Douceur liquide
Auteur: Woshi
Disclaimer: Ni Kuroko no Basket, ni Sweet Pool ne m'appartiennent
Raiting: M pour cause de scènes sanglantes et sexuelles
Genre: UA, Angst, Drame, Tragedy, School life, Romance, Yaoi, Gore, Surnaturel, Mpreg d'une certaine manière
Note: Coucou! Et oui, me voilà enfin avec ce nouveau chapitre tout frais! Je vous avoue que c'est pas mal dur en ce moment, je suis en plein rush et je ne fais qu'écrire mais voilà X'D Donc ce chapitre vous apporte beaucoup de réponses aux questions que vous vous posez et pourrait aussi soulever d'autres ultimes questions pour les plus tatillons. Inutile de vous dire de poser toute nourriture à côté de vous pendant que vous êtes en train de lire. Encore une fois, je remercie tous ceux qui me laissent une review, j'essaie d'y répondre quand je peux (et laisser quelques indices, fufu ~ ) donc n'hésitez pas!
Aller, je ne vous retiens pas plus: bonne lecture !
[ Saya no Uta OST - Shapeshift]
Une pénombre laissant à peine passer le crépuscule extérieur.
Ce fut la première chose que Kise put apercevoir à travers les brumes de l'inconscient quand ses sens revinrent enfin. Il ne lui fallut que quelques secondes pour se rappeler de ce qui lui était arrivé. Il était venu au lycée après un mail étrange, il avait vu quelque chose de bizarre sur la statue et... quelque chose l'avait attaqué. De toute évidence, il était tombé dans un piège. Il l'avait pressenti pourtant, avant de partir de chez lui. Ce message avait été beaucoup trop louche, la personne voulant indéniablement l'attirer au lycée où quelque chose l'avait visiblement attendu. Le blondinet ne voulait pas croire que tout cela était le fruit du hasard. Il y avait quelqu'un derrière ce phénomène, aussi improbable fut-il.
Un phénomène qui semblait se répéter.
Quelque chose de doux et humide touchait ses jambes, semblant vouloir s'entortiller autour d'elles. Cela ressemblait presque à un ballon de forme longiline rempli d'eau, mais en beaucoup plus poisseux. Mal à l'aise par cette sensation, Ryouta s'agita en tentant de le repousser du bout de ses genoux et pieds. Mais encore sous l'effet de la suffocation, tout son corps avait encore du mal à répondre. Ses yeux tentèrent de s'habituer à leur environnement quand il ouvrit ses paupières si lourdes. Les rares faisceaux de lumière orangée lui dévoilèrent une grande pièce ressemblant à une salle de cours. Quelques outils étaient étalés au sol et des rangées de bureaux alignées devant un tableau. Cet endroit, c'était...
Alors qu'il tentait de remettre de l'ordre dans ses idées, la masse tendre et visqueuse coupa son observation en rampant le long de son visage et de ses mains. L'expression du lycéen se déforma lorsqu'une horrible odeur assaillit son nez. C'était la puanteur nauséeuse de viande avariée. Cela ne venait pas seulement de cette fibre qui se collait à lui, mais toute la pièce semblait embaumer de cette horrible senteur. Ne voulant pas supporter cela davantage, Kise tenta de se redresser afin de fuir, mais il se rendit compte que ses mains étaient liées entre elles ainsi que ses mollets. Ils étaient tous attachés avec une corde, entravant sa liberté de mouvement.
Il entendit alors le son de quelque chose qui s'avançait non loin de lui.
"Oh... tu es enfin réveillé."
Le jeune homme blond tourna la tête vers cette voix terriblement familière qui semblait actuellement baigner dans l'euphorie.
Une silhouette plus sombre se tenait dans la pénombre du lieu, debout devant lui. Cette petite taille, cette forme de blouse, ces cheveux rouge ébouriffés. C'était sans aucun doute...
"Akashi...sensei..."
"Heureux de te revoir aussi, Ryouta. Ah, l'Origine semble tellement heureux... je ne m'étais pas trompé sur ton compte; tu es bel et bien l'élu."
"Quoi...?"
Il ne comprenait pas ce qu'on lui disait. Son professeur de chimie était présent et racontait encore ces choses qui n'avaient aucun sens. Mais surtout, il semblait encore plus déconnecté de la raison que la dernière fois. Comme si le fait de voir son élève se débattre avec ce monstre était quelque chose de tout à fait normal à ses yeux. Voire prévu. Kise ne voulait pas savoir si Akashi était lié à ce kidnapping -sûrement- . Instinctivement, la peur prit le dessus sur toutes ses autres émotions et il n'y réfléchit pas. Il voulait juste défaire ces cordes qui restreignaient son corps et s'enfuir le plus loin possible de ce cauchemar.
Voyant son agitation, l'adulte aux cheveux rouges secoua la tête d'un air réprobateur.
"Allons, allons, tu n'es pas heureux d'être choisi par l'Origine en personne?"
Le concerné se figea un moment en entendant cette phrase d'un ton indéfinissable. Quand enfin l'enseignant sortit de l'ombre, ses yeux hétérochromes semblaient dilatés et son sourire ne faisaient que confirmer ses craintes.
"Alors? Tu n'es pas content, Ryouta?"
"... Détachez-moi, Sensei."
"Oh, tu es en train de dire que pas heureux?"
Sa voix semblait teintée de déception, comme s'il ne s'était pas attendu à ce rejet de sa part. Il ouvrit en grand ses bras, comme pour désigner tout ce qu'il y avait autour de lui et reprit d'une voix solennel.
"Tu es l'élu, Ryouta.. Tu vas participer à un rituel sacré attendu depuis des décennies, soit un peu plus reconnaissant."
L'élu?
Il fronça les sourcils à ces mots qui le laissaient sans voix. Il lui avait déjà dit quelque chose de similaire avant mais... Pourquoi était-il là, à lui tenir le même discours qu'à l'hôpital? Pourquoi lui, était-il attaché dans cette pièce qui empestait? Pourquoi ces choses répugnantes, qui jadis étaient sorties de son corps, existaient-elles ailleurs? Pourquoi avaient-elles cette forme? Pourquoi s'en prenaient-elles à lui? Pourquoi ne pouvaient-ils tout simplement pas le laisser en paix, tous autant qu'ils étaient? Toutes ces questions s'empilaient dans sa tête alors qu'il regardait le visage d'Akashi, déformé par l'allégresse. Tout cela, est-ce que ça voulait dire que...
"Vous êtes fou?"
C'était la seule conclusion à laquelle Kise pouvait déboucher.
L'adulte ne sembla pourtant pas s'offusquer de l'insulte hostile de son élève et fit un pas en avant, un sourire peu rassurant gravé sur son visage. Chaque fois que son pied foulait le sol, le lycéen pouvait en même temps entendre quelque chose grouillant autour de lui. La masse immonde se rassemblait le long de ses genoux pour remonter le long de ses cuisses, entourant toutes la partie inférieure de son corps. Il sentit qu'elle commençait également à le ceinturer par le ventre. Au moment où ses yeux ambre faillirent s'attarder dessus, le jeune homme préféra détourner le visage pour ne pas la subir. Une vaste couleur rouge vif se reflétait à chaque contact...
La couleur de la chair.
"Tu n'en es pas encore conscient, Ryouta... mais tu n'as pas le choix." Déclara alors son professeur d'un ton beaucoup plus strict. "En tant que Mesu, tu dois participer à la survie de l'espèce, d'une manière... ou d'une autre!"
Il conclut d'un ton qui semblait attristé mais déterminé en regardant son élève sans daigner faire le moindre mouvement pour l'aider.
Derrière lui, quelque chose se précipita alors rapidement dans sa direction. Kise cru un moment que les choses allaient l'attaquer, mais elles se contentèrent de le contourner, comme s'il n'était pas leur cible. Il comprit rapidement que c'était lui, leur cible. L'amas humide et collant se déforma pour créer des formes tentaculaires qui vinrent s'enrouler autour du corps du blondinet. Des chevilles à ses hanches, en passant par sa taille, elles remontèrent en haut de son torse pour se resserrer sur lui comme de longues cordes poisseuses. La sensation de cette horreur se frottant contre sa peau était absolument répugnante, plus que son odeur nauséabonde.
Alors qu'il se débattait pour tenter de la repousser et s'échapper, un liquide carmin s'échappa de la surface de ses assaillants et vint humidifier ses vêtements.
"Argh!"
"Tu ne pourras pas te débattre contre destin, Ryouta... Non, vous ne pourrez pas vous débattre contre votre destin."
Le son humide de la chose grouillante dans toute la salle de laboratoire se mélangeait à la voix vide d'empathie de son enseignant. L'adolescent blond eut une grimace de dégoût à laquelle le rouquin répondit par une expression abattue.
"Je sais que tu es dans une phase de rejet, mais bientôt tu comprendras à quel point tu es indispensable..."
Il se tourna ensuite vers un coin de la pièce encore plongé dans le noir auquel Kise n'avait pas fait attention jusque-là.
"Tout comme toi, j'espère qu'à la fin , tu comprendras que tu n'as aucun moyen d'échapper à ton futur."
Instinctivement, Ryouta tourna la tête alors qu'une autre silhouette, tout aussi attachée que lui, sembla se faire traîner par les mêmes choses qui le retenaient prisonnier. Son coeur manqua un battement en voyant de qui il s'agissait, à travers ce cauchemar. Un cauchemar que cette personne était en train de vivre en même temps que lui. Les choses longilines l'entravaient de part et d'autre et semblaient même le lier beaucoup plus que lui, comme si leur hostilité à son égard était plus forte. Ahuri par cette scène, il fut incapable de dire quoi que ce soit pendant un petit moment jusqu'à ce que finalement, les mots sortent de ses lèvres.
"Kurokocchi... pourquoi?"
Hélas, ce dernier ne put jamais lui répondre, sa bouche scellée dans un baillons.
OoOoOoOoOoOoOoOoOoOoO
Ton objet chanceux du jour est un ours en peluche.
...
"Shin-Chan!"
Takao hurla le prénom de Midorima en plein sursaut, croyant avoir entendu sa voix. Puis il se redressa au son de sa propre voix. Ce fut comme une décharge électrique qui le tirait d'un océan noir et épais dans lequel les dernières phrases de son camarade semblaient avoir tourné en boucle. Au bout d'un moment, le rêve voulu s'extraire dans la réalité, et son corps précéda son esprit, l'obligeant à crier. Sans doute, s'il n'avait pas eu cette volonté de bondir en dehors de l'inconscient pour vouloir répondre une dernière fois à celui qui était parti, il n'aurait jamais eu la force physique de s'extraire de ce sommeil artificiel.
"Argh!"
Le lycéen brun fronça les sourcils sous la migraine écrasante qui acheva de le ramener à la réalité. Sa vision se concentra sur son environnement alors qu'il se rendait compte que c'était la deuxième fois qu'il se faisait avoir comme ça. Les souvenirs de ce qui lui était arrivé avant qu'il ne perde conscience remontèrent lentement dans son esprit. Les parents de Shin-Chan. La cave. Son premier évanouissement. Le réveil dans la chambre de Shin-Chan... et Shin-Chan lui-même. Cette fois fut plus éprouvante que la première, étant donné que sa tête était bien malmenée, autant à l'intérieur qu'à extérieur de sa boîte crânienne. Il saisit néanmoins rapidement la gravité de la situation et un coup de stress monta dans sa poitrine à l'idée qu'il s'était réveillé trop tard.
Ça ne pouvait pas faire si longtemps, n'est-ce pas?
Il se secoua et vérifia l'heure avec crainte sur le réveil de la table de nuit. L'aiguille des heures pointait le six. Cela ne faisait donc qu'une heure qu'il dormait. Ou bien, il avait fait un tour de cadran, mais son corps n'était pas suffisamment engourdi pour qu'il ait cette sensation et il préféra rester sur la solution la plus optimiste. Il ne pouvait pas avoir dormi une journée, pas dans cet état. C'était probablement due au fait que le dosage de la drogue fut minimum et peut-être moins efficace sur son organisme après une seconde utilisation. Il s'accrochait à ces pensées positives pour ne pas imaginer le pire, sinon il allait vite perdre pied et devenir fou de désespoir.
Cependant, c'était la deuxième fois qu'il se réveillait dans de telles conditions, alors la somnolence étouffait encore sa volonté.
Alors qu'il émergeait lentement, Kazunari serra les dents sous le sentiment de déception et de frustration qui l'envahissait au fut et à mesure de sa prise de conscience. Il avait beau concentrer son regard tout autour de la chambre, Shintarô ne semblait être nul part, et son instinct lui indiquait qu'il n'était sûrement pas dans les environs. Il fallait se rendre à l'évidence: son camarade était parti depuis longtemps. À en juger par l'atmosphère générale,s ans doute était-il tout seul dans cette maison. Comme il l'avait craint, il n'avait pas pu arrêter Shin-Chan avec de simples mots et maintenant, qui sait où il était, ce qu'il faisait... et surtout s'il allait bien!
Des regrets commencèrent à s'implanter profondément en lui à ces questions torturantes. Le lycéen brun n'avait aucun moyen de s'en assurer pour le moment; le plus urgent était de se rétablir très vite avant de commencer ses recherches. Cela lui fut confirmé lorsqu'en tentant de se relever, il retomba lourdement au sol. Son corps n'était pas encore tout à fait optimal, mais il y avait autre chose qui le retenait. Son bras. Des menottes le retenaient attaché à la poignée de porte, il l'avait oublié. Il devait déjà trouver un moyen de se libérer avant d'entreprendre quoi que ce soit. Alors qu'il réfléchissait les poings serrés, il se rendit compte que quelque chose se tenait sur le lit en face de lui.
Une petite peluche marron, probablement neuve, avec un petit pull.
"Un ours..."
Son objet chanceux du jour, c'est ce que lui avait dit Midorima.
En scrutant un peu mieux cet objet qui n'avait définitivement pas été placé là au hasard, il comprit mieux ces mots qu'il avait entendus de sa part juste avant qu'il ne sombre dans l'inconscient. Il y avait un petit ruban rouge attaché en joli noeud papillon autour du cou de l'ours. Il se démarquait clairement du style général de la peluche; il a donc été ajouté après son achat. Coincée dedans se trouvait un petit objet métallique: une clef. C'était les clefs des menottes, à ne pas en douter. Takao tendit le bras autant qu'il put pour attraper le jouet, craignant un moment qu'il soit trop court. Heureusement, son camarade semblait avoir tout prévu et il arriva sans difficulté à le saisir avec sa main libre.
Cela lui prit plus de temps que prévu de défaire le cadenas, n'étant pas gaucher de nature, mais il réussit à faire rentrer la clef dans la serrure et débloquer les bracelets en acier. Jamais il ne fut plus heureux dans sa vie en entendant ce son de cliquetis si spécifique. Son bras étant resté coincé dans une position peu naturelle pendant un moment, l'engourdissement qu'il sentit fut assez déplaisant et il du faire quelques flexions pour s'assurer que ses muscles répondaient. Les menottes tombèrent à terre lorsqu'il les laissa tomber pour enfin se relever. Baissant ses yeux gris pour vérifier, il tomba sur la petite peluche, et il ne put se résoudre à l'abandonner ici.
Shin-chan l'avait laissée exprès pour lui, et ce geste de sa part n'était pas anodin. Il fallait qu'il la garde.
Maintenant qu'il était libre, il put réfléchir plus calmement à ce qu'il allait faire malgré cette anxiété qui le rongeait. Le plus logique serait de retourner chez lui pour faire le point et rassurer sa famille, étant donné tout le temps qu'ils avaient dû passer sans nouvelles de lui. Cependant, avant de partir, il avait quelque chose à finir dans cet endroit. Quelque chose qu'on l'a empêché de faire, et qui le confortait dans le fait qu'il fallait qu'il achève sa tâche. Il devait retourner dans cette cave et continuer ses fouilles. Après tout, il ne savait pas où Shin-Chan était parti, ses parents n'étaient pas là non plus, alors il devait en profiter, vu que ce serait sûrement la dernière fois qu'il poserait les pieds ici.
Et peut-être qu'il trouverait des indices là-bas.
Avec une légère hésitation, il prit la petite peluche dans sa main pour la caler contre son torse puis sortit prudemment de la chambre en passant la tête en premier. Il ne sentait aucune présence, mais il préféra vérifier deux fois qu'il était bel et bien seul dans cette demeure. Il n'était pas habitué à une telle situation, aussi resta-t-il sur ses gardes au moindre bruit tout le temps de sa traversée dans le couloir. Bien qu'aucune présence humaine n'était perceptible, cette maison dégageait dans sa globalité une atmosphère lourde, du même genre que les maisons ayant vécu un drame, voir un meurtre, et hantée par de mauvais esprits. Sans doute il y a quelques années, il n'y aurait pas été sensible, mais sa fréquentation avec Shintarô l'avait vite influencé de ce côté-là.
Après une rapide vérification près de la chambre des parents où il ne sentit personne, le garçon aux yeux gris en conclut que les alentours étaient dégagés. Il prit la direction des escaliers menant au sous-sol avec un peu plus de calme et les descendit moins lentement qu'avant. Cette fois, il ne se priva pas de lumière, puisqu'il ne courait aucun risque. Ouvrant la porte en acier, il fut surpris de voir l'autel comme il l'avait laissé; complètement exposé au moindre visiteur. Shin-chan s'était simplement contenté de remettre en place les documents qu'il avait trouvés, sans réellement les cacher, sans doute dans sa précipitation de vite le sortir d'ici...
Toujours est-il que l'adolescent brun n'eut aucun mal à retrouver la boîte à motif de serpent pour la déloger une nouvelle fois de son emplacement.
Rien n'avait changé dans cette cave après qu'il eut perdu conscience, que ce soit sa décoration ou son atmosphère illuminée à la bougie. Elle lui donnait toujours l'impression d'être dans un lieu de mythe sectaire malsain. S'emparant avec précaution de la grande boîte, Takao s'installa par terre un peu plus loin, la peluche entre ses jambes. Il en sortit le même journal qu'il avait été en train de lire tantôt. Un étrange sentiment lui prit; pendant qu'il avait lu ce journal, quelqu'un... Shin-Chan, l'avait assommé par-derrière. En temps normal, avec sa vision aiguisée, il l'aurait tout de suite remarqué dans son dos, mais ce qui avait été écrit l'avait tellement bouleversé qu'il n'avait rien vu venir.
Il reprit sa lecture depuis le début, une boule au ventre.
Une religion crée pour les vénérer. L'écrivain les appelait "Vie Interne". Vie interne étant en fait un organisme vivant à l'intérieur de quelqu'un. Une manière simple de le dire serait qu'ils sont des parasites pour les humains. Des parasites invisibles.
Sa lecture s'était arrêtée ici.
' Les vies internes sont originairement une partie de lui. Lui, que je développerais plus tard, est l'être que l'organisation surnomme l'Origine.'
' Nous ne sommes pas sûrs d'où il vient exactement, étant donné la rareté des textes à son propos. Nous pouvons simplement spéculer qu'il est apparu à l'ère Meiji, étant donnée que l'organisation fut créée à cette période. '
' Il a originairement une forme humaine. Un culte fut créé autour de sa chair. Un culte resté extrêmement minoritaire, car la société n'était pas encore prête à l'accepter. '
' Personne ne sait si son métabolisme était ainsi pour assurer sa survie, lui seul représentant de son espèce si particulière, ou si c'est un hasard. '
' Toujours est-il qu'il a amené ses fidèles à consommer sa chair et ainsi prendre une partie de lui à vivre à l'intérieur de leur corps. Voilà la raison pour laquelle ce culte est encore secret aujourd'hui.'
' Nous appelons les personnes contenant une part de cet être interne à l'intérieur de leur corps des "hôtes". La forme de la vie interne ressemble à des morceaux de chair et des organes internes.'
Takao releva ses yeux clairs de sa lecture, sentant le besoin de faire une pause pour réfléchir.
"Origine"... il avait déjà entendu ce nom plusieurs fois. De la bouche des parents de Shin-Chan notamment. Ce serait donc quelqu'un ayant vécu à l'ère Meiji? Mais dans ce cas, il devrait être mort à l'heure qu'il est. Le journal semblait sous-entendre qu'ils avaient à faire à une créature plutôt qu'un être humain, mais de quel genre de créature? Il ne trouvera jamais la réponse, que des spéculations. Cependant, quoiqu'elle fût, cette chose avait réussi à créer un culte autour d'elle. Un culte autour de sa chair. Pour la consommer en plus? Pour avoir une partie de "lui" vivant à l'intérieur des humains?
Il reprit sa lecture, la main devant sa bouche pour néanmoins couvrir son haut-le-coeur.
Les hôtes
'Je me réfère ainsi à ceux qui ont été choisies par l'origine pour accueillir sa chair.'
' Sa chair -la vie interne- est en réalité comme n'importe quel autre organisme vivant de notre planète, avec néanmoins un instinct de survie primaire limité à la procréation.'
'Elle vit à l'intérieur du ventre des humains et se développe jusqu'à atteindre le stade de maturité. Les humains qui sont des hôtes se transforment alors progressivement en "Mesu" et "Osu" '
'Tout le monde n'est néanmoins pas capable d'accepter la chair de l'Origine, et si leur corps n'arrive pas à s'habituer au parasite et cohabiter avec, alors un rejet violent s'opère entre les deux êtres vivants et rompt l'équilibre, aussi bien psychique, que physique.'
'À ce jour, seuls des humains de sexe masculin ont été choisis comme hôtes et seuls eux peuvent l'être.'
' L'organisation a confirmé que c'était dû au fait que le ventre d'une femme devant déjà réguler son propre cycle de reproduction, l'utérus rejetait instinctivement le parasite pour protéger le corps et le futur enfant.'
' Un homme ayant le ventre "vide", ce souci n'existait pas. Il s'agirait donc d'un simple choix stratégique de la part de l'Origine.'
' Il existe deux types d'hôte; ceux qui ont directement reçu la chair de l'Origine, et les descendants de ces derniers. Il va sans dire qu'à notre époque, seule la deuxième catégorie est encore trouvable.'
' En effet, les parasites ne posent aucun obstacle à la procréation humaine et se transmettent de génération en génération, sans doute par le sang des parents. Il existe alors différents cas de figure.'
' Si l'enfant d'un hôte est un garçon, il devient à son tour un hôte potentiel, selon la manière dont son parasite se développe et son corps l'accepte.'
' Si l'enfant de l'hôte est une fille, elle est une hôte passive; son parasite ne se développera pas pour éviter de créer une réaction de rejet du corps. Cependant, elle pourra transmettre ce parasite à son enfant et ainsi de suite.'
' Ceci est une des raisons pour laquelle il est de plus en plus dur de retrouver un hôte de nos jours; beaucoup le sont sans le savoir, et si la famille descendante de l'hôte ne comprend que des filles, cela peut sauter beaucoup de génération.'
La dernière phrase semblait faire un écho familier à Takao sans qu'il ne le saisisse entièrement. Il avait l'impression... que cela avait un rapport avec Shin-Chan et que son grand-père n'avait pas écrit tout cela par hasard. Cependant, il n'avait aucun moyen de vérifier cela, alors il replongea dans ses lignes.
Les Osu.
'Les Osu sont beaucoup plus communs que les Mesu pour diverses raisons.'
'Ils émettent des phéromones qui attirent les Mesu et permettent de les reconnaître. Des témoignages de Mesu les décrivent comme des odeurs "douces et agréables.'
'Les Osu ont un grand ratio de chair en eux, leur donnant une faculté régénératrice impressionnante. C'est un pouvoir que les Mesu ne possèdent pas.'
Une capacité régénératrice...
Voilà qui était surprenant. Á en croire ce journal, le pouvoir de guérison d'un Osu était suffisamment puissant pour qu'il en ressente à peine les effets d'une blessure. Visiblement, tout ce qui était coupure à l'arme blanche guérissait rapidement due à la production de chair, et donc par extension, de sang, de la part du parasite. Mais qu'en était-il des armes à feu? Une balle qui se logeait dans le corps, transperçant muscles et organes? La blessure interne se régénérait-elle aussi vite qu'une blessure externe? Plus encore; et s'il s'agissait des points vitaux qui étaient touchés? Le ventre, la tête, le coeur...
Peut-être que la victime serait sauvée si on la prenait en charge rapidement, mais si jamais on la laissait, elle finirait sûrement par mourir d'hémorragie, si ce n'est sur le coup. Si le sang coulait plus vite que le processus de régénération, alors il n'y avait rien à faire. Après tout, il s'agissait de parasites, pas de créatures immortelles. Cependant... les hôtes étant des humains qui avaient déjà une bonne santé physique pour supporter leur parasite à la base, on pouvait supposer que leur corps était sans doute robuste. Une sorte de sélection naturelle faite au préalable. Cela donnait des frissons dans le dos quand on y repensait.
Mais tuer un Osu avec une arme à feu était tout à fait possible.
'Il faut savoir que le taux d'Osu et Mesu originel était équivalent au départ, mais le nombre de Mesu a rapidement décliné.'
'Dans le processus de procréation, c'est le parasite du Mesu qui est actif car si les phéromones des Osu se contentent d'envoyer des signaux de reconnaissance, c'est ensuite ceux des Mesu enclenchent les chaleurs des deux hôtes.'
' Ces phases d'incubation sont particulièrement éprouvantes pour le Mesu qui voit son parasite produire en masse du sang afin de préparer la phase de procréation puis le rejeter abondamment de son corps.'
'Le corps humain n'est pas habitué à produire autant de sang en si peu de temps, cela ajouté au fait que les parasites sollicitent de vives réactions pendant leur phase de maturation, explique la rareté des Mesu.'
'Beaucoup succombent simplement à l'épuisement de leur corps et meurent lentement bien avant d'atteindre leur phase de maturité. Ainsi, le taux de mortalité d'un Mesu est environ dix fois plus élevé que celui d'un Osu.'
Donc un Mesu était tout le contraire d'un Osu: fragile.
C'était étrange. Comment deux parasites issus de la même source pouvaient-ils avoir des effets aussi différents? C'était sans doute une question biologique, mais encore, c'était intrigant. Et plus encore: à part cette forte morbidité, qu'est-ce qui distinguait autant un Mesu d'un Osu? Et pourquoi étaient-ils divisés? Takao ne voulait pas croire au hasard et passa rapidement les différentes pages pour arriver au coeur de sa question, mais aussi du point crucial de toutes ces étrangetés.
Les Mesu.
'Contrairement aux Osu, ils sont extrêmement rares pour les raisons expliquées plus tôt. Ils sont ainsi vénérés, mais pas uniquement pour leur rareté.'
' Un Mesu est la forme la plus proche de l'Origine. Nous pourrions presque le considérer comme son descendant direct car si c'est l'Osu qui contient le plus de chair en lui, c'est le Mesu qui a la chair sous sa forme la plus pure.'
' C'est également lui qui domine le processus de procréation car il porte en lui toutes les clefs de son achèvement.'
' Quand un Osu et un Mesu se rencontrent, leur parasite se réveillent et émettent tous les deux des phéromones pour se signaler l'un à l'autre. '
'Pour résumer ce qui a été dit plus tôt: L'Osu agit, le Mesu réagit en dégageant une odeur encore plus forte après avoir repéré son Osu.'
' L'odeur dégagée a cependant de lourds effets secondaires, notamment aphrodisiaques. Si celles des Osu sont trop faibles pour être graves, celles des Mesu, non contrôlées, peuvent parfois agir sur l'esprit et développer des symptômes psychiques inquiétants.'
' Ces symptômes peuvent toucher soit un Osu dont le parasite est encore trop immature pour filtrer ce surplus de phéromones, soit un humain de sexe masculin sensible. Dans les deux cas, les témoignages rapportés indiquent que ça ne s'est jamais bien fini.'
' C'est pourquoi il est très important de repérer tôt un Mesu afin d'éviter que son parasite ne produise en masse des phéromones s'il rencontre un Osu.'
' À noter: un Mesu peut vivre toute sa vie sans réveiller son parasite, simplement en ne croisant jamais d'Osu. La réciproque est vraie pour un Osu.'
' Les Mesu étant insensibles aux autres Mesu, de même que les Osu étant insensibles aux autres Osu, ils peuvent également se côtoyer à vie sans se reconnaître.'
Plus il lisait, plus le lycéen trouvait d'étranges échos dans la description de ces Osu et Mesu. Lui qui au départ pensait simplement lire une histoire d'horreur sur un monstre qui gouvernerait une sorte de secte et aliénait les humains de force, il se rendait compte que c'était beaucoup plus complexe que cela. Et beaucoup plus vicieux aussi. Il touchait au but, il le sentait. Mais il n'en était absolument pas rassuré.
' Quand un Osu rencontre un Mesu, le Mesu commence alors à émettre un certain type de phéromone fantôme et de signaux.'
' Des marques. Des marques pour laisser savoir à l'Osu son existence: la forme pure du parasite. La forme de la chair. Le signe qu'il désire s'accoupler.'
' Quand un Osu et un Mesu se reproduisent sous la bénédiction de l'Origine, ils peuvent alors donner naissance à un "Pure Race". '
' Si ce phénomène se passe avec un humain ou un Osu qui n'est pas encore mature, le Mesu produira en masse de la chair.'
' Les Mesu sont comme les Pure Race, et peuvent donner naissance à des parties de "lui" pouvant s'apparenter à une semence.'
' C'est pourquoi ils sont si précieux pour l'Origine.'
Osu et Mesu.
Voilà donc ce qu'ils étaient et comment ils agissaient; comme des animaux. Ces humains avec une "vie interne" en eux qu'ils arrivaient à supporter étaient des "hôtes" divisés en deux genres: Mesu et Osu. Et la raison pour laquelle ils étaient divisés semblait évidente: cet "Origine" avait tout simplement recopié le processus de procréation qui prédominait chez les espèces vivantes sur cette planète -ou ce monde si on commençait à spéculer sur l'endroit d'où il venait-. L'accouplement entre un mâle et une femelle. Si le Mesu et l'Osu avaient été pensés sur ce schéma, alors c'était dans l'unique but de reproduire l'espèce... un Pure Race. Mais qu'étaient-ce donc?
La réponse vint d'elle-même
Pure Race
' Résultat de l'accouplement entre un Mesu et un Osu lors d'un rituel, il s'agit de l'hybride parfait entre l'être sacré et l'être humain.'
' Un Pure Race possède une enveloppe charnelle d'apparence humaine, et un seul trait physique permet de le distinguer des autres humains.'
[...]
Takao se figea sur place, pensant avoir mal lu et le livre faillit lui échapper des mains sous le choc. Il repassa les mots sous ses yeux gris une bonne vingtaine de fois pour s'assurer qu'il ne se trompait pas. Aucune erreur possible. Cela voulait donc dire...
Mais il n'avait plus le temps de comprendre. Il fallait qu'il finisse sa lecture le plus vite possible.
'Les chances de voir un Pure Race naître augmentent quand la compatibilité entre l'Osu et le Mesu est bonne. '
'Cela réunit beaucoup de caractéristiques; la qualité de leur parasite, la compatibilité de leur propre corps avec leur vie interne, mais aussi des traits plus humains comme l'attirance physique, voire sentimentale...'
' Mais cela prend du temps avant que les deux n'atteignent un niveau de maturité, psychique et physique, satisfaisant pour qu'ils soient prêts à se reproduire, en sachant que la dernière phase de maturité ne peut se faire qu'avec une présence forte et continue du partenaire.'
' D'autant que plus le parasite du Mesu passe ces niveaux de maturité, plus le corps de l'hôte subit de violents effets secondaires et survivre jusqu'au rituel est délicat.'
' C'est pour cela qu'aucun Pure Race, à ce jour, n'a été enregistré.'
' Une autre raison s'ajoute à cela: le refus des hôtes d'aller jusqu'au bout.'
' Car lorsqu'un Pure Race naît, les deux parents décèdent. Comme nous n'en avons jamais vu la naissance, c'est difficile d'imaginer les explications.'
' La plus probable serait que le Pure Race résulterait moins d'une procréation que d'une fusion des deux parents, héritant de leurs chairs respectives pour devenir cet être parfait.'
' Il m'est cependant impossible de prouver cela.'
' Néanmoins, nous savons que si le Pure Race a comme base le corps d'un Mesu, ses semences sont différentes de ce dernier.'
' Originaire de la chair de l'Origine, sa semence peut être absorbée directement par les humains pour créer de nouveaux hôtes.'
' Un Pure Race peut également contrôler les semences librement et marquer comme bon lui semble.'
' Disposant de la même capacité régénératrice des Osus, ses phéromones sont également plus fortes que celles des Osu et Mesu réunies.'
' Il en a cependant un contrôle total dès sa naissance, avec la capacité de captiver les humains normaux.'
' Pour résumer, le Pure Race hérite du meilleur de l'Osu et du Mesu, à la fois descendant et parent de ces derniers; une nouvelle Origine.'
Pure Race. Rien qu'avec cette caractéristique, il semblait être attendu comme le chef ultime de l'espèce.
Cela ressemblait au système utilisé par les abeilles, le Pure Race étant en quelque sorte la reine qui permettrait la reproduction de l'espèce en masse. Et donc, au final, un Osu et un Mesu ne vivaient que pour donner naissance à ce Pure Race? Des intermédiaires entre l'Origine et les Humains qui ne sont voués qu'à se sacrifier pour perpétuer l'espèce et l'équilibre entre ces deux parties. Le tout en vivant, dans le cas du Mesu, avec un corps fragile et douloureux qui raccourcissait drastiquement son espérance de vie. Voilà un bien cruel destin pour ceux nés ainsi. Des êtres laids et imparfaits, détestés du genre humain et utilisés par l'Origine, sans aucun libre arbitre.
Après toutes ces informations, Takao regarda le plafond et inspira pour relâcher la tension dans sa poitrine. Ce serait sans doute mieux pour sa santé mentale de se dire que tout ce qui était écrit qu'il avait lu était purement de la fiction. Mais il avait déjà dépassé ce stade. Et il ne lui fallut pas beaucoup de réflexion pour comprendre pourquoi ces informations se retrouvaient chez Shin-Chan. Son camarade était un hôte. Avec tout ce qu'il avait entendu de conversation entre lui et ses parents, il n'y avait aucun doute. Une seule question persistait: Osu ou Mesu? Sûrement Osu, maintenant qu'il y repensait.
Et tous les autres? L'étaient-ils aussi? Des hôtes? Pour certains, l'adolescent brun était certains. Pour d'autres, il hésitait.
En reprenant sa lecture, il passa rapidement les pages mentionnant les symptômes que pouvait rencontrer un Mesu due à son parasite et tomba sur quelque chose de plus intéressant.
Une note personnelle faite par l'auteur.
'Pourquoi aie-je choisi d'enregistrer tout cela par écrit? Mon intention est de protéger la vie interne et... "lui".'
' Il semblait vivre depuis si longtemps en co-existence avec notre société que ça attire ma fascination. Je regrette tellement de ne pas l'avoir connu à ses débuts.'
' Les notes historiques de l'organisation le mentionnent comme un magnifique jeune homme, d'une démarche élégante et des yeux envoutants.'
' Son existence à elle seule n'était pas futile comme la mienne ou celle de n'importe quel autre humain. Il avait une volonté, une perfection incomparable.'
' Malheureusement, l'organisation fut découverte un jour, et subit la révolte du peuple. Les gens prévoyaient de le tuer, le voyant comme une hérésie de ce monde et même les fidèles finirent par se retourner contre l'organisation.'
' La société humaine ne supporte pas ce qui est différent, et seule une poignée d'avant-gardiste avait su comprendre le potentiel de cette nouvelle espèce, aussi mystérieuse soit-elle.'
' Une riche famille décida de cacher l'Origine afin de le protéger. Mais ce fut déjà trop tard.'
'Quel choc ce fut le voir sur cette stèle, le corps démembré et recouvert de sang. Réduit à un amas de chair. Sans tête, ni membre. Rien qui ne ressemblait à un corps humain.'
' Simplement l'ombre de lui-même après avoir donné tant de foi sa chair à ses fidèles.'
' Ces même fidèles qui avaient prévu d'allumer un brasier pour le brûler à tout jamais.'
' Aujourd'hui, il est en sécurité, sous la protection d'une famille qui érigea un autel en son honneur.'
' Ce même autel qui vit passer tant de cérémonie pour faire naître un Pure Race, et qui ont toutes échoué.'
' En ce qui me concerne, en tant qu'Osu, je n'eus jamais la chance de voir un seul Mesu de toute ma vie, quand bien même j'aurais été heureux de donner naissance à un Pure Race.'
' Je ne peux même pas me reposer sur l'idée que ma descendance fera cela pour moi, car ma femme ne m'a donné qu'une fille...'
'J'espère néanmoins un jour la voir donner naissance à un garçon et ainsi montrer que la famille Midorima est digne de l'organisation'
'Et enfin voir naître ce miracle tant attendu.'
La lecture s'arrêta ici, car l'adolescent estimait en avoir assez appris.
Une cérémonie? Ce mot était revenu tant de fois qu'il semblait être la clef de tous ce processus de reproduction au coeur duquel Shin-Chan était piégé. Mais il manquait quelque chose. Quelque chose d'important. Instinctivement, il feuilleta rapidement toutes les pages du carnet, espérant retrouver l'élément manquant à toute cette histoire. Le grand-père Midorima avait mentionné une famille qui avait recueilli l'Origine -ou tout du moins ce qu'il en était resté-. Et un autel qu'ils auraient mis en place pour chaque occasion. Dans sa fouille, il trouva un vieux bout de papier. Avec une liste de noms de lieux visiblement. D'abord le nom d'une sorte de temple, puis une maison dont la structure avait changé. Mais ce qui était intrigant, c'est le nom de chacun de ces endroits.
Temple Akashi. Manoir Akashi. Maison Akashi...
Ce serait donc cette famille qui aurait gardé et protégé l'Origine depuis tout ce temps? Takao ne savait quoi penser... il y avait une petite chance pour que ce soit Akashi, celui auquel il pensait... Et il ne croyait pas vraiment aux coïncidences. Leur professeur avait été louche, depuis le départ et maintenant qu'il y repensait... Shin-chan n'avait-il pas toujours exprimé une sorte de répugnance, voir d'intimidation envers l'adulte? C'était dur à dire après coup, mais le garçon aux yeux gris restait persuadé de sa déduction. Cependant, quand bien même il connaissait ce détail, ça ne l'avançait pas plus. Il y avait des dizaines d'endroits où Akashi pouvait habiter.
Découragé, il déplia la feuille par réflexe, persuadé qu'elle était vierge à l'intérieur.
En réalité, il s'agissait d'une vieille carte. Il l'étala alors au sol pour avoir plus de luminosité et mieux l'observer de ses mains moites, avec une certaine appréhension. Aucun doute possible, malgré son obsolescence de plus de 50 ans, il s'agissait d'une carte de la ville. Un endroit précis entouré d'un cercle rouge au marqueur attira son attention. Cette marque rouge... Cette carte était en train de désigner l'endroit sacré pour le rituel. Et à l'intérieur du cercle se trouvait... le lycée. Leur lycée qui n'avait ouvert que depuis quelques années sur les terres d'une ancienne maison. Celle des Akashi. Mais alors...
Une cérémonie... Un rituel... La renaissance... L'Origine... Ce qu'on dit les Midorima... et Shin-Chan lui-même...
La fête va commencer.
"Oh non..."
Vu le temps qu'il avait pris à rassembler ces informations, il ne sera peut-être pas capable d'y arriver à temps. Peut-être même ne pourra-t-il pas l'arrêter. Takao se leva d'un bon en réalisant cela, et quelque chose roula à ses pieds. C'était le petit ours en peluche que lui avait laissé Shin-Chan. Son objet chanceux du jour. La clef de ses menottes juste après qu'il se soit réveillé pour le libérer. En ramassant l'objet, l'adolescent brun se remémora le visage calme de son camarade qu'il avait pu apercevoir avant de perdre conscience. Maintenant qu'il y repensait, le regard qui avait transparu dans ses yeux verts, ce fut un regard résolu.
Résolu... à tout sans doute.
"Shin-Chan!"
Sans perdre une seconde de plus dans cet endroit maudit, Kazunari laissa tout tomber pour remonter à grande vitesse les escaliers de la cave, manquant de trébucher dans sa précipitation. Sans y réfléchir, il se dirigea vers la porte de sortie de la grande maison familiale, désormais vide. Pris d'un éclair de lucidité une fois dehors, il fit un détour pour aller récupérer son vélo qui serait bien plus rapide que s'il y allait avec ses jambes. Heureusement pour lui, il était toujours là où il l'avait laissé la veille, personne ne l'avait volé ou crever ses pneus. Il détacha la petite chariote derrière pour s'éviter un poids à tirer et enfourcha sa deux roues pour s'élancer sur la route comme un damné.
Pédalant comme s'il avait le diable aux trousses, il fut si concentré sur son trajet qu'il ne se préoccupa même pas des autres voitures. Ses mains tenaient fermement le guidon alors que le vent nocturne commençait déjà à frapper son visage. Il n'eut même pas le temps de réaliser tout le temps qu'il avait passé enfermé à cette sensation de liberté à l'extérieur. Son bras droit lui faisait encore mal à cause des menottes, mais c'était le cadet de ses soucis dans une telle situation d'urgence. Il fallait deux fois faire un accident mais bientôt, les portes du lycée apparurent à sa vue d'aigle. Bien que l'endroit était censé être désert, une voiture était garée sur le parking réservé aux professeurs.
Sans se soucier des règles de convenance, le lycéen brun entre à vélo à l'intérieur du bâtiment sans passer par le garage.
En face des portes d'entrée du bâtiment, il sauta quasiment de son engin en plein élan qui s'écrasa un peu plus loin au sol dans un dérapage douloureux.
Aujourd'hui était l'anniversaire de la fondation du lycée, alors les portes auraient dû être fermées et ne pas avoir le moindre étudiant aux alentours. Pourtant, les portes d'entrée étaient grandes ouvertes, laissant supposer que quelqu'un était bel et bien à l'intérieur. Son mauvais pressentiment était en train de se confirmer, faisant écho à tout ce qu'il avait appris plus tôt. Rapidement, Takao s'engouffra à l'intérieur de l'établissement, une boule de stress nouant son estomac. Il savait que ce fameux rituel était en train de se passer ici; il devait deviner où exactement se trouvait sa cible désormais et une idée était déjà incrustée dans sa tête.
Ce bâtiment, il l'avait vu un nombre incalculable de fois, quand Shin-Chan souffrait de ce mal étrange lorsque l'horloge sonnait à 18 heures. Probablement celui-là.
L'adolescent aux yeux gris s'arrêta net après avoir fait un pas à l'entrée, comme glacé d'effrois. Quelque chose n'allait pas dans l'atmosphère. L'air était horriblement moite et lourd, il le sentait jusque sur sa peau. Le lycée a-t-il était toujours aussi sombre, ou bien le ressentait-il comme cela parce qu'il n'y avait personne et que l'heure était avancée? S'engageant à l'intérieur, il s'approcha de la statue de la vierge Marie. Elle était horriblement sale. Et pas uniquement elle, mais toute l'allée était sale. Le sol semblait humide d'une espèce de boue croupie, mais étrangement localisée; on aurait presque dit les traces d'une chose rampante après son passage, tant une trajectoire était délimitable.
Il préféra ne pas s'attarder et longea les couloirs du réez de chaussée jonchés de casier qu'il connaissait par coeur pour déboucher sur le jardin intérieur. Toute la verdure était couverte des teintes rouges du crépuscule. S'enfonçant à l'intérieur, il avait son but bien précis sous les yeux sous l'apparence d'un bâtiment religieux... la chapelle. Pour lui, un lieu de cérémonie d'une secte qui avait érigé un culte quasi religieux, il n'y avait qu'un bâtiment comme cela où pouvait se dérouler un tel rituel aussi sacré. Il se dirigea vers le petit abri en descendant les escaliers, tombant sur une porte fermée. C'était là. Prêt à tout.
Le garçon ouvrit la porte et s'engouffra à l'intérieur alors que la fameuse fête battait son plein quelques étages au-dessus de lui.
OoOoOoOoOoOoOo
"Argh...!"
Chaque fois qu'il bougeait, les liens se resserraient sur son bras, irritant un peu plus sa peau. La masse longiline, semblable à un intestin déplié, pulsait régulièrement contre son corps, comme si elle réagissait à quelque chose. Attaché, Kise tentait comme il pouvait de se débattre, mais rampant au sol, il ressemblait davantage à un ver et n'arrivait pas à faire grand-chose à part se tortiller sur place. Les fluides émanant de la chose, trop visqueux pour être du sang, malgré leur teinte rouge, s'infiltraient à travers ses vêtements et formaient une deuxième pellicule sur sa peau en plus de sa sueur. Ce n'était pas à proprement parler horrible comme sensation, bien que désagréable, mais le blondinet savait que s'il commençait à se focaliser dessus, même un tout petit peu, il en vomirait de dégoût.
C'est pourquoi il préféra se concentrer sur son environnement... qui n'était guère mieux!
Tout l'intérieur de la pièce était désormais recouvert de part et d'autre de morceaux de chair en décomposition fretillants et qui rendaient l'atmosphère humide et lourde. Après un petit moment à avoir rassemblé ses idées, il s'était rendu compte que la pièce dans laquelle il se trouvait était une salle de laboratoire. Sans doute celle d'Akashi-sensei. Encore, il ne comprenait pas pourquoi son professeur était là, si ce n'est qu'il était forcément lié à ce message qu'il avait reçu. Pourtant il avait semblé conciliant à l'hôpital... Avait-il finalement changé d'avis pour lui tendre un piège et le forcer à faire... il ne savait quoi? Pourtant, Kise était sûr que ce message avait été de Midorima...
Alors qu'il endurait ce calvaire, les ambres du blondinet se dirigèrent vers son ami, bien plus contraint que lui, qui pourtant ne semblait pas vouloir se libérer de ces horreurs contrairement à lui. C'était comme si... comme s'il acceptait son destin. Ryouta ne comprenait pas pourquoi il se laissait faire alors que ses yeux bleus exprimaient clairement une détermination. Ils s'étaient beaucoup côtoyés, aujourd'hui, ils pourraient même dire qu'ils étaient amis et qu'ils se connaissaient mieux que quiconque. C'est pourquoi il était inconcevable que Tetsuya soit venue ici résolu à se soumettre à la volonté de ces choses ou de celle de leur professeur, peu importe la raison. Il y avait autre chose...
L'adulte aux cheveux rouges les regardait agoniser avec une expression satisfaite en levant ses bras.
"Ah... c'est incroyable... c'est donc à cela qu'ils ressemblent..." Déclara-t-il d'un air absent.
Il avait l'air d'analyser un phénomène naturel, comme il le ferait avec des insectes dans la nature ou des molécules au microscope. C'était à la fois fascinant et effrayant.
"Pour achever ses volontés sacrées, l'Origine a besoin de vous." Reprit-il d'un ton plus solennel, presque bienveillant. "Vous savez, Ryouta, Tetsuya, dans ce monde où l'humanité prospère, tout n'est qu'une question de survie pour les autres espèces, je ne vous apprends rien."
Encore... Il recommençait son discours comme s'il récitait un livre sacré avec ces yeux vides de tout équilibre mental.
"Vous faites parti de ces rares humains descendants directement de ceux qui ont reçu l'amour et la protection de ce qui fut un Dieu avant... Certains ont tenté de suivre sa volonté jusqu'au bout sans jamais y parvenir, mais beaucoup d'entre eux n'ont plus été reconnus comme des humains, et ils ont été rejeté du reste de la société. Parce qu'ils ont renié l'Origine, jusqu'à son existence, ils n'ont plus été capables de garder leur forme humaine... leur corps s'est progressivement détruit de l'intérieur pour devenir ce que vous voyez autour de vous. Et pourtant, leur âme et leur esprit sont restés alors que leur enveloppe charnelle n'existait plus. Ne restant que la colère et le désespoir, vous les voyez vivre sous une forme qu'ils ont rejetée lorsqu'ils étaient encore humains... Une forme inhumaine."
À ces mots, Kise se figea d'horreur en se remémorant leur discussion et son propre ressentit. C'est vrai qu'en plus de tous les symptômes qui survenaient avec sa crise sanglante, il se sentait toujours comme s'il était lentement... en train de disparaître. Physiquement. Peut-être se faisait-il des idées, influencé par ce discours, mais ces fatigues, ces sensations parfois de mourir dans son sommeil, n'étaient-elles pas un signe d'alerte? Aussi étrange que cela puisse paraître, tout faisait sens pour le garçon blond, alors même qu'il ne comprenait pas la moitié des termes employés... instinctivement, il les saisissait très bien, comme si une partie de lui avait toujours su cela. Mais alors... était-ce ce qui les attendait si jamais ils persistaient.
Craintif, il regarda de nouveau son homologue et écarquilla les yeux.
Malgré sa position critique et ce que venait de dire Akashi, sa détermination n'avait pas flanché et il continuait toujours de soutenir, à sa manière, silencieusement, sa résolution de ne pas se soumettre.
"Tetsuya..." Fit alors le professeur de Chimie, ayant très bien reçu le message. "Tu n'es pas un garçon stupide. Tu n'es pas encore prêt pour être l'élu, comme l'est actuellement Ryouta, mais viendra le jour où tu devras l'accepter. Tu es aussi rare, aussi précieux, aussi vénérable que lui. Ne te laisse pas gâcher simplement parce que tu veux être un humain. Tu ne le seras jamais, même si tu le désires et l'humanité finira par te rejeter quand tu deviendras comme eux."
À ces mots, l'enseignant leva ses bras sur le côté, comme s'il leur faisait signe de les entourer.
"Regardez autour de vous. Leur pitoyable existence!"
Un son humide resonna alors depuis le plancher pour venir les secouer tous les deux. Ils sentirent une pulsion. Forte. Profonde. Régulière. Un battement de coeur. Et pourtant, malgré cet avertissement, malgré les mots de l'adulte, Kuroko resta inébranlable, gardant dans ces yeux azurés cette lueur défiante et révoltée. Ça? Tout cela était censé être des personnes abandonnées par Dieu? Absurde! Ce Dieu n'existait pas, ni maintenant, ni jamais! Peu importe ce qu'il put faire avec sa chair, peu importe la vénération qu'il put susciter autour de lui. Aujourd'hui il n'était rien d'autre que synonyme de souffrance, de peur et de rejet. Rien de bon ne les attendait à suivre sa voie qui leur était imposé depuis leur naissance. Alors même si elle était pire, le garçon bleuté voulait suivre sa propre voie.
Akashi sembla comprendre ses sentiments, et eut une étrange expression, comme s'il s'y attendait et avait préparé sa réponse.
"Cependant, après leur déchéance, l'Origine a pris toutes ces âmes pour devenir leur sauveur en les réunissant autour de son corps. Son souhait n'est rien d'autre que de ramener ces âmes oubliées à une existence prospère où elles seraient enfin reconnues et leur donner une seconde chance."
Il employait un ton particulièrement doux et remplit de compassion mais encore, le garçon transparent ne flancha pas, pour la plus grande déception du professeur.
"J'entends leur voix depuis le début, vous savez... ils espèrent tout ce moment... quand le prochain Mesu se révèlera, atteindra son stade de maturité pour enfin se lier avec son Osu... alors il sera conduit au rituel... en sacrifice. Alors l'Origine sera ressuscitée dans sa forme la plus pure et enfin... toutes les chairs mortes trouveront la paix... Et ce moment est arrivé!"
Son regard se porta successivement sur les deux adolescents, un reflet de pure excitation clairement perceptible dans ses iris. Kise frissonna quand il sentit être lui-même happé dans la folie. Cette folie destructrice qui se matérialisait désormais autour d'eux et semblait elle aussi s'agiter de plus en plus au fur et à mesure qu'il continuait son discours. Il comprit qu'il n'était plus question de discuter ou de convaincre qui que ce soit dans cette position. L'adulte n'était plus en train de les convaincre d'obtempérer afin que ce souhait qu'il énumérait depuis le début se fasse. Il était simplement en train de leur dire qu'il se fera, avec ou sans leur accord.
"Il est temps... cet endroit fut jadis dédié au culte de l'Origine, là où nous sommes se situe son ancien autel."
Un ancien autel? Ici? Dans la salle de laboratoire? Mais comment était-ce possible? Mais maintenant que Ryouta y repensait, ce lycée n'était pas vieux... était-il possible qu'avant, il y avait eu un temple pour cette secte? Il avait entendu quelques rumeurs à ce sujet, comme quoi ce bâtiment, et celui situé à l'arrière d'ailleurs, avaient été construits sur un terrain maudit, ce qui fut une source d'histoire effrayante de fantômes et d'esprits. Mais il n'y avait pas vraiment fait attention, étant donné que les rumeurs de ce genre étaient monnaie courante dans son lycée. Il comprenait désormais que ce n'était pas due au hasard. Si ce lycée évoquait autant une atmosphère oppressante et mystérieuse, il y avait bien une raison.
L'adolescent blond n'aurait cependant jamais imaginé qu'elle ait cette forme.
"L'Origine, aujourd'hui dans sa plus grande faiblesse, à tel point qu'il ne peut plus se mouvoir seul." Continua Akashi d'une voix qui débordait d'émotion; une joie malsaine... "Cependant, si le rituel s'accomplit..."
L'enseignant aux cheveux rouges releva la tête en fermant les yeux, se penchant en arrière et humant l'air, comme s'il inspirait un grand bol d'air frais. Puis il se redressa pour marcher en direction des ténèbres provoquées par les rideaux, dans un coin sombre de la pièce. Les deux jeunes hommes le virent se pencher, comme s'il ramassait quelque chose avant de le voir revenir vers eux. Il tenait effectivement quelque chose dans ses bras qu'ils n'arrivèrent pas à identifier. On aurait dit une grosse masse que leur professeur tenait actuellement comme un bébé. En plissant les yeux pour mieux l'apercevoir, Kise sentit une étrange crainte monter en lui, comme s'il n'avait pas encore tout vu de l'horreur.
D'un coup d'oeil, l'extérieur semblait en effet lui donner une allure ronde, un peu comme une grosse pierre, de couleur très sombre, presque noire, mais des lignes rouges semblables à des vaisseaux sanguins sillonnaient la chose de part et d'autres. Des bosses saillantes étaient également visibles à la surface de manière ponctuelle avant de disparaître comme des vagues. Ces enflements ressemblaient à la réaction des tentacules qui enveloppaient le corps de Kise, presque comme s'ils leurs faisaient écho. Est-ce que ça venait de ce... rocher? Non, ce n'était pas un rocher. Cette surface semblait dure à première vue, mais plus il s'approchait, plus il avait l'impression de voir autre chose.
Plus comme... un énorme morceau de viande.
"Vous vous êtes encore dégradés depuis la dernière fois... c'est tellement triste." Fit alors Akashi d'un ton désolé.
Kise écarquilla les yeux. Cette chose était-elle vraiment...?
"Bien, nous allons pouvoir commencer ce rituel... Shintarô, Atsushi!"
Comme pour répondre à cette voix exaltée, un bruit curieux se fit entendre. Une sorte de mélodie. L'horloge. La sonnerie des 18 heures. Comme tous les jours, sans faute. Cependant, elle était différente. Ce son leur semblait instable, déformée dans leur tympan, comme si quelqu'un la jouait au ralenti dans de mauvaises fréquences. C'était très désagréable et très étrange.
Soudain, la silhouette de deux personnes apparurent au seuil de la porte de la salle de laboratoire. Des silhouettes grandes, très grandes, au point qu'ils ne purent voir leur visage sans devoir relever la tête. Mais même sans cela, ni Ryouta, ni Tetsuya n'eurent à réfléchir bien longtemps pour deviner de qui il s'agissait. Ils furent à moitié surpris en les voyant s'approcher, confirmant leurs soupçons. Avançant vers eux dans les ténèbres, leur visage furent finalement visibles quand leurs yeux s'habituèrent à la pénombre. Des cheveux verts et violets. Comme ils s'y attendaient. La question n'était pas tant sur ce qu'ils étaient... mais pourquoi ils étaient là, eux aussi? Si la réponse était plus évidente pour Midorima, elle l'était moins pour Murasakibara.
Cependant, ces interrogations furent rapidement remplacées par d'autres quand Kise et Kuroko aperçurent les yeux de celui qui était normalement vert.
Ils étaient rouges et gonflés, comme s'ils étaient enflammés ou infectés par une quelconque maladie qui ferait hurler n'importe quel ophtalmologue. Du sang coulait des pupilles du superstitieux qui avait retiré ses lunettes. Ce qui était étrange, c'est que ce phénomène ne touchait absolument pas son homologue à côté de lui qui, par ailleurs, n'en semblait absolument pas choqué, ou même étonné. Mais ce n'était pas le plus important chez le garçon myope... son menton, son cou, sa main droite et sûrement d'autres parties du corps cachées par l'uniforme... Ils étaient rouges de part et d'autre. Mais d'un rouge très sombre, comme de la rouille ou de la moisissure, irrité en surface, comme si on avait gratté la peau à vif avec des ongles.
Oubliant leur propre situation, les deux captifs ne purent qu'observer leur camarade, interloqués.
Ils n'eurent pas le temps de s'interroger davantage qu'un énorme fracas se fit entendre à l'étage inférieur. Les cinq personnes se regardèrent, plus ou moins surprises, en fronçant les sourcils et confirmant par ailleurs qu'ils ne l'avaient pas imaginé. Quelque chose s'était produit en bas. Quelque chose que visiblement, personne dans cette pièce n'avait prévu. Pas même leur enseignant qui secoua la tête d'un air contrarié. Il posa alors l'immense bloc de chair délicatement par terre et se dirigea vers Kuroko. L'adulte n'eut qu'à faire un signe de tête pour que les masses tentaculaires autour de son élève se retirent immédiatement. Il détacha les liens autour de ses pieds et le força à se mettre debout, lui tenant fermement ses poignets toujours attachés avec une corde.
Sur un regard entendu avec les deux lycéens qu'il avait appelé, comptant sur eux pour surveiller en son absence, il quitta la pièce en compagnie de Kuroko qui lança un dernier regard désolé à Kise, le laissant seul et impuissant.
