Douceur liquide
Auteur: Woshi
Disclaimer: Ni Kuroko no Basket, ni Sweet Pool ne m'appartiennent
Raiting: M pour cause de scènes sanglantes et sexuelles
Genre: UA, Angst, Drame, Tragedy, School life, Romance, Yaoi, Gore, Surnaturel, Mpreg d'une certaine manière
Note: Punaise, j'ai réussi (à peu près) à tenir mes délais, je ne sais pas comment j'ai fait X'D Bref, voici un chapitre riche en action, même si je pense qu'une partie de mon lectorat va avoir très mal à son kokoro en le lisant 8'D Mais il faut bien passer par là. Pour le prochain chapitre, j'espère vous le donner avant Japan Expo, sinon ce sera après, désolée (je rentre dans un gros rush X'D). Bref, bonne lecture et comme toujours, merci pour vos review!
[ Sweet Pool OST - Instinct ]
Combien de temps était-il ainsi allongé grossièrement au sol en attendant que quelque chose se passe.
Les tentacules continuaient inlassablement de l'entraver, laissant de part et d'autre des traces rouges et humides sur sa peau sans qu'il puisse y faire quoi que ce soit. Plus que tout, la sensation froide et gluante de la chair pourrie contre lui était insupportable. Ce n'était pourtant pas comme si les formes longiline faisaient quoique ce soit à son corps à part l'enlacer, mais rien que ça suffisait à le dégoûter. L'odeur nauséabonde qui se dégageait de la pièce accentuée par la chaleur infernale qui y régnait achevait de le rendre malade. S'il n'avait pas déjà vécu une expérience qui l'avait amené au contact d'un environnement similaire dans le passé, il aurait sans doute perdu la raison à force de rester dans cette position.
Non loin de Kise, dans la même pièce, se trouvaient Midorima et Murasakibara qui regardaient la scène d'un air indifférent, comme si sa captivité ne les regardait pas.
Le superstitieux, en particulier, semblait terriblement calme alors même que la simple vue de ses choses suffirait normalement à le rendre furieux. Son teint livide donnait l'impression d'un cadavre inanimé et ces particules rouges de part et d'autres de sa peau accentuaient cette sensation de malaise que le blondinet ressentait en posant ses yeux ambre sur lui. Ce n'était pas normal. Enfin, rien n'était normal depuis qu'il avait franchi le seuil de ce lycée, mais l'adolescent vert en particulier était inquiétant. Et même le violet, ce qui pourrait apparaître comme sa nonchalance habituelle n'avait plus rien de naturel. Il ressemblait davantage à un pantin sans vie.
Jusqu'alors, aucun des trois ne voulut rompre le silence depuis la sortie de leur professeur commun. Finalement, ce fut à Shintarô de dire quelque chose, ses lèvres étirés en un sourire étrange.
"On s'ennuie ici...Ça vous dirait d'entendre une petite histoire tous les deux? Ou plus précisément, un complément à celle d'Akashi."
"Qu'est-ce que tu racontes, Midochin?" Enchaîna alors Atsushi d'un ton méfiant.
Le concerné se tourna vers lui avec un regard curieux puis se reconcentra vers Ryota.
"Il existe une raison pour laquelle le Mesu est si précieux pour l'Origine. Il détient quelque chose qui lui permet de subsister, quelque chose que l'Origine lui-même à cédée aux humains, et qu'il peut récupérer pour allonger sa durée de vie en cas de nécessité."
Il fit une petite pause, se dirigeant alors doucement vers le blondinet sous les regards intrigués de ses deux camarades qui attendaient la suite.
"Encore et toujours la même chose: sa chair. Il est dit que la chair du Mesu, de par sa pureté, pourrait redevenir une partie de l'Origine et, sans pour autant reconstituer son corps, au moins le nourrir assez pour ralentir sa dégradation."
"Maintenant que tu le dis... Aka-Chin avait mentionné quelque chose comme ça..." Fit remarquer Murasakibara d'une voix morne.
"Eh oui..." Affirma Midorima, refermant encore plus l'espace entre lui et Kise. "Pas la peine de se demander comment ce tas de viande a pu survivre tout ce temps... Il s'est nourri des Mesu qui n'arrivaient pas jusqu'au bout du rituel... ou plutôt, on lui sacrifiait les Mesu qui refusaient d'aller jusqu'au bout."
Le lycéen blond écarquilla ses iris miel en entendant cette nouvelle. C'était encore plus horrible qu'il ne le pensait. Les Mesu étaient sacrifiés pour le bloc rouge qu'il voyait plus loin? Simplement pour sa survie? Mais pourquoi diable iraient-ils aussi loin pour une chose aussi immonde? C'était quelque chose qui le dépassait mais surtout... Il comprenait un peu mieux la raison pour laquelle ils les avaient attirés ici lui et Kurokocchi. Et cela ne lui plut absolument pas. Avaient-ils l'intention de les donner en sacrifice à cet "Origine" si jamais ils ne faisaient pas ce qu'ils leur demandaient?
Quand Shintarô s'arrêta en face de lui et que leurs yeux se croisèrent, il sut exactement ce qu'il pensait.
"Hey, Midochin, qu'est-ce que tu fais?"
La voix d'Atsushi qui avait perdu de sa nonchalance fut couverte par un petit bruit métallique. Le superstitieux venait de sortir quelque chose de sa poche. Il s'agissait d'un petit couteau rétractable dont la lame était néanmoins assez affutée pour faire mal et sans doute transpercer quelqu'un. Son bras tenant l'arme se leva alors et il regarda sa proie d'un air déterminé. Sentant un danger imminant arriver, les entrailles du captif se resserrèrent. Il était attaché, incapable de fuir, encore une fois, et son destin entre les mains de ce mec. Mais plus que le désespoir d'être encore une fois dans une position de faiblesse, il se sentait surtout révolté.
"Il ne sera jamais prêt de toute façon, alors autant que sa mort serve à quelque chose." Murmura Midorima d'une voix calme et froide.
"Non!"
Sentant la mort approcher, Kise leva la tête face à son agresseur sans sourciller.
Néanmoins, quand il vit le bras commencer à se mouvoir, il ferma instinctivement ses yeux, sans doute par réflexe de survie. Malgré toute sa volonté, il n'arrivait pas à se résoudre de se voir mourir. Il eut simplement le temps de voir le grand lycéen se précipiter sur eux, sans doute pour éviter l'irréparable, mais il n'aura jamais le temps d'empêcher son homologue de faire ce qu'il voulait faire. Un song visqueux et un gémissement de douleur résonnèrent alors à ses oreilles. Mais ils ne vinrent pas de lui. Et aucune partie de son corps ne signala quelque chose. Ouvrant les yeux pour vérifier la réalité, il put voir Shintarô retourné contre Atsushi qui avait une grimace déformant son visage.
Le bout du couteau était planté dans son estomac. L'adolescent violet écarquilla ses yeux bleus en fixant celui qui tenait l'autre bout de l'arme et haleta avec une expression choquée. C'était sans doute la première fois qu'ils purent le voir avec un visage aussi déformé par les émotions, lui qui d'habitude restait blasé. Un liquide rouge commençait à s'écouler à leur pied pour se mélanger à celui des choses grouillant autour d'eux. Le grand corps tremblait, autant par la douleur que par la surprise d'avoir été blessé par celui qu'il considérait vraiment comme un de ses semblables.
"Mido... chin... pourquoi...tu..."
"Tu sais... t'es vraiment un idiot, Murasakibara."
En disant cela d'un ton méprisant, l'adolescent vert retira son couteau de la chair, accompagné d'une plainte douloureuse de la part de son camarade.
"Je me fous complètement de votre Dieu... comme si j'allais l'aider à survivre un peu plus..."
Le garçon aux cheveux violets se tint le ventre de sa grande main pour tenter de retenir l'hémorragie lorsque la plaie se trouva découverte et recula, butant contre le mur. La scène se passa tellement lentement qu'on aurait pu croire à un ralentissement du temps. Une large quantité de sang s'écoula de la blessure pour s'écraser au sol pour former une flaque à ses pieds. Sa respiration haletante et douloureuse fut dénuée de parole; il ne put que regarda son homologue d'un air perdu. Ce dernier, ses mains peintes de ces eaux pourpres, eut un sourire tordu en le voyant agoniser de la sorte.
"L'Origine hein... ne vous foutez pas de moi... vous êtes tous fous de croire en une chose aussi immonde... s'il n'avait pas existé, alors je... je..."
Midorima s'arrêta dans sa phrase où l'on pouvait sentir une hésitation due à sa colère qui montait. Une lueur de fureur passa dans ses yeux, ordinairement vert, désormais d'un rouge douloureux. Il tint son couteau à deux en se détournant de Murasakibara et Kise, qui jusque-là n'avait pu que regarder ce retournement de situation aberrant. Le superstitieux se dirigea d'un pas titubant vers le gros bloc de chair. Les yeux bleus du plus grand s'écarquillèrent, comme s'il comprenait quelles étaient ses intentions. Il n'arrivait plus à bouger, encore sous le choc et la douleur.
"... Je n'aurais jamais eu à vivre avec un corps pareil!" Termina alors Shintarô dans un cri haineux.
"Ne fais pas ça!"
Un son lourd resonna dans la pièce scientifique lorsque la lame transperça ce qui était censé être l'Origine.
"Parce que quelque chose comme ça a existé... parce que cette horreur a osé!"
Le superstitieux retira son arme pour mieux la replanter dans l'organe géant. Encore. Et encore. Et encore. Dessinant d'innombrables traits profonds sur ce tas rouge, les sons humides se succédèrent désagréablement, couvrant les gémissements du plus grand, et bientôt, le sang vint tâcher chaque parcel de peau de l'adolescent myope. Poignardé sans merci, le morceau de chair énorme commença à perdre du volume sous la perte trop abondante de son liquide vitale, comme un ballon d'eau percé de part et d'autre. Il jaillissait de part et d'autre pour aller se répandre sur le sol à son tour et se mélanger aux autres, provoquant une mini-marée carmin.
"Ah... non... Akachin..."
Dans ce cri de désespoir, Atsushi se força à se mouvoir, non en direction de son ancien camarade, mais vers la porte de sortie de la salle de classe. Il tituba, fit tomber ce qui n'était pas encore par terre et laissa derrière lui une trainée de sang, mais Shintarô ne fit aucun mouvement pour le retenir, trop obnubilé par la mort de ce qui lui avait pourri la vie depuis sa naissance. Une forte odeur de rouille étouffa l'air dans la pièce, surplombant la puanteur de la viande avariée, et enfin, le superstitieux arrêta ses mouvements alors que tout son corps tremblait encore sous l'adrénaline. Le gros bloc rouge était désormais découpé en petit morceau et ne ressemblait plus à rien de sa forme originelle.
Le silence suivit cet instant de pause où seul la respiration des deux lycéens put être entendue.
Après avoir été aussi enragé, le visage de Midorima se retrouva soudain sans expression, comme s'il avait oublié comment il devait réagir. Le rouge qui l'avait éclaboussé de part et d'autre et recouvrait le vert de ses cheveux, en plus du reste de son corps, lui donnait une apparence terrible. Détendu, il se redressa, son couteau en main alors que ses yeux rougis ne reflétaient plus rien. Il les reporta sur Kise qui, peut-être à cause de la mort du bloc de chair, n'était plus recouvert par les tentacules pourpres, celles-ci s'étant retirées. Il marcha alors dans sa direction beaucoup trop calmement.
"Enfin, on se retrouve tous les deux seuls, Kise."
Ce dernier préféra ne rien répondre, ne se rendant compte que maintenant qu'en effet, l'autre leur avait faussé compagnie.
"Durant tout ce temps, tu voulais savoir n'est-ce pas? C'est pour ça que tu es venue ici."
Kise sentit une sueur froide traverser le long de sa colonne vertébrale sous la pulsion d'une intense terreur en voyant Midorima le fixer comme ça, son arme en main et ses vêtements ensanglantés. Je vais me faire tuer. Son corps était cependant toujours attaché par les cordes et il était incapable de bouger pour sauver sa peau. L'adolescent s'approchait à pas lents mais déterminé. Un petit gloussement sortit de ses lèvres, comme s'il s'amusait de voir son camarade se débattre contre l'inévitable. Mais cette fois, il n'y avait plus aucune folie dans son rire. Il avait en face de lui quelqu'un qui savait ce qu'il faisait. Et c'était d'autant plus effrayant.
Une fois arrivé à ses côtés, il plia les genoux pour être à sa hauteur et vint lui caresser la joue.
"Tu sais... j'ai toujours été attiré par toi, à cause de ton odeur. Oui, à cause de ça, je te détestais. J'avais envie de te détruire, mais en même temps... tu es un précieux Mesu qui est enfin arrivé à maturité. Le seul jusque-là. Alors quelque part, je ne pouvais m'empêcher de te désirer... même si je voulais ta mort. C'est très contradictoire comme émotion, hein!"
Sa voix resonnait d'extase, en même temps qu'une pointe d'ironie était clairement perceptible. Un fluide collant et poisseux s'écoulait entre leurs deux peaux: celle de la main et celle du visage, rendant d'autant plus désagréable ce contact. Le sang qui s'écoulait jusqu'au menton de Shintarô s'écrasa au sol lorsque Ryota remonta ses yeux pour enfin le regarder. Ses yeux gonflés de rouge semblaient vides de toute vie. Il n'y avait aucune lueur perceptible, comme si à l'intérieur, le lycéen ne ressentait déjà plus rien. La main qui touchait sa joue descendit jusqu'à ses lèvres puis le força à remonter le visage pour qu'ils se regardent directement.
"Tout ce qui est arrivé jusqu'ici est de ta faute. Toi, le Mesu entouré d'Osu. Nous allions tous finir par sombrer dans la folie ou mourir à notre tour. C'était inévitable, parce que tu étais là... ton odeur... et ces foutus sentiments superficiels qui nous manipulaient tous autant que nous sommes! Mais tout ça va enfin s'arrêter."
Le blondinet sentit alors quelque chose contre sa gorge.
Froid et dur, comme du métal. Il comprit que c'était une arme, sans doute le couteau dont il s'était servi plus tôt pour poignarder Murasakibara.
"Ce fut un plaisir... Adieu."
Son corps se tendit au maximum. Il retint sa respiration et tourna son visage. Encore une fois, il allait se voir mourir et pourtant, jamais il ne sera habitué. C'était quelque part un supplice, à chaque fois, de voir quelqu'un tenter de prendre sa vie et de la laisser en suspens. Peut-être à cause de ça, cette fois, il ne fit rien. Il cessa de se débattre, sachant que c'était peine perdue. Si c'était son destin, alors soit. Ses iris ambre se fermèrent hermétiquement. La pression contre sa gorge commença à lui faire mal. Il allait sans doute lui couper la carotide d'un mouvement vif. Au moins, ça ne lui fera pas endurer un calvaire long et insoutenable. Encore un peu plus, juste un petit peu plus et...
Kise entendit le son de la porte qui s'ouvrit.
Midorima se stoppa dans ses mouvements, laissant sa vie suspendue contre la lame d'acier. Le blondinet ne put s'empêcher de déglutir alors qu'une seconde aurait suffi pour en finir définitivement. Toujours, au moment où il se croyait enfin libéré de cette vie et de sa souffrance, qu'il s'était fait une raison, tout s'arrêtait. Au final, il ne savait s'il devait en être soulagé ou déçu tant ça devenait une torture pour lui. Les deux lycéens tournèrent leurs yeux vers la même direction. Une silhouette, uniquement visible grâce à la petite lumière orangée traversant le rideau sombre, entra dans la salle à pas vifs. Quand il se rapprocha et devint plus visible, ils ne pouvaient pas se tromper.
Il s'agissait d'Aomine.
"Aominecchi..."
Un rire cynique s'échappa de la gorge de Shintarô alors qu'il fixa son semblable d'un air narquois, sans être plus inquiet que cela de sa présence.
"Enfin tu es arrivé, tu es en retard, crétin!" Lâcha-t-il d'un ton moqueur qui fit l'effet d'une pluie d'aiguilles pour sa victime. "Cela fait combien de temps depuis que je t'aie envoyé ce message?"
Ryota le regarda d'un air ahuri en assimilant ces informations. C'était donc vraiment lui qui lui avait envoyé ce message pour l'attirer ici? Il aurait pourtant juré, après ce qui s'était passé, que ce fut plutôt Akashi-sensei... Non, ça ne changeait rien au final, puisque l'adolescent vert semblait être plus ou moins lié à son professeur, il l'avait bien vu dans la manière dont il leur avait parlé, à lui et Murasakibara. Cependant, à en juger par ce qu'avait dit le superstitieux, il avait aussi envoyé ce message à Aominecchi mais... Pourquoi? Pourquoi avoir fait venir son camarade de classe ici? Cela n'avait aucun sens!
Le lycéen sans lunette retira enfin son couteau de la gorge du blondinet, au grand soulagement de ce dernier, puis se releva lentement pour faire face au nouvel arrivant. Le garçon bronzé garda une distance de sécurité après avoir constaté qu'il n'attentait plus à la vie de son camarade, et préféra ne plus s'avancer vers lui. L'expression sur son visage cerné n'avait, a priori, pas changée, mais Kise pouvait sentir une étrange aura intimidante émaner de lui, comme une colère sourde, animale, presque bestiale. Il sentit une sueur froide descendre dans sa nuque, car la dernière fois qu'il avait senti cela chez lui, ça ne s'était pas bien fini.
"Tu sais que Kise aurait pu mourir si tu étais venu quelques minutes plus tard? Enfin, pas que ça m'aurait dérangé..." Déclara Midorima avec ce même sourire narquois qui ne lui allait pas.
"C'est quoi ce bordel..." Marmonna alors Aomine d'une voix assez profonde pour faire trembler l'atmosphère d'une pulsion meurtrière.
"C'est la cérémonie, bien sûr! Ne fais pas celui qui ne sait pas alors que l'autre fou prépare ça depuis le début."
"Où est-il?"
"Il s'est éloigné pour nous laisser un peu d'intimité, sûrement pour s'occuper d'un élément perturbateur... tant mieux, je voulais vous réunir toi et Kise ici."
Sa voix perdit petit à petit en moquerie pour devenir beaucoup plus sérieuse.
"Une cérémonie dans ce qui fit un autel sacré. N'est-ce pas fantastique? C'est ce qu'ils voulaient après tout, depuis le temps qu'ils galèrent à trouver un Mesu qui puisse survivre jusqu'à sa maturité. Et pouvoir enfin l'accoupler avec leur favori, hein!"
Daiki retint un grognement de colère en écoutant les explications de Shintarô, comme s'il comprenait exactement ce à quoi il faisait référence. Bien sûr, lui et Kise étaient les premiers visés dans ces propos. Cela confirmait bien les attentions d'Akashi, mais encore , le blondinet ne comprenait pas comment ils voulaient en arriver là. Mais aussi, cela voulait dire que... que son camarade savait tout depuis le début, et était donc plus ou moins lié à ces évènements. Le garçon aux yeux ambre savait qu'il ne devrait pas en être surpris, puisque le mâté avait toujours semblé en savoir plus ou moins sur lui... non, sur eux. Mais l'apprendre à vive voix qu'il y avait consentie lui faisait quand même un choc.
Sans le quitter des yeux, les lèvres de Shintarô se tordirent dans une forme inhumaine.
"J'ai toujours attendu ce moment... tellement... tellement longtemps... Aomine, toi... tu... tu es juste une horreur!"
Hurlant ces mots avec une agressivité apparente, Midorima se jeta sur Aomine, son arme pointée sur lui dans la claire intention de le tuer.
L'adolescent bronzé réussit néanmoins à bondir en arrière à temps pour éviter de se faire transpercer, mais le couteau déjà ensanglanté érafla son bras, causant une légère taillade. Une ligne rouge se traça alors tout le long de son coude jusqu'à son poignet. Midorima repartit à la charge, agitant son bras qui tenait le couteau encore et encore, en essayant désespérément de le toucher. Plusieurs fois, la lame menaça de se planter dans la peau foncée sans jamais y parvenir. Ses gestes n'étaient plus du tout réfléchis, mais uniquement guidés par une fureur animale que son adversaire esquiva tant bien que mal, accentuant encore plus sa haine envers lui.
Saisissant une opportunité, Daiki attrapa le bras de Shintarô qui tenait l'arme blanche pour le relever au-dessus de sa tête, et ainsi le couper dans son élan.
Les deux lycéens se regardèrent alors en chien faïence, leur vie suspendue pendant ce laps de temps où leur respiration saccadée se mélangèrent.
"Pourquoi..." Reprit le superstitieux sans perdre de sa rancoeur. "Pourquoi tu es si parfait alors que moi, je serais toujours un raté!"
Il baissa la tête en serrant les dents comme s'il tentait quand même de retenir ce trop-plein d'émotions négatives qui était en train de déborder malgré lui.
"Sais-tu combien j'ai souffert chaque jour à cause de ce corps? Chaque jour pire que le précédent... avec cette pourriture à l'intérieur de moi! Juste parce que je suis un de ses descendants... mais je n'ai jamais voulu cette famille! À cause de ça, je meurs chaque jour, lentement, et tout le monde me déteste... même ma propre espèce me méprise... je les hais tellement!"
Ses idées semblèrent s'embrouiller, mais il releva la tête pour faire face à son adversaire qui n'avait pas bronché tout le long de son monologue.
"Mais toi, tu es un Osu accompli... tu as même trouvé ton Mesu! Ce n'est pas juste! Personne... non personne de cette foutue espèce ne devrait avoir le droit à ça! Cette saleté... ne mérite pas de voir son voeu accomplit! Toi... tu devrais juste mourir!"
Ses hurlements remplis de rage resonnèrent finalement dans toute la pièce dans une explosion qui résultait sans doute d'années de colère ravalée en lui qui s'étaient accumulées. Midorima se dégagea de la prise d'Aomine d'un geste violent et reprit en main son couteau en le brandissant. Avec un coup puissant, il espérait toucher un point vital. Mais encore une fois, il échoua dans sa tentative, trop peu habitué à se battre. Un coup de chance lui fit atteindre l'épaule du basketteur, provoquant une méchante plaie saignante, le faisant grimacer de douleur. Le visage du superstitieux se déforma d'une joie malveillante.
Cependant, l'adolescent bronzé eut le réflexe à ce moment d'attraper la main de son ennemi, qui se figea alors de cette fausse victoire.
Il tenta de la retirer de la poigne, mais Daiki le tint fermement pour la relever encore une fois au-dessus de lui et créer une ouverture. C'est tout ce qu'il eut le temps de se rendre compte avant que l'impact n'arriva.
"Argh!"
Le coup de poing s'abattit sur son visage, et le corps de Shintarô se retourna sous la violence du choc. Abandonnant son couteau, il se recroquevilla par réflexe pour se protéger. Le bleuté retint alors sa respiration et retira lentement le couteau de son épaule avec un grognement. Le sang suinta de la blessure à travers le haut de son uniforme qui forma bientôt une tache rougeâtre. Jetant l'arme sur le côté, il réduit rapidement la distance entre lui et le garçon vert pour l'attraper par le col avant qu'il n'ait le temps de s'enfuir. Le bleuté resserra son poing avant de l'abattre sur son estomac. Une nouvelle plainte vint l'accompagner juste près.
Avec un bruit sourd, Midorima tituba en arrière. Son visage déformé par la douleur lassa s'écouler librement du sang de son nez et sa bouche, déjà bien mals en point. Aomine continua néanmoins de s'acharner sur lui, avançant à chacun de ses pas en arrière. Les coups pleuvèrent sur le superstitieux, ses gémissements de douleur se mélangeant au son des os cassés. Incapable de parer les coups et affaiblit passablement, il ne pouvait que tenter de se protéger ses endroits les plus sensibles, sans réelle efficacité face à la force brute du mâté. Rien ne semblait le retenir, ni pouvoir l'arrêter.
La scène épouvanta Kise de terreur.
C'était d'une violence qu'il n'avait encore jamais vue chez Aominecchi, même lorsque Kagamicchi l'avait attaqué. Son regard tomba dans la piscine de sang qui gagnait toujours plus de place sur le plancher de la pièce. Je ne veux plus entendre ça. Je veux couvrir mes oreilles. Je veux l'arrêter! Après avoir repris ses esprits et s'être débattue comme un damné, les cordes qui retenaient le blondinet commencèrent enfin à se relâcher autour de lui. Ses bras bougèrent de mieux en mieux jusqu'à ce qu'enfin, il puisse les libérer totalement. Ne perdant pas une seconde, il défit ce qui restait de liens entravant son corps puis trouva le courage de se précipiter sur son camarade.
Ce dernier était en train de lever son poing une énième fois vers le ciel. Au moment où il allait encore s'abattre sur sa victime, Ryota l'attrapa par-derrière pour le stopper dans son élan.
"Aominecchi!"
Sa main recouverte de rouge redescendit vers le lycéen blond dans un sursaut d'inconscience. Il crut être quand même emporté par la force, tant il n'avait pas l'habitude d'y faire face, mais le bras se figea, de même que le temps. Un silence lourd entrecoupa alors leur respiration saccadée et les yeux ambre regardèrent celui qui subissait depuis tout à l'heure les assauts. Son visage était tellement ensanglanté qu'il leur était désormais impossibles d'apercevoir la couleur originelle de ses cheveux, ou même de sa peau! Les ecchymoses étaient sans doute aussi d'une couleur très sombre, et une bonne partie de son squelette devait être brisée.
"Arrête!" S'exclama alors Kise d'une voix paniqué. "Si tu continues, tu vas le..."
Aomine se retourna alors lentement pour le regarder par-dessus son épaule. Le visage du blondinet blêmit quand il aperçu la lueur bestiale dans ses yeux couleur marine. Son visage était également assombrit de la couleur pourpre et ses pupilles reflétant un désir incontrôlable de tuer le rendirent encore plus terrifiant. Sa colère était clairement perceptible sans qu'il n'ait besoin de dire quoi que ce soit. C'était comme si, en l'espace d'une seconde, il avait perdu toute raison pour laisser ses plus sombres pulsions meurtrières prendre le dessus sur lui. Pendant un instant, l'adolescent blond trembla d'être le suivant et instinctivement, il se tendit en attendant le coup.
Mais lentement, Daiki désserra son poing alors que ses iris bleus ne quittèrent pas les orbes miels de Ryota.
Il relâcha le col de Shintarô, dont le corps meurtrit retomba lamentablement au sol dans un bruit lourd, ses jambes semblant incapable de le supporter. Sa frange cacha ses yeux injectés de rouge mais ses lèvres semblèrent se serrer. Pendant un moment, le blondinet fut soulagé, pensant que tout soit fini. Mais la voix du garçon vert s'éleva alors, plus méprisante que jamais.
"Te...fous... pas de moi!"
Tout en crachant ces mots haineux, Midorima se releva dans un étrange tremblement et cibla Kise. Une sensation de brûlure perça alors la cuisse de ce dernier. Surpris, il baissa son regard doré pour voir le couteau, précédemment utilisé, planté dans sa jambe. La chance voulue que le superstitieux soit tombé juste à côté et l'ait sans doute ramassé. Il croisa des iris remplies d'une colère aussi destructrice que celle d'Aomine. Il avait été idiot de penser que les coups du bleuté aient calmé son hardeur, encore plus d'avoir imaginé qu'il ne lui ferait plus rien. Sans doute avait-il pris son inquiétude pour de la pitié et son orgueil ne l'avait pas supporté.
Maintenant, il en payait le prix fort.
"Argh!"
Le visage de l'adolescent blond se déforma de douleur. C'était comme si des ongles étaient profondément incrustés dans sa chair et le griffaient de l'intérieur. Il flancha sous le choc.
"Regard moi ça..."
Avec un rire mauvais, Shintarô se releva, comme s'il n'avait plus rien à faire de lui et recula, satisfait. Les yeux bleus de Daiki se plissèrent dangereusement. Sans hésiter, il sortit le couteau de la cuisse de Ryouta d'un geste sec et se retourna contre son adversaire. Celui-ci n'eut pas le temps de sentir la menace, ne pouvant l'éviter. La main tenant l'arme se pressa contre son estomac. Une couleur sombre s'ajouta alors aux nuances qui peignaient déjà ses vêtements. Il eut l'impression que la scène se passait au ralenti sous ses yeux, presque comme s'il la regardait de l'extérieur. La sensation de la lame le fit vite revenir à ses sens alors que le maté l'enfonça plus profondément, ne voulant lui laisser plus aucune chance
"Arh...hrh..."
Cette fois, aucun gémissement, aucun grognement, aucun son manifestant son supplice n'arriva à sortir de sa gorge. Les yeux écarquillés d'effrois, Midorima sentit son dos buter contre le mur de la pièce alors qu'Aomine le forçait à reculer, son arme toujours en lui. Ses iris autrefois émeraude restèrent fixées sur son bourreau alors que ses doigts tremblant s'agrippèrent aux rideaux sombres pour ne pas tomber. Il sentit alors un vide dans son ventre, comprenant que le couteau venait d'être retiré quand le bleuté recula devant lui. Toute sa force le quittant en même temps que son énergie vitale, il glissa par terre, emportant dans sa chute le tissu noir qui jusqu'alors cachait la pièce de l'éclairement du crépuscule.
Une vive lumière envahit alors cette partie de la salle.
Les yeux de ceux qui étaient encore debout se plissèrent d'avoir soudain quitté la pénombre. Quand ils s'habituèrent aux rayonnements, une seule chose percuta leur vision. Le rouge. Sur le sol. Sur les murs. Sur le plafond. Sur le mobilier. Sur les objets. Sur les personnes. Partout. Tout était d'une couleur encore plus profonde que le sang. Les morceaux de chair baignaient tous dans une piscine pourpre, ainsi que le corps mortellement blessé et immobile de Shintarô. Cette scène atroce projetée sous le soleil leur semblait encore plus cruelle comme ça, et pourtant, encore plus irréaliste.
Ils furent interrompus dans leur contemplation morbide par le son de quelque chose qui brûlait.
C'était l'immense bloc de chair que tout le monde avait oublié pendant la bataille. Pourtant, il était resté là, comme un spectateur passif et invisible de cette tuerie. À présent, ce qui se nommait "Origine" émanait une sorte de fumée et le sang recouvrent le sol autour de lui semblait en ébullition. C'était comme s'il était en train de s'évaporer comme de l'eau. Il se consumait, comme s'il était à l'agonie. Le son de son évaporation sonna comme un cri d'agonie. Bientôt, il n'en resta plus rien si ce n'est une des innombrables flaques carmines qui vint bientôt se mélanger au reste de la mare sanglante autour d'eux.
Puis encore, un silence où seules trois faibles respirations se mélangèrent.
Finalement, Ryota se releva, oubliant temporairement la douleur dans sa cuisse poignardée et s'approcha de Daiki pour vérifier son état bien plus grave que le sien. Il rata un bêtement en voyant que ses blessures étaient plus profondes qu'elles ne le paraissaient. Et saignaient trop! Il devait trouver quelque chose pour faire un garrot jusqu'à ce qu'il puisse le soigner! Peut-être avec ses vêtements... Cependant, avant qu'il ne mette son plan à exécution, il remarqua que le sang, supposer se déverser librement de ses plaies, ralentissait déjà dans son débit. Bientôt, plus aucune goutte ne sortit de la blessure qui était déjà en train de se refermer manière visible.
Cela lui rappela une scène similaire après que Kagamicchi l'avait attaqué. Il n'avait donc pas rêvé à ce moment-là.
Mais le temps de ces interrogations était déjà dépassé. Ses orbes miel se plongèrent dans les saphirs de son homologue. La pulsion meurtrière qu'il put y lire avait totalement disparu et son regard était redevenu normal. Il n'aurait jamais cru être un jour soulagé de voir ces yeux durs, même s'ils lui étaient adressés. Une main bronzée lui prit alors le poignet, qu'il regarda dans un état second. La poigne n'était ni imposante, ni autoritaire. Elle semblait plus... rassurante. Comme s'il voulait lui montrer qu'il y avait toujours un lien auquel il pouvait se rattacher. Un lien fort. Il ne se dégagea pas, conforté d'être tenu ainsi.
"Partons."
Oui. Partons. Rentrons.
Le blondinet acquiesça, simplement. Sans doute n'était-ce pas une bonne idée de partir en laissant les choses dans cet état, mais à l'heure actuelle, cela ne valait plus la peine de penser à ça. Après tout ce qui s'était passé. Cela n'avait plus d'importance. La blessure dans l'épaule du bleuté guérirait sans doute rapidement, mais ce n'était pas la même chose pour lui. Sentant la faiblesse de son corps revenir au grand galop, Kise suivit Aomine en boitant jusqu'au seuil de la porte, tentant tant bien que mal de supporter la souffrance quand enfin, ils furent dehors.
OoOoOoOoOoOoOoO
Quand ils quittèrent la salle, ils s'arrêtèrent immédiatement sur place pour regarder autour d'eux.
Il y avait quelque d'étrange dans le couloir, comme une présence imposante qui était littéralement en train de les encercler. C'était comme si des milliers de personnes cachées dans les murs frétillaient de partout et les observaient de leurs paires d'yeux. Il y avait d'insupportables gémissements, des respirations saccadées et des lamentations hystériques qui semblaient soufflées dans leurs oreilles. Impossible de dire si c'était réel ou une hallucination. Mais Ryota pouvait définitivement les entendre. Ces sons qui sortaient de partout et se mélangeaient dans une cacophonie qui donnait juste envie de se percer les tympans. Même après tout ce qu'il avait enduré, il ne put s'empêcher de penser que c'était une des expériences les plus désagréables qu'il ait pu avoir.
Soudain, en faisant un pas, il sentit son pied s'enfoncer dans quelque chose d'humide et mou. Baissant son regard en pensant avoir écrasé quelque chose, il recula d'horreur.
"Que...!"
En imaginant qu'ils sortaient bien de la salle de laboratoire numéro trois, ils se trouvaient certainement au troisième étage de ce lycée qu'il connaissait tant.
Cependant, en cet instant, il crut bien ne pas le reconnaître. Les deux adolescents se retrouvèrent devant une ama de chair éparpillés tout autour d'eux, comme si quelqu'un avait explosé de l'intérieur et répandu tous ses organes. Kise leva les yeux pour parcourir son environnement avec un frisson de dégoût. Ça se cramponnait au sol, rampait sur les murs, s'accrochait au plafond et bouchait les fenêtres. De temps à autre, un morceau tombait au sol, comme s'il avait perdu sa capacité à s'agripper et recommençait à frétiller. Le blondinet trembla face à cette vision horrifique qui dépassait de loin tout ce qu'il aurait pu imaginer. Le son humide du gargouillement, l'odeur affecte de quelque chose qui pourrissait, le rouge vif de la viande crue. C'était terrifiant, tant c'était repoussant.
Il jeta un oeil à Aomine, se demandant s'il voyait les mêmes choses que lui.
"Partons."
"Mais ces choses!"
"On a bien décidé de rentrer ensemble, non?"
Le lycéen bronzé regarda le blond, lui demandant implicitement s'il y arriverait.
"Oui, tu as raison..."
Avec un acquiescement, Daiki marcha alors le long de l'allée, entraînant son camarade avec lui. Ce dernier fit un pas après l'autre en essayant de ne pas se focaliser sur son environnement, sentant la chair qui s'écrasait sous ses chaussures avec un bruit répugnant. Il se sentait pris d'étourdissement à la manière dont cette sensation le révulsait. Mais il n'avait pas d'autres choix que de marcher dans cet ama immonde s'il voulait avancer. Sans doute, ils avaient envahi tout le lycée. Qu'est-ce qui était réel dans tout ça, et qu'est-ce qui ne l'était pas? Ces questions surgirent dans son esprit confus. Ces questions qu'il se posait depuis le début et auxquelles il n'avait pas trouvé de réponse... jusqu'à maintenant.
C'est à moi d'en décider.
Même si personne d'autre que moi ne peut les voir, je continuerais quand même à les voir.
N'était-ce pas sa réalité dans ce cas.
Alors qu'il réfléchissait, il sentit soudain le contrecoup de ses récentes émotions reprendre le pouvoir sur son corps et sa jambe blessée commença à flancher. Il diminua le pas jusqu'à ce que son camarade se retourne vers lui, d'un air interrogatif. Il ne put y répondre qu'avec une expression désolée, sachant qu'il n'allait pas tarder à chavirer.
Comprenant ce qui lui arrivait, Aomine vint alors soutenir son corps avant qu'il succombe totalement.
OoOoOoOoOoOOoOoOoOo
Un peu plus tôt, à un étage inférieur, l'horreur était déjà installée.
Kuroko avança sous l'obligation d'Akashi, ses mains toujours liées, incapable de dire quoi que ce soit avec son bâillon en bouche. La seule chose qu'il put faire fut de marcher, encore et toujours, dans ces détritus sanglants qui, maintenant plus que jamais, lui donnaient la nausée. Ses pensées divaguèrent, allant de Kise-kun, qu'il avait dû abandonner sans même lui fournir -ou obtenir- des explications, à son professeur qui avait été dans des extrêmes pareils dans le but de le faire changer d'avis. Il se remémora aussi le visage des deux lycéens qui étaient entrés avant leur sortie. Surtout, le visage de Midorima-kun, défiguré par la déchéance de son parasite.
"C'est terminé pour lui."
Le garçon bleuté reporta son regard de glace vers l'adulte qui avait doucement murmuré ces mots d'un ton intransigeant.
"Comme il a rejeté l'Origine, son corps a rejeté la vie interne; il n'a plus rien d'un Osu. Cela fait un certain temps déjà qu'il est en train de se décomposer de l'intérieur. Bientôt, il ne ressemblera plus à rien. Il ne peut s'en prendre qu'à lui-même."
Le lycéen pâle lâcha une exclamation étouffée dans sa bouche en sentant ces mots cruels et froids. Ainsi donc, il n'y avait donc plus aucun espoir pour son camarade? Il était voué à mourir ou finir dans une existence aussi pathétique que celles qu'il y avait autour d'eux? Au fond de lui, il n'arrivait pas à accepter cette idée. Même si le superstitieux n'avait jamais été sympathique avec lui, personne ne méritait un tel destin. Et surtout, lui, qui détestait plus que tout l'Origine et ceux qui lui étaient liés, ne supporterait pas de devenir comme ces atrocités. Jamais il ne laisserait une telle chose arriver, quitte à mourir avant de se transformer.
Coupant ses réflexions, son enseignant le força alors à passer dans le couloir après avoir emprunté les escaliers.
Ses iris azurs ne revinrent pas de ce qu'elles virent à l'autre bout.
"Je savais que c'était toi." Ricana alors Akashi d'un sourire triomphant.
La personne s'avança alors lentement d'un pas assuré, sans prendre en compte les amas de chair autour d'eux qui frétillaient sur son passage ou s'écrasaient en bouillasse rouge sous ses pieds. Ses yeux rouge vif étincelaient d'une colère rarement vue chez lui, malgré son fort caractère. Mais cette fois, elle était totalement maitrisée, et bien dirigée. Sa silhouette imposante devint de plus en plus claire alors que Kuroko voulu se persuader que c'était un mauvais rêve. Tout ce qu'il avait fait jusqu'à maintenant pour le tenir éloigné, pour le protéger, n'avait servi à rien! Cet idiot était venu se jeter dans la gueule du loup de lui-même...
Mais pourquoi?
"Kuroko, j'aimerais que tu ait un peu plus foi en moi." Fit alors Kagami dès qu'il fut à une distance proche en face de lui. "Il est hors de question que je te laisse affronter ça tout seul!"
"Oh? Alors comme ça, tu as une idée de ce qui se passe ici?" Le coupa l'adulte d'un ton condescendant.
"Je m'en contrefous! Par contre, vous allez relâcher tout de suite Kuroko, parce que je n'aurais aucun scrupule à vous casser la gueule!"
Le concerné poussa un soupire en secouant sa tête d'un air ennuyé à la menace, comme si elle n'avait aucun crédit à ses yeux.
"Tu n'apprendras donc jamais, Taïga... tu vas immédiatement reculer et je vais t'expliquer pourquoi vous n'avez aucune chance de vous en sortir."
"À d'autres, je ne vais pas me laisser faire juste parce que vous êtes mon prof!"
"Taïga, maintenant j'ai dit..."
Laissant sa phrase en suspend, Akashi sortit alors quelque chose de la poche intérieure de sa blouse. Un petit objet en acier d'une forme bien familière qui stoppa immédiatement l'adolescent rouge dans son élan pour le bousculer. Figé par l'effroi, il sentit son sang se glacer dans ses veines alors que la main qui tenait l'objet se releva doucement pour l'appuyer contre la tempe de Kuroko. Ce dernier également blêmit encore plus qu'il ne l'était, ayant peur de deviner ce dont il s'agissait. Aucun d'eux n'aurait pu imaginer que cet homme serait assez fou pour posséder une telle arme et pourtant... Pourtant ils devaient se rendre à l'évidence: ils étaient menacés d'un gun et il ne semblait pas être faux.
Et ils n'avaient pas envie de vérifier par eux-mêmes.
"C'est bien, calme ~ " Murmura alors l'enseignant avec une expression satisfaite tout en rapprochant son visage de celui de son élève aux cheveux bleus. "Je n'ai pas envie d'avoir à tuer un Mesu, car même s'il est encore immature, il reste un spécimen très rare avec un énorme potentiel."
Kagami serra les dents de fureur face aux mots de l'adulte par rapport au bleuté, mais ne put rien faire d'autre que de rester sur place et contenir son envie de le frapper.
"Osu, Mesu... vous ne vous rendez pas compte de votre place dans ce monde!" Reprit l'homme qui tenait l'arme. "Vous êtes les élus pour perpétuer l'origine, pratiquement des messie attendues depuis des années! Nous ne pouvons pas vous laisser faire comme bon vous semble. Vous êtes beaucoup trop importants! Taïga, tu as compris, n'est-ce pas, ce qu'on attendait de toi. Procréer. Procréer avec ton partenaire afin de faire naître notre précieux immaculé et enfin, faire perpétuer l'espèce. Vous êtes les rares représentants des vies internes à pouvoir aller jusqu'au bout. Vous ne vous en rendez pas compte, mais vous avez un potentiel énorme. Je ne vous laisserais pas le gâcher!"
"Mais pourquoi... Pourquoi vous vous acharnez sur nous pour une espèce qui ne vous concerne pas, bordel! Qu'est-ce que ça peut vous faire que ce truc naisse ou non? Ce n'est pas ça qui va changer votre vie! Nous par contre..."
Taïga ne put terminer sa phrase, ne voulant pas dire à vive voix tout leur fardeau.
Soudain, un rire, tout d'abord très bas, puis de plus en plus bruyant se fit entendre. C'était Akashi, qui semblait incapable de se contenir. Le voir rire ainsi, comme un dément, alors qu'il tenait toujours son pistolet contre Tetsuya ne le rendit qu'encore plus inquiétant. Les deux jeunes hommes ne purent bouger, redoutant qu'au moindre geste, à la moindre parole, il finisse par craquer et appuyer sur la gâchette. Jamais. Il ne fallait absolument pas que ça arrive. La vie de Tetsuya était en jeu! Alors ils attendirent, la gorge nouée et la respiration coupée, que son hilarité démente passe et qu'il s'explique alors sur sa raison.
Après un petit moment, le scientifique ferma les yeux en tournant la tête.
"Ah oui... c'est vrai. Pourquoi est-ce que je tiens tant à ce que cet immaculé vienne au monde... Peut-être tout simplement parce que... je me sens seul."
Ouvrant les yeux, il découvrit ses iris hétérochromes, l'une d'un doré majestueux, l'autre d'un rouge sanglant, qui semblèrent alors s'étinceler.
Alors, ils comprirent. Sans qu'aucun mot ne soit ajouté, ils comprirent.
[ ' Un Pure Race possède une enveloppe charnelle d'apparence humaine, et un seul trait physique permet de le distinguer des autres humains.'
' Ce sont ses yeux de couleurs différentes dont l'un prendra forcément la teinte rouge de la chair de son espèce']
Pendant quelques secondes, le temps s'arrêta. Pour tous les deux. Ils se regardèrent, comme s'ils voulaient se confirmer l'un l'autre qu'ils ne l'avaient pas mal reçu. Non. Il n'y avait aucun doute possible. Aussi fou soit-il, l'adulte ne mentirait pas sur une telle chose. Et tout devint alors clair. Très clair. Son comportement, ses motivations, ses manipulations, son aisance. Depuis le début, il s'était joué d'eux. Depuis le début, il avait su comment s'y prendre. Ce n'était pas l'Origine qui tirait les ficelles. L'Origine n'était plus qu'un pathétique bloc de chair qui avait perdu depuis longtemps toute possibilité de se reproduire chez les êtres humains. Non, cela faisait un moment qu'il avait passé cette responsabilité à son descendant le plus légitime.
Akashi Seijurô
"Impossible... vous êtes... comment..."
Le professeur vint alors coller sa joue contre celle de Kuroko en gardant son regard témoin d'un péché déjà commit sur ceux abasourdis de Kagami.
Ce n'était pas possible. Non, comment était-ce possible!? Alors que depuis le début, ils se débâtaient tous pour prouver qu'ils ne voulaient pas se faire aliéner par cette espèce, voilà qu'il apprenait que, quelque part, ils avaient échoué d'avance? Mais comment cela a pu arriver? Comment personne, autour d'eux ou même dans cette secte, n'ait pu s'en rendre compte? Le bleuté fut alors pris d'un éclair de lucidité. Peut-être qu'en fait, tout le monde avait été au courant... sauf eux. Eux, les principaux concernés. Eux, qu'ils voulaient faire reproduire une abomination qui existait déjà. Est-ce que tout ce qu'ils avaient fait dès lors fut vain, condamné à l'échec?
"Depuis que je suis né, je ne vis que pour cette tâche: reproduire notre espèce. Je n'ai cessé de chercher les Osu et Mesu vivant dans le pays pour les réunir et les attirer au même endroit afin qu'un jour, ils donnent naissance à mon futur petit frère. J'ai tellement travaillé dur afin qu'ils se retrouvent tous dans ce lycée qui jadis, fut ma demeure où un autel destiné à l'Origine était érigé. Oui, j'en attendais tellement de ses hôtes que lorsque enfin, un nombre suffisant fut réuni, ce fut un miracle. Oui, c'est ça... un miracle qui donnerait naissance à la prochaine génération des Pures Race."
L'adolescent aux cheveux bleus commença à sentir la nausée au fur et à mesure qu'il entendant ses explications. Il ne voulait pas en apprendre plus. Il ne voulait pas savoir qu'il avait été instrumentalisé. Bien sûr, il avait toujours trouvé étrange qu'autant d'hôtes se retrouvent réunis au même endroit, compte tenu de ce que lui avait dit Aomine-kun sur la rareté de leur espèce aujourd'hui. Et encore plus, le fait que deux Mesu, fassent partie du lot, était encore plus étrange. Mais il n'avait pas voulu creuser plus loin alors même qu'à la lueur de ces révélations, ça semblait évident. Trois d'entre eux venaient du même collège, dont deux d'entre eux qui connaissaient Akashi-kun depuis leur enfance. Et Midorima-kun aussi, sans doute...
Rien n'avait été laissé au hasard.
"Il n'y a qu'une chose que je n'avais pas prévue: c'est toi Taïga."
Le concerné ne put retenir une exclamation de surprise à ces mots. Lui? Il n'avait pas été prévu? Pourquoi? Parce qu'il était censé être une de ces choses?
"Oui. Tes parents savaient depuis le début ce que tu allais devenir, alors ils ont tenté de te mettre en sécurité en partant à l'étranger. Ils se sont bien débrouillé, puisque même moi, je n'avais pas remarqué jusqu'à récemment les antécédents de ta famille et puis... Ils ont compris que si tu resterais trop éloigné de la chair originelle, tu allais finir par pourrir, exactement comme Shintarô. Ils n'ont pas eu d'autres choix que de te renvoyer ici, sans savoir qu'ils te jetaient directement dans la gueule du loup."
Sans prévenir, il lança quelque chose dans la direction du lycéen aux cheveux carmin, visant plus précisément ses yeux. Ce dernier eut à peine le temps de l'éviter pour qu'elle lui effleure la joue. Inconsciemment, il se retourna pour voir de quoi il s'agissait et vit une paire de ciseaux plantée plus loin, puis il reporta ses yeux intacts en direction de son agresseur. Ce type était fou! Il passa son doigt sur la coupure que lui avait causée l'objet tranchant, sentant un petit filet de sang s'écouler de la plaie en même temps qu'une douleur désagréable au même endroit. Grimaçant, le jeune homme s'essuya par réflexe, sachant que ça ne ferait pas cesser l'hémorragie.
Du moins, c'est ce qu'il crut.
Mais il ne du passer le dos de sa main qu'une seule fois pour assécher la plaie. Même la piqûre qu'il ressentait dans sa peau s'estompa rapidement pour devenir indolore. Intrigué, il passa une nouvelle fois le bout de ses doigts sur sa blessure qui se refermaient tous seuls, comme si son corps était en train d'avancer le temps. Il ne pouvait le voir, mais la chair perdait peu à peu sa couleur rouge vif pour laisser de nouveau la peau caramel la recouvrir jusqu'à ce qu'aucune trace ne reste, même la cicatrice étant en train de disparaître. Tout cela passa en très peu de temps, à tel point qu'il crut l'avoir rêvé.
Mais le rire victorieux de l'adulte le sortit très vite de son hébétement.
"Comme je m'en doutais, tu es bel et bien un Osu! Et quel Osu! Robuste et avec une très forte compatibilité, ton ratio de chair est impressionnant! Je n'avais jamais vu ça depuis Daiki, c'est formidable; tu seras certainement très apte à donner naissance rapidement à un Pure Race!"
Pour la première fois de sa vie, Kagami réalisa vraiment ce que ces paroles voulaient dire.
C'était donc vrai. Il n'était pas humain. Il était comme eux. Un monstre. Un monstre de chair. Même s'il l'avait accepté pour Kuroko, une partie de lui avait toujours continué à nier qu'il puisse être comme ces... choses! Après tout, il n'y avait jamais eut rien de concret pour lui alors quelque part, il avait toujours espéré une erreur, un malentendu, un hasard, une coïncidence, n'importe quoi qui pourrait le sauver. Mais on venait de lui donner une preuve cruelle et irréfutable. Il ne pouvait plus se voiler la face désormais. Ses iris de flamme croisèrent celle de glace de son camarade qui attendait sans doute son ultime réponse désormais.
Fermant ses paupières, le plus grand prit une intense respiration puis redirigea calmement son regard vers Akashi.
"Je me fiche de ce que je suis, je resterais toujours un humain et jamais je ne ferais ça! Peu importe ce qui m'arrivera, je ne vous laisserais pas décider pour moi de ce que je dois faire! Même si..."
Sa main se serra sur son ventre, tremblante. Il comprenait mieux désormais ce qu'avait pu ressentir son camarade pendant tout ce temps.
"Même s'ils habitent à l'intérieur de moi, ça reste mon corps! Et c'est ma vie, pas la leur! Je la mènerais comme je veux! Et c'est aussi valable pour Kuroko et même pour tous les autres! Vous n'avez aucun droit de décider pour eux de ce qu'ils doivent faire! Maintenant, relâchez-le!"
Les yeux hétérochromes de l'adulte se plissèrent alors dangereusement, ne s'attendant visiblement pas à cette réponse.
"Vous êtes des hôtes! Vous n'existez que pour servir l'espèce, et si vous refusez, alors vous ne nous servez plus à rien. Vous n'êtes rien de plus que des déchets, de la viande pourrie ambulante qui ne pourrait même pas nourrir un chien!"
Sa langue claqua alors qu'il prépara son arme contre la tête de Tetsuya, visiblement prêt à user d'un autre moyen de persuasion si jamais Taïga continuait à s'entêter. Le garçon translucide gémit contre son bâillon, sa respiration devenant soudain paniquée, mais il indiqua bien du regard à son partenaire de ne pas céder. Jamais. Plutôt mourir que de se voir obligé à contribuer à cette horrible et anormale cérémonie. Même s'ils étaient coincés, même s'ils étaient menacés, même s'ils étaient dos au mur, ils refusaient de renier leur véritable identité. Sinon tout cela n'aurait aucun sens. Ils ne voulaient pas lutter en vain, ils voulaient leur prouver, à leur manière, qu'il était possible d'être humain, même pour eux.
Pendant un long moment où aucun ne donna de signe de faiblesse, une tension silencieuse se fit de plus en plus lourde jusqu'à ce qu'un élément vînt la briser.
Une énorme silhouette qui provenait des escaliers supérieurs et, moins en train de les descendre, mais plutôt de les déambuler pour tomber lamentablement à leurs fins dans un râle d'agonie. Surpris, l'adulte aux cheveux rouges se retourna et écarquilla les yeux. Encore quelque chose qu'il ne semblait visiblement pas avoir prévu malgré son intelligence. Le corps se releva à moitié et se traina péniblement dans leur direction, laissant derrière lui une trainée de sang qui vint se mélanger à celles des morceaux de chair qui frémissaient autour d'eux. Profitant de cette diversion, Kagami s'élança alors contre Akashi pour lui saisir le bras qui tenait l'arme afin de la dégager de Kuroko.
Surpris, l'homme ne résista pas à la force brute qui semblait s'être décuplée et, plutôt que de perdre son membre lui laissait son arme. Le tenant en joue, l'adolescent rouge lui fit clairement le signe de reculer, ce à quoi il obéit de mauvaise grâce, une colère destructrice lisible dans ses iris hétérochromes qui ne présageaient rien de bon. N'y tenant pas compte, le sportif prit le frêle garçon contre lui et recula à son tour avec le gun à ne distance assez raisonnable en gardant leur enseignant de son champ de vision puis leur tourna le dos pour s'enfuir à l'autre bout du couloir.
Une fois seul au milieu du hall, le scientifique tourna sa tête plusieurs fois dans les deux directions qui lui étaient proposées, ne sachant s'il devait partir à la poursuite du duo ou s'inquiéter de l'état du nouveau venu.
Finalement, il se précipita vers Murasakibara qui avait arrêté d'avancer et se tenait désormais assis contre le mur en se tenant le ventre. L'enseignant aux cheveux carmin se pencha afin de vérifier ce qu'il avait et constata une blessure assez grave, sans doute faite avec une arme blanche. Son visage ne semblait refléter qu'un certain agacement, mais en réalité, il était fou de rage. Un Osu et un Mesu potentiels étaient en liberté dans cette école et un autre de ses précieux Osu était salement amoché alors qu'il était censé surveiller leur Mesu élu. Celui qui était leur espoir à tous.
"Atsushi, qu'est-ce qui s'est passé dans cette salle?"
Il avait bien une idée, mais il espérait du fond du coeur que ce soit faux.
"Mido-chin... il nous a trahi. je suis désolé... il a poignardé... l'Origine..."
Ce fut comme si un éclair venait de le transpercer.
Il resta figé sur place sans rien répondre, inquiétant d'autant plus l'adolescent violet qui crut pendant un instant qu'il allait l'achever à mains nues. Même s'il était Osu, il était encore très immature et loin d'être parfait, et sa capacité de génération était encore insignifiante par rapport à Minechin par exemple. Si jamais quelqu'un décidait d'aggraver son cas, il n'aurait aucun mal... Il ne voulait pas mourir ici, aussi bêtement. Cependant, son tuteur ne fit rien de plus. Il se releva, l'expression de son visage dans l'ombre de sa frange et il tourna le dos à son protégé.
"Atsushi, toi tu restes là, d'accord. Si tu peux, met toi quelque part pour te soigner et te reposer. Je reviendrais te chercher quand tout sera fini..."
"Aka-chin..."
"Tu ne me serviras à rien dans ton état actuel, alors n'interviens pas. Je vais régler cette histoire moi-même."
Le ton dénué d'émotion suffit à convaincre le jeune homme aux yeux bleus d'obéir. Et au fond, cela l'arrangeait. Il ne voulait pas être mêlé à ces histoires quand elles ne le concernaient pas. Il ne voulait pas être complice de tuerie. Cette idée le répugnait, et il n'avait pas non plus envie de mourir parce qu'il était considéré comme un ennemi. Il vit vaguement l'adulte partir en direction de l'escalier, sans doute pour vérifier de lui-même ce qui s'y était passé. Effectivement, en arrivant, tout lui fut confirmé. Il ne s'attarda même pas sur l'état de Midorima qui était de toute façon condamné et n'avait jamais été rien de plus qu'une épine dans le pied pour lui. Son visage aborda néanmoins un fin sourire en devinant qui avait pu être responsable de ça.
Cela voulait dire qu'il n'avait plus besoin de s'inquiéter pour Kise.
En revanche, il lui restait une dernière affaire dont il devait s'occuper. Quittant la salle, il se dirigea dans une direction à l'opposée de ses proies. Ce n'était qu'un sursis. Un bref sursis pour pouvoir mieux les attraper.
Maintenant que l'Origine était morte, ils contribueraient à la sauvegarde de leur espèce. Morts ou vif!
OoOoOoOoOoOoOoOoOoO
Après s'être assuré qu'ils n'étaient pas suivis et avoir jeté l'arme plus loin, Taïga avait guidé Tetsuya à l'abri afin de pouvoir enfin lui retirer ses liens dans le dos ainsi que son bâillon.
"Idiot."
Ce fut la première chose que prononça le garçon bleuté après avoir retrouvé le moyen de parler. En temps normal, sans doute que son camarade se serait outré, voire énervé, de se faire insulter ainsi gratuitement par un gars qui ne mesurait pas les conséquences de ses actes. Cependant, cette fois-là, aucune envie de le frapper ne monta en lui. Pas après tout ce qu'ils avaient vécu et surtout... Il comprenait pourquoi il l'avait gratifié de ce nom peu glorieux. Oui, il était un crétin pour ne pas être resté tranquillement à son appartement comme l'avait espéré son partenaire. Il était idiot d'être venu à ce lycée uniquement pour le chercher. Mais en même temps...
"Tu l'es tout autant que moi."
Un fin sourire, à peine perceptible sur leur visage exténué, put s'apercevoir dans cet échange, pourtant banal dans n'importe quel autre contexte.
"Allons-y avant qu'ils ne nous retrouvent."
Sur cet accord commun, ils se prirent la main mutuellement, la serrant pour être sûr de ne pas perdre l'autre pendant la course.
Puis le couple se dirigea vers l'escalier de l'autre côté du bâtiment, reliant les étages entre eux pour les descendre d'un pas précipité. Ils passèrent les étages inférieurs sans croiser une seule âme humaine qui puisse vivre, ni même une quelconque présence. Ils n'avaient aucune idée du nombre de personnes au sein de l'établissement, mais ce n'était plus leur problème. Kuroko eut une légère pensée destinée à Kise-kun qui était resté dans la salle de laboratoire, espérant qu'il ne lui arriverait rien de grave vu que Midorima-kun était resté avec lui. Mais il se reprit bien vite. Il avait confiance en Aomine-kun. Ils étaient tous les deux liés si étroitement qu'il ne laisserait rien arriver à son... son âme soeur.
Ses yeux turquoise se focalisèrent alors sur l'espoir de trouver une sortie maintenant qu'ils étaient au rez-de-chaussée. Ils étaient presque sortis. La porte de sortie n'était plus très loin, et pourtant, plus ils avançaient, plus ils ressentaient tous les deux un malaise croissant. Peut-être était-ce leur imagination, mais il leur semblait que le nombre de morceaux rouges gargouillant autour d'eux augmentait de plus en plus avec leur avancée. Ils avaient aussi l'air plus vifs, plus réactifs, comme s'ils savaient qui ils étaient et qu'elle était leur attention. C'était stupide. Ce n'était que des limaces sanglantes, n'est-ce pas?
Néanmoins, ils durent se faire une raison en voyant leurs espérances s'effondrer cruellement.
"Non..."
Une fois arrivés au casier à chaussure, le duo se glaça d'effroi sur place. Ils pouvaient à peine distinguer là où se trouvait initialement l'entrée. La porte qui avait pourtant été ouverte à leur arrivée à tous les deux était désormais close, et sans doute verrouillée. Mais ce n'est pas vraiment ça qui posait une parade à leur fuite. Le moindre petit espace, même la serrure, était encastré par les morceaux de chair. Tout un groupe empilé les uns sur les autres pour former un ama géant leur bloquait la sortie. Ils pulsaient régulièrement et de manière synchrone, comme une seule entité vivante, les rendant d'autant plus inquiétants. En tournant les yeux autour d'eux, ils purent constater qu'il en allait de même pour les fenêtres et sans doutes les autres entrées.
Ils étaient piégés.
"On ne peut pas sortir..." Murmura le garçon pâle de désespoir.
Le tas de viande qui s'amassait jusqu'alors sur la porte se figea, comme s'il l'avait entendu. L'adolescent fantôme déglutit avec un mauvais pressentiment et fit instinctivement un pas en arrière. Certains de ces morceaux se détacha du groupe pour tomber au sol et commença à bouger. Ils avançaient... vers eux! Rampant à travers les casiers et les bancs, ils étaient beaucoup plus rapides qu'ils ne l'auraient imaginé. Définitivement, ils n'avaient rien à voir avec les limaces rouges que Kuroko ou Kise avaient pu créer auparavant La présence de l'Origine ou le fait qu'ils soient vraiment différents? Impossible à dire. Une lage ligne rouge traça leur passage sur le sol tandis que leur corps humide et informe s'approcha de manière clairement hostile.
Sentant le danger, Kagami tira la main de Kuroko qu'il n'avait pas lâchée et repartit en arrière.
"Montons, vite!"
Les yeux carmin fixaient les escaliers menant aux étages supérieurs, et les iris glacés suivirent ce regard. Il n'avait pas vraiment le choix. Comme ils ne pouvaient pas sortir, ils devaient au moins se mettre à l'abri de ces choses. Même si elles étaient petites et insignifiantes, leur seule présence pouvait parfois être très dangereuse si elles décidaient de s'organiser pour les tuer. Ils s'élancèrent désespérément dans les escaliers, priant pour ne pas retomber sur quelqu'un. Heureusement, leur course jusqu'au troisième étage se passa sans embûche. Alors qu'il grimpait les marches, Tetsuya se sentit étrange au fur et à mesure qu'ils progressaient.
Sa vision commença à se noircir, comme un vertige. Pourtant, tous ses autres sens étaient opérationnels et même son corps répondait parfaitement.
Alors qu'il suivait toujours machinalement Taïga dans leur échappée, son esprit partit ailleurs.
