Douceur liquide
Auteur: Woshi
Disclaimer: Ni Kuroko no Basket, ni Sweet Pool ne m'appartiennent
Raiting: M pour cause de scènes sanglantes et sexuelles
Genre: UA, Angst, Drame, Tragedy, School life, Romance, Yaoi, Gore, Surnaturel, Mpreg d'une certaine manière
Note: Ouai je sais, moi non plus j'y croyais plus et pourtant il est là, ce foutu chapitre X'D Je m'excuse de mon temps de publication qui est catastrophique , mais bon, l'essentiel c'est que ça vienne X'D Bref, un chapitre centré sur deux autres personnages qui se termine... vous verrez. Encore une fois, vous sentez qu'on touche à la fin ~ J'espère que votre coeur est accroché en tout cas. Bonne lecture ~
[ OST Sweet Pool - Calm 2 / OST Sweet Pool - Forever]
Les ténèbres dissipèrent enfin et que sa vision lui revint petit à petit.
Il était de retour dans la réalité, mais il avait l'étrange sensation de flotter encore dans une dimension parallèle, comme s'il n'était pas totalement redevenu lui-même. Peut-être que le temps s'était arrêté lorsque le noir l'avait envahi, ou peut-être que sa conscience l'avait quitté pendant un moment. Il ne savait pas. Il avait juste l'impression qu'en l'espace de ce qui aurait pu être des secondes ou des siècles, son esprit s'était détaché de son corps pour aller ailleurs alors que ce dernier avait continué son existence dans ce monde sans se soucier de ce qui adviendrait. Et il n'avait aucun souvenir de ce qui avait pu se passer dans ce laps de temps.
Encore confus par ce décalage, il se rendit compte qu'il était toujours en train de monter les étages avec Kagami.
"Tu vas bien?"
Le rouquin s'était alors retournée dans sa direction en prononçant ces paroles d'un air inquiet. Peut-être avait-il senti l'absence de Kuroko, même si cette dernière n'avait duré que peu de temps. Le concerné hocha doucement la tête en suivant ses pas machinalement. Leurs pieds s'emmêlaient pendant qu'ils couraient avec frénésie sans jamais ralentir le rythme vers une direction commune. En traversant le hall du troisième étage, ils trouvèrent l'ultime escalier qui allait les mener à l'étage supérieur. Ils l'empruntèrent à son tour sans se retourner. Bientôt, la porte menant au toit fut en vue.
Prenant les devants, Taïga utilisa son coude afin de l'ouvrir avec plus de force et la poussa jusqu'à ce qu'enfin, elle dévoile l'espace convoité.
Un agréable vent vint souffler directement sur leur visage, rafraîchissant leur corps après être passé dans un environnement aussi étouffant. Le bleuté ferma un moment les yeux, appréciant encore plus cette sensation flottante sur sa peau; il se sentait comme si cela faisait des années qu'il n'avait pas senti l'air extérieur. Passant la porte en fer et la laissant se refermer derrière eux, Kuroko traversa lentement le toi en compagnie de Kagami. Un beau ciel coloré de l'orange du crépuscule se tenait en face de lui comme une peinture de paysage, tombant petit à petit dans le futur bleu nocturne de l'horizon qui allait bientôt s'installer.
Alors qu'il l'admirait un moment, le garçon pâle trouvait ce tableau si incroyable qu'il avait l'impression que les récents évènements n'auraient pu être qu'un mensonge.
La ville se dessinant de maison et d'immeuble était toujours aussi calme, les gens au loin marchaient de manière insouciante dans les rues, les voitures circulant sur les routes adaptées, la faune et la flore se dessinaient çà et là dans l'environnement urbain afin de ne pas le rendre trop grisonnant. Tous ces éléments se déroulaient indépendamment du reste. De ce point de vue, rien n'avait changé. Le monde extérieur n'avait pas changé. Une fois passé les frontières de ce lycée, tout redevenait incroyablement ordinaire. Peu importe s'ils sortaient d'un phénomène surréaliste impossible à croire de la bouche de quiconque. Dans cet univers, il était insignifiant.
Après tout, au-dessus de tout cela, la Terre continuait de tourner rond, le temps passait à son allure continue et stable et la vie faisait son oeuvre. Ils n'étaient rien d'important dans ce monde. Chaque changement n'était affaire que de micro-instants si infimes dans leurs conséquences qu'ils n'auraient aucune influence sur le cours des choses. Comme pour la colère, la haine, les ressentiments et la tristesse nés de cet endroit en cet instant précis. Tout cela n'était qu'un incident mineur. Une petite goutte dans un océan infini dans lequel ils ne faisaient que dériver au gré du courant. Eux aussi, ils n'étaient que deux petites gouttes d'eau qui venaient à peine de se réunir.
Alors qu'ils réfléchissaient ainsi à leur raison d'être, un court bruit d'impact résonna soudainement et coupa leurs pensées.
Surpris, Kuroko se retourna vers la porte par laquelle ils étaient sortis. Malgré le fait qu'elle soit fermée et blindée de son acier, ce son avait pu la traverser et cela venait indéniablement de l'unique escalier qu'ils venaient d'emprunter pour monter jusqu'ici. Cela sonnait comme... un coup de feu. Akashi avait-il retrouvé son arme? Kagami s'était aussi retourné pour vérifier, ses yeux carmin fixant l'entrée silencieusement avec une certaine méfiance. Après s'être assuré que rien ne changea pendant un moment ou que quelqu'un était en train de venir, il se retourna vers son camarade pour le regarder.
Il se rendit compte à ce moment qu'ils s'étaient tenu la main depuis tout ce temps.
Une grande vague d'embarras l'envahit à l'idée qu'il ait pu marcher ainsi, mais il ne pensa pas une seule seconde à séparer le contact. La main de Tetsuya était petite et froide dans la sienne grande et chaude. La différence de couleur, entre la blancheur et le caramel se mélangeait harmonieusement dans leurs doigts entrelacés. Debouts, ensembles à contempler le paysage du soleil couchant, cela lui semblait être une scène clichée d'un film romantique, et pourtant, il la vivait avec son camarade. Et au fond, il ne pouvait nier que le décor avait raison de son humeur et l'attendrissait beaucoup au point de se laisser aller à des pensées romantiques.
Un peu rêveur, il vit dans sa contemplation tout en bas du bâtiment deux silhouettes sortir du lycée. De loin comme ça, ils semblaient recouverts de la tête au pied d'une substance rouge qui cachait leur couleur d'origine, mais il était quasiment sûr, au vu des circonstances, qu'il s'agissait d'Aomine et Kise. Il savait que le blond avait été kidnappé en même temps que son camarade, et rien ne l'étonnait dans le fait que l'adolescent basané soit venue également pour le sauver. Jamais ils ne s'étaient croisés dans les couloirs, à croire que le hasard faisait bien les choses. Kagami se retourna vers son partenaire, devinant à travers son expression stoïque un soulagement à cette scène.
"Tant mieux pour eux." Fit-il simplement.
Impossible de savoir si c'était "tant mieux" parce qu'ils avaient réussi à fuir cet endroit cauchemardesque ou "tant mieux" parce qu'ils avaient fait leur choix, visiblement explicite étant donné qu'ils avaient justement pu sortir sans trouver le barrage de ces choses rouges. Mais quoi que ce fut, ils n'avaient aucun jugement à porter dessus. Ils avaient fait leur choix, comme eux avaient fait le leur. Chacun le suivrait de son côté en essayant de trouver son propre bonheur. Après tout, depuis le début, Tetsuya savait que son chemin serait différent de celui de Daiki et que, fatalement, ils allaient se séparer au bout d'un moment. C'était comme ça.
"Qu'est-ce qu'on fait maintenant?"
Ces mots sortirent de la bouche du plus grand d'une manière si naturelle qu'ils auraient pu se fondre avec la bise qui soufflait. Un petit silence passa pendant lequel ils continuaient leur contemplation du paysage, comme si ce dernier allait leur donner la réponse à cette question si banale, et pourtant en cet instant, si cruciale. Vraiment. Qu'étaient-ils censés faire? Même s'ils arrivaient à quitter cet endroit, à rentrer chez eux, vu tout ce qui s'était passé, que se passerait-il demain? Et après-demain? Et les jours qui suivaient? Il ne pouvait rien imaginer de ce qui leur arriverait ou de ce qu'ils devraient faire. Ce futur lui semblait tellement incertain, impossible à voir.
Tetsuya ouvrit alors la bouche:
"Je ne sais pas mais..." Il prit une inspiration, sa faible poitrine se gonflant avant de continuer. "Il y a une chose dont je suis sûr."
"Et c'est quoi?"
"Je veux rester avec toi."
Kuroko tourna alors sa tête en direction de Kagami, la levant légèrement pour pouvoir voir son visage. Il était, comme d'habitude, resplendissant. Ses cheveux s'illuminaient sous la lumière aux teintes sanguines, ses mèches dansant sous le vent frais de cette fin de journée. Il était sûrement celui qui en était sorti le moins salit, aussi bien physiquement que mentalement. Juste ça était une victoire. Le garçon à la peau pâle voulait que son camarade préserve son innocence autant que possible malgré toutes les horreurs qu'il ait pu voir ou subir. C'était euphorique, bien sûr, étant donné leur situation, mais il ne pouvait s'empêcher d'espérer cela.
Lui aussi, il voulait rester avec lui.
"Ne me quitte plus jamais, Kuroko. Je t'interdis de m'abandonner comme tu l'as fait."
Le concerné baissa légèrement les yeux, coupable. Oui, il l'avait abandonné en le laissant pour aller affronter ses ennemis tout seul, mais c'était uniquement parce qu'il voulait le protéger. Encore une fois, il voulut le garder à l'abri de toutes ces horreurs, lui qui venait à peine de découvrir sa propre nature. Peut-être le pensait-il trop fragile d'esprit pour surmonter cela, mais ce n'était pas rien. Même le plus renforcé mentalement ne pourrait pas sortir d'une telle épreuve indemne et à ses yeux, la santé de Kagami-kun avait bien plus de valeur que sa propre vie. Lui... il était fichu d'avance, il le savait depuis un petit moment. Mais pour son partenaire, c'était une autre histoire.
Il prit alors une inspiration silencieuse.
"Merci d'être venue me sauver."
"Je te sauverais autant de fois que nécessaire pour te garder."
Ces mots, si passionnés, et pourtant prononcés si calmement, firent chavirer son coeur. Depuis quand le rouquin lui disait-il des choses comme cela de manière aussi franche? Ah... ce n'était pas si étonnant en fait, en vue de sa nature. Toujours droit, toujours franc, toujours honnête envers lui-même. Il ne cherchait pas longtemps pour être sûr de ce qu'il désirait. Il savait rapidement ce qu'il ressentait, et ne se privait jamais pour l'exprimer. C'était parfois déstabilisant, mais c'est aussi pour ça que Tetsuya était tombé sous son charme. Il ne cherchait pas à se cacher sous une armure, et même s'il jouait les durs et bourrus d'apparence, Taïga était quelqu'un de sensible et de gentil en réalité. Sans doute bien plus fragile que lui-même.
Dire qu'il était en train de gâcher la vie de quelqu'un de si pur...
"Kagami-kun... tu es vraiment sûr de prendre ce chemin avec moi?" Demanda-t-il alors en baissant légèrement la tête d'un air misérable.
"Hein? De quoi tu parles?"
Kuroko eut le courage de tourner sa tête vers lui pour regarder son visage. Il ne semblait réellement pas comprendre ce qu'il essayait de lui transmettre. Mais sans lui laisser le temps de répondre, le plus grand enchaîna d'un ton affirmé;
"Je me suis déjà engagé avec toi. C'est trop tard pour avoir des regrets. J'ai eu tout mon temps pour douter, crois- moi... alors si vraiment je n'étais pas sûr de moi, attendre jusqu'à maintenant n'aurait rimé à rien."
C'est vrai. Ils étaient allés loin, très loin ensemble déjà. Implicitement, ils avaient scellé un lien impossible à défaire. Un lien tacite, mais bien plus fort que n'importe quel contrat écrit. Leur corps étaient connectés, leur parasites eux-mêmes s'étaient trouvés, ils avaient défié ensemble Akashi. Il avait raison; ce n'était plus le moment de retourner en arrière désormais. Il aurait fallu le faire tôt, plus tôt. L'adolescent bleuté aurait presque souri d'ironie. Attendre aussi longtemps pour demander son avis à son partenaire, en sachant que c'était de toute façon jouée; il était vraiment le pire.
La main dans la sienne se serra légèrement.
"Qui aurait cru, il y a des semaines, qu'on se retrouve dans cette situation aujourd'hui, sérieux ..."
"Qui aurait cru, en effet? Pas moi en tout cas." Répondit le bleuté à son commentaire.
Eux qui ne s'étaient regardé que de loin. Eux qui ne s'étaient jamais réellement parlé. Eux qui avaient toujours eu une appréhension l'un envers l'autre; l'un pour ses sentiments cachés, l'autre pour son comportement étrange. Ils ne pouvaient même pas dire qu'ils avaient tout fait pour que tout aille bien dès le début. Trop de sentiments, très souvent négatifs, avaient débordé bien tôt entre eux, brouillant toute tentative de compréhension. Tout cela entravé encore plus par des acteurs extérieurs, plus ou moins intentionnellement. La salle de classe, les couloirs, les toilettes, le laboratoire, le restaurant de ramen, pour finir dans la maison du rouquin.
Ils étaient passés par tant de choses...
"Je comprends pas ce qui t'attire chez un mec comme moi..."
Cette remarque ne fit même pas sourciller Kuroko, parce que lui-même ne saurait l'expliquer. Kagami-kun était... quelqu'un de spécial pour lui. Dès l'instant qu'il l'avait vu, il avait senti quelque chose qui n'avait rien à voir avec les phéromones qu'ils dégageaient. Non, c'était quelque chose de plus profond, de plus spirituel. Son attitude, son visage, son corps... Même s'il était un garçon, même s'il avait mauvais caractère, le bleuté avait été touché par sa passion du basket et sa franchise. Le rouquin n'avait jamais cherché à lui mentir, parfois le blessant, mais c'est le fait qu'il soit si entier qui l'avait irresistiblement attiré. Quelqu'un qui s'impliquait de toute son âme dans ce qu'il aimait.
Ce que lui-même n'avait jamais pu faire; ce fut comme s'il se retrouvait face au reflet d'un moi idéal qu'il ne pourra jamais être. Peut-être était-ce pour cette raison qu'il le chérissait autant.
"Tu es gentil."
"Hein?"
"Kagami-kun est gentil, et moi, j'aime cette gentillesse."
"N'importe quoi... je ne suis pas... gentil ou quoi que ce soit."
Les joues de Taïga prirent une couleur semblable à celle de ses cheveux tandis que ses yeux se détournèrent, l'embarras se lisant clairement sur son visage. Il ne voyait pas ce que Tetsuya voulait dire par cela. Il n'était pas plus gentil qu'un autre... certains avaient même tendance à dire qu'il était un gros bourru insensible. Il avait tendance à foncer tête baissée en réagissant à vif plutôt que de réfléchir et se faisait souvent traité d'idiot pour ça. Il blessait même sans s'en rendre compte, et il s'en voulait souvent pour cela, parce qu'il ne faisait pas attention à ce qu'il faisait, alors même qu'il n'avait aucune intention de faire du mal à qui que ce soit.
C'est pour ça que j'aime Kagami-kun. Parce qu'il ne se rend pas compte."
Depuis le début, il avait saisi ce grand coeur qui se cachait sous une apparence de bête sauvage et indomptée. C'est ce qui lui avait plu. Il avait lu derrière ces yeux débordant d'agressivité une tendresse qui l'avait touché. Peut-être... peut-être avait-il senti que ce garçon, de tous ceux qu'il avait croisés, serait le seul à le comprendre. À l'accepter comme il était. Certes, il y avait eu Aomine-kun, mais ce n'était pas pareil. Ils étaient justes amis et leur manière de voir les choses seront à jamais différentes. Mais ce grand roux... l'avait fait fondre. Alors il avait tenté sa chance, se disant qu'il ne perdrait rien vu ce qu'il était, et surtout seul comme il était.
"Mais quand même, t'es bizarre." Déclara Kagami d'un ton un peu exaspéré. "M'approcher soudainement sans rien dire, me regarder avec ces yeux, me toucher comme ça... pour te dire la vérité, je trouvais vraiment flippant. Genre: c'est qui ce mec? Pourquoi il vient vers moi? Et tous ces trucs..."
Malgré le reproche implicite, Kuroko ne put s'empêcher de se sentir amuser de la manière dont l'évoquait son camarade.
C'était d'une expression juvénile, voire puéril, de leurs débuts de relation qui la rendit soudain extrêmement légère malgré la gravité de la situation. Cela le rendit nostalgique, comme si ça faisait longtemps que c'était passé à en parler ainsi, alors que c'était bien plus récent. Mais cela lui fit du bien et lui assura la raison pour laquelle il aimait tant ce garçon. Il était rassurant. Il le considérait comme quelqu'un de normal malgré tout. Et il continuait de vivre comme un humain après ce qui s'était passé. Il avait une force d'esprit incroyable. Encore une fois, certains y verrait une certaine stupidité inconsciente. Lui n'y vit qu'une innocence adolescente qui lui fit goûter un peu de ce qu'il avait tant désiré depuis son entrée au collège.
En regardant le ciel qui s'assombrissait face à la nuit qui reprenait ses droits, ses yeux se remplirent de mélancolie.
"C'est vrai que j'ai toujours eu du mal à exprimer ce que je voulais te dire." Expliqua-t-il finalement.
"Forcément, c'est parce que tu es asocial, tu ne parles pas du tout et c'est dur de même dire si tu écoutes ce qu'on te dit ou pas!"
Encore une fois, cette réprimande ne fit qu'attiser un fin sourire sur les lèvres fines du bleuté, comme s'il était tout à fait conscient de ce que lui disait le rouquin. C'était sans doute le cas, aussi ce dernier tourna ses yeux rouges d'un air embarrassé, sachant que ce gringalet faisait exprès de le provoquer silencieusement juste pour le voir s'emporter. C'était sadique, quelque part, mais Taïga n'arrivait pas à s'énerver pour cela. Tetsuya était le seul qui gardait cette assurance malgré leur différence très nette de carrure. Il appréciait cette égalité qu'il y avait entre eux malgré leur différence, et puis aussi...
"Quelque part, je peux comprendre pourquoi tu agis comme ça." Déclara le plus grand sur un ton plus apaisé. "Je pense que tu n'as pas pu t'empêcher de devenir comme ça. Quand je repense à ce que tu m'as raconté sur ta famille, ton passé..."
Chacun avait sa manière à lui de se construire sa défense. Kagami avait un mur d'agressivité et d'intimidation pour tenir les autres en respect, Aomine était à peu près pareil, mais restait encore plus en retrait, Kise, lui, jouait la carte des faux-semblants pour donner une illusion qui dissiperait toute curiosité et Kuroko... Kuroko se rendait invisible et s'entourait de cette aura de malaise qui laissait toujours un flou sur ce qu'il était. Il n'y avait pas de bonne ou de mauvaise conduite dans ce genre de cas, Ils faisaient simplement comme ils pouvaient pour survivre dans cette masse de gens si différents d'eux.
Lâchant une expiration, l'adolescent dériva ses yeux rouges du ciel jusqu'à son camarade.
"Mais ce n'est pas grave. C'est ce qui fait ce que tu es et... moi, j'aime bien ça, d'une certaine manière. Enfin... Je veux dire... tu es le seul qui ose me tenir tête sans avoir l'air de te faire dessus et j'apprécie... J'apprécie que tu restes naturel en face de moi. Même si je suis... enfin, que je me pensais normal, on m'a toujours vu un peu différemment, parce que je fais peur il paraît... Quand j'étais aux États-Unis, on me regardait bizarrement et j'avais du mal à m'intégrer parce que je ne parlais pas trop bien la langue. Alors je me suis un peu... renfermé. Et c'est resté, même après être revenu au Japon alors que j'avais enfin retrouvé mes marques. Bref, merci d'avoir toujours... été toi avec moi."
Une fois qu'il avait fini de parler, il se sentit soudain bien plus léger. Même si ce fut maladroit, même si ce fut décousu, il avait dit tout ce qu'il avait voulu dire. C'était sûrement bien superficiel par rapport aux problèmes dont son camarade du faire face, mais il ne lut pas dans les yeux bleus de ce dernier un quelconque désintérêt malgré son faciès stoïque. Il se sentait comme s'ils s'étaient enfin confirmé leur sentiment l'un à l'autre. Ce qu'ils ressentaient depuis le début, comment ça avait évolué et ce qu'il en était aujourd'hui. Maintenant ils en étaient sûrs. Ils étaient... liés. Pas uniquement leur corps, mais leur... Esprit? Âme? Coeur?
Peu importe ce que c'était, ce lien existait entre eux.
"Je pense que j'ai dit des trucs bizarres." Déclara finalement Taïga, les joues aussi rouges que ses cheveux, tentant tant bien que mal de couvrir son embarras.
"Être laissé pour compte comme ça, c'est un sentiment universel quand on l'a."
Tetsuya tourna tranquillement son visage en face de son camarade lorsque ces paroles franchirent ses lèvres, comme si la gêne ambiante ne l'atteignait pas malgré ce qui s'était dit entre eux. Ou bien son expression impassible arrivait très bien à cacher toute forme de malaise en lui. Son regard transperça directement celui du plus grand qui reprit contenance. Avant, il avait toujours été troublé par ces iris glacés inexpressifs. Il s'était senti comme coincé, incapable de fuir ou de se cacher de ces yeux perçants. Il eut beaucoup de mal à s'y habituer mais maintenant, il savait. Il comprenait ce que voulait dire ce regard.
Il le lui rendit de la même manière, comme s'il voulait lui signifier qu'il acceptait tout désormais.
Après s'être contemplé l'un l'autre pendant un moment, main dans la main en face du soleil couchant, le rouquin ouvrit la bouche:
"Kuroko."
"Oui."
"Kuroko."
Comme s'il s'agissait de la chose la plus précieuse au monde qu'il pourrait briser rien qu'au son de sa voix, doucement, très doucement, Kagami prononça son nom. Une fois. Deux fois. Sans rien demander derrière. Kuroko trouvait cela réconfortant et mélodieux, aussi ferma-t-il les yeux pour mieux apprécier. Il le répéta dans sa tête. Encore et encore. La voix de son partenaire prononçant son nom de ce ton si tendre et si doux. Il voulait la graver dans sa mémoire afin de pouvoir la rejouer à volonté. Lentement, il rouvrit ses paupières pour s'assurer que c'était la réalité. Un fin sourire, cette fois bien perceptible, orna ses lèvres pâles, trouvant miroir dans celles de son camarade.
"Sois avec moi pour toujours."
"Oui."
Il sentit sa main le tirer lentement, comprenant que Taïga voulait qu'ils se fassent face. Son regard carmin ne changeait pas, malgré les horreurs sanglantes. Il restait honnête et pur. Sur le sol du toit, leur silhouette était dessinée par l'ombre créée du crépuscule à vif. Noires, elles s'étiraient tout en gardant la différence de taille entre eux. Le visage de la plus grande ombre se rapprocha alors du visage de la plus petite. Le bout de leur nez se frôla gentiment, fusionnant par ce point les deux formes peintes par terre. Puis ce fut le bas entier de leur visage qui se réunit dans ce dessin pour ne former plus qu'une seule silhouette.
Les yeux fermés, un sentiment chaud les inonda de part et d'autre alors que la lumière rouge du soleil transperça leur paupière. Une odeur si douce qu'ils s'en sentirent presque étourdits les enveloppa délicatement. Une odeur qui faisait partie d'eux. Une odeur qui n'était plus agressive, mais aussi respirable et vitale que l'oxygène. C'était donc ce sentiment, d'être accepté? C'était... bon. Après un petit moment collé l'un à l'autre, ils se séparèrent lentement. Sans un mot, ils savaient. Ils ne savaient pas comment ils allaient s'en sortir, mais ils savaient que peu importe ce qui arriverait désormais, ils y feront face ensemble.
Comme s'ils s'étaient transmis cette pensée, leur main se resserra l'une dans l'autre.
Puis ça arriva.
"Je vous aie trouvé ~ "
Une voix sombre et profonde changea alors l'atmosphère apaisante qui s'était installée entre eux.
Comme si d'un coup, la température venait de baisser et que leur temps s'était figé. Ils se retournèrent tous les deux pour voir la silhouette familière d'un homme qui se tenait devant l'entrée de la cage d'escalier, leur coupant toute fuite. Akashi Seijuro. Il tenait entre ses mains ensanglantées un gun dont le métal reflétait les rayons du soleil couchant. Ils ne pouvaient dire s'il s'agissait d'une deuxième arme qu'il avait caché quelque part ou l'ancienne qu'il avait pu récupérer. Son visage était tordu en un sourire triomphant qui semblait totalement déconnecté de la réalité. Sa respiration était rapide, laissant supposer qu'il avait couru avant de venir les rejoindre.
"J'ai décidé de tenter ma chance en suivant les traces de pas dans le sang. Il semblerait que j'ai bien fait."
L'enseignant pointa alors le canon de son arme vers eux, ses yeux ne reflétant rien d'autre qu'une pure folie dévastatrice. Il reprit d'un ton beaucoup moins enjoué;
"Je vous laisse une dernière chance: soit vous acceptez de vous soumettre à votre destin, soit vous ne me servez plus à rien, et dans ce cas..."
Laissant en suspens son avertissement, il enleva la sécurité sur l'arme dans un bruit qu'ils purent bien entendre. Il était sérieux, bien sûr. Ils avaient pu le constater plus tôt qu'il n'hésiterait pas à les tuer s'il s'apercevait qu'ils n'avaient pas l'intention de collaborer avec lui. Mais il n'y avait pas moyen qu'ils meurent ici. Ils l'avaient décidé ensemble. Kuroko avait décidé qu'il vivrait en tant qu'humain, heureux avec Kagami-kun, sans eux. Et même s'ils finiraient par mourir, il voulait au moins choisir comment. Certainement pas en étant tué par cet homme. Il ne pouvait pas le laisser faire ça.
Kuroko fit alors un pas en regardant Akashi ainsi que son arme noire.
"Akashi-kun... je comprends la peur de la solitude."
"Paron?"
"Je comprends... ce que ça fait d'avoir peur d'être tout seul. Quand j'ai découvert ce que j'étais, j'ai compris pourquoi depuis enfant, les autres semblaient m'éviter. Nous, les Mesu... et les Osu, nous avons tous vécu ça, qu'on en soit conscient ou non."
Son regard dériva rapidement sur son camarade aux yeux rouges qui avait une expression tout aussi concernée que lui. Sans doute, lui aussi, voyait-il de quoi le bleuté voulait parler.
"Nous avons tous été obligé de porter le poids de la responsabilité d'une... espèce qui n'est pas la nôtre à l'origine .Parce que nous... nous avons réalisé que nous voulions vivre en tant qu'humain. À partir de maintenant, nous voulons vraiment vivre."
Parce qu'il avait ce corps. Lui et Kagami aussi, ne sont pas nés pour leur bon vouloir. Ils voulaient prouver que même un Mesu et un Osu ne finissaient pas forcément leur vie là comme elle avait commencé. Ils voulaient montrer qu'eux aussi, ils pouvaient avoir leur propre bonheur. Maintenant, ils refusaient de les accepter, même si leur corps se dégraderait à cause d'eux. Même si cela écourterait leur vie, au moins, cette courte vie sera une vie qu'ils auront choisie d'eux-mêmes. Il voulait vivre en tant qu'humains et ils voulaient mourir en tant qu'humains. Cependant...
"Cette espèce est la vôtre dès l'instant que vous êtes né!" Protesta son professeur en sifflant entre ses dents. "Que vous le vouliez ou non, il fait partie de vous!"
"Peut-être mais... tous ceux qui nous ont entourés jusqu'à présent étaient des humains. Même si mon corps se met à changer, même si je me transforme, même si toutes ces choses me le rappellent, je ne peux pas m'empêcher d'être humain au plus profond de moi. Mes parents sont humains, mes amis sont humains et mon..."
Sa phrase se coupa alors que ses yeux dérivèrent encore sur Kagami qui cette fois détourna les siens. Son quoi? Qu'allait-il dire? Qu'allait-il qualifier son camarade à l'instant? Qu'est-ce qu'il représentait pour lui? Jamais Kuroko n'arriva à le formuler oralement. Mais peu importe ce qu'il était, il restait un humain, et c'était la chose la plus importante qu'il voulait transmettre à l'adulte. Que même avec un corps comme le sien, il restait un humain. Et en même temps, il ne pourrait jamais totalement oublier cette part de lui-même qui l'implorait dans l'ombre et qui semblait, à ce moment même, prendre forme en face de lui en la personne d'Akashi.
Ce dernier, imperturbable, reprit alors:
"Vous ne serez jamais humains. Vous allez mourir comme des déchets si vous persistez à renier vos racines! C'est vraiment ce que vous voulez?"
"Ce que nous voulons... c'est pouvoir choisir notre vie... et notre mort." Répondit Tetsuya d'un ton las.
L'homme aux iris vairons renifla de mépris, comme si on venait de lui demander une chose techniquement impossible à avoir pour la centième fois. Était-ce donc si dur à comprendre pour lui qu'ils voulaient simplement avoir la liberté de choisir? Mais le jeune homme pâle devinait pourquoi il avait une telle réaction. Il comprenait pourquoi il s'accrochait autant à ce but, quitte à menacer la vie de membres de sa propre espèce, quitte à devenir hors la loi -s'il ne l'était pas déjà-. Quitte même à tout perdre en agissant ainsi. Oui, il comprenait, et c'était bien pour cela qu'il n'avait plus peur d'affirmer en face de lui sa volonté.
"Akashi-kun... être le seul Pure Race est certainement très triste. Il n'y a personne pour comprendre ce que tu es, personne qui n'est comme toi, personne pour imaginer dans quelle position tu es. Même les Osu et les Mesu auraient de la peine à se sentir proche de toi..."
"Tais toi..."
"Les écrits te décrivent comme parfait alors qu'en fait... tu ne l'es pas du tout. Aux yeux de la chair, tu l'es certainement, mais aux yeux des humains, tu es considéré comme une abomination simplement parce que tu es différent d'eux. Notre douleur... est similaire. Mais nous, Osu et Mesu, il reste une part humaine en nous. Nous nous réconfortons en nous disant que nous ne sommes pas les seuls, que d'autres comme nous ont souffert et souffriront certainement... Mais toi Akashi-kun, qui est le premier né..."
"Je t'ai dit de te taire..."
"Akashi-kun, crois-tu vraiment qu'en semant la mort autour de toi, en nous forçant à faire cela, tu te sentiras moins seul? "
Ce dernier regarda alors Kuroko en écarquillant les yeux dans une expression qu'ils virent en lui pour la première fois. Ahuri. Confus. Perdu. Jamais encore il n'avait ressenti de tels sentiments et pourtant... il finit par se questionner sous les mots du bleuté. Oui, il se sentait seul, très certainement, depuis sa naissance. Il savait qu'il allait sûrement suivre le même destin que son ancêtre si jamais il révélait sa vraie nature, alors il s'était caché des fidèles. Exactement comme les Osu et Mesu le faisaient. Sauf que lui, il était l'unique Pure Race. Personne ne savait ce que c'était d'être à la fois si parfait, si proche de Dieu... et de ne pas pouvoir le partager avec quiconque.
"Nous avons réussi à survivre à la chair jusqu'à maintenant... Alors nous resterons vivants. En tant qu'humain, jusqu'à la fin." Déclara avec détermination Tetsuya. "Si je suis un Mesu, alors plus que tout, je ne laisserais pas les choses aller comme ils le veulent. Eux, qui ont détruit tout ce que nous avions et tout ce que nous étions. Parce que j'ai trouvé quelqu'un... qui me comprend, je ne veux pas le perdre."
Kagami Taïga. Un Osu particulier qui venait de prendre conscience de lui-même et qui, comme son camarade, se pensait encore humain. Ils étaient déterminés. Tous les deux. S'ils ne s'opposaient pas, tout allait prendre fin ici et maintenant. S'ils n'étaient pas assez forts pour se battre, tout irait comme "ils" l'auraient souhaité. Et la boucle se répèterait inlassablement avec d'autres malheureux élus. Sans personne pour briser ce sanglant destin. Pris dans un conflit intérieur, l'adulte laissa son regard dévier, son visage crispé. Un vent frais souffla sur ce silence imposé par les trois hommes. Seijuro baissa lentement le bras qui tenait l'arme chargée.
"C'est vrai, je vous l'ai dit, je me sens seul. Et vous, mes plus proches parents, êtes sans doute le plus à même de comprendre ma douleur alors. Vous êtes tous les deux, moi... moi je sais que peu importe où je chercherais, je resterais toujours le seul... Juste... quelqu'un... comme moi. Qui me comprenne totalement. C'est tout ce que je demande. Et si vous refusez de m'apporter cet unique bonheur..."
Laissant ces mots en suspens, son arme repointa alors vers le duo alors qu'un sourire fou et désespérément triste déforma son visage:
"... alors je refuse de vous laisser vivre le vôtre."
Son index pressa la gâchette.
Un blanc.
Un bruit.
Un cri.
Kuroko sentit une énorme chaleur lui transpercer la poitrine d'un seul coup. Frappé par un choc explosif, ce fut comme si tous les sons autour de lui s'arrêtèrent immédiatement pour former une explosion silencieuse. Il ne pouvait plus rien entendre de ce qui se passait dans son environnement. Basculé en arrière, un ciel teinté d'une profonde couleur rouge vacilla lentement dans son champ de vision. Ses yeux d'un bleu glacé ne purent que se focaliser sur cet horizon inatteignable. Il voulait lever le bras pour tenter de le toucher, mais ses muscles ne lui répondaient plus, comme s'il avait perdu tout contrôle.
Soudain, quelque chose toucha son corps par l'avant.
Chaud, grand, imposant, ça enveloppait son dos, ses épaules et même son torse. Pendant un moment, son champ de vision fut alors caché, couvrant ce spectacle du soleil mourant. Relevant sa tête devenue soudain lourde au prix d'un gros effort, il vit alors le visage de Kagami-kun dans sa vision floue. Que faisait-il si proche de lui? Vite. Il voulait qu'il s'enfuie. Vite. Au moins... Au moins Kagami-kun. Au moins lui, qu'il réalise ce souhait pour eux deux. Trouvant la force nécessaire, il tendit faiblement ses mains devant lui, comme s'il repoussait le grand corps du rouquin. Mais les bras forts de ce dernier ne le lâchèrent jamais, et au contraire resserra son étreinte plus fermement, comme pour s'assurer qu'il ne s'envolerait pas.
Vite.
Qu'il s'en aille. Vite.
"Kagami-kun!"
Cet appel du désespoir n'atteignit pourtant pas les oreilles de son camarade. Ni les siennes. Le feu brûlant dans sa poitrine s'embrasa, ébouillantant ses veines. Allait-il prendre feu de l'intérieur? Il n'en savait rien. Il n'avait déjà plus notion du temps ou de l'espace qui l'entourait.
Après une vibration à couper le souffle, il eut l'impression d'avoir percuté quelque chose. Ou peut-être de l'avoir traversé. La seconde d'après, le sol disparut. Il crut pendant un moment que c'était à cause de son état physique mais ce n'était pas le cas. Il n'y avait... plus rien en dessous de lui. C'était la première fois qu'il éprouvait ça. La sensation d'être suspendu en l'air. Un souffle bien plus froid mordit sa peau pâle sans pitié. Le vent siffla dans ses oreilles, comme une vox implorante alors que son corps flottait la tête à l'envers. Et toujours ces mains qui le tenaient, l'empêchant de s'enfuir au gré de la bise. Mais il n'avait pas envie de partir. Il était bien là...
Un bruit sourd d'éclaboussure mit un terme cela.
Aah... rouge.
Tetsuya fut englouti dans une eau emplie des couleurs du crépuscule. Ce n'était pas froid, malgré la saison. Non, en fait, il se sentait réchauffé. Sans doute parce qu'il était serré contre son partenaire. À côté de ses oreilles, il put entendre le son des bulles d'air qui remontaient à la surface tandis qu'eux coulaient inlassablement. Ce son aussi finit par s'effacer dans la profondeur marine jusqu'à ce qu'il ne puisse plus rien entendre. La teinte de l'eau s'assombrit. Il prit alors Taïga dans ses bras à son tour. Le battement de coeur venant de sa poitrine resonna avec la sienne. C'était chaud. Réconfortant.
Aah, c'était vrai. Il se souvenait. Aomine-kun qu'il avait vu partir... il comprenait ce qu'il avait voulu dire... à ce moment...
XXxXxXxXxX
Cette fois. Cette fois quand ils avaient joué au basket ensemble, il n'avait pu détourner ses yeux de cet étrange garçon bazanné qui savait déjà si bien jouer à ce sport qu'il affectionnait. Cela ne faisait que peu de temps qu'il se connaissaient, et pourtant ils étaient devenus proches. Cela lui faisait plaisir, car aucun garçon de son âge ne le laissait s'approcher. Rien que d'y penser, il s'en sentait triste. Comme s'il avait deviné, le garçon s'approcha alors avec un air grave pour lui demander ce qui n'allait pas. Il lui expliqua tout alors, comme s'il savait qu'il pourrait se confier à lui sans risque. Ses doutes, sa solitude, son impression de ne pas être comme tout le monde alors que pourtant, il l'était d'apparence.
Il ne comprenait pas pourquoi il était si isolé et incompris des autres.
"Tetsu... Je te rassure, tu n'as rien fait de mal. Je te l'ai déjà dit: Tu es juste différent. Comme moi. Nous sommes exceptionnels, et parce que nous le sommes, nous allons aussi vivre une vie exceptionnelle."
"Exceptionnel... je n'ai pas l'impression que ce soit si fabuleux que ça..."
"Tout dépend de toi. Tu sais, un jour, tu vas rencontrer quelqu'un avec qui tu seras lié d'une manière bien plus intense que tu ne pourras l'imaginer. Ce lien sera encore plus fort que l'amour, encore plus fort que le mariage ou tout ce qui peut exister comme relation chez les humains. Ce sera un lien que tu ressentiras dans ta chair et dans ton sang. Ce jour-là, toi et ton partenaire, vous devrez faire un choix."
"Quel choix?"
"Même moi je ne le sais pas. Mais quand le moment de ce choix arrivera, tu le sauras et ce sera un moment crucial pour toi... et pour lui. Un moment qui décidera de votre vie à tous les deux."
"... toi aussi Aomine-kun?"
"Oui, moi aussi."
XXxXxXxXxXxX
Cet instant avait signé le début d'une relation étrange avec Aomine-kun et pourtant, ce fut comme si tous les deux avaient su d'avance qu'ils n'étaient pas destinés l'un pour l'autre.
Brièvement, cela lui traversa l'esprit qu'Aomine-kun aussi avait dû faire son choix. Pour Kise-kun, il avait décidé de vivre à leur manière, et ils s'en étaient tirés tous les deux. Il avait su protéger ce partenaire dont il lui avait parlé. Cette personne avec qui il était lié à vie. Une étrange vague remplit son esprit et son coeur s'arrêta de battre en l'espace d'un instant. Dans ce cas, cette fois, c'était son tour. Le moment du choix était arrivé. Juste comme Aomine-kun avait protégé Kise-kun, il protègerait Kagami-kun. Gentiment, il enlaça le grand corps de son amant pour enfouir la tête rousse contre sa poitrine et posa ses lèvres contre les cheveux carmin qui dansaient sous l'eau.
Au moins, il voulait que Taïga vive. Au moins lui.
Pour cette raison... il était prêt à se sacrifier. C'était son choix à lui. Ses pensées commencèrent rapidement à se changer en d'innombrables bulles qui s'envolèrent dans l'eau. Sa conscience s'écuma, emportée par la marrée de sentiment et de manque vital. Il devint bientôt incapable de penser à quoi que ce soit d'autre. Il ferma les yeux, et malgré la vie qui quitta petit à petit son corps, il s'entêta à garder serré contre lui le corps de la personne la plus chère pour lui. Son esprit se disloqua. Bientôt, il n'en resterait rien. Rien. Absolument rien. Ni du blanc, ni rien d'autre.
Juste le néant.
