ses yeux sur son camarade. Il y rencontra un regard dur et impénétrable. Pourtant, il n'y avait pas de froideur ou d'agressivité comme il pensait l'avoir aperçu jusqu'à récemment. Peut-être qu'il finirait par s'habituer à ces pupilles glacées d'émotion. Mais est-ce que cela voulait-il pour autant dire qu'il s'habituerait au reste? À sa présence, son silence... Il n'en était pas sûr. Mais Ryouta était sûr d'une chose; il n'y avait pas beaucoup d'autres solutions, et celle-ci semblait la plus adaptée. Il pouvait toujours essayer et si ça n'allait pas... Eh bien cela lui donnerait une excuse à donner à son professeur.
"Après l'école aujourd'hui."
Quand il lui proposa cela, Daiki acquiesça d'un mouvement de tête et repartit comme un coup de vent sans lui laisser le temps de prolonger la conversation.
"Hey, attend!"
Trop tard bien sûr.
Avec un soupir, le blondinet reprit à son tour sa propre avancée jusqu'à sa classe, l'esprit vague.
La maison d'Aominecchi.
Kise se souvint du dîner qu'il eut l'occasion de partager avec sa mère. Une scène typique d'une famille chaleureuse. Une scène qu'il n'a jamais connue dans son coeur. Très honnêtement, il n'était pas opposé à l'idée d'y retourner pour chasser un peu sa solitude. Il était juste... nerveux. Il ne savait pas s'il arriverait à gérer cette situation en connaissant le caractère de son camarade. Mais puisque tudier à l'école ensemble était trop dérangeant - preuve en sois- alors cela lui semblait être la meilleure décision. Il se le murmura pour s'autopersuader et chasser cette peur encore présente que les choses n'iront pas bien et tourneraient à la tragédie.
Alors qu'il était dans le dernier couloir pour rentrer dans la salle de classe, il sentit alors une paire d'yeux braquée sur lui.
C'était Kagamicchi.
Posté sur le palier, il le fixait avec un regard sérieux... Non, il était plus que sérieux. Il était furieux. Au milieu des étudiants bruyants, une sorte d'aura sombre semblait émaner de lui sans que le blondinet ne comprenne pourquoi. Cela faisait déjà un moment qu'il sentait le regard de son camarade sur lui, en cours ou dans le lycée lorsqu'ils se croisaient. Et cela le rendait extrêmement mal à l'aise. Depuis la scène de la dernière fois avec Aomine, il tentait tout ce qu'il pouvait pour l'éviter et ne pas s'approcher de lui. Ce regard... lui rappelait celui d'Aominecchi. mais aussi celui de Midorimacchi. Entre les deux. Et sachant que l'un ou l'autre ne leur avait jamais apporté de bonnes choses, cela ne le rassurait pas.
C'est pourquoi il passa son chemin avec une certaine anxiété sans lui adresser la parole.
Il n'avait pas vu qu'un peu plus loin, Kurokocchi aussi les observait, également en colère, mais surtout inquiet par ce qu'il venait de voir.
