Le Pacte du Sang – Chapitre 2 – Un comportement inattendu
La jeune sorcière n'eut pas cette chance. Ils Transplanèrent dans ce qui semblait être un appentis situé au fond d'une cour intérieure. Elle se tenait toujours tout contre le corps d'un homme, chaud, ferme et fort. Il n'y avait aucun moyen pour elle d'échapper à son étreinte serrée. Qu'allait-il se passer maintenant ? Avec lui ? Elle n'osait pas y penser. Ou plutôt, elle n'avait rien d'autre en tête. Elle trouvait que le Professeur Rogue pouvait être intimidant, même effrayant, en classe. A présent, elle savait que la peur qu'il avait l'habitude de susciter en elle et ses camarades de classe de l'époque, n'était rien en comparaison de ce qu'elle ressentait en cet instant.
Son visage était impassible comme jamais et ses yeux étaient aussi froids que lorsqu'il était en classe. Il n'avait pas du tout changé en dix ans, depuis qu'elle avait quitté Poudlard. Une apparence toujours aussi ténébreuse, maussade et cruelle. La seule nouveauté pour elle, c'était le fait qu'il était un Mangemort – ce qu'elle ignorait à l'époque – et qu'elle devait vivre chez lui – avec lui.
Elle frissonna d'effroi. Sa cape était chaude grâce à la température corporelle du sorcier. Elle appréciait qu'il l'ait enveloppée dedans. Elle était sur le point de le remercier, quand il lui saisit les deux bras de ses mains puissantes. "Quel est votre nom ?"
Elle le regarda, une lueur d'espoir dans ses yeux verts. Peut-être qu'il se laisserait convaincre... "Je m'appelle Amelia... Amelia Davis."
Il la regarda, tentant de se rappeler le visage de la jeune femme, dans son souvenir du temps qu'elle avait passé à Poudlard. Ses yeux demeurèrent insondables. Il avait de très vagues réminiscences de ce nom mais c'était tout. Il abandonna. Amelia décida de tenter sa chance dans un moment de silence. "Monsieur... je vous en prie, laissez-moi partir... Je me cacherai... dans le monde moldu... Je ne vous dérangerai pas... s'il vous plaît ! Professeur !"
Son visage était toujours insondable. "Impossible, mademoiselle. Je dois vous garder. J'ai reçu des ordres très clairs du Seigneur des Ténèbres, vous les avez entendus. De plus, ils vous retrouveraient et cette fois, ils vous tueraient. Et je serais sévèrement puni pour vous avoir laissée partir. Par conséquent, je ne peux pas et ne veux pas vous libérer. Vous resterez ici. Avec moi. Pour votre propre sécurité."
La lèvre inférieure de la jeune femme trembla. Sa propre sécurité ? Elle ne pouvait le croire, lui. Ses yeux s'embuèrent. "Professeur... je vous en prie..."
"Les cadeaux du Seigneur des Ténèbres ne se refusent pas. Vous resterez ici. Maintenant, écoutez-moi bien. Vous ferez ce que je vous dis, sans poser de questions. Si vous obéissez, tout ira bien entre vous et moi. Une seule chose : il y a un autre sorcier qui vit dans ma maison. Vous découvrirez très vite qu'il ne faut pas lui faire confiance."
Comme si je pouvais vous faire confiance ! pensa Amelia avec amertume.
"On ne peut pas lui faire confiance donc le premier ordre que je vous donne est le suivant : Vous ne lui parlerez pas, vous ne vous confierez pas à lui. Il tentera sûrement d'arriver à ses fins avec vous mais je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour m'assurer que cela n'arrive pas." Il l'observa, sa possessivité décuplée. "Vous m'appartenez. Maintenant, venez avec moi."
Comme ça, vous pourrez arriver à vos fins avec moi ! pensa-t-elle amèrement tandis qu'ils sortaient de l'appentis.
La nuit était noire. Pas de lune pour éclairer la nuit profonde. Une nuit qu'elle ne pourrait jamais oublier.
Le raid avait eu lieu alors que toute la maisonnée était déjà couchée, entre onze heures et minuit, selon les estimations d'Amelia. Elle avait été réveillée par des cris et des hurlements. Sa chambre était située à côté de celles des enfants. En tant que leur tutrice et gouvernante, elle devait garder un œil sur eux à tout moment. Par conséquent, ses appartements n'étaient pas éloignée des chambres des enfants.
A présent, alors qu'elle suivait Severus Rogue chez lui, elle savait que tout ce qu'elle avait espéré, avait définitivement disparu. Elle soupira en silence. Et qu'allait-il advenir de son enfant ? Non pas qu'elle s'en souciait vraiment, mais quand même. Le bébé était innocent. Seul Merlin savait ce qu'un Maître des Potions et Mangemort pouvait faire avec... Les paroles de Lord Voldemort lui revinrent à l'esprit : Quant à son enfant... une fois qu'il sera né, tu peux en faire ce que tu veux. J'ai entendu dire que le sang d'un enfant conçu lors d'un viol était des plus puissants dans les potions.
Elle était bien plus inquiète pour les enfants Coeurdaigle. Elle avait prêté attention à qui avait reçu la charge et la tutelle de chaque enfant. Si elle survivait et qu'à l'avenir, Vous-Savez-Qui devait être vaincu – Mr Coeurdaigle était plus que certain et inflexible à ce propos – elle serait en mesure de révéler la vérité et de raconter aux Aurors et au Ministère de la Magie que ces gosses envoyés dans trois familles différentes, appartenaient en fait à la même fratrie. La fratrie Coeurdaigle. Elle se rendit compte alors qu'elle était la seule personne qui n'était pas Mangemort à pouvoir dire la vérité un jour.
Alors Amelia se fit une promesse silencieuse. Elle ferait tout ce qui était en son pouvoir pour réunir les enfants et les rendre à leur famille – en tant que fratrie. Ils avaient une famille. Leurs parents étaient morts mais ils avaient toujours des oncles, des tantes et des grands-parents des deux côtés. Il se pouvait qu'ils ne grandissent pas ensemble comme frères et sœur, mais ils avaient le droit de savoir qui ils étaient réellement et d'où ils venaient. Elle le devait aux parents Coeurdaigle qui s'étaient montrés si généreux, compréhensifs et bons envers elle.
Cette promesse exigeait qu'elle survive. Qu'elle reste en vie suffisamment de temps pour révéler la vérité sur toute cette situation. Qu'elle survive, quelles que soient les épreuves que lui réservait Severus Rogue. Cela voulait dire qu'elle devait lui obéir à la lettre et ne pas se rebeller. Peut-être qu'il se comporterait décemment avec elle après tout. Peut-être qu'il agirait avec elle comme il le faisait en classe. Terrifiant mais sans vouloir faire de mal. Il pouvait balancer des remarques cinglantes à tous les élèves mais il n'avait jamais levé la main sur eux. Elle n'avait jamais entendu qu'il s'était montré physiquement violent avec eux, même avec ceux qui mettaient sa patience à rude épreuve. Après tout, le Professeur Rogue était quelqu'un avec qui elle pouvait se débrouiller.
Mais qu'en était-il du Mangemort qu'il était ? Elle avait remarqué combien il s'était montré obéissant devant Vous-Savez-Qui. Il l'avait appelé « Maître ». Son comportement était si différent de celui qu'il avait l'habitude d'adopter en classe. Il était toujours maître de lui-même mais plus le patron. Ce qui signifiait qu'il ferait tout pour faire plaisir à son Maître. Il le lui avait confirmé lorsqu'elle avait plaidé pour qu'il la laisse s'échapper.
Et cet autre sorcier, ce Queudver dont Voldemort avait parlé ? Pas très rassurant non plus, mais d'après ce qu'elle en avait entendu de la part de son ancien professeur, il n'était pas non plus le couteau le plus affûté du tiroir... Elle avait aussi entendu son ancien professeur de Potions affirmer qu'il s'assurerait que ce Queudver ne lui fasse pas de mal.
En qui pouvait-elle avoir confiance alors ? Personne. Je ne peux que compter sur mes propres talents et aptitudes. Aucune aide, aucun espoir, n'est près de venir.
Severus sortit sa baguette et fit quelques gestes avec. Amelia observa ses mouvements avec attention. De toute évidence, il avait mis en place des sortilèges de garde sur sa maison – et connaissant l'homme, certainement des sortilèges complexes. Il les leva en silence. Elle avait remarqué qu'il avait toujours été doué pour la magie non-verbale. Elle n'était pas mauvaise non plus mais voilà, elle n'avait pas de baguette. Sa fidèle baguette en bois de cerisier, avec un cœur en ventricule de dragon, avait été brisée. Elle regarda avec envie la baguette noire qu'il tenait de la main droite. Même si elle avait eu sa propre baguette maintenant, sûrement qu'il l'aurait confisquée. Elle lui faisait confiance pour qu'il garde la sienne en lieu sûr afin qu'elle ne puisse pas y accéder.
Elle soupira encore en silence. Soupirer et obéir à ses ordres étaient les seules choses qu'elle pouvait faire pour le moment. Avec pleurer. Mais Amelia ne voulait pas pleurer devant lui.
La porte s'ouvrit et ils entrèrent dans la maison. Ils étaient entrés par la porte de derrière, très probablement. La maison était plongée dans l'obscurité. Une atmosphère lugubre y régnait aussi. De la tristesse aussi. La perception sensible d'Amelia comprit que cette demeure n'avait pas été un foyer heureux dans le passé. Les murs en conservaient le souvenir. Elle n'aurait pas pu dire pourquoi, même si sa vie en dépendait, mais elle le sentait. Cela ne promettait pas d'être plus joyeux, maintenant qu'elle y était prisonnière. Après tout, de ce qu'elle se rappelait de Severus Rogue, il n'était pas lui-même un type jovial. Ce n'était pas tout à fait inattendu de sa part. Sa maison était à son image. Lugubre, maussade, triste et oppressante.
Arrête avec ça ! se secoua-t-elle. La situation était suffisamment décourageante, inutile d'y rajouter des considérations déprimantes. Bon, peut-être qu'une touche féminine était ce dont cette maison avait seulement besoin. Vous-Savez-Qui avait suggéré ce que ses tâches seraient dans cette maison, ainsi que ses devoirs envers le propriétaire des lieux. L'aider dans les corvées domestiques. Peut-être qu'elle pourrait faire quelque chose pour améliorer l'humeur de ses occupants. De la sorte, il était possible de changer leurs perspectives vers quelque chose de plus positif.
Amelia était suffisamment sage pour ne pas prétendre pouvoir changer les gens. Elle croyait seulement qu'elle pouvait améliorer sa propre situation en améliorant le sort des autres. Rendre heureux autrui autour d'elle, la rendait elle-même heureuse et cela marchait. Elle l'avait déjà remarqué très tôt dans sa vie. En famille. A l'école. A Poudlard. Dans la Tour Serdaigle. En classe. Chez les Coeurdaigle. Peut-être que cela pourrait marcher ici aussi. Elle ne ferait pas un ange d'un Mangemort. Non, elle n'était pas si naïve. Mais cela pourrait rendre sa situation un peu plus tolérable et lui apporter quelque chose qu'elle avait perdu cette nuit même : l'espoir. L'espoir qu'un jour, les choses iraient mieux. Que ses rêves n'avaient pas disparu tout d'un coup. Qu'elle pourrait concrétiser ses projets et avoir de nouveau une vie normale. Un jour...
Severus alluma la lumière après l'avoir menée dans une pièce qui était en fait un petit salon. Amelia ne put s'empêcher de trouver l'endroit des plus intéressants : les murs étaient recouverts de livres du sol au plafond. Pour une bibliothèque personnelle, c'était plutôt impressionnant. Pendant une seconde ou deux, elle eut l'impression d'être de retour à la bibliothèque de Poudlard. Ses yeux s'écarquillèrent, s'émerveillant à la vue de tant de livres. Peut-être que si elle était une bonne domestique, elle pourrait gagner le droit de lire certains d'entre eux. Elle avait le sentiment que ces livres lui murmuraient tous « N'abandonne pas ! Garde espoir ! Nous t'aiderons à alléger tes jours de servitude ici ! »
Elle sourit légèrement aux livres. Ils avaient toujours été de bons amis pour elle.
"Je vous ferai visiter la maison demain. En attendant..." Son regard sombre s'étrécit sur elle. Amelia commença à ressentir la panique la submerger une fois de plus. Elle ne voulait pas succomber à la frayeur mais les yeux sombres de l'homme sur elle étaient bien trop intenses à supporter. Elle baissa les yeux.
"Regardez-moi !" dit-il brusquement tout en prenant le visage de la jeune femme entre ses mains puissantes.
Les yeux verts obéirent et elle le regarda. Merlin, comme il était grand. La boule dans sa gorge grossit. Elle avait cru que ce ne serait pas possible après sa rencontre avec Vous-Savez-Qui. Mais à présent...
Elle sentit la panique l'envahir dans sa tête. Elle se rebella contre les mains de l'homme sur son visage, contre le pouvoir qu'il détenait sur elle désormais.
"Ne me faites pas de mal..." plaida-t-elle doucement avant de fermer les yeux lentement, se préparant pour ce qu'il pouvait avoir en tête. Il demeura silencieux, regardant toujours les trait du visage de la femme. Elle semblait si vulnérable... Non, elle l'était, en effet. Elle était son esclave, sa servante, sa... Mienne. Elle est mienne. A moi pour que je la protège. Il n'avait pas été capable de protéger d'autres personnes et encore moins de les sauver des ordres et des attaques du Seigneur des Ténèbres ces dernières années. Mais celle-ci... il pouvait faire la différence pour elle. Il avait tué Dumbledore et avait reçu cette fille en récompense pour ce meurtre en particulier. Il avait pris une vie mais il en avait reçu une autre – à protéger. Il pouvait entendre le vieux Directeur dans son esprit, tel un fantôme : « Vous avez accepté, Severus. Il n'y a rien d'autre à discuter.' »
Non, rien d'autre à discuter – et encore moins avec un fantôme qui ne résidait que dans sa tête.
Severus ne s'attendait pas à ce qu'elle le comprenne, ni qu'elle comprenne la position dans laquelle il se trouvait, mais il ne demandait pas sa compréhension non plus. Aussi longtemps qu'il serait en mesure de la protéger, cela lui convenait parfaitement. Même si cela voulait dire qu'il devrait se comporter avec elle de la manière la plus impitoyable qui soit...
Il se demandait comment il pourrait appeler la jeune sorcière – en utilisant son prénom ? Son nom de famille ? – lorsque son train de pensées fut interrompu.
"Oh, Severus ! Tu es revenu du manoir de notre Maître ! Quelles sont les nouvelles ? Est-ce tu..." pipa dans le fond une voix aiguë, l'arrêtant dans son flot de conscience.
Severus ferma les yeux pendant une seconde et il inspira avec force. Il haïssait être interrompu, que ce soit en classe ou pendant une réunion. Le seul qui pouvait l'interrompre était le Seigneur des Ténèbres lui-même. Ou Dumbledore. Non pas qu'il avait beaucoup le choix avec son Maître – avec ce dernier, ce type de patience pouvait faire la différence entre la vie et la mort. Quant à Dumbledore, le vieil homme était mort et ne pouvait l'interrompre que dans sa conscience.
Mais pour ce qui concernait Queudver, Severus était revenu à sa personnalité habituelle en terme de patience. "Qu'est-ce que tu veux, Queudver ?" fit-il d'une voix profonde et douce qui annonçait le danger. Il avait toujours ses yeux sombres fixés sur le visage d'Amelia.
En entendant ces paroles, cette voix – une voix qu'elle espérait ne plus jamais entendre encore – les yeux d'Amelia s'ouvrirent d'un coup, emplis de surprise et de peur. Ils croisèrent ceux du Maître des Potions, qui l'observait toujours avec intensité. Une intensité qui l'ébranla. Mais ses paroles ne furent pas pour elle. Queudver. L'autre sorcier qui vivait ici. Elle tourna le regard vers l'homme. L'homme que son ancien professeur avait appelé « Queudver ». L'autre Mangemort. La terreur s'afficha sur son visage. La panique monta dans son cœur. Non, ce n'était pas possible. Ce ne pouvait pas être lui. Elle ne pouvait pas vivre sous le même toit que lui. Une peur panique que Severus ignora complètement.
"Est-ce que le Seigneur des Ténèbres a dit quelque chose sur moi ?" demanda l'autre sorcier d'un ton pressant, presque suppliant.
"Oui, en quelque sorte." Cette fois, Severus regarda son frère Mangemort. "Il sait que tu ne me sers à rien. Nous avons tous bien rigolé à propos de tes défaillances et inaptitudes comme intendant de cette maison et comme sorcier."
"Tant que je lui sers à quelque chose, je me moque bien de ce que tu peux penser de moi, Severus. Toi ou les autres," railla Queudver, avant de comprendre qu'il en avait peut-être dit un peu trop.
"Tu insinues que tu es ici pour lui et non pour moi, Queudver ?" demanda Severus, du venin dans la voix.
Queudver se tordit les mains. "Oh, tu connais la chanson, Severus. Nous sommes tous quelque part pour faire quelque chose pour lui... Je veux dire, pour exécuter ses ordres."
Severus laissa échapper un petit ricanement. "C'est bien ce que je pensais. Tu es ici dans un but qui n'est pas ce qui avait été dit au départ. Comme... m'espionner ? A moins que tu aies été envoyé ici pour que moi, je te serve de baby-sitter ?"
Queudver se tendit à la question. Il n'aimait pas cela lorsque Severus se comportait ainsi, de manière aussi perceptive. Il savait que le Maître des Potions avait compris les véritables motifs de sa présence ici. Et ce, depuis quelque temps déjà. Certainement depuis le début même.
"Eh bien, je ne m'attends pas à ce que ce soit toi qui me serve de baby-sitter," poursuivit Severus. "Le Seigneur des Ténèbres sait que tu es incapable de me servir dans cette maison. Donc il m'a donné un autre domestique."
"Ca veut dire que je vais partir d'ici ? Est-ce qu'il a demandé à ce que je revienne à lui ?" De toute évidence, à entendre Queudver, on avait l'impression que l'endroit en question n'était pas une adresse recommandable.
"Non. Il n'a pas donné d'ordre en ce sens, donc je suppose que tu es toujours coincé ici avec moi. Ou plutôt, que c'est moi qui suis coincé avec toi. Mais il m'a donné un prix de consolation, une jolie récompense pour le petit service que je lui ai rendu en débarrassant notre monde de cet imbécile de Dumbledore." Une pause. "Contrairement à certains sorciers que je connais, et tu en fais partie, Queudver, moi, je suis utile."
Le regard de Queudver s'arrêta sur la fille. "Je vois, Severus." Ses petits yeux brillèrent par anticipation. Il l'avait aussi reconnue. "J'espère que tu suivras nos coutumes. En terme de partage."
Severus savait ce qu'il voulait dire. "Nos coutumes ? Désolé de te décevoir, Queudver, mais ce cadeau ici m'a été donné et à moi seulement. Elle est ma récompense, pas la tienne. De toutes façons, tu ne mérites rien. Donc, n'y songe pas. Pas même en rêve. Cette fille est à moi."
"Allons, Severus ! Tu pourrais partager ! Rien qu'une fois !"
Amelia suivait l'échange entre les deux sorciers à propos de sa personne. Elle était bien consciente qu'elle n'avait pas son mot à dire. Ce Queudver était vicieux. Il était laid, avec une face de rat. Il avait une main d'argent – très certainement qu'il avait dû perdre sa main droite et que c'était là une prothèse. Des images de son supplice cinq mois auparavant lui revenait en mémoire, par à-coup. Mais son ancien professeur n'était guère plus attrayant non plus. Elle demeura silencieuse – à ce stade, elle ne pouvait rien faire.
J'en mourrai si je dois être donnée à cette face de rat. Je ne pourrai pas le supporter.
"Je ne partage pas ce qui m'appartiens, Queudver ! Maintenant, disparais !" tonna Severus, sa patience rudement poussée à bout.
Le petit sorcier ricana. "Quelle honte, elle est très sexy." Ses petits yeux étincelèrent de lubricité. Amelia était reconnaissante pour la cape de son ancien professeur sur ses épaules qui couvrait la nudité du haut de son corps.
Severus jugea que l'autre homme était un cas sans espoir. Il traîna la jeune femme derrière lui vers les escaliers. Amelia comprit ce qu'il avait en tête. Malgré ses précédentes résolutions, elle se rebella. D'un mouvement de sa baguette, il emprisonna les poignets de la jeune sorcière dans des liens magiques. Il allait devoir se montrer très ferme avec elle. Pour une Serdaigle, elle avait le tempérament d'une Gryffondor. Mince ! Les choses n'étaient jamais aussi faciles, pour autant qu'il soit concerné.
Queudver les avait suivis à l'étage. Peut-être qu'il pourrait convaincre Severus de le laisser prendre son tour avec elle, une fois que le Maître des Potions se serait satisfait avec elle en premier. Peut-être qu'il aurait de la chance aujourd'hui. Enfin, ce soir.
"Eh, Severus, tu es sûr que tu ne peux pas me laisser m'amuser avec elle après que tu l'as eue ? J'en ai marre d'utiliser ma main pour me satisfaire."
"J'ai bien peur, Queudver, que tu doives encore l'utiliser à l'avenir. Je te l'ai dit, elle est à moi. Il se trouve que je ne partage pas ce qui est à moi. Tu devras utiliser cette jolie main d'argent que notre Maître t'a donnée lorsqu'il est revenu à nous. Tu sais bien comme moi que nous ne devons jamais refuser les cadeaux de notre Maître. Ne l'insulte pas en refusant de l'utiliser de manière... appropriée." Il ricana devant son frère Mangemort.
Le commentaire était drôle et Amelia aurait souri – si elle ne s'était pas retrouvée piégée de manière aussi scabreuse entre ces deux hommes.
Queudver fit la moue. "Au moins, est-ce que je peux écouter ? J'aime ça quand elles hurlent lorsqu'on les viole. Ca m'excite !"
Amelia se souvint de ses propres hurlements lorsqu'elle avait été violée. Elle éprouva du dégoût. Cet homme était plus dégoûtant que jamais.
Severus savait qu'il était damné sur cette terre. Jusqu'au bout. Il soupira en silence. Il devait s'assurer que Queudver croie en effet qu'il avait dressé la fille de cette façon. Il devait lui-même s'en tenir aux paroles qu'il venait de prononcer, à propos de ne pas refuser les cadeaux du Seigneur des Ténèbres. Ce qui ne manquerait pas d'être rapporté s'il ne s'y conformait pas. Il ne pouvait pas prendre le risque de déplaire à son Maître et de tomber en disgrâce.
Il se rappelait la promesse qu'il avait faite à Albus Dumbledore, l'année précédente. Restez dans les bonnes grâces de Tom, Severus. Promettez-moi que vous le ferez, car c'est là l'une des conditions pour l'abattre.
Et Severus avait promis. Oui, Albus, je m'y engage. Quels imbéciles ils étaient tous les deux. Le vieux et lui-même. Maintenant, le vieux sorcier n'était plus de ce monde – et cela grâce à lui, Severus Rogue – et le Maître des Potions restait seul à se débrouiller avec les conséquences du meurtre. Totalement seul. Ce qui restait de l'Ordre du Phénix l'avait qualifié de traître et ne voulait plus entendre parler de lui, et encore moins l'aider à traverser toute cette épreuve. Il ne pouvait compter que sur lui-même.
Severus eut un regard triste pour la fille. Elle serait une victime collatérale de sa promesse au vieux Directeur. A moins que...
Il se pourrait qu'il y ait un moyen, songea Severus. Il jeta un autre coup d'oeil à la fille. Elle était à Serdaigle, elle devrait vite comprendre. Il l'espéra, elle avait l'air si effrayée maintenant. Bon, ça m'arrange si je peux faire un peu de cinéma.
"Alors, Severus, je peux écouter ? J'aime ça quand elles hurlent... A moins que tu ne saches pas comment les faire hurler ? Certains de nos frères disent que tu ne..."
"La ferme, Queudver !" cria Severus, exaspéré. Il traîna la fille derrière lui dans sa chambre. Elle commença à hurler. Qu'elle crie. Il la poussa pour la faire asseoir sur le lit.
"Reste ici, j'ai une dernière petite chose à régler." Un autre mouvement de sa baguette, les chevilles et les genoux de la jeune femme se retrouvèrent entravés. Il sortit, laissant la porte entre-baillée, afin qu'elle puisse entendre.
Amelia se trouva dans une pièce à peine éclairée. Les volets et les rideaux étaient toujours ouverts. Un réverbère de la rue jetait sa lumière qui filtrait à travers la fenêtre. Ses yeux s'habituèrent à l'obscurité et elle parvint à voir qu'elle était assise sur un grand lit double. Une grosse armoire lui faisait face. L'endroit n'avait rien de luxueux.
Elle entendit les deux voix masculines se disputer sur la possession de sa personne. Le riche baryton de Severus l'emporta sur la voix aiguë de l'homme-rat, ce Queudver. Elle devait admettre qu'il ne lui lui avait pas menti : on ne pouvait pas du tout faire confiance à ce Queudver.
Ils cessèrent de se disputer, Severus tranchant la discussion une bonne fois pour toute, lorsqu'il accepta de laisser la porte légèrement entre-baillée afin que l'autre Mangemort puisse entendre. Queudver accepta de son côté de ne pas entrer dans la chambre. Une fois que Severus en aurait fini, Queudver retournerait dans sa propre chambre. Fin de l'histoire.
Amelia trembla. Elle n'avait connu qu'un seul homme avant d'être violée – un homme qu'elle avait aimé des années auparavant. Un homme qui l'avait aimée aussi. Cependant, son supplice passé l'avait rendue réticente à rechercher la compagnie des hommes et encore moins tout contact de nature sexuelle. Elle avait choisi de rester seule.
Mais à présent, prisonnière comme elle l'était, dans cette maison, esclave de cet homme, il n'était pas question de choix, ni d'amour non plus. Son esprit Serdaigle commença à lister toutes les conséquences possibles de ce qui se passerait d'ici quelques minutes.
Elle voulait pleurer sur son sort. A l'avance. Elle ne signifiait rien pour cet homme, sauf qu'elle était sa propriété. Elle avait perçu que le Professeur avait une forte tendance à la possessivité. Mais c'était tout. Il n'y avait rien d'autre. Elle doutait fortement qu'il fût capable de ressentir quoi que ce soit qui ressemble à de l'amour ou à tout autre sentiment vaguement relié à ce qui pourrait s'apparenter à de l'affection.
Severus revint dans sa chambre. Il laissa la porte suffisamment entre-baillée pour que l'ampoule du plafond du palier puisse jeter assez de lumière dans la chambre. Il passa de longues secondes à l'observer. Elle avait une attitude très soumise ainsi, assise calmement, les mains liées et posées sur son giron, les chevilles et les genoux entravés, les yeux baissés. Elle avait brièvement levé le regard vers lui mais il paraissait si effrayant qu'elle l'avait baissé immédiatement.
Sa nature ténébreuse et dominatrice prit le dessus. Il s'avança vers elle. Il lui libéra les chevilles, les genoux et les poignets. Il la fit se lever et enleva la cape des épaules de la jeune femme, qui atterrit non loin de là sur un fauteuil. Une fois de plus, elle était à demi-nu, et vulnérable. Le serpent en pendentif brilla entre ses seins dans la chambre à peine illuminée. Il lui prit le bras et la traîna de l'autre côté du lit. Elle se rebella, plus par désespoir que par peur, lui frappant la poitrine de ses poings en protestation, tout en gémissant. Il n'en avait rien à faire. Il la saisit par la taille et ils tombèrent tous les deux sur le lit.
Severus se retrouvait sur elle à présent, lui serrant les poignets délicats dans l'étau de ses mains nerveuses. Amelia tenta de le repousser mais rien n'y fit.
"Non, Professeur ! Non ! Je vous en prie ! Non..." implora-t-elle. "Lâchez-moi, Professeur..."
"Je ne suis plus ton professeur. Je suis ton maître désormais. Tu t'adresseras à moi en tant que tel."
Amelia sentit sa gorge se serrer. "Je vous en supplie... lâchez-moi..."
"Non. Tu es à moi. Je suis ton maître à partir de maintenant."
"Professeur..."
"Maître."
La gorge d'Amelia se serra encore plus. Elle trouvait difficile de l'appeler ainsi mais si cela pouvait alléger son sort entre ses bras... "Maître..." Pourtant, il resterait toujours le Professeur pour elle.
"Bien."
"Je vous en supplie... Maître... non..."
Severus était conscient qu'il devait jouer la comédie. Au moins pour Queudver – sinon pour lui.
"Tu m'appartiens, ma petite soumise. Ma jolie soumise." Sa voix, si riche et profonde, avait maintenant un ton apaisant qu'Amelia n'avait jamais entendu venant de lui auparavant. Un ton qu'il n'avait jamais utilisé en classe. "Laisse-moi faire et ça ira vite. Je te le promets," murmura-t-il.
Il lui menotta les poignets par dessus la tête avec des liens magiques qui luisirent dans l'obscurité. Ses mains libres descendirent vers les hanches de la femme, les saisirent, afin qu'il puisse se positionner sur elle, attentif à ne pas écraser son ventre de femme enceinte. Ses propres cuisses écartèrent les siennes pour s'installer entre. Sentant ce qui allait venir ensuite, Amelia hurla à pleins poumons.
Severus la laissa hurler. Cela servait son objectif. Il se pencha vers le cou de la jeune sorcière pour l'embrasser. Ses cheveux noirs lui touchèrent le visage en une caresse subtile. Cette fille sentait si bon... Sa peau était douce sous ses lèvres. Ses cheveux sentaient la vanille – une odeur qui possédait une qualité érotique réelle. Il commença à se sentir serré dans son pantalon. Ce qui n'avait rien d'inattendu comme réaction pour un homme dans sa situation...
Severus continua à embrasser le cou de la jeune femme, ses dents frôlant la peau douce à cet endroit. Puis un cri de douleur emplit toute la chambre. Severus lui suça la peau du cou. Elle aurait un bleu et même une cicatrice à cet endroit. Parfait. Le bleu finirait par disparaître mais la cicatrice resterait. Ma cicatrice. Elle est à moi. C'est écrit dans le sang.
Il continua à l'embrasser et lui sucer le sang à cet endroit, tout en répétant mentalement les paroles qui fermeraient la blessure qu'il venait de lui faire, par le sortilège ainsi invoqué. Mors Sanatur... Mors Sanatur... Mors Sanatur...
Puis il s'arrêta et observa la blessure qu'il venait de lui faire au cou. Leurs yeux se rencontrèrent. La terreur se lisait sur le visage d'Amelia. Si c'était là sa notion des préliminaires... elle avait toutes les raisons de craindre ce qui allait suivre. "Non... Professeur... Maître... je vous en supplie..." Très certainement qu'il avait conservé cette tendance sadique qui le caractérisait si bien quand il était à Poudlard.
Severus était bien conscient qu'elle avait déjà été violée. Il la plaignait mais en même temps, il savait qu'il ne pouvait se permettre de mettre en danger sa position en tant que serviteur obéissant du Seigneur des Ténèbres. Son esprit pesa rapidement les deux options qui lui étaient présentées.
"Mon bébé... s'il vous plaît... non..." murmura Amelia, espérant lui faire changer d'avis.
"Je ferai attention," lui répondit-il dans un murmure à l'oreille. "Mais je dois le faire." Comme si cela le rachetait. Pourtant, Severus savait bien que ce ne serait pas le cas.
"Maître... ayez pitié de moi !" plaida-t-elle faiblement une dernière fois.
Severus prit une décision rapide. Non, il ne lui ferait pas de mal. Pas de cette manière. Il ferait semblant car il devait montrer qu'il était certes un fidèle Mangemort. Mais il n'ajouterait pas ce crime à sa liste déjà fort longue de forfaits criminels.
Alors il se contenta de la gifler deux fois, sur une joue, puis sur l'autre. Il espéra que le son ainsi produit sortirait de la chambre. La jeune femme sous lui cessa de se rebeller. Elle garda son visage tourné, elle ne voulait pas voir le sien ni même croiser le regard avec le sien. Elle voulait seulement pleurer. Des larmes lui emplirent les yeux.
Elle le laisserait faire. Il pouvait la prendre mais il n'aurait que son corps. Elle se prépara à l'épreuve qui allait venir. Pourtant, après de longues secondes, quelque chose d'étrange se passa. Elle était à moitié nue, sa poitrine complètement exposée mais l'homme couché sur elle ne lui avait même pas saisi les seins. Il s'était contenté de la mordre jusqu'au sang, dans le cou.
De plus, ce corps chaud sur le sien... qui enveloppait sa petite corpulence... Elle se sentait protégée d'une certaine façon. Il avait protégé sa nudité, il l'avait protégée de la lubricité de ce Queudver et maintenant... son étreinte avait quelque chose de... protecteur. Elle savait qu'elle ne devait pas penser ainsi – pas au milieu d'une situation pareille – mais elle ne pouvait s'en empêcher. Même ses cheveux raides lui couvraient les joues d'une douce caresse. Contrairement à la croyance populaire à Poudlard, ses cheveux n'étaient pas gras – on aurait plutôt dit de la soie.
Sa respiration était toujours désordonnée, sous l'assaut violent de ses émotions combinées à la peur, mais elle se calmait peu à peu. Son esprit lui disait que quelque chose de vraiment étrange se passait. Elle aurait pu jurer avoir senti quelque chose de chaud et lourd entre ses jambes, à travers le pantalon de l'homme et sa propre chemise de nuit déchirée. Il avait passé assez de temps sur elle pour qu'elle puisse le sentir. Il avait réagi comme un homme le ferait dans cette situation, mais il n'était pas allé plus loin.
Il ne l'avait pas violée. Non pas qu'il en manquait les moyens ou le désir pour le faire – elle avait bien senti qu'il pouvait poursuivre. Mais il n'avait rien fait. C'était de plus en plus curieux. Il n'avait rien fait.
Severus se leva du corps de la jeune femme quelques minutes plus tard. Il avait commencé à se sentir vraiment... inconfortable dans ses propres vêtements. Non, pas inconfortable. Mais très serré. Cette fille sous lui était confortable. Mais il ne souhaitait pas l'effrayer plus qu'elle ne l'était déjà par ses propres réactions corporelles. Ce qu'elle avait dû quand même percevoir. Elle n'était plus une jeune fille, ni vierge non plus. Il n'était qu'un homme après tout.
"Attends-moi ici," lui ordonna Severus d'un ton austère, avant de sortir de la chambre. La porte était restée entre-baillée, volontairement, afin que Queudver puisse les entendre. Il sortit de la chambre et rencontra son frère Mangemort devant la porte, lequel avait son pantalon et ses sous-vêtements tombés aux chevilles. Le petit sorcier tenait sa bite à la main. Un peu de substance grisâtre tombait goutte à goutte sur le sol, entre ses jambes.
Severus ricana face à l'homme pris ainsi sur le fait. "Alors, on s'amuse, Queudver ?" dit-il de son ton le plus méprisant.
"Ben... j'ai suivi ton conseil puisque tu ne me laisseras pas profiter de cette fille comme un homme le devrait normalement. Tu l'as faite hurler, à ce que j'ai entendu. Beau travail, Severus. Ca m'a fait jouir quand je l'ai entendue."
"Ravi de l'apprendre. Mais tu es toujours aussi sale. Récurvite !" D'un mouvement de sa baguette, la substance grise disparut. "Maintenant tu peux dire à notre Maître que j'apprécie vraiment ses cadeaux et que je continuerai à le faire. Disparais, Queudver !"
Un autre mouvement agile de sa baguette et il expédia Queudver dans la chambre voisine. "Et que je n'entende plus parler de toi jusqu'à demain. Je suis fatigué."
Queudver ne protesta pas. Il s'était fait un peu plaisir et en effet, il aurait des choses à dire au Seigneur des Ténèbres la prochaine fois qu'il le verrait. Satané Severus ! Il a passé bien trop de temps avec ce vieux débris de Dumbledore et maintenant... il sait tout ce qu'il se passe ici...
Que pensez-vous qu'il va se passer ensuite ?
Qu'est-ce qu'une fille comme Amelia peut bien avoir en commun avec un type comme Queudver ?
Merci d'avance de laisser des revues.
