Douceur liquide

Auteur: Woshi

Disclaimer: Ni Kuroko no Basket, ni Sweet Pool ne m'appartiennent

Raiting: M pour cause de scènes sanglantes et sexuelles

Genre: UA, Angst, Drame, Tragedy, School life, Romance, Yaoi, Gore, Surnaturel, Mpreg d'une certaine manière

Note: Hey! J'ai mis un peu plus de temps mais le voilà! Ce chapitre est probablement un des plus intenses et une des scènes que j'ai le plus aimé. Fan d'OTP, vous allez être comblés (surtout un), mais fans de réponses, vous trouverez aussi votre petit bonheur ~ Profitez en bien car c'est un des derniers moments "doux" de cette histoire. Bonne lecture.

[ Sweet Pool OST - Calm 1 ]


Quand il sortit à l'extérieur de l'hôpital, le ciel était déjà teinté de la couleur profonde du crépuscule.

Kise se dépêcha de revenir à la station de train sans jamais jeter un coup d'oeil derrière lui. Même si personne ne le suivait, il ne voulait plus regarder en arrière et exprimer ses craintes. Quand il rentra à l'intérieur du train, il lui semblait que tout l'intérieur trembla lorsque ce dernier démarra à pleine vitesse. Il fut bousculé contre une multitude de gens qui rentraient chez eux en cette heure de pointe. C'était extrêmement désagréable, mais il fut tellement plongé dans ses pensées que son malaise en devint secondaire. Il passa ainsi tout le trajet dans cette foule d'inconnus sans se préoccuper d'eux, déjà plongé dans son monde, son regard porté vers le vide.

Il sortit à l'arrêt juste après chez lui et prit le temps d'admirer l'horizon qui se dressait devant lui.

Les nuages, la route, les maisons, les passants, les panneaux, les voitures. Tout était rouge. Et pourtant, l'adolescent blond trouva cela terriblement apaisant et n'hésita pas à entamer sa marche sur ce chemin de ses souvenirs. Il ne pouvait penser à rien. Son coeur battait juste à la chamane. Ses membres bougeaient tout seul d'un accord commun, le faisant progresser dans une unique direction à laquelle il n'eut même pas besoin de réfléchir. Une boule dans son ventre grandit au fur et à mesure qu'il progressait, mais elle n'avait rien à voir avec le stress qu'il put expérimenter avant. Moins qu'anxieux, il était surtout nerveux, sans forcément ressentir de l'angoisse. C'était paradoxal, mais c'était le cas. C'était la première fois qu'il avait ce genre de sensation.

Quand Ryouta arriva finalement en face de la porte, il se posa alors les questions qu'il avait refusées plus tôt: est-ce que ça irait vraiment comme ça? N'était-il pas en train de faire une erreur? Avait-il fait le bon choix? Qu'est-ce qui se passerait ensuite? Ce flot d'interrogation l'immergea d'un coup, mais cette fois, il y fit face la tête haute. Il n'avait plus aucun doute maintenant. Même s'il ne savait pas encore tout, même si son avenir était et resterait incertain, tout irait bien. Il venait de remettre de l'ordre dans sa vie personnelle, il venait de régler les choses avec Kagami. Et il avait aussi appris toutes ces choses. Il n'avait pas fait tout cela en vain.

Le blondinet poussa doucement le bouton d'interphone du doigt et attendit une réponse.

"Oui?"

Après un court silence, une voix grave sortit du boîtier électronique. Il l'a reconnu aisément, c'est pourquoi il se permit d'y répondre.

"C'est moi, Kise..."

Pendant que le blondinet resta sur place, la porte électronique s'ouvrit au bout d'un petit moment dans un cliquetis.

"Oh..."

Aomine était encore en uniforme scolaire, il revenait probablement du lycée.

Au moment où leurs yeux se rencontrèrent, Kise sentit cette sensation familière en lui, mais elle lui parut bien moins désagréable avec l'habitude. Il soutint même ces deux saphirs profonds de ses ambres avec contenance. Aucun des deux ne détourna le regard. Aucun des deux ne brisa l'échange visuel si transperçant. Comme si chacun essayait de sonder l'âme de l'autre. Le blondinet s'en était bien rendu compte, avant, que ce regard était moins agressif qu'il ne le crut au début. Parce qu'il n'avait jamais eu le courage de les supporter, il avait toujours supposé une certaine hostilité. Mais maintenant qu'il le soutenait, il comprenait que ces iris bleutés n'étaient pas malveillants à son égard.

Après quelques secondes, Daiki lui ouvrit la porte en grand afin de l'inviter à l'intérieur.

Ryouta s'engagea sur ses traces sans un mot, sans salut, sans présentation. Tous deux savaient que ce n'était plus nécessaire désormais, car toutes ces marques de politesse, si civilisées, ne leur correspondait pas, finalement. Le lycéen blond marcha le long du hall, longeant les murs extérieurs et regardant à côté de lui, le jardin qui faisait face à la chambre de son hôte. Le soleil crépusculaire s'infiltrait à travers la clôture, laissant une profonde image déformée de la verdure et du bois à travers les ombres dessinées dessus. Il tenta de trouver le chat de la dernière fois, en vain. Ce soir, il ne le verrait pas.

Sans hésiter, le jeune homme aux yeux miel pénétra à l'intérieur de la chambre et referma la porte derrière lui.

Aomine lui faisait face, debout, dans un silence qui semblait donner un signe.

"Qu'est-ce qui t'est arrivé aujourd'hui?" Demanda-t-il de son ton grave habituel.

"Je suis allé voir mon oncle." Répondit Kise d'une voix un peu plus aiguë, sans doute dû au stress.

S'il était venu ici, c'était pour tout dire. Il voulait tout dire à Aomine.

"Il m'a parlé de ma mère qui est morte... il m'a dit quelque chose que je n'aurais jamais su... Quand je suis né, j'étais déjà mort. Elle a perdu les eaux trop tôt et... je n'ai pas été en mesure de respirer..."

Il serra sa chemise, là où se trouvait son coeur, comme s'il cherchait une preuve de ce qu'il avançait. Si quelqu'un d'autre avait entendu cela, cette personne aurait sûrement ri de manière méprisante en pensant que c'était une mauvaise blague. Elle aurait même pu penser que le blondinet perdait la tête. Et elle n'aurait pas forcément tort étant donné tout le mal que Kise eut à y croire. Qui pourrait avaler une telle histoire après tout? Il n'était même pas sûr que ce genre d'évènement soit déjà arrivé avant son cas. Peut-être. Mais cela relevait de légendes urbaines, comme tous ces ragots que ses camarades de classe aimaient se partager. Aucun d'entre eux ne serait prêt à accepter le fait que ce soit vrai.

Pourtant, Daiki l'écoutait silencieusement, sans avoir l'air de le juger.

Ni méprit, ni dégoût, ni surprise ne passaient sur ses traits creusés, et peut-être à cause de cela, Ryouta réussissait à lui parler aussi calmement.

"Tu dois penser que c'est un mensonge absurde... mais ce n'est pas le cas. Il y a quelque chose de bizarre avec mon corps... Ce n'est ce que je pense... Si ce n'est pas le cas alors..."

'Tu n'es pas humain.'

Kise se souvint de ces mots que Midorima lui avait dits. Alors qu'il avait pensé à ce moment que c'était impossible, il n'avait pas été capable de le nier. Ces illusions sanglantes qui sortaient de son corps. Ces répugnants morceaux de chair auxquels il a donné naissance. Et puis... ce qu'Akashi lui avait annoncé. Il n'avait pas tout comprit pour être franc, mais suffisamment pour saisir que quelque chose en lui n'était pas humain et le transformait lentement. Ce qu'il avait pris pour des symptômes d'une maladie rare n'étaient en fait que l'expression profonde de ses changements dans son corps.

*Tu as vu ça avant, n'est-ce pas Aominecchi?" Demanda-t-il en confrontant son regard toujours aussi neutre. "À chaque fois... tu voyais tout..."

Il n'eut pas de réponse.

Mais Aomine en avait été témoin, c'était indéniable. Ces étranges limaces rouges qui glissaient de son ventre et ce sang qui s'écoulait sur sa peau. Au début, il n'avait pas compris, et il en avait été terrorisé, au point de se demander s'il n'était pas en train de devenir fou. Il avait détesté son corps, ce corps qui avait été exposé de manière obscène et répugnante. Aomine avait indifféremment découvert son secret et pénétré dans l'inexplicable réalité dont Kise avait désespérément tenté de tenir à l'écart tous ceux qui s'y étaient approchés. Sans raison. Sans explication. Il avait percé sa bulle et prit toute la place pour ne pas le laisser respirer.

"Alors je me suis dit... que peut être... ça irait quand même comme ça."

Même si tout était le produit de son imagination tordue.

Même si tout était le fruit de sa folie naissante et destructrice.

"Même si j'étais probablement un monstre... ou que je devenais juste fou...ça irait quand même." Conclu-il le plus sérieusement du monde. "Je ne peux pas dire si j'ai raison ou pas après tout..."

Même si Aomine devenait aussi fou que lui. Du moment qu'ils voyaient tous les deux la même chose dans leur monde aliéné, alors c'est tout ce qui importait. Le jeune homme bleuté était le seul à le connaître si intimement, si profondément et surtout, le seul à être encore là après tout ce qu'ils avaient traversé. Plus que tout, il savait que le monde de son camarade était le même que le sien. Un univers tristement sombre où la solitude pavait son chemin. Son seul et unique chemin, déjà tout tracé. Aucun des deux n'avait de point d'attache désormais. Aucun des deux n'avait d'avenir à offrir à l'autre mais ce n'était pas grave.

"Je sentais que ça irait si tu savais... Si je n'étais pas le seul à voir ces choses, mais que toi aussi tu les as vu."

Deux était mieux que seul, après tout.

"En pensant à cela, je voulais vraiment te revoir. Je voulais te voir et parler avec toi comme ça. Je ne le comprends pas moi-même mais..."

Lui et Aomine... étaient vraiment semblables l'un à l'autre. D'une manière qu'il n'arrivait pas à décrire avec des mots. Ils partageaient tous les deux la même solitude mais aussi quelque chose de plus profond. Serait-il poussé à parler de destin? Kise ne le savait. En revanche, plus il y pensait, plus il en était sûr; il voulait rester avec lui. Lui et personne d'autre. C'était étrange alors qu'il y a quelque temps, il ne pouvait pas le supporter, mais maintenant qu'il connaissait ce qu'il y avait sous sa chair, il comprenait. Un peu. Mais c'était suffisant à ses yeux. Pour lui qui n'avait jamais trouvé une seule personne qui miroitait ses sentiments, cela suffisait, même si ce n'était qu'une partie.

Il sentait en plus qu'au fond, ce n'était pas que partiel.

Ayant fini de parler, le blondinet laissa sortir un long soupir, autant de soulagement que de stress. Ses mains étaient désormais recroquevillées dans ses poings sous l'anxiété. Il ne s'attendait pas vraiment à une réponse, mais tout ce que pouvait lui dire son camarade serait décisif, il le savait. L'adolescent bleuté le regarda cependant avec une expression qui demeura inchangée tout le long de son monologue. Rien ne semblait l'avoir surpris dans ce qu'il avait dit, à croire qu'il s'y attendait presque. Ou bien... Peut-être était-ce son imagination, mais il lui avait semblé percevoir une once de reconnaissance dans ses iris marines.

Une question émergea alors dans l'esprit de Ryouta alors qu'il fixait ce visage de marbre.

"Aominecchi... pourquoi est-ce que tu m'as sauvé de Midorimacchi. Et de Kagamicchi aussi?"

"..."

Silence. Mais celui aux yeux ambre voulait sa réponse.

"Tu sais, j'ai toujours pensé... que tu me détestais."

C'était peut-être un mot un peu fort, mais après toutes ces années où il l'avait regardé aussi intensément. Après ces étranges gestes qu'il a eus envers lui. Après cette agression qu'il lui fit subir ce jour de pluie. Comment Kise aurait-il pu penser autrement? Pourtant, parmi tout cela, il y avait d'autres actions de la part d'Aomine qui l'avait encore plus plongé dans la confusion. Le fait qu'il lui ait apporté ses devoirs. Quand il l'a raccompagné sous la pluie pour le protéger pour ensuite s'excuser. Ce dîner qu'ils avaient partagé ensemble avec sa mère. Ces moments, souvent trop silencieux, mais qui lui avaient appris tant de chose sur le bleuté. Ce baiser...

Le blondinet n'arrivait pas à décrire ce qu'ils ressentaient, que ce soit l'un ou l'autre.

"Aominecchi... pour moi..."

Qu'est-ce que tu ressens pour moi?

Ryouta avait l'impression que poser la question dans ces termes était étrange, alors il n'arriva pas à finir le reste de sa phrase. Devait-il demander? Il n'aurait jamais cru un jour qu'il se retrouverait face à un tel dilemme en supposant qu'il avait plus ou moins fait une croix sur tout sentimentalisme, autant pour son propre bien que celui des malheureuses qui tombaient sous son charme. Sans doute à cause de cela, il ne savait comment réagir face à cette nouveauté. Il avait l'impression d'être en fleur et ne rien connaître, presque d'une pureté alors qu'il avait tant été sali par les horreurs qu'il avait traversé.

Quand le blondinet avait son regard baissé sur ses pieds, quelque chose se pressa contre lui.

"Oh!"

Kise cligna des yeux sous le coup et son dos frappa la porte de la chambre quand il se laissa porter sous le coup de la surprise. Lorsqu'il rouvrit les paupières, le visage d'Aomine était proche de lui. Très proche. Il sentit son coeur s'affoler comme s'il allait s'extraire de sa cage thoracique. Sa respiration trembla et il dut rouvrir ses lèvres qui s'étaient pressées de douleur pour regagner de l'air dans ses poumons. Ses bras pendaient le long de son corps sans qu'il ne trouve la force en lui pour se dégager. Ses sens étaient trop occupés à se calmer avant de penser à faire quoi que ce soit pour se défendre. Leurs yeux toujours connectés dans cet échange si particulier.

L'adolescent bleuté enroula alors ses bras forts autour du corps élancé du blondinet et l'embrassa fermement. Ses larges paumes trouvèrent leur chemin derrière sa tête à travers ses brins dorés pour les brosser délicatement. Pendant que leurs lèvres étaient couvertes l'une par l'autre, il colla violemment sa langue contre la bouche de son partenaire pour en prendre possession comme une bête sauvage. Son autre main se posa sur le mur à côté de son partenaire pour lui couper toute retraite alors que celle qui lui tenait la tête le pencha en arrière afin de faciliter sa domination durant l'acte.

"Ao- Mmmhh! Mmhh!"

Pris au dépourvu par ce baiser impatient, Ryouta ne put rien faire à part tendre ses bras dans le vide en face de lui, comme s'il voulait s'accrocher à quelque chose derrière Daiki. Nerveusement, il sortit sa propre langue et toucha celle de son partenaire, sentant une sensation à la fois familière et enivrante s'emparer de lui. N'importe qui de l'extérieur dirait qu'il était presque en train de subir cet assaut. En réalité, il avait la capacité de résister. S'il le voulait, il pourrait le repousser de ses deux mains et s'enfuir, car son camarade ne le tenait pas, que ce soit ses mains ou son corps. Il suffisait simplement d'un geste...

Mais il devait s'abandonner à Aomine.

Contrairement à la manière dont il agissait, le lycéen basané ne semblait pas encore vouloir montrer ses émotions. Kise ne savait pas s'il n'y arrivait pas ou s'il refusait, ou si son camarade était tout simplement pudique à l'oral mais comme toujours, il ne mettait aucun mot sur ses sentiments et laissait plutôt parler son corps. Il l'avait compris très tard, mais maintenant il connaissait la raison cachée d'un tel comportement. Alors il voulait le chercher. Et trouver le sens qui se cachait derrière ses actions. Il voulait savoir ce qu'il cherchait à lui transmettre à travers ses caresses et ses baisers. D'un geste, il le guida jusqu'au lit où ils tombèrent tous les deux sans jamais briser le contact, le plus mat au-dessus du plus pâle.

Pendant que leur langue humide bougeait l'une contre l'autre, un faible mais plaisant sentiment remonta le long du dos du blondinet. La chaleur avait atteint son cerveau et ses pensées commencèrent alors à se disperser dans la brume de bien-être. Tous les deux se sentaient libres d'aller et venir contre la bouche de l'autre, comme s'ils tentaient de se dévorer mutuellement. L'adolescent aux yeux miel avait compris que le bleuté était du genre dominant, mais il restait néanmoins tendre. Toute la salive qu'ils ne purent avaler dépassa de leur bouche dans un petit filet. Ils arrivèrent difficilement à respirer alors qu'ils se laissaient aller l'un contre l'autre.

"Ao... aaah..."

Ryouta inspira profondément dans l'espace qui se créa enfin entre leurs lèvres séparées. Alors qu'il haletait dans sa respiration, Daiki l'enlaça tendrement et se posa contre sa poitrine en baissant les yeux. Son coeur, qu'il crut pourtant être passé par tous les stades possibles, sembla s'enflammer à l'intérieur de lui au point de lui faire mal. Pourquoi ressentait-il tant de choses pour un simple baiser étaient un mystère pour lui. Il était son camarade de classe... un garçon de son âge était installé au-dessus de lui, comme aurait dû l'être quelqu'un d'autre du sexe opposé. Et pourtant, cela ne lui parut pas déplacé.

Le lycéen blond savait que deux hommes pouvaient s'aimer l'un l'autre et faire des choses, mais il n'aurait jamais pensé se retrouver lui-même dans cette position. C'est quelque chose qui n'aurait jamais dû arriver, en fait. Être la cible d'affection d'un autre homme... jamais il n'y aurait pensé. Il lui était arrivé d'avoir quelques relations avec des filles au collège et au lycée, étant donné sa popularité. Cependant, cela n'avait jamais duré bien longtemps. Le fait est qu'elles finissaient toujours par se détacher d'elles-mêmes de ce lien superficiel, même celle qui n'en voulaient qu'à son physique. Cela tombait en morceaux après un mois; maximum.

Je ne sais pas ce que tu penses.

Je ne sais pas si tu m'aimes vraiment.

Tu ne me dis jamais rien.

Tu ne partages jamais rien de toi avec moi.

C'est ce qu'elles disaient toutes à la fin. Kise ne savait pas honnêtement s'il avait déjà aimé une seule fille avec qui il était sorti avant. Si aucun des deux partis n'aspirait à quelque chose, il n'y avait rien à espérer après tout. Mais même si des relations deviennent des choses du passé, il y avait encore d'autres raisons à cela. Plus que tout, il n'aurait jamais pensé que lui-même, qui aimait à peine les filles... réagissait autant à ce qu'il faisait avec Aomine. Il avait pensé au départ que peut être, il aimait les autres hommes, mais il réalisait maintenant que ce n'était pas vrai. Que ce soit les filles ou les garçons, il les jugeait de manière équivalente, il s'en rendait compte. Il n'avait pas eu de relation avec les filles uniquement parce que c'était bien vu par la société.

Surtout, la simple pensée d'imaginer son camarade toucher un autre homme le dégoûtait alors peut-être que la raison principale était...

Qu'il aimait Aomine?

"Je t'ai trouvé." Déclara alors l'adolescent mâté d'une voix rauque."Je ne te laisserais à personne."

Le blondinet ne comprenait pas ce qu'il voulait lui dire. Alors il lui posa simplement la question quand leurs lèvres se touchèrent à nouveau très furtivement.

"Qu'est-ce que je suis?"

"Tu es mon..."

La réponse fut cependant volée dans un baiser de la part de Kise. Lui-même ne comprenait pas pourquoi il l'avait coupé, mais aucun regret n'émergea en lui. Comme il s'y attendait, il n'avait pas besoin d'en demander plus en réalité. Il n'en avait plus besoin. Il avait eu toutes les réponses qu'il voulait. Oui, c'était sûrement ça la réponse; il aimait Aomine. Tout en lui était réconfortant. Le reste importait peu maintenant. Tant qu'Aomine était là. Tant qu'ils étaient tous les deux. Tant qu'ils avaient encore une once de vie en eux pour sentir la présence de l'autre. Alors tout ne pourrait qu'aller mieux.

"Mmhh..."

Le bleuté mordit légèrement sa lèvre inférieure et vint la sucer pour répliquer à son baiser avant de repartir à l'assaut. Pendant qu'ils s'embrassaient profondément, le lycéen basané se pencha un peu plus pour entrelacer son corps élancé contre celui de son partenaire, comme s'il voulait se fondre en lui. Le jeune homme malade regarda calmement son camarade au-dessus de lui. Il n'avait plus peur. Et aucun souvenir des moments passés ne lui vint en mémoire cette fois. Seul le présent importait. Il pouvait le voir dans ces yeux saphirs qui l'observaient: ils étaient complètement honnêtes. Ils l'avaient toujours été. Aomine resta silencieux et ils se firent face dans cette étrange atmosphère.

Puis Daiki fit quelque chose d'inattendu; il s'enleva de Ryouta pour s'allonger sur le dos, entraînant ce dernier dans sa roulade qui se retrouva à son tour allongé sur le grand corps sombre.

Installé ainsi, il sentit les bras forts l'enlacer et lui frotter le dos. C'était terriblement apaisant qu'il pourrait presque s'endormir. Son visage contre la poitrine, il pouvait entendre ses battements de coeur, réguliers et profond mais en même temps très lents. Quand le plus jeune des deux s'abandonna à ce son qui le berçait, il réalisa quelque chose. Il l'avait déjà entendu, il y a longtemps, quelque part... C'est ça. C'était quand il avait été dans ce train bondé et qu'il avait été sur le point de s'évanouir dû au malaise de la foule et de sa maladie. Il s'en souvenait mieux maintenant; quelqu'un l'avait attrapé par le bras et en l'espace d'une seconde, il s'était retrouvé contre un corps chaud dans lequel résonnait un battement de coeur comme celui-ci. Un battement de coeur fort.

"Alors c'était toi, Aominecchi..." Kise se redressa pour regarder son visage, un petit sourire sur le sien. "C'est toi qui m'as sauvé dans le train, n'est-ce pas?"

Aomine ne répondit pas.

Mais le blondinet pouvait comprendre, même sans réponse de sa part.

Peut-être parce que le bleuté l'observait depuis le début. Peut-être parce qu'il l'avait accepté depuis le début. Tous ses gestes prenaient désormais une tout autre dimension. 'Je t'ai trouvé' était ce que Daiki lui avait dit. Ryouta n'avait pas encore saisi l'entièreté de ses propos, mais suffisamment pour savoir ce qu'il valait à ses yeux. Il ne se préoccupait plus de ce qui lui restait à découvrir. Parce que maintenant, il avait une réponse satisfaisante. Ils étaient là, ensemble. Juste nichés l'un contre l'autre lui apportait assez de bonheur pour le reste de sa vie. Le reste du monde ne le préoccupait plus, c'est ce qu'il avait décidé.

Il ne connaissait pas d'autre chemin. Pas d'autre route à prendre. Et il ne pourrait pas vivre une autre vie que celle-ci.

OoOoOoOoOoOoOoOoOo

Au même moment, Kagami arriva au pied de son bâtiment.

Contrairement à Kise, son esprit fut vide tout le long du trajet, encore sous le choc de ce qu'il venait d'apprendre. Parce qu'il n'avait rien comprit à ce que cet enfoiré d'Akashi ait pu lui raconter. Pour lui, cela dépassait les frontières du probable. Mais plus que tout, il était troublé par la réaction de son camarade. Pourquoi le blondinet n'avait-il pas nié en bloc? Pourquoi était-il rentré dans ce jeu absurde avec l'adulte? Cet échange étrange qu'il y avait eu entre le professeur et l'élève, presque comme dans une sorte de langage codé auquel le rouquin fut étranger, il ne cessait d'y repenser. Il avait beau avoir discuté avec le lycéen aux yeux ambre avant, la manière dont il avait répondu le fit apparaître étrange comme si...

Comme si lui aussi était impliqué dans les histoires étranges d'Akashi.

Après tout, Taïga avait commencé à se sentir bizarre à partir du moment où il avait senti l'odeur de Ryouta. Cette odeur de citron, qui même à ce moment dans la chambre d'hôpital, avait été présente. S'il avait perdu la tête, c'était bien à cause de lui, même l'enseignant l'avait confirmé. Des phéromones, soi-disant. Puis il avait enchaîné sur d'autres choses. Comme quoi ils seraient de la même espèce, qu'ils n'étaient pas humains... C'était n'importe quoi. Ça l'était. Et pourtant, tout au fond de lui, le jeune homme aux yeux carmin sentait que quelque chose n'était plus pareil. Depuis qu'il avait croisé le blond... non. Depuis qu'il avait rencontré Kuroko.

Il ne devait pas se voiler la face; ce qui lui arrivait avait pour point initial sa relation le bleuté. Le blondinet ne fut finalement qu'un élément perturbateur au milieu de tout ça, comme Aomine d'ailleurs. Ce n'était pas eux qu'il devait blâmer pour tous ces changements. Sûrement, eux aussi les avaient-ils subi. Non, il était certain qu'ils les avaient subi. Kise en particulier. Il l'avait bien senti en lui parlant; il était déjà à un stade avancé, beaucoup plus loin que lui. Ils avaient parlé, échangé, communiqué, mais ce fut presque comme si ces paroles avaient été des promesses sans but, sans réelles convictions de réalisation, alors même qu'ils l'espéraient. Qu'est-ce qui faisait que son camarade soit à ce point résigné?

Kagami ne le savait pas, mais il était bien à le découvrir.

Avec une respiration, il s'engagea à l'intérieur de l'immeuble pour accéder à l'appartement où il était senser occuper tout seul. Il n'avait pas besoin de vérifier pour savoir que ses parents n'étaient pas rentrés. Il avait vaguement discuté avec eux le matin pour les rassurer sur son état de santé et les convaincre de ne pas revenir au pays simplement pour un malaise. Il s'était montré suffisamment convaincant, mais il les avait senti sceptiques, et sans doute prêts à sauter dans le premier avion en cas de nouvelles manifestations de sa part. Qu'importe, il n'y en aura pas d'autres. Sur cette conviction, il s'apprêta à rentrer chez lui quand il s'aperçut d'une présence sur le palier.

Assis par terre, les genoux repliés contre son torse, il s'agissait indéniablement de Kuroko.

L'adolescent rougeoyant hésita un moment. Il semblait l'attendre depuis un certain temps, sans doute depuis la fin des cours. La moindre des choses serait de le laisser rentrer et lui offrir à boire mais... Mais il appréhendait ce qui allait se passer si jamais il le faisait. Lorsque le plus petit releva la tête, il aperçu dans ses yeux bleus glacés une étrange expression qu'il ne lui avait jamais vue avant. Ce regard d'habitude si vide semblait brûler d'une détermination qui le figea sur place. Cette fois, il en était sûr; le faire entrer allait définitivement sceller quelque chose entre eux. Mais il aurait aussi sans aucun doute les réponses à ses questions.

Était-il vraiment prêt à affronter cela?

"Kagami-kun, je peux encore rentrer chez moi si tu veux." Déclara alors Tetsuya en se relevant.

Le concerné soutint son regard. Et il comprit. Il comprit que même en renvoyant son invité maintenant, cela ne changerait rien. Il avait déjà fait un pas de trop en avant... Non, on l'avait poussé à faire ce pas. Mais maintenant qu'il était engagé sur ce chemin sombre et incertain, il voulait au moins savoir pourquoi. Sans répondre, il passa devant son camarade qui le suivait des yeux et déverrouilla la porte d'entrée avec sa clef avant de pousser la poignée. L'air frais de l'intérieur leur caressa le visage. Le rouquin se rendit compte en voyant l'intérieur que cela faisait depuis hier matin qu'il n'était pas revenu chez lui. Cela lui semblait être une éternité.

Enlevant ses chaussures, il fit signe à Kuroko de le suivre, qui s'engagea alors derrière lui avant de refermer la porte.

Le reste se passa extrêmement calmement. Ils se dirigèrent dans la chambre de l'hôte qui était un cadre plus intime et propice à la discussion qui allait suivre. Le plus grand apporta les boissons sur un plateau tandis que le plus petit l'attendit en feuilletant un de ses innombrables magazines ayant pour thème le basket. En y repensant, c'était la première fois qu'il rentrait dans la chambre de Kagami, mais celle-ci était à l'image de l'appartement; simple et bien rangée, avec une petite touche de la personnalité du jeune homme aux yeux carmin. Il n'y avait rien de particulier qui s'en dégageait à part un goût plus prononcé pour le basket à travers la décoration. Des maillots, des trophées, des posters, des magazines... tant de chose qui lui firent envie.

Ils burent en silence, l'un à côté de l'autre, puis enfin, le rouquin prit la parole;

"Kise est venue me rendre visite tout à l'heure à l'hosto. On a parlé de ce qui s'est passé... ça m'a fait du bien."

"Tant mieux." Répondit son camarade en continuant de regarder droit devant lui.

"Et puis y'a Akashi qui est venue ensuite."

Il s'attendait au moins à une micro-réaction de surprise de la part de Tetsuya à l'évocation du nom de leur si redouter professeur, mais il n'en fut rien.

"Il nous a parlés de truc étrange, Kuroko. Des histoires de phéromone, de parasite et... comme quoi on n'était pas humain, ou je ne sais quoi."

"..."

Aucune réponse. Ni réaction. En temps normal, Taïga s'en serait agacé de frustration. Mais avec le temps, il avait appris à cerner son camarade. Ce dernier attendait simplement qu'il lui expose l'entièreté de son point de vue avant d'amener le sien.

"J'ai du mal à croire qu'il soit assez cinglé pour inventer une histoire pareil... Mais il semblait savoir de quoi il parlait et... Et Kise aussi."

Il but à nouveau une gorgée pour se désaltérer avant de reprendre.

"S'il n'y avait pas eu tous ces trucs étranges entre nous, j'en aurais sûrement rien à faire, mais quelque chose me dit que tu sais de quoi je parle Kuroko... La dernière fois, tu as dit que tu voulais entendre de ma bouche. Alors maintenant, c'est à toi de me faire écouter ton histoire. Sinon... Sinon tout cela n'aura eu aucun sens jusqu'à maintenant."

Le basketteur était acculé, il le savait. Le garçon pâle n'avait pas d'autres choix de se résigner à répondre à sa revendication. C'est pour ça qu'il était venu après tout. Il avait tout de suite compris pourquoi Akashi-sensei lui avait interdit toute visite pour Kagami-kun. Alors toute la journée, il s'était préparé mentalement à cette confrontation. Parce que le rouquin allait venir avec beaucoup de questions, et c'était à lui d'y répondre désormais. Lui et personne d'autre. Son professeur était malin; il avait laissé suffisamment de zone d'ombre pour qu'il soit piégé, et pourtant apporter les réponses dont Kise avait eut besoin. Le tout en présence du jeune homme aux cheveux rouges. Brillant.

Avec un soupir, il prit alors la parole:

"Je suis né comme ça. Je crois que je l'ai hérité du côté de ma mère, mais je n'en suis pas sûr puisque mes parents eux-mêmes ne sont pas au courant de ce qui se transmet dans notre famille." Cette évocation sembla le remener loin en arrière alors qu'il s'entêtait à ne pas regarder son camarade. "J'ai passé une enfance tout à fait normale, mais je me souviens que mon grand-père venait souvent me rendre visite et demandait comment je me portais... Il s'inquiétait beaucoup de ma santé. Il est mort quand je suis rentré au collège, alors je n'ai jamais su pourquoi. C'est là-bas, au collège Teiko que j'ai rencontré Aomine-kun."

Kuroko fit une pause, sans doute pour laisser à Kagami le temps de digérer cette dernière information.

"Je ne sais pas trop comment, mais il a tout de suite deviné que nous étions... de la même espèce." Il hésita un instant sur le mot à employer, car il savait que désormais, il s'engageait sur le terrain que l'adulte rouge avait ouvert pour lui." Aomine-kun m'a dit que j'étais comme lui mais... pas tout à fait comme lui. Il m'a dit qu'il m'aiderait à me contrôler et qu'il me protégerait contre les autres. Je crois que je n'avais pas tout à fait compris à l'époque, mais j'étais heureux d'avoir un ami, alors je l'ai suivi en pensant que c'était un jeu. Il était dans le club de basket du collège, alors je l'admirais pour ça aussi. On restait souvent ensemble et je me sentais bien à ses côtés. Il... il sentait bon, et j'avais une impression de protection avec lui. Et puis il a commencé à changer quand il est devenu fort au basket, il est devenu plus renfermé, plus solitaire et s'est mis à mépriser tout le monde. Pourtant, il n'a jamais cessé d'être bienveillant avec moi."

Il savait que c'était pénible pour son interlocuteur d'écouter tout cela à propos de quelqu'un qu'il appréciait peu, mais c'était nécessaire s'il voulait comprendre.

"C'est pendant ma première année de lycée que j'ai compris ce qu'il voulait dire. J'ai eu... je ne sais pas comment on peut appeler ça, mes premières chaleurs." Son teint blafard sembla prendre une légère teinte rosée pendant une seconde avant de retrouver ses couleurs translucides. "Il m'a expliqué alors que j'étais en train de me transformer, que la chose à l'intérieur de moi commençait à se développer et qu'il fallait que je les calme avant qu'ils ne... s'extériorisent. Il disait qu'en tant que "mâle", il en prendrait la responsabilité alors on a commencé à avoir une relation... étrange. On n'est jamais allés jusqu'au bout mais... enfin, je te passe les détails, il me soulageait avant que ça ne sorte, et j'ai pu retenir ces choses pendant un certain moment. C'était la seule manière que j'avais de me satisfaire."

Il y arrivait. Le vif du sujet. Ses mains se firent plus tremblantes sous l'appréhension.

"Mais ce n'était pas stable et quand tu es arrivé, tout a basculé, Kagami-kun. Ma mutation s'est accélérée d'un seul coup, au point que même Aomine-kun n'arrivait plus à anticiper mes phases d'incubation pour les contenir. En même temps, je crois qu'Aomine-kun était de moins en moins disponible pour se préoccuper de mon état... je le voyais bien, son attention était focalisée sur Kise-kun, et je ne pouvais pas lui en vouloir... puisque je resentais la même chose envers toi. C'est au début de l'année que j'ai rencontré Akashi-kun en personne, et il m'a expliqué concrètement ce que j'étais et m'a dit qu'il m'aiderait à gérer mes crises, en échange de quoi j'acceptais de... Enfin bref, il ne m'a jamais dit pourquoi j'étais comme ça et ça me rendait confus. Surtout, je ne comprenais pas pourquoi être avec toi me plongeait dans un état pareil, alors que même Aomine-kun n'avait pas cet effet. C'est Aomine-kun qui m'a expliqué... ce qu'il avait découvert..."

Ce qu'Aomine avait découvert? Qu'est-ce que ça pouvait bien être. Taigai sentait... Non, il savait que la réponse n'allait pas lui plaire.

"Il s'est rendu compte que la seule raison pour laquelle être à tes côtés avançait ma maturité... était simplement parce que toi aussi, tu es de notre espèce. En fait, j'ai appris qu'il n'y avait pas que moi et Aomine-kun dans le lycée, mais d'autres aussi... Kagami-kun, je ne l'aurais jamais soupçonné s'il ne me l'avait pas dit, alors même que vous dégagiez la même aura mais je crois que je me voilais la face... Je mettais tous ces symptômes sur mes sentiments en niant l'évidence parce que... parce que je ne voulais pas que tu sois impliqué là-dedans. Si je me suis permis de faire tout ça avant, c'est parce que je pensais que tu étais humain et que tu ne serais pas concerné par ce destin auquel je voulais échapper... Quand j'ai appris ce que tu étais et que ça allait au contraire faire réaliser mes craintes, j'étais désespéré et pourtant, je n'arrivais pas à me faire une raison et j'ai persévéré parce que..."

Pour la première fois depuis le début de son dialogue, son visage se redressa et il plongea ses yeux bleus dans le rouge flamboyant.

"Parce que je veux croire que même nous pouvons vivre notre vie sans suivre ce qu'ils veulent nous dire."

Kuroko posa alors une main sur son ventre, indiquant très clairement qui il visait dans sa phrase. Pourtant, son geste n'avait rien d'un rejet ou d'un dégoût, mais plutôt d'une résignation. Kagami comprit alors ce qu'il voulait faire passer comme message; il ne pouvait pas changer sa nature, c'était un indéniable. Mais à ses yeux, cela ne voulait pas dire qu'il n'y avait pas d'autres moyens de vivre, même avec ce qui était incrusté au plus profond de lui. C'était un point de vue louable, certainement il avait dû y réfléchir, bien avant d'avoir découvert que l'adolescent aux cheveux rouges n'était pas non plus un humain. Cependant, même en le présentant comme cela...

"Kuroko, tu crois vraiment être capable de vivre comme si ces choses n'existaient pas?" Demanda alors Taïga d'une voix grave.

"Non. Je sais qu'elles seront présentes jusqu'à ma mort, mais je veux croire qu'une cohabitation est possible. Nous n'avons pas forcément besoin de nous déchirer les uns les autres pour survivre."

"Moi aussi j'en suis un... Un mâle n'est-ce pas?"

Tetsuya hôcha la tête sans hésitation, sans gêne. Cela semblait surréaliste, et il n'avait pas voulu y croire de la part d'Akahi. Et pourtant, il se sentait prêt à l'accepter de la bouche du bleuté. Sans doute parce que ce dernier ne lui exposait pas cela comme une fatalité mais une opportunité. Il n'en savait rien. Au fond, qu'il soit humain ou non n'était pas le problème; ça ne changerait pas sa vie. En revanche, le fait que quelqu'un vienne d'un coup lui dicter ce qu'il devait faire sous ce prétexte, comme si c'était le seul destin, il ne pouvait le supporter. Le lycéen aux yeux ronds aussi, était sans doute de cet avis. La question n'était pas qu'ils soient des monstres.

Ils voulaient simplement vivre leur vie par eux-mêmes.

"Mes parents... ils sont au courant tu crois?" Demanda soudain le rouquin.

"Sûrement... L'organisation d'Akashi-kun est puissante au Japon, mais elle s'arrête aux frontières du pays. En restant à l'étranger, ils sont à l'abri de leur contrôle."

C'était donc ça. La raison pour laquelle ses parents avaient déménagé aux États-Unis juste avant son entrée en primaire. Mais encore, cela ne lui expliquait pas pourquoi ils l'avaient fait revenir au Japon dès son entrée au lycée... Et surtout, pourquoi ils ne lui avaient rien dit. Sans doute pour le protéger. Mais au fond de lui, Kagami sentit quand même une pointe de colère. S'il avait été au courant, comme Kuroko, peut-être qu'il aurait pu mieux gérer ses crises. Peut-être qu'il n'aurait pas perdu ses esprits avec Kise, et que cet accident ne serait pas arrivé. Et peut-être qu'en ce moment même, il ne serait pas encore en train d'hésiter en face de son camarade.

Ce dernier laissa alors glisser sa main fraiche sur la sienne, presque nonchalant, attendant sans doute une réponse. Il la laissa, sans la saisir, encore incertain.

"Maintenant tu sais tout, Kagami-kun. Qu'est-ce que tu vas faire?"

"Qu'est-ce que tu veux que je fasse?" Répondit rhétoriquement le concerné. "Je refuse d'être ton partenaire simplement parce que je serais... ton mâle ou je ne sais quoi."

"Je vois..."

Les décisions qu'il prendrait, ce sera uniquement en tant qu'humain. Taïga avait vécu toute sa vie comme un humain, et ce n'est pas parce que quelque chose commençait à changer à l'intérieur de son corps, soi-disant un parasite, qu'il devait changer toute sa mentalité. Au fond de lui, il se sentait encore humain, et il savait que Tetsuya ressentait exactement la même chose que lui. Contrairement à Kise, il n'avait pas eu tous ces soucis de santé depuis son plus jeune âge, et ses parents l'avaient élevé dans un cadre de vie ordinaire. Même quand Aomine a commencé à lui inculquer cette conscience de soi, il n'y avait pas été réceptif comme il aurait dû l'être face à cette nature profonde.

C'est pour ça qu'aujourd'hui encore, il le vivait mal. Et c'est pour ça qu'il n'était pas encore un "Mesu parfait" comme l'aurait dit Akashi.

Ils étaient tous les deux immatures, et sans doute le resteraient-ils jusqu'à la fin de leur vie.

"Kagami-kun..."

Le concerné se retourna vers son camarade, une expression indescriptible au fond des ses pupilles qui figea Kuroko sur place. Il n'y avait aucune confusion malgré son hésitation apparente. Pas plus qu'il n'y avait de dégoût ou de rejet. Le bleuté venait de saisir alors les sentiments qu'il éprouvait. Depuis le début, si le jeune homme rougeoyant le fuyait, ce n'était pas parce qu'il était un monstre. Ce n'était pas non plus à cause de son corps. Non, ce qu'il fuyait, c'était ses propres émotions. Il le savait parce qu'ils étaient tous les deux pareils. Ils n'avaient pas réussi à accepter le fait qu'ils éprouvaient des sentiments humains l'un envers l'autre malgré ce qu'ils étaient.

Ce n'était pas une question de phéromone. Ce n'était pas une question d'odeur. Ce n'était pas une question de procréation.

C'était juste eux. Deux adolescents en face de cette vérité percutante qui aurait pu toucher n'importe qui d'autre de leur âge.

Délicatement, la main de Kagami vint se poser sur la joue de Kuroko alors que son visage s'approchait. Ils savaient tous les deux ce qui allait arriver. Non. Ils voulaient que ça arrive. Ils devaient vérifier ensemble, à quel point leur sentiment était réciproque. Kuroko ferma les yeux en tendant ses lèvres, donnant ainsi explicitement son accord et son partenaire vint alors poser sa bouche pour la goûter. C'était la première fois qu'ils s'embrassaient, malgré tout ce qu'ils avaient pu faire avant. C'était déstabilisant, car cet acte leur parut bien plus intime pourtant. Leur main se lièrent maladroitement, entrelaçant leurs doigts alors qu'ils approfondirent le baiser.

"Mmhh... mmhh."

Taïga laissa passer son autre main sous la chemise de Tetsuya pendant l'échange, caressant la peau si pâle et si douche sous son toucher. Le bout de son index frôla le mamelon, arrachant un petit soupire au garçon bleuté à travers ses lèvres. La langue du plus grand en profita alors pour se glisser dans ce passage ouvert afin d'approfondir le contact. Lâchant temporairement la main du bleuté, celui à la tignasse rouge déboutonna la chemise de son camarade, arrachant presque violemment les boutons dans un besoin de le découvrir. La peau nue et translucide était déjà recouverte de sueur, sans doute due à une bouffée de chaleur sous son assaut.

Sa température corporelle et celle de Kagami se rencontrèrent quand ce dernier l'attira contre lui afin que leur chair communique et ils basculèrent en arrière contre le mur.

Il y avait un contraste presque anormal entre la peau caramel et celle presque blanche de Kuroko qui le bascula son excitation dans quelque chose de plus profond. Brisant le baiser, le lycéen aux iris rouges laissa sa langue prendre la place de ses mains, comme pour goûter le contour des côtes saillantes et des muscles quasi inexistants. De la clavicule, il descendit sur le torse, s'attardant sur un mamelon d'un rose très clair, avant de suivre la ligne du ventre jusqu'au nombril et remonter sur le côté pour terminer sa course sur l'épaule. Tout lui semblait si fragile, lui donnant plus d'une fois la sensation de toucher directement les os.

"Aaah...aaah!"

"Kuroko... j'ai l'impression que je pourrais te briser comme ça..." Murmura le basketteur d'une voix rauque.

Un soupir timide sorti de la bouche de Tetsuya à cette sensation si plaisante de frôlement humide à même sa peau. Cela n'avait rien à voir avec ce qu'il put connaître jusque-là, qui n'était que des caresses rugueuses et dénuées de sens. En entendant sa petite voix, Taïga se saisit de ses mains qui tentaient de couvrir le bas de son visage poser le bout de sa main droite sur la bouche du garçon invisible. Ce dernier traça les doigts un nombre incalculable de fois avec ses lèvres avec de les toucher de ses dents. Voulant aller plus profondément dans sa bouche, le bleuté entrouvrit ses lèvres afin de leur laisser le passage.

"Ka...gami...kun..."

Sa voix étouffée sortie alors de sa gorge quand l'index et le majeur pénétraient sa bouche restée ouverte. La salive débordait jusqu'à son menton alors qu'il ne pouvait rien y faire, sinon avaler pour éviter ce surplus gênant. Sa langue bougea autour des doigts, léchant chaque phalange du premier avant de se loger dans l'espace entre les deux. Il n'avait jamais fait ça avant, répondant simplement à son instinct, mais le feu à l'intérieur des yeux carmin de son partenaire lui fit comprendre qu'il ne faisait rien de mal. Alors qu'il s'occupait des doigts comme des bonbons, Kuroko pouvait sentir quelque chose vibrer à l'intérieur de son bas-ventre.

Pendant ce temps, Kagami continuait de le parcourir avec sa langue le long de sa poitrine jusqu'à son visage. De sa clavicule à son torse, de son torse à son ventre, il semblait goûter le petit corps, les dents en évidence comme un animal qui tâtait sa proie. Avec ses doux tracés humides qui lui firent l'effet de petits chocs électriques, les halètements désordonnés du garçon pâle devinrent de plus en plus bruyants. Enivré, l'adolescent rougeoyant se saisit fermement d'un de ses mamelons de sa main inoccupée alors qu'il continuait de se repaître de sa peau. Il le fit rouler gentiment entre ses doigts, provoquant petit à petit une érection du bout rose si sensible.

"Aaahh! Non... ne me...taquine pas... ici!"

Quand la langue de Taïga appuya contre son téton, Tetsuya se cambra par réflexe sous l'effet foudroyant en lâchant ce petit crin en même temps que les doigts de son partenaire. Ce furent les siens qu'il mordilla presque inconsciemment pour s'empêcher de faire d'autres sons plus embarras quand le lycéen musclé se saisit de lui avec ses dents. Celui aux yeux rouges utilisa sa main libre pour malaxer celui qu'il n'avait pas en bouche alors que son regard se concentrait sur les iris azures. Leur possesseur se sentit fasciné par l'expression si sauvage qu'il reflétait. Quelque chose qu'il n'avait encore jamais vu avant.

Dans ces rubis qui devraient être indifférents bouillait un feu de joie pendant qu'il lui suçotait ses mamelons. Comme s'il était en train de le dévorer de la même manière qu'un prédateur. C'était un simple éclat au fond de ses pupilles, mais sa température corporelle, si basse d'habitude, explosa dans une fièvre presque ingérable. Pourtant, Kuroko se surprit à en vouloir plus de la part de Kagami. Il voulait l'exposer comme il ne l'avait jamais vu auparavant, li et ses envies bestiales. Il savait... qu'il était en train de basculer. Mais c'était inévitable. C'était beaucoup trop bon, surtout maintenant qu'il était consentant et surtout actif dans l'acte.

Guidé par ses pulsions, le bleuté entrelaça les doigts du rouquin avec sa langue puis les prit en bouche pour les sucer.

"Mmhh... Mmhhhph..."

Kagami glissa son autre main jusqu'aux jambes de Kuroko tout en continuant de lui lécher le bout devenu rose vif et dressé. En le relâchant, il put admirer le résultat dans un contraste de couleur et de volume avec une certaine satisfaction. Le son de sa ceinture se débouclant mélangée aux bruits humides, le frêle adolescent comprit ce qui allait arriver ensuite. Mais il n'avait aucune intention de résister et plutôt, écarta ses cuisses afin de faciliter la tâche. Le plus grand des deux en profita pour baisser son pantalon et glisser sa main sous le sous-vêtement de son camarade, si figeant légèrement à ce qu'il sentit dans cet endroit encore sombre.

Son membre était déjà dur sous l'érection.

"Tu... ne vas pas fuir?" Murmura alors Tetsuya quand sa main se posa sur son homologue, plus grande, afin de l'inciter à le caresser sous son boxer.

Taïga ne répondit rien, et enleva plutôt ses doigts de la bouche qui reprit une respiration rauque. Ses phalanges que son partenaire venait de lécher contournèrent la joue pâle, rosée par le désir, suivant la courbe de son cou jusqu'à sa poitrine pour caresser le mamelon déjà imbibé de saliver. Le bleuté sursauta à ce contact qui malmenait cette partie de son corps, au point que les sensations finirent par paralyser cet endroit. En même temps, l'autre main taquinait déjà le bout de son membre, fuitant de liquide pré-éjaculatoire qui ne tarda pas à tâcher le tissu. Le plus petit des deux n'en revenait pas qu'il puisse le toucher aussi naturellement après tout ce qui leur était arrivé.

"Il n'y a rien... à fuir." Fit alors le rougeoyant d'une voix profonde.

Leur corps étaient tous les deux brûlants, leur souffle aussi semblait dégager une chaleur plus élevée quand le bleuté repris la parole.

"Tu ne détestes pas ça?"

Comme réponse, Kagami attrapa son pénis chaud et excité entièrement pour le sortir de son boxer et mieux le caresser. Kuroko décida alors de faire de même et posa sa main plus courte sur l'entrejambe de son camarade qui se figea une microseconde avant de reprendre ses mouvements. Avec leur corps qui étaient stimulés de la même manière, le garçon aux yeux ronds eut du mal à réfléchir davantage à ce qui leur arrivait. À travers son plaisir, il guetta le visage de son partenaire, renfermé, ses étranges sourcils en "V" froncés dans une expression qui laisserait presque à croire de la souffrance. Peut-être était-ce le cas. Peut-être était-il juste concentré sur ce qu'il faisait.

"Tu détestes ça, non?" Demanda le bleuté d'un ton désespéré, couvert par sa propre excitation.

Celui aux cheveux carmin trésaillit en sentant son propre désir touché ainsi. Il ne détestait pas ça. Mais il était incapable de le dire de vive voix. Au lieu d'utiliser des mots, il ne pouvait qu'agir, montrer à son camarade qu'il n'était, ni choqué, ni dégoûté par ce qu'il avait découvert. À ses yeux, il n'était pas un monstre. Il était juste le garçon un peu bizarre et introvertit qui le regardait toujours mystérieusement. Il était ce type invisible qui apparaissait à ses côtés pour lui faire peur et l'agacer. Il était cet adolescent qui semblait aimer le basket autant que lui. Il était ce garçon si fragile d'apparence, avec pourtant une telle volonté qu'il faisait chavirer son coeur.

Il était Kuroko Tetsuya, tout simplement.

Tetsuya entoura de son autre bras le dos de Taïga, creusant la chair de ses ongles à peine longs. Juste assez pour aller une petite trace sur le caramel qui lui sait de sueur désormais. L'erection du plus grand palpita entre sa main qui n'arrivait pas à la couvrir entièrement, contrairement à celle du rougeoyant qui passa sa paume lentement sur son membre par des mouvements de va-et-vient. Leur geste semblait presque se miroiter alors qu'il se donnait chacun maladroitement ce plaisir mutuel. Et comme une eau bouillant à feu vif, le désir se propagea entre eux pour déborder sous la forme d'un liquide transparent.

Kagami vint mordre le lobe d'oreille Kuroko avant de lui laisser quelques morsures plus légères sur la nuque. Le son humide et obscène atteignirent ses oreilles qui rougirent plus qu'elles ne l'étaient déjà. Le lycéen aux yeux rouges décida d'approcher son partenaire afin qu'il enjambe ses cuisses et ainsi caresser doucement et gentiment leurs deux sexes. Alors que le plaisir augmentait entre eux, le jeune homme aux iris azure tenta de le retenir. Il ne voulait pas entendre sa voix ou même son propre soufflé. Son partenaire du sentir sa retenu, et peut-être dans un élan de sadisme, pinça alors légèrement le bout.

"Aaaahh! Mmhh...mmgnnhh!"

Frappé par cette vague de plaisir, le garçon transparent laissa échapper un petit cri d'alerte. Quand il le sentit sur le point de non-retour, son homologue arrêta soudain ses caresses manuelles comme s'il avait calculé tout cela. Tetsuya sentit soudain Taïga se retirer et reporta son regard rond sur lui pour l'interroger. Le jeune homme musclé releva ses doigts humides jusqu'à sa bouche pour les lécher légèrement. Les joues du plus frêle s'empourprèrent davantage à cette vue érotique. Installé contre le mur, le lycéen rougeoyant attira le bleuté contre lui pour qu'il lui tourne le dos et laissa sa main s'aventurer dessus, traçant le long des vertèbres.

Ses doigts trouvèrent la ligne des fesses et Kuroko se contracta légèrement à la sensation d'un doigt à l'intérieur de lui.

"Ce... c'était... quoi?!"

Qu'est-ce qui allait arriver maintenant? Son corps se raidit à ce pressentiment. Jamais il n'était allé jusque-là, même avec Aomine-kun. Il ne pouvait s'empêcher d'être nerveux. Pendant qu'il restait ainsi tendu, quelque chose lui toucha la nuque. Une chaude et humide sensation qui traça tout le long de sa colonne vertébrale, lui donnant des frissons incontrôlables. Alors que le pâle lycéen fut distrait par ces doigts -cette langue? - sinueux, son entrée laissa inconsciemment le doigt de Kagami aller plus profondément et un deuxième vint alors le rejoindre, lui procurant la désagréable sensation d'être à l'étroit dans une chaleur particulière.

"Uuuunnghh! Aaahh! Dou... Doucement..."

"C'est serré..."

Tetsuya grogna faiblement au sentiment d'intrusion.

Peu importe comment ils étaient humides, les doigts de Taïga n'entreraient pas sans difficulté. Ils commencèrent alors à bouger légèrement dans un mouvement uniforme. Ce sentiment étranger le plongea dans un état second, avant d'être mélangé à cette sensation de son intérieur brassé. Le bleuté se détendit un peu et un troisième doigt s'ajouta, lui faisant ressentir la douleur d'être étiré qui s'atténua petit à petit en même temps que le plaisir s'installait. Un battement de coeur très fort le fit alors sursauter. Son abdomen se mit à palpiter, comme quelque chose qui le palpait de l'intérieur et bouillait de délivrance. Ce n'était pas les doigts de son partenaire.

C'était... quelque chose qui a goûté un nombre incalculable de fois auparavant.

Alors que son esprit était pris dans un brouillard torride, il se rappela de quelque chose qu'il avait oublié. Ce liquide rouge qui avait souillé tellement de fois ses vêtements. Ces morceaux de chair qui étaient apparu en même temps que ses sentiments pour son camarade. Il avait eu la même étreinte aux tripes. Mais les vibrations étaient différentes de celles d'avant. Son organe pulsait sans cette agonie habituelle qui venait à chaque fois, lui donnant l'impression que sa dernière heure était arrivée. Cette pulsion venait... de lui. C'était un désir ardent qui n'avait pas d'autre source que sa propre volonté, et non un instinct animal qui le poussait à se reproduire.

"Mmmh... aahh!"

Avec ces trois doigts qui bougeaient à l'intérieur, son entre commençait à se détendre. Quand la douleur disparue artificiellement, Kagami retira sa main et Kuroko retrouva son souffle coupé dès que le vide vint remplacer la chaleur. Puis il entendit le son d'habits froissés derrière lui. Une chemise. Un pantalon. Sûrement. Son partenaire devait sans doute être aussi nu que lui en cet instant. Dans un geste d'audace et tournant la tête sur le côté, le bleuté se saisit du membre dressé derrière lui pour le caresser alors que le lycéen rougeoyant se saisit de ses jambes afin de le soulever. L'adolescent pâle l'aida en se soutenant sur ses pieds afin de se positionner et le guider avec sa main.

Puis il pénétra profondément son intimité étroite.

C'était chaud. Et douloureux. Mais terriblement bon.

Un soupir d'extase sortit de la bouche du plus petit à cette sensation si particulière de quelqu'un à l'intérieur de lui.

"Aaahh! C'est... si bizarre!"

Ses gémissements plaintifs entrecoupés de soubresauts se firent d'autant plus forts que quelque chose de plus dur et plus large rentra plus profondément. Il n'était pas encore entièrement en lui. Tetsuya s'agrippa fermement à la chemise blanche du plus grand, bougeant et criant d'angoisse sur ce qui lui arrivait. Quelque chose de beaucoup plus large que les doigts de Taïga le pénétrait; son propre désir. Il avait encore du mal à le réaliser mais c'était la vérité. Dans un mouvement de bassin, il se força lui-même à descendre plus profondément, alors même qu'il avait déjà du mal à supporter ce bloc de chair comme ça. Le sentiment inconfortable de ce corps étranger à l'intérieur de lui se transforma en douleur aiguë, comme si quelque chose était en train de le déchirer.

"Ah... ah..."

Kagami, en le sentant si étroit, si serré, comprit alors que c'était sa première fois, comme la sienne. Cela voulait donc dire... qu'il ne lui avait pas menti au sujet de sa relation avec Aomine. Peu importe ce qu'ils avaient fait ensemble, ils n'étaient jamais allés aussi loin. Malgré le faible sentiment de jalousie qui persistait en lui, il se sentit rassuré quand même. Ce n'était pas la même possessivité qui l'avait dévoré comme avec Kise. C'était quelque chose de justifié. Kuroko ne lui appartenait pas... mais il était content qu'il lui offre ce cadeau si intime. Une part de fierté en lui le força alors à faire encore plus attention, afin que ce moment reste inoubliable.

Le jeune homme pâle pouvait à peine respirer et, inconsciemment, des larmes commencèrent à perler au coin de ses yeux. Peu importe comme il s'était préparé et détendu plus tôt, il ne pouvait pas le laisser entrer facilement en étant... vierge. Celui à la peau caramel frottait contre ses parois internes, les repoussant à leur limite sur son passage. C'était indescriptible. Ils avaient tous deux l'impression que chaque millimètre se confrontait à une barrière infranchissable. Et pourtant, le membre du plus grand continuait à s'engouffrer plus loin, petit à petit. Au bout d'un moment, il lâcha un gémissement rauque et s'arrêta, bloquant tout mouvement, comme figé dans le temps.

Il était entièrement à l'intérieur.

Les deux adolescents restèrent ainsi pendant un moment, aucun des deux ne bougeant pour leur laisser le temps de s'habituer à la présence de l'autre. C'était une position extrêmement inconfortable pour une première fois, ils s'en rendaient compte maintenant, mais ils ne pouvaient pas changer. Pas encore. Leur poitrine se souleva au gré de leur respiration profonde dans un silence presque religieux. Légèrement angoissé, Tetsuya essaya de tourner sa tête afin de regarder son partenaire dans ses yeux carmin. Ses soupirs furent entrecoupés de gémissements de douleur, mêlés à ceux de plaisir de son partenaire, le tout se mélangeant dans un souffle presque brûlant.

Taïga le tint par les hanches pour remonter son corps et l'abaisser lentement sur son membre. Il fit à peine ce micromouvement, mais la grimace témoignant du calvaire de son partenaire se peint sur son visage, d'habitude si stoïque. Ce n'était pas seulement qu'il avait mal. Alors qu'il était tenu plus fermement, le garçon aux iris azuré réalisait que cette position réveillait des sentiments pudiques en lui. Jusque-là anesthésié par cette avalanche de sensation, il n'avait pas réalisé, mais il était totalement... découvert. Ouvert au monde. Jamais il ne s'était retrouvé comme ça dans ses moments les plus intimes. Par réflexe, il tenta de s'échapper de cette emprise mais une force puissante le chevaucha en dessous de ses cuisses.

"Aaaahhh! Ka...gami-kun!"

Sa voix reflétant toute sa vulnérabilité s'échappa. Il ne pouvait pas s'échapper avec Kagami qui tenait son corps. Les poussées se firent lentes, mais profondes telles qu'il put sentir chacune d'entre elles, laissant sa voix se déployer de sa gorge sous des cris mélangeant agonie et euphorie. Il convulsa sous les impulsions et les pénétrations du pénis de son corps faible de Kuroko se raidit étrangement, comme pour faciliter le passage au lieu de le bloquer. Les doigts du plus grand caressèrent son torse de haut en bas, faisant monter la tension à l'intérieur de lui alors qu'un liquide blanc commençait à déborder du bout de son gland.

Les gémissements du bleuté se firent de plus en plus saccadés et bruyants.

Sous les doux touchers du rouquin, ce sentiment se transforma en quelque chose d'indescriptible pour eux deux. La main de Taïga descendit son chemin jusqu'à la virilité de Tetsuya afin de le pomper rigoureusement au même rythme que ses mouvements. Dans ces sons humides mélangés à ceux du linge froissés, leur chair se frottant l'une contre l'autre accrue cette extase. Le garçon transparent n'arrivait plus à retenir ses cris auxquels son partenaire répondit par de profonds soupires luxurieux. La respiration du plus grand rencontra la nuque du plus petit, qui en profita pour passer une main derrière lui afin de sentir aussi sa peau. Quand il lui mordit ses oreilles rougies, ses épaules frémirent puis tout son corps suivit.

Le visage en sueur, le bleuté ne sut comment exprimer ce torrent de sensation qui s'emparait de lui.

Quand le rouquin se retira complètement pour s'enfoncer entièrement en lui, son corps s'ébranla violemment de surprise. Ses muscles s'engourdirent sous quelque chose qui ressemblait à une intense décharge électrique qui le parcourut de part et d'autre. Ne comprenant pas ce qui lui arrivait, Kuroko tourna son visage et croisa les iris rouges qui le firent trésaillir. Cette étincelle dans ses yeux sauvages le captiva. Kagami profita de sa captivation pour le pénétrer de nouveau d'un coup de rein. Les cris de son partenaire reprirent de plus belle, camouflant les sons humides qu'ils pouvaient entendre plus bas.

Alors que le plus grand continuait de le torturer, quelque chose changea à l'intérieur de lui.

Une sensation de plaisir intense qui perçait à travers sa douleur.

"Aaaaahhh! Aaaahhh!"

Sans aucune honte, Tetsuya gémit à vive voix alors qu'il était manipulé par son partenaire. Son membre s'érigeait, engorgé de sang au point d'en être douloureux et le sperme débordait sur les doigts qui le caressaient frénétiquement. Celui qui était à l'intérieur de lui sembla durcir et grossir encore plus alors que Taïga accéléra le rythme. La voix du plus petit monta de plus en plus alors qu'il sentait son corps entier pulser sous la pénétration toujours plus féroce. Sa vue commença à vaciller jusqu'à ce qu'il ne puisse plus rien voir, sinon son propre désir qui montait en flèche et son corps en train de s'embrasser. Il ne pouvait plus penser à rien d'autre que l'autre garçon qui le marquait profondément de l'intérieur.

Kagami le prit alors par la taille pour le retourner et, assaillit par ces sensations paralysantes, Kuroko ne se rendit pas compte qui le poussait sur le lit alors qu'il était toujours en lui.

"Ka...gami-kun!"

Quand son camarade recommença à bouger sans lui donner le temps de s'adapter à ce brusque changement, l'entrée étroite du bleuté se contracta brutalement. Il était à sa limite, c'était indéniable. Le rouquin colla alors son corps imposant contre le sien et le prit dans ses bras, verrouillant le haut de son corps tandis que le bas bougeait avec autant d'hardeurs. De grosses gouttes de sueur tombaient de son front pour atterrir sur la joue pâle du plus frêle. Dans un éclair de lucidité à travers ses vapeurs de plaisir, ce dernier put voir les sourcils étrangement dessinés de son partenaire se froncer. Il se demandait si Kagami-kun n'était pas aussi à sa limite.

Juste au moment où il pensa cela, un point sensible fut percuté, diffusant une onde de choc dans ses reins et son point culminant fut atteint.

Kuroko se resserra instinctivement sur le membre de Kagami, sa vision et son esprit passant dans un néant total où il n'avait plus conscience de rien.

"Aaah... Aaaahh ... Aaaaaahhh! Kagami-kun! Je vais... je vais...!"

Son dos se cambra et il ressentit comme un coup au coeur au moment de l'orgasme. Quand son sperme gicle de son pénis, la main de son ami devenu si intime en était déjà recouverte d'une fine pellicule. Pendant que Tetsuya se remettait à peine du flash blanc qui avait vidé son esprit, Taïga s'agrippa fortement à ses hanches et retint sa respiration, molestant sans pitié son intérieur. Il s'engouffra au plus profond de l'intérieur du jeune homme transparent et y fit jaillir toute sa semence dans un râle rauque qui fit frissonner son camarade. Son membre pulsa puis retomba en même temps que lui, contrecoup de l'éjaculation et d'un effort si intense.

Mais quand il avait atteint son paroxysme, une odeur très forte avait émané de lui.

Une intoxicante mais agréable odeur de fruits rouges.

"Ah... ah... Ka...gami-kun."

Le garçon pâle reprit sa respiration dans un souffle presque agonisant, humant cette senteur qui vint un peu plus chambouler ses pensées. Son homologue ouvrit également la bouche quand l'air regonfla sa poitrine qu'il sentit pulser contre lui. C'était une expression que Kuroko n'avait jamais vue chez lui; un mélange d'euphorie, de satisfaction et de tendresse. Ils se regardèrent, complètement épuisés puis Kagami s'effondra sur lui, n'arrivant pas à se supporter davantage. Il appuya son front contre la frêle épaule du jeune homme transparent et l'enlaça dans ses bras. En réponse, ce dernier caressa gentiment son dos pour le rapprocher, encore dans un état second.

Il se sentait étrangement complet, et pouvait même se sentir flotter, voire couler dans ce grand lit imprégné de la forte odeur de leur ébat.

De tout le reste, c'est son coeur qu'il sentait complet.

C'est comme s'il avait récupéré une partie de lui sans laquelle il avait toujours vécu. Les deux adolescents se remirent silencieusement de leur effort alors qu'ils se tenaient enlacés l'un contre l'autre, puis le plus grand bougea lentement son corps. Une petite plainte sortie de la bouche du plus petit alors qu'il le sentait s'extraire de lui, là où ils furent connectés pendant tout ce temps. Anesthésié par l'orgasme et la béatitude, il l'en avait presque oublié et l'aurait sûrement gardé ainsi s'il ne s'était pas retiré. Pendant un bref moment, son corps fut détendu, allongé dans les draps pendant que son camarade restait sur lui.

Puis un sentiment inconfortable apparut dans son estomac.

"Ah!"

Tetsuya sursauta dans un cri de surprise, mais aussi de terreur. Il connaissait cette sensation. Il ne la connaissait que trop bien. Il savait ce qui allait arriver. Il venait d'atteindre le point culminant de sa sexualité, alors maintenant... La chose à l'intérieur de lui était en train d'y répondre. Instinctivement, il ferma ses jambes en sentant ce corps étranger qui voulait glisser à l'extérieur. Non. Du sang. Des morceaux de chair. Ils allaient apparaître devant Kagami-kun! Malgré lui, il ne put s'empêcher de se remémorer cette fois dans les toilettes, et la réaction que son camarade avait eue quand il avait touché ce qui avait coulé entre ses cuisses.

Il ne voulait pas que ça se reproduise.

Pas maintenant alors qu'il venait enfin de l'accepter.

"Pas ça!" Marmonna-t-il au comble du désespoir.

Alors que Kuroko tenta de lutter en vain pour retenir ce monstre qui allait inévitablement surpris, il sentit les grandes mains de Kagami lui saisir les cuisses pour les écarter. Incapable de faire quoi que ce soit d'autre avec ce poids lourd sur lui, le lycéen transparent détourna son visage, autant par la gêne que par l'humiliation. Il ne voulait pas voir l'expression dans les yeux carmin. Il ne voulait pas voir le dégoût et le rejet. Alors que son derrière se déchirait de douleur comme lorsque le plus grand fut en lui, il sentit quelque chose sortir artificiellement. Quelque chose qu'il tentait de retenir avec son unique volonté.

"Non... S'il te plaît! Lâche- moi Kagami-kun! Ça... ça sort!"

Ne pouvant plus le supporter, il couvrit son visage avec ses bras, au bord des larmes. Son corps se débâtit pendant quelque temps contre cet élément anormal qui le scindait de l'intérieur... puis se détendit de nouveau comme si rien n'avait eut lieu. Une sensation tiède et humide coulait abondamment de son bas-ventre. Le sperme. Le sang. Et... cette chose. Il entendit un son dégoûtant d'éclaboussure. Taïga l'avait entendu. Et vu. Tetsuya prit une grande respiration angoissée. Il n'était pas prêt. Il n'avait pas pensé qu'une telle chose se produirait à un moment pareil! Même si son partenaire le savait... il ne voulait pas qu'il le voie dans cet état.

Il se sentit si honteux, remplis de regret, qu'il avait l'impression de mourir et il se recroquevilla sur ses bras qui camouflaient son visage en détresse.

Quelque chose de tendre enveloppa alors son corps fragile qui avait perdu tout signe de plaisir. L'odeur douce d'un linge, l'incitant à bouger les bras de son visage. Le drap était rabattu sur eux. Et Kagami l'enlaçait toujours aussi tendrement, ses bras au-dessus de son corps, comme pour le protéger. Rassemblant tout son courage, Kuroko vérifia l'expression sur son visage. Il n'y avait rien. Rien sinon la même tendresse qu'il ne put lire plus tôt. L'étreinte se raffermit autour de lui, dans quelque chose de plus chaleureux. Un cocon humain dans lequel il n'aurait jamais cru se sentir aussi bien.

"N'y pense plus. Ne les laisse pas te gâcher... moi, je ne les laisserais pas te gâcher."

Une larme descendit alors sur la joue livide du plus petit. Une larme de joie. Jamais il n'aurait espéré un jour entendre ces mots de la bouche de son camarade.

Alors si c'était un rêve, qu'on le laisse encore un peu en profiter.

Sur cette dernière pensée, il s'endormit dans les grands bras qui ne semblèrent vouloir le lâcher pour rien au monde.