Douceur liquide

Auteur: Woshi

Disclaimer: Ni Kuroko no Basket, ni Sweet Pool ne m'appartiennent

Raiting: M pour cause de scènes sanglantes et sexuelles

Genre: UA, Angst, Drame, Tragedy, School life, Romance, Yaoi, Gore, Surnaturel, Mpreg d'une certaine manière

Note: Bonjour 8D Oui, non seulement j'ai pris mon temps mais en plus ce chapitre est court et en plus... Vous n'allez pas m'aimer, peu importe dans quelle catégorie vous vous situez X'D Je n'ai aucune excuse, mon retard vient du dernier jeu auquel je suis en train de jouer et les conventions que j'enchaîne 8'D Enfin bref, ce chapitre est surtout transitoire avec la dernière partie de cette histoire! Et oui, on touche le bout, on va bientôt avoir le grand final! Cependant, je ne peux que vous conseiller de ne rien prendre comme acquit ~

Trêve de mondanité, bonne lecture!

[ Saya no Uta OST - Sabbath]


Aujourd'hui était l'anniversaire de la fondation de son lycée.

Kise, après être resté un moment chez Aomine, avait décidé de revenir dans son appartement malgré le bien-être qu'il avait ressenti à ses côtés. Il serait bien resté toute la nuit afin de profiter un peu plus de la présence de son camarade, mais il n'avait pas voulu abuser de son hospitalité, et surtout, croiser ses parents sans justifier réellement sa présence. C'était étrange, mais il ne pouvait plus voir personne d'autre qu'Aomine désormais. Une fois rentré, il avait nourri ses poissons par rituel, s'était changé puis allongé dans son lit pour finir par s'endormir sans même prendre le temps de dîner. Il avait été plus fatigué qu'il ne l'avait pensé de cette journée riche en rebondissements et émotion.

Quand il se réveilla le matin, il se dirigea avec lassitude vers le rebord de son lit pour s'étirer sans réelle envie. Son corps était épuisé, mais son esprit était étrangement dans de bonnes conditions. Même s'il se sentait usé de fatigue, il avait l'impression d'avoir une meilleure capacité mentale à le supporter. La lumière extérieure de l'aube se faufila à travers l'espace entre ses volets pour illuminer légèrement la pièce de sa fraîcheur matinale. Depuis son réveil, il n'avait rien fait, à part rester rêver paresseusement, et de temps à autre se lever pour se dégourdir les jambes. C'était la première fois depuis longtemps qu'il faisait une activité réellement reposante.

Ryouta regarda le plafond d'un air vide et laissa échapper un soupiré.

Absent. Il se sentait comme s'il flottait dans une bulle étrangère à son corps depuis qu'il avait quitté Aomine, et il n'arrivait pas à la percer. La réalité ne le percutait pas encore. Il pourrait presque acquiescer si quelqu'un lui disait qu'hier était un rêve. Ce fut tellement irréaliste, malgré toutes les choses invraisemblables qui lui étaient arrivées. Le simple fait d'y songer le rendait confus, comme si ce souvenir était enveloppé dans du coton épais alors qu'il s'en rappelait très bien, dans les moindres détails de ce moment. La chaleur de la peau mate, sa voix, ses sensations; rien de tout cela ne fut un rêve. Et encore maintenant, elles lui collaient à la peau.

"Mmh..."

Il était content d'être en congé aujourd'hui, car au-delà de son absence de volonté, il n'aurait pas su comment réagir s'il avait dû faire face à son camarade après tout cela. Ni les autres d'ailleurs. Il avait l'impression étrange d'avoir franchi une frontière derrière laquelle il était désormais hors d'atteinte du monde extérieur, y compris ses plus proches. C'était étrange. Il se sentait si... détaché désormais, et pourtant, en paix avec lui-même. Il tourna de nouveau son regard vers la fenêtre, voyant que le ciel qui pénétrait son appartement à travers la vitre était d'un bleu clair et léger. À en juger par l'horloge de son téléphone, il était bientôt midi. Et pourtant, il n'avait toujours pas envie de bouger.

Cela faisait tellement longtemps qu'il n'avait pas apprécié un jour de repos si calme, sans ses problèmes de santé pour gâcher ce moment apaisant. D'habitude, il y avait toujours de la peur et de l'anxiété qui le saisissaient dans des moments, des jours comme ceux-ci, vides, et gâchaient ses temps morts. Si bien qu'il n'avait jamais vraiment l'impression d'être totalement reposé. Aujourd'hui, c'était différent. Il pouvait se détendre, ne penser à rien et ignorer tout ce qui se passait du monde extérieur. Il était tout seul, dans son cocon, et cela lui allait très bien. Le sommeil le posséda tout entier et il se vautra dans son lit avec béatitude.

Quand il ouvrit de nouveau les yeux, son téléphone était en train de vibrer.

"Hmphr!"

Réveillé de sa plaisante sieste, Kise s'assit lentement en se frottant les yeux, et étira son bras jusqu'à la table pour y saisir l'appareil électronique, le maudissant au passage. Déverrouillant l'écran, il jeta un coup d'oeil pour vérifier ce que ça pouvait bien être un jour comme celui-ci où rien rien n'était à faire ou à dire. La première chose qui le frappa était le numéro. Il ne le connaissait pas. Était-ce quelqu'un du lycée? Sûrement, vu le nombre de personnes qui pouvaient avoir son numéro en le faisant passer -merci sa popularité-, ce n'était pas rare pour lui de recevoir des messages anonymes. Généralement, ils lui parlaient de banalité, l'invitaient à des évènements comme s'il était censer connaître son interlocuteur. À croire qu'être populaire donnait aussi le pouvoir de connaître tout le monde.

Cependant, ces derniers temps, il n'était plus du tout harcelé par ces profiteurs, c'est pourquoi cet unique message, qui auparavant serait passé inaperçu parmi les dizaines d'autres qu'il voyait défiler, lui paraissait aujourd'hui étrange

Avec un certain pressentiment, il lut le message, mal à l'aise.

'Je te dirais tout ce que tu veux savoir. Viens au lycée.'

C'était tout ce qui était écrit.

Ce sentiment qu'il avait ressenti avant sa lecture se précisa dans quelque chose de clairement désagréable et le visage de quelqu'un de familier lui vint immédiatement en tête. Midorima. Ce texte venait-il de sa part? Il ne se souvenait pas lui avoir donné son numéro de téléphone, mais étant donné la facilité avec laquelle il aurait pu se le procurer, en plus du fait qu'il n'aurait aucun scrupule à le faire, il n'était pas impossible qu'il ait mis la main dessus. Bien sûr, ce message pouvait venir de n'importe qui d'autre, mais quelque chose dans le ton, les mots employés ne faisait aucun doute pour le blondinet. Il n'y avait qu'une personne aussi vicieuse que l'adolescent vert pour lui envoyer ce genre de phrase. Surtout pour l'inviter au lycée, et pas un endroit moins précis.

Il lui disait qu'il lui parlerait de tout ce qu'il voulait savoir.

Une phrase qui lui ordonnait en même temps qu'elle le perturbait. L'adolescent blond avait l'impression que quelqu'un était en train de s'insinuer sournoisement dans son cerveau pour le manipuler et faire ressortir ce qu'il tentait désespérément de contrôler. Il touchait exactement la corde sensible à laquelle il était pendu depuis que ses soucis avaient commencé. La vérité. Une vérité qui ne semblait visiblement pas si loin de lui. Dans un lieu familier, rien que ça. Le simple fait qu'il s'agissait de son établissement scolaire fit remonter en lui tout un paquet de souvenirs mêlés à des émotions complexes qu'il croyait avoir régulées. Et cette personne prétendait détenir la clef de tout ça.

Peu importe comment il le regardait, c'était évidemment un piège.

Et en supposant qui le lui avait envoyé, un piège mortel dont il ne ressortirait pas indemne.

Ryouta n'était pas idiot à ce point et pourtant... Pourtant il ne pouvait s'empêcher de penser à y aller, dans un coin vicieux de son esprit, avec une petite voix aussi désagréable qu'un couinement de souris. Il ferait mieux d'y aller, lui disait-elle, après tout, c'est ce qu'il attendait depuis longtemps, non? Ce serait bête de laisser passer une telle occasion de découvrir enfin, une bonne fois pour toutes, ce qui se tramait autour de lui. Akashi n'avait fait que lui donner des indices après tout, en supposant que son professeur lui avait dit la vérité... Mais sans comprendre, cela ne lui servirait à rien. Il lui fallait des explications claires.

Kise y réfléchit alors qu'il regardait d'un oeil vide l'écran de son mobile. Il avait pouvant décider de tout accepter. Ce qu'il savait... et ce qu'il ne savait pas. Alors était-ce vraiment nécessaire d'en connaître plus qu'il n'en avait besoin? Pendant un instant, le visage d'Aomine apparut dans son esprit. Il n'avait sincèrement pas besoin d'y aller. Il avait confiance en son camarade, et il s'était promis que désormais, ensemble, plus rien ne l'atteindrait. Il se voyait encore dans ses bras, l'esprit vide, se moquant totalement de ce qu'il pouvait être, à partir du moment où Daiki lui donnait une valeur.

Cependant... peu importe comment il essayait de se persuader lui-même, son coeur s'affaiblissait face à la tentation.

La vérité, c'est qu'il voulait vraiment savoir. Même s'il connaissait déjà l'essentiel, il sentait qu'il n'avait pas encore touché les profondeurs de sa raison d'être. Un vide persistait de ce côté-là, un vide que malheureusement même Aomine ne pourrait pas combler. Peut-être... Peut-être comme la dernière impulsion qui l'aiderait à aller définitivement à l'avant de son destin. Il voulait savoir ces choses qu'il n'a jamais sues à propos de lui-même. Peu importe ce que c'était, il sentait, au plus profond de lui, qu'il restait un dernier non-dit. La dernière pièce qui lui manquait pour achever ce puzzle. C'était juste un pas. Un pas avant de fermer la porte à clef et jeter la serrure. Après cela, il le sentait, il pourra enfin achever ses intentions, et rester aux côtés de son partenaire sans se soucier du reste du monde.

Se levant de son lit, son téléphone toujours en main, Ryouta ferma les paupières avant de les ouvrir.

Sans prendre quoi que ce soit avec lui, il se leva de son lit et sortit de son appartement après un dernier coup d'oeil avec l'intime conviction que ce n'était pas la dernière chose qu'il faisait. Même si c'était un piège, même si c'était dangereux, il s'en sortirait, quand bien même il devait y laisser tout son être. Mais il reviendrait dans cette pièce. Sans doute aura-t-il changé. Sans doute ne sera-t-il plus le même.

Mais il reviendrait.

OoOoOoOoOoOo

"Argh!"

Comme s'il émergeait d'abysses profonds, Takao cligna des yeux, hésitant à les ouvrir.

Où était-il? Qu'est-ce qui avait bien pu lui arriver? Une violente migraine lui électrisa le crâne quand il tenta de faire le point sur sa situation. Une douleur aiguë située à l'arrière de sa tête le fit tressaillir en même temps. Sa vision était encore floue de sa récente inconscience, aussi noire que ses récents souvenirs qu'il n'arrivait pas à mettre en ordre. Il avait beau y réfléchir, un coup de marteau l'empêcha d'aller plus loin que son réveil. C'était terriblement frustrant, d'autant plus qu'il avait l'impression de passer à côté de quelque chose de très important. Il tenta alors de se calmer afin de s'éviter des souffrances inutiles et prit le temps de faire le vide. Une cave... le sous-sol... dans la maison Midorima. une étrange boîte... Cela lui revenait très lentement, et par fragments.

Encore confus, il se rendit de quelque chose d'étrange quand, par réflexe, il tenta de se mouvoir: son bras droit était suspendu en l'air... Non, il était attaché à quelque chose? Ses sens revenant lentement, il pouvait sentir le métal froid qui entourait sa peau sous une forme circulaire. Même s'il ne pouvait pas encore vérifier de ses propres yeux, il n'y avait pas de doute. Sa main droite était emprisonnée dans des menottes, certainement fermées et attachée à la poignée d'une porte. Une multitude de question vint alors s'ajouter à celles qui se bousculaient déjà dans sa tête bien malmenée.

Pourquoi avait-il des menottes? Et qui les lui avaient passé? Surtout... que s'était-il passé dans cette pièce dans laquelle il était descendu?

L'adolescent brun était ainsi à se demander où est-ce qu'il avait atterri, tout en redressant son corps afin de mieux couvrir son champ de vision. Maintenant qu'il arrivait enfin à y voir un peu plus clair, il pouvait un peu mieux distinguer son environnement et travailla ses yeux d'aigles afin de repérer le moindre indice. Il s'agissait d'une pièce relativement petite qui ne lui semblait pas inconnue, un sentiment qui grandit au fur et à mesure de son observation. Un lit simple se posait en face de lui, une table de nuit à côté avec une lampe de chevet et... une sorte de bible. Ce dernier détail lui permit de mettre un nom sur cet endroit qu'il connaissait sans aucun doute.

C'était... la chambre de Shin-Chan.

Mais n'avait-il pas été dans cette étrange cave avant de tomber dans les pommes? Cependant, maintenant qu'il y songeait, il n'avait aucun souvenir de l'avoir quitté... Alors pourquoi était-il ici, menotté de surcroit?

*Ah, tu es réveillé."

Kazunari sursauta de surprise à cette soudaine voix, se rendant compte qu'elle venait juste à côté de lui. Il n'avait même pas remarqué la présence de quelqu'un dans un coin sombre de la pièce, c'est qu'il devait encore être un peu endormi. Il plissa des yeux pour voir avec une semi-stupefaction Shintarô non loin de lui, son téléphone portable en main. Ses yeux gris s'élargirent cependant un peu plus en voyant son camarade le regarder avec un sourire inhabituel. Il n'y avait étrangement aucune once de méchanceté, de colère ou de rancune dans son expression. Cela le surprenait, bien sûr, en supposant qu'il n'était pas censer être là.

Sans noter son attitude, l'adolescent vert repris d'un ton nonchalant.

"Tu as dormi longtemps, dis-moi. À croire que tu manquais de sommeil."

"Dormis?" Répéta le plus petit des deux

"Toute la nuit et presque toute la journée."

"Quoi!"

Son ahurissement s'agrandit à cette déclaration qu'il crut pendant un moment être une blague. Quand il tourna de nouveau ses yeux clair un peu partout dans la pièce, il tomba sur une horloge murale qui indiquait un peu plus de cinq heures par sa grande aiguille. Et la lumière orangée provenant de la fenêtre à travers les rideaux lui confirmait que ce n'était certainement pas du matin mais de l'après-midi. En supposant qu'il s'était évanoui à une heure avancée de la nuit, il sut que son camarade ne mentait pas. Une journée entière. Il avait été inconscient durant tout ce temps. C'était quelque chose que son esprit fraichement réveillé avait encore du mal à assimiler.

Pendant qu'il se remettait de cette information, Midorima sortit une petite bouteille de la poche de son pantalon. Il la secoua devant le visage figé par la sidération de Takao, comme s'il tenait entre ses mains la réponse à toutes ses questions. Un liquide transparent à l'intérieur se mélangeait sous les mouvements du superstitieux. Le lycéen brun avait l'intime conviction qu'il ne s'agissait pas d'eau minérale, et fronça les sourcils en regardant son geôlier, attendant une explication de sa part, même s'il commençait à deviner. Celui aux lunettes élargit son sourire qui devint ironique.

"Ce truc est vraiment efficace, je pense qu'à fort dose, il pourrait même mettre K.O un cheval."

Comme il s'en doutait. Il n'y avait pas plusieurs raisons pour laquelle il brandissait ce flacon d'un air aussi triomphant. C'était sûrement un somnifère qu'il avait dû lui faire ingérer de force pendant son sommeil, ou quand il fut sur le point de se réveiller, pour qu'il continue à dormir. Cela expliquait la raison pour laquelle il avait ce terrible mal de tête et cette difficulté à émerger des bras de Morphée. Cependant, même s'il en connaissait les causes, Kazunari resta interloqué sur la raison pour laquelle Shintarô aurait utilisé cela sur lui. Qu'il l'ait assommé en le surprenant chez lui était une chose, mais qu'il le retienne captif ici en était une autre. Il n'était pas bête au point de laisser sa colère lui faire faire des choses terribles alors...

"Shin-Chan... pourquoi?"

Le concerné inclina sa tête avec un visage relativement troublé face à cette question qui ressemblait presque à une supplique. Son sourire disparut pour laisser échapper un soupir fatigué.

"Takao, qu'est-ce que tu aurais fait si mes parents t'avaient trouvé en train de fouiner dans la maison?"

"Je..."

Maintenant il n'y avait plus aucun doute; celui qui l'avait assommé et amené ici était son camarade. Et à l'aide de ce somnifère, il l'avait empêché de se réveiller et enfermé dans sa chambre. Mais encore, cela ne répondait pas à sa question. Il comprenait qu'il soit en colère, mais l'adolescent vert l'aurait jeté dehors si ça n'avait été que ça, sans s'embêter à mobiliser autant de ressource pour le séquestrer toute une journée. L'entêtement et l'inquiétude prirent le pas sur la culpabilité, et il ne put que hausser les épaules -autant qu'il pouvait dans cette position- en détournant le regard sous la certaine honte d'avoir été pris la main dans le sac.

Son camarade ne sembla cependant pas s'offusquer de cette réaction, comme si tout faux-semblant était désormais inutile, et se contenta de jouer avec son téléphone qu'il tenait depuis le début.

"Enfin bon... la fête va bientôt commencer, tu sais. Il doit sûrement jubiler à l'heure qu'il est d'ailleurs..."

"La fête?"

"Oui la fête."

Cela sonnait très sinistrement dans sa bouche, et Takao sentit que quelque chose n'allait pas.

"C'est..."

"Tu ne viendras pas parce que tu n'es pas invité. Parce que tu es un humain, tu comprends? Alors reste en dehors de tout ça, d'accord."

Parce qu'il était humain?

Il ne comprenait pas ce que Shin-Chan voulait dire, mais il s'en sentit très irrité. Il commençait à comprendre le fonds de toute cette histoire, et ça ne lui plaisait absolument pas. Il avait l'impression que son partenaire tentait de le mettre à l'écart de ce qu'il tentait désespérément de découvrir. Et le pire, c'est qu'il ne semblait ni en colère, ni déçu, presque comme si... comme s'il s'était attendu à ce qu'il découvre tout cela. À quel point avait-il si peu foi en lui? Il n'en savait rien, mais il voulait lui prouver qu'il ne le laisserait pas l'abandonner derrière si facilement. Plus que tout, il ne voulait pas l'entendre tenir ce genre de discours.

Peu importe ce qu'il était, à ses yeux, Midorima Shintarô restera toujours celui qu'il a connu.

"Shin-Chan... s'il te plaît, laisse-moi venir!"

"Mmh? J'ai dit non, Takao." Répondit son interlocuteur alors qu'un autre sourire étira ses lèvres, d'une allure beaucoup plus triste.

"Je t'en supplie! Je ne sais pas ce qui va se passer mais..."

Mais il avait l'intime conviction que son camarade ne reviendrait pas de cette soi-disant fête. Il le voyait simplement dans l'expression qu'il abordait devant lui; il était calme. Plus calme qu'il ne l'a jamais été depuis qu'ils se connaissaient. Bien sûr, il l'avait déjà connu dans des moments de quiétude, plus ou moins inquiétantes. Mais là, ce n'était pas la même chose. L'adolescent à lunettes n'était pas en train de préparer quelque chose comme il aurait pu le faire avec ce genre d'attitude. Il n'avait aucune idée derrière la tête. Il était sincère. C'était comme si... comme s'il était préparé et qu'il avait abandonné.

"Pour la dernière fois, c'est non, Takao." Répondit sèchement Shintarô. "Ces choses ne te regardent pas, même si j'apprécie tes efforts depuis le début pour avoir essayé de m'aider. Mais cette fois, c'est terminé: tu ne peux plus aller plus loin. Tu as atteint la limite avant le point de non-retour, et je t'empêcherais de la franchir."

Ces mots si incroyablement pourvus de bonnes intentions ne rassurèrent pas Kazunari, bien au contraire. Si son partenaire lui parlait désormais comme ça, c'est que la situation était grave. Bien sûr, il était touché par sa bienveillance, mais dans la bouche du garçon en face de lui, c'était tout sauf bon signe. Il aurait préféré mille fois qu'il le jette dehors comme un malpropre en l'insultant de tous les noms plutôt qu'il ait l'air de signer son arrêt de mort devant lui. Il ne voulait pas qu'il le tienne à l'écart. Pas après tout ce qu'il avait fait pour lui. Comme s'il avait lu dans ses pensées, le lycéen vert lui fit signe du doigt de se taire, coupant ses futurs arguments pour qu'il l'accompagne.

Puis il sortit quelque chose de sa poche.

Une seringue.

"Shin-Chan... non... s'il te plaît..."

"Ne t'inquiète pas, ça ne te fera pas mal; je vais juste t'en injecter un peu."

Il ouvrit la bouteille de tantôt et versa à l'intérieur de la seringue un peu du liquide translucide qu'elle contenait.

Takao voulu se débattre, mais son corps ne bougeait pas encore comme il entendait, encore trop paralysé par son recent sommeil artificiel. Il savait ce qui allait arriver si jamais il laissait faire. Il ne voulait pas. Tentant de s'éloigner en rasant le sol, le son du fer des menottes tinta dans ses oreilles alors qu'il les secouait dans sa tentative désespérée. Midorima progressa vers lui et se pencha avec ce même sourire qui flottait sur son visage. Un sourire apaisé, compatissant. Le plus terrible, c'était qu'il ne s'agissait pas d'un masque. La colère se mélangea au désespoir à l'intérieur de Takao: il ne comprenait pas comment son camarade pouvait lui faire une chose pareille. Il serra les dents.

Il ne lui laissait pas le choix.

"Shin-Chan!"

"Ça va aller, Takao. Ça va aller." Murmura l'adolescent vert d'une voix presque tendu, comme s'il rassurait un enfant.

Puis il attrapa le bras -celui qui n'était pas menotté- d'une prise ferme pour le relever vers lui. Comme il avait plus de force, ce ne fut pas dur pour lui de retrousser les manches, la seringue en main. Le jeune homme brun sentit une chair de poule désagréable lui parcourir l'échine au contact de la peau de son geôlier. C'était la première fois que Shintarô le touchait directement de lui-même, et jamais il n'aurait cru que ça se serait passé dans de telles circonstances. Le plus grand lui caressa du pouce la veine pour bien la retracer alors qu'il le regardait dans les yeux d'un air grave. À cause du stress et de la pâleur de sa peau, elle était relativement apparente. Presque hypnotisé par ce contact, autant tactile que visuel, le plus petit se perdit un moment dans ses pensées.

Une douleur aigüe et localisée le tira de sa torpeur.

L'aiguille s'enfonça dans sa chair sans qu'il puisse y faire quoi que ce soit. Sans garrot et avec autant de résistance de son corps, c'en était que davantage douloureux, mais ce n'était pas ça le plus important. Une sensation glacée commença à parcourir son corps alors qu'il se débattait encore de frustration, comme s'il voulait empêcher le produit d'agir. En vain, le somnifère était déjà dans son corps et s'attaquait aux points vitaux de son esprit. Ses pensées désordonnées finirent par s'effacer progressivement, mais il s'entêtait à vouloir lutter. Il ne voulait pas abandonner alors que son corps avait déjà lâché. Pas maintenant. Si ça se trouvait, il ne pourra plus le revoir. Non. Il n'allait plus jamais le revoir s'il se laissait aller. S'il s'endormait ici, Shin-Chan allait...

Sa vision s'assombrit progressivement alors qu'il ne lâchait pas sa rage de résister. Ses paupières étaient devenues si lourdes que c'était désormais un supplice de les garder ouvertes. Le sommeil le piégeait, ses sens s'engourdissaient et tous ses membres ne répondaient plus, déconnectés de son cerveau. Il était en train de devenir une poupée de chiffon. Mais il rassemblait encore ses dernières forces pour garder ses yeux ouverts le plus longtemps possible. Et regarder le visage de Midorima. Il pouvait y lire une expression de pitié, mélangée à de la souffrance et... du soulagement. Il ne pouvait pas dire si cela lui était adressé directement, même si depuis le début, les deux émeraudes vertes n'avaient pas quitté ses iris grises.

Il n'avait jamais vu Shin-Chan avec un tel visage auparavant.

"Ne t'inquiète pas pour mes parents, ils ne te trouveront pas ici. Ils ne viennent jamais dans ma chambre; tu as tout ton temps pour te reposer." Déclara-t-il en redressant ses lunettes.

Il sembla faire une courte pause, du moins c'est ce qu'il distingua à travers le brouillard qui s'épaississait devant ses yeux. Puis il semblait se rapprocher pour lui murmurer le reste à voix basse près de son oreille, comme s'il allait lui avouer un secret.

"Quand tu te réveilleras, tout sera terminé, et tu pourras reprendre une vie normale. À ce propos, l'objet chanceux du jour pour les scorpions est un ours en peluche, selon Oha-Asa."

Son camarade voulait dire quelque chose par ces derniers mots, bien sûr.

Mais Takao n'arrivait déjà plus à réfléchir tant le nuage pesait désormais lourd sur ses paupières. Quand le visage de Shintarô lui fit de nouveau face, plus proche que jamais, il lui semblait avoir senti quelque chose de doux se poser contre ses lèvres. Furtivement. Tellement qu'il n'arriva pas à le discerner non plus. Lâchant les derniers lambeaux de conscience qui restaient, le garçon brun fixa une dernière fois la silhouette de Midorima ses yeux voilés. Puis tout être disparut dans le noir et plongea dans les ténèbres silencieuses. Son dernier réflexe fut d'ouvrir la bouche dans un ultime cri désespéré. Shin-Chan.

Incapable de s'exprimer, sa voix mourue avec lui dans les bras de Morphée, comme ses espoirs.

OoOoOoOoOoOoOo

Quelques heures plus tôt

En se réveillant ce matin, il oublia momentanément où il était et ce qu'il avait fait.

Le plafond sur lequel ses yeux se posèrent en premier ne lui dit rien, pas plus que les teintes et la décoration de la pièce. Seule l'odeur dans laquelle il baignait lui semblait intensément familière. Elle semblait provenir tout autour de lui: l'oreiller, les draps, la couette, les vêtements, mais surtout, elle se localisait dans une source précise, juste à côté de lui. Comme anesthésié par ce parfum de fruits des bois, il eut du mal à sortir de sa torpeur et bougea péniblement afin de se retourner sur lui-même et vérifier ce qui était allongé dans son dos. Un visage qu'il connaissait par coeur, les paupières closes, les étranges sourcils séparés froncés dans son sommeil et ses cheveux d'un rouge intense encore plus ébouriffés que d'ordinaire.

C'est en voyant Kagami que Kuroko comprit enfin pourquoi il était dans sa chambre.

Hier, ils s'étaient ouverts l'un à l'autre. Les mots, les caresses, les baisers, les étreintes qui en avaient suivi lui semblaient sortis d'un rêve dont il ne voulait pas s'enfuir. Mais la sensation de douleur à travers son corps lorsqu'il tenta de se redresser lui disait l'inverse. Rien de tout cela ne fut un rêve. Ce fut réel, et même, bien réel. Son camarade l'avait laissé entrer, il l'avait accepté et il s'était donné à lui. Ensemble, ils avaient fait leur choix. Et après s'être unis, il lui avait apporté la preuve la plus honnête qu'il ne le dégoûtait pas. Et ensuite... avait persisté une situation étrange, mais lui et Taïga avaient nettoyé les amas de chair après cela. Puis ils s'étaient couché. Et endormis au bout d'un moment, l'un dans les bras de l'autre.

Paresseusement, son regard glacé parcourut la chambre personnalisée au goût du basketteur avec un certain sentiment de nostalgie en lui. Toute cette décoration qui témoignait d'une passion qu'il partageait avec le rouquin donnait un sentiment d'innocence et de normalité au lendemain de l'amour. C'était comme s'ils n'étaient réellement que deux adolescents tout ce qu'il y avait d'ordinaire, qui avaient découvert ensemble les plaisirs du corps et le premier flirt. C'est tout ce à quoi cela ressemblait de l'extérieur: un couple de garçons qui s'éveillait de leur première fois, avec une certaine naïveté. En imaginant ce tableau, le bleuté se sentait apaisé et serein.

Mais une partie de lui savait que les choses ne seraient pas aussi simples, malheureusement.

Il ne suffisait pas d'amour et d'eau fraîche pour se sortir de la pire des situations. Et la pire des situations, Tetsuya était dedans. Cela lui faisait terriblement mal de l'avouer, mais il n'était pas encore libre. Son esprit était peut-être enfin calmé, mais il n'en allait pas de même pour son corps. Et quand bien même ils se l'étaient persuadé, la vérité était là: ni lui, ni Kagami-kun n'étaient réellement humains. Même s'ils se considéraient comme tels, eux, ne l'accepteraient pas. Maintenant qu'il avait pris sa décision, les années, les mois, les semaines, peut être même les jours lui étaient comptés.

Une légère douleur s'activa alors dans sa nuque.

Machinalement, il posa sa main pour vérifier et constata sans surprise l'humidité rouge sur la pâleur de ses doigts. Le matin était à peine entamé, et pourtant, ça avait déjà commencé. Il était plutôt rapide. Mais ce n'est pas comme si Kuroko ne s'y était pas attendu. Avec un petit soupir, il se redressa, grimaçant lorsque ses reins le lancèrent. Son partenaire n'y était pas allé doucement, mais il ne pouvait pas lui en vouloir. Une première fois n'étais jamais parfaite, mais celle-ci restera à jamais gravée dans sa mémoire. Un léger sourire aux lèvres à cette évocation, il rassembla ses vêtements éparpillés un peu partout dans la pièce.

Son esprit se vida pendant qu'il était en train de se rhabiller.

Honnêtement, il n'avait pas envie de partir d'ici. Il voulait être là quand Kagami-kun se réveillerait. Il voulait profiter de ses bras, l'embrasser et prendre un petit déjeuner tardif préparé par ses soins -paraît-il, le rouquin était un excellent cuisinier-. Il aurait voulu voir la tête ahurie du sportif en voyant l'état de ses cheveux bleu clair au réveil qui défiait toutes les lois de la physique. Il aurait aimé rester avec lui, tout simplement. Il ne voulait pas affronter ce qui l'attendait, mais il n'avait pas le choix. Il n'avait pas le droit d'être égoïste, et mettre son amant en danger désormais. C'est ce qu'il s'était promis dès qu'il avait appris qu'ils étaient Osu et Mesu.

Et c'était précisément pour tenir cette promesse qu'il fallait qu'il parte.

Il ne le faisait pas pour son bon plaisir, et il n'avait certainement pas l'intention d'abandonner Kagami-kun après ce qui s'était passé. Mais il refusait de lui offrir une vie à ses côtés qu'il regretterait par la suite. Il ne voulait pas voir la même colère et le même dégoût apparaître dans l'expression de son camarade qu'il avait vue chez Midorima. Jamais il ne les laisserait leur gâcher ce bonheur, même éphémère. Alors si en y allant, il pouvait obtenir cette ultime grâce, cette liberté que leur corps était en train de voler, même s'il risquait sa vie, même s'il n'était pas sûr d'en revenir, il devait essayer. C'était sa responsabilité envers son partenaire, qu'il avait entraîné là-dedans.

Il espérait juste que, si jamais ça tournait mal, il lui pardonne...

Une fois qu'il eut fini de se préparer, Tetsuya revint s'asseoir sur le lit, juste en face de lui. Sa main frêle se posa alors sur les traits détendus du jeune homme rougeoyant, retraçant les os de son visage qui le rendaient viril avant de se perdre dans la touffe carmin et rugueuse. Ses cheveux n'ont jamais été agréables au toucher, secs et peu entretenus, mais il les aimait comme ça. Il aimait tout de Taïga. Physiquement et moralement. Dès le premier instant, dès qu'il l'avait vu, qu'il lui avait parlé. Un sentiment qui n'avait cessé de croître et qui enfin s'était vu récompensé hier. Au fond, il n'avait pas besoin de plus pour estimer qu'il pourrait mourir heureux.

La masse bougea légèrement dans son sommeil mais ne fit aucun signe d'éveil.

"À tout à l'heure Kagami-kun. Ne m'en veux pas, mais je ne pense pas que tu serais prêt à affronter ça. Attends-moi, juste..."

Sur ces derniers mots chuchotés, Kuroko se leva habilement de manière à ne pas le bousculer puis quitta la chambre. Il traversa l'appartement après avoir pris toutes ses affaires, ayant déjà l'impression de le connaître par coeur alors que ce n'était que la deuxième fois qu'il venait. Un sourire nostalgique, il prit la direction de la porte d'entrée et enfin, quitta ce nid douillet où il put, en l'espace d'un instant, oublier l'horreur dans laquelle il était condamné. Dans son sac, son téléphone avec un message non lu dont il pouvait aisément deviner le contenu. Dans le lit, une silhouette musclée et affalée qui était encore dans un monde de songe, et qui n'allait pas tarder à revenir à la réalité.

OoOoOoOoOoOoO

Le campus de l'école était étrangement vide.

D'une manière générale, les environs étaient déserts. Même dans le train pour se rendre jusqu'ici, il lui avait paru être seul dans son wagon et ne percevoir guère plus d'âmes qui vivent à l'intérieur de la station. Tout le long du chemin, personne n'avait croisé sa route. C'était sans doute normal en cette heure de la journée; les gens rentraient chez eux, ou bien passaient leur temps au centre-ville plutôt qu'en banlieue. Mais quelque chose au fond de lui disait que c'était un signe précurseur de quelque chose. Comme si personne d'autre que lui ne pouvait emprunter ce chemin. C'était étrange comme sentiment.

Kise regarda le bâtiment de haut en bas alors qu'il se tenait au seuil du portail en étant enfin arrivé. C'était un endroit dans lequel il se rendait tous les jours, et pourtant le changement, même infime, de l'atmosphère de cette fin d'après-midi le rendait méconnaissable à ses yeux. Peut-être parce que c'était la première fois qu'il s'y rendait pendant le crépuscule alors qu'habituellement, c'est à cette période qu'il le quittait. Il ne s'en rendait compte que maintenant, parce qu'il lui avait toujours tourné le dos, mais le lycée ressemblait moins à un établissement scolaire sous les teintes rougeoyantes du soleil, et plus à un immense sanctuaire.

Il fit un pas vers la cour puis s'arrêta dans un moment d'hésitation.

Le portail était ouvert, alors qu'il s'agissait d'un jour de congé. Tout devrait être fermé, en ce jour de commémoration. Il ne voyait pas beaucoup de solutions. Soit quelqu'un avait oublié de le fermer, ce qui était peu probable. Soit un professeur ayant les clefs était venu pour travailler, encore moins probable. Soit c'était un coup de Midorima... Ce n'était pas son genre de vandaliser des locaux, mais c'était lui l'explication la plus plausible. Dans tous les cas, cela signifiait une chose sûre: il était attendu. Le blondinet ne pouvait pas s'imaginer que l'entrée ait été ouverte pour quelqu'un d'autre après le message qu'il eut reçu.

Ses jambes s'affaiblirent à cette réalisation, mais il ne voulait pas repartir maintenant qu'il avait fait tout le chemin pour venir jusqu'ici.

Ryouta passa les grandes portes en acier et pénétra les lieux avec une boule au ventre. Comme il était tout seul à la traverser, la cour lui semblait désormais immense. Alors que le soleil se couchait, le ciel était comme à son habitude peint de ses dernières couleurs sanguines avant son trépas, et illuminait le monde entier de ses splendeurs. Cette beauté qui s'imprégnait aussi sur les lieux de sa traversée ne calma pas le malaise de l'adolescent blond. Il s'agrandit au fur et à mesure qu'il se rapprochait pas à pas du bâtiment. Il n'arrivait pas à se calmer. Il avait l'impression que ses pieds ne voulaient pas lui répondre et tentaient de l'éloigner de cet endroit.

Ce qui était normal au fond, puisque son corps était coordonné avec son esprit.

Et ce que lui disait son cerveau était clair: Il ne devait pas y aller. Cette phrase tournait en boucle dans sa tête depuis qu'il avait quitté son appartement, et était hurlé maintenant à l'intérieur de sa tête. Il devait se détourner maintenant, avant qu'il ne soit trop tard. Il n'aurait pas dû venir. Il n'aurait pas dû céder à la tentation. Il n'aurait pas dû tomber dans ce piège si évident. Il était d'accord avec ça. Il voulait s'en aller et courir ventre à terre, loin de cette menace. Il voulait oublier ce maudit message, faire comme s'il n'avait jamais existé. Il voulait rentrer chez lui, où la normalité était enfin revenue...

Mais... il ne pouvait simplement pas le faire lui-même.

Comme si quelque chose au fond de lui, au plus profond de ses entrailles, guidait ses mouvements et l'émanait vers le lycée contre sa volonté. Une force qui passait outre sa raison.

Et alors que son corps lui suppliait de partir, Kise passa enfin la porte d'entrée du bâtiment.

"Qu'est-ce que...?"

Au moment où il entra dans l'allée du réez de chaussée, la chair de poule parcourut l'intégralité de sa peau face à l'ambiance morbide des lieux. Quelque chose... n'allait pas. Une atmosphère inquiétante flottait dans l'air et il lui semblait sentir une présence, imposante, mais surtout omnisciente. Peut-être que quelqu'un était en train de l'épier. Oui, c'était cette impression. Il se sentait observé par des milliers de paires d'yeux. Pourtant, il n'y avait rien autour de lui à première vue. Mais l'air lui semblait lourd et brûlant en l'espace d'une seconde, lui donnant une désagréable sensation de déjà-vu. La tentation de retourner s'oxygéner dehors fut forte, mais il continua malgré tout son exploration.

Après avoir passé la petite allée de casier, ses yeux ambre tombèrent sur la statue de la Vierge-Marie et il remarqua quelque chose d'inhabituel.

Son corps sculpté dans de la pierre grise était sali de taches sombres, comme s'il était couvert d'une boue épaisse. Pourtant, les locaux étaient nettoyés tous les jours par les élèves... à moins que ceux-ci aient négligé leur tâche. Mais même, le lycéen blond se souvenait l'avoir vu en parfait état hier matin en changeant ses chaussures. Il n'y avait aucun moyen qu'elle devienne aussi sale en une seule journée. Interloqué, il s'approcha afin de regarder la statue dans ses détails et se sentit trésaillir. Il avait d'abord pensé à une mauvaise farce de plaisantin mais maintenant qu'il pouvait un peu mieux identifier la salissure, il savait que ce n'était pas le cas.

La statue était en fait recouvert d'un tas rouge foncé.

En l'observant de plus près, Ryouta put apercevoir d'autres de ces tas de différentes tailles apposés sur le corps féminin pétrifié. Le blondinet l'imita à cette vue qui lui rappelait douloureusement une scène. Voire plusieurs. Était-ce... la même chose? Ces morceaux de chair qui avaient grouillé chez lui pendant une semaine? Mais comment était-ce possible? Comment ces choses s'étaient-elles retrouvées dans son lycée alors qu'aucune crise sanglante ne lui était arrivée, ni ici, ni ailleurs? Un malaise monta en lui, en même temps que l'odeur pestilentielle de ces choses lui donnait la nausée et il recula de quelques pas en essayant de se calmer.

Un gargouillement.

"Quoi?"

Soudain, le blondinet entendit quelque chose grouiller au-dessus de lui. Son sang se glaça à ce son humide qui réveillait également des échos horribles en lui. Figé par la terreur, son regard resta fixé sur la statue de pierre, le temps de se persuader que ce bruit ne fut pas le fruit de son imagination. Cela ne dura qu'une demi-seconde, le temps qu'une goutte noire tombe à ses pieds. Sa couleur identique à celle du tas qu'il eut observé tantôt. La gorge aussi nouée que si on lui avait mis un couteau sur la jugulaire, il releva la tête afin de vérifier ce qui rampait juste au-dessus de sa tête. Il eut à peine le temps de la voir que quelque chose vint s'accrocher à son nez et à sa bouche.

"Arrghrrmphhhh!"

Ça puait la viande en décomposition, et si sa bouche n'avait pas été scellée, Kise n'aurait pas réussi à retenir son envie de vomir. Incapable de respirer avec cet étau, il s'y accrocha et la griffa afin de se débloquer. C'était visqueux et mou, et ses doigts, loin de le dégager, ne faisaient que s'enfoncer dans ce corps étranger. Sous la blessure, un liquide poisseux et tiède jaillit de l'égratignure. Il essaya de crier pour de l'aide, en vain. Personne ne l'aurait entendu de toute façon, dans cet endroit vide. Il se sentit alors bousculé par la force qui entravait sa respiration, et heurta les casiers à chaussure. Désespérément, il tenta de s'y agripper afin de ne pas tomber.

Cette chose ne voulait pas se détacher de lui. Peu importe comment il tenta de la repousser. Peu importe ce que c'était.

Et pourtant, au milieu de sa confusion, son esprit fit le lien avec ce qu'il venait de voir.

Ce n'était pas possible... c'était la même chose?

Est-ce que c'était...

Sa vision se troubla sous le manque d'oxygène. Il n'arrivait plus à y penser. Sous l'étreinte qui empêchait l'air de passer, la gorge de Kise émit un son sec et coupé dans un ultime effort de sauver sa vie. Il ferma hermétiquement les yeux, ne voulant pas voir ce qui était en train de le tuer, et un bourdonnement aigu résonna dans ses oreilles. Il avait l'impression que le sang coulant dans ses veines était sur le point de s'enflammer et ses nerfs lâchèrent. Le sang, l'épaisseur et l'obscurité consumèrent son environnement. Sa conscience s'effondra et le jeune homme blond n'arriva plus à tenir sur ses jambes. Avec sa vue qui s'effondrait en même temps que sa conscience, il ne sut pas ce qui lui arrivait.

Il sentit juste quelque chose rattraper son corps avec qu'il ne tombe au sol, mais ne vit jamais le visage de la personne.