Douceur liquide
Auteur: Woshi
Disclaimer: Ni Kuroko no Basket, ni Sweet Pool ne m'appartiennent
Raiting: M pour cause de scènes sanglantes et sexuelles
Genre: UA, Angst, Drame, Tragedy, School life, Romance, Yaoi, Gore, Surnaturel, Mpreg d'une certaine manière
Note: Vous me croyez morte? Eh bien non 8'D Mais j'avoue que j'ai beaucoup pris mon temps, à tel point que je pense pas qu'il y aurait grand monde qui lira ce chapitre (si vous êtes encore là et que vous m'attendiez... Je vous vénère XD)
Néanmoins, je me dois d'apporter à cette histoire sa suite et sa fin. Le prochain chapitre est hypothétiquement le dernier mais... sait-on jamais qu'on ai quelques surprises. Tout dépendra de vos réactions.
Ceux qui découvrent ou redécouvrent cette histoire, je vous souhaite bonne lecture ~
[ The red road - Pale Green]
Le soleil se mourrait lentement lorsqu'Aomine gara la voiture en face d'un immeuble familier.
L'extérieur était blanc, sobre, jonché de plusieurs fenêtres et balcons pour certains, sa hauteur correspondant à quelques étages qui se dressaient au milieu de la nuit naissante. Le tout situé dans un quartier un peu retrait du centre-ville, sans histoire et d'une tranquillité appréciable. À cette heure ci, les promenades étaient rares, les gens plutôt occupés à préparer le dîner ou le savourer, c'est pourquoi il n'y avait personne dans les environs lorsqu'ils arrivèrent. Les autres bâtiments voisins étaient plus ou moins similaires, mais celui-ci était leur unique destination...
L'appartement de Kise.
Avec un sentiment de nostalgie, ce dernier sortit du véhicule. Même sans le confirmer explicitement avec son camarade, il devinait que c'était le premier endroit auquel il avait pensé venir dès l'instant qu'ils étaient sortis du lycée en quête d'un endroit tranquille pour tous les deux. Comme s'il n'avait pas eut besoin d'y réfléchir à deux fois durant tout le trajet. Malgré lui, il eut un petit sourire mi-figue, mi-raisin en repensant à tantôt lorsqu'il était parti de chez lui. Bien sûr, il s'était attendu à ne pas revenir exactement dans les mêmes conditions que son départ, mais jamais il n'aurait imaginé avoir autant changé en si peu de temps.
Sur ces pensées un peu amères, Ryouta jeta un coup d'oeil à Daiki pour vérifier son état.
Malgré sa peau basanée, il paraissait terriblement pâle rien que par sa mauvaise mine. Il n'avait absolument rien dit durant le trajet, aucune plainte, mais le jeune homme aux yeux ambrés le soupçonnait quand même de taire son corps. Il n'y avait aucun signe de souffrance dans sa respiration ou son apparence alors même qu'il était blessé et même, gravement blessé. Peu importe d'où lui venait cette endurance, elle était incroyable. Se soutenant mutuellement, bras dessus, bras dessous, ils montèrent doucement les escaliers les menant jusqu'à l'étage du blondinet. Dire qu'il avait fait ce chemin tant de fois dans le passé et qu'il n'aurait jamais imaginé un seul instant qu'un jour, il le fasse en compagnie de quelqu'un.
Une fois en face de l'habitation, Kise sortit machinalement ses clefs de sa poche afin de déverrouiller la porte.
Un geste si anodin qui pourtant en ce moment même était lourd de sens. Il pénétra enfin à l'intérieur de l'appartement, suivi de près par son camarade. Cependant, une fois la porte refermée derrière eux, il remarqua quelque chose d'inhabituel dans le couloir sombre qui leur faisait face. Quelque chose grouillait dans les ténèbres et une forte odeur de fer emplissait leur narine mélangée à celle de la moisissure. Il attendit un instant que ses yeux s'habituent à l'obscurité, s'aidant de la lumière orangée provenant de la porte entrouverte de son salon pour mieux distinguer son environnement et savoir ce qui se tramait.
Il eut une petite exclamation de surprise en voyant des morceaux de chair recouvrir l'enceinte de son logement.
Peut-être à cause de la semi-pénombre qui régnait, il lui semblait que leur teinte était beaucoup moins sanguine et beaucoup plus sobre, presque comme s'ils faisaient partie de la décoration intérieure... Malgré leur présence envahissante, et certainement dérangeante, Kise n'était plus choqué depuis longtemps. Comme un instinct qui l'avait prévenu dès lorsqu'il avait passé le palier de son appartement, son corps avait senti qu'ils étaient là. Les minces bouts de viande se déplacèrent autour d'eux en frémissant plus que d'ordinaire, comme un rituel pour les accueillir tous les deux. Qui sait ce qu'ils célébraient, mais... visiblement, "ils" étaient partout désormais. C'était ainsi et ils l'avaient bien compris; ils n'avaient nul part où aller tant qu'ils seraient là.
Ryouta et Daiki avancèrent ensemble dans l'allée, frôlant les limaces rouges du pied sans vraiment se préoccuper d'elles. Elles ne leur feraient rien de toute façon et elles ne s'en iraient pas alors autant composer avec. Ouvrant la porte menant à la pièce principale, ils firent face au même spectacle. Les murs, le plafond, le mobilier étaient recouverts de... pouvaient-on appeler morceau de chair vu la taille de certains? Ils ressemblaient plus à des organes internes, des viscères qu'à de simples petits bouts organiques. Ceux qui étaient collés aux coins du plafond étaient d'énormes blocs dont les filaments s'étendaient un peu partout dans la pièce, auxquels se rattachaient des morceaux plus petits.
Ils recouvraient absolument tout, ne laissant que vaguement deviner la forme de l'objet qu'ils pervertissaient par leur allure rougeâtre et muqueuse pour tenter de deviner à quoi aurait pu ressembler cet appartement avant leur passage. Le conduit d'évacuation était bouché et même l'aquarium n'avait pas été épargné. Bien que la lumière fonctionnât encore pour l'éclairer, le liquide du réservoir était tellement sombre qu'on ne pouvait rien distinguer à l'intérieur, si ce n'est imaginer des poissons morts flotter dans l'eau croupie, tout du moins en regardant à travers les formes rouges qui bouchaient la vue. "Ils" eurent néanmoins la décense de tirer les rideaux, évitant d'attirer des regards trop curieux sur la décoration intérieure.
Une fois passée la stupeur de ce triste spectacle que leur offrait l'appartement du blondinet, les deux vinrent s'asseoir au-dessus de ce qui lui servait encore de lit.
L'un à côté de l'autre, ils ne se regardaient pas et restèrent silencieux, observant plutôt les morceaux de chair s'éparpiller autour d'eux comme s'il s'agissait d'une vision banale. Aucun d'eux ne semblait tendu ou nerveux, plutôt pensif. Des taches rouges recouvraients les draps sur lesquels ils étaient posés de part et d'autre ainsi qu'une substance liquide qui ressemblait à du mucus. C'était répugnant, sans doute, pour n'importe qui d'autre étranger à leur monde. Personne n'aurait même imaginé passer une seule seconde de plus dans un tel environnement et aurait plutôt appellé la police, les pompiers et les services sanitaires. Mais pour Kise, la notion de dégoût était déjà quelque chose qu'il avait abandonné et ce n'était pas vraiment ça qui le dérangeait...
Dans un état second, sans faire attention à la vague carmin qui pénétrait son espace intime, il se tourna soudain vers Aomine.
Sans vraiment y avoir songé, il venait de se rendre compte que c'était la première fois qu'il le faisait rentrer chez lui. C'était la première fois qu'il laissait quelqu'un rentrer chez lui et voir ce qu'il y avait vraiment à l'intérieur. Jamais il n'aura l'occasion de savoir dans quel univers il avait vécu avant tous ces changements. Peut-être que s'ils s'étaient rencontrés dans des circonstances normales... alors il aurait peut-être invité Aominecchi en tant qu'ami. Peut-être, s'il avait vécu en tant qu'humain, il aurait pu voir cette partie de lui.
Cependant, de tels sentiments disparurent aussi vite qu'ils apparurent dans son esprit; il était déjà satisfait d'être arrivé jusque-là encore en vie.
Ce n'étaient pas des circonstances normales, et ils n'étaient pas humains, alors c'était sans doute logique que ce n'était pas en tant qu'ami qu'il accueillait son camarade aujourd'hui chez lui.
Se sentant en paix avec lui-même pour la première fois depuis bien longtemps, Ryota laissa s'échapper un léger souffle de ses lèvres meurtries. Pendant tout ce temps, Daiki, ferma les yeux un instant avant de les rouvrir, le fixant sans paraître perturbé. Ces deux pierres d'eau sous-marine qui regardaient sans vraiment les voir ces morceaux de chair posés bien sagement de part et d'autre partout autour d'eux, se tournèrent alors vers lui. Les ambres dorés purent alors constater son visage encore blême malgré sa couleur naturelle sombre.
De la sueur tombait régulièrement de ses temples à grosses gouttes sur ses traits qui semblaient lutter pour ne pas se crisper. Même son corps ne tremblait pas alors même qu'il pouvait sentir son métabolisme s'accélérer intérieurement pour tenter de se réguler. Bien qu'il ne le montrât explicitement pas sur son visage, il devait très certainement souffrir.
Il s'était pris une balle dans le corps après tout, et il l'avait retirée lui-même à mains nues par-dessus le marché.
Impossible de dire si c'était le fait d'avoir réussi cet exploit tout seul ou d'avoir trouvé la force de venir jusqu'ici après qui était le plus spectaculaire. D'autres que lui ne seraient même pas restés conscients, ou même vivants après une pareille épreuve! Son organisme exceptionnellement régénérateur devait y être pour quelque chose dans cette endurance hors du commun, certainement, mais... son esprit de fer avait sûrement joué aussi un rôle. Une telle détermination à aller jusqu'au bout, ignorant les appels de détresse de son propre corps, quitte à ne se laisser aucune chance de survivre après ne pouvait qu'être respectée.
Kise tendit sa main et caressa affectueusement la joue terriblement chaude de son compagnon.
Des iris d'un bleu profond et transperçant répondirent à son tendre geste par un regard reconnaissant. Son expression était devenue soudain extrêmement calme et paisible, comme si le toucher du blond venait de faire disparaître en un instant toute la douleur qu'il ressentait. Ses yeux étaient magnifiques, et dans ce sombre univers noyé dans le rouge, leur couleur bleutée ne faisait que ressortir davantage d'une beauté à couper le souffle. Plus que n'importe où et plus que n'importe qui.
Sans le quitter une seule seconde de sa vision, Aomine posa sa main au-dessus de celle posée sur sa joue pour la recouvrir entièrement, puis s'approcha lentement de son camarade d'un air que ce dernier comprit alors ce qu'il attendait de lui et s'allongea docilement sur son propre lit sans aucune hésitation. L'adolescent maté le suivit en se plaçant au-dessus de lui, un de ses coudes le soutenant sur la literie souillée tandis que l'autre gardait cette main terriblement pâle sur sa joue. Il laissa s'échapper un soupir pénible.
L'auréole rouge sombre qui tachait le côté de sa chemise d'uniforme scolaire n'avait fait que grossir depuis qu'ils étaient partis, et elle était dure à regarder. D'ici, le blondinet pouvait sentir la souffrance que son partenaire avait dû endurer pour ne simplement pas succomber à sa blessure. Mais même dans ces atroces conditions, au seuil de l'évanouissement et dans cet environnement malsain, ils devaient... le réaliser. "Leur" souhait. Et même, quelque chose qui n'avait rien à voir avec "leur" désir, mais qui leur était propre à eux.
Aomine Daiki et Kise Ryouta. Leur propre fin.
Il n'y avait plus aucun mot entre eux. Ils n'en avaient pas besoin dans un moment aussi fort. Ils se regardèrent simplement tous les deux sans jamais briser le contact visuel. Non, ils n'avaient pas besoin de parler, ou même, d'en parler. Tout avait déjà été dit. Ce qu'ils désiraient, ce qu'ils prévoyaient; tout avait été décidé tacitement entre eux bien avant cet incident. Ils avaient l'impression que s'ils se mettaient à en parler maintenant, ils y perdraient quelque chose. Alors ils préférèrent le silence, vide, réconfortant. Un mutisme puissant sans être malaisant.
Les mains d'Aomine vinrent glisser sur la chemise de Kise et lentement, défaire un à un les boutons qui la scellaient. Une fois son haut ouvert, le blondinet fit tomber ce dernier et enleva le t-shirt qu'il portait en dessous. Les larges paumes suivirent ses gestes en frôlant sa peau encore et encore, comme si elles vérifiaient la température et la texture de cette dernière. Les mains pâles vinrent alors aussi descendre de la joue du basané vers sa nuque. Le corps du sportif était en sueur et terriblement bouillant. Tout comme le sien.
Lentement, le reste des vêtements qui recouvraient ses parties inférieures fut retiré également, y compris ses sous-vêtements. Son homologue fit de même en abandonnant tout ce qu'il portait, de sorte à ce qu'ils finissent tous les deux aussi nus qu'à leur naissance. Quand Daiki se pencha vers lui, Ryouta jeta un coup d'oeil à son torse qu'il n'avait pas regardé jusque-là, trop concentré sur le visage de son camarade. Il émit alors un son mélangeant la surprise et la stupéfaction lorsque ses yeux ambre découvrirent l'état réel de son corps.
Il y avait des bosses de couleur sombre écarlate et de la taille d'un poing saillant à travers son ventre.
À première vue, cela ressemblait à des cicatrices de brûlure, et immédiatement, le fait qu'on lui avait tiré dessus lui vint à l'esprit. Était-ce une réaction normale lorsqu'on se retrouvait avec une balle dans le corps? Il n'en savait rien, mais même sans être expert, il devinait que même si ça avait un lien, ce n'était pas totalement à cause de ça. De fins vaisseaux sanguins s'étendaient autour de la grosseur, se propageant de la blessure à l'intégralité de son corps, ayant déjà bien grignoté toute la partie supérieure.
Il pouvait entendre la cavité palpiter juste en la regardant ainsi.
"Tu as mal?" Demanda pour la première fois Kise depuis qu'ils étaient arrivés.
"Ouai." Répondit honnêtement Aomine en traçant doucement le torse de son camarade le long de ses fins doigts.
Bien qu'elle était plus légère, il y avait également un gonflement proéminent de sillons rouges et bleus sur sa propre poitrine. L'enflement et les veines pulsaient régulièrement, en synchronie avec ses propres battement de coeur. Le blondinet trouvait cela rassurant, quelque part, que lui et son partenaire aient les mêmes syndromes. À y regarder de plus près, elles n'étaient d'ailleurs pas les seules sur leur corps; des taches rouges se voyaient de part et d'autre, comme si leur peau était devenue transparente à certains endroits pour laisser voir ce qui se passait à l'intérieur de leur corps.
Un soulagement s'apparentant à de la résignation s'exprima en Ryota.
Leur temps était proche.
Comme s'ils partageaient les pulsions de leur corps, ou plutôt, de ce qu'il y avait à l'intérieur de leur corps,les deux amants s'allongèrent dans une tendre embrassade sur les draps ensanglantés. Collés ainsi, ils purent s'écouter l'un l'autre. Un battement. Deux battements. Trois battements. Un doux bruit, lent et régulier, resonna entre eux, en concert avec leurs respirations respectives. Apaisant. Ces bruits, normalement preuves qu'ils étaient vivants, sonnaient en cet instant leur glas. Reposant.
Aomine vint presser le bout de son nez contre la mâchoire de Kisé, comme s'il cherchait quelque chose. Il remonta de sorte à ce que leur bouche, sans se chevaucher, se frôle, faisant sentir le souffle tiède de l'autre. Bien plus humides que d'habitude, leurs lèvres se collèrent gentiment l'une à l'autre pour un baiser intense. Leur couleur, leur texture, leur saveur se mélangèrent pour n'en former plus qu'une, comme si elles fusionnaient ensemble dans cet échange à la fois chaste et explicite sur la suite.
"Mhh..."
Kise laissa sortir ce petit soupire quand son partenaire vint caresser délicatement ses cheveux blonds de ses deux mains. En les ébouriffant affectueusement, l'adolescent bronzé fut étonné de les sentir encore aussi doux et soyeux après toutes ces épreuves. Ou bien était-ce parce que son sens du toucher lui donnait des impressions fantômes. Peu importait. Profitant de la tendre embrassade, le plus pâle des deux resserra ses bras autour de la nuque de son partenaire pour l'approcher de lui.
Le bout de leur langue glissa l'une contre l'autre, s'entrelaçant doucement comme eux le faisaient avec leur corps. Ils approfondirent le baiser sans jamais s'abandonner au conflit. Il n'y avait plus de jeu de domination, de pouvoir ou de soumission. Seulement un échange entre deux entités qui attendaient désespérément de ne faire qu'un. Ils voulaient se préparer doucement, comme une cérémonie solennel qui avait besoin de temps pour poser son atmosphère, laisser doucement s'installer le phénomène qu'ils créeraient eux-mêmes dans cette ambiance paisible.
"Mmhphr...!"
" Ghh!"
Cependant bien vite, leur envie reprit le dessus. Ils avalèrent leur salive qui s'était mélangée durant l'échange devenu plus soutenu et profond, sans cesser ce dernier. Comme si ce n'était pas encore assez pour se rassasier, ils devinrent plus voraces l'un envers l'autre en se tenant mutuellement pour se barrer toute fuite. Leurs lèvres furent prises d'assaut par l'autre pour les happer, comme s'il voulait les dévorer. Ce baiser étant devenu en quelque sorte le moteur de leur bestialité, leur inhibition et pudeur tombèrent d'un coup.
Daiki glissa lentement ses deux mains le long du corps du blondinet en prenant soin de flatter ses courbes, descendant à rythme presque insupportable comparé de leur soudaine fougue. Quelque part, ses gestes si tendres étaient d'une intensité presque insoutenable tant ils laissaient le jeune homme aux yeux noisette appréhender de leur signification. Les touchers du basketteur agitaient les différentes taches sombres visibles à travers la peau devenue translucide. Elles semblèrent brûler à son contact, comme une réaction chimique.
En vrai, c'était le corps entier de Ryouta qui en désirait plus, bien plus.
Distraitement, dans le souffle brûlant qui s'emparait de son corps, il songea que c'était sûrement ce à quoi l'amour ressemblait. Ce qu'ils faisaient ressemblaient à un échange d'amour mutuel aux yeux du sens commun en tout cas. Bien qu'en vérité, il ne savait pas lui-même ce que l'amour voulait dire. L'amour filial, l'amour fraternel, l'amour inconditionnel, l'amour passionné... Tout cela avait toujours trouvé un écho vide en lui, au point de se demander s'il était réellement capable d'éprouver ce genre de sentiment. Et pourtant, le fait est qu'il s'apprêtait à en commettre l'acte.
Chez les êtres normaux, il allait de soi que ce genre de chose se faisait avec la personne aimée... Mais dans leur cas, pouvait-il vraiment dire qu'ils en faisaient de même? N'étaient-ils pas simplement en train d'assouvir de simples pulsions animales, primaires, qui n'avaient rien à voir avec ce qu'ils ressentaient? Le blondinet n'en savait rien. En revanche, il était sûr d'une chose; instinct bestial ou non, jamais il n'aurait pu faire ça, aller aussi loin avec quelqu'un d'autre. Alors à défaut d'être de l'amour, en tout cas, Daiki était sans doute celui qui s'éloignait le plus de son opposé.
"Hh... Ah!"
Un gémissement bruyant s'échappa de ses lèvres lorsqu'il sentit un feu douloureux s'emparer de ses intestins. Tout ce qu'il connaissait déjà se rappela à lui de manière intense. Ce sentiment d'oppression et d'inconfort qui s'extrayait de son être. Ces étranges morceaux de chair auxquels il donnait naissance sans en avoir l'intention. Ce dégoût de soi et ce regret qui s'agrippait à sa conscience de ne pas l'avoir empêché. Cette honte de son corps qui se métamorphosait en quelque chose d'inconnu. Cette impression d'avoir toujours été celui qui était anormal.
Il ne faisait désormais plus attention à cette agonie. Non, en fait, c'était ce qu'il attendait plus que tout en cet instant.
"Mmmhh..."
Aomine vint encore l'embrasser, lui coupant son souffle plaintif jusqu'à le faire suffoquer pour couper court à sa réflexion. Il n'avait plus besoin de revivre tout cela. Pas de cette manière. Ils étaient deux désormais, et plus jamais il n'expérimenterait cette situation. Son calvaire était fini ici, avec lui. Kise se laissa noyer sous sa langue exigeante, s'agrippant à ses épaules comme une bouée de sauvetage. Si c'était ce que son compagnon désirait, alors il était prêt à plonger au fond de cette déchéance avec lui. Et se crée leur propre bulle.
Entre deux suffocations, la main bronzée agrippa son sexe déjà à moitié dur sous toutes les stimulations physiques. Le massant doucement entre ses doigts sombres, il flatta les contours de haut en bas jusqu'à ce que sa rigidité soit assez palpable. Ses gestes précautionneux arrachèrent des souffles de plaisir de plus en plus profond de la part de son amant. Voyant que ce dernier était à la fois bien dur et détendu, il récupéra le liquide pré éjaculatoire qui fuitait du bout et alla l'étaler sur l'entrée intime du jeune homme aux yeux ambre.
Ce dernier n'eut aucun sursaut de résistance, de peur ou même d'opposition. Juste une acceptation passive .
Être touché par Daiki de cette manière était si plaisant qu'il ne voulait pas s'extraire de ses bras. Être enlacé comme s'il était le plus précieux des trésors suffisait en ce moment à chasser toute peur, toute appréhension, et tout rejet qu'il put ressentir auparavant. Même s'il n'avait plus besoin de tous ces gestes pour se sentir désirait, parce qu'ils ne faisaient pas cela uniquement sous une pression instinctive qui les dépassait. Ils faisaient cela parce qu'ils avaient besoin tous les deux de se sentir désiré par l'autre, de se sentir voulu.
Cette dépendance était leur amour.
"Aaah! Aomi...ne...chi."
Les doigts du basané s'introduisirent en lui très aisément, aidé par ses sécrétions corporelles. Ryota sentit à peine la douleur alors qu'ils commencèrent à bouger lentement pour le détendre et le préparer. Il était déjà suffisamment relâché pour le recevoir déjà entièrement, tant les doigts ne rencontrèrent aucune résistance. Comme si son corps s'était préparé lui-même de l'intérieur en sachant ce qui allait arriver. Ils ne savaient pas si c'était possible, et ne pourraient jamais vérifier cette théorie, mais son corps avait déjà réagi comme cela auparavant.
Le garçon blond sentit une vague de plaisir l'électrocuter malgré lui en sentant les mouvements à l'intérieur de lui effleurer ses parois devenues sensibles et humides. Un doux soupir sortit de sa bouche pour être récolté par celles du bleuté qui semblait en être déjà ivre et assoiffé en même temps. Puis il se redressa pour saisir les jambes de son amant afin de les écarter largement, découvrant toutes les parties les plus intimes cachées jusque-là. Son sexe déjà tendu par le désir et son entrée dilatée entre ses cuisses suintant de transpiration.
Si cela aurait dû éveiller de l'embarras profond, Kise ne ressentit pourtant aucune pudeur en ce moment.
Il se laissa faire, aidant même son partenaire en se cambrant pour mieux lui faciliter l'accès alors que son visage n'exprimait rien d'autre qu'une envie pressante. Ses yeux ambres devenus vitreux, il vit son camarade redressé en face de lui, son propre membre dur et déjà humide ayant l'air de n'attendre que lui. Il sentait que, pour cette seule et unique fois, ce qu'ils faisaient état totalement naturel. Peut-être parce que ça l'était. Cette volonté de s'unir à l'autre, de rechercher ce plaisir, était sans doute commune à tous. Il n'avait pas à avoir honte. C'était la suite logique dans ce qu'ils allaient faire.
Aomine se pencha alors de nouveau entre ses cuisses écartées en lui relevant les jambes. Ses iris marines se plongèrent dans leurs homologues dorées, guettant le moindre signe. Mais il n'y lu rien sinon un abandon de la part de son semblable. Il comprit qu'il n'avait pas besoin de patienter davantage alors que tous deux agonisaient pour cette délivrance. Tenant fermement les jambes blanches, ses hanches firent le premier mouvement. Alors qu'un grognement sourd sortit de sa bouche, Kise retint son souffle en sentant un bloc brûlant presser contre son intimité.
Daiki entrait lentement à l'intérieur de lui.
"AH! Ggnn... A... Aomine...chi!"
Bien qu'il bloquât sa respiration d'appréhension, Ryouta sentit que c'était différent de ce qu'il avait pu subit. Il persistait cette sensation d'être étiré du plus profond de ses chairs internes, mais la douleur qui aurait dû l'accompagner était totalement absente. Alors même que son amant était indéniablement imposant, et luttait pour s'engouffrer plus loin, ses parois étroites repoussées sous la masse étrangère. Comme si ses nerfs étaient neutralisés pour ne laisser subsister que le reste des sensations, décuplées par cette anesthésie.
"Mmmhh... Aaah!"
S'enfonçant petit à petit en lui, l'adolescent aux cheveux bleus s'immobilisa au bout d'un moment et approcha son visage du blondinet jusqu'à ce que leur front se touche et leur nez se frôlent. Juste à ce moment, Kise vit cette lueur dans ses iris marines qui ne reflétaient rien d'autre qu'une intention infinie. Comme s'il était en train de s'occuper du plus précieux trésor du monde. Son coeur, déjà bien malmené par le torrent d'émotions qui le prenaient, s'arrêta également pendant une seconde avant de reprendre plus intensément son rythme.
À peine Kise eut-il le temps de s'interroger que ses lèvres furent prises d'assaut de nouveau par son amant. Dans leur langue brûlante qui se mélangeait, il put goûter leur souffle et leur salive mélangées avec un arrière-goût de fer. La paume de la grande main sportive passa dans ses cheveux clairs, les brossant gentiment tandis que son autre main vint lui caresser la joue. Le lycéen aux yeux miel n'arrivait pas à retenir son gémissement alors qu'il sentait chaque partie de son être chéri par Aomine.
Pénétré, embrassé et caressé en même temps; c'était trop pour qu'il réussisse à se contenir.
Touché par ses mains, encore et encore, lui fit remonter tous les souvenirs qui y étaient liés sous le signe d'une tendresse infinie. Il sentait désormais cette affection qui lui était transmise par ses mains d'apparence rudes. Encore et encore, il se rendait compte qu'il n'avait fait que la recevoir, cette affection. Bien sûr, il n'y avait pas eu que de l'affection, il y avait eu des moments terribles, mais dans leur situation, ça n'avait plus d'importance. À côté de tout ce que lui donnait son camarade, cela lui paraissait désormais bien dérisoire.
Lentement, Daiki commença à aller et venir avec ses hanches, ne se retirant qu'à moitié pour ne pas le faire ressentir à son partenaire jusqu'à ce qu'il soit bien habitué. Stimulés par la dureté chaude qui le frottait de l'intérieur, les soupirs qui furent jusque-là presque murmurés par le garçon blond devinrent de plus en plus saccadés et bruyants. Chaque mouvement, aussi légers furent-ils, de la part du bleutés, déclenchait une piqûre d'étrange sensation en lui par ses parois intime frottées sans répit à chaque fois.
"Ah! Ao... Ao... Mi...mine...chi...s'il.s'il te... Ahh!"
Une tendre vague engloutit son corps entier et ses pensées s'embrouillèrent de plus en plus alors que toutes les sensations désagréables dues à la pénétration disparaissaient. Aomine avait choisi la bonne méthode, son amant étant désormais assez habitué à ce corps étranger en lui. Après cela, rien d'autre que le plaisir s'immisça en lui, partant de son bas-ventre pour se répandre dans son corps entier. Extase. Non à cause du sexe mais plutôt l'acte en lui-même. Une pure extase. Le sentir en lui. Le sentir bouger à l'intérieur de lui. L'enlacer. S'unir. Ne faire qu'un.
Cela venait en grande partie d' "eux", mais cela venait aussi en grande partie de lui-même.
Une chose terriblement délectable. Son corps fut poussé de manière répété par les coups de reins de son amant, il fut pris de spasme, quémandant un répit pour reprendre son souffle. Et en même temps, que cela ne s'arrête jamais. Ses bras s'éparpillèrent de part et d'autre sur son visage, jusqu'à ce que le bleuté les lui attrape pour ne pas perdre son expression. Son regard d'or, embrumé par là, se perdit alors autour de lui, derrière le grand corps sombre qui l'enlaçait. Il regarda sans voir jusqu'à ce que ça touche le peu de conscience qui lui restait.
Absorbés par leur ébat, ils ne s'étaient pas rendu compte que les morceaux de chair présents dans la pièce s'étaient multipliés pour n'être que la seule et unique chose visible dans cet endroit. Ils recouvraient le sol au plafond, le mobilier, le moindre objet disposé et bien sûr, le dessus du lit, regroupé en un immense paquet qui constituait à la fois leur matelas et leur drap. Non, plus que cela; un cocon. Un immense cocon rouge s'était formé autour d'eux, les protégeant dans sa chair la plus vive et la plus chaude, remplaçant toute la literie sur laquelle ils s'étaient crus posés.
Mais pas seulement à l'extérieur.
À l'intérieur aussi, dans leur corps, un changement s'était opéré. Ils l'avaient senti tous les deux, et ça s'était intensifié durant leur ébat; les sombres bosses proéminaient désormais distinctement comme des membres qui leur poussaient, et d'épaisses veines saillissaient leur corps de part et d'autre, se mêlant parfois à leurs muscles, leur chair ou leurs organes internes. Le regard de Ryouta aperçut vaguement l'épaule de son partenaire décorée de l'une de ces bosses saturé de rouge et de sillons bleus recueillir un morceau de chair qui s'était détaché du cocon. Ce dernier rampa sur le côté pour tomber sur le lit.
Il l'oublia dès qu'il avait disparu de son champ de vision.
Quelque chose d'autres, de bien plus important méritait son attention; il semblait que leur corps était en train de s'assembler l'un à l'autre pendant l'acte. Leur peau se collait et s'accrochait l'une à l'autre comme deux morceaux de caoutchouc mou et légèrement brûlé. Brûlé oui, c'est ce que ressentait Kise à chaque fois qu'Aomine se retirait pour le prendre de nouveau. Un sentiment d'inconfort et de friction, comme si le sexe de son amant tirait son intimité avec lui. Ce dernier devait aussi ressentir la même chose, comme une emprise étroite sur son membre qui refusait de le laisser sortir, vu son expression tordue à chaque mouvement.
Malgré tout, il n'arrêta pas. Ils n'arrêteraient pas. Tant qu'ils avaient encore la force et la volonté, ils continueraient de s'unir, aidé par le plaisir brûlant qui s'emparait d'eux à chaque friction, comme de délicieux pics de chaleur. Leur pensée n'était plus que concentrée sur ça; le plaisir, le désir de garder l'autre. Ils s'enlacèrent étroitement, refusant de se lâcher alors que les vas et viens devinrent de plus en plus violent et intense. Non, plus jamais ils ne se lâcheraient. Pas jusqu'au moment où ils atteindront ensemble le point de non-retour dans cet amas de chair qui était désormais devenu leur seul et unique monde.
"Uh! Ah! Aomine! Aaa!"
"Kise! Kise!"
La respiration de Daiki devint de plus en plus saccadée; il pénétra son partenaire à une vitesse qui leur donnait à peine le temps de reprendre leur souffle. Des bruits mêlant ce plaisir incomparable qu'ils ressentaient à la douleur de chaque frottement envahit la pièce. Ryouta avait l'impression que des lames le transperçait de part et d'autre pour diffuser en lui un poison qui le rendait proche de la folie. L'odeur de cannelle et de citron se mélangèrent, si palpables qu'elles semblaient créer une brume de senteur qui ferait suffoquer n'importe qui enfermé avec eux.
Dans un rauquement bestial, Aomine saisit les jambes de Kise afin de s'enfoncer encore plus profondément dans son corps, tout son bas-ventre collé à celui de son homologue comme s'il voulait se fondre en lui.
"Aah!"
Il ferma alors les yeux en fronçant les sourcils et retint son souffle alors que le blondinet lâcha ce hurlement signant son paroxysme. L'adolescent pâle sentit un liquide bouillant être injecté en lui, si chaud qu'il crut qu'il allait fondre sous cette lave en fusion. Son intimité pulsa, comme si elle était exaltée, et il comprit qu'il s'était sans doute resserré très fort autour du membre de son camarade, car ce dernier sembla coincé pendant un moment.
"Ao...mine...chi." Doucement et profondément, il expira ce nom entièrement de ses poumons .
Avec ça, probablement que... c'était fini.
L'adolescent maté s'effondra sur lui sans pouvoir se soutenir davantage, n'ayant plus aucune force après cet acte ultime. Des bras frêles et fins vinrent étroitement l'enlacer contre le torse sur lequel il était tombé. Le blondinet réalisa à ce moment qu'ils étaient totalement et entièrement entourés par du rouge. Le rouge de la chair. Du sang. Ils rampaient doucement de manière uniforme sans jamais laisser une seule ouverture de leur cocon sur le monde extérieur. Ce qui venait de se passer ne regardait que les deux espoirs qu'ils protégeaient, et personne d'autre.
Daiki glissa ses grandes mains sous le dos malmené, entre le matelas et leur corps afin de lui retourner l'embrassade. Leur température corporelle était sans doute au-delà de la survis humaine, et semblait pourtant rester haute. Alors qu'ils auraient dû récupérer lentement par une régulation de leur corps, rien ne voulait se calmer en eux. Leur chaleur, leur sueur, leurs organes continuaient de fonctionner comme en pleins ébats. Et leur peau s'accrochaient l'une à l'autre.
Ils étaient réellement en train de fusionner.
La joue d'Aomine se reposa sur son épaule, il sentit une faible respiration contre son cou. Ils venaient de faire ce qu'ils avaient à faire, et maintenant ils n'avaient plus qu'à attendre? Attendre que le lien entre eux se cristallise physiquement . C'était si étrange et si facile. Après ce déluge de sensations, d'émotions dans lesquelles ils s'étaient noyés, ils faisaient désormais face à un vide qui allait devenir leur vérité. Ils avaient l'impression d'avoir simplement donné tout ce qu'ils étaient pour devenir ces futures coquilles vides.
La voix du bleuté, terriblement sérieuse et grave, brisa alors ce silence solennel.
"Dis, est-ce que tu crois en l'éternité?"
Kise cru un moment rêver cette voix rauque dans sa conscience qui était encore brumeuse et du rassembler tout ce qui n'avait pas encore disparu pour se concentrer sur ce concept si abstrait. L'éternité. Il avait l'impression qu'on lui avait déjà posé cette question avant tant elle lui faisait écho. Avec ses sens qui s'évanouissaient, il ne se souvint pas exactement quand. Mais indéniablement, son esprit y réagit et il y réfléchit. Éternité. Ou ce qui dure sans s'arrêter. Sans fin. Dans le temps. Quelque chose qui ne s'oublie pas peut-être...
Avec une certaine résistance, l'adolescent blond sépara son bras qui avait adhéré au dos de son amant. Il pouvait entendre le bruit de leur peau, si constrastées, se déchirer, et pourtant, il ne ressentit aucune douleur. Il se tint la paume de sa main en face de lui pour constater les dégâts. Un peu la chair marron était restée sur la sienne, mais il lui manquait également des morceaux, désormais à vif, çà et là sur son bras. Cette vision fugace de son propre corps qui ne lui appartenait plus serait sans doute le dernier souvenir qu'il emporterait dans sa mémoire qui fléchissait déjà.
Plissant les yeux, Ryouta inhala une légère bouffée d'air saturée par l'odeur du fer, mais également de leur propre odeur corporelle. C'était un miracle que ses poumons puissent encore accomplir leur fonction, et encore plus quand l'atmosphère était devenue si toxique. Il sentit le rythme cardiaque de son partenaire contre le sien. Il était lent. Très lent. Et il semblait s'affaiblir en chaque instant. Comme sa respiration. Comme le fonctionnement de ses organes. Comme tout le reste de son corps qui s'éteignait à petit feu.
Sans souffrance, ils sentaient l'agonie de l'autre.
À jamais, ensemble. À mes côtés, pour toujours. Si c'était vraiment le cas, sans doute serait-il heureux. Plus heureux qu'il ne l'a jamais été. Même s'ils devenaient un de ces répugnants morceaux de chair, au moins ils seraient l'un avec l'autre. Ce serait merveilleux. Rester avec Aomine pour l'éternité, sans que rien, ni personne ne puisse les séparer. C'était ce dont tout le monde rêvait, n'est-ce pas? Au-delà de la vie et de la mort, rester avec l'être aimé sans fin. Et c'est bien pour cette raison...
Fermant les yeux, il murmura dans un soupir;
"Il n'existe pas une telle chose comme l'éternité."
En donnant sa réponse, Kise se rendit compte qu'il ne pouvait pas voir quel visage faisait Aomine. Parce qu'il était collé contre son torse, bien sûr, mais surtout parce qu'il ne le pouvait plus. Ses paupières avaient également fusionné sur ses yeux, de sorte qu'il ne sera plus jamais capable de les ouvrir de nouveau. Mais ce n'était pas grave. Puisqu'il s'agissait d'Aominecchi, il pouvait dire des choses comme ça, aussi cruelles que sa nouvelle cécité.
"Tu as raison. Il n'y a aucun moyen pour que quelque chose comme ça existe." Conclut le bleuté, tout aussi calme et apaisé.
Le mot éternité. L'éternité même. C'était impossible. Alors qu'ils en rêvaient tous pour cette raison, alors que tous désiraient pouvoir y accéder, cette boucle sans fin où rien ne s'arrêterait, elle ne pouvait pas être réelle. S'il le reconnaissait, alors tout deviendrait un mensonge. Absolument tout n'aurait plus aucun sens. Cette existence en tant que lui-même. Cette existence en tant qu'Aomine. Tout ça, tout ce qu'ils avaient vécu auparavant, tout ce qu'ils avaient été, tout ce qu'ils avaient voulu seraient finalement dépourvu de signification.
Et même simplement maintenant, en ce moment, ils n'existeraient pas. Et il n'en voulait pas. Parce que maintenant, ce moment, était la seule chose à laquelle il voulait penser. Ce moment comme le plus important, le plus crucial de tout ce qu'il put connaître, il voulait le garder. Parce que maintenant, ce moment, n'était pas celui qui deviendrait un mensonge. Puisqu'il avait vécu pour en arriver là, pour aboutir à ce moment précis, il devait le préserver.
Pour cette raison... Il n'existait pas de telle chose comme l'éternité
OoOoOoOoOo
Troisième étage. Porte 303. C'était là.
"Urh!"
Les épaules lourdes et tremblantes, Takao enfonça sans précaution la porte entrouverte du lieu qui dégageait une lourde atmosphère, même de l'extérieur. Bien qu'il ait retrouvé le gun et qu'il était prêt à l'utiliser à tout moment, elle le prit à la gorge si violemment qu'il se sentit assailli par la mort qu'elle dégageait de tous les côtés. Il revenait pourtant de l'enfer, où des visions macabres avaient été omniprésentes. Il avait tenu l'être le plus cher à ses yeux à l'agonie. Il l'avait vu passer ses derniers instants dans ses bras. Il avait littéralement enlacé la Mort.
Et pourtant, jamais cet appartement ne lui avait inspiré une telle aura de morbidité.
C'était peut-être moins parce qu'il y avait eu des morts à l'intérieur que le fait qu'il était la mort elle-même.
Abaissant son arme, l'adolescent aux yeux gris examina la situation dans le palier avec une forte prudence. Un son d'eau coulant de manière régulière resonnait au loin, mais à part cela, il n'y avait aucun bruit. Aucun signe de présence. Présence humaine tout du moins. Alors qu'il avançait prudemment dans le couloir, l'odeur de la viande avariée assaillit son nez. La même puanteur que celle qu'il avait senti au lycée, et qui lui semblait désormais cruellement familière. Il se figea sur place en le réalisant.
Était-ce possible que... ces morceaux de chair soient également ici?
Les sens en alerte, Kazunari entra lentement dans la chambre dont la porte était également entrouverte après avoir traversé ce couloir quasiment dans le noir. Il ne pouvait rien distinguer à cause des ténèbres, mais l'ambiance suffisait pour lui donner des visions cauchemardesques de ce qu'il pouvait avoir au sol ou sur les murs. Après quelques pas, il avait senti quelque chose d'étrange en dessous de sa chaussure et avait bien vite reculé son pied de cette... chose. Molle et flasque.
Une fois proche de la source de lumière, il put le confirmer; l'allée était envahie de ces étranges limaces rouges.
Mais contrairement au lycée, elles ne l'attaquèrent pas, semblant plutôt ramper mollement sans but précis. Comme si elles avaient oublié le principe même de leur existence, et attendaient qu'on le leur dise. Après avoir vérifié qu'elles ne bougeraient pas au moindre geste, Takao se décida à ouvrir la porte avec une étrange sensation. Il avait vécu tout ce chemin dans un état second, et maintenant, alors qu'il était sur le point de toucher au but, il se revit quelques instants plus tôt.
Après ce qui s'était passé, Takao avait esprit ses esprits, très douloureusement. Cette enflure d'Aomine frappait fort, à ne pas en douter. À travers le brouillard qui le troublait, il entendit un grand bruit d'impact, suivit d'un fracas et d'éclaboussure en dehors du lycée. Ayant repéré les deux premiers bruits venant du toit, il s'y était précipité pour voir des traces de sang, le grillage abîmé et une arme à feu au sol. Personne à l'horizon. En regardant en bas, il vit deux silhouettes en train de se noyer dans la piscine.
Le jeune homme brun avait eu alors le choix; prendre le pistolet et partir, ou téléphoner aux pompiers pour les prévenir de l'accident, lui faisant perdre de précieuses minutes.
Avant de faire son choix, il avait mieux observé les deux personnes, et décida de prendre son téléphone.
Après cela, il avait quitté le lycée pour poursuivre Aomine et Kise en reprenant sa bicyclette pour pédaler le plus rapidement possible. Une seule direction; le logement du blondinet. Il n'avait pas pu penser à un autre endroit que l'appartement de Ryouta et la maison de Daiki. En commençant par le blond. S'il se trompait... Eh bien, il se trompait, et il irait chercher plus tard des informations sur l'endroit où résidait le bleuté. Mais au final, il semblait qu'il avait eu juste et c'est comme cela qu'il arriva là où il était maintenant.
Jetant un dernier regard à l'allée à moitié noire, à moitié rouge, il retint son souffle et tourna la poignée de porte avec précaution.
"C'est quoi ça..."
Ce qui se tenait devant lui devait certainement avoir été une pièce à vivre tout ce qu'il y avait de plus ordinaire autrefois, ou quelque chose comme ça. Mais aux yeux de Takao qui la voyait pour la première fois, c'était juste une autre vision de l'Enfer. Du sol au plafond, les murs, le mobilier, les fenêtres et même la porte qu'il venait d'ouvrir; tout était recouvert de rouge et de mucus. Il coupa son souffle et son envie de vomir en même temps. Il pensait avoir été immunisé après ce qu'il avait vécu, mais ces horreurs trouvaient toujours un moyen de le repousser dans ses limites.
Car c'était encore bien différent du lycée où les morceaux de chair avaient simplement été aglutinés comme des espèces de parasites nuisibles. Sa familiarité des lieux l'avait aidé à s'accrocher à une vision saine et ne pas perdre totalement la raison, mais pour cette pièce... Il lui semblait juste que la chair elle-même était ce qui constituait la pièce. Était-il encore dans ce monde si rationnel et si sain qu'il avait connu? L'adolescent aux yeux clair savait qu'il ne sera sans doute plus jamais capable d'y remettre les pieds. Shin-Chan avait vu juste; il avait franchi la limite.
Quelque chose qui ne pouvait que saisir le coin de sa vision périphérique attira son regard.
Au-dessus de ce qui semblait être un lit reposait un large cocon, fait de la même matière que tout ce qui recouvrait les lieux. Au-dessus de la protection carmin se trouvaient un nombre incalculable de sortes de veines sombres qui battaient avec des pulsations régulières. Mais le plus étrange était qu'il s'avérait être troué et vide, comme si le pseudo papillon qu'il contenait avait brisé sa chrysalide. Cependant, ce n'est pas ça qui l'interpella le plus et honnêtement, le lycéen n'arrivait pas à y croire.
Dans cette chambre rouge, quelque chose était allongé juste au pied du lit.
C'était... une personne.
Mais ce n'était pas un adulte. Même pas un adolescent, plutôt un prépubère. Il était extrêmement fin et frêle, avec des traits délicats. Enveloppé dans les draps souillés, comme s'il venait de tomber du lit, il gisait au sol, inconscient. Pourquoi, dans un endroit pareil? Incapable de donner sens à cette situation, Kazunari préféra couper ses interrogations pour y voir de plus près. L'enfant, nu comme un ver, était également mouillé de la tête aux pieds, comme si on venait de l'arroser avec de l'eau. Sauf que même d'ici, il pouvait dire que ce n'était pas de l'eau, beaucoup trop épais et visqueux.
Quel genre de mauvaise blague c'était?
Même si ce n'était pas un piège, c'était beaucoup trop dur à croire. Lui qui était venu dans cet appartement pour se venger des deux êtres qui lui avaient pris Shin-Chan, voilà qu'il trouvait à la place un repère de ces choses et...ça. Avec tout ce qu'il savait, c'était impossible d'ignorer la corrélation qui se faisait dans son esprit. Tout ce que ça impliquait, le fait même d'être venue le constater de ses yeux, cela le plaçait face à ses responsabilités malgré lui.
Prenant son courage à deux mains, Takao marcha sur la pointe des pieds en essayant d'être le plus discret possible, comme s'il ne voulait pas réveiller le diable, et se retrouva en face de l'endormi. Relevant la main qui n'avait pas quitté l'arme à feu qu'il tenait depuis son arrivée, il pointa le canon en direction de l'enfant. Sa paume était moite, de même que ses doigts. Son souffle devint désordonné, avec un sentiment désagréable dans sa poitrine. Un sentiment d'illégitimité. De culpabilité qu'il essaya d'étouffer.
Peut-être qu'endormit, cet enfant resterait sans sensation. Il ne ressentirait rien dans son sommeil.
Oui, il devait s'en convaincre, s'il voulait avoir le courage d'aller au bout de son geste. S'il ne tirait pas bientôt... peut-être que ce sera lui le mort. Un sombre son lui indiqua que la sécurité fut enlevée. Il n'avait plus qu'une seule chose à faire. Une simple chose, qui ne nécessitait que l'intervention de son doigt. Il suffisait d'un rien. Alors pourquoi était-ce si compliqué? Il se sentit accablé par une force inconnue. L'atmosphère devint plus étrange, s'il était possible, qu'elle ne l'était déjà. Au-delà des sons sinistres que faisaient ces choses humides, il entendait les bruits bien plus forcer qu'il ne le devrait. Il n'arrivait pas à se concentrer sur la seule tâche qu'il devait faire.
L'intégralité de son corps figé dans sa position, il regarda de nouveau le gamin recroquevillé sur lui-même. Son corps pâle ne montra aucune réponse, aucun signe de respiration. Était-il même vivant ou... Ou bien se tourmentait-il pour cadavre? La main qui tenait le pistolet trembla. Jamais la gâchette ne lui avait semblé aussi lourde à presser, alors qu'elle fut étonnamment très légère contre Aomine et Kise. Son doigt refusait même de bouger d'un millimètre.
"Ghh...!"
Serrant les dents, le jeune homme aux yeux gris détourna son visage et abaissa son arme. Ce n'était pas bon. Il ne pouvait pas faire ça. Peu importe à quel point il était triste, en colère, désespéré ou au bord de la folie, tuer un enfant sans défense... Il ne pouvait pas faire ça! Il pensait qu'après la mort de Shin-Chan, il n'en aurait plus rien à faire de ses principes, de sa morale. Mais dans les faits, c'était bien plus complexe que ça. Il avait beau avoir souffert à en mourir, il gardait ses valeurs. On ne pouvait pas détruire tout ce qui le construisait entièrement comme ça.
Fixant de nouveau l'inconscient, il réfléchit péniblement.
S'il ne le tuait pas, alors quoi? Il ne pouvait pas juste le laisser ici, et repartir comme s'il ne l'avait jamais vu. Puisqu'il avait décidé qu'il n'était pas une cible à abattre, il devait s'occuper justement de cette situation. Et si c'était simplement une autre victime engagée dans toute cette horreur? Il ne pouvait pas l'affirmer de manière certaine, avec si peu d'indice sur sa présence dans ces lieux, bien sûr. Mais même s'il était comme eux, il avait l'air très humain et, endormit comme cela, tout à fait inoffensif.
Tourmenté, il s'approcha un peu plus de lui pour l'observer sous tous ses détails.
Cette pitoyable peau si pâle qu'elle en était presque translucide. Ces cheveux blonds qui brillaient à travers la saleté qui les recouvrait. Ces traits si fins qui présageaient une certaine beauté s'il grandissait. Ces cils étirés lui donnant un air efféminé. Ces yeux fermés lui conférant un air apaisé. À force de l'observer, Takao finit par s'agenouiller vers lui. Il leva sa main avec précaution pour lui toucher le crâne. Une sensation humide et désagréable sous ses doigts le fit frissonner. Brossant les mèches de côté qui s'étaient accrochée à son front et à sa joue, il détailla le visage.
C'était indéniablement beau. Sans aucun défaut ou impureté, un véritable visage d'ange plongé dans le sommeil. À y regarder de plus près, l'apparence du gamin semblait fragile. Si fin qu'on pourrait le casser en deux. S'il le laissait juste comme ça, livré à lui-même, allait-il mourir? Qui plus est dans cet environnement particulièrement malsain. Cela fit monter une certaine culpabilité en lui. Il ne pouvait pas le laisser à la merci de toutes ces horreurs. N'importe qui perdrait tout sens commun en se réveillant avec ce cauchemar comme première vision.
Faufilant ses mains sous le corps, il le releva doucement.
Il était bien plus léger qu'il ne le pensait, confirmant son hypothèse sur sa fragilité. Après une inspection plus proche, tous ses membres étaient chétifs, et mêmes son torse n'avait que la peau sur les os. C'était presque comme porter une grande poupée. Une très jolie poupée, encore inconsciente. Il avait du mal à croire qu'une enveloppe charnelle pareil puisse abriter la vie de quiconque. Mais dans tous les cas, il devait le prendre avec lui, l'éloigner de tout ça. Et si jamais il y avait une possibilité, même infime...
Dans ce cas, de ses propres mains...
Répétant cela dans son esprit, comme pour se rassurer, comme pour se convaincre qu'il ne faisait pas le mauvais choix, et qu'il saurait se décider, Takao commença à marcher à travers la grande pièce peinte en pourpre. Il transportait avec lui le corps inerte, le visage de ce dernier reposant sur son épaule. Tout ira bien. Ses pensées se bousculaient, se contredisaient tellement qu'il avait même du mal à se souvenir pourquoi il était venu ici en premier lieu. Il avait juste vaguement l'impression qu'il ne pourra plus jamais réaliser son but initial.
À peine fit-il quelques pas qu'il sentit l'enfant remuer contre lui, sans doute réveillé par les vibrations d'avoir été relevé. Il le sentit alors bouger sa tête d'un côté à l'autre et décida de l'éloigner afin d'observer son visage de nouveau pour voir son expression. Allait-il parler? Allait-il l'attaquer? Il n'en avait aucune idée, et le savoir ne l'avancerait à rien de toute façon, à ce stade si avancé. Il ne put qu'attendre une réaction, quelque chose de sa part qui peut-être l'aiderait à se positionner dans son dilemme.
Lentement, l'enfant cligna des yeux en guise de réponse.
Les siens s'écarquillèrent, le laissant sans voix.
La couleur des iris qui transpercèrent celles de Takao étaient...
D'un or royal et d'un rouge sanglant.
