Le Pacte du Sang – Chapitre 6 – Sang-de-bourbe !
Amelia n'était pas convaincue que l'homme à présent couché à ses côtés, nourrissait des pensées pures à son égard. Elle ne prendrait pas le risque de le vérifier. Elle attendrait qu'il s'endorme. Elle entendit que sa respiration devenait régulière. Il ne ronflait pas, même doucement. Elle se demanda s'il s'était réellement endormi mais elle savait qu'elle ne lui laisserait aucune chance d'essayer sur elle quoi que ce soit qu'il aurait pu avoir en tête.
Ce qui était certain, c'était qu'Amelia eut beaucoup de mal à s'endormir. Elle était anxieuse au sujet de sa situation, de sa grossesse, de son avenir, de sa sécurité dans cette maison, qu'elle partageait avec deux sorciers, adeptes notoires de la Magie noire et Mangemorts patentés.
Elle devait concevoir un plan, un plan qui assurerait sa sécurité. Il doit bien y avoir un moyen.
Amelia se réveilla environ trois heures plus tard. Elle se sentait vraiment fatiguée mais elle ne prendrait pas le risque de voir son Maître profiter de son sommeil. Elle ne pouvait pas lui faire confiance – pas suffisamment pour lâcher prise, même pour pouvoir dormir. Elle se leva du lit et descendit pour préparer le petit-déjeuner des deux hommes.
Severus descendit pour manger une demi-heure plus tard. Il était déjà habillé, de ses vêtements habituels.
"Ah, vous êtes là," fit-il d'un ton neutre.
"Bonjour, Maître," répondit Amelia d'une manière très soumise, sans lui jeter un regard. Elle ne prendrait pas le risque qu'il essaye sa Légilimencie sur elle. Elle avait besoin d'agir avec précaution quand elle était en présence du Professeur.
Severus ne répondit pas à son bonjour. Il se contenta de s'asseoir à la table, à attendre qu'elle le serve. Elle lui versa du café, comme il le lui avait ordonné la veille. Il le goûta. Le café était bon. Il réalisa qu'il ne l'avait pas testé pour détecter d'éventuels poisons. Non pas qu'il y en avait dans sa cuisine. Il les conservait dans son laboratoire de potions. De plus, il n'en aurait pas introduit ici, avec la présence de Queudver, alors que l'accès à son laboratoire était très bien gardé par toutes sortes de sortilèges.
Il avait songé que la fille avait compris qu'elle serait bien mieux avec lui. S'il mourrait, sa situation tournerait mal avec Queudver. Le petit sorcier ne tarderait pas à arriver à ses fins avec elle. Même sans une baguette.
"Mademoiselle Davis, au cas où je serais absent, vous resterez dans notre chambre. Je n'ai pas confiance en Mr Pettigrow. Il serait bien trop content alors de profiter de votre personne. C'est bien clair ?"
"Oui, Maître." Pourquoi est-il si protecteur envers moi ? Elle cessa ce qu'elle était en train de faire – couper du pain. C'est parce qu'il est possessif envers moi. Comment le pourrait-il ? Il ne m'a jamais possédée ! Elle reprit son ouvrage.
"Autre chose : je comprends que je ne peux plus vous appeler par votre nom de famille." Il jeta un sortilège de silence sur la cuisine, juste au cas où Queudver se pointerait. "Comme je suis votre Maître, et que vous êtes mon esclave, je pourrais vous appeler par votre prénom. Cependant..." Il s'arrêta un instant avant de reprendre. "Je trouve que ça fait trop... intime, par conséquent je vous appellerai de la façon dont mes frères d'arme et le Seigneur des Ténèbres désignent les gens comme vous : « sang-de-bourbe ». Du moins, lorsque nous ne serons pas dans l'intimité de notre chambre."
Une fois de plus, elle s'arrêta dans ses gestes. "Oui, Maître," fit-elle d'une voix frêle. Elle n'aimait pas l'insulte utilisée dans leur monde pour désigner les gens de sa naissance. Mais elle comprenait ses motivations.
Severus haïssait cela. Utiliser le terme même qui lui avait tant coûté – son amitié avec Lily, et plus encore. Son amour pour elle. Elle aurait pu l'aimer, il en était certain – s'il n'y avait pas eu ce mot malheureux. Pourtant, il avait tout fait rater, ce jour fatal lorsqu'il avait appelé Lily « sang-de-bourbe ».
Et maintenant, il devait utiliser ce terme damné quotidiennement pour s'adresser à une jeune femme qui ne lui avait rien fait. Un terme qu'il s'était juré de ne plus jamais utiliser à nouveau. Non pas qu'il fût intéressé par elle, mais il haïssait le mot même qui symbolisait pour lui la perte de sa bien-aimé Lily. La perte des sentiments qu'elle aurait pu éprouver pour lui.
La perte de l'amour et de l'amitié. La pire perte qui soit. Pire que la perte de la vie. Il avait déjà perdu la vie de toutes façons, en la donnant à ses deux puissants Maîtres.
"Vous faites ce que vous voulez, Maître."
Ses paroles le ramenèrent à la réalité. Il ne dit rien mais leva le sortilège de silence. Son ouïe fine l'avertit que Queudver était en train de descendre les escaliers. "Qu'est-ce qu'on aura à manger ce midi, sang-de-bourbe ?" demanda-t-il d'un ton froid et acerbe.
Elle se tourna vers Severus. Elle avait perçu la magie du sortilège de silence disparaître. Pendant une seconde ou deux, son regard croisa celui de l'homme. Une lueur de compréhension réciproque passa entre eux. Puis ils entendirent les couinements de Queudver. Leurs regards se séparèrent, Amelia revint à sa tâche de couper du pain tandis que Severus se contenta de baisser les yeux sur sa tasse de café.
Queudver arriva dans la cuisine. "Bonjour, Severus, et bonne question au fait." Ses petits yeux s'attardèrent avec lubricité sur la jeune femme.
"Je suggère de préparer de la purée de pommes de terre, Maître, avec des saucisses," répondit-elle, tout en ignorant le petit sorcier.
"Bien. Ca ira. Est-ce que tu as tout ce dont tu as besoin ?"
"Oui, Maître." Elle se détourna pour étouffer un bâillement. Ce n'était pas le moment de s'assoupir. Pas devant eux. Elle se sentait assez vulnérable comme ça.
"Sinon, j'enverrai Queudver faire quelques courses, puisque tu es prisonnière ici et que je suis occupé avec ce que le Seigneur des Ténèbres m'a ordonné de faire."
Queudver ne dit rien. Faire les courses n'était pas la pire corvée à faire après tout et cela lui donnait même une occasion facile de se distraire. Il s'assit et commença à se servir son petit-déjeuner.
Amelia vérifia que les deux hommes avaient tout ce dont ils avaient besoin et monta à l'étage. Là, elle prit ses vêtements et alla à la salle de bains pour se doucher et se préparer pour le reste de la journée. Elle n'aimait pas la façon dont ce Queudver la regardait. Elle espérait que le Professeur réussirait à lui fournir des sous-vêtements convenables. Elle se sentait nue – et elle l'était, sous ses robes.
Une vingtaine de minutes plus tard, Severus monta à l'étage à son tour. Il avait besoin de lui dire qu'il devait quitter la maison. Il frappa à la porte de la salle de bains, supposant qu'elle s'y trouvait. Amelia avait bientôt fini et était presque décente. Elle ouvrit la porte. "Oui, Maître ?"
"Viens avec moi, dans notre chambre. Maintenant."
Elle perçut à son ton impérieux qu'il n'y avait pas matière à contester. Elle obéit. "J'y allais, Maître," fit-elle simplement. Elle le suivit docilement.
Queudver se trouvait aussi sur le palier. "Oh, Severus, tu as besoin de tirer un coup rapide ?"
Le Maître des Potions lui lança un regard sombre. "Oui, Queudver, j'aime bien tirer un coup le matin avant de me mettre au travail." Ce disant, il saisit brutalement Amelia par le poignet. Elle laissa échapper un gémissement, plus de douleur que de peur.
"On dirait qu'elle n'aime pas trop ça avec toi. Peut-être qu'elle aimerait mieux le faire avec moi !"
Severus ne prit même pas la peine de répondre. Il se contenta d'entraîner la fille à sa suite dans sa chambre et de fermer la porte derrière eux. "Montrez-moi les vêtements que vous souhaitez être modifiés en taille. Donnez-moi les mensurations dont vous avez besoin. Je vais voir cette amie qui pourrait m'aider car je ne sais pas comment procéder pour ce faire."
Rassurée quant à ses véritables intentions envers elle, Amelia hocha la tête. "Oui, Maître." Elle sortit les sous-vêtements et lui montra. Les mensurations des culottes et des soutien-gorges ainsi que les bonnets pour ces derniers. La taille des robes. Mme Rogue ne portait pas de pantalons, seulement des jupes et des robes.
"Très bien," fit Severus. "Je pars. En mon absence, vous resterez ici. C'est votre chambre de sécurité. Je n'ai pas assez confiance en Queudver pour vous laisser aller et venir chez moi librement."
"Pourquoi ne pas l'enfermer, lui, Maître, plutôt que moi ? Avec tout ce que j'ai à faire pour vous ici..." Elle avait pensé qu'elle pourrait consulter sa bibliothèque au sujet de la morsure, en son absence. Queudver enfermé et le Professeur dehors, voilà qui ferait un bon plan.
De fortes tendances Serpentard en effet...
Il sembla réfléchir à son idée. Pas mal. Elle était bien plus utile que le rat. "Je verrai ce que je peux faire en ce sens." Faites confiance à une Serdaigle pour avoir de bonnes idées. "Vous restez ici." Il sortit et frappa à la porte à côté. Queudver l'ouvrit. D'un mouvement rapide de sa baguette, Severus le poussa sur le lit. "Comme je ne te fais pas confiance, Queudver, et que j'ai besoin de sortir, tu resteras enfermé ici. La sang-de-bourbe a besoin de travailler sans être dérangée par ton harcèlement constant et lubrique. Je te libérerai quand je serai de retour."
Sans autre forme de procès, Severus ferma et verrouilla la porte, malgré les protestations venant de l'intérieur et les coups portés contre la porte. Il revint dans sa propre chambre. "Vous êtes libre de faire votre travail sans être dérangée désormais. Je viens d'enfermer Mr Pettigrow à l'intérieur de sa propre chambre, comme vous me l'avez suggéré."
Elle sourit timidement. "Merci, Maître."
Il ne dit rien et prit seulement les vêtements et les dessous. "Je devrais être de retour d'ici une heure environ."
Elle fit oui de la tête. Il sortit rapidement. Amelia sourit toute seule. Elle était parvenue à le toucher d'une façon ou d'une autre. Il n'était pas fermé à des suggestions intelligentes. Elle décida de s'atteler à la tâche. Elle descendit rapidement à la cuisine, fit la vaisselle et rangea la nourriture dans le frigo et le placard, avant de nettoyer la table. Elle posa quelques pommes de terre sur la table et prit un économe avec elle. Au cas où il reviendrait plus tôt, elle n'aurait qu'à se précipiter vers la cuisine. Puis elle se dirigea résolument vers la bibliothèque dans le salon.
Les livres étaient les meilleurs amis d'une Serdaigle.
Amelia découvrit que le Professeur Rogue était aussi organisé dans sa bibliothèque qu'il l'était dans sa classe de Potions. Les livres étaient rangés sur les étagères par thème, ce qui facilitait la recherche. Elle négligea rapidement les étagères contenant des livres sur les Potions et la Magie noire. Elle remarqua cependant qu'il y avait quantité de choses intéressantes à lire, sur des sujets qui n'étaient même pas abordés à Poudlard. De la magie très avancée. Néanmoins, des thèmes passionnants.
Qu'avait-il dit à Queudver à propos de la morsure ? Que c'était une sorte de pratique ancienne de magie du sang. La magie du sang. Elle commença à chercher des livres qui traitaient de ce sujet. Il y avait une bonne douzaine de livres couvrant la question. Elle nota où ils se trouvaient. Elle pourrait avoir besoin d'y revenir plus tard. Elle était consciente qu'une telle recherche devrait être menée en plusieurs fois.
Elle prit un livre qui semblait parler des rituels. Elle parcourut la table des matières mais ne trouva rien à propos de morsures de toutes sortes. Elle prit un autre livre. Même chose. Elle saisit un troisième livre. Il y était certes bien mentionné des morsures, mais sans détails précis. Elle soupira. A un moment, elle entendit la porte de derrière s'ouvrir. Elle remit le livre en place rapidement et se retira dans la cuisine. Elle tenait une pomme de terre à la main, en train de la peler, lorsque Severus Rogue entra dans la cuisine. Elle leva des yeux innocents vers lui. Il avait toujours son habituelle expression menaçante sur le visage.
"Voilà, mademoiselle," fit-il doucement. Il posa le sac contenant les sous-vêtements sur la chaise. "Vous pouvez les essayer maintenant ou après avoir fini de préparer le repas. A vous de voir. Oh, mon amie a aussi ajouté d'autres sous-vêtements que vous pourriez apprécier de porter quand il fera froid. Vous trouverez des chaussettes, des collants et des bas dans le sac. Elle a même ajouté quelque chose qui va avec les bas. Vous verrez."
Un ou une amie ? Sûrement une amie, une femme. Etrange... elle n'avait pas imaginé que Severus Rogue puisse avoir des amis de toutes façons, et encore moins compter des femmes parmi eux. Elle voulait lui dire de remercier cette femme, son amie – car elle était certaine que seule une femme aurait pu avoir fait cela – mais elle se ravisa.
Amelia était surprise mais elle ne dit rien. Elle était touchée par cette attention. C'était vrai qu'elle était pieds nus dans ses chaussons. Elle apprécierait porter des collants et des bas, surtout des bas... Elle avait toujours aimer porter des bas. "Merci, Maître. Si cela ne vous dérange pas, je mettrai volontiers des sous-vêtements tout de suite. Je peux essayer les robes plus tard."
"Alors faites-le dans notre chambre. De plus, je dois libérer Mr Pettigrow. Bien que je dois avouer que je l'y garderais volontiers enfermé toute la journée." Sa voix avait un ton presque amusé. Amelia comprit et lui sourit timidement.
Ils montèrent tous les deux à l'étage. Severus attendit qu'Amelia soit dans la chambre avant de libérer un Queudver en rage qui se précipita vers les toilettes. Il eut un sourire moqueur. Puis il entra dans sa chambre pour vérifier ce qu'elle faisait.
Elle laissa échapper un petit cri, surprise par son intrusion. Elle était nue, à l'exception de la culotte qu'elle portait déjà. Elle lui tourna le dos pour dérober à sa vue sa poitrine généreuse. Croyant qu'elle serait seule, elle ne s'était pas préoccupée d'aller derrière le panneau pour se changer.
Severus ferma la porte derrière lui – inutile que Queudver ne les épie. Il ne put s'empêcher de regarder les longs cheveux châtains de la jeune femme qui retombaient dans son dos en lourdes boucles, ses hanches larges, ses fesses rondes. Elle était quelque peu du genre plantureux, en plus d'être enceinte. Quelque chose en lui fut troublé – et qui n'était pas forcément situé dans son pantalon.
Oui, elle était belle.
"Je suis désolé," fit-il. "Je peux sortir."
Amelia tourna la tête vers lui rapidement. "Non, Maître. Mr Pettigrow trouverait bizarre que vous sortiez aussi vite alors qu'il doit penser que vous êtes en train de me... avec moi... maintenant."
Il l'observa, leurs regards fixés l'un à l'autre. Est-ce qu'elle l'invitait à rester ? Dans sa situation, voilà qui était plutôt étrange, et même imprudent. A moins... A moins qu'elle commence à te faire confiance ? C'est sûr, elle ne fait pas confiance au rat. Il était certain que sa remarque était sensée. Il lui tourna le dos, troublé par la vue de la jeune femme et ses propres pensées. "Habillez-vous, Mademoiselle Davis."
Ils se trouvaient dans l'intimité de leur chambre. Il pouvait l'appeler par son nom. Amelia s'habilla rapidement, soutien-gorge et robes. "J'ai fini, Maître." Severus se tourna pour la regarder. Ses yeux de charbon brillèrent pendant un bref instant. Il perçut quelque chose d'élusif mais puissant remuer en lui, une émotion qu'il n'avait pas ressentie depuis fort longtemps. Quelque chose qu'il ne parvenait pas à décrire. Quelque chose qu'il croyait que seule Lily pouvait réveiller en lui. Oui, elle était belle. Belle et désirable.
Et voilà ! Où l'on voit bien les tendances Serpentard d'Amelia. Après tout, il y en a eu d'autres avec les caractéristiques d'au moins 2 Maisons, si ce n'est pas plus. Vous voyez très bien de qui je parle.
Les réflexions de Severus et d'Amelia semblent se croiser mais sans se rencontrer. Cette perspective intérieure sur leurs pensées donnent un aperçu sur leur état d'esprit - et j'espère que cette perspective aide en effet à mieux les cerner. J'espère aussi les respecter tous en tant que personnages.
Encore merci à mes lecteurs qui ont déjà laissé des revues - ça me fait beaucoup plaisir - tant de la part des lecteurs qui me connaissent ici que des nouveaux que j'accueille avec joie. N'hésitez pas à laisser des revues, pour dire ce que vous avez aimé, ce que vous n'avez pas aimé, ce qui vous fait sourire, pleurer ou grincer des dents. Tant que c'est dit avec courtoisie et de manière argumentée, pas de problème pour moi. Je réponds à toutes les revues, ne serait-ce déjà que pour remercier.
