Douceur liquide

Auteur: Woshi

Disclaimer: Ni Kuroko no Basket, ni Sweet Pool ne m'appartiennent

Raiting: M pour cause de scènes sanglantes et sexuelles

Genre: UA, Angst, Drame, Tragedy, School life, Romance, Yaoi, Gore, Surnaturel, Mpreg d'une certaine manière

Note: Hey ~ Plus on avance, plus ça se corse pour moi d'écrire, vu que je dois choisir minutieusement les scènes. Du coup ce chapitre ressemble beaucoup au précédent, car il apporte des révélations importantes, mais laisse un peu de côté certains personnages et les feels. Mais ne vous inquiétez pas, je me rattraperais laaaaargement pour le prochain. Voilà, voilà ~ Merci encore aux fidèles reviewers!

Bonne lecture!

[ Sweet Pool OST - Simple / Saya no Uta OST - Scare Shadow ]


Selon l'horloge accrochée au mur, il était proche de cinq heures de l'après-midi.

Tout ce temps passé à discuter de banalité, sans jamais entrer dans les détails. Mais c'était très bien comme ça. Après avoir raccompagné toute la petite famille dans la chambre d'hôpital de sa tante, Kise les avait salué puis pris l'ascenseur du hall principal de l'étage. Puisqu'il avait quitté le lycée assez tôt, il n'avait pas de raison d'y retourner, surtout à une heure aussi avancée où tous ses cours étaient finis. Il prit le chemin du couloir principal donnant vers la sortie du rez-de-chaussée dans l'optique de rentrer chez et se coucher tôt histoire de se remettre de ses émotions et y réfléchir le lendemain.

C'est alors qu'une silhouette qu'il connaissait très bien croisa son chemin dans l'allée.

Il n'y avait pas d'erreur possible, c'est Akashi Seijuro.

En le reconnaissant, l'adolescent sentit tout son corps pris d'une pression familière qu'il reconnue. Une tension monta dans tous ses muscles comme s'il était face à un danger imminent qui le guettait, caché quelque part, autour de lui, peut-être au-dessus de lui. Il n'y avait rien de plus désagréable comme sensation, et il n'y avait qu'avec l'adulte qu'il l'expérimentait. La dernière chose qu'il voulait, c'était lui parler. Pas ici en tout cas. Ce n'était pas le bon moment pour lui demander d'annuler ses cours de rattrapage avec Aomine. Cependant, ne l'ayant peut-être pas remarqué, le professeur continua son chemin dans le couloir suivant et disparut derrière une porte dont l'accès était réservé au personnel.

Pourquoi Akashi-sensei était-il à l'hôpital?

Maintenant qu'il y repensait, il ne se souvenait pas l'avoir vu dans les couloirs de l'école, même si cette dernière était vaste. Et les élèves qui avaient prétendu que Kagamicchi était hospitalisé... Est-ce que par hasard, son camarade était dans cet hôpital, et son professeur était venu lui rendre visite? C'était un petit peu inconcevable en supposant que les deux s'entendaient comme chien et chat (pire qu'avec Aominecchi) mais Akashi restait un membre du corps enseignant. Qu'il apprécie ou non son élève, en tant que son professeur principal, il avait le droit de s'assurer qu'il aille bien. Alors la question ne se posait plus si l'adulte aux cheveux rouges était présent; Kagami était dans cet hôpital.

En s'en rendant compte, Ryouta fut pris d'un malaise sourd. Bien sûr, il voulait savoir si tout allait bien et sans doute avec quelqu'un d'autre, il n'aurait pas hésité à aller lui rendre visite mais... Mais le souvenir de ses yeux carmin assombris par la colère le piqua à vif. Ce regard léthargique qui avait perdu toute trace de la vraie personnalité de Taïga le refroidit immédiatement. Il savait bien que Kurokocchi avait probablement adouci son mal, voire calmé le trouble qui l'avait poussé à agir ainsi, mais qui sait s'il ne referait pas une rechute. Le blondinet, lui, avait encore ces souvenirs frais de son agression dans sa mémoire, et elle lui collait à la peau.

Pourtant, même maintenant, même avec le choc, il voulait quand même faire un effort. Il voulait voir Kagamicchi et lui parler. Comprendre ce qui s'est passé et peut-être... en apprendre un peu plus.

En s'approchant du bureau de la réceptionniste, il parla à la femme d'un ton blanc:

"Heu... excusez-moi, je me demandais... est-ce qu'il y a un étudiant nommé Kagami Taïga hospitalisé ici?"

"Vous êtes un de ses amis? C'est pour une visite?" Demanda la réceptionniste avec un sourire charmé.

"Oui..."

"Bien, dans ce cas... Kagami Taïga... En effet, chambre 502."

Alors Kagamicchi était vraiment dans cet hôpital. Cette confirmation lui fit plus d'effet qu'il ne le pensait.

"Merci beaucoup."

Il acquiesça d'un ton poli puis retourna encore une fois à l'ascenseur. Montant jusqu'au cinquième étage, il s'orienta exactement de la même manière que pour trouver la chambre de sa tante jusqu'à s'arrêter en face de la chambre 502. "Kagami Taïga" était marqué sur une plaque collée à la porte. Il n'y avait donc aucune erreur possible. Doucement, il prit une respiration pour calmer son appréhension et toqua doucement à la porte. Cette sensation de déjà-vu ne calma en rien son stress alors que les souvenirs de la salle de laboratoire tournèrent malgré lui dans sa tête. Il savait bien que le contexte était différent, mais cette peur était toujours là.

"Entrez..."

Un murmure frêle résonna à travers le bois de la porte. Attrapant la poignée argentée, Kise l'ouvrit lentement, une boule à la gorge. La chambre était exactement du même blanc que celle de sa tante, à l'exception près que les volets étaient un peu plus tirés, plongeant la pièce dans une relative pénombre. Sur le lit était assis son camarade. Il ne put s'empêcher de l'observer un peu plus fixement, comme s'il cherchait la cause de son hospitalisation. Kurokocchi ne lui avait rien dit là-dessus. Il y avait mille et une raisons pour laquelle il était ici. Mais aucune trace de blessure apparente, ni de bandage.

Cela ne le rassura cependant pas.

Lorsque la tête de Taïga se tourna vers lui, Ryouta put y lire une sorte de crispation sur ses traits.

"... De toutes les personnes... il a fallu que ce soit toi."

"Bonjour, Kagamicchi."

Sans attendre de réponse, Kise s'approcha de son lit et le contempla d'un peu plus près. Il avait l'air vraiment pâle et fatigué, comme s'il venait de faire de l'hypoglycémie... ou peut-être de l'anémie.

"Comment ça va?" Commença le blondinet avec un certain malaise.

"J'ai connu mieux..."

"Qu'est-ce qui t'est arrivé?"

Ces questions semblèrent étonner son homologue qui ne s'imaginait sans doute pas qu'après ce qui s'était passé entre eux, le jeune homme blond se soucis encore de sa santé. Mais Kise, même s'il avait encore un peu de rancune en lui, n'était pas quelqu'un d'insensible. Il n'allait pas au chevet de quelqu'un juste pour exiger des comptes sans aucun tact. Qui plus est, il fallait bien arrondir les angles, alors il valait mieux qu'il se montre concerné. Surtout qu'il l'était, d'une certaine manière, puisque Kurokocchi le lui avait dit. Il ne savait pas pourquoi, mais il le lui avait dit...

"Rien de bien extraordinaire... on sortait du Magi Burger avec Kuroko après avoir parlé..." Ses yeux devinrent fuyant à cette évocation et il se concentra sur ses draps. "Tu sais, de tout ça..."

"Ça... s'est bien passé?"

"Plutôt ouai... vu qu'on est allé bouffer juste après..."

"Et ensuite?"

Kagami sembla hésiter, comme s'il n'était pas sûr de pouvoir le dire mais en même temps, il n'y avait pas grand-chose à dire et surtout, pas d'autres personnes à qui le dire. Ce n'était pas comme si on lui avait rendu visite depuis qu'il était ici, vu que ses parents étaient encore à l'autre bout du monde et ne se déplaceraient pas pour un petit détail comme ça. Surtout pas depuis qu'il n'avait plus vu Kuroko depuis justement hier soir. Le jeune homme aux yeux rouges prit une petite inspiration pour remettre de l'ordre dans ses idées puis redirigea son regard vers la seule personne qui était venue le voir depuis le début de la journée.

"J'ai commencé à avoir la tête qui tourne, des bouffées de chaleur, j'avais la sensation d'étouffer... tu sais, littéralement... qu'on me bouffait de l'intérieur. Je me sentais vraiment pas bien, et j'ai eut mal au bide!"

Les yeux ambre s'écarquillèrent à cette description exhaustive de symptômes qui lui étaient étrangement familiers. Serait-il possible... qu'ils aient la même maladie? Non, il ne devait pas sauter aux conclusions trop rapidement. Contrairement à lui, Kagamicchi a toujours été bien portant. Est-ce que par hasard... sa maladie était contagieuse, et il l'avait transmise à son camarade? Est-ce que c'était cela que Kurokocchi voulu lui dire ce matin? Pourtant, Kise n'avait jamais contaminé personne depuis sa plus tendre enfance, et il avait côtoyé d'autres personnes bien plus longtemps que Kagami sans qu'ils ne contractent sa pathologie.

Non, c'était autre chose...

"J'ai finit par tomber dans les pommes juste à côté de lui." Conclut le patient.

"Comme ça?"

"Ouai... quand je me suis réveillé, j'étais déjà à l'hosto... On m'a dit que j'ai eu une sévère baisse de tension et ces crétins ont décidé de me garder en observation jusqu'à ce soir!"

Il avait conclu sur un ton très agacé, voire énervé mais étrangement, cela rassura le blondin. Son attitude un peu rude, sa grossièreté, sa familiarité; tous ces traits de caractère typique du Kagami Taïga qu'il connaissait. Ryouta avait eut peur, un moment, qu'en rentrant dans cette chambre, d'autres choses se mettent à se produire et que son camarade perde de nouveau la raison. Mais il s'était inquiété pour rien. Doucement, il s'approcha un peu plus du lit jusqu'à être à côté de lui avec un petit sourire compatissant. Il connaissait tellement ce qu'il était en train de traverser, bien plus que n'importe qui sans doute.

Sa démarche sembla encourager Kagami qui décida alors à rentrer dans le vif du sujet;

"Bon... je suppose que t'es pas venu uniquement pour prendre de mes nouvelles."

"Non... moi aussi je voulais parler avec toi." Fit le lycéen blond.

Un petit silence tomba, leur laissant le temps de réfléchir puis enfin, le plus grand se jeta à l'eau.

"Écoute Kise je..." Ses lèvres se pincèrent alors qu'il cherchait ses mots, semblant se remémorer quelque chose. "J'ai parlé avec Kuroko hier, comme je t'ai dit, et..."

Il l'observa de ses iris miel, semblant attendre la suite.

"Je suis désolé... vraiment... Je ne sais pas ce qui m'a pris, j'ai pété les plombs et je me rends compte maintenant à quel point je suis un idiot. Je ne m'attends pas à ce que tu me pardonnes mais... voilà, je veux que tu saches que je regrette."

Ses mots semblaient calmes et apaisés. Kise put sentir à travers eux tout le travail sur lui-même qu'il a sans doute dû faire avec Kurokocchi. Il ne s'attendait pas vraiment à un grand discours ou une explosion d'émotion en face de lui. Il connaissait suffisamment l'adolescent aux cheveux rouges pour savoir que ce n'était pas son genre. Il avait la décence de s'excuser. Il eut un petit sourire amer. Ils s'excusaient tous après coup. Ce serait un petit peu facile si ça suffisait. On ne parlait pas d'une petite maladresse mais de quelque chose de plus grave. S'il le voulait, le jeune homme blond pourrait porter cela publiquement, voire en justice.

Mais Ryouta n'était pas comme ça.

"Pourquoi tu as faits ça?" Demanda-t-il sans espoir.

Il voulait savoir. C'était fait, et finalement, même si l'adolescent carmin avait été cruel dans ses paroles et ses gestes, il n'était pas allé jusqu'au bout. Il en avait eu l'intention, sûrement. Mais le blondinet avait bien vu la manière dont il avait réagi lorsqu'il avait repris ses esprits. Il ne lui mentait quand il lui disait qu'il avait perdu ses esprits. Il avait pu le voir de lui-même et il pourrait même aller jusqu'à dire qu'il n'avait pas pensé un traite mot de ce qu'il lui avait dit. Non, la question n'était pas là. La question était de comprendre comment lui, un lycéen si introverti, si bourru, avait pu en arriver à de telles extrémités pour un type qu'il connaissait à peine.

S'il lui disait, alors peut-être que ça répondrait à des questions plus profondes.

"Je ne sais pas..." Répondit Taïga en regardant ses mains. "C'est fou, mais c'est comme si ce n'était pas moi qui avais fait ça... enfin... ce que je veux dire c'est que... ton odeur..."

"Mon odeur?"

"Ouai... je sais pas ce que tu utilises comme parfum, mais c'est hyper fort... y'a un truc bizarre dedans... ça m'a rendu accroc et je me suis mis à délirer tout seul."

Une odeur.

À ces simples mots, il se souvint immédiatement d'Aominecchi. La manière dont il avait réagi en sentant son parfum: cet incontrôlable désir qui montait en lui à chaque fois. Une sensation qui lui faisait perdre conscience de lui-même et laisser son corps se faire manipuler, autant intérieurement qu'extérieurement. Est-ce que Kagamicchi avait senti quelque chose de similaire? De sa part? Kise n'en n'avait aucune idée, il ne connaissait pas sa propre odeur. Mais si c'était les mêmes effets... Alors ça expliquerait pourquoi il en était arrivé là. Même si c'était étrange d'une certaine manière, puisqu'ils n'avaient pas réagi du tout de la même façon.

Le le jeune homme blond s'était plutôt laissé faire, comme paralysé. Le rouquin, au contraire, avait en quelque sorte sur-réagit de manière violente.

Étrange...

"Heu... Kise... à propos d'Aomine." Lorsqu'il reporta son regard vers lui, le concerné put voir le patient secouer la tête, comme s'il était déterminé. "J'ai dit beaucoup de choses sur lui mais... Je sais qu'il n'est pas vraiment un sale type. C'est vrai que je le trouve trop arrogant et que je sais jamais ce qu'il pense mais... mais je suppose que c'est sa personnalité. Et puis il joue au basket, moi j'adore ça... je suppose que j'étais aussi un peu blessé dans mon orgueil qu'il me batte aussi facilement. Mais je me dis que si on... enfin, tu sais, jouer au basket, manger au Magi Burger tout ça, passer du temps tous les quatre une fois, aussi avec Kuroko. On se comprendrait peut-être mieux les uns, les autres."

Après avoir dit ça, coupant ses réflexions, Kagami eut un petit sourire malgré son air fatigué.

"Oui, pourquoi pas."

Lui, Kagami, Kuroko et Aomine. Ce serait très certainement un étrange groupe aux yeux de n'importe qui, mais ça pourrait être intéressant. Lui et Kurokocchi étaient déjà proches, ils pourraient sans doute faire un effet tampon si jamais des tensions apparaîtraient entre les deux sportifs. Peut-être qu'une fois passées les premières hostilités, ils apprendraient réellement à se connaître et, qui sait, devenir des vrais amis. Kise sentait que Kagamicchi et Aominecchi n'étaient pas incompatibles, ils avaient juste des personnalités brûlantes. Mais avec des compromis, ça s'arrangerait. Et puis... Et puis au fond, il désirait vraiment créer cette amitié. Une vraie amitié, sincère. Pas seulement forgée sur les apparences.

"Bien, je ferais mieux d'y aller." Déclara finalement le blondinet.

"D'accord... on se revoit plus tard."

Le jeune homme aux orbes miel acquiesça. Oui, ils allaient se revoir plus tard. À l'école. Il ne put s'empêcher de sortir un profond soupir. Est-ce que les choses étaient bien ainsi? Avait-il fait une erreur? Alors qu'il cherchait une réponse dans sa confusion, il se stoppa dans son élan. Ça allait. Il n'avait pas fait d'erreur. Il devait arrêter de s'inquiéter sur les possibilités d'avoir fait le mauvais choix. Il ne prenait jamais les bonnes décisions de toute façon, mais celles qui suivaient son coeur étaient globalement meilleures que les autres. En outre, si trouver une réponse adéquate était impossible en premier lieu, il faisait mieux d'accepter la situation.

Il résisterait à cela.

OoOoOoOoOoOoOoO

Kise posa sa main sur la poignée de la porte, sans avoir remarqué la présence silencieuse et curieuse de l'autre côté. La poignée s'abaissa d'elle-même et la porte s'ouvrit, le forçant à reculer dans un sursaut de surprise pour éviter de la percuter. L'intrus n'avait même pas signalé son entrée en tapant contre le bois, comme s'il s'était senti autorisé à pénétrer la chambre sans l'avis de son occupant. La personne passa enfin le seuil de la pièce sous le regard irrité des deux adolescents qui s'imaginaient une infirmière ou un docteur. Bien sûr, ce fut tout autre chose.

"Ryouta, comme c'est inattendu!"

Il s'agissait d'Akashi. Il se dressait fièrement devant son élève, vêtu comme d'habitude de ses habits sobres camouflés par sa blouse blanche de scientifique. Malgré ce qu'il venait de dire, rien dans son attitude ne laissait supposer qu'il était surpris, bien au contraire. Instinctivement, le lycéen se décala pour le laisser passer. S'il était venu visiter Kagami, ce n'était pas une étrange de le voir ici, mais ne l'avait-il pas vu se diriger ailleurs plus tôt?

"Je pensais partir après avoir fini mes affaires." Répondit-il à la question muette. "Mais j'ai cru t'avoir aperçu. Je me suis arrêté pour en être sûr et c'était vraiment toi. Ne devrais-tu pas être en classe?"

"Ah non, c'est..." Tenta Kise, troublé par sa capacité presque effrayante à lire dans ses pensées.

"Es-tu venu ici parce que tu t'inquiétais pour Taïga? Mmh... je ne peux pas dire que j'approuve ton action... Oh, bonjour Taïga d'ailleurs, j'espère que tu vas mieux."

"Ouai..."

Quelque part, le professeur semblait différent de d'habitude. Ils n'arrivaient pas à mettre le doigt dessus mais ils le sentaient. Ryouta s'était toujours senti un peu mal à l'aise en sa présence, de la même manière qu'une petite sardine face à un requin affamé, mais maintenant, c'était beaucoup plus manifeste. Peut-être parce que, pour une fois, son sourire d'apparence bienveillante semblait beaucoup plus transparent qu'avant. Comme si son masque était en train de se craqueler en leur présence. Kagami, sans doute, sentait cela beaucoup moins que son camarade, mais il sentait aussi que l'atmosphère s'était refroidie depuis son entrée.

Son regard était plus que jamais glacial et pénétrant.

"En fait je..."

"Ah, je ne suis pas en train de te blâmer pour avoir manqué la classe." Reprit Akashi en s'engageant pour aller au chevet du lycéen roux. "Ce que j'essaie de te dire, c'est que vu l'état dans lequel tu es maintenant, vous ne devriez pas vous voir."

"..."

Ces mots acerbes trahissaient l'expression actuelle de l'adulte. Juste pendant un court moment, Kise baissa la tête sous cette accusation mais qui étrangement, prenait sens à ses yeux. Si ça avait été avant qu'il ne parle avec Kagamicchi, cela lui aurait sûrement fait encore plus mal. Mais il comprenait. Il comprenait parfaitement ce que l'enseignant voulait lui dire. Avec une certaine crainte, il tourna ses deux orbes dorés en direction du concerné qui, sous le coup de l'ahurissement, n'avait rien trouvé à redire. Sans doute s'était-il attendu autant que lui a le voir débarquer dans sa chambre d'hôpital.

Cependant, Kagami reprit rapidement contenance et fronça les sourcils.

"C'est une histoire entre Kise et moi. Si c'est mieux pour nous de parler, ça nous regarde!" Répliqua-t-il par la suite d'une voix surprenamment sévère.

Ce n'était pas la première fois qu'il s'opposait à son professeur, mais si des camarades de sa classe l'avaient entendu, ils auraient été surpris de la manière dont il avait répondu. Il n'avait pas été agressif, ni insultant. Juste ferme. Cela traduisait bien sa volonté de ne pas aller vers une énième confrontation cette fois, mais de bel et bien les défendre, lui et Kise. Le plus surprenant resta cependant la réaction de l'adulte qui n'émit aucune menace ou autres frayeurs. Il se contenta de sourire faiblement en secouant la tête négativement, comme pour désapprouver de la même manière qu'un parent exaspéré.

Il était définitivement différent de d'habitude.

"Quand je vous dis de ne pas vous voir, ce n'est pas seulement pour éviter les problèmes. Les autres professeurs pourraient te donner le même genre de conseil." Son sourire s'étira légèrement avec un regard complice pour le blondinet. "T'inquiéter pour ton camarade est très bien, mais c'est une règle, une norme qui s'applique à la société en général... Ryouta, tu as une place qui est absolument déconnectée de tels standards!"

Le concerné sentit une incroyable répugnance face au regard d'Akashi et il n'était pas le seul; Kagamicchi aussi semblait s'énerver d'être ignoré de la sorte.

Mais Kise ressentait autre chose, un dégoût sourd qui faisait écho en lui. C'était le même sentiment qu'il avait eu avec... Midorima. Ce regard supérieur qui présumait voir à travers tout juste parce qu'il connaissait des choses que personne ne savait. Ces yeux agressifs et sans pitié. Tout dans ce comportement était déchu d'une quelconque humanité et donnait simplement l'impression d'être un insecte insouciant qui vivait uniquement selon le bon vouloir de celui qui l'observait. Plus que le dégoût, les deux lycéens sentirent un malaise bien plus fort que ce qu'ils ont pu expérimenter avant. C'était comme si leur professeur semblait prêt à les envoyer en enfer.

De la part d'Akashi, c'était encore plus flagrant.

"Ryouta, les stratagèmes mis en place pour te restreindre deviennent progressivement inefficaces. Mais bien plus que cela, je me disais... ne serait-il pas mieux que tu développes enfin ta conscience de soi. Tu sais, certaines circonstances autour de toi ont fait en sorte de garder le secret, mais je sens que tout est sur le point de craquer"

"Sensei..."

"Tu ne devrais plus laisser des personnes bien intentionnées t'approcher... en particulier des garçons normaux. Même si Taïga..." Il tourna brièvement ses yeux hétérochrome en direction du concerné qui observait l'échange comme un tigre au taqué. "Même si tu es une exception à la règle, Taïga, vous avez juste eu beaucoup de chance tous les deux que ça ne se soit pas fini de manière tragique."

Leurs yeux s'écarquillèrent sous cette révélation.

Leur professeur venait-il de déclarer qu'il était au courant de ce qui s'était passé dans sa salle de laboratoire? Mais comment avait-il pu? Personne à part eux, Kuroko et Aomine n'avaient été présents à ce moment! Ils refusaient de croire que, malgré son attitude omnipotente, leur professeur ait un regard sur tout ce qui se passait. Et il n'y avait pas de caméra dans les salles de classe. Alors il n'y avait qu'une réponse possible: quelqu'un le lui avait dit. C'était forcément un des deux autres adolescents bleutés présents à ce moment-là. Mais lequel? Et surtout... Pourquoi?

"Vous... qui vous a dit ça?" Grogna Kagami, cette fois décidé à en découdre.

Mais l'adulte ignora simplement sa question.

"C'était trop tôt pour toi, Taïga." Il se retourna alors vers Kise. "Ryouta, tu as conscience, j'espère, que c'est de ta faute si Taïga est devenu si étrange."

Aujourd'hui, le blondinet avait entendu exactement le même discours de la part d'une personne totalement différente.

Midorima Shintarô.

Était-ce une coïncidence? Sûrement pas. Avec l'attitude de l'enseignant et ces jeux de circonstance, il n'y avait aucun moyen pour que cette situation relève du pur hasard. Cet échange devint soudain très désagréable, et il ne put s'empêcher de remarquer la piqûre sourde culpabilité dans son coeur. Il n'avait pas besoin qu'il l'accuse comme cela, à croire qu'il venait prendre un malin plaisir à détruire ce que le lycéen blond avait tenté de reconstruire. Il soupçonnait même l'homme aux cheveux rouge vif d'avoir organisé cette petite rencontre. Dans ce cas, il fallait qu'il en tire profit, puisqu'il s'était vendu lui-même.

"Sensei, est-ce que par hasard... vous savez quelque chose à propos de mon corps? Comme Midorima? Est-ce que c'est une maladie rare? Une pathologie? Vous êtes dans la science non, vous devriez savoir!"

Encore une fois, le professeur ignora sa question. Cependant, cette fois-ci semblait moins parce qu'il voulait délibérément ne pas y répondre qu'une étincelle de colère sembla traverser ses yeux vairons. Il put même en l'espace d'un instant le voir froncer les sourcils avant de reprendre une expression stoïque qu'il se força à être sympathique. Mais en réalité, il avait l'air encore plus intimidant comme cela.

"Midorima... Shintarô. Est-ce qu'il t'a dit quelque chose, encore?" Marmonna-t-il, plus pour lui-même que pour son interlocuteur. "Sérieusement... cet avertissement est rentré par une oreille et sortie par l'autre. C'est exaspérant! Mais ça ne me surprend même plus."

Akashi effaça son sourire forcé adressé à Kise, ne se sentant visiblement plus de tenter d'adoucir les angles auprès de ses deux élèves, et laissa échapper un soupir ennuyé.

"En voyant Taïga, je sais que Ryouta n'a pas fait d'erreur. Cependant, il n'y a aucun doute que tu es la cause de tout ça."

Encore une fois, sa posture ne laissa aucun doute sur le fait qu'il s'adressait à Kise.

"Plus précisément ton corps. C'est la faute aux récents changements dans ton corps."

Il fut terrifié par cette déclaration. Est-ce que Akashi-sensei savait? À propos du sang et de ces horribles morceaux de chair? Mais comment? Comment pouvait-il être au courant d'une chose aussi intime? Kise se sentit pétrifié d'horreur alors que les souvenirs de cette terrible semaine lui revinrent en mémoire. Ce n'était pas possible. D'instinct, sa main se posa sur son ventre, comme s'il venait de recevoir un coup, et il se tordit légèrement. Kagamicchi, à côté qui lui ne semblait au courant de rien, le regardait avec inquiétude, ayant sans doute remarqué son changement de comportement. Il ne comprenait sans doute pas l'allusion.

L'adulte cru alors bon de tout expliquer, comme s'il était en train de donner une leçon:

"Pour l'illustrer... peut-être devrai-je utiliser les phéromones. Vous connaissez sans doute tous les deux; c'est une substance que les animaux sécrètent pour attirer le sexe opposé en vue d'une procréation. Ryouta a fait exactement la même chose, mais de manière immesurée, et Taïga était incapable de résister. Une victime, somme toute."

"Qu'est-ce que vous racontez?" Grogna l'adolescent rouge d'une voix avec un certain tremblement. "Des phéromones? Ça ne marche que pour les animaux ça! Vous êtes trop resté enfermé dans votre bureau!"

"Pourtant, c'est la vérité. Tu l'as dit toi-même non, à quel point il sentait bon?"

Le concerné grinça des dents. Autant par cette preuve irréfutable que par la confirmation que leur professeur les avait bel et bien espionné.

"Ce n'est pas étonnant. Toi et Ryouta, vous n'êtes pas... ordinaires. En fait, vous êtes de la même espèce. Une espèce qui utilise ce système; on vous appelle Osu et Mesu."

"Qu'est-ce que c'est que ces histoires?" Fit Kagami d'un ton beaucoup moins sûr que précédemment alors que son camarade n'arrivait pas à répondre.

"Ah, peut-être devrais-je le préciser, Taïga. Tu as une constitution unique, tu seras sans doute un très bon spécimen... mais tu n'es pas encore un Osu parfait. En fait, tu viens juste de réveiller ta nature, tu es encore très immature, et c'est pour ça que tu as réagi comme le ferait n'importe quel humain. Ce genre de cas n'est pas rare, malheureusement..."

Le professeur de chimie sembla réfléchir un moment, comme à l'évocation d'un souvenir, ou peut-être était-il en train de peser ses mots, puis il reprit:

"Quoi qu'il en soit Ryouta, en tant que Mesu, tu as une odeur si puissante qu'elle attire les Osu autour de toi, et les rend instables."

Kise voulait rire à cette blague de mauvais goût.

Mais il suffit d'un regard échangé avec son camarade pour savoir que la situation était bel et bien grave. Cette histoire d'odeur revenait sans cesse, et en effet, tous les deux s'étaient interrogés dessus, pour des raisons différentes. Mais s'ils avaient su que la vérité était aussi étrange, ils s'en seraient bien passé. Mais encore, ils avaient encore du mal à assimiler ce que leur enseignant était en train de leur révéler: Ils n'étaient pas ordinaires? Ils étaient quoi alors? Pour le blondinet malheureusement, cette question trouva une réponse facile et désagréable qu'il voulut écarter. Aucun des deux ne voulait admettre ces mots si cruels.

En quoi étaient-ils obligés de croire cet homme à moitié fou après tout, et d'ailleurs...

"C'est quoi ça?" Rétorqua enfin le blondinet. "Des phéromones vous dites? Dans ce cas, ceux qui devraient réagir devraient être du sexe opposé! Moi et Kagamicchi sommes des garçons, alors comment..."

"La différence de sexe entre le parasite et son hôte n'a aucune importance. Ton parasite est une femelle, Ryouta, c'est pour cela qu'il a de l'effet sur les porteurs de parasite mâle." Coupa Akashi le plus naturellement du monde. "De plus, il vaut mieux pour eux que l'hôte soit un mâle... mais je ne vais pas rentrer dans les détails."

"Eux? Qu'est-ce que c'est... De quoi parlez-vous? Des... des parasites?"

"L'être interne que vous portez est en train de transformer votre corps béni par Dieu." Récita le professeur d'un ton plus solennel et presque bienveillant. "À cause de cela, quand il utilise le corps d'un hôte pour se reproduire, il a choisi de le faire de la manière la plus visible possible afin d'être contemplé par Dieu... ou ce que nous appelons, l'Origine."

En posant son regard vairon sur les deux adolescents, ceux-ci sentirent une sueur froide face à ce discours qui sonnait comme fanatique. Celui qui était sur ses deux jambes fit deux pas en arrière en avalant sa salive. Ils ne savaient pas ce qui leur faisait le plus peur; ce que racontait Akashi ou le fait qu'il le racontait de ce ton qu'avaient les grandes figures d'autorité religieuse. Mais surtout, ce qui le mit le coeur sur les lèvres, c'est d'apprendre qu'ils avaient des choses à l'intérieur de leur corps. Ils se répétaient inlassablement de ne pas prendre pour argent comptant ce que cet homme leur disait. Mais une part d'eux ne pouvait s'empêcher de le croire.

Voyant leur visage décomposé, l'adulte eut un sourire satisfait et acquiesça.

"Vous l'avez sans doute compris; un être illustrant le péché originel de Sodome. Telle est sa finalité."

Une ombre passa alors sur son visage quand son attention se concentra sur Kise, qui semblait visiblement l'intéresser bien plus que Kagami.

"Ryouta, tu t'en es sûrement aperçu, n'est-ce pas? Ces marques nées de ton corps; c'est un signe d'existence pour signaler à un Osu que tu es un Mesu."

Au fur et à mesure qu'il parlait de ce ton toujours aussi doux, il avança vers Kise, ce dernier reculant en direction du lit de Kagami. Il se tenait toujours le ventre, plantant presque ses griffes dedans comme s'il voulait saisir quelque chose d'invisible et l'en extraire. S'il pouvait, il rejetterait sans doute tout. Ce qu'il est et ce qu'il portait. Au bout d'un moment, il buta contre le lit de son camarade qui le regardait simplement avec un mélange de confusion et de terreur. Même si on venait de leur dire qu'ils étaient pareils, le jeune homme aux cheveux rouges comprenait dans doute implicitement que le blondinet était encore plus bizarre que lui.

Akashi ne s'abstint pas de le confirmer.

"Un hôte comme toi qui a pu fusionner aussi parfaitement avec un être interne... C'est le signe ultime à un Osu que tu es prêt, capable de donner naissance à un 'Immaculé' "

"C'est... impossible..."

Il voulait que ce soit un mensonge.

Ou c'est ce qu'une partie de lui voulait, mais une autre ne pouvait que regarder impuissante sa futur vie quotidienne tranquille et ordinaire s'effriter. Rien de tout cela n'avait de sens. Ce qu'il était. Ce qu'il devait faire. Ce coup de massue était beaucoup trop violent, car il l'avait impacté avec la force de toutes les horreurs qu'il avait vécu jusqu'à maintenant. Il n'arrivait pas à croire que le sens qu'il leur trouverait serait si cruel. Même si c'était faux, comment allait-il vivre après désormais, alors qu'au fond de lui, le doute persistera encore? Non, son humanité était morte depuis longtemps. Bien avant cette annonce. Bien avant que les premières gouttes de sang ne coulent.

"Les troubles qui te touchent ne vont aller qu'en s'empirant, Ryouta." Diagnostiqua l'enseignant pour enfoncer le couteau. "D'une semaine, tu vas passer à un mois de symptôme, puis ça va s'allonger jusqu'à ce que ton corps ne le supporte plus. Tu pourras juste le subir silencieusement."

Ses lèvres tremblèrent. Il hésita un moment à s'enfuir en courant, mais l'adulte était devant la porte et il n'avait pas le courage de le confronter. Il n'avait pas le courage de s'en aller.

"C'est pourquoi... nous aimerions que tu te confies à nous pour le futur. Toi aussi Taïga." Ajouta-t-il en se tournant vers le jeune homme plus grand. "Vous ne le regretterez pas. Nous ne pouvons pas être plus sincères que quiconque envers vous deux. Après tout, vous êtes l'avenir... et toi Ryouta, l'espoir que nous attendions depuis longtemps."

"Qui... qui êtes-vous?" Osa enfin demander Kagami, sachant que Kise avait les lèvres soudées par la paralysie.

"Nous sommes les personnes qui vouent un culte et vénèrent le miracle qu'abritent vos corps. Nous sommes ceux qui ont fait perdurer votre espèce. Nous sommes ceux qui vous offriront le monde."

C'était déroutant.

La manière dont le discours d'Akashi était ridiculement sectaire. Comment pouvait-il être honnête? Non, plus crucial que la véracité de ses mots, l'enjeu ici était de savoir si cet homme était digne de confiance. Avec tout ce qu'il savait - ou prétendait savoir- et ce qu'il leur avait dit sans compter le lourd passif qu'il avait, cela semblait évident. Plus que cela, la réponse était simple; non. La manière dont il jouait avec eux, avec ses mots, donnait cette désagréable impression de discuter avec Midorima. Qui était aussi dans ces superstitions? Sans même regarder la personne devant lui, c'est comme cela qu'il le voyait.

"Non, je ne vous crois pas." Déclara enfin Kagami en se levant de son lit. "Vous êtes juste cinglé... dégagez d'ici!"

Sans paraître s'outrer de cette réponse sèche, voire insultante, Akashi ne s'ennuya même pas à s'opposer à lui.

"Je sais que ça paraît improbable, ils le disent tous au début. Mais je me pensais que vous accepteriez... surtout toi Taïga, c'est bien trop tôt pour toi."

"Sortez ou... ou c'est moi qui sors!"

L'adolescent n'attendit même pas la réponse, et se précipita vers la porte de sa chambre qu'il claqua brutalement dans sa fuite.

Akashi, resté seul avec Kise, secoua la tête une fois de plus en signe de négation dans un léger soupire puis se retourna vers le garçon blond, attendant sa réponse. L'expression dans ses yeux or et rouge semblait supposer qu'il attendait exactement la même réaction. Mais le blondinet n'arrivait pas à trouver ses mots. Contrairement à Kagamicchi qui niait tout en bloc, il avait touché cette réalité du doigt. Il savait au fond, que ce qu'il lui disait était vrai. Même s'il ne comprenait pas tout, il comprenait l'essentiel. Mais étrangement, cela ne donnait pas plus de sens à sa vie. Cela la condamnait simplement définitivement à ce qu'il avait craint.

"Ryouta, quelle que soit ta réponse, tôt ou tard, je sais que tu te retourneras vers nous. Il n'y a pas un seul endroit sur Terre qui t'acceptera tel que tu es à part nous."

Voilà. C'était ça.

Cette vérité qu'il redoutait plus que tout au monde.

Celle qui serait seule jusqu'à la fin de ses jours et que personne ne le comprendrait.

Mais... Mais ce n'était pas vrai.

"Vous vous trompez..."

"Souviens-toi juste de ce que je t'ai dit. Nous t'attendrons n'importe quand."

Sans répondre, le blondinet marcha lentement vers la sortie dans les traces de son camarade d'un air serain. Il passa devant son professeur sans trembler et continua avec l'audace de garder son dos tourné.

Un endroit qui accepterait Kise tel qu'il est maintenant... Bien que c'était un espoir futile, il avait une idée. Une unique idée. Il devait en être sûr. Il pressentait que Kagami aussi avait sans doute eu cette même idée. Même si c'était effrayant, il n'avait pas le choix que d'aller de l'avant. C'était peut-être une erreur. Cela allait peut-être le mener à sa perte. Mais il ne pouvait plus fuir. Il ne pouvait plus se cacher. Il ne pouvait plus se couvrir les yeux. Tout était dit. Tout était révélé. Il ne lui restait plus qu'un seul choix à faire. Il devait y aller. Et s'assurer que tout n'était peut-être pas définitivement perdu.

OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoO

Le crépuscule était d'une couleur profonde aujourd'hui, comme toujours.

Cependant, les tons semblaient inhabituels, tirant vers des nuances sanguines plutôt que l'orangé apaisant qu'il avait l'habitude d'être. Ce fut la remarque que Takao eut alors que, posté à la sortie du lycée, juste en face du portail, il regardait le ciel d'un air absent. Il attendait Midorima pour rentrer, comme ils avaient eu l'habitude de le faire avant. Même si cela faisait un moment qu'il n'était plus sûr de pouvoir le faire ces derniers temps, il tentait tout de même sa chance maintenant. Surtout maintenant. Après quelque temps à attendre, il vit celui qu'il attendait passer le seuil de l'entrée du préau.

Sans attendre, l'adolescent aux yeux gris vint à sa rencontre.

"Shin-Chan, je te raccompagne aujourd'hui? Pas besoin de décider à pierre-feuille-ciseau cette fois."

"Pourquoi pas."

Le garçon aux cheveux verts accepta ainsi sa proposition d'un ton étrangement calme.

Comme d'habitude, Kazunari s'attela à la bicyclette et commença à pédaler après un dernier coup d'oeil à son passager. Ce dernier s'était installé au fond, dans la même direction que lui dans une position assez détendue. Il n'y pensait plus depuis un moment vu qu'il avait été obsédé de découvrir ce qu'il lui cachait, mais il lui semblait que Shin-Chan semblait plus tranquille que d'ordinaire. Surtout après toutes les scènes qui lui avait faite, c'était un changement radical. Il ne l'avait plus vu comme ça depuis... le début de l'année au moins! Le voir si posé avait quelque chose de soulageant quelque part.

Cependant, Takao n'était pas dupe, surtout après tout ce qu'il avait vécu: ce n'était qu'une façade.

Il pensa en premier lieu que c'était pour tenter de sauver la face et cacher ce qui se passait avec ses parents. Mais malgré son caractère parfois dur, le lycéen brun ne voulait pas croire que celui à lunettes le considérait comme aussi stupide. Il devait sûrement se douter que son camarade de classe le savait sous pression, voir en dépression, en tout cas d'une humeur massacrante parce qu'il vivait plus ou moins un enfer quotidien. Alors, s'il prenait la peine d'avoir cette attitude en face de lui, c'est qu'il y avait autre chose, et l'adolescent aux yeux gris n'aimait pas ça du tout. Il avait l'impression, quelque part, qu'il était en train de perdre son partenaire.

C'était risqué, mais il voulait en avoir le coeur net. Peut-être que cela ne le mènera à rien, peut-être que quelque chose -la vérité- en sortira-. Au pire, il révèlerait le véritable état d'esprit de son camarade, et ses soupçons seraient confirmés, Plus que tout, Kazunari était à l'affut du moindre indice qui pourrait l'aider à comprendre. Il devait tenter sa chance. Il voulait une réponse.

Pendant qu'il pédalait à rythme soutenu dans une avenue droite, déserte et dégagée, Takao se retourna légèrement pour regarder par-dessus son épaule.

"Dis Shin-Chan, quelque chose est arrivé aujourd'hui?"

"Hein?"

Il put voir l'expression de Midorima se crisper légèrement dans un sourire à sa question.

"Quelque chose... eh bien, en quelque sorte." Répondit-il mystérieusement. "J'ai comme un pressentiment."

"De quoi parles-tu?"

"Ça arrive bientôt... Je n'ai pas besoin d'un message pour le savoir, je le sens au fond de moi. C'est imminent."

"..."

Ses mots faisaient peu de sens, comme d'habitude.

Mais Kazunari sentait indéniablement une bonne humeur transparaître dans sa voix. Peu importe que ce soit une apparence ou non, il pouvait voir cette lueur excitée dans ses yeux verts alors qu'il regardait le paysage défiler. Il n'ajouta aucun commentaire et celui aux pupilles claires ne put que se reconcentrer sur la route en rongeant son frein. C'était frustrant. Terriblement frustrant. La manière dont Shintarô avait en quelque sorte réussi à esquiver son objectif en lui répondant quand même. Il ne pouvait pas lui demander plus de précisions, ni reposer sa question. Cette envie de savoir ne faisait que grandir au fur et à mesure qu'il accumulait des informations.

L'état de Shin-Chan qui s'empirait. L'appel de la dernière fois de la part de cet inconnu. Et les Midorima bouleversés.

Takao pensait avoir tout vu en matière de superstition, de religion et de culte. Ses maigres connaissances comme avant-goût que lui avait donné son camarade lui avaient semblé largement suffisantes. Et pourtant, il se rendait compte qu'il était très loin de la réalité. C'était un tout autre monde, bien différent du sien, qui le dépassait largement. Cela le terrifiait; Kazunari avait l'impression d'être en face d'une araignée géante qui avait déjà tissé sa toile devant tous les issues de secours. L'organisation qui menaçait son partenaire et sa famille ressemblait beaucoup à une secte. Mais en l'honneur de qui? Les maigres éléments qu'il put récolter n'étaient pas suffisant pour deviner.

Sa patience commençait à s'effriter au fur et à mesure qu'il y réfléchissait. Maintenant qu'il savait plus ou moins ce qui arrivait à Shin-Chan, cela n'en était que plus douloureux pour lui. Tout ce que le lycéen à lunettes prenait sur lui. Tout ce qu'il endurait sur ses épaules en silence. La manière dont ses parents le rejetaient. La manière dont tout le monde le rejetait, parce qu'on le jugeait bizarre. Et surtout, la manière dont il le tenait à l'écart de ses histoires comme s'il n'était qu'un simple étranger. Même si d'une certaine manière, c'était logique qu'il le traite comme un étranger. Takao ne faisait pas partie de sa famille après tout. Ni de cette organisation.

Il n'était qu'un pauvre étudiant qui avait vu une partie immergée de l'iceberg, simplement parce qu'il avait été persévérant.

Et présent au mauvais moment, au mauvais endroit.

C'était tout.

Si le jour de la rentrée, Takao n'avait pas été intrigué par le caractère mystérieux de Shin-Chan, s'il ne s'était pas entêté à le suivre, s'il n'avait pas eu l'idée de s'incruster dans sa vie, s'il ne s'était pas inquiété, s'il n'avait pas enquêté, il ne serait au courant de rien actuellement. Et pourtant malgré ça, il ne pouvait pas rester les bras croisés à ne rien faire alors qu'il lui paraissait évident que son ami courait un grave danger. S'il s'attirait la colère du garçon aux cheveux verts, il était prêt à recevoir sa sentence. Il était prêt à gâcher leur amitié s'il cela signifiait le sauver. Il était prêt à en payer le prix.

Ses iris gris clair contemplant le ciel qui s'assombrissait, il agrippa le guidon de son vélo plus fermement.

oOoOoOoOoOoOoOoOoO

Comme la dernière fois, Takao rammena Midorima jusque chez lui puis fit mine de repartir une fois la porte d'entrée claquée. Après avoir trouvé une ruelle adéquate pour garer son moyen de transport encombrant, il revint à pied de la même manière qu'avant. Le jardin n'était toujours pas surveillé et les habitants ne semblaient pas plus intéressés à passer du temps dans les salles à vivre. C'était à peu près la même heure et, ironie du sort, un téléphone sonnait également juste après qu'il ait décidé de se positionner sous une fenêtre ouverte. Cette fois, cela provenait du salon. La tonalité lui fit ressentir un certain malaise à cause des souvenirs de sa dernière visite bien sûr, mais pas uniquement.

Regardant à travers la fenêtre d'un angle qui lui permettait de ne pas être vu, il vit l'épouse du couple Midorima attraper le téléphone.

"Oui?...Oui... Je... Je vous le passe tout de suite."

Takao se mit sur la défensive en voyant son expression se décomposer pendant ce court échange. Il ne put s'empêcher de penser qu'il s'agissait de la même personne. Et même si ce n'était pas le cas, elle semblait assez terrifiante pour apporter des éléments intéressants. C'était sa chance, ironiquement, de tomber aussi bien. Il devait profiter de cette occasion pour récolter peut-être les ultimes informations qui lui manquaient. Comme il se l'imaginait, il entendit quelqu'un courir depuis le couloir se rapprocher rapidement. Le son resonna dans toute la demeure et le père de famille ouvrit la porte de la salle à vitre.

"Qui est-ce?"

"Eux... encore..." Répondit sa femme toute tremblante.

"Donne-le-moi!"

Arrachant pratiquement le combiné avec une expression de terreur peinte sur ses traits, l'homme porta le téléphone à ses oreilles.

"Allo... oui... oui bien sûr!"

Le lycéen examina minutieusement la réaction de l'époux Midorima, et le chaque petit changement au fur et à mesure de ses courtes réponses. Il vit rapidement son teint perdre toutes ses couleurs et rentrer dans une panique.

"Hein... Non! Non! C'est impossible que...!"

Il ne pouvait rien faire de là où il était, et c'était horriblement frustrant. Il n'entendait rien de la conversation cette fois. Il ne savait pas ce que l'autre disait au bout du fil, ni même de qui il s'agissait. Il comprenait juste vaguement qu'il devait être en train de réprimander -peut être menacer- son interlocuteur.

"Oui... oui bien compris... nous allons le prévenir."

L'adulte raccrocha l'appareil avec un visage livide, regardant fixement l'engin comme si un fantôme allait en sortir. L'été pointait à peine le bout de son nez, le chauffage n'était pas allumé, et pourtant, il était trempé de sueur. Le lycéen aux yeux gris se demanda même à un moment s'il n'allait pas faire un malaise. La conversation avait-elle été aussi terrible que cela? Eh bien, si elle fut identique à la dernière qu'il entendu, mais concentrée sur aussi peu de temps, il pouvait comprendre mais... Mais c'était assez inquiétant. Quand sa femme s'approcha de lui pour vérifier si tout allait bien, il la rejeta sèchement et appela plutôt son fils d'une voix grondante. Shin-chan se présenta au salon peu de temps après avec une expression satisfaite.

Et soudain, son père s'avança brusquement vers lui et l'attrapa par le col.

"Toi! Espèce d'imbécile!"

Cela arriva vite. Si vite que Kazunari n'eut pas le temps de le voir venir de là où il était. Même s'il avait voulu intervenir, il restait pétrifié sur place par ce geste aussi violent. La mère de famille resta aussi surprise, mais reprit plus vite que lui et se précipita vers lui pour retenir le bras qui menaçait de s'abattre sur leur enfant. Elle réussit à lui monopoliser un bras et il tourna la tête vers elle, sans doute pour lui demander silencieusement ce qu'elle était en train de faire... Il était indéniablement furieux, mais aussi désespéré, comme s'il était en train de se battre pour sa vie.

"Calme toi chéri!"

"Lâche-moi! Shintarô... Shintarô! Tu es vraiment un idiot!" Souffla l'homme avec colère en relâchant sa prise sous la contrainte de sa femme.

Le concerné, sous le choc, était tombé par terre et resta simplement mollement assis. Il n'avait rien répondu, il ne s'était pas débattu. Peut-être lui aussi avait été aussi ahurit que les autres face à cette explosion. Il regarda simplement ses parents à travers ses lunettes et sa frange qui cachaient son expression. Légèrement remis de la surprise, Takao eut mal au coeur de le voir ainsi et du faire preuve de toute la volonté du monde pour ne pas intervenir pour le protéger de ces accusations. Malgré tout, il devait ronger son frein s'il ne voulait pas voir tous ses efforts disparaître.

"Pourquoi?" Reprit le père Midorima plus fort. "Pourquoi tu ne nous écoutes pas! Alors même que ta mère a risqué sa vie pour te faire naître! Tu es né de la chair l'Origine bon sang! Tu as une mission, une seule à accomplir!"

"Qu'est-ce que j'en aie à faire!" Répliqua enfin Shintarô avec hargne, "Je ne serais jamais un être parfait, et ils ne voudront jamais de moi comme ça! Et tant mieux!"

"Nous n'avons pas enduré tout cela pour rien!" Hurla l'homme en guise de réponse. "Nous avons une dette à payer! Nous ne te demandons pas la lune, juste de leur obéir!"

"Je t'en prie, calmes-toi chéri!"

La femme de la maison tenta désespérément de calmer son époux qui criait de manière presque démente en essayant de frapper leur fils. Elle n'y parvenait cependant que partiellement. Il balança sa main au-dessus de la tête de l'adolescent vert qui ne bougea pas de sa place, comme s'il était résigné. Un son sourd fit écho dans toute la pièce. Il souleva sa main au-dessus de lui et l'abattit sur Shintarô qui s'accroupit sous l'impact, les deux bras sur son visage pour le protéger. La peau avait été frappée, mais visiblement pas sur la face. Sans doute avait-il agi au bon moment.

"Arrête, je t'en supplie." Paniqua son épouse au bord des larmes. "Il a peut-être tout manqué, mais s'ils apprennent qu'on a blessé un de leurs précieux protégés, ils ne nous le pardonneront pas!"

Elle avait dû réussir par ses mots à toucher un point sensible, et il finit par s'arrêter. Relâchant ses bras pour les laisse pendre le long du corps, un long silence plongea la pièce dans un malaise. Takao du retenir son souffle, par peur de se faire repérer. Respirant rauquement, l'homme regarda le plafond d'un air désespéré.

"C'est un désastre Shintarô! Ils vont faire la cérémonie du réveil de l'Origine... Tu dois aller te préparer le plus vite possible! Ils sont furieux après nous! Au moindre faux pas... je ne sais pas si même toi ils t'épargneront!"

Sa femme mit alors ses mains devant sa bouche d'horreur, comme si elle ne s'y attendait pas. Tous deux se dirigèrent alors vers le couloir en criant des choses incompréhensibles, ne sachant pas vraiment après qui ils se lamentaient. Leur fils était resté sur place, toujours à terre alors qu'il se remettait lentement de l'agression. Il ne semblait pas traumatisé, mais plutôt médusé, comme si cela faisait partie de son quotidien. Son visage était terriblement pâle et son état en général était assez pitoyable. Le visage refermé, il se redressa lentement puis partit de la pièce à son tour, silencieusement, étant donné qu'il n'avait plus rien à y faire.

Takao se sentait horriblement mal.

Il avait voulu intervenir. Il voulait l'aider, lui apporter du soutien, lui dire qu'il n'était pas seul, éventuellement qu'il s'en sortirait. Mais cela équivaudrait à faire tomber sa couverture, et peut-être perdre à jamais sa confiance. Il le vit disparaître dans le couloir opposé, celui de sa chambre, et entendit au loin le bruit de la serrure qui se verrouillait. Il s'était enfermé. Après quelques minutes, le lycéen brun prit la décision la plus risquée de sa vie et pénétra à l'intérieur de la maison afin de le suivre. Il se dirigea vers le deuxième couloir et tenta d'écouter minutieusement ce qui se passait dans la chambre de Shin-Chan. Un bruit de dés. Qui tombait. Suivit d'un gémissement de douleur. Il comprit immédiatement ce que cela voulut dire.

Kazunari voulut retourner se cacher dehors pour éviter de se faire prendre mais son dos buta alors une porte alors qu'il reculait. Cette porte, il la reconnaissait. Il était passé devant quand il avait ramené Shin-Chan la dernière fois. Sachant qu'il était dans une situation extrêmement dangereuse, il prit quand même le risque de l'ouvrir sous l'impulsion d'une curiosité malsaine -à moins que ce ne soit son instinct-. Elle donna sur un escalier. Un escalier qui semblait descendre très bas, et son petit doigt lui disait que ce n'était pas la cave. Une très forte envie de descendre jeter un oeil le prit, mais en entendant les parents de Shintarô un peu plus loin, il décida d'en rester là.

Pour le moment.

Kazunari retourna se cacher dehors pour éviter de se faire prendre et, assis dos au mur de la maison, il se prit le visage entre les mains. Ce coup de téléphone... peu importe ce qui avait été dit, ce fut le coup fatal pour la famille Midorima. Assez pour déclencher cette fureur destructrice. Par contre, ce que le père avait dit... qu'est-ce que c'était déjà? L'Origine? Encore? Ce mot ne lui était pas inconnu, il l'avait déjà entendu avant. Quelque chose à propos de la chair aussi... Et Shin-Chan avait répondu... "Je ne serais jamais un être parfait!'. Un être parfait... Il l'avait aussi entendu avant de la part de son camarade.

Il avait pensé sur le coup que ce fut anodin mais maintenant qu'il y repensait... Aucune chose qu'avait pu dire Shintarô en sa présence ne fut hasardeux. Il connaissait bien assez le superstitieux maintenant pour savoir que chaque phrase, chaque mot qu'il employait était pesé minutieusement. Et son paternel qui avait parlé de "cérémonie", "réveil"... En entendant cela, il eut un étrange sentiment. L'écho de sa conversation avec Shin-Chan alors qu'il le raccompagnait lui revint en mémoire. Il touchait du doigt la réponse. Il manquait juste quelque chose à l'équation. Une dernière petite chose. Il voulait le confirmer.

S'il ne le faisait pas très vite, il pourrait être trop tard.

Essayant de chasser son sentiment d'impatience, Takao ferma lentement ses yeux. Puis il prit sa décision.

OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoOoO

Ce fut tard dans la nuit quand il eut enfin l'assurance que tout le monde était couché et endormi pour de bon.

C'était la première fois qu'il attendait aussi longtemps au même endroit, et contrairement au bar, le jardin des Midorima n'était guère confortable. Surtout, il avait dû faire sans cesse attention à ne pas se faire repérer si l'un des membres de la famille avait l'idée de regarder dehors. Heureusement, aucun d'entre eux n'avait semblé disposé à profiter de l'air extérieur. Surtout après ce coup de fil; chacun était resté dans sa chambre et n'en était ressorti que pour le dîner, qui s'était passé dans des conditions assez tendues. De là où il avait été, même Takao s'était attendu à ce qu'un cri d'agonie resonne dans ce silence de mort après que quelqu'un ai poignardé son voisin avec sa fourchette. Le moindre bruit avait semblé être un sinistre présage. Mais aucun incident n'était survenu.

Après cela, ils étaient tous repartis et les lumières s'éteignirent partout environ une heure après, personne n'étant d'humeur à veiller. Heureusement pour lui.

Takao passa par la fenêtre de la cuisine et se dirigea à pas de loup à travers la maison, s'aidant de sa vue développée pour le guider à travers l'obscurité. Son objectif était cette fois très clair. Sur le coup, il n'y avait pas trop pensé mais quand il avait ramené Shin-Chan chez lui, la maison lui avait paru être construite sur un terrain assez grand, même en comptant le jardin, et en particulier... cette fameuse porte qui n'avait semblé donnée dans aucune pièce standard. Il pouvait remercier encore une fois ses yeux exceptionnels d'avoir noté ce détail. Sans doute ne lui aurait-il pas sauté aux yeux si les adultes l'avaient jeté comme un malpropre de leur habitat, mais leur réaction avait été beaucoup trop louche.

Après avoir vu ce qu'il avait vu, il en était sûr; ils cachaient quelque chose.

L'adolescent brun passa à côté de la chambre de Shintarô qui était dans un sommeil profond, autant que ses parents. En agissant ainsi, il pourrait faire son affaire beaucoup plus tranquillement. En contrepartie, si jamais il était pris, il était fichu. Il n'était même pas sûr d'en ressortir vivant. Mais il était de toute façon trop tard maintenant. Il était beaucoup trop engagé dans cette histoire, alors autant se jeter dans la gueule du loup. Il ouvrit enfin la fameuse porte débouchant sur ce si étrange escalier menant au sous-sol. Si son instinct ne le trompait pas, il devrait le conduire à ce que les parents de Shin-Chan avaient peur qu'il découvre. Et il avait même sa petite idée sur la nature du lieu.

Se sentent comme s'il s'engageait pour un aller simple vers l'enfer sans espoir d'y revenir, Takao s'engagea sans allumer la lumière pour ne pas alerter les habitants.

L'escalier était en colimaçon, et progresser dans le noir sans trébucher était certainement une épreuve sans l'aide d'une rambarde. Il n'avait que le mur froid pour s'appuyer, mais son imagination fertile et la sensation des briques humides sous ses paumes ne put l'empêcher de penser sur quelle sorte de chose il poserait la main à chaque pas. Une araignée, un scorpion, une autre main qui sortait du mur peut-être... Il préféra se dépêcher, autant pour ne pas voir ses phobies se matérialiser que la paranoïa d'avoir quelqu'un mal intentionné derrière lui qui le suivait. Et ce, même si ses pas étaient les seuls qui resonnaient durant sa descente.

Arrivé en bas, il buta sur la porte mince et sale, dont la poignée était certainement aussi rouillée que les jointures. Personne n'était venu ici depuis un bon bout de temps, c'était certain. Comme s'ils avaient voulu oublier cet endroit, alors que rien n'effacerait ce qu'il représentait. Kazunari sentit une piqûre de culpabilité dans son coeur alors qu'il s'apprêtait à pénétrer au sein même de l'intimité de son camarade, mais il ne pouvait plus retourner en arrière maintenant. Les lèvres sèches, il posa ses mains poisseuses sur la poignée pour la pour lui, c'était ouvert. Ce genre d'endroit serait pourtant attendu fermé à double tour, mais les Midorima étant déjà très renfermés par rapport à l'extérieur, ils ne s'étaient sans doute pas sentis obligés de le faire.

La porte s'ouvrit lentement et lui dévoila tous ses secrets.

La pièce était très sombre et très froide, mais pas bien grande non plus de ce qu'il put en observer. À travers l'obscurité, il put apercevoir ce qui ressemblait à un autel tout au fond, avec quelques linges brodés pour le décorer. Une vague satisfaction s'empara du lycéen brun. Son instinct ne l'avait pas trompé. Si les parents de Shin-Chan étaient engagés dans une secte, alors ils avaient forcément un lieu de culte, même s'il ne pratiquait pas. Surtout si, comme il put le comprendre, cela se faisait de génération en génération. Et comme tout lieu de culte, il y aurait forcément une documentation sur ledit culte en question, ne serait-ce que sa pratique.

Takao ne croyait pas aux histoires de fantômes, ou d'esprit, mais il y avait indéniablement une atmosphère très inquiétante et malsaine qui se dégageait de cet endroit. Selon ses informations à propos des Midorima, cette maison leur était transmise à travers la famille depuis des décennies. Il ne pouvait imaginer quel âge avait cet endroit et ce que leurs ancêtres avaient pratiqué ici. Des prières? Des rites? Des cérémonies? Peut-être... des exécutions? Des sacrifices d'animaux si ça se trouve, ou bien d'être humains. Non. Il valait mieux ne pas y penser. Il faisait suffisamment de cauchemar la nuit comme ça, et il était venu aussi avec la conviction d'y mettre fin.

Timidement, après avoir allumé une bougie, il fit le tour des lieux qui étaient en vérité assez vides, ce qui le soulagea d'un côté, mais l'inquiétait d'être venu pour rien de l'autre.

Dans son inspection, ses yeux d'aigle avaient repéré quelque chose derrière le petit emplacement de l'autel, mais des sortes de rideaux de fortune cachaient tout. Sous l'autel plutôt. Il le voyait, il y avait une boîte. Kazunari s'approcha pour mieux l'observer puis décida de mettre de côté sa prudence exagérée, et la sortit de son emplacement en espérant ne pas activer un quelconque piège. Elle fut assez large pour qu'il eut besoin de la porter à deux bras. Voyant qu'il n'y avait ni objets tranchant s'abatant sur lui, ni dalle piégée se déroulant sous ses pieds, il la posa un peu plus loin et s'installa par terre afin de mieux l'examiner.

Il y avait un étrange dessin de serpents qui interagissaient entre eux, mais déjà à moitier effacé.

Ouvrant le couvercle comme s'il s'occupait d'une bombe, le jeune homme tomba enfin sur ce qu'il attendait. Comme il se l'était imaginé, c'était rempli de documents et de livres. Il sortit tout d'abord le paquet de feuilles et les regarda minutieusement. Elles étaient d'un beige effacé, brunes sur les bords, grignotées par une sorte de brûlure. Elles devaient être très vieilles pour témoigner d'une telle usure, peut-être même assez pour finir dans un musée. Pourtant, le paquet était entassé soigneusement et la police d'écriture était très soignée. Cela ressemblait à des notes de recherche, mais ancestrales. Le genre d'écrits sur la possible rondeur de la terre ou l'existence d'un autre continent au-delà des mers.

En sortant tous les tas, Takao découvrit un petit carnet au milieu des piles qui attira son attention car il semblait plus récent.

La reliure était en cuire, assez usée elle aussi, mais pas autant que le reste. Une odeur forte et âpre émanait des feuilles. Les pages du carnet étaient remplies de phrases manuscrites sans presque aucun espace entre chaque mot: Takao pouvait sentir l'enthousiasme, ou peut-être la précipitation de l'écrivain à travers ce style. Cela semblait être des notes d'observations, et que le chercheur se dépêchait de mettre par écrit tout ce qu'il voyait par peur de perdre la trace. Il tourna les pages et trouva alors deux cartes logées en guise de marque page dont le logo ressemblait étroitement à celui de la boîte. Des cartes de membre. Ses yeux gris s'écarquillèrent en voyant le nom inscrit: Midorima.

La raison pour laquelle il trouvait leur nom dans ce livre était bien sûr évident. C'était plutôt le prénom qui le prit au dépourvu. C'était le prénom du grand-père de Shin-Chan. Cela confirmait bien que la famille était impliquée depuis longtemps. Avec un horrible pressentiment, son regard se redirigea vers le carnet de notes. Ce qu'il y lirait serait sûrement la clef à toutes ses questions, mais il se sentait aussi comme s'il allait plonger dans un gouffre sans fond.

Avec une respiration, il commença sa lecture.

'Notre organisation ne vit que pour les protéger et les honorer. Nous célébrons leur supériorité en tant que telle, mais ce n'est pas n'importe lequel d'entre nous qui pourra accomplir leur dessein. J'en suis tout à fait conscient. Nous ne sommes que des humains normaux, notre chair n'a rien à leur offrir.'

'J'ai tant attendu avant de pouvoir enfin marcher à leurs côtés. Les seuls et rares humains bénis. À partir de ce jour, tout ce que j'apprendrais sur eux sera couché sur ce papier. Pour l'éternité. Je remettrais sans doute en ordre les informations après, mais pour le moment, mon seul souci est de les chérir.'

'Ils vivent en symbiose à l'intérieur du corps. Pour plus de simplicité, je nommerais ces êtres merveilleux: "Vie interne". '

"..."

Takao ferma le livre par réflexe, comme s'il en avait déjà trop lu.

Combien de fidèles exactement cette organisation comptait-elle? En se souvenant de la discussion qu'il avait surprise dans le bar et de l'ambiance qu'il y avait depuis qu'il y était entré, le lycéen sentait que la réponse était beaucoup. Mais ce carnet... Il comprenait qu'il contenait réellement tout ce qu'il avait voulu savoir depuis le début. La personne qui l'écrivait, peu importe son identité, venait d'entrer dans cette secte à en juger ses mots. Et elle était pourtant déjà en admiration totale. La suite lui faisait peur. Mais il devait continuer sa lecture. Il était pressé et il n'avait plus le choix de toute façon.

Chaque chose qu'il lut était encore plus étrange que la vérité qu'il voulut savoir. Plus ses yeux enchaînaient les mots, plus il sentit une envie de vomir monter en lui. Si tout ça était la vérité... alors tout allait mal. C'était impossible à croire. Ce n'était tout simplement pas... Parce que sinon, c'était une catastrophe. Ce n'était pas étonnant que Shin-chan ait si peur. Et pourtant, le pire était qu'il n'avait encore pas lu grand-chose. Il n'était même pas dans le coeur du sujet, comme si l'écrivain faisait exprès de laisser mijoter son auteur afin de le rendre fou de désespoir.

L'adolescent allait continuer quand il sentit un fort impact contre sa tête.

Sa vision sombrait déjà dans l'inconscient quand il comprit qu'on venait de le frapper.