Le Pacte du Sang – Chapitre 4 – Une assurance-vie
Amelia se réveilla. Elle se sentait mieux mais encore fatiguée. Elle ouvrit les yeux et ne reconnut pas la chambre dans laquelle elle avait dormi. Ce n'était pas là son lit habituel. C'était un bien plus grand lit. Puis les événements de la nuit précédente lui revinrent en mémoire. L'attaque des Mangemorts. La fuite avec les enfants. Les hurlements et les cris, les maléfices qui fusaient de tous côtés. Sa capture avec les enfants qu'elle avait bien tenté de protéger. Leur enlèvement et leur rencontre avec Vous-Savez-Qui. Les enfants étaient sains et saufs mais ils avaient été envoyés dans trois familles différentes. Des familles de Mangemorts. Séparés les uns des autres. Mais en sûreté pour le moment. Sa propre vie avait été épargnée mais elle avait été donnée à un homme pour être son esclave. Elle avait dormi dans le lit de cet homme. Elle se trouvait dans son lit. Le lit de son ancien Professeur de Potions. Il était lui-même un Mangemort mais il ne lui avait pas fait de mal. Pas pour le moment.
Elle n'avait pas de baguette. Vous-Savez-Qui avait fait en sorte qu'elle ne puisse pas en avoir une. Elle se rappela avec douleur qu'il lui avait cassé la sienne en deux. Pendant quelques secondes, elle avait eu l'impression qu'un de ses propres membres avait été brisé. Elle serait obligée de s'en acheter une autre – pourvu qu'elle puisse quitter cet endroit... et cet homme. Et bien entendu, retourner sur le Chemin de Traverse. Si tant est que les nés-moldus comme elle puissent être libres à nouveau dans le monde magique. Un jour...
Amelia décida de ne pas pleurer sur son propre sort. Si Severus Rogue avait vraiment voulu la violer, il l'aurait déjà fait. Mais il ne l'avait pas fait. Ce qui ne signifiait pas qu'il changerait pas d'avis à l'avenir. Elle préféra ne pas penser à une perspective aussi lugubre. Elle s'assit dans le lit et entoura ses genoux de ses bras, sa tête reposant dessus. Elle soupira. Peut-être qu'il ne lui ferait pas de mal et qu'elle ne serait ici que sa domestique.
Elle finit par se lever du lit et jeta un œil par la fenêtre. Peut-être qu'elle pourrait tenter de sauter de là. Pour aller où ? Tu ne sais pas où tu te trouves. Tu n'as pas de baguette. Tu n'es habillée que d'une chemise de nuit qui ne t'appartient même pas. Tu es pieds nus. Tu n'as pas d'argent. Tu es enceinte de cinq mois. C'est bientôt l'hiver et il fait déjà froid dehors. Son esprit rationnel lui dit que pour le moment, sa meilleure option était de rester là où elle était, dans cette maison. Pour le moment.
Elle se leva du lit et alla à la fenêtre pour regarder l'extérieur. Elle se demanda où la maison pouvait bien se trouver. Une pluie fine commença à tomber dehors. Le temps était maussade. Dehors, la rue. Quelques personnes y marchaient, avec leurs parapluies ouverts. Elle se prit d'intérêt à mémoriser tous les détails possibles. Une rue pavée. Des maisons mitoyennes pauvres, bâties en briques. Certaines avaient même leurs ouvertures recouvertes de planches. Le quartier tout entier donnait une impression de négligence et d'abandon. Deux gamins remontaient la rue en courant, un troisième les poursuivait à vélo. Les lieux ressemblaient bien à un quartier ouvrier, défavorisé, typique des régions industrielles de l'Angleterre.
Amelia avait grandi dans un environnement similaire – au Pays de Galles. Sa famille n'était pas riche. Ses parents travaillaient dans les usines locales. Ils habitaient dans un appartement HLM. Elle se souvint lorsqu'ils avaient reçu la visite du Professeur McGonagall, qui leur avait annoncé que leur fille était une sorcière. Une sorcière qui devait être éduquée en magie et sorcellerie. Elle se rappela la remarque de son père sur l'argent – ils ne pouvaient pas se permettre de l'envoyer dans une école privée. Minerva McGonagall leur avait alors expliqué que la scolarisation de la fillette serait prise en charge par le Fond de l'Ecole de Poudlard, car l'éducation des jeunes sorcières et sorciers était jugée primordiale.
Alors la petite fille était partie pour Poudlard, où elle avait obtenu de bonnes notes. Sans surprise, elle était déjà une bonne élève à l'école primaire. Elle aimait lire et tout ce qui relevait de la vie intellectuelle et de l'esprit l'attirait grandement. Elle avait voulu devenir soit enseignante, soit avocate, quand elle serait adulte. Ou alors médecin. Ou encore directrice de bibliothèque. N'importe quoi plutôt que de finir ouvrière à l'usine. Non pas qu'elle méprisait ce travail. Mais elle savait combien c'était dur, rien qu'à voir combien l'usine, avec le temps, finissait par miner la santé de ses parents.
Les sept années suivantes avaient été merveilleuses pour Amelia. Elle s'était donc donnée à ses études avec délice. Qu'elle ait été envoyée à Serdaigle n'était pas dû au hasard : elle aimait vraiment étudier. Ses parents avaient remarqué, lorsqu'elle n'était encore qu'une enfant, qu'elle aimait lire par dessus tout. Ils avaient espéré qu'elle ferait bien mieux qu'eux. Malgré leur manque de moyens, ils auraient fait n'importe quoi pour lui épargner le travail en usine, en espérant qu'elle puisse avoir un autre métier, dans un autre domaine, en espérant qu'elle monterait l'échelle sociale, même si cela promettait d'être réellement difficile pour une personne de sa naissance.
L'invitation à Poudlard les avait laissés perplexes, mais ils avaient rapidement compris que la magie pouvait fournir à leur petite fille l'occasion d'échapper à son destin de membre de la classe ouvrière. Bien que réticents à la laisser partir pour toute une année dans un internat situé quelque part en Ecosse où ils n'étaient jamais allés, ils acceptèrent. Les premières lettres qu'elle leur envoya les avaient surpris mais en même temps, ils furent rassurés car elle s'adaptait facilement à son nouvel environnement. Lorsque leur petite fille était revenue pour Noël, après un premier trimestre à Poudlard, elle était tellement enthousiaste à propos de son école, qu'ils avaient définitivement accepté qu'elle était une personne magique. Ils furent des plus consentants à la laisser continuer. Quelque part, ils avaient toujours su que leur fillette était... bizarre, étrange, une curiosité en soi. Mais cependant, une curiosité qu'ils aimaient. Une enfant très particulière.
Amelia réfléchissait à tout cela. Elle soupira. Après Poudlard, intéressée par l'éducation et l'enseignement, elle avait suivi des cours dans une université moldue, dans le domaine de la psychologie et des sciences éducatives. Elle espérait joindre sa connaissance de la magie avec celle de la psychologie humaine, en particulier chez les enfants. Elle aimait les enfants. Elle avait travaillé à temps partiel pour pouvoir vivre. Puis elle avait trouvé ce travail chez les Coeurdaigle. Ils s'étaient montrés très intéressés par son projet de combler le fossé entre la psychologie des enfants moldus et l'éducation des enfants magiques, car ils étaient eux-mêmes des sorciers animés de sentiments amicaux envers les moldus. Créer une école pour les enfants magiques de niveau de l'école primaire leur paraissait être une bonne idée. Ils l'autorisèrent aussi à poursuivre ses recherches en lui donnant accès à leurs propres ressources – leur bibliothèque.
Elle avait été embauchée deux ans auparavant par cette famille de sang-purs aisés. Ils étaient à la recherche d'une personne cultivée, formée et intelligente pour assurer l'enseignement de leurs enfants, avant que ceux-ci n'intègrent Poudlard. Amelia s'était tout de suite très bien entendue avec ses employeurs. Mr et Mme Coeurdaigle étaient des sang-purs aux opinions progressistes en ce qui concernait les relations entre le monde moldu et le leur. Ils se moquaient bien que leur employée fût une née-moldue, fidèles en cela à leurs convictions. Bien au contraire. Cela pouvait donner à leurs enfants une idée que tous les sorciers et les sorcières étaient égaux, sans considération du statut de leur sang.
Un statut qui pouvait devenir une barrière aussi difficile à surmonter dans le monde magique, que pouvaient l'être ses origines sociales dans le monde moldu. Mais Amelia était une sorcière forte et puissante. Elle ne permettrait pas que ces préjugés l'empêchent d'accomplir ses projets. En aucune manière. Elle était bien trop déterminée pour abandonner ses plans.
Elle aimait les enfants et était très heureuse de commencer à gagner sa vie en travaillant au service d'une bonne famille qui la traitait décemment. Ils lui avaient donné des quartiers – un petit appartement, plus exactement – et elle était autorisée à participer à toutes les réunions de famille et à toutes les manifestations sociales qu'ils pouvaient organiser chez eux. Ils appréciaient sa conversation et Amelia les avait chéris. Ils étaient âgés de dix à douze ans de plus qu'elle. Ils la payaient bien. De la sorte, elle avait espéré gagner suffisamment d'argent pour démarrer une école pour les enfants d'âge primaire, tout en affinant ses compétences en matière d'éducation des enfants et d'enseignement. L'un dans l'autre, elle nourrissait beaucoup d'espoirs, d'idées et de projets pour l'avenir. Mais à cette époque, elle avait aussi été très heureuse de vivre et de travailler pour les Coeurdaigle dans leur manoir.
Les Coeurdaigle avaient aussi été rapidement satisfaits de son travail. Qu'elle soit une Serdaigle, comme eux, avait aussi beaucoup aidé en termes de recrutement. Elle leur avait été recommandée par le grand Albus Dumbledore en personne – ce qui en disait long sur les capacités et les compétences de la jeune femme. Mais surtout, elle adorait les enfants.
Amelia était cultivée, gentille et serviable. Ses employeurs avaient été des Serdaigles aussi, donc elle se sentait en bonne compagnie, puisqu'elle en était une elle aussi. On disait même que les Coeurdaigle étaient des descendants de Rowena Serdaigle elle-même. C'était là leur seule fierté. Rien n'avait plus de valeur à leurs yeux que l'éducation et les poursuites intellectuelles. Les membres de cette famille avaient toujours été envoyés dans cette Maison à Poudlard. Alors, naturellement, ils avaient considéré Amelia comme faisant partie de leur famille – bien qu'il leur arrivait parfois de la taquiner pour les tendances Serpentard dont elle faisait preuve de temps à autre.
A présent, tout cela était tombé à l'eau. Oh, il y avait bien des livres en bas, mais Amelia doutaient qu'il s'en trouve abordant des questions d'éducation et de psychologie... Connaissant la personnalité de leur propriétaire, elle aurait plutôt tendance à penser qu'ils traitaient de potions, de Magie Noire et autres branches inconnues de la magie qui n'étaient pas enseignées à Poudlard. Non pas que ces sujets n'étaient pas intéressants en tant que tels. Mais elle était bien consciente que ses centres d'intérêt n'étaient pas les mêmes que ceux du Professeur Rogue. Honnêtement, quand elle songeait à la façon dont cet homme enseignait à Poudlard, elle était même sûre qu'il n'avait jamais lu quoi que ce soit à propos d'éducation et de psychologie des enfants. Ni même en avoir jamais entendu parler.
Malheureusement pour elle, elle avait fait une mauvaise rencontre cinq mois auparavant – un viol qui avait résulté en une grossesse non désirée. Elle n'avait pas pu le cacher à ses employeurs. Cette nouvelle avait laissé les Coeurdaigle à la fois perplexes et effrayés. Lorsque la jeune femme avait souhaité avorter, ils avaient alors suggéré qu'elle poursuive sa grossesse jusqu'à son terme et qu'ensuite, ils feraient adopter l'enfant. De la sorte, elle n'aurait pas été obligée de vivre avec le souvenir d'une expérience aussi traumatisante. Amelia avait fini par accepter la suggestion. Ils lui avaient expliqué que les enfants magiques n'étaient pas si nombreux que cela et que chaque vie magique devait être épargnée – y compris la vie d'un bébé conçu dans des circonstances aussi terribles.
Pourtant, elle se considérait maintenant comme étant souillée et indigne de la prévenance de n'importe quel homme. Une née-moldue ces temps-ci n'était pas ce qui était le plus recherchée sur le marché du mariage – et encore moins une née-moldue qui avait été violée, avec en remorque un enfant né hors mariage. Elle avait eu de vagues projets de fonder une famille un jour. Elle n'avait jamais imaginé le faire dans de telles conditions. A présent, c'était hors de question. Aucun homme ne devait l'approcher pour nouer une relation sentimentale. Elle se consacrerait à son travail et à ses recherches.
Elle laissa son esprit vagabonder dans une sorte de rêverie – une rêverie sur le passé. La vie à l'extérieur de la fenêtre s'écoulait devant elle sans pour autant s'inscrire dans sa mémoire. Elle voyait sans regarder. C'était bon de rêvasser ainsi, ce qui lui fournissait une échappée certaine à sa condition actuelle. La seule pensée consciente qu'elle parvenait à formuler dans sa tête, était qu'elle devrait rêvasser ainsi chaque fois que les choses deviendraient bien trop dures pour elle. Ce vagabondage pouvait lui procurer la dose saine et nécessaire d'évasion. Elle n'était qu'une esclave désormais mais elle pouvait toujours être libre dans sa tête si elle choisissait de l'être.
Soudain, elle fut ramenée à la réalité par la porte qui s'ouvrit. Amelia n'eut pas le temps de réagir, sauf à tourner la tête vers la porte, l'alerte se lisant sur son visage. Qu'est-ce qui allait lui tomber dessus maintenant ? Elle ne portait qu'une chemise de nuit.
"Les fenêtres de ma maison sont ensorcelées pour vous empêcher de vous échapper. Vous pouvez les ouvrir et les fermer, ainsi que les volets, mais vous ne pouvez pas sauter ou faire quoi que ce soit d'autre." Ce furent là les seules paroles que Severus prononça. Amelia devina que c'était là sa manière de lui dire bonjour de bon matin. Elle décida de lui répondre de même.
"Je rêvassais seulement... Maître."
La fille s'était rappelé comment elle devait s'adresser à lui. On peut faire confiance à une Serdaigle pour comprendre rapidement. Severus ferma la porte derrière lui et s'approcha de la jeune femme.
"J'ai jeté un sortilège de silence sur cette chambre. Vous avez dû deviner que l'on ne peut se fier à mon... cher frère Mangemort, Mr Pettigrow. Avant que vous ne dîtes quoi que ce soit, oui, 'Queudver' n'est qu'un surnom qui remonte à nos études à Poudlard. Vous voyez... Mr Pettigrow et moi, nous sommes entrés à Poudlard la même année. Mais nous n'avons pas été envoyés dans la même maison."
Severus s'arrêta pour observer la jeune femme. Il prenait plaisir à dire du mal des Gryffondors. "J'étais chez Serpentard tandis qu'il avait été envoyé à Gryffondor."
"Un Gryffondor devenu... Mangemort ?" ne peut s'empêcher de demander Amelia, perplexe. Elle avait toujours entendu que les Mangemorts étaient des sorciers et sorcières de chez Serpentard qui avaient mal tourné – tout comme leur Maître, Lord Voldemort, Vous-Savez-Qui.
Severus sourit moqueusement. "Oui. Tous les Serpentards ne sont pas mauvais, vous savez. Je me suis toujours demandé comment il avait pu être envoyé chez Gryffondor de toutes façons. Vous vous apercevrez bientôt qu'il est totalement dépourvu de la moindre parcelle du fameux courage des Gryffondors." Il ricana avec mépris. "Mais nous ne sommes pas là pour parler des défauts de Mr Pettigrow. Vous vous adresserez à lui en l'appelant « Monsieur » ou « Mr Pettigrow ». Je vous conseille fortement de ne pas devenir trop familière avec lui – il pourrait l'interpréter comme une ouverture vers vos... charmes." Une pause. "Vous m'appartenez. Pour votre protection, vous êtes à moi. Ne l'oubliez jamais." Son ton, son regard sur elle, étaient devenus intenses, sa voix même dégoulinait de possessivité.
Il la protégerait des autres hommes, de ce Queudver en particulier. Mais Amelia se demanda qui la protégerait de lui, le très craint Professeur Rogue, Maître des Potions à Poudlard, et Mangemort de haut rang. Un meurtrier notoire.
"A présent, asseyez-vous. J'ai besoin de vous donner des ordres et des instructions. Soyez attentive, je ne me répéterai pas." Il était revenu à son personnage de Professeur. "Cette chambre est la seule pièce dans toute la maison où il est possible de parler en toute sécurité. Si vous avez besoin de me parler de quoi que ce soit qui requiert de la discrétion, vous devrez le faire ici et ici uniquement. Le manquement à cette précaution nous mettrait, vous et moi, dans une situation risquée. Par conséquent, vous seriez passible d'un châtiment sévère de ma part. Vous avez entendu ce que le Seigneur des Ténèbres m'a ordonné à votre sujet : si j'échoue à me conformer à ses ordres de vous dresser, vous pourriez fort bien vous retrouver chez un autre Mangemort, avec toutes les conséquences que cela entraînerait pour votre santé et votre sécurité. Est-ce que j'ai bien été clair ?"
"Oui, Maître." Son ton était si soumis, au point que Severus se sentit troublé pendant une seconde ou deux. Le côté soumis de cette femme exerçait beaucoup d'attrait sur sa nature dominante. Il était certain qu'elle avait bien compris ses menaces.
"Bien. Vos devoirs envers cette maison et moi sont les suivants : le nettoyage, le balayage et la poussière, la vaisselle. Vous prendrez soin des mes vêtements et de ceux de Mr Pettigrow, c'est-à-dire les laver, les repasser et les recoudre si nécessaire. Bien entendu, vous ferez tout cela à la moldue. Il y a un aspirateur et un lave-linge. Vous n'aurez pas de baguette. Mr Pettigrow n'a pas de baguette non plus mais c'est un Animagus non officiel. Il peut se transformer en rat. Je ne crois pas qu'il le fasse beaucoup ici mais soyez prudente. Une femme prévenue en vaut deux, paraît-il."
Amelia ne peut s'empêcher de sourire. Un rat. Elle n'en fut pas surprise.
"Pourquoi est-ce que vous souriez, Mademoiselle Davis ?"
Elle décida de faire preuve de franchise. "Un rat. Comme ça lui va bien." Son ton était ironique, juste ce qu'il fallait pour faire apparaître aussi un sourire moqueur sur les lèvres de Severus.
"Oui, vous l'avez dit. Ca lui va bien." Son sourire disparut. "Cela devrait donc vous rendre particulièrement méfiante dans vos interactions avec lui. J'ai mis en place des gardes dans ma maison pour détecter et empêcher toute intrusion et présence de rats. Ce qui devrait exclure tout risque qu'il adopte sa forme d'Animagus." Une pause. "Par ailleurs, je lui ai ordonné de ne pas vous donner aucun ordre du tout. S'il veut que quelque chose soit fait, il doit me le dire en premier et je verrai ensuite si vous devrez le faire ou non. Vous êtes mon esclave, pas la sienne. Une dernière chose le concernant : vous ne devrez pas vous rendre dans sa chambre – qui est située juste à côté de celle-ci. Il doit s'en occuper lui-même. Je ne veux pas prendre le risque qu'il vous y piège et qu'il y fasse ce qu'il veut de vous, avec vous. Vous ne devrez pas entrer dans sa chambre. C'est bien clair ?"
"Oui, Maître." Elle n'avait de toutes façons pas du tout l'intention de le faire.
"S'il tente quoi que ce soit de déplacé envers vous, vous devrez m'en avertir immédiatement. Vous êtes ma propriété. Pas la sienne. Nous ne touchons pas ce qui ne nous appartient pas." Sa voix avait pris un ton plus profond, vibrant de possessivité. "Vous apprendrez très vite que je suis un sorcier très jaloux."
Amelia hocha la tête. Elle avait aussi remarqué que le Professeur était un individu très possessif. Pour l'instant, c'était pour le mieux. A y songer, elle estima qu'elle pourrait passer sa vie à se soumettre au très craint Maître des Potions – tandis qu'elle ne pourrait pas endurer un viol de la part de ce Queudver.
"Vous savez cuisiner ?"
Amelia fit oui de la tête. "Mais j'apprécierais si vous aviez un livre de recettes ou quoi que ce soit du genre. Je connais les bases mais je saurai faire mieux avec un livre."
Severus eut un autre sourire moqueur. "Les Serdaigles," ricana-t-il. "Toujours à avoir ou à vouloir un livre pour n'importe quoi." Il soupira, quelque peu soulagé que la fille ferait finalement la cuisine. "Très bien, je vais vous trouver ça. Ma mère en a probablement laissé un ou deux dans cette maison. Bien entendu, vous cuisinerez à la façon moldue. Sans magie."
Amelia était sur le point de lui dire qu'elle ne pourrait pas faire autrement, puisque Vous-Savez-Qui avait détruit sa baguette. Mais elle se ravisa et resta silencieuse. Inutile de le mettre en colère. Il était revenu à tel qu'il était à l'école – et elle était familière avec cette attitude, elle pouvait faire avec. Après tout, elle avait eu sept années pour s'y habituer.
"D'autres questions, Mademoiselle Davis ?"
"Oui, Maître. Je suppose que j'ai besoin d'être habillée de manière à ne pas trop attirer l'attention de Mr Pettigrow." Ni la vôtre non plus, par ailleurs.
"En effet. Quoi d'autre ?"
Amelia se mordit la lèvre. Elle voulait lui demander à propos de ses devoirs envers lui personnellement. Dans sa chambre. Dans son lit. Mais c'était là une question délicate. Mieux vaut ne pas réveiller le dragon qui dort, songea-t-elle, se souvenant de la devise de Poudlard. "Non, Maître." Sa possessivité la protégerait sûrement d'autrui, mais pas de lui. Cependant, il était possible que la question ne se pose jamais. Par conséquent, il était inutile de s'en inquiéter – et de susciter des pensées et des désirs qui n'étaient pas les bienvenus.
"Bien." Severus ouvrit la grande armoire. Il sortit plusieurs vêtements – des habits de femmes, à la surprise d'Amelia. Avant qu'elle ne puisse dire quoi que ce soit, il expliqua. "Ils appartenaient à ma mère. Je n'ai jamais... pu m'en débarrasser... quand elle est morte."
Amelia perçut quelque chose de fugace dans ses paroles. Il semblait attaché à sa mère et pourtant, on pouvait entendre de l'amertume dans sa voix. Oui, il avait une mère. Un père aussi. Elle songea à ses propres parents. Comment pourrait-elle les contacter ? Que pourrait-elle leur dire ? Finalement, elle avait bien une autre question à lui poser...
Severus posa plusieurs vêtements, tant magiques que moldus, sur le lit. "Vous n'êtes pas supposée sortir de cette maison. Donc vous pouvez vous habiller avec des robes à la mode magique si vous le voulez. A vous de voir. Je m'en moque, tant que vous restez décente. Essayez-les et regardez s'ils sont à votre taille."
"Merci, Maître. J'aimerais d'abord me laver avant d'enfiler des habits propres."
"Bien sûr. Venez avec moi." Il la prit par le bras, mais gentiment cette fois. Il l'amena à la salle de bains et lui montra ce qu'elle pouvait utiliser. Il la laissa là, après lui avoir donné dix minutes pour se laver. Il sortit de la salle de bains et resta à l'extérieur.
Severus songea à la jeune femme. Elle était jolie, oui. Elle était spirituelle – il ne put s'empêcher de repenser à la remarque qu'elle avait faite à propos de Queudver. Un rat. Comme ça lui va bien. C'était tellement vrai. Au moins, elle avait saisi quel type d'individu son frère Mangemort était. Il devait éviter une alliance, même objective, entre Queudver et la jeune femme. Il devait l'amarrer de son côté – définitivement. Non pas que Queudver soit suffisamment intelligent pour fomenter une telle idée. Mais elle, oui – et ce n'était pas une bonne idée du tout, pour elle comme pour lui, Severus Rogue. Il valait mieux l'en dissuader tout de suite.
Au bout de dix minutes, Amelia sortit de la salle de bains. Le Professeur était dehors à l'attendre. Ils revinrent à la chambre. Elle prit une grande jupe moldue, noire, simple, qui semblait être à sa taille et pouvait convenir à son ventre de femme enceinte. Elle choisit une chemise moldue d'un vert profond, coupée dans un tissu doux. Certains vêtements étaient distingués, en particulier les robes à la mode magique.
"Est-ce que votre mère était..."
"Une sorcière ?" acheva pour elle Severus. "Oui. C'est tout ce que vous avez besoin de savoir," fit-il d'un ton acerbe. La famille n'avait jamais été un sujet dont il aimait parler.
Amelia hocha la tête, ayant saisi que c'était là une question sensible pour lui. "Veuillez m'excuser, Maître," dit-elle humblement. Valait mieux garder un profil bas parfois. Elle n'aurait pas pu le deviner mais maintenant elle le savait. Une femme avertie en vaut deux, songea-t-elle, en reprenant son commentaire précédent – lequel était si vrai en ces temps troublés. Elle se fit une note mentale pour se rappeler de ne pas faire allusion à sa famille. Mais ce n'était pas le cas pour la sienne. Ce qui la ramena à ses propres parents. "Maître, je pensais, pendant que j'étais dans la salle de bains. Mes parents... ils ont l'habitude d'avoir de mes nouvelles régulièrement. Comment puis-je..." Elle grimaça.
"Leur dire que vous allez bien ?"
Elle approuva de la tête. Severus était conscient que tout bouleversement dans l'univers des parents de la jeune sorcière, attirerait l'attention des autorités moldues, surtout de la part de parents moldus. Ce qu'il ne souhaitait pas. Autant prendre les devants. "Comment est-ce que vous les contactiez avant, quand vous travailliez pour les Coeurdaigle ?"
"Je leur envoyais un hibou une fois par mois."
"Vous continuerez à le faire. Mais je lirai ce que vous leur écrirez, avant d'expédier votre lettre. C'est là tout ce que je peux vous permettre de faire."
Bon, c'était mieux que rien après tout. "Merci, Maître. Je veux seulement qu'ils ne s'inquiètent pas pour moi." Elle ne leur avait même pas dit qu'elle était enceinte, et encore moins que c'était suite à un viol. Elle avait l'intention de le garder secret – comme si l'enfant n'avait jamais existé pour elle. Comme si rien de tout cela ne s'était jamais produit.
"Lorsque vous voudrez le faire, vous me le direz. Bien évidemment, ce petit arrangement ne devra jamais être discuté devant qui que ce soit, y compris Mr Pettigrow. C'est entre vous et moi uniquement. Notez que je ne fais pas ça par pure bonté d'âme. C'est simplement que je ne veux pas que des moldus interviennent dans ma maisonnée et ma vie privée – quand bien même ce serait vos parents. C'est bien clair ?"
"Oui, Maître."
"Bien. Maintenant, habillez-vous. Il y a beaucoup à faire ici." Il remarqua qu'elle restait immobile. "De quoi d'autre vous avez besoin pour vous habiller ?"
"De sous-vêtements, Maître," murmura-t-elle, les yeux baissés. Elle rougissait aussi.
Severus réalisa qu'elle était une personne très pudique. Tout comme lui. Ce qui était une bonne nouvelle, elle ne tenterait pas de l'appâter, ni lui ni d'autres hommes, ou même de jouer les allumeuses. "Bien sûr." Il sortit un sac de l'armoire. "Voilà des sous-vêtements qui appartenaient à ma mère. Tout est propre, vous pouvez les porter. Peut-être qu'ils datent question style, mais vous n'êtes pas ici pour un défilé de mode non plus. Essayez-les et dites-moi s'ils ont besoin d'être réajustés question taille. Je verrai alors ce que je peux faire. Maintenant, habillez-vous."
Amelia prit les vêtements et le sac avec elle derrière le panneau pour se changer. Elle enleva la chemise de nuit. Elle se sentait mal-à-l'aise de se retrouver dans la même chambre que son ancien Professeur – et désormais Maître – nue, vulnérable, à sa merci. Elle sortit des culottes, toutes en coton, qui semblaient être un peu trop petites pour ses hanches larges. Elle vérifia aussi les soutien-gorges. Elle soupira. Mme Rogue avait dû être une femme petite et fine de corpulence. Amelia se demand comment elle avait pu donner naissance à un garçon qui était devenu un homme aussi grand. Peut-être qu'il tenait plus de son père...
Elle renfila sa chemise de nuit et sortit de derrière le panneau. "Je suis désolée, mais ils sont trop petits pour moi, Maître." Elle rougissait encore plus que jamais.
Severus décida qu'il était temps de s'amuser un peu après tout. Il aimait bien mettre les gens mal-à-l'aise quelques fois. "Expliquez-vous."
Amelia prit une profonde inspiration. Elle savait que cela signifiait devoir révéler des détails qu'elle considérait comme d'ordre privé. "Ces soutien-gorges ont un bonnet A. J'ai besoin... d'habitude... d'un bonnet C. Mais avec ma grossesse... J'ai besoin de quelque chose de plus grand. Un bonnet D ferait l'affaire." Elle baissa la tête.
Severus se rappela lorsque le Seigneur des Ténèbres avait déchiré la chemise de nuit de la jeune sorcière, pour que tout le monde puisse la voir. Elle avait en effet des seins très jolis et fort généreux. Il entendait encore les ricanements salaces de ses frères Mangemorts, cette nuit-là, quand ils avaient vu la fille à moitié dénudée. Il se rappela aussi lorsqu'il l'avait poussée sur son lit et allongé son 1m85 sur elle cette nuit-là, dans cette même chambre, pour montrer à Queudver qu'il savait comment profiter du cadeau fait par leur Maître. Il avait pris grand soin de ne pas la toucher à cet endroit-là. De peur qu'il puisse perdre le contrôle sur ses propres sens. Ce qu'il n'avait pas souhaité à cet instant précis.
Il sortit brusquement de ses pensées. "Je ne peux rien y faire malheureusement. Mais je connais une de mes amies qui le peut. Je vous suggère de porter les robes de sorcière amples avec rien dessous pour le moment."
Mortifiée, Amelia reposa tout sur le lit et prit la jupe moldue noire – elle était suffisamment longue pour ne pas montrer qu'elle ne portait pas de sous-vêtements. Elle retourna derrière le panneau. Cette fois, les vêtements lui allèrent comme un gant car ils étaient suffisamment larges. Elle les enfila rapidement et revint avec la chemise de nuit à la main.
"Voici une chemise de nuit qu'elle avait aussi," fit Severus. "Elle devrait vous convenir bien plus que la mienne."
Amelia prit la chemise de nuit qu'il lui tendait. Rien de bien extravagant mais suffisamment jolie avec des motifs floraux, coupée dans un tissu de flanelle. Le vêtement promettait d'être bien chaud. Elle le remercia dans un murmure et posa la chemise de nuit de son côté du lit. Il lui donna aussi une paire de chaussons qu'elle enfila. Elle finit par mettre par dessus une robe d'intérieur, aux longues manches pagodes et ouverte sur le devant. Le tissu avait attiré son attention : le vêtement était fabriqué en soie fine, avec les bords brodés de motifs en serpent. Un vêtement magnifiquement ouvragé qui avait dû coûter fort cher. Une robe d'intérieur pour une sorcière. Amelia l'enfila avec délicatesse – elle n'avait jamais porté quelque chose d'aussi beau avant. Elle conçut un attachement immédiat pour ce vêtement. Le tissu lui toucha la peau d'une caresse presque sensuelle.
"Maintenant que vous êtes décente, venez avec moi. Je vous montrerai la maison et ce que vous devrez y faire."
Amelia le suivit. Elle remarqua qu'il avait fermé la porte de la chambre avec un sortilège de garde, et non un charme de verrouillage. "A partir de maintenant, cette porte est gardée par un sort. Personne ne peut y entrer sauf moi... et vous. Le mot de passe est..." Il prit quelques secondes pour y réfléchir. Puis il se pencha vers elle pour le lui murmurer à l'oreille. "Hellebore. A présent, vous pouvez entrer dans la chambre sans avoir à annuler les gardes. Il vous suffit de penser à ce mot et ils vous reconnaîtront."
Amelia hocha la tête pour lui montrer qu'elle avait compris. Au même moment, elle se sentit bizarre lorsqu'il s'était penché vers elle de la sorte. Elle avait perçu son souffle sur sa peau. Cela lui rappela la nuit précédente, lorsqu'il l'avait embrassée d'abord dans le cou, avant de l'y mordre ensuite. Elle se fit une note mentale pour lui demander la signification de ce geste – bien qu'elle fût à peu près certaine que cela avait un rapport avec la possession et la possessivité. Elle espéra cependant que cela n'avait rien à voir avec de la Magie noire.
Severus lui montra toute la maison, d'abord à l'étage, puis au rez-de-chaussée. En même temps, il lui disait ce qui avait besoin d'être fait et ce qu'il voulait qu'il soit fait. Il espéra qu'elle s'avérerait réellement utile et capable de travailler aussi de manière autonome. Il avait des potions à préparer et des recherches à mener pour le Seigneur des Ténèbres.
Il avait aussi besoin de garder un œil sur Queudver. Une fois en bas, il montra une porte à Amelia. "Cette porte mène à mon labo privé, à la cave. Vous ne devrez pas y entrer, sauf si je vous invite à le faire. De toutes façons, la porte est gardée par des sortilèges, pour empêcher quiconque d'y pénétrer, sauf moi."
"Est-ce que Mr Pettigrow connaît l'existence de ce... de votre labo, Maître ?"
"Oui, bien sûr, mais il n'a pas le droit d'y entrer. Il n'a d'ailleurs rien à y faire. S'il tente d'obtenir des informations à ce sujet par vous, vous lui répondrez que vous ne savez pas et vous m'en ferez part, dans notre chambre. C'est notre chambre de sécurité."
Severus venait juste de songer qu'il pourrait utiliser la jeune femme pour espionner son frère Mangemort. Il verrait d'abord comment elle se comporterait avec eux deux, et si elle était apte à exécuter ses propres ordres. Il était lui-même un Maître espion, il savait comment géer ce type de problématique.
"Une dernière chose : la maison est ensorcelée pour vous empêcher de sortir. N'essayez pas, vous serez immédiatement repoussée à l'intérieur par ce qu'on pourrait assimiler à un choc électrique. Vous n'avez pas besoin de sortir. Le seul endroit situé dehors où vous êtes autorisée à aller, c'est la cour intérieure, si vous avez besoin de pendre la lessive, par exemple, et uniquement en ma présence. Je vous conseille très fortement de ne pas essayer, dans votre état actuel, de tester l'efficacité des sortilèges de gardes."
Amelia soupira – comme s'il se souciait de son état ! Elle était vraiment une prisonnière ici.
Ils s rendirent à la cuisine. Là, elle trouva un tablier qu'elle noua autour de sa taille et se mit au travail. En premier, faire la vaisselle. Puis son esprit méthodique vérifia le placard contenant les denrées. Elle établit une liste de courses à faire afin qu'elle puisse cuisiner. Severus lui tendit un livre de recettes. Un livre moldu. Amelia le prit et commença à le parcourir. Cuisiner lui procurerait de quoi se changer les idées. Peut-être, si ces deux hommes étaient contents de sa cuisine, qu'ils la laisseraient tranquille.
Ce Queudver semblait être en manque d'une femme, d'après les bribes de conversation qu'elle avait entendues la nuit précédente. Elle avait supposé qu'il s'était fait plaisir tout seul tandis que son Maître était censé la violer. Quant au Professeur lui-même... il ne semblait pas être très enclin à se rapprocher d'elle mais on ne savait jamais... Vaut mieux s'en assurer. Elle soupira. Au moins, la cuisine canaliserait son esprit dans une direction qui pourrait s'avérer plaisante. Peut-être que ce serait son unique plaisir dans cette maison.
A midi, elle avait fini la vaisselle, préparé le déjeuner et mis la table pour les deux hommes. Elle ne mangerait pas avec eux. Elle n'était pas de leur camp. Bien qu'elle ne fût pas sûre en ce qui concernait le Professeur. S'il avait été seul chez lui, peut-être qu'elle aurait partagé son repas avec lui. Non, il ne valait mieux pas devenir trop familière. Cela pouvait mener à quelque chose de plus intime – ce qu'elle ne voulait pas. Elle partageait déjà son lit, c'était bien suffisant. Elle mangerait plus tard, après eux. Elle avait mangé un peu et s'était fait une tasse de thé tout en préparant le déjeuner, tout juste assez pour apaiser son estomac qui criait famine.
Apparemment, les deux hommes avaient apprécié sa cuisine. Tant mieux pour eux – et pour elle. Il lui vint même à l'esprit que si elle devenait bien trop indispensable ici, sa vie serait épargnée. Certes, elle n'en était pas sûre mais elle savait que cela valait la peine d'être tenté.
Une sorte d'assurance-vie. En ces temps incertains, c'était là l'unique espoir qui lui restait.
Où l'on en apprend un peu plus sur Amelia.
Merci de laisser des revues, ça fait toujours plaisir. Alors, on n'hésite pas !
