Le Pacte du Sang – Chapitre 3 – Le prix du sang

Severus revint dans sa chambre. Il alluma la lumière, ferma la porte derrière lui et jeta un sortilège de silence sur la pièce. La fille – non, la jeune femme – était toujours allongée sur le lit, les yeux ouverts et vides, des larmes lui coulant le long des joues, ses mains toujours menottées au dessus de la tête. Elle était secouée par des tremblements silencieux. Probablement un relâchement nerveux, supposa Severus. Il s'assit sur le lit à côté d'elle et lui libéra les poignets. D'un mouvement léger de sa baguette, il fit disparaître le bleu qu'elle avait ramassé sur le front pendant le raid, ainsi que le sang qui s'en était écoulé. Il fit aussi disparaître la marque de ses mains sur les joues de la femme, suite aux deux gifles qu'il lui avait donnée quelques minutes auparavant. Amelia était surprise – un Mangemort qui connaissait des sortilèges de guérison ? Voilà qui était des plus surprenants.

Sa réaction suivante fut de protéger du regard de l'homme ses seins nus avec sa chemise de nuit en haillons – car il n'y avait plus sa cape pour ce faire. La lumière était allumée et elle ne voulait pas qu'il voie d'elle plus qu'il ne l'avait déjà fait. Severus vit son geste et il se dirigea vers son armoire qu'il ouvrit.

"Prenez ça, ça devrait le faire pour cette nuit. Vous pouvez vous changer derrière ce panneau." Il avait posé une chemise de nuit courte sur le lit – certainement l'une des siennes.

Amelia prit le vêtement et le remercia dans un murmure. Elle ne s'était pas attendue à ce qu'il se comporte de manière aussi respectueuse. Bon, il faut dire qu'elle n'avait jamais songé qu'il pouvait se montrer respectueux, étant donné son attitude en classe. Par ailleurs, il s'était comporté de façon très inattendue depuis l'instant où ils étaient arrivés chez lui.

Elle se changea rapidement derrière le panneau. Elle ne portait rien sous sa chemise de nuit. Elle sortit de derrière le panneau, elle remarqua qu'il avait commencé à enlever ses propres vêtements. Il lui tournait le dos. Elle l'observa. Elle était probablement la seule élève de Poudlard à avoir jamais été témoin d'une telle scène – le Professeur Rogue en train d'enlever ses vêtements. Elle se mordit la lèvre. Il était bien bâti – qui l'aurait cru ?

Severus posa sa redingote sur le fauteuil, puis son gilet. Il portait toujours sa chemise blanche, avec un petit foulard noir noué autour du cou. Amelia se demanda combien de couches de vêtements il portait en réalité. A l'instar des autres étudiants, elle l'avait toujours connu portant les mêmes vêtements toutes ces années, quelles que soient la température ou la saison, à l'intérieur ou à l'extérieur. Elle devait reconnaître que tant d'épaisseurs de vêtements constituaient un avantage certain car le climat écossais n'était pas très tendre la plupart du temps. Poudlard n'était pas le lieu le plus chaud en soi non plus – au mieux le château était plein de courants d'air, au pire frigorifique.

Elle était curieuse à présent. Elle continua à le regarder. A cet instant, Severus se tourna vers elle. Il la surprit en train de l'observer. Elle baissa la tête, rouge comme une pivoine. Surprise en train de reluquer son ancien Professeur ! Combien de points enlèverait-il à sa Maison pour cela ? Amelia se rappela à temps qu'elle n'était plus à Poudlard et qu'il n'était plus son professeur.

Un sourire moqueur apparut sur les lèvres de Severus, comme s'il avait compris quelles pouvaient être les pensées de la jeune sorcière. Au même moment, il tenait sa propre chemise de nuit devant lui. Il avait toujours une érection, suite à leur contact précédent sur le lit. "Mademoiselle Davis, je crois que l'un des devoirs que vous avez envers moi est de chauffer mon lit. C'est ce que vous allez faire maintenant," fit-il tout en lui montrant le lit d'un geste de la main. "Je dors de ce côté," ajouta-t-il en désignant le côté donnant vers la fenêtre.

Amelia obéit. "Oui, monsieur... pardon... Maître." Elle ouvrit les couvertures du lit et se glissa entre les draps.

Severus prit sa chemise de nuit et sortit pour rejoindre la salle de bains. Là, il s'occuperait de lui-même. Notamment de l'effet que cette jeune femme venait de provoquer en lui.

Entre temps, Amelia s'installa dans le grand lit. Le matelas était ferme mais confortable. Les draps étaient propres. La couverture, de couleur vert foncé, était chaude. La température n'était pas froide – ce n'était que le début de l'automne. Elle se permit donc de se détendre pendant les quelques minutes où il était absent. Il serait toujours temps de se préparer mentalement pour le prochain supplice.

Et voilà. Elle devait partager son lit. Mais elle ne parvenait pas à comprendre son comportant précédent. Il ne l'avait pas violée. Peut-être que ce n'est pas dans ses habitudes de faire ça. Peut-être qu'il préfère faire l'amour que violer. Bien qu'elle ne parvenait pas à imaginer le Professeur Severus Rogue aimer faire l'amour. Ou même faire l'amour, tout simplement. Bon, c'était un homme aussi, pas seulement un enseignant austère. Peut-être qu'il ne pouvait pas le faire parce que j'ai été une de ses anciennes élèves. Peut-être... Oh, non, il n'était pas impuissant. Elle avait bien senti son érection. Il s'était mis à bander rapidement, sans qu'elle fasse quoi que ce soit pour l'y inciter. Elle ne pouvait pas l'imaginer être homosexuel non plus – il avait tout du mâle dominant. Peut-être qu'il était seulement trop fatigué pour aller plus loin. Je suis fatiguée moi aussi. Elle voulait s'endormir mais elle était bien trop tendue pour s'abandonner au sommeil. Elle était prudente quant à ce que serait son prochain geste envers elle.

Elle en était là de ses réflexions lorsqu'il revint quelques minutes plus tard, revêtu de sa chemise de nuit. Il tenait son pantalon noir et sa chemise blanche à la main, ainsi que son petit foulard noir. Il posa le tout sur le fauteuil, délicatement, avec le reste de ses habits. Il s'assit sur le lit et enleva ses chaussures et ses chaussettes – enfin, c'est ce qu'Amelia supposa. A partir de maintenant, elle ne voulait plus le regarder. Une vague de peur commença à lui submerger le cœur. Maintenant, ce n'était plus du cinéma. Elle tourna la tête.

"Mademoiselle Davis."

Elle enregistra qu'il l'avait appelée. Cependant, elle ne bougea pas plus, paralysée par la peur comme elle pouvait l'être.

"Mademoiselle Davis, je sais que vous êtes réveillée. Regardez-moi. Lorsque je vous parle, je veux que vous me regardiez, comme n'importe quelle personne bien élevée le fait normalement."

Elle obéit. Son visage reflétait la peur. "Oui... Professeur... Maître." Elle comprit maintenant que quelle que soit la façon dont il était habillé, il était toujours le même homme intimidant et dominateur. Il tenait sa baguette à la main.

"Poussez-vous de l'autre côté du lit maintenant. Je crois que vous avez suffisamment chauffé ma place comme ça."

Elle ne dit rien et rampa sur le côté, pour lui laisser suffisamment de place pour se coucher. Ce qu'il fit. Peut-être que rien ne se passerait, comme il l'avait dit auparavant, il était fatigué. Elle se bougea vers le côté le plus éloigné du lit. Elle se rappelait de la réaction de son corps masculin, de sa force d'homme et de sorcier. Elle ne souhaitait pas déclencher quoi que ce soit chez lui – de lui.

Elle perçut qu'il se tournait de son côté et qu'il s'installait pour la nuit – sans un mot. Elle avait remarqué qu'il avait glissé sa baguette sous son oreiller. Là, il lui serait impossible de la subtiliser Il remarqua de son côté qu'elle avait mené son premier devoir envers lui avec succès, ne put-il s'empêcher de songer, car sa place était chaude – même si la température d'automne ne justifiait pas ce traitement. Quelques minutes plus tard, il s'endormit, en pensant que pour une fois, les cadeaux du Seigneur des Ténèbres ne s'avéraient pas toujours inutiles ou encombrants.


Amelia ne s'était pas endormie tout de suite. Malgré son épuisement après les événements de la nuit, elle se méfiait bien trop de l'homme couchant désormais dans le même lit qu'elle, pour s'endormir comme le réclamait son corps. Son esprit fonctionnait bien trop vite pour qu'elle se repose. En fait, elle finit par s'endormir, aux petites heures de la nuit, juste avant l'aube.

Severus se réveilla environ deux heures après qu'elle se soit endormie. Elle dormait toujours profondément lorsqu'il se leva du lit. Il la regarda pendant quelques secondes, surpris de trouver quelqu'un – une femme – dans son lit. Mais ce n'était que la fille qu'il avait reçue en cadeau la veille. Sa récompense pour avoir assassiné Albus Dumbledore.

Le prix du sang.

Severus prit ses vêtements en silence. De toute évidence, elle était épuisée et il décida de la laisser dormir. Une domestique fatiguée ne valait rien. Elle se devait d'être en bonne forme pour retenir toutes les instructions qu'il devait lui donner afin qu'elle exécute ses devoirs. Il ne souhaitait pas se répéter, donc elle allait devoir absorber en une seule fois toutes les informations qu'il lui donnerait.

Il se prépara et descendit pour prendre son petit-déjeuner. Il espéra que la fille saurait faire la cuisine, car bien qu'il ne fût pas mauvais lui-même, il abandonnerait volontiers ce travail à quelqu'un d'autre. Queudver s'était avéré totalement inutile à cet égard et Severus avait dû s'occuper des repas pour tous les deux.

Il buvait son café lorsque Queudver se pointa dans la cuisine. Le petit sorcier salua son frère Mangemort et se servit une tasse de café.

"Alors, Severus, elle est où la fille ? Tu l'as déjà tuée ?"

"Tu essayes d'obtenir des informations qui ne te concernent pas, Queudver ?"

"Non, je me demandais seulement ce qu'il lui était arrivé. Elle n'est pas là pour te servir, à ce que je vois."

Severus décida qu'il était temps de jouer une petite comédie. Une comédie utile. "Je ne l'ai pas tuée. Je l'ai seulement épuisée."

"Oh, tu veux dire... tu l'as baisée toute la nuit ? Oh la la... quand je pense que les autres disent toujours que tu es impuissant, et que tu n'aimes pas les femmes. Certains disent même que tu es... un homo."

"Tu ne devrais pas toujours écouter ce que les autres peuvent avoir à dire à mon propos, tu sais. Je ne suis pas homo. Il se trouve que j'aime les femmes. C'est seulement que je crois que je peux servir au mieux les intérêts de notre Maître et exécuter ses ordres, de d'autres manières que seulement baiser nos prisonnières pendant nos orgies." Il eut un sourire moqueur pour lui. Va lui rapporter ça, ainsi qu'aux autres, face de rat.

Sa réponse mit un terme à la discussion une bonne fois pour toutes. Severus commença à réfléchir à tout ce qu'il voulait que la fille fasse chez lui – non, pas la fille, la jeune femme. La cuisine. Le nettoyage. La vaisselle. Balayer par terre. Laver et repasser ses vêtements et ceux du rat. Faire la poussière. Il devait garder à l'esprit qu'elle était enceinte aussi et qu'elle ne serait pas forcément en mesure de pouvoir faire tout ce qu'il voulait qu'elle fasse – du moins jusqu'à son accouchement. Bien entendu, comme il était le seul à disposer d'une baguette dans la maison, elle serait obligée d'exécuter toutes ces corvées à la moldue. Bon, c'est une née-moldue. Elle devrait y arriver.

Et bien évidemment, chauffer son lit.

Severus n'avait pas l'intention d'avoir de contacts plus intimes avec elle. Il avait dû faire semblant la nuit précédente pour que Queudver puisse avoir quelque chose d'intéressant à rapporter. Leur contact de la nuit dernière avait été le premier et serait le dernier de la sorte. Il ne voulait pas abuser d'elle. Elle n'était plus son élève, elle était une femme adulte, une jolie femme qui plus est, mais il se sentait avoir quelque devoir de la protéger autant qu'il le pouvait.

Il demeura silencieux. Le meilleur moyen d'éviter de faire la conversation avec Queudver. A la place, il pensa à la jeune femme qui dormait à présent dans son lit, à l'étage. Elle avait suivi le cours de Potions avec lui jusqu'au niveau des ASPIC. Quel âge pouvait-elle avoir ? Il fit un effort pour se rappeler quand elle avait dû quitter Poudlard. C'était peut-être il y a huit ou dix ans. Par conséquent, elle devait avoir autour de 27 ans. En effet, ce n'était plus une enfant. Oui, c'était cela : il se souvenait à présent. Elle était entrée à Poudlard la première année qu'il avait commencé à y enseigner. Il avait 21 ans à l'époque et elle en avait 11. Donc elle avait dix ans de moins que lui.

Il devait aussi réfléchir à que faire de l'enfant qu'elle portait, une fois qu'il serait né. Les paroles du Seigneur des Ténèbres à propos du sang d'un enfant conçu lors d'un viol résonnaient toujours à sa mémoire. Il mit cette question de côté pour le moment, il serait toujours temps d'y penser dans les prochaines semaines. Elle n'allait pas donner naissance maintenant. Il avait besoin d'en discuter avec elle de toutes manières. Il voulait voir sa réaction d'abord. En aucun cas il ne tuerait un enfant innocent de sang-froid s'il pouvait l'éviter.

Jusqu'à la nuit dernière, elle avait été employée par une famille de sang-purs aisés qui avait des opinions progressistes concernant les moldus et les nés-moldus. Ce qui équivalait à une condamnation à mort ces temps-ci. Il soupira. Severus comprit qu'elle était la seule à être capable de révéler la vérité sur la véritable parenté des enfants Coeurdaigle, si un jour il était nécessaire de le faire. Ce qui pouvait vouloir dire plusieurs choses : Le Seigneur des Ténèbres était sûr de ses plans vis-à-vis de la communauté magique ; il était certain que lui, Severus Rogue, serait capable de tenir la fille et de la réduire au silence ; qu'un jour, elle pourrait être en danger, rien que parce qu'elle connaissait la vérité.

S'il est si sûr de lui, il devrait l'oublier. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour m'assurer qu'il l'oublie. Cela voulait dire qu'il devait montrer qu'il était des plus satisfaits du cadeau de son Maître. Severus vida sa tasse de café et la mit dans l'évier. Elle ferait la vaisselle plus tard, après s'être réveillée.

"Dis-moi, Severus, quand est-ce qu'elle doit commencer toutes les corvées à faire ici ?"

La remarque de Queudver ramena Severus à la réalité. "Queudver, on fera les choses à ma façon, tu veux ? D'abord, elle est mon esclave, je suis son Maître, elle ne reçoit d'ordres que de moi uniquement. Tu n'as pas d'ordre à lui donner. Si tu veux qu'elle fasse quelque chose pour toi, tu devras m'en parler et je verrai ensuite s'il convient qu'elle le fasse. Sinon, tu devras le faire toi-même. Deuxièmement, tu n'as pas ton mot à dire sur la façon dont ma maison est gérée. C'était supposé être ton boulot ici après tout. Alors ne fais pas ton petit chef ici tout simplement parce que je dispose d'une esclave pour exécuter les tâches que tu aurais dû faire. Ai-je bien été clair ?" Son ton était froid.

Queudver laissa échapper un soupir. "Quand j'espérais qu'une bonne partie de jambes en l'air te rendrait plus... disons... aimable. Je constate que ça n'a rien changé en ce qui concerne ton humeur," railla-t-il.

"Si tu n'es pas content, tu peux juste partir d'ici. Garde cependant à l'esprit que le Seigneur des Ténèbres n'approuverait pas ton départ de cette maison. A moins que tu souhaites que je t'amènes chez lui afin que tu puisses te plaindre directement à lui. A tes risques et périls."

Severus eut un sourire moqueur. Il savait que Queudver, contrairement à ses anciens camarades de maison, ne possédait pas un seul gramme de courage. Il n'oserait pas demander une entrevue avec le Seigneur des Ténèbres pour discuter avec lui de sa mission à Spinner's End. C'est-à-dire espionner le Maître des Potions.

Queudver savait qu'il avait raison. Il n'oserait pas demander au Seigneur des Ténèbres quoi que ce soit de peur de subir la colère de son Maître pour avoir osé faire une telle requête. Il décida de laisser tomber la question pour le moment. Il soupira et posa sa tasse dans l'évier. En aucun cas il ne ferait la vaisselle non plus.

"Je suis dans ma chambre," finit par dire Queudver avant de quitter la cuisine.

"Oui, c'est ça." Severus savait que rien ne pouvait arriver à la jeune femme car il avait jeté un sortilège de verrouillage puissant sur la porte de sa chambre – comme il l'avait toujours fait depuis que Queudver était venu vivre chez lui. Un charme qu'il avait amélioré afin d'empêcher les rats d'y pénétrer aussi. Prendre sa forme d'Animagus était la seule forme de magie sans baguette que Peter Pettigrow avait été capable de faire. Un exploit qu'il accomplissait la plupart du temps par réflexe quand il se sentait en danger.

Severus vérifia l'heure à la pendule de la cuisine. Il irait voir la jeune sorcière d'ici une heure. Peut-être qu'elle serait réveillée alors. En attendant, il lirait les dernières nouvelles dans la Gazette du Sorcier. Sûrement qu'il y serait fait mention du raid de la nuit dernière.


Ca m'a bien plu de jouer avec l'interaction entre Severus et Queudver. J'avais envie d'explorer le type de relation que ces deux-là auraient entretenu durant leur cohabitation à Spinner's End. Ca n'a pas dû toujours être facile pour Severus car il devait forcément savoir qui avait trahi les Potter - Peter Pettigrow lui-même. Je ne peux pas m'empêcher d'imaginer un Severus qui aurait envie de l'étrangler toutes les minutes...

J'espère que l'histoire continue de vous plaire. Merci de laisser des revues.