Douceur liquide

Auteur: Woshi

Disclaimer: Ni Kuroko no Basket, ni Sweet Pool ne m'appartiennent

Raiting: M pour cause de scènes sanglantes et sexuelles

Genre: UA, Angst, Drame, Tragedy, School life, Romance, Yaoi, Gore, Surnaturel, Mpreg d'une certaine manière

Note: Bonjour, bonsoir 8'D Je vais pas m'attarder sur le temps que ça m'a prit d'écrire ce chapitre, on va dire que j'étais un peu surbookée IRL (oui je dis ça tout le temps). A la base, ce chapitre et le prochain devaient être un seul chapitre, mais comme celui ci est déjà long et que ça vous aurait fait encore plus attendre, j'ai préféré vous donner la première partie et mieux préparer la seconde. Donc voilà, j'espère qu'il vous plaira quand même. Je pense que vous sentez qu'on touche au bout, alors n'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé.

Bonne lecture

[ OST Saya no Uta - Sin / OST Sweet Pool - Fade ]


En ouvrant les yeux pour la deuxième fois, son environnement lui sembla cruellement familier.

La première chose qu'il vit fut le rouge. Partout. Les morceaux de chair s'étaient assemblés, comme fusionnés, pour former de longues formes ondulantes. Ces tentacules s'amassaient absolument partout où il leur était possible de se coller: le sol, le mobilier, les murs, le plafond, la porte, les fentes... Cependant, après avoir élu un endroit comme point d'appui, ils ne semblaient plus bouger et formaient ainsi une espèce de deuxième couche sur ce qu'ils recouvraient. Quelques faisceaux de lumière orangée passaient à travers les ouvertures qu'ils laissaient aux vitres afin de ne pas plonger la pièce dans le noir total.

Rien n'avait changé.

Kise se souvint vaguement d'avoir perdu connaissance entre les mains d'Aomine. Il n'avait aucune idée du temps passé depuis, mais il avait l'impression que ça faisait une vie entière. Il se rendit compte peu de temps après qu'il était actuellement assis au sol, contre le mur de ce qui semblait être une salle de classe. Impossible de dire si c'était la sienne ou une totalement étrangère étant donné la difformité visuelle qu'elle lui donnait actuellement. Le blondinet pouvait simplement la reconnaître aux pupitres partiellement recouverts et à la forme de la pièce. N'importe qui a sa place aurait hurlé d'horreur face à cette perversion d'un lieu aussi commun, mais dans son état actuel, ça ne lui faisait plus rien.

"Tu es réveillé?"

Levant ses yeux ambre, Ryouta réalisa alors qu'il reposait contre Daiki, ce dernier le tenant contre son torse et laissant reposer sa tête sur son épaule. Cette scène aussi lui semblait familière...

"Qu'est-ce qui est arrivé?"

"Tu t'es évanouis. J'ai décidé de nous mettre dans cette salle en attendant que tu te réveilles."

"Les autres..."

C'était vrai.

Akashi-Sensei était parti avec Kurokocchi. Murasakibaracchi aussi était toujours dans ce lycée. Ils n'étaient pas encore tirés d'affaire. Il devait vite se lever pour qu'il puisse partir d'ici, mais son corps refusa de répondre et la douleur dans sa cuisse revint avec plus de ardeur. Il avait réussi à l'oublier jusqu'à présent, mais maintenant qu'il se relâchait, elle se faisait ressentir. C'était frustrant, mais il n'arrivait même pas à se mettre sur ses deux jambes, et le bleuté semblait l'avoir compris puisqu'il le rattrapa dans sa lamentable tentative de se relever. Ils étaient bloqués jusqu'à ce que sa blessure aille mieux. Bien sûr, le basané pouvait toujours l'aider dans le pire des cas à marcher, mais il ne semblait pas au mieux de sa forme lui non plus.

"On ne peut rien faire pour eux." Fit le basketteur d'un ton résigné. "S'ils sont assez forts, ils trouveront leur voie."

Ryota ne put qu'acquiescer. Il ne le savait que trop bien; il avait lu dans le regard de Kurokocchi que ce dernier était déterminé à ne pas se laisser dicter son destin et se battre jusqu'au bout pour survivre. Kagamicchi... était sans doute la seule raison pour laquelle il n'abandonnait pas malgré leur cause perdue d'avance. Le rouquin était sans doute dans le lycée. Le blond pouvait le sentir, quelque part. C'était sûrement lui qui avait perturbé les plans de l'adulte afin de pouvoir sauver son partenaire. Daiki aussi l'avait compris. En tout cas, c'est ce que le jeune homme espérait pour son ami. Il lui était précieux, il souhaitait réellement son bonheur et il savait que Kagamicchi était celui qui l'accompagnerait dans cette épreuve.

De la même manière qu'Aominecchi semblait être celui qui l'accompagnerait, lui.

"Tout ira bien sinon restons ensemble." Déclara alors ce dernier en le serrant un peu plus contre lui.

Kise eut un petit soupire d'incomprehension mélangé à un sentiment bouleversant face à cette déclaration. Cela ne ressemblait tellement pas à son camarade de dire ce genre de chose, et pourtant, il l'avait sorti le plus naturellement du monde. C'était tellement perturbant. Depuis le début, il avait toujours été derrière lui et le sauvait dès qu'il était en danger. Dans le train, face à Midorima, face à Kagami et même maintenant... Il n'avait pas hésité une seconde à s'aventurer dans cet enfer pour le délivrer, même s'il y était plus ou moins lié. C'était quelque chose qui le dépassait encore un peu, même maintenant.

Qu'est-ce qui le motivait à le préserver comme ça?

"Pourquoi tu t'impliques autant envers moi, Aominecchi?"

Ce furent des sentiments honnêtes qu'il venait d'exprimer. Pourquoi s'impliquait-il avec autant d'ampleur? Pourquoi restait-il toujours dans l'ombre, comme s'il le surveillait... non, plutôt qu'il veillait sur lui. C'était déroutant. Il le lui avait exprimé, d'une certaine manière, mais certaines choses continuaient de le dépasser. Kise ne comprenait tout simplement pas comment on pouvait autant s'attacher à une personne et être prêt à tant de chose pour elle alors qu'on ne la connaissait pas. Les bras qui le tenaient se resserèrent alors un peu plus fort sur lui, au point qu'il put sentir le souffle chaud de son camarade contre son oreille.

"Je te l'ai dit." Répondit-il tout aussi naturellement. "Je t'ai trouvé."

Bien sûr, c'est ce qu'il disait. Qu'il m'avait trouvé.

Depuis quand exactement l'avait-il trouvé? Depuis quand le cherchait-il et depuis quand le regardait-il? Tout ce qui vint dans sa mémoire furent des moments où il n'avait fait qu'éviter l'adolescent maté de peau. Il se souvenait encore de la première fois où il s'en était rendu compte; dès son entrée au lycée de ses premières années. En classe de mathématiques, pendant un intercours. Il avait soudain réalisé qu'Aomine regardait toujours dans sa direction avec ses yeux bleus perçants comme s'il pouvait voir jusqu'à l'intérieur de son âme. Dès lors, il n'avait cessé de le transpercer du regard, comme mue d'un intérêt presque fasciné envers sa personne.

Se pouvait-il...

"Dis, tu savais depuis le début... ce que j'étais?" Demanda alors Kise, prit d'un énorme soupçon.

Midorima avait tout de suite fait des allusions sur lui, confirmant qu'il connaissait depuis longtemps son état de Mesu et s'en était alors joué pour le torturer. Il avait aussi dit qu'Aomine était un excellent Osu. Bien qu'il ne saisît pas encore entièrement le sens de ces termes, il comprenait quelque part que c'était lié aux phénomènes qui impliquaient son corps. Osu et Mesu. Les morceaux de chair auxquels il avait donné naissance. Ces sensations dans son ventre et son physique en général. Même s'il ne savait pas tout, le blondinet le ressentait au fond de lui, comme une voix qui le lui soufflait: il était un Mesu dans le but de donner une progéniture avec un Osu.

Aomine ne répondit rien. C'était sa réponse.

"Alors tout ça, tout ce que tu as fait jusqu'à maintenant... c'était parce que tu voulais m'avoir, le Mesu, pour toi et personne d'autre?"

En repensant aux mots de Midorima ce fameux jour de pluie, cela devenait une évidence. Male Alpha. Cela devait être un comportement instinctif propre aux Osu. Celui de vouloir dominer sur les autres mâles. Celui de vouloir posséder leur partenaire. Ce n'était pas rare dans le règne animal après tout, et en supposant que ce qu'ils avaient à l'intérieur d'eux était plus du côté bestial dévoué à la reproduction, ça n'était pas étonnant qu'il réagisse ainsi. Aomine l'avait repéré comme une femelle potentiellement fécondable, alors il avait commencé à lui tourner autour sans savoir quoi faire d'autre, puisqu'ils n'avaient pas vraiment de parade nuptiale.

"Au début, ça l'était." Confirma néanmoins le maté.

À cette réponse, le jeune homme aux iris ambrés sentit une certaine douleur lui serrer le coeur. Ainsi donc, leur relation n'était réellement que réduite à cela. Un mâle et une femelle qui faisaient tout cela dans le but de procréer? Un instinct biologique, seulement naturel? Et ses sentiments... ne voulaient rien dire? Tous ces petits moments passés ensemble, simplement à parler, ou même à se regarder, à se chercher? Ils n'avaient donc aucune signification à ses yeux? Ne pensait-il qu'à ça depuis le début? C'était dur à croire. Aussi résigné qu'il l'était, Kise se sentirait très certainement déçu si c'était le cas.

"Maintenant, je n'en suis plus si sûr... Après tout, j'avais déjà Tetsu comme femelle et si j'avais agi vraiment que comme un Osu, c'est lui que j'aurais pris... mais même si nous aurions pu, je ne pouvais pas. Je ne sais pas si c'était parce que nous étions incompatibles ou simplement à cause du fait que je n'avais pas ce genre de sentiment, ou même d'envie pour lui. Mais toi... c'était différent. J'ai tout de suite su que c'était toi... et j'aime être avec toi, même sans cette histoire de Mesu."

Un petit silence passa calmement entre eux pendant que Kise assimila les paroles de son camarade qui lui mirent du baume au coeur. Comme un poids énorme qui venait de lui être retiré, il comprit que même Aomine ne s'était pas laissé bêtement guider par ses instincts, et ce, bien avant leur rencontre. Comme il l'avait si bien dit; il aurait pu s'engager immédiatement avec Kurokocchi, mais il ne l'avait pas fait. C'était tout ce qu'il avait besoin de savoir. Qu'il ne faisait pas uniquement ça pour eux. Que cette relation n'était pas artificielle. Et que les sentiments entre eux étaient bel et bien réels. Son partenaire était sincère, et c'est ce qui importait.

Une autre question lui vint à l'esprit.

"Mais alors... tu savais déjà pour ton propre corps?"

"J'ai réalisé que j'étais différent des autres quand j'étais en primaire." Précisa le bleuté. "Je ne connaissais pas mes vrais parents, ni même mon vrai nom, et j'avais un corps étrange, qui guérissait rapidement et j'étais irrésistiblement attiré par la chair et le sang. Je pensais que... je n'étais pas humain."

Ces mots que Daiki énonça à propos de lui-même était, étrangement, assez réconfortant, malgré toute la tristesse qui en dégageait. Peut-être parce que cela rassurait Ryota de ne pas être le seul à être passé par là, et peut-être aussi parce qu'il était heureux que son camarade se confie à lui sur quelque chose d'aussi intime. Comme il l'avait pressenti depuis un moment: ils ressentaient les mêmes choses parce que quelque part, ils avaient vécu la même chose. La solitude. Le rejet des autres. L'incertitude sur leur propre corps. Par réflexe, le blondinet se nicha contre l'épaule de son partenaire pour étouffer cette tristesse qui revint l'accabler.

"À partir de là, j'ai toujours pensé ainsi." Continua l'adolescent aux yeux marins en le gardant ainsi. "Même si je n'étais pas humain, je devais vivre entouré d'humains. Des gens qui ne me comprendraient jamais. Je n'étais pas le seul dans mon cas, bien sûr, mais je me suis toujours senti à part... peut-être parce que j'ai su tôt que j'étais destiné à être le plus robuste des Osu, je ne sais pas... Mais je me suis toujours senti à part."

Il fit une pause avant de continuer sur un ton légèrement plus mélancolique.

"Même Tetsu, qui était pourtant proche, n'avait pas vécu aussi longtemps dans cet état d'esprit pour qu'on puisse s'entendre réellement. Il se pensait, et se pense d'ailleurs toujours comme un humain. C'est peut-être pour ça qu'il n'est jamais devenu un Mesu apte à la reproduction, je ne sais pas... Mais quand je suis arrivé au lycée, quand je t'ai vu, j'ai immédiatement su."

Son regard marin se tourna vers son compagnon qu'il tenait toujours dans ses bras, sa grande main tannée caressant les cheveux blonds ensanglantés. Sa joue vint alors se reposer contre son crâne sans qu'il ne cesse ses mouvements. Ce geste était si agréable qu'il aurait certainement pu s'endormir comme cela. Même la présence des limaces rouges un peu partout dans la pièce comme témoin de leur plus intime confession ne le gênait pas. En fait, il était bien plus inquiet par les humains qui se trouvaient dans le lycée que par ces choses désormais. C'était tellement ironique.

"Je me suis dit: Ce garçon, il est comme moi."

"Comment l'as-tu su?" S'enquit le blondinet, détendu sous la caresse.

"Il y avait cette odeur... Une douce odeur de citron qui émane sans arrêt de toi."

Une odeur. Quand il entendit cela, quelque chose lui revint à l'esprit. Une odeur venant d'Aomine qui infestait toujours ses narines. Cette odeur si agréable de cannelle qui faisait à chaque fois tourner ses sens dans une tornade d'émotion. Une odeur qui l'avait presque rendu dépendant et attiré irrésistiblement vers son camarade. Une odeur qui l'envahissait maintenant qu'il était contre son corps, enveloppé par elle. Était-il possible qu'une odeur vienne de lui aussi? En y réfléchissant, on le lui avait déjà dit, qu'il sentait bon. Mais aussi loin qu'il s'en souvenait, ça n'avait été que des garçons à lui faire ce genre de remarque, souvent anodines d'ailleurs. Il n'y avait jamais fait attention, il n'aurait pas pensé qu'il s'agisse de cela...

"Il y a d'autres Osu autour de nous." Expliqua Aomine calmement. "Comme Midorima, Murasakibara... ou plus récemment, Kagami. Les Osu sont tous attirés fortement par l'odeur d'un Mesu et en sachant cela, quelque part, je ne voulais pas qu'ils s'approchent de toi."

"Parce que toi aussi tu es un Osu?" Demanda néanmoins Kise, envieux d'avoir une affirmation claire sur ses attentions.

Daiki fit une pause, comme s'il y réfléchissait en pesant le pour ou le contre puis donna finalement sa réponse:

"Osu ou Mesu. Humain ou non. Je ne sais vraiment pas si on peut donner un sens à tout ça. Quand je te poursuivais, tu me détestais. Quand je parlais avec toi, je me fichais de ce qui pourrait en sortir... et pourtant..."

Ses caresses se stoppèrent un moment avant de reprendre, descendant doucement vers la joue du blondinet.

"Je pensais que... même si ce gars n'était pas un humain, même s'il était un Mesu, il réfléchissait seulement à des choses normales. Comme un simple humain."

"Des choses normales..."

"Des choses comme ton quotidien, ta famille, ton entourage."

"..."

"Dis-moi, tu ne te sentais pas seul?"

Ryota fut un peu surpris d'être interrogé sur ce sujet inattendu aussi soudainement, surtout de la part de Daiki qui ne semblait pas, à première vue, sentir ce genre de chose. Il se retira gentiment de son étreinte afin de l'interroger du regard sur cette question. Les yeux de son camarade ne reflétaient ni moquerie, ni sarcasme, juste une sincérité déconcertante. Et pourtant, il n'arriva pas à trouver de réponse convenable à cette interrogation pourtant si simple dans la forme. Le bronzé continua alors sa lancée:

"Penser que tu étais différent des personnes autour de toi, que personne ne pouvait comprendre ce que tu ressentais... ça ne faisait pas te sentir seul?"

Il n'était pas seul.

Il croyait qu'il n'était pas seul. Il avait son oncle, sa tante, sa cousine, des amis et une ribambelle de filles prêtes à sortir avec lui n'importe quand. Il ne pouvait pas être seul avec autant de monde autour de lui. C'est ce qu'il se disait et pourtant... Bien qu'il croyait dur comme fer, il n'arrivait pas à se défendre de ces paroles. Avec son corps qui s'épuisait de jour en jour. Avec ces phénomènes étranges. Se retrouver dans un monde où il pourrait être seul était terrifiant. Un monde où tout à part lui-même semblait froid, comme une lame aiguisée qui lui transperçait le coeur. C'était la même sensation étouffante que celle de se retrouver dans une pièce noire beaucoup trop petite pour lui. Lui aussi, il devait être froid...

La vérité... c'est qu'il était seul.

Le mur qu'il avait construit autour de lui dans le but que personne ne puisse voir à l'intérieur de lui s'effritait simplement sous ces deux orbes bleu roi. Cela lui causait une légère douleur dans la poitrine, de peur, d'embarras mais aussi d'appréhension. Sa crainte était exposée à vive voix, et renvoyée au visage comme un miroir. Alors il s'en rendit compte en entendant la voix grave d'Aomine. S'il l'avait si bien deviné... c'est sans doute qu'il devait ressentir la même chose. Il avait été adopté, sa famille actuelle, bien que gentille, ne le comprenait pas. Les autres avaient peur de lui ou le méprisaient. Oui, très certainement, Kise ne devait pas être le seul dans cette situation oppressante.

"Là maintenant, je veux juste être avec toi. C'est tout." Conclut le bleuté d'un ton résolu.

Leur lien se limitait peut-être seulement à un réconfort mutuel, comme s'ils se pansaient les plaies l'un de l'autre. Mais même si c'était juste ça, qu'y avait-il de mal à le faire? Certainement que des âmes attirées l'une par l'autre dans un contexte plus normal le faisaient aussi. C'était juste la gravité de leur situation qui les séparait de cela. Mais dans les faits, c'était la même chose. Ils étaient attirés l'un par l'autre pour combler quelque chose, comme à la recherche de fragment manquant à leur être qui pourraient seulement être trouvés ensemble. Était-ce vraiment de l'amour? Peu importe comment cela s'appelait, c'était leur relation, si unique.

Alors qu'il écoutait son partenaire, Ryota pensa alors à quelque chose dont il voulait lui parler lui aussi. Ce qui vint à son esprit était stupide, mais il voulait quand même le demander, pour apaiser le moindre sentiment négatif qui pourrait troubler ce lien qu'ils construisaient ensemble.

"Dis Aominecchi... c'est vrai que tu changeais de copine tout le temps jusqu'à maintenant?"

Le concerné détourna ses iris saphirs vers le côté, cherchant ses mots.

"C'était elles qui venaient vers moi"

"Quelle terrible manière de le dire. Tu es le pire."

Ces mots allaient bien à Daiki. Mais malgré leur reproche sous-jacent, il ne put s'empêcher de rire légèrement avant de reprendre d'un ton un peu plus calme.

"Même si tu as eu plein de relation, tu n'as jamais trouvé une personne que tu aimais vraiment?"

"Je n'ai jamais pu."

Kise hocha la tête à la réponse spontanée d'Aomine puis enchaîna:

"Tu sais, au départ, je te trouvais vraiment étrange, à me regarder aussi froidement. Je me demandais toujours à quoi ne tu ne pensais et ce que je t'avais fait pour que tu me traites comme ça."

Sa tête blonde vint de nouveau se reposer contre le torse de l'adolescent à la peau sombre alors que ses iris miel s'emplirent de nostalgie. Un fin sourire mélancolique et fatigué se dessina sur ses lèvres. La main de son camarade revint s'occuper de ses cheveux tandis que l'autre passa spontanément autour de son dos afin de le caler contre lui. Il put entendre plus clairement les battements de son coeur installé ainsi, provoquant un écho avec le sien qui y répondait presque comme le canon parfait d'une chanson. Un petit soupire de bien-être se fit entendre, contrastant avec l'environnement infernal dans lequel ils étaient posés.

"Depuis ma première année, j'ai toujours été prudent avec toi. Pourtant, même si je ne connaissais pas tes raisons au début... il y a eu des moments où tu m'as aidé et j'ai commencé à me dire que... peut-être que tu étais derrière moi depuis toujours."

Cela ne pouvait pas être une coïncidence, pas avec tous les évènements qui s'étaient passés. Le lycée, le train, la salle de laboratoire, les toilettes, l'arrière-cour... Tant d'endroits où ils s'étaient retrouvé dans une situation critique, et où le bleuté avait toujours été là. Parfois, il avait empiré les choses plutôt que les améliorées, mais dans sa mémoire effacée, il pouvait se souvenir de cela très clairement. Cela lui avait laissé une impression très marquante et maintenant qu'il y repensait, c'était une évidence: de près ou de loin, Aomine a toujours été présent dans sa vie. Le concerné l'écoutait silencieusement décharger tous ces sentiments qu'il accumulait pour mieux les accepter.

"Mais au final, j'ai commencé à me dire que tu n'étais pas un sale type. Après avoir... découvert d'autres parties de ta vie, j'ai finit par penser que quelque part... on se ressemblait un peu."

Son visage se leva alors légèrement contre le corps de son camarade, l'obligea à s'enlever temporairement de l'étreinte pour se retourner à genoux contre lui, ses deux bras passant autour des épaules afin de le regarder dans les yeux. Son expression, déjà à moitié éteinte, reflétait néanmoins une détermination inébranlable.

"C'est pourquoi... c'est suffisant. Parce que je sais que peu importe ce qui m'arrivera, il y aura toujours quelqu'un pour comprendre mes sentiments. Juste ça... me suffit."

Daiki lui rendit son regard de ses saphirs brutes avant de lui demander d'une voix sévère:

"Tu es sûr de toi? Tu sais... j'ai été conforté toute ma vie à mon rôle d'Osu, mais je me suis toujours promis que mon Mesu serait aussi consentant que moi. Il n'y aura aucun retour arrière possible, et si je m'y suis préparé, je ne sais pas si..."

Il fut coupé dans sa phrase par le doigt rougit de Ryota qui se posa gentiment sur ses lèvres alors que le jeune homme blond affichait une expression entendue. Ils se regardèrent, et le bleuté comprit qu'il n'avait pas besoin d'aller plus loin dans ses explications. Son partenaire savait déjà tout ce qu'il allait lui dire. Sans qu'il ait besoin de le dire, il avait déjà saisit l'enjeu. Sans doute ce sixième sens qui les habitait tous. Le doigt glissa alors sur la joue, rejoint par ses homologues pour caresser gentiment la peau sombre de l'adolescent. Prenant une légère inspiration, leur possesseur reprit la parole.

"Tu sais, si on me disait que nous serions les deux seuls dans ce monde, ça m'irait. Peu importe le monde dans lequel nous sommes abandonnés, du moment que nous restons ensemble."

Sans regarder ce qu'ils deviendraient, chaque jour, chaque semaine, chaque mois, chaque année s'écoulerait sans peine. Le temps continuait sans eux, tout comme le reste de ce monde qui les avait laissés à part. Aujourd'hui aussi allait bientôt finir. Avaient-ils vraiment besoin de laisser continuer ce cycle en restant de passifs acteurs? Sûrement pas. Pour la première fois dans leur misérable vie, ils allaient enfin pouvoir contrôler quelque chose de leur seule volonté. Pour la première fois, leur passage dans ce monde ne serait pas éphémère et effacé comme si ce ne fut qu'une illusion qui n'avait jamais existé. Pour la première fois, ils allaient marquer ce monde, ensemble...

"C'est mieux que d'être seul." Conclut Kise d'un ton apaisé.

"C'est vrai..."

Peut-être que les choses ont tourné comme ça parce que les choses ont été décidées ainsi avant même qu'ils soient nés. Dans ce cas, c'était bien de ne pas être seul. Pour affronter ce destin afin de pouvoir mieux l'accepter. Ils étaient ensemble et juste avec ça, le blondinet se considérait déjà comme chanceux. Être ensemble pour toujours valait mieux que d'être seul pour toujours. Et même si ce "toujours" n'existait pas dans le cas où ils resteraient ensemble, alors cela lui convenait aussi... Peut-être? Son visage se rapprocha alors de celui d'Aomine jusqu'à ce que leur front se touche.

"Aominecchi... est-ce que tu penses que quelque chose comme l'éternité existe?"

Cette question sortit spontanément avant même qu'il eut le temps d'aller au bout de ses réflexions. L'iris saphirs transperça alors les reflets dorés, sondant chaque partie de son être. Son regard se fit ensuite un peu plus vague, pensif.

"Je me le demande..." Finit-il par répondre mystérieusement.

"En effet... je ne le sais pas moi non plus."

Kise entrouvrit la bouche dans un léger soupire, parce que c'était une question un peu ridicule. Ce n'était pas comme s'il s'était vraiment attendu à avoir une réponse claire sur quelque chose d'aussi abstrait. Pourtant, quelque part au fond de lui, il ne pouvait s'empêcher d'espérer plus qu'une simple phrase rhétorique.

"Mais...

Deux mains bronzées se posèrent alors sur ses joues pâles. Le regard d'une profondeur marine le scruta, mais il ne trouvait plus cela désagréable ou même gênant maintenant qu'il y était habitué. Le jeune homme blond se laissa faire, passant ses bras autour des épaules de son camarade afin de coller leur corps meurtrit ensemble.

"Je veux que tu sois avec moi pour toujours."

"Oui..."

Leurs lèvres se rencontrèrent enfin sous l'impulsion de Daiki, sans aucune brutalité. Ryota l'embrassa de nouveau en réponse avant de sentir une petite langue venir lui taquiner les dents. Il entrouvrit alors la bouche afin de la laisser passer, et celle de son partenaire se scella ouverte à la sienne. Leur langue se caressèrent dans une danse lente mais profonde alors que les mains du plus frêle passèrent dans la chevelure bleu nuit pour s'y accrocher. Leur corps semblèrent vouloir se coller l'un à l'autre sans jamais se détacher alors que leur baiser continua sans interruption dans une envie pressante de s'unir l'un à l'autre. Ils sentirent quelque chose se former entre leur salive et leur lèvre pour grossir petit à petit, mais ils n'en tinrent pas compte jusqu'à la fin de leur échange.

Quand enfin, ils se séparèrent, ils durent tous deux ouvrir la bouche et sortir leur langue afin de laisser s'échapper ce qui envahissait leur bouche.

À la place d'un léger filet de salive les reliant encore se trouvaient des filaments rouges ayant coagulé de part et d'autres. Cet épais lien rouge se brisa de lui-même en tombant sous son propre poids par terre, rejoignant les innombrables nuances carmin qui se trouvaient déjà au sol. Si ça avait été dans un autre contexte, sans doute auraient-ils trouvé cela dégoûtant, voire terrifiant, de voir une telle atrocité sortir de leur corps de cette manière. Mais après tout ce temps passé à côtoyer cet univers sanglant et à l'avoir, en quelque sorte, comprit, ils ne ressentaient plus du dégoût. Cette chose, comme le reste, faisait partie d'eux. Ce qu'ils voyaient à l'extérieur, ils l'avaient à l'intérieur.

C'était comme ça.

Machinalement, ils s'essuyèrent la bouche puis Aomine se leva le premier.

"Tu peux marcher?"

"Plus ou moins..."

"Allons y alors."

Avec l'aide de son camarade, Kise se releva et commença à boiter à travers la pièce où il l'avait amené. Passant entre les tables, les chaises et les morceaux de chair, ils se déplacèrent lentement vers la sortie. Le blondinet pris appuie sur l'épaule du bleuté afin de limiter l'impact sur sa cuisse qui le faisait toujours souffrir. Il n'avait pas envie de repenser à cette blessure, ni à la manière dont il l'avait reçue et encore moins à la personne qui lui avait infligé. Il voulait juste quitter cet endroit. Cependant, avant qu'ils n'aient le temps de poser la main sur la poignée de porte, une voix profonde retentit dans le silence des lieux.

"Alors vous étiez là."

Quand ils se retournèrent à ces mots remplis de haine, ils virent la dernière personne qu'ils auraient pensé voir ici. Dressé devant eux droit sur ses jambes, ses bras étaient le long de son corps mais ses poings serrés. Sa frange brune coupée par le milieu cachait ses yeux, mais rien de positif ne ressortait de l'expression de son visage. Ryota le reconnu immédiatement.

"Takao-Kun..."

Avant même qu'il n'ai eut le temps de répondre, un bruit de détonation resonna. Le coup partit. Le cri de Daiki aussi. Juste avant de se faire percuter par le son de l'arme, le blondinet avait instinctivement éloigné son corps. Il roula sur le sol avec violence quand son corps atterrit douloureusement au sol. Mais il n'avait pas le temps de ressentir la douleur et releva immédiatement la tête pour vérifier l'état de son partenaire. Ce dernier était penché en avant et se tenait un côté d'une main. En voyant cela, le jeune homme blond devint encore plus livide qui ne l'était. Une tache rouge se diffusa sur la chemise de l'uniforme scolaire. Du sang, qui s'écoula petit à petit dans l'espace constitué entre ses doigts.

"Argh!"

"Aominecchi!"

Kise se précipita vers lui, affolé. C'était la première fois qu'il le voyait avec une telle expression faciale, et ce n'était pas rassurant. L'adolescent bronzé fronça les sourcils en relevant ses yeux bleus vers le responsable de sa blessure. Ce dernier tenait un pistolet, sans aucun doute vrai vu ce qui venait de se passer, et le pointait vers eux, le doigt sur la gâchette, visiblement prêt à recommencer son geste. Des centaines de questions leur traversèrent l'esprit, à commencer par la manière dont il avait pu récupérer cette arme ou comment il les avait trouvé, ou encore s'il était sérieux dans ses intentions.

Comme pour dissiper tout doute dans leur esprit, le garçon aux yeux gris reprit d'une voix glaciale.

"Les Osu ont une grande capacité de soin, n'est-ce pas? À quel point c'est efficace quand il y a blessure par balle? Enfin, ce n'est pas comme si je savais lequel de vous deux est l'Osu ou le Mesu."

Ils se figèrent de terreur en se regardant l'un l'autre avant de retourner leur regard vers leur menace. Takao était au courant pour eux? Pour leur condition? Mais comment était-ce possible? Le blondinet se souvint alors que Midorima faisait partie de leur espèce. En supposant que le brun était très proche de lui... sans doute le savait-il plus ou moins par son intermédiaire. Mais ils avaient laissé l'adolescent vert dans un sale état. À en juger par la colère qui émanait de son visage, il ne faisait aucun doute que ce dernier l'avait trouvé. Autrement dit... ils avaient intérêt à se méfier de Takao.

La question de savoir comment il s'était procuré cette arme ne leur effleura même pas l'esprit. Plutôt, la capacité de soin qu'il mentionnait... faisait-il référence au fait que les blessures de Daiki guérissaient rapidement? Ryota pouvait être en effet témoin d'avoir plusieurs fois vue des mutilations, d'apparence graves, se soigner à une vitesse anormale au point de ne laisser aucune cicatrice, mais qu'en était-il des balles en effet? Cette capacité était-elle possible avec un corps étranger dans la peau? Il ne s'était jamais posé la question, et sans doute son camarade non plus mais si jamais ce n'était pas possible...

Il sentit une sueur froide parcourir son corps.

"La blessure... ne va pa se rétracter?"

Le jeune homme baissa ses yeux d'or vers son partenaire qui gisait toujours à ses jambes. L'hémorragie ne semblait pas vouloir s'arrêter et ses chaussures piétinèrent bientôt une petite flaque de sang. Le sien se gela littéralement dans ses veines en voyant des perles de sueur s'écouler du visage déformé par la douleur de son camarade. De ses lèvres entrouvertes s'échappait une respiration rauque et profonde entre ses dents serrées. Il endurait tout cela silencieusement, mais il pouvait deviner à quel point ça devait être insupportable. Takao les regarda d'un oeil gris toujours aussi glacial. Visiblement, ses théories s'avéraient vraies. Dans ce cas...

"Je devrais peut-être tirer une autre balle pour l'achever. Et puis... ce sera ton tour."

Sa vision transperça les ambres de Kise qui, pourtant, ne trembla pas une seconde. Pourtant, l'adolescent brun brûlait d'une fureur qu'il ne lui aurait jamais soupçonnée auparavant. Lui qui fut si sympathique, si ouvert d'esprit et si pacifiste, le voir ainsi était un véritable choc et pourtant... il imaginait comment ça devait se passer. Avoir perdu Midorima... l'avait rendu ainsi. Il ne pouvait deviner ce que représentait le jeune homme vert à ses yeux, mais sans doute avait-il compté plus que tout l'or du monde. Et maintenant qu'il n'était plus là, il était meurtri. Et rien n'était plus effrayant qu'une bête blessée. Colère, vengeance, désespoir qui surmontaient tout autre sentiment, même l'envie de survivre, quitte à couler avec eux.

Il allait vraiment les tuer.

Cependant, Kise devait les protéger.

Parce qu'il les avait acceptés, il devait accomplir leur précieux souhait. Et leur destin, leur vie... il voulait les voir. Après avoir compris pourquoi ils avaient fait tout ça, après avoir décidé de donner un sens à tous ces moments de souffrances, tous ces instants de doute, jusqu'à sûr lui-même, il ne pouvait pas laisser une tierce personne réduire à néant cet espoir qui reposait sur leurs épaules. Pour eux... et pour Aomine. Lui aussi avait souffert, lui aussi avait douté mais il s'était rapidement résigné, et c'était sans doute cela qui l'avait fait tenir et qui, encore maintenant, le faisait tenir. Non. Il ne pouvait définitivement pas échouer.

Cette décision prit calmement dans son coeur, le blondinet fit lentement un pas en avant, se mettant devant Takao et regarda le gun entre lui et son camarade.

Le brun plissa des yeux d'un air soupçonneux.

"Qu'est-ce qu'il y a? Puisque vous aller de toute façon mourir, vous voulez être envoyés dans l'autre monde ensemble?"

Ryouta ferma les yeux en secouant la tête puis ouvrit la bouche, incertain.

"Cette histoire..." Il prit une respiration avant de reprendre. "Cette histoire n'aurait pas pu finir sans que l'un des deux camps ne soit blessé. Si tu connais la vérité à propos de nous, alors tu dois comprendre qu'il n'y avait pas d'autres issues. Si un côté survivait, l'autre mourrait."

Ce ne fut pas une simple bagarre ordinaire. Ce fut une lutte pour la survie entre deux bêtes féroces qui n'avaient suivi que leur instinct. Et Midorima en était fatalement ressorti perdant.

"Je veux juste régler les choses calmement."

Il exprimait ses vrais sentiments. Il savait qu'il disait quelque chose d'horriblement cruel à son interlocuteur. Lui qui avait perdu le seul être cher, de tout l'univers. Lui qui était mue par la colère et le désespoir et qui se retrouvait actuellement en face de ceux qui lui avaient tout pris. Bien sûr, c'était inexcusable. Bien sûr, après ce qu'ils avaient fait, ils ne méritaient pas d'être pardonnés, ni même laissés. Mais quand bien même, Kise voulait juste en finir. Il ne voulait pas se battre plus que ça, surtout pas contre Takao, qui finalement n'avait pas grand-chose à voir avec tout ça. Il était juste un dommage collatéral à cette histoire tragique.

Vraiment, ils étaient déjà épuisés, ils ne voulaient pas se battre contre le monde entier.

"Régler les choses calmement... ne te fous pas de moi!" Gronda l'adolescent aux iris clairs en baissant son regard comme s'il endurait quelque chose avant de le reporter sur eux. "Dans ce cas, rendez-moi Shin-Chan! Il était ma raison de vivre... et maintenant... maintenant... Vous deux!"

La rage sembla l'envahir d'un coup et cela se voyait bien qu'il tentait de la retenir, de se retenir alors que tout son corps tremblait d'une envie urgente de les éliminer.

"Pourquoi vous l'avez tué? Pourquoi a-t-il fallut qu'il meure? Pourquoi dans des conditions aussi atroces? Pourquoi n'avait-il pas le droit de vivre normalement, lui aussi? Pourquoi? Pourquoi!?"

Ces mots désespérés transpercèrent la poitrine de Ryota, en même temps qu'elles faisaient, d'une certaine manière, écho à ses propres interrogations. Un à un, comme un coup de couteau, ils lui renvoyèrent sa propre image d'un être si abject, si gâché, qu'il en était devenu irrécupérable. Toute sa vie, il avait enduré cette remise constante en question de sa propre existence. Il grimaça. Pouvait-il vraiment donner une réponse satisfaisante alors que lui-même ne venait que de très récemment trouver la réponse? Une réponse qui n'aurait jamais pu être apportée à celui qui n'était plus.

"Tout... est devenu fou. Moi, Aominecchi, Midorimacchi, tout le monde... nous avons été piégés dans un tourbillon infernal. À moins de nous battre les uns contre les autres, nous ne pouvions plus avancer plus loin. Nous ne pouvions plus nous en échapper."

Rien que d'y repenser, son coeur se serrait. Jamais il n'avait voulu ça. Personne n'avait voulu ça. Et pourtant...

"Avant que nous le sachions, ça a atteint un point tel que si nous n'avions pas fait ça, nous n'aurions pas pu rester en vie."

"Foutaises!" S'indigna Takao, les mains tremblantes sur l'arme. "Vouloir survivre, c'est juste une excuse qui vous convient bien, mais au final..."

"Au final quoi? À quel point connaissais-tu réellement Midorimacchi?"

Le concerné trembla sans pouvoir répondre à cette question si directe qui toucha le point le plus douloureux de son coeur. C'était une interrogation dont il n'aurait jamais voulu être soumis, parce qu'elle remettait en cause toute sa légitimité, tout ce qu'il avait essayé de construire pour avoir le droit de rester aux côtés de Shin-Chan. Son front se plissa et Kise comprit à son air agité qu'il avait touché juste alors il continua sur cette voix. Il n'avait aucune mauvaises intentions en le faisant douter ainsi, mais il voulait lui faire comprendre son point de vue. Parce que leur vie était en jeu actuellement.

"La véritable tristesse et colère qu'il devait supporter, est-ce que tu la comprenais vraiment?"

Il n'avait pas envie d'être questionné de la sorte, parce qu'elle lui remettait en face la cruelle vérité.

Celle qu'il ne comprenait pas. Tout ce que le blond lui disait, tout ce que le vert lui avait partagé, il ne le comprenait pas. Il était né humain, dans une famille aimante et protectrice. Jamais il ne s'était senti exclu par rapport à ses camarades jusqu'à un certain moment, mais certainement son enfance fut heureuse. Jamais son corps ne lui avait posé de problèmes, et la peur de la mort avait toujours été une lointaine notion. Il s'était toujours senti comme un étranger par rapport à Shin-Chan à cause de ça. Et au bout du compte, s'il avait été capable de le comprendre, ne serait-ce qu'un peu... peut-être qu'il aurait pu le retenir, à ce moment-là. Peut-être qu'il serait arrivé à temps pour le sauver.

D'amers regrets vinrent l'envahir comme une immense vague.

"À quel point il se sentait seul, désespéré et terrifié... est-ce que tu le comprenais? Entouré par des personnes ordinaires, l'angoisse de réaliser que tu es le seul à être bizarre et le seul qui devrait disparaître."

Ces mots teintés d'empathie laissaient clairement transparaître un sentiment personnel. En parlant ainsi de Midorima, Kise parlait très certainement aussi de lui-même... et de bien d'autres de son espèce qui avaient dû passer par ces cruels moments.

"La crainte d'être abandonné dans des ténèbres sans fin. Est-ce que tu peux me dire que tu comprenais ce sentiment?"

Non.

Et en y repensant, il se disait qu'il avait justement refermé son coeur à ce genre de sentiment pour ne pas se sentir opressé. Parce que lui, il en avait eu l'occasion. Ne rien ressentir. Ne rien entendre. Si je fais ça, alors je ne serais blessé nul part. D'aucune manière. Et tout ira bien. Avant qu'il ne le savait, c'était devenu naturel pour lui de ne plus ressentir aucune compassion pour autrui. Extérieurement, il semblait quelqu'un de sympathique, mais intérieurement, tout avait déjà été mort avant même qu'il ne prenne le risque. Et c'est dans doute pour ça qu'il était devenu aussi apathique jusqu'à sa rencontre avec Shin-Chan.

Prenant son silence comme réponse, le blondinet continua son explication.

"Nous n'avons jamais souhaité cela... Qui le voudrait, quelque chose comme ça? Si c'est un mauvais rêve, j'aimerais me réveiller. Si je pouvais revenir en arrière et changer les choses, je le ferais. Mais c'est impossible."

Il posa alors sa main sur son torse en prenant une expiration résolue en fermant les yeux. Le sang recouvrant sa main se mélangeant à celui recouvrant ses vêtements.

"Ce corps leur appartient. Peu importe que nous le voulions ou non, ça ne changera pas. Mais nos désirs à nous, ils sont toujours là. Ils n'ont rien à voir avec ceux des autres, et je veux... je veux réaliser mes propres souhaits!"

Sa main se resserra sur le vêtement en tremblant puis rouvrit ses iris miel, brûlantes d'une sévérité inébranlable.

"Alors, nous ne te laisserons pas nous arrêter!"

Annonçant sa décision avec conviction, Ryota supporta ainsi férocement le regard de Kazunari, tout aussi dur que le sien. Ce dernier ne se détourna pas de ses yeux déterminés, mais semblait être en proie à de terribles tourments qui avaient été semés en lui. Quel était son état d'esprit? Il semblait que sa résolution qui l'avait porté jusque-là semblait sur le point de s'effriter. Était-il vraiment disposé à comprendre ce que le duo avait enduré et les laisser s'en tirer à si bon compte? Personne qui ne regardait cette scène de l'extérieur ne pouvait le dire. Ainsi ils restèrent comme cela un certain temps, à attendre un geste, un mot qui donnerait la réponse à cette confrontation.

Alors que le brun réfléchissait aux paroles qui le confrontaient à un cruel dilemme, il vit quelque chose bouger dans le coin de sa vision.

Pris au dépourvu, il tourna rapidement la tête pour se rendre compte qu'Aomine s'était relevé, le souffle rauque. La partie supérieure de son corps semblait le faire souffrir, néanmoins, il lui servit un regard durci par la détermination, voire l'hostilité. Il semblait déterminé à se battre jusqu'au bout, quitte à outrepasser son propre corps qui devait hurler d'agonie. C'est comme si sa hargne avait décuplé sous l'effet de la blessure aussi sérieuse. Un animal mortellement blessé. Un prédateur furieux. Un mâle dominant protégeant son territoire. C'est tout ce à quoi la lueur bestiale au fond de ses yeux bleus pouvait faire penser.

Il se mit en face de Takao qui le regardait froidement et posa son doigt sur le canon de l'arme pour la ramener vers lui.

"Aaaarrghhh!"

Un terrible cri de douleur sortit alors de sa bouche. Aucun son de tir ne l'avait pourtant précédé, aussi, aucun des deux autres témoins ne comprirent ce qui se passait.

"Aominecchi!"

Serrant les dents, le basané se replia sur lui-même, comme dans un réflexe d'autodéfense. Sa main se posa sur le côté sanglant de son corps, comme s'il cherchait quelque chose autour de la plaie. Celle-ci s'ouvrait à une vitesse affolante et dégoulinait du liquide carmin. Il était littéralement en train de la creuser. Pendant que Ryota et Kazunari restèrent abasourdir par ce phénomène, Daiki reposa ses mains rouges sur le sol. Son poing recouvert de la substance vitale se retourna vers le ciel et s'ouvrit doucement. Un petit objet aussi teinté que sa peau roula de la paume pour heurter le sol dans un bruit métallique reconnaissable.

Kise frémit en comprenant.

C'était... la balle.

Aomine avait enlevé la balle de son corps lui-même et à mains nues.

Alors que Takao restait immobile sous la stupefaction de cet acte insolite, le basané en profita pour s'élancer directement sur lui. Prit au dépourvu, le brun releva son arme, autant dans l'optique de se protéger que de détruire cette abomination de la nature, mais il était trop tard. Il se prit un violent coup de poing dans le ventre. Simultanément, son doigt appuya sur la gâchette, mais l'impact dévia ses bras et son arme pointa dans la mauvaise direction. Prit par surprise au moment où il avait baissé sa garde et incapable de supporter un coup porté par la force d'un basketteur qui avait deux fois sa carrure, sa vision tourna au blanc. L'arme glissa de sa poigne sur le sol pour ramper plus loin avant de finir engloutit sous un l'amas des morceaux de chair, seuls témoins de cette scène.

Y voyant là une aide inespérée, le blond se précipita vers son camarade.

"Dépêches-toi!"

Comprenant l'urgence de la situation, le jeune homme courut vers lui. Endurant la nausée qui le prenait au ventre, le garçon aux yeux gris tenta de chercher les deux silhouettes dans sa vision de plus en plus bancale, mais il encaissait encore à peine ce qui venait d'arriver. Trop sonné, il sut avec rage qu'il devait attendre d'être rétabli physiquement pour se lancer à leur poursuite. Saisissant cette ultime opportunité pour s'enfuir, les deux se dirigèrent vers les escaliers à grande vitesse, sachant qu'ils n'auront pas de deuxième chance.

Ils se rendirent alors compte, au fur et à mesure qu'ils avançaient vers la sortie, que les amas rouges se firent plus rares.

Comme si la scène qu'avaient vécue Kagami et Kuroko plus tôt avait été un mensonge, les couloirs de l'entrée principale étaient calmes, même si terriblement sales. Les morceaux de chair ne frétillaient pas. Ils ne leur parlaient pas et ils ne leur barraient pas la route. En fait, ils n'étaient même pas là. Était-ce parce qu'il les avait accepté? Kise ne le saura jamais. Il avança aux côtés d'Aomine, supportant la douleur dans sa cuisse qui le lançait de manière insupportable. Ils passèrent la première porte de sortie et se retrouvèrent dehors. Et même si cela ne faisait pas si longtemps qu'ils étaient à l'intérieur, ils eurent l'impression que l'extérieur leur était plus étranger que jamais.

Le crépuscule, qui fut si vif plutôt, comme un véritable bain de sang lumineux, était désormais en train de s'affaiblir. Ses lumières pâlissaient, et sa lueur disparaissait lentement dans l'horizon afin de laisser place aux couleurs plus sombres de la nuit. Juste un peu plus. Un tout petit peu plus loin. Avec de telles pensées, ils traversèrent la cour jusqu'au portail pour s'y arrêter. La rue était déserte pour le moment, mais sortir dans cet état n'était pas une bonne idée. S'ils attiraient trop l'attention des passants, ils risquaient d'être dénoncés, voire arrêtés. Ils ne pouvaient pas se permettre de perdre du temps dans de telles futilités.

"Aominecchi, depuis quand toi et moi, nous ressemblons à..."

Il s'arrêta lorsque le susnommé pointa quelque chose du doigt un peu plus loin. Une voiture était garée sur le parking. Une voiture qu'ils reconnurent facilement, puisqu'il s'agissait de cette d'Akashi. Se précipitant vers elle, ils s'aperçurent bien vite qu'elle était ouverte et qu'en plus, les clefs se trouvaient à l'intérieur. Le jeune homme blond ne voulait pas croire aux coïncidences, surtout de la part de leur professeur si consciencieux. Peu importe les raisons cachées qu'il pourrait avoir pour les aider, le moment n'était pas pour penser à ça. Plutôt, le bleuté ouvrit la porte côté conducteur, s'attirant la surprise de son futur passager.

"Tu peux conduire?"

"À peu près..."

Cette réponse le laissa perplexe. Étant encore lycéen, le permis de conduire ne devrait pourtant pas lui être accessible, et donc par extension, la conduite elle-même. Sauf s'il était accompagné, mais ses parents n'avaient pas l'air de s'adonner à ce genre de chose vue leur disponibilité. Comme les rumeurs le prétendaient, il y avait certains côtés d'Aomine qui lui étaient encore méconnus. Le fait qu'il sache conduire une voiture en faisait partie, mais sûrement d'autres choses étaient aussi à imaginer. Ses relations avec les filles, son travail dans un bar... Et pourtant, étrangement, tout cela n'avait plus grande importance maintenant.

Peu importe le passé après tout, il n'avait plus aucun sens.

"Allons-y."

Disant cela, Ryota s'installa côté passager sans hésitation et les deux refermèrent leurs portes respectives. Daiki tourna les clefs sur le contact pour démarrer et l'engin entama alors tranquillement la route. Comme il l'avait prétendu, le maté savait conduire, et même bien conduire. Étrangement, cela lui allait plutôt bien de maîtriser un véhicule à son âge, déjà sûr de lui sur les manoeuvres à faire. Se sentant en sécurité et bercé par le bruit ronronnant du moteur, l'adolescent aux yeux ambre sentit un gros coup de fatiguer retomber sur son corps meurtrit et il glissa sur son siège pour s'affaler contre la vitre. La blessure sur sa cuisse pulsait de temps à autre et son sang en général semblait brûler à l'intérieur de lui. Peut-être qu'il avait de la fièvre.

Quand il tourna ses yeux vers le siège du conducteur, l'expression d'Aomine n'avait pas changé d'un pouce depuis leur départ. Stoïque, il tenait le volant, concentré sur le chemin à suivre alors que de la sueur s'écoulait sur ses joues depuis sa tempe. Ses signes physiques ne trompaient pas, quand bien même il tentait de les cacher: il souffrait autant que lui, si ce n'est plus. Après tout, il avait extrait la balle d'une manière si irréaliste que Kise en tremblait rien que d'y repenser. Ce serait bien si la blessure pouvait guérir progressivement après cela, mais il avait l'impression que ça allait prendre plus de temps que d'ordinaire.

C'était dur de voir son camarade endurer silencieusement la douleur.

Sûrement ne voulait-il pas qu'il se fasse de soucis.

Sans doute se disait-il qu'il ne fallait pas flancher, si proche du but.

Non. Juste un peu plus. Un tout petit peu plus. Bientôt...

Serrant les dents, Kise ferma les yeux en s'entendirent répéter des suppliques, comme s'il priait mentalement.