Douceur liquide

Auteur: Woshi

Disclaimer: Ni Kuroko no Basket, ni Sweet Pool ne m'appartiennent

Raiting: M pour cause de scènes sanglantes et sexuelles

Genre: UA, Angst, Drame, Tragedy, School life, Romance, Yaoi, Gore, Surnaturel, Mpreg d'une certaine manière

Note: Hey! Bonnes fêtes à tous! J'ai réussi à vous apporter ce chapitre comme cadeau avant mes révisions, comme ça je suis tranquille ~ J'ai encore du faire pas mal de sacrifice au niveau des scènes et les reporter aux prochains chapitre sinon ça allait faire beaucoup trop long et vous faire poireauter encore plus (un chapitre par mois à peu près, c'est un quotas que j'essaie de respecter si vous avez remarqué). Enfin bref, ici c'est plutôt concentré sur des explications et tout, donc j'espère que ça vous plaira. Encore une fois, merci à ceux qui pensent à laisser une petite review, ça me fait toujours plaisir (surtout quand j'ai des périodes à vide).

Voilà, bonne lecture ~

[ Sweet Pool OST - Sorrow ]


Le jour suivant, comme tous les autres étudiants qui se dirigeaient vers l'école, Kise quitta la station de train d'un pas sûr.

Son état de santé était toujours aussi stable, il avait remis un peu d'ordre dans ses relations et même son environnement scolaire ne lui semblait plus aussi hostile qu'avant. Il miroitait naïvement l'espoir d'une journée sans accroc, sans incident. Quand les portes ouvertes du lycéen s'offrirent à sa vue, il sentit que quelque chose dans l'air était différent de d'habitude. Les adolescents qui approchaient le pallier, tantôt gais et bavards, changeaient rapidement d'expression pour devenir refermés et silencieux avant de passer rapidement leur chemin. Perplexe, il approcha fatalement de l'entrée, plein d'interrogations, puis il comprit immédiatement leur réaction.

À côté de la porte se tenait Midorima, les bras croisés et une expression calme. Trop calme.

La dernière fois qu'il avait abordé une expression de ce genre... de terribles choses en avaient découlées.

Observant sa silhouette carrée, le blondinet sentit des sentiments compliqués grandir en lui alors qu'il hésitait sur la démarche à suivre. Ce type savait des choses sur lui. Des choses que lui-même devait sans doute ignorer. Et c'était désagréable, parce que cela lui donnait un sentiment d'infériorité, la sensation constante qu'il était manipulé à son insu. Pendant un moment, il lui en avait vraiment fait baver à cause de cela, et Ryouta n'était pas vraiment disposé à passer l'éponge sous prétexte qu'Aomine était intervenu entre-temps. D'ailleurs, maintenant qu'il y repensant, il n'avait plus vu le jeune homme à lunettes depuis qu'il s'était battu avec son camarade aux yeux bleus.

Et ce n'était pas plus mal. S'il pouvait, Kise aurait aimé éviter de s'approcher de Midorima, même d'un centimètre. C'était plus fort que lui. Il n'était pas sûr de ce que ce type serait capable de faire en supposait tout ce qu'il lui avait déjà fait avant. Le lycéen blond n'avait pas envie de se retrouver de nouveau dans une situation délicate maintenant qu'il avait enfin arrangé sa vie. Cependant... s'ils finissaient par se parler - par la force de celui aux cheveux verts- il lui demanderait alors ce qu'il savait sur lui. C'était stupide et vraiment dans la possibilité la plus désespérée, mais quitte à passer un mauvais moment, autant qu'il lui soit au moins utile.

Essayant d'éviter le regard perçant de Shintarô à travers ses verres, Ryouta passa le portail du lycée la tête haute malgré tout.

"Tout est de ta faute, Kise..." Murmura tranquillement le superstitieux.

Il valait mieux ne pas réagir. Même si ces mots trouvaient un cruel écho en lui, il ne devait pas répondre à cette provocation. Il lui donnerait raison sinon, et l'encouragerait à le tourmenter encore plus.

Et pourtant, ses pas s'arrêtèrent malgré ses pensées, alors qu'il se refusait à tourner la tête pour ne pas voir l'expression satisfaite de son interlocuteur.

"Kagami Taïga... tu vas le briser."

Le malaise prit le pas sur la surprise à l'évocation du nom de Kagami, surtout de la bouche de Midorima. Même s'il voulait lui demander ce qu'il sous-entendait, sa gorge était tellement nouée qu'aucun son ne put en sortir.

"Ta faute, Kise."

Il parlait d'un ton désintéressé, obligeant le concernait à le regarder pour le voir pencher légèrement la tête dans un sourire... inqualifiable.

"Qu'est-ce que tu vas faire? Kagami est encore... un cas à part. Mais je ne suis pas sûr que d'autres à sa place auraient résisté autant. Tu vas finir par tous les briser si tu continues, parce que tu ne sais pas te contrôler. Tu veux vraiment rendre tout le monde malheureux?"

Les rendre malheureux.

Ces mots transpercèrent douloureusement sa poitrine dans son point vital le plus faible. Quand il fixa Midorima, succombant à la colère, il put apercevoir sur son visage cette expression qui ne présageait rien de bon et fronça les sourcils en signe de désapprobation. S'il lui répondait, ce serait exactement ce qu'il voulait, et Kise n'avait pas envie de faire encore plus plaisir à ce type. Au diable ses questions, encore une fois, il n'était pas assez fort pour endurer le prix à payer. Ravalant les mots remplis de ressentiment qui voulaient sortir au fond de sa gorge, le blondinet se détourna du supersticieux et se dirigea vers l'intérieur du bâtiment. Il pensait un moment que l'adolescent vert allait le suivre, mais visiblement non. Tant mieux.

Les mots qu'il lui avait dits tournaient en boucle dans sa tête. Il savait qu'il n'avait aucune raison de les prendre au sérieux, encore moins quand ils venaient de la part d'un mec aussi dérangé... mais il se sentait quand même mal à l'aise. Très mal à l'aise. Volontairement ou non, il avait touché une corde sensible chez lui. Ryouta soupçonnait Shintarô de lui avoir dit tout cela à cause des choses qu'il savait sur lui. Mais il ne voulait pas essayer de faire le lien entre tout ça. Il avait le pressentiment que s'il cherchait plus loin, il aboutirait à une conclusion qui lui déplairait fortement.

D'humeur sombre, le blondinet changea ses chaussures et prit tout de suite la direction de la salle de classe.

La pièce était engloutie dans une atmosphère incroyablement grave.

Bien sûr, il y avait des jours plus joyeux que d'autres à l'intérieur de ce lycée qui était une mine à rumeurs et histoires sombres, mais aujourd'hui battait clairement des records. Il l'avait déjà senti au portail, mais avait mis l'humeur dégradée de ses camarades sur le compte de la présence de l'indésirable à l'entrée. Cependant, il l'avait senti en marchant dans les couloirs; tout le monde faisait profil bas, et il en allait de même pour sa classe. Les bavardages insouciants et bruyants n'étaient plus là, remplacés par des discussions sérieuses et calmes. S'interrogeant sur ce qu'il put arriver, Kise prit place sur son siège, l'oreille attentive autour de lui.

Il put entendre la conversation des étudiants disposés en cercle juste à côté de lui l'air de rien.

"T'as vu, Kagami est absent..."

"Ah oui, ce crétin... tu trouves pas qu'il est un peu bizarre ces derniers temps?"

"Tu veux dire plus agressif que d'habitude? Ouai..."

"Tu parles, il est carrément glauque! Des fois on dirait qu'il est prêt à tuer quelqu'un!"

"C'est mieux qu'il ne soit pas venu aujourd'hui."

"Sans doute partit se faire interner, tiens!"

Ryouta se gela.

Instinctivement, il regarda la place de Kagamicchi qui était en effet vide, comme un trou béant. Puis ses prunelles miel cherchèrent inconsciemment celle de Kurokocchi avec la peur de ce qu'il y trouverait. Vide aussi. Seulement celle-là, personne ne l'avait remarqué. Personne à part lui. Pris d'un terrible sentiment coupable, Kise sentit ses paumes devenir moites sous la sueur. Est-ce que par hasard... cela aurait un lien avec l'incident d'hier en salle de laboratoire? Pourtant Kuroko était parti avec lui, comprenant plus ou moins qu'il s'en occuperait. Il ne pouvait cependant pas s'empêcher de penser qu'il y avait autre chose derrière cete absence.

"Tu vas le briser."

Ces mots resonnèrent encore dans sa tête. Il n'arrivait plus à entendre quoi que ce soit d'autre. Rendre tout le monde malheureux. Le couteau que représentaient ces mots se remua plus profondément dans la plaie formée dans son coeur. Était-ce sa faute si Kagamicchi était devenu étrange? Non, il n'avait même pas à se poser la question; le concerné le lui avait lui-même dit. S'il ne l'avait pas approché, peut-être qu'il se porterait bien actuellement. Peut-être qu'il n'aurait pas eu cet élan de folie, et peut-être même que rien ne se serait passé. Cette constatation le rendit d'autant plus malade.

Jusqu'à maintenant, il avait toujours pensé que ses soucis ne le concernaient que lui. Ses problèmes de santé, ses problèmes relationnels l'avaient toujours affecté, mais il avait toujours fait son possible pour que personne d'autre ne soit impliqué, raison pour laquelle il ne parlait jamais à personne de ce qui lui arrivait. Il avait eu tort. Il s'en rendait compte maintenant. Même s'il cachait ses sentiments, à partir du moment où il avait une interaction avec quelqu'un, tôt ou tard, il finirait aussi par partager ses tourments. Au final, toutes ses tentatives pour protéger ceux autour de lui n'avaient fait que leur causer davantage de troubles.

Peut-être... peut-être aussi sa mère...

Non ce n'était pas ça.

Ryouta se mit à trembler alors que son coeur s'emballait douloureusement dans un silence renfermé. Il ne fallait pas qu'il se mette à penser comme cela. Il était en train de se rendre malade. Le bout de ses doigts se refroidit, sa respiration devint rauque et sa vision se troubla. Son corps commençait à être instable. Les objets, les personnes, son environnement étaient flous. Et tout tanguait. Une vague de nausée, bien propre à sa condition, le menaçait. Il ferma ses iris miel pour se calmer, tenter de reprendre sa respiration alors que ses pulsions ne montraient aucun signe d'arrêt. Il était en train de se rejeter lui-même.

Il était une nuisance.

Peut-être... serait-elle en vie s'il n'était pas né. Et peut-être que son père serait encore là.

Peut-être qu'ils seraient tous mieux s'il n'avait pas été là.

"Kise-kun, reprend ton sang-froid."

Cette voix... Il la reconnu entre mille.

Péniblement, il ouvrit ses yeux vitreux pour se poser sur un visage pâle et calme qui le fixait d'un air qu'il put deviner inquiet sous ses traits stoïques. À en juger par le sac qu'il portait toujours sur son épaule, il venait d'arriver -peut-être même était-il là depuis plus longtemps qu'il ne le pensait-. Les deux billes glacées semblaient cependant aussi refermer une certaine sévérité, moins pour l'accuser mais plus pour lui faire reprendre raison. Oui, il s'était clairement laissé aller mais il n'y pouvait rien. Une terrible malaise l'envahissait maintenant qu'il était face à lui et il ne pouvait rien faire à part le supporteur.

Kuroko était sûrement au courant de l'absence de Kagami, et Kise eut énormément de mal à trouver le courage de lui répondre.

"Kurokocchi... à propos de Kagamicchi..." Commença-t-il sans même passer par les salutations.

"Kise-kun, je ne vais pas y aller par quatre chemins." Répondit le bleuté d'un ton las mais aussi attristé. "Tu y es pour quelque chose."

Cette déclaration qu'il craignait par-dessus tout acheva de lui transpercer le coeur.

"Mais!" Le coupa-t-il alors. "Mais c'est plus compliqué que tu ne le crois."

"Qu'est-ce qui s'est passé? Je croyais que tu avais été avec lui hier!"

"Je l'ai été. Et j'ai été là quand ça s'est produit. C'était... inévitable."

Le jeune homme pâle prit une pause sur ce dernier mot étrange. Son expression faciale était désormais cachée par ses longues mèche de cheveux bleu électrique. Le lycéen blond se sentit déboussolé, il n'arrivait pas à deviner si son ami parlait de lui ou... d'autre chose.

"Je l'ai accompagné à l'hôpital, il est resté en examen toute la nuit."

"Kurokocchi." Intervint sérieusement Kise, malgré son trouble encore apparent. "Dis-moi la vérité s'il te plaît. Est-ce que tu sais ce qui cloche chez moi? Est-ce que tu sais pourquoi Kagamicchi a réagi comme ça?"

Le plus petit des deux se pinça les lèvres, signe que ces questions venaient de toucher un point crucial. Pour être honnête, le plus grand aurait préféré ne pas interroger son ami sur quelque chose d'aussi grave au même titre qu'il interrogerait Midorima ou Aomine, mais il commençait à se retrouver en face d'une impasse. A chaque fois qu'il cherchait une réponse, on la lui refusait cruellement et il retournait dans son monde d'ignorance avec cette impression qu'ils savaient tous, sauf lui. Kuroko osa alors supporter de ses yeux azurés les deux iris miel qui l'interrogeaient avec toute la suffisance qu'il put.

"Je suis désolé, Kise-kun." Fit-il finalement. "Ce n'est pas à moi de te répondre."

"Kurokocchi..."

"Kise-kun... quelque chose est arrivé avec Aomine-kun?"

"Hein?"

"Je ne peux pas dire si c'est bien ou mal, mais j'ai l'impression que quelque chose est arrivé."

"Comment tu le sais?"

"L'autre jour, tu m'as appelé n'est-ce pas? Je pouvais sentir à ce moment que quelque chose avait changé dans ta voix et maintenant que je te vois, j'en suis sûr."

Kise réfléchit. Ce fameux jour où il s'était senti confus par rapport à ses sentiments envers Aomine. Pour être honnête, il l'était toujours un peu. Il avait encore un peu de mal à comprendre totalement son camarade.

"Beaucoup de choses sont arrivées entre nous... Lui aussi j'ai l'impression qu'il sait ce que j'ai... Je ne sais pas pourquoi il agit comme ça avec moi, même si j'ai appris à l'accepter... ça me tourmente un peu."

Kuroko le regarda un petit moment, puis poussa un soupir résolu:

"Je pense... que tu devrais discuter avec ta famille. Je crois qu'ils auront des choses à te dire."

"Ma famille? Mais pourquoi? Quelles choses?"

"Tu dois le sentir aussi non? Si quelque chose ne va pas chez toi, alors peut-être qu'une partie de la réponse se trouve du côté de ta famille. Tu ne t'es jamais demandé s'il y avait des anomalies de ce côté?"

Ryouta réfléchit un moment. Est-ce que son oncle lui avait caché des choses sur lui? Est-ce qu'il pourrait lui apporter des réponses? Toutes ces questions qu'il se posait depuis le début avaient-elles finalement leur réponse juste sous ses yeux? Cela lui semblait facile, presque absurde, sans doute parce qu'il ne voulait pas se rendre compte qu'il avait toujours refusé le dialogue avec cet homme alors qu'il aurait pu l'aider. Peut-être même s'était-il inconsciemment voilé la face, refusant de voir la vérité là où elle se trouvait. Mais maintenant? Maintenant qu'il ne pouvait plus fuir, ni se cacher: était-il prêt à l'affronter, cette vérité?

"J'aimerais pouvoir t'aider." Déclara Tetsuya d'un ton plus doux que précédemment. "Mais je pense qu'il vaut mieux que tu apprennes ces choses par toi-même. Ce n'est jamais facile..."

"Tu penses vraiment... qu'ils répondront à mes questions?"

"J'en suis persuadé. Tu devrais aller les voir maintenant!"

"Maintenant?" S'étonna Ryouta en regardant l'heure du prochain cours approcher dangereusement.

"Il y a des choses qui n'attendent pas, Kise-kun." Le garçon aux yeux ronds semblait presque paniqué en lui disant cela, comme si quelque chose lui mettait la pression. "Plus tôt tu le sauras, mieux ce sera. Ce n'est pas comme si tu étais à ça près pour tes leçons."

"Je vois... merci Kurokocchi."

"Merci à toi, Kise-Kun. J'espère que nous resterons amis après ça."

Sur ces dernières paroles qui sonnèrent comme un adieu, auquel Kise voulut répliquer, Kuroko s'éloigna pour s'asseoir à sa place habituelle sans que personne ne remarque que quelqu'un de plus était présent dans cette pièce.

Il aurait aimé lui dire quelque chose, mais il n'avait plus le temps. Il devait aller les voir. Instinctivement, le blondinet attrapa son téléphone dans son sac et ouvrit l'écran pour composer un nouveau message à un destinataire préalablement enregistré. Bien qu'il se demandât si c'était bien de venir maintenant, il envoya le mail à l'adresse de son oncle avec une boule au ventre. Après s'être assuré d'avoir composé le message et expédié à la bonne personne, il se leva de sa place sous les regards perplexes de ses camarades de classe. Désormais, ceux-ci ne prenaient même plus la peine de venir l'entourer pour lui parler ou même lui dire bonjour. À force d'effort, sa réputation finissait finalement par s'éteindre. Mais il s'en fichait.

En ce moment, ils étaient à l'hôpital.

Il connaissait la réponse, avant même d'en avoir la confirmation, sachant qu'elle ne viendrait pas tout de suite. Mais il espérait. Une réponse, vite. Vite! Après dix minutes qui lui parurent interminables à attendre dans le couloir le feu vert, son téléphone vibre. Il l'ouvrit rapidement pour regarder. Un message de son oncle. Il lui répondait qu'il était la bienvenue. Après avoir lu et bien relu le texte pour être sûr qu'il ne s'était pas trompé, Kise attrapa son sac et quitta l'endroit. Marchant rapidement dans le couloir, il croisa son professeur qui, bien sûr le voyant se diriger vers une direction opposée à sa classe, lui demandait ce qu'il était en train de faire.

Le lycéen blond lui répondit qu'il ne se sentait pas bien et qu'il préférait rentrer chez lui plutôt que prendre le risque de s'évanouir en cours. Il n'aimait pas se servir de sa maladie comme un alibi, mais il ne l'a jamais fait avant et c'était un cas de force majeure. Le professeur lui donna un regard suspicieux, sans doute parce qu'il le connaissait dans ses mauvais jours et qu'actuellement, il avait trop bonne mine pour simuler une crise. Cependant, il accepta de le laisser filer, sans doute en compensation de toutes ces fois où il s'était vraiment senti mal mais avait préféré continuer jusqu'au bout et rendre ses tripes pendant la pause. Le remerciant, Kise se dépêcha ensuite d'aller chercher ses chaussures et quitter l'entrée d'un pas pressé.

Ses émotions étaient tiraillées de part et d'autre et encore maintenant, il sentit son coeur brûler.

Il allait voir son oncle.

Sans penser à autre chose, il se dirigea vers la station de train avec la conviction qu'il ne devait pas rater le prochain.

OoOoOoOoOoOoOoOo

En sortant de l'arrêt, il demanda l'emplacement de l'hôpital dans la boîte de dialogue de son téléphone.

D'après les renseignements qu'on lui avait transmis, sa tante était hospitalisée dans le bâtiment général situé à cinq minutes d'ici; il ne risquait donc pas de se perdre en route. Comme attendu de la part d'un hôpital général, c'était un très grand building avec de grands murs propres immaculés, facilement repérable de loin. En arrivant, il balaya son regard sur tout le parking où étaient garées des voitures civiles, mais aussi des ambulances, avant de se diriger vers les portes d'entrée. Elles s'ouvrirent automatiquement à son passage, détectant sa présence. Avec une étrange sensation de déjà-vu dû à ses innombrables visites médicales passées, Kise s'engagea à l'intérieur.

L'air enveloppé de cette vive et lourde odeur si caractéristique des milieux aseptisé lui assaillit désagréablement les narines.

Il était tout justes neuf heures et les patients qui attendaient dans le hall étaient dans l'ensemble des parents accompagnant -ou accompagnés de- leurs enfants et des personnes âgées. Certains avaient une partie du corps bandés, d'autres étaient déjà sous perfusion mobile. Coupant à travers l'allée affluente, le lycéen blond se dirigea vers l'accueil afin d'informer au secrétaire le nom de sa tante et son désir d'aller lui rendre visite. Sa tante était dans la chambre 304. Il finit d'inscrire son identité sur le registre des visiteurs, retenant le sentiment d'impatience qui s'embrasait à chaque seconde malgré lui. Une fois les formalités remplies, il se dirigea vers l'ascenseur vide et tout aussi impeccable que le reste de l'endroit pour indiquer l'étage au boitier électronique.

En sortant de la petite pièce mouvante et ascendante, il prit instinctivement le couloir à sa droite, se fiant au panneau d'information accroché au mur. Alors qu'il marchait, ses bruits de pas resonnèrent de manière très net à travers les allées d'un ton blanc-beigne dont chaque porte était numérotée ou nommée. Il s'arrêta une fois arrivé à celle qui contenait l'écriteau "304". En dessous était également inscrit: "Kanako Seizawa". S'étant mariée, elle avait pris le nom de son mari qui, en effet, n'était pas "Kise". "Kise" n'était pas le nom de famille de la mère de Ryouta... mais de son père. Seule chose qu'il lui légua à sa naissance avant de l'abandonner. Le fait qu'il ne portait pas le même nom que sa mère avait sans doute aussi contribué à accentuer cette étrangeté vis-à-vis de sa famille.

Cela semblait être une chambre privée.

Il n'y aurait donc pas d'étrangers lorsqu'il entrera. Uniquement son oncle et sa tante. Le jeune homme aux iris dorés posa sa main sur la poignée et alors, son coeur commença à palpiter dans un rythme alarmant. Sa respiration devint difficile et il du agripper la partie gauche de sa poitrine à travers ses vêtements pour se stabiliser. Il était en pleine crise d'angoisse. Il était venu ici avec une détermination d'acier, mais cela faisait réellement longtemps qu'il n'avait pas revu sa famille d'accueil en chair et en os. Maintenant qu'il était sur le point de se jeter dans la gueule du loup, il se sentait extrêmement nerveux. Il savait qu'il n'avait rien à craindre de cet homme qui ne l'avait jamais accablé de reproches - ni sa femme d'ailleurs- mais il ne pouvait s'empêcher d'appréhender leur rencontre.

Quelle expression faciale feraient-ils?

De quoi devrait-il parler?

Pris par la panique et le feu de l'action, le lycéen ne s'était pas vraiment inquiété de ces choses alors qu'elles le hantaient depuis le début; au final, il n'y avait rien qu'il pouvait faire pour son hésitation latente. Il se prépara mentalement, annonça sa présence par trois petits coups puis entra lentement après avoir reçu l'autorisation. Son visage fut alors frappé par une bouffée d'air chaud. La vision d'une chambre blanche comme neige vint à son regard doré. Mais contrairement à l'ambiance neutre et désinfectée qui régnait dans les couloirs de l'hôpital, ce blanc semblait éphémère et moins brut, plus reposant pour la vue.

Peut-être que la fenêtre était ouverte, expliquant la raison pour laquelle les rideaux dansaient paresseusement au gré du vent. Sur le lit se tenait assis un corps faible, semblant sur le point de se briser au moindre coup. Un corps féminin enveloppé dans un peignoir prêté par l'établissement. À côté d'elle, sur une chaise, une autre personne un peu mieux portante mais tout aussi âgée. Avaient-ils toujours eu l'air aussi fragiles? C'était différent de ce qu'il se souvenait. Sans doute le poids des années commençait à peser sur leurs épaules. Cependant, l'homme qui lui sourit en le voyant arriver était sans aucun doute...

"Ryouta-kun."

En l'entendant prononcer son nom directement, de cette voix calme et paisible, il sentit alors les larmes lui monter aux yeux. L'intérieur de sa gorge se serra et ses lèvres tremblèrent à cause des sanglots retenus tout au fond. Le couple, l'ayant sans doute remarqué, lui laissèrent le temps de se remettre des émotions.

Finalement, Kise put ravaler un peu ce surplus et reprit;

"Désolé de cette visite imprévue." Tenta-t-il formellement pour cacher son trouble.

"Ne t'excuses pas, Ryouta-kun! Cela nous fait plaisir." Fit la femme d'un ton plus doux." Comment va l'école?"

"Ça va."

"Tant mieux."

Pour être honnête, il devrait encore être en classe, mais il préféra garder cela pour lui. Même s'il s'attendait à ce qu'il le devine plus ou moins vu l'heure, mais leur caractère d'un naturel conciliant n'irait pas s'aventurer sur la raison de sa visite. C'était quelque chose qu'il appréciait sans doute le plus chez eux.

"Ryouta-nii!" S'exclama alors une petite voix enfantine.

Surpris, Kise aperçu alors sa cousine se précipiter vers lui. Surpris en effet, non par sa présence qui était logique, mais par le fait qu'elle le reconnaisse... et l'appelle ainsi. Il ne se souvenait pas avoir entendu cette dénomination de sa part auparavant jusqu'à ce qu'il parte du foyer familial.

"Ah... bonjour Nina-chan."

Mal à l'aise quant à la manière dont il devait se comporter face à cette enfant qui semblait l'avoir pris en affection, il se contenta de se pencher pour lui tapoter la tête. Elle lui sourit gentiment, les joues légèrement rosées de cette attention, trahissant tout de même cette non-familiarité entre eux. Sans doute était-il ce que l'on appelait un "coup de coeur" pour cette petite fille, plus qu'un véritable frère. Après cela, le blondinet referma la porte pour se rapprocher de ses tuteurs. Pour une quelconque raison, il n'arrivait pas à les regarder dans les yeux, ni même directement, que ce soit l'un ou l'autre. Son regard se concentra alors naturellement sur le plancher.

Il savait que ce n'était jamais facile les discussions entre eux, car elles tournaient souvent en banalités qui finissaient par un vide gênant.

"Comment te portes-tu?" S'enquit l'homme.

"Bien, et vous?"

Nous allons bien! Ta tante se remet de l'accouchement... et le bébé est en pleine forme!"

"Vous avez encore longtemps à attendre avant de pouvoir sortir?" Demanda le lycéen dans une tentative louable.

"Assez..." Avoua la femme dans un soupire. "Comme l'accouchement a été un peu difficile, ils attendent un peu pour s'assurer que tout va bien. Mais j'aimerais pouvoir sortir rapidement!"

Elle gesticula un peu sur place avec un sourire amer pour exprimer son impatience.

"C'est un peu dérangeant, en effet..." Dit Ryouta sans savoir quoi répondre d'autre.

La petite, qui s'était réfugiée au fond de la pièce entre-temps, le toisait d'un air curieux. Elle le connaissait, pour sûr, mais comment... Il soupçonnait son oncle d'avoir parlé de lui à sa fille, sûrement pour la préparer à cette rencontre. Sans doute lui avait-il fait un portrait idéalisé avec des photos à l'appui et l'enfant était naïvement tombée sous le charme. De l'extérieur, il était sans aucun doute le candidat parfait à ses yeux au statut de grand frère. Kise, lui, n'avait jamais vraiment eu de nouvelles d'elles. Il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même, puisqu'il n'en demandait jamais, les conversations au téléphone tournant toujours autour du même sujet, il y avait peu de place pour le reste...

Sentant l'atmosphère un peu étrange, son oncle continua les propos de sa femme;

"Mais nous connaissons un peu la vie d'hôpital, donc ça va, c'est supportable."

Enfant, Kise avait été très souvent hospitalisé, et un de ses responsables devant assez régulièrement rester avec lui, ils avaient en effet l'habitude. Passer des heures, voire des jours dans une chambre de patient et attendre le médecin était des choses qu'ils avaient moult fois expérimenté. Le concerné baissa la tête sous le poids de la culpabilité. Même si c'était dit sans méchanceté ou arrière pensée, c'était toujours un peu douloureux d'entendre ça. Mais c'était malheureusement la vérité; depuis sa naissance, il avait toujours causé des problèmes aux membres de sa famille, et tous ne furent pas compréhensifs comme eux.

"Mmh..." Tenta le blond incertain.

"Oui?" Encouragea la femme.

"Félicitations." Se décida-t-il enfin à dire. "Je voulais vous le dire correctement."

Avec ces mots, sa tante lui sourit d'un air sincèrement heureux.

"Merci!"

L'expression de cette femme avait quelque chose d'apaisant et de doux. Elle ne voulait que le bien des personnes qu'elle avait décidé de protéger et instinctivement, son regard se posa sur la petite fille, spectatrice passive. Elle n'avait jamais manqué de rien, aussi loin qu'il se souvienne. Sa tante était une mère formidable. Ses enfants avaient une bien belle chance. Cela le satisfait. Si ceux qui se sont occupé de lui étaient heureux, alors c'était parfait. Il pouvait sentir en eux la joie et la force d'avoir donné naissance une nouvelle fois sur cette terre. Une famille soudée et aimante. Un portrait qu'il voulait à tout prix préserver.

"Vous êtes... heureux comme ça?"

Ils le regardèrent un peu curieusement avant que l'homme ne demande;

"Quelle est donc cette question, si soudaine?"

"Rien, je ne me demandais juste..."

Le couple se fixa d'un air perplexe pendant quelques secondes avant d'acquiescer timidement.

"Bien sûr, nous sommes une famille... et notre neveu est venue nous voir!"

"Je vois... tant mieux."

Même s'il s'en doutait rien qu'à voir leur visage, il voulait l'entendre de leur bouche. Il voulait être certain de ne jamais avoir le regret de les avoir laissés construire leur vie sans lui. Depuis son départ, il avait toujours vécu avec ce doute; avait-il vraiment fait le bon choix? Il n'était pas prétentieux au point de croire qu'il était indispensable à leur bonheur, mais plutôt... comme une source d'angoisse. Maintenant qu'il avait sa réponse, il était apaisé. La nervosité qui était montée en lui quand il était entré dans la chambre redescendit d'un coup et il put enfin, pour la première fois depuis très longtemps, leur adresser un sourire.

Sa tante due sûrement le prendre pour un signe.

"Ryouta-kun... pourrais-tu venir t'asseoir ici s'il te plaît.

La mère lui montra une chaise juste à côté de celle de son mari. Comme demandé, il prit place un peu timidement à côté de l'homme qui ne le regardait plus. Il lui semblait alors que leur humeur s'était un peu obscurcie.

"Ma tante?"

"Mmh... désolée."

Elle secoura la tête avec ces mots vagues puis regarda de nouveau le père de famille qui hocha la tête. Après cet accord tacite, elle se leva du lit;

"Je vais aller voir comment va le bébé... Nina, tu viens avec moi s'il te plaît."

"Oui maman."

La petite fille trottina jusqu'à sa mère qui lui prit la main et le duo féminin sortit de la pièce pour laisser les deux hommes seuls.

Kise se sentit un peu déboussolé par ce brusque changement, sentant que quelque chose allait se passer. Il n'était pas idiot; si elle les avait laissé, c'est que sa tante s'attendait à ce qu'ils aient une conversation sérieuse. Cela en avait toujours été ainsi depuis qu'il était petit. Elle les laissait toujours parler sans s'interposer. Aussi loin qu'il s'en souvienne, le blondinet n'a jamais eu de réelles conversations avec elle qui allait au-delà des simples politesses. Quand il osa enfin le regarder, il put lire une sorte de détermination se refléter dans les yeux de son oncle. Il soutint son regard et son tuteur commença à parler d'une voix sérieuse.

"Ryouta-kun... il y a quelque chose dont il faut que je m'excuse." Avoua-t-il enfin.

"Hein?"

Il fut pris au dépourvu par ces mots inattendus. De quoi devait-il s'excuser? Sans qu'il puisse s'en empêcher, sa conversation avec Kurokocchi avant de venir lui transperça le coeur. Il devinait. Il savait que ce qui allait suivre n'allait pas lui plaire. Il pouvait encore faire le choix de partir et faire comme s'il n'avait rien entendu. Ce serait plus simple, et tout le monde continuerait de vivre dans ce brouillard de malaise où chacun ne savait pas trop marcher pour ne pas percuter l'autre. Oui, il pouvait faire ça. Mais il était fatigué d'avancée à taton. Et surtout, maintenant qu'il était face à ce dilemme, il comprit qu'il ne pouvait plus se voiler la face plus longtemps.

"Vous excuser?"

"Oui... Pour être honnête, j'ai toujours voulu te le dire, mais je n'ai jamais trouvé la force. Aujourd'hui, quand j'ai reçu ton mail, nous nous sommes mis d'accord avec ma femme pour te mettre au courant."

Il s'arrêta un moment, semblant avoir des difficultés à sortir ses mots, angoissant d'autant plus Kise, puis il reprit la parole.

"Ce que je veux te dire concerne ta mère et ton père... et toi aussi."

Sa mère et son père?

Ses yeux s'écarquillèrent par réflexe. Les deux mains de son oncle se trituraient mutuellement, sans doute sous le coup du stress. Le lycéen aussi ne se sentait pas très bien.

"C'est quelque chose que j'aurais dû te dire plus tôt, très sincèrement. Oui j'aurais du... il s'agit... Il s'agit des véritables circonstances de ta naissance."

"Ma naissance?"

Que s'était-il donc passé à sa naissance? De ce qu'on lui avait dit, il était issu d'un flirt de jeunesse qui se serait mal fini entre ses parents. Dès que sa mère avait accouché de lui et en mourut, son père l'avait reconnu à sa naissance pour qu'il hérite de son nom de famille mais serait ensuite disparu sans laisser de trace. Et son oncle aurait été alors le seul de la famille à s'être proposé pour l'adopter. C'était tout. Mais évidemment, avec tous les mystères qui planaient autour de cette histoire, il était à moitié surpris de cette découverte. Il était surtout terrifié sur ce qu'il allait remplacer cette version de l'histoire.

Son oncle cligna des yeux avant de reprendre.

"Ce qui s'est vraiment passé..."

XxXxXxXxXxXxXxXxXx

Ce fut une chaude après midi d'été de juin, dans un petit village du Nord du Japon.

Récemment marié, il venait d'emménager avec sa femme dans cette petite maison de campagne et tous les deux profitaient de leur jour de repos pour vaquer à leurs occupations. Son épouse était posée dans un petit fauteuil et s'attelait à de la broderie, son hobby préféré. En ce moment, elle aimait surtout faire des formes mignonnes, comme des animaux. Elle devait sans doute se dire qu'il était assez bêta pour ne pas deviner le message qu'elle tentait de lui faire passer et imaginait peut-être d'autres moyens moins subtils, mais il avait tout à fait compris. Et pour être honnête, lui aussi avait le même désir, mais beaucoup de choses l'en empêchaient en ce moment.

Ils étaient ainsi heureux, profitant de la présence de l'autre, quand la sonnette retentit.

Sans imaginer une seule seconde qu'en ouvrant cette porte, il laisserait une partie de l'enfer rentrer chez lui, l'homme se dirigea le long du couloir pour accueillir les nouveaux venus. Il se figea sur place.

Ce furent moins les deux grands types épais comme une montagne que celui, beaucoup plus petit et chétif qui se tenait devant eux qui lui glaça le sang dans les veines. Il n'avait pourtant rien d'effrayant. Il était jeune -plus que lui- et n'avait pas un physique intimidant. Son aura en revanche, suffisait à l'obliger à reculer de deux pas.

"Vous êtes bien Seizawa Tohru?"

"Oui, c'est à quel sujet?" Interrogea le concerné avec une boule à la gorge.

"Nous serons brefs: votre soeur est actuellement à l'hôpital en train d'accoucher, et ça ne se passe pas bien, elle va sûrement décéder. C'est pourquoi quelqu'un doit aller recueillir le bébé."

"Attendez... quoi?"

Il les regarda abasourdit, comme si la foudre venait de le frapper. Il venait d'apprendre en l'espace d'une seconde que sa soeur, avec qui il n'a plus eu contact depuis des années, était enceinte, était en train d'accoucher et allait mourir. C'était tout simplement trop d'informations pour lui d'un coup. Cependant, ses visiteurs ne semblèrent pas en tenir compte et celui qui semblait être le meneur continua de sa voix froide;

"Nous comptons sur vous pour vous occuper de cet enfant."

"Attendez une minute! Qui êtes-vous pour venir chez moi et me dire des choses pareilles! Je n'ai plus vu ma soeur depuis longtemps et vous venez comme une fleur me donner de ses nouvelles pour ça...?"

"Seizawa-san." L'homme en face de lui murmura son nom d'une voix dangereuse mais horriblement doucereuse. "Vous ne semblez pas comprendre la situation; votre soeur s'est engagée auprès de nous. En échange d'argent, elle acceptait de porter l'enfant d'un de nos membres et de l'élever jusqu'à sa majorité. Si jamais elle ne pouvait remplir tout son devoir, c'est à sa famille que cette charge reviendrait."

"Mais... et le père alors?"

L'inconnu sembla hésiter un moment puis repris tout aussi calmement.

"Le père n'est pas en mesure de prendre en charge l'enfant."

"Cela ne me concerne pas!" Déclara-t-il finalement après avoir rassemblé son courage.

"C'est tout à votre honneur, mais réfléchissez deux fois avant de décliner notre offre. Nous vous fournirons assez de ressources pour vous occuper de cet enfant jusqu'à sa majorité, et même avant s'il veut son indépendance. Et nous rajouterons un bénéfice pour vous dédommager. Pensez-y. Vous êtes encore jeune et je pense que vous et votre femme avez des projets d'avenir."

Il se figea un moment et regarda, par réflexe, derrière lui sa femme qui s'était approchée en silence pour voir ce qui se passait.

"En outre, Seizawa-san." Reprit la personne d'un ton moins doux. "Votre soeur a engagé votre famille en s'engageant elle-même. Si aucun d'entre vous ne veut prendre en charge cet enfant, ce serait fâcheux... qui sait quel malheur il risquerait de vous arriver, à vous, vos parents, vos grands-parents... Un accident est si vite arrivé..."

Il serra les poings.

On était clairement en train de le menacer. Mais encore, il ne pouvait pas céder à ces types. Rien ne garantissait qu'ils étaient sérieux. Rien ne garantissait qu'ils tiendraient leur promesse. Pourtant... Pourtant quelque chose dans le regard de son interlocuteur le convainc qu'il n'était pas en train de mentir. Et que ses dires étaient fondés. Quand bien même. Pouvait-il se permettre d'adopter un enfant comme ça? Et sa soeur... sa pauvre soeur... Il ne voulait pas croire qu'elle allait mourir! Tout se bousculait dans sa tête tant il était confus.

"Nous vous conseillons d'aller à l'hôpital du centre-ville, vous constaterez par vous-même les faits. Mais considérez-vous comme engagés si jamais c'est le cas, et ne pensez pas vous décharger de vos responsabilités. Nous le saurons."

"J'ai quand même le droit d'aller vérifier si ma soeur va bien!" S'offusqua-t-il.

"C'est une affaire privée." Répliqua l'homme, plus glacial. "Ni son état, ni celui de cet enfant ne vous regarde si vous ne vous impliquez pas."

Il était pied au mur. Il n'avait pas le choix désormais.

"D'accord... je m'occuperais de cet enfant si ma soeur décède... Mais seulement si elle décède."

"Très bien, nous vous laissons y aller dans ce cas. Le père y sera présent pour reconnaître l'enfant, donc ne vous étonnez pas. De notre côté, nous nous occuperons des formalités administratives. Nous vous recontacterons une fois que tout sera terminé. Bonne journée."

Sur ces mots froids, ils s'en allèrent simplement après avoir bouleversé sa vie comme une tornade.

XXxXxXxXxXxXxXxXxXxXxXx

Sa respiration semblait coupée dans son élan, comme s'il allait se briser. Il avait terriblement mal aux poumons au point qu'il crut qu'ils se disloquaient au bout d'un moment. En entendant cette histoire, Kise sentit son esprit agrippé par une sensation paralysante. Il n'arrivait pas à y croire. Il ne voulait pas y croire. Toute une partie de lui était littéralement en train de rejeter ce que son oncle venait de lentement lui expliquer. Il était déchiré en deux, entre deux faits. Il comprenait que cela le concernait, et pourtant, il n'arrivait pas à accepter le fait que cette histoire ne concernait pas quelqu'un d'autre.

Sentant son malaise, son tuteur tenta maladroitement de reprendre:

"Même si j'étais déjà engagé à ce moment-là, je ne voulais toujours pas croire qu'elle allait mourir... ta mère... ma soeur n'aurait jamais pu en être réduite à de telles extrémités... Et pourtant, j'ai eu l'occasion de lire le contrat qu'elle a signé auprès de ces gens, de te porter et de t'élever en échange d'une monstrueuse somme d'argent... Et puis en entendant les infirmières qui s'occupaient d'elle, j'ai compris..."

Il déglutit légèrement, se souvenant parfaitement de ce moment d'attente dans le couloir de l'hôpital après que le lit transportant sa soeur décédée et couverte de sang soit passé.

"Eh bien, quelle journée! Cette pauvre femme n'a vraiment pas eu de chance."

"Tu peux le dire, il paraît qu'elle était endettée jusqu'au cou!"

"Mais la grossesse était vraiment compliquée! Plusieurs fois son médecin lui a conseillées d'arrêter étant donné les risques, non seulement pour elle, mais aussi pour son enfant. Elle répondait en larmes qu'elle n'en avait tout simplement pas le droit."

"Elle est allée jusqu'au bout en espérant survive... pour être honnête, c'est un miracle dont même le bébé ait survécu!"

"D'ailleurs, ce n'est pas un bizarre ça? Je veux dire, il y a eu une forte hémorragie, il était bloqué, tout le monde le croyait mort-né à ce moment, même sur les appareils, il ne répondait plus!"

"Oui, mais quand on a ouvert le ventre de la mère pour le sortir, il semblerait qu'il ait été protégé par une couche fluide qui a remplacé temporairement le placenta. Cela ressemblait à du sang, mais en plus épais..."

"Tu veux dire que ce n'était pas du sang?"

"Non, ça se voyait par rapport au sang de la mère... Mais quoi que ce fut, ça lui a sauvé la vie."

"On a essayé d'en récolter un échantillon pour l'étudier après... mais nos fioles ont dû être vidées dans notre dos parce qu'on n'en a plus aucune trace."

"Eeh! Ça me donne des frissons.

...

L'homme plus vieux n'osa pas regarder son neveu après ce discours rapporté, son regard dirigé vers le sol. il savait à quel point c'était dur d'entendre ça, mais il devait finir son explication.

"Tous ces bruits autour de ta naissance étrange nous ont vraiment fait peur... je n'osais imaginer dans quelles circonstances ma soeur était morte. Alors quand nous avons dû malgré nous t'accueillir au sein de notre foyer, nous étions terrifiés. Terrifiés par ces gens... mais aussi par toi."

Il prit une courte inspiration, sachant qu'il venait de dire quelque chose d'horrible. C'était sans doute la partie la plus difficile de ses aveux.

"Mais il n'y avait rien que nous pouvions faire, alors nous avons simplement accepté notre sort. Nous recevions régulièrement de l'argent pour te garder, encore aujourd'hui, ton appartement est payé grâce à ce soutien financier, mais ce fut dur."

Ses lèvres tremblaient toujours sous la culpabilité qu'il exposait maintenant.

Alors c'était donc pour cela. Ce sentiment de n'avoir jamais été parmi eux. Il comprenait maintenant. Ces gens n'avaient rien fait de mal. Ils avaient simplement été présents au mauvais endroit, au mauvais moment, et le coup du sort leur était tombé dessus sans prévenir. Ce n'était pas eux le problème. Le problème, c'était lui. Lui l'étranger qui s'est incrusté dans leur famille. Lui, le fruit d'un chantage, d'un mensonge, d'une mort indésirée. S'il avait toujours eu l'impression de ne pas faire partie de cette famille, c'est tout simplement parce que ce n'était pas le cas. Ni eux, ni personne au monde d'ailleurs. Kise n'était pas devenu un monstre. Il était né monstre.

Ce jour où il avait quitté le foyer familial; la tristesse qu'il avait pu lire dans les yeux du couple qui l'avait élevé...

Ils avaient été très clairement tiraillés entre la peur de cet enfant qui avait pris la vie d'une femme et leur devoir envers lui malgré tout. Le soulagement ou la culpabilité qui s'affrontaient.

Soudain, sa vision s'assombrit.

Son oncle lui avait dit que la grossesse avait été compliquée. Que l'accouchement s'était mal passé. Qu'il y avait eu une trop forte hémorragie. Et qu'il n'avait pas pu sortir correctement au point qu'il avait fallu ouvrir le ventre de sa mère pour le sortir. Cela voulait dire que normalement, ils auraient du tout mourir à ce moment-là. La mère et l'enfant. Personne n'avait eu de moyen pour le maintenir en vie. Il aurait dû mourir dans le ventre de sa mère. Les infirmiers auraient du sortir un enfant mort. Mais la vérité était toute autre. Il avait survécu, miraculeusement. Il sentit sa poitrine se serrer douloureusement.

Kise avait expérimenté la mort avant la vie. Il avait causé le décès de sa mère. Il n'était pas humain. Il provoquait la désolation autour de lui. Il détruisait une famille. Il rendait un camarade de classe fou. Il allait rendre tout le monde malheureux. Tous ces mots resonnèrent dans sa tête alors qu'il attrapa le haut de son uniforme. Toute sa force se concentrant dans sa main, il serra l'habit au point de planter ses ongles dans la chair. Peut-être qu'il voulait s'arracher le coeur. Peut-être qu'il voulait mourir, là, maintenant, et arrêter de souffrir et faire souffrir tous ces gens. Mais il savait au fond de lui qu'il n'en'avait pas le courage.

Il avait des difficultés à respirer.

"Je..."

Il n'avait rien de particulier à dire. Il ne voulait juste pas rester en face de cet homme accablé par la honte sans parler.

Son oncle, encore tremblant, posa sa main sur son épaule.

"Ryouta-kun..." Fit-il finalement d'une voix attristée."Je suis désolé d'avoir mis tout ce temps à te le dire... j'avais peur... de ta réaction. Je voulais honnêtement t'intégrer à notre famille. Vraiment! J'ai toujours essayé de te considérer comme mon fils, mais... mais les souvenirs de ma soeur revenaient me hanter et je n'ai jamais pu m'y résoudre."

Il fit une pause pour reprendre son souffle.

"Je me suis dit que si je te le cachais... peut-être que ça sera plus facile. Mais j'ai eu tort. J'espérais le meilleurs pour toi, tu étais déjà un enfant fragile. Mais je me suis rendu compte que nous ne pourrions jamais créer de véritables liens familiaux tant que je ne t'aurais pas dit toute la vérité. Et aussi pour honorer la mémoire de ma soeur."

La tristesse était clairement visible sur son visage et Kise ne pouvait décemment pas lui en vouloir. De quel droit? Il n'était qu'un simple père qui avait fait ce qu'il pensait être juste pour protéger sa famille. Et il avait quand même tenté de l'intégrer. C'était tout à son honneur et même sans savoir ça, le blondinet a toujours su qu'il était la pièce étrangère dans ce puzzle. Ce n'était pas bien grave. En fait, il était même soulagé maintenant de savoir d'où lui venait sans arrêt ce sentiment d'illégitimité par rapport à eux. Quelque part, cela lui enlevait un poids sur les épaules à lui aussi.

"Tu sais... je n'ai rencontré ton père qu'une seule fois. Juste après ta naissance en fait, quand il est venue te reconnaître et te donner le nom que tu portes ainsi que ton prénom. Je me souviendrais toujours de ce qu'il m'a dit alors que j'étais encore endeuillé."

"Qu'est-ce... qu'il vous a dit?"

Osant enfin le regarder dans les yeux, son oncle hocha la tête.

"Il m'a dit que ta naissance était un fait à accepter, de même que la mort de ta mère. Que rien de ce qui pouvait arriver était un miracle. Peu importe comment on essaie de changer les choses, tout ce que nous pouvons faire est de les accepter et de s'endurcir."

"S'endurcir?"

"Oui... Pour être honnête, je ne comprenais pas... encore maintenant, j'ai du mal à saisir ce qu'il voulait dire. Mais quand ton père m'a dit ça, alors qu'il venait tout juste de te voir, j'ai pu sentir, d'une certaine manière, un instinct protecteur à ton égard. Il avait sans doute... prédit que ta vie n'allait pas être facile."

Kise ne su quoi répondre à cela, tiraillé entre différents sentiments.

"Je ne sais pas pour ta mère, Ryouta-kun, étant donné qu'elle t'a eu par obligation. Mais en ce qui concerne ton père, je pense que... quelque part, il t'aimait. Sincèrement."

Dans ce cas, pourquoi l'avait-il abandonné à sa naissance?

C'était une question à laquelle le lycéen n'aura sans doute jamais la réponse. Mais il pouvait le sentir, à travers ces mots rapportés, ce que son géniteur avait voulu lui transmettre. Étrangement. Il comprenait la signification de chacun de ces mots maintenant. Et il sentait une étrange chaleur dans ces paroles. Quelque chose de réconfortant et rassurant, plus honnête que tous les actes que son oncle et sa tante aient pu faire durant son enfance. Tout était dans l'intention, sans doute. Doucement, il ferma ses iris d'or en essayant de se l'imaginer. On lui avait dit une fois qu'il ressemblait à son père. Il ne savait pas à quel point.

Tout oublier.

Tout surmonter

Tout accepter.

Cela s'appelait sans doute être fort.

Une force que son père avait voulu lui transmettre.

OoOoOoOoOoOoOoO

Après cet instant d'émotions fortes, les deux hommes eurent besoin d'un long moment de silence pour retrouver leurs esprits.

Au bout de quelque temps, le plus vieux des deux repris la parole, d'une voix bien plus apaisée qu'avant.

"Hmm... Ryouta-kun... pourrais-tu rester avec nous encore un petit moment s'il te plaît?"

Le blondinet acquiesça. Ce n'est pas comme s'il avait un endroit spécifique ou aller après ça, étant donné qu'il ratait les cours. Il ne pouvait pas y retourner après avoir prétexté se sentir mal et rentrer. Satisfait de sa réponse, son oncle posa ses deux mains de chaque côté de sa chaise et se leva doucement avec une petite grimace. Il semblait assez fatigué et devait sans doute avoir des douleurs dans le dos pour avoir des difficultés comme cela. Kise voulu lui offrir sa main pour l'aider, mais il refusa, sans doute par fierté. Avec un sourire faible, il se dirigea vers la porte de sortie de la chambre.

"Allons rejoindre ta tante et ta cousine."

Comprenant son attention, le jeune homme vint alors le rejoindre et tous les deux quittèrent la chambre de maternité, désormais vide. Restant à une distance raisonnable, Restant à une distance raisonnable, Ryouta marchait avec lui sans savoir vraiment où ils se dirigeaient. Cependant, il semblait que son tuteur appréciait cette promenade. Il regarda son visage un peu perplexe. Ses yeux avaient l'air gonflés, sans doute à cause de leur précédente conversation. Il l'avait senti à plusieurs moments sur le point de craquer, mais il s'était retenu devant lui.

"Cela fait longtemps que nous n'avons pas marché ensemble comme cela..." Fit-il légèrement avant de se tourner vers lui d'un air entendu.

"Tu as grandi."

"Oui..."

Il ne le dépassait pas de beaucoup, donc il ne s'en était pas forcément rendu compte avant qu'il le lui fasse remarquer, mais avant, enfant, Kise avait eu pour habitude de lever la tête pour parler à son oncle. Il se souvenait en effet des longues balades en famille dans la campagne où il du lever le bras pour attraper sa main et ainsi éviter de se perdre dans ce monde trop immense pour lui. Mais maintenant c'était différent. Depuis son entrée au collège, il avait eu une poussée de croissance, chose qui n'était pas rare pour un adolescent, mais assez pour créer un fort contraste. Et sans doute sans sa santé fragile, il aurait été encore plus grand et plus fort.

Progressant ensemble dans le corridor, ils empruntèrent l'ascenseur qui les mena au deuxième étage, choisi par son accompagnateur. Le duo déboucha sur un couloir qui était, à s'y méprendre, exactement identique au premier vu l'uniformité des murs. Seuls quelques détails permettaient de ne pas s'y perdre. Au troisième embranchement, ils virent de loin la mère de famille et sa fille en face d'une large baie vitrée. Lorsqu'elle les aperçue, la femme eut un air anxieux mais son mari la rassura d'un geste de la main et elle sembla soupirer de soulagement. Il n'y avait pas grand-chose à dire, aussi aucun d'entre eux n'aborda le sujet, de toute façon clos.

À la place, elle lui fit une place à ses côtés en face de la vitre.

"Ryouta-kun, regarde."

À l'intérieur se trouvait une pièce hermétique décorée sur des tons doux qui contrastaient avec le blanc agressif des murs de l'hôpital. Un grand nombre de nouveau-nés dormaient dans des lits adaptés à leur morphologie. Il y en avait douze au total, chacun se distinguant par le genre et le nom du nourrisson. Deux infirmières portant des protections adaptées aux normes d'hygiène passaient de berceau en berceau pour vérifier occasionnellement l'état de chaque enfant. Ils semblaient tous apaisés dans une ambiance presque intime. Parmi eux se trouvait sans doute son cousin.

"Tout à gauche, le premier de la rangée." Fit sa tante en pointant un des lits.

"Il dort bien!" Commenta la petite fille d'un ton joyeux.

En regardant le bébé, l'homme eut un petit sourire et poussa également un soupire de joie.

"Ryou-kun, ton cousin est venue te rendre visite!"

Kise eut un haussement de sourcils, confus par ce qu'il venait d'entendre.

"Ryou? C'est son nom?"

"En effet."

Les trois personnes hochèrent la tête en se tournant vers lui, sans doute guettant sa réaction.

"Nous l'avons appelé Ryouma." Conclut la femme du groupe d'une voix douce.

"-Ryou- pour Ryouta et -ma- pour Mayuko!" Expliqua innocemment sa cousine avec un certain entrain, sans doute fière.

Mayuko était le prénom de sa mère. Et puis...

"Moi?" Interrogea Kise, presque dans un souffle coupé.

"Oui..." Répondit l'homme. "Tu sais, c'est Nina qui nous a donné l'idée mais..."

Souriant paisiblement, il donna un autre regard au bébé à travers la vitre.

"Nous avons échoué à te donner un cadre de vie de famille chaleureux." Reprit-il avec une certaine teinte de regret dans la voix. "Mais nous tenons à toi malgré tout, car tu fais partie de la famille. Cet enfant ne rachètera jamais nos erreurs, mais nous voulions quand même te donner une preuve de notre affection. Toi et ta maman serez toujours des pièces manquantes à notre famille."

"Oh..."

Son coeur était trop assiégé par les émotions pour parler. Seul un long soupir put sortir de sa bouche pour exprimer son ahurissement. Il n'arrivait pas à croire que ses tuteurs aient choisi le nom de leur enfant à partir de... lui. Ce n'était pas un choix à prendre à légère. C'était quelque chose qui allait rester avec lui toute sa vie. Voulaient-ils vraiment qu'il porte le prénom de deux personnes qu'ils n'ont, au final, jamais vraiment réussi à connaître? N'allaient-ils pas regretter à la fin de les avoir choisit eux plutôt que d'autres personnes auxquelles ils tenaient peut-être plus?

"Désolés de t'avoir surpris. Peut-être que nous n'aurions pas dû, mais nous avons décidé de cela tous ensemble."

La petite le regarda notamment avec une forte détermination dans les yeux, montrant qu'ils -elle- ne changeront pas d'avis. Pour cacher son malaise, Kise regarda le concerné à travers la vitre. Peut-être parce qu'il rêvait de quelque chose, Ryouma gigota légèrement dans son sommeil.

"Je... n'ai rien à redire sur votre décision." Fit-il finalement d'une voix tremblante.

Il ne pouvait rien dire de plus. Il était heureux. Sincèrement heureux. Mais pour une étrange raison, il était aussi sur le point de pleurer.

"Dans ce cas tout va bien." Déclara son oncle avec gentillesse. Sa femme reprit derrière lui.

"Tu sais Ryouta-kun, quand un enfant veut quelque chose, il ne peut que crier, ou te regarder sans s'exprimer."

"Regarder?"

"Oui, même s'il voulait parler, il ne le pourrait pas. Alors il te regarde, et si tu le regardes à ton tour, tu sais alors qu'il veut te dire quelque chose. Cependant, si tu ne peux pas deviner ce qu'ils ont à l'esprit, ils ne peuvent que continuer à crier. Ce genre de chose s'apprend par expérience entre le parent et l'enfant, tu sais."

Après avoir parlé de ce ton honnête, elle se tourna vers Kise.

"Ryouta-kun, moi et ton oncle nous faisions cette réflexion... tu as un peu changé."

"Changé?"

"Oui, tu sembles différent d'avant... Nous ne savons pas trop en quoi mais si tu as besoin de parler, nous sommes là."

"Oh... je vois. Merci."

Un peu étonné, Kise porta son attention vers le nouveau né avec résignation.

Bien qu'il ne s'en était pas aperçu lui-même, il devait avoir changé. Dans un si court laps de temps, beaucoup de choses étaient arrivées. Des choses horribles. Des choses insolites. Des choses improbables. Même en y regardant maintenant avec un peu de recul, il se demandait encore si tout cela n'était pas qu'un rêve. Son état d'esprit était tellement différent maintenant qu'il n'était plus sûr de rien. Peut-être que quelque chose avait changé dans son corps. Qu'est-ce qu'il devenait? En quoi était-il en train de se transformer? Il ne le savait pas encore, mais y penser le rendit mal à l'aise.

Mais aujourd'hui, en revoyant son oncle, le jeune homme était sûr que quelque chose avait définitivement changé

Sa mère qui ne l'avait pas désiré, et qui était morte sacrifiée à cause de lui. Il n'aurait pas dû naître vivant à ce moment-là. Et pourtant il était encore en vie. Seul et en vie. Qui croirait à une histoire aussi sordide d'un bébé mort-née qui avait finalement survécu? C'était impossible. N'importe qui le verrait comme un mensonge avant quoi que ce soit. Et pourtant. En entendant ce que son oncle lui avait dit, il ne pouvait décement pas croire que c'était un mensonge. Bien sûr, il était choqué. Mais il ne pouvait pas refuser ce fait. Il devait simplement vivre avec l'idée que ce monde ne voulait pas de lui, et aujourd'hui encore le rejetait.

Il ne savait pas si le sang et les choses étranges qu'il avait vues étaient réels ou une illusion. Il n'était pas encore capable de juger cela avec assez de recul. C'était beaucoup trop frais dans sa tête. C'était comme si tout son être exprimait cette répugnance. Peut-être... devenait-il fou. Avant que sa vie ne prenne ce chemin, il avait toujours été quelqu'un de blasé. Quel pouvait bien être le sens de son existence? Avait-il la moindre valeur? Pourquoi avait-il survécu si c'est pour souffrir autant? Jusque-là, il n'avait jamais compris la raison pour laquelle ses membres bougeaient encore alors qu'il était vide à l'intérieur.

Mais maintenant, ça allait. Il s'était trouvé une estimation.

Sa famille adoptive avait nommé leur enfant d'après son prénom. Juste cela lui donnait un étrange sentiment de satisfaction, de soulagement aussi. Comme si un poids lui était retiré, il se sentit bien. Apaisé. Quelque chose d'issu de lui qui peut-être allait vers quelque chose de meilleur. Meilleurs que tout ce que Ryouta a pu laisser derrière lui. Ainsi, peu importe ce qui lui arriverait désormais, la petite vie à peine arrivée portant son nom continuerait de vivre avec eux, en sa mémoire et celle de sa mère. Et il aurait tout ce qu'il n'a jamais pu avoir. Une vie normale et aimante. Et espérer qu'un jour, ses yeux ne lui ressemblent plus du tout pour devenir lumineux de bonheur.

Soudain, le visage d'Aomine pénétra son esprit entre toutes ces pensées en se remémorant leur discussion.

Cette solitude. Cette isolation. Ce malaise causé par cette incapacité à croire en sa propre existence. Lui aussi, il n'était pas un enfant désiré. Ses parents l'ont abandonné, tout comme lui. Ah... c'était donc ça. Ce sentiment. Daiki portait sans doute la même blessure que lui. Depuis longtemps, il s'était toujours imaginé qu'il n'arriverait jamais à saisir sa pensée, qu'il était beaucoup trop différent de lui. Et puis il avait appris à le connaître, à le découvrir. Sa véritable personnalité. Il avait appris alors toutes ces choses qu'il n'aurait jamais soupçonnées et surtout, quelque chose d'essentiel: Lui et Aomine étaient pareils.

Il avait enfin compris ça.