Le Pacte du Sang – Chapitre 7 – Malaise et complot
Les deux sorciers se trouvaient dans le salon cet après-midi. Le temps dehors était mauvais. Amelia faisait du repassage dans la même pièce. Le silence était complet, à l'exception du son occasionnel d'une page tournée, ou lorsqu'elle reposait son fer sur la table quand elle avait fini avec un vêtement. La maison de Severus était équipée de l'électricité. Amelia était contente de pouvoir utiliser des dispositifs tels que l'aspirateur, le fer à repasser et le lave-linge. Ces appareils lui permettaient de gagner du temps et de l'énergie.
"Sang-de-bourbe ! Apporte-moi du thé," ordonna Severus sans lever les yeux de son livre. Il recherchait la recette d'un ancien poison que son Maître lui avait demandé de concocter.
"Oui, Maître," répondit Amelia d'une manière douce et très soumise, avant d'étouffer un bâillement derrière sa main. Elle reposa le fer à repasser sur la table avant d'aller à la cuisine préparer du thé.
Quelques minutes plus tard, Amelia revint avec un plateau portant une tasse de thé fumante. Mais d'une façon ou d'une autre, elle se prit les pieds dans le tapis. Le plateau lui échappa des mains, la tasse de thé s'écrasa par terre. Elle avait réussi à conserver son équilibre, s'épargnant une mauvaise chute sur le ventre. Elle se retrouva à genoux. Queudver avait crié de surprise.
Severus la regarda, d'un air froid et sombre. Il paraissait furieux. Il se leva et agrippa la jeune sorcière par le bras – de manière brutale.
"Je suis désolée ! Maître !" plaida-t-elle. "Je vous en supplie !"
Severus la secoua avant de la gifler violemment sur la joue. Soudain, le silence tomba autour d'eux. Son regard était toujours aussi intense sur elle. Elle leva vers lui des yeux emplis de larmes, avant de les baisser rapidement, de peur qu'il puisse utiliser la Légilimencie sur elle. Elle posa une main sur la joue qu'il avait giflée, un air d'incompréhension totale se lisant sur son visage.
Elle entendit un couinement de joie dans le fond de la pièce. "On peut dire que tu ne manques pas de pratique quand il s'agit de manier les sang-de-bourbes, Severus," entendit-elle Queudver railler.
"Nettoie-moi tout ça !" lui ordonna Severus d'un ton acerbe tout en ignorant la remarque de Queudver. "File !"
"Oui... Maître..." fit-elle entre deux reniflements.
"Je ne veux pas t'entendre pleurnicher comme une gosse ! Et apporte-moi une tasse de thé ! En espérant que cette fois, tu ne n'en mettras pas partout !" Il avait à peine haussé le ton pendant la dispute – mais son ton restait néanmoins impitoyable et violent.
Amelia s'agenouilla pour ramasser les débris de la tasse. Elle revint avec une serpillière pour nettoyer le thé qui avait été éparpillé.
Severus l'observa à la dérobée. Il constatait qu'elle semblait blessée. Des larmes continuaient à couler le long des joues de la jeune femme, mais en silence. Après tout, il ne lui avait pas ordonné d'arrêter de pleurer, mais seulement de le faire en silence. Il jeta un regard mauvais à Queudver qui ne se gênait pas pour la reluquer avec une lubricité évidente – surtout ses jolies courbes alors qu'elle était à genoux. Le petit sorcier détourna les yeux immédiatement. Quand Severus était de cette humeur, il valait mieux se faire oublier.
Se faire oublier... voilà ce qu'Amelia aurait aimé faire à cet instant. Elle avait été littéralement surprise car le Professeur Severus Rogue n'avait jamais porté la main sur ses élèves – en dépit du fait que ceux-ci pouvaient parfois mettre sa patience à rude épreuve en classe. Son geste lui confirma que désormais, elle n'avait pas affaire au Professeur de Potions qu'elle avait connu à Poudlard, mais bien au brutal Mangemort qu'il était au plus profond de lui-même.
Amelia était fatiguée. Elle devait rattraper les nombreuses corvées domestiques qui avaient été négligées par Queudver. Sa charge de travail, ajoutée à ses nuits sans sommeil et à sa grossesse, l'épuisait. En conséquence, elle commettait des erreurs, faisait les choses de travers, ou oubliait de les faire – à la plus grande colère de Severus et à son plus vif mécontentement.
Il ne se passait pas un jour sans qu'il ne la brutalise au moins une fois. Les gifles qu'il lui donnait s'accompagnaient de remarques blessantes qu'il lui balançait d'un ton méchant. Queudver, toujours présent, affichait un sourire moqueur et suffisant. La cible avait changé et il était content que désormais, c'était quelqu'un d'autre, une personne en position plus vulnérable, qui subissait la colère du Maître des Potions, son humeur revêche et ses tendances quelque peu sadiques. Non pas que Severus s'en soit déjà pris à lui physiquement avant, mais le petit sorcier n'était plus la cible des commentaires désobligeants que Severus pouvait faire. C'était Amelia qui l'était à présent. C'était elle qui prenait le gros de la colère et de la brutalité du Maître des Potions.
Amelia avait été choquée la première fois que Severus avait porté la main sur elle. Mais lorsque les gifles arrivèrent régulièrement, elle jugea prudent de garder un profil très bas et de subir sa violence. Elle ne pleurait plus devant lui. Elle attendait d'être seule pour le faire.
Malgré sa résolution de lui obéir à la lettre, elle était bien trop épuisée pour éviter de commettre des erreurs et de se tromper. Elle avait le sentiment que plus elle essayait de faire ce qu'il voulait comme il le voulait, plus elle recevait de coups.
Cependant, elle avait remarqué qu'il évitait de la frapper au ventre ou à la poitrine. Il continuait à la gifler au visage et à la secouer violemment – ce qui n'était pas très difficile vu qu'il était plus grand et plus fort qu'elle. Elle le laissait faire tout en posant une main sur sa poitrine et son ventre pour protéger son enfant à naître.
Severus avait aussi remarqué ce geste. Il se détestait pour ces actes. Des actes qui évoquaient bien trop de mauvais souvenirs en lui. Est-ce qu'il devenait comme son père ? Frapper une femme enceinte... Il était tombé bien bas dans sa propre estime. Pourtant, il savait pourquoi il agissait ainsi. Queudver était présent, Severus devait affirmer son autorité sur la jeune sorcière que son Maître lui avait donnée, et ce, de manière brutale. Il savait qu'un jour ou l'autre, Queudver irait tout rapporter au Seigneur des Ténèbres.
La première semaine que passa Amelia dans la maison de Severus avait été horrible. Elle n'avait jamais été sujette à un traitement aussi terrible. Recevoir des ordres n'était pas un problème. Seule sa brutalité l'était. Elle ne parvenait pas à comprendre pourquoi il était comme cela. S'il voulait affirmer son autorité sur elle, il n'avait pas besoin de recourir à un comportement aussi brutal avec elle : elle se soumettait déjà à sa volonté.
A moins que c'était autre chose. Une fois au lit, Severus ne la touchait pas. Il n'essayait jamais. Une fois couché, il se tournait de son côté et s'endormait. Quelle chance, songeait-elle. Amelia n'arrivait pas à s'endormir. Elle était bien trop tendue et effrayée par l'homme avec qui elle partageait un lit. Il la frappait le jour et seul Merlin savait ce qu'il pourrait lui faire la nuit, dans ce lit. Enfin si, elle le savait.
Amelia ne pouvait pas faire grand chose. Il y avait tant à faire dans la maison, elle ne pouvait dormir pendant ses heures de travail. Elle tentait d'empêcher toute brutalité supplémentaire de la part du Professeur en accomplissant le plus de tâches possibles. Ce qui n'était guère facile car sa grossesse la fatiguait. Elle avait même peur de perdre l'enfant, par épuisement.
En fait, elle se demandait comment elle pourrait échapper à ce cercle vicieux.
Amelia eut la réponse quelques jours plus tard. Elle était en train de servir leur déjeuner aux deux hommes. Elle avait préparé des pommes de terre avec du ragoût et de la sauce. Elle était en train de servir une assiette à son Maître, lorsque de la sauce s'échappa de la poêle qu'elle tenait, pour atterrir directement sur la redingote qu'il portait.
"Oh, Maître... je suis désolée... pardon..." Amelia commença à s'excuser avec profusion tout en prenant un torchon humide pour enlever les taches qu'elle avait faites sur le vêtement de son Maître. "S'il vous plaît, laissez-moi..."
Severus ne lui laissa pas le temps de finir. Il lui jeta un regard sombre qui en disait long. Une expression de terreur passa alors sur le visage d'Amelia. Elle ne reconnaissait que trop bien cette expression de son visage, cet assombrissement intense de ses yeux d'onyx. Il se leva de sa chaise et la saisit par le bras, avant de la gifler avec violence. Elle cria à son geste, en essayant de protéger sa poitrine et son ventre de lui.
"Sale sang-de-bourbe... Sale sang-de-bourbe stupide..." fit-il entre ses dents, tout en la giflant encore une fois. Puis il la relâcha en la poussant violemment contre l'évier. Il enleva sa redingote tachée et la fourra dans les bras de la jeune femme. "Va m'en chercher une autre ! Vite ! Et nettoie celle-là ! Petite idiote !" Il ne lui avait pas crié dessus mais son ton était définitif et plus méprisant que jamais.
Amelia n'eut même pas la force de faire oui de la tête. Elle saisit le vêtement tout contre elle, dans un geste presque protecteur et s'enfuit de la cuisine. Mais alors qu'elle en traversait le seuil, elle sentit ses genoux trembler, ses jambes se dérober sous elle, la tête lui tourner. Tout devint noir autour d'elle et elle tomba par terre.
Lorsqu'elle revint à elle, elle était couchée sur le lit, dans la chambre de Severus. Ses yeux étaient toujours fermés mais elle pouvait percevoir une présence à ses côtés. Une présence forte et rassurante.
"Terence..." murmura-t-elle.
"Non, ce n'est pas... Terence," répondit une voix riche, profonde et veloutée.
Amelia ouvrit lentement, très lentement, les yeux. Sa vision était de moins en moins floue. Elle se concentra sur la voix qu'elle avait entendue. Un homme revêtu d'une chemise blanche et d'un gilet noir, au teint pâle, aux yeux noirs, avec des cheveux couleur de la nuit, qui tombaient en rideau de part et d'autre de son visage, était assis sur le lit, à ses côtés.
"Maître ?..." fit-elle doucement d'une voix rauque. Elle se sentait trop faible pour avoir peur de lui ou le repousser.
"Comment vous sentez-vous ?"
"Fatiguée..."
"Vous l'êtes." Une pause. "J'aurais dû réaliser que vous travaillez bien trop dans votre état actuel."
Amelia ne dit rien. Elle voulait lui dire que le travail n'était pas la question. Seule sa brutalité l'était.
"Vous pouvez parler, nous sommes dans notre chambre, seuls."
Elle tourna son regard vers lui. "Qu'est-ce... qu'il m'est... arrivée ?"
"Vous vous êtes évanouie en sortant de la cuisine il y a quelques minutes. Je vous ai ramassée et emmenée ici. Je vous ai donné une Potion de Réveil pour vous ranimer. Maintenant, vous allez être gentille et me laisser vous administrer une Solution de Force. Ouvrez la bouche." Il déboucha une fiole. "Ne vous inquiétez pas, c'est sans danger pour votre grossesse." Comme elle paraissait toujours inquiète et méfiante, il renchérit. "Je suis un Maître des Potions, je sais ce que je fais."
Sa voix avait toujours cette qualité rassurante. Amelia consentit et ouvrit la bouche. Severus y fit tomber quelques gouttes de la solution. "Maintenant, vous pouvez avaler."
Elle obéit et ferma les yeux. Elle sentit une main sur sa joue. Une sensation de chaleur l'envahit alors à cet endroit-là. Elle ouvrit les yeux et son regard fixa celui de l'homme. Elle avait perçu un transfert de magie en provenance de lui. Un charme de guérison. Severus recommença l'opération avec l'autre joue.
Il ne fit aucune allusion aux gifles. Amelia interpréta son charme de guérison comme une sorte d'excuse – si tant était le cas. Elle était surprise qu'un Mangemort connaisse des Charmes de Guérison. Peut-être qu'il les connaissait en tant que Maître des Potions.
"Vous êtes fatiguée. Je veux que vous vous reposiez. Vous resterez ici pour le restant de l'après-midi. Faites une sieste. Ca vous fera du bien. Je soupçonne que vous ne devez pas dormir suffisamment."
Amelia ne dit rien et baissa les yeux. Il avait raison. Moins elle dormait, plus elle était épuisée, plus elle commettait des erreurs, des fautes et des oublis. Et plus il se montrait violent avec elle.
"Vous resterez ici. Une fois que vous vous sentirez mieux, vous pourrez descendre. Je viendrai vous voir vers six heures. Si vous descendez les escaliers toute seule, faites attention. Je ne veux pas d'accident ici."
Elle fit oui de la tête. Severus prit le couvre-lit et l'arrangea sur le corps de la jeune femme, pour qu'elle n'ait pas froid durant son sommeil. Il la regarda encore une fois et tira sa baguette. Il murmura une incantation et instantanément, les yeux de la jeune sorcière se fermèrent. Elle s'était endormie. Il sortit de la chambre après avoir pris une redingote propre dans son armoire.
Amelia se réveilla vers les cinq heures et demies. Les événement précédents de la journée lui revinrent rapidement en mémoire. Donc elle s'était évanouie après une méchante dispute avec son Maître. Pourtant, il avait pris soin d'elle. Elle était toujours habillée, il n'avait pas profité de sa faiblesse entre temps.
Elle réfléchit à son état. Elle s'était évanouie d'épuisement. Elle était enceinte. Elle avait besoin de dormir, sinon sa santé et celle de son enfant à naître pouvaient en pâtir. Elle devait trouver un moyen de dormir en toute tranquillité.
Cependant, elle n'était pas sûre que partager un lit avec un Mangemort de haut-rang aussi puissant que Severus Rogue était le meilleur moyen de trouver le sommeil. Son intellect de Serdaigle commença à lister les diverses possibilités qui lui été offertes dans cette maison. Je travaille comme un elfe de maison, j'ai besoin de trouver un endroit où dormir en toute sécurité. Il doit bien y avoir un moyen... un elfe de maison...
Elle claqua des doigts. Les elfes de maison dorment dans les cuisines ou dans des endroits pas très éloignés des cuisines. Amelia était bien trop grande pour dormir dans un tout petit placard mais elle avait entendu que certains elfes de maison se contentaient de dormir à même le sol des cuisines. Elle ferait de même : elle dormirait sur le sol de la cuisine, en bas. Elle devait seulement s'organiser. Ca, c'était dans ses cordes.
Elle se leva du lit lentement, en vérifiant que tout allait bien en elle. Sa tête ne tournait plus. Elle caressa son ventre. Le bébé qu'elle portait ne semblait pas avoir souffert de son évanouissement. Avec précaution, elle se leva et se dirigea vers l'armoire. Elle savait qu'il y avait quelques couvertures rangées là. Elle en trouva une bien épaisse. Elle devait faire vite, son Maître ne tarderait pas à revenir. Elle avait un plan. Elle prit la couverture et la sortit en cachette de la chambre, pour l'emporter dans la salle de bains. C'était la première étape.
Une fois la couverture rangée avec soin dans la salle de bains, Amelia descendit les escaliers avec prudence. Elle alla à la cuisine mais rencontra son Maître en s'y rendant. Severus était assis à sa table de travail, occupé à écrire sur un parchemin. Il se tourna vers elle. Il était seul. Queudver n'était visible nulle part.
"Comment vous sentez-vous maintenant ?"
"Mieux, Maître. Merci." Elle baissa les yeux. Elle ne voulait pas qu'il utilise la Légilimencie sur elle – il pourrait découvrir son plan pour la nuit. "Maître, où est votre redingote pour que je puisse m'en occuper ?"
"Dans la buanderie. Mais j'ai ordonné à Mr Pettigrow de s'en occuper."
"Je vais voir ça. Maître ?"
"Oui ?"
"Je suis désolée pour ce qui s'est passé ce midi. Il n'était pas dans mon intention de gâcher votre repas et de salir votre vêtement."
"Je sais. Maintenant, filez, j'ai encore des affaires en cours à terminer."
Amelia hocha la tête et se retira dans la buanderie, située à côté de la cuisine. Là, elle découvrit que Pettigrow n'avait pas exécuté l'ordre que Severus lui avait donné. La redingote était toujours tachée et était restée abandonnée sur l'évier.
Elle soupira et prit le vêtement. Elle pouvait comprendre que son Maître fût de moins en moins patient avec son frère Mangemort – ce dernier était inutile. D'où sa nervosité et son manque de patience avec elle aussi : il ne souhaitait pas non plus avoir quelqu'un d'autre de maladroit pour le servir. Un seul suffisait.
La jeune sorcière prit un peu de savon et une brosse légère pour nettoyer la redingote. Le vêtement était doux sous ses doigts. Il était fabriqué en laine, chaud et solide. Elle se souvint de son temps à Poudlard : elle avait toujours connu son Professeur de Potions être habillé d'un tel vêtement. Elle sourit. Il n'avait pas du tout changé en dix ans.
Sans réfléchir, Amelia porta le vêtement à son visage et l'inhala. Il sentait l'odeur d'ingrédients de potions, et de quelque chose de très masculin, selon son idée. Mais l'un dans l'autre, c'était là une odeur agréable. Elle se demanda quel type de parfum son Maître utilisait. Il n'y avait qu'une seule salle de bains dans toute la maison, que se partageaient les trois occupants. Elle n'avait pas remarqué quoi que ce soit qui puisse être assimilé à du parfum ou de l'eau de toilette. Elle était certaine que Queudver n'utilisait rien de la sorte. Elle le soupçonnait même de ne pas se laver régulièrement. Mais le Professeur... c'était différent. Il était différent.
Puis elle eut une réminiscence. La nuit où il l'avait emmenée ici, après qu'il l'eut reçue de Vous-Savez-Qui, quand il avait joué cette espèce de comédie avec elle, lorsqu'il ne l'avait pas violée alors qu'il aurait dû le faire. Cette même odeur était présente. Oui, il y avait quelque chose de très masculin en lui qui l'attirait. De manière surprenante.
Dès que cette pensée même surgit dans son esprit, Amelia reposa la redingote sur l'évier. Son visage affichait un air perplexe. Elle ne pouvait pas aimer cela. Elle ne pouvait pas l'aimer – cette odeur. Ni l'idée qu'elle pouvait trouver quelque chose d'attirant chez un homme. Chez cet homme. Pas après ce qui lui était arrivé cinq mois auparavant. Pas chez un homme qui passait son temps à la gronder et à la gifler. Pas chez un homme qui était violent, cruel et malfaisant, un Mangemort, un meurtrier. Un homme qui méprisait tous les gens de sa naissance. Certainement pas.
Amelia commença à laver la tache sur le vêtement. Après une bataille de plusieurs minutes, la tache céda quelque peu. Elle soupira en songeant qu'avec une baguette, c'était là l'affaire de quelques secondes, sans effort. Elle s'arrêta, regardant la tache. Certaines personnes peuvent faire de la magie sans baguette. Peut-être qu'avec un sort très simple, je le peux aussi.
Amelia se tourna pour voir si elle était toujours toute seule. Puis elle posa sa main droite – la main qui maniait sa baguette habituellement – au-dessus de la tache. Cela valait la peine d'essayer.
"Récurvite," murmura-t-elle lentement, tout en se concentrant le plus possible sur sa magie, les yeux fermés.
Elle ouvrit les yeux. La tache avait commencé à se dissiper. Elle exhala un soupir de surprise. Elle pouvait le faire ! Elle jeta un coup d'oeil par dessus son épaule encore une fois, pour s'assurer qu'elle était toujours seule et que personne ne l'avait entendue.
"Récurvite !" répéta-t-elle, cette fois avec un peu plus de force. Cette fois, la tache disparut complètement. Elle réalisa que la détermination et la concentration étaient les plus importants, bien plus que le volume de la voix ou les paroles. Ou l'usage d'une baguette.
C'était là un sortilège simple. Elle essayerait avec d'autres, plus complexes. En attendant, elle était contente du résultat. Comme c'était pratique. Son Maître serait heureux, sa redingote était propre. Elle la pendit pour qu'elle puisse sécher, vu qu'elle avait d'abord utilisé de l'eau, du savon et une brosse. Peut-être que pour demain midi, le vêtement serait prêt pour un peu de repassage.
Bien évidemment, elle prendrait des précautions supplémentaires concernant cette nouvelle capacité. Inutile que son Maître sache qu'elle était capable de faire de la magie sans baguette – même pour de simples sortilèges domestiques.
Amelia revint à la cuisine. Elle avait entendu Severus l'appeler alors. Elle alla dans le salon. "Apportez-moi du thé, voulez-vous ?" Au ton de sa voix, elle sut qu'il était seul. Il était courtois.
"Oui, Maître." Cette fois, elle ferait attention de ne pas se prendre les pieds dans le tapis. Elle prépara du thé pour lui, en versa dans deux tasses – elle en prendrait elle aussi. Elle avait les mêmes goûts que lui en ce qui concernait le thé. Elle lui apporta la tasse et la plaça sur son bureau, soigneusement. Mais elle se sentait mieux et il n'arriva rien de fâcheux. Ce qui la renforça dans sa décision d'aller dormir dans la cuisine – toute seule.
De son côté, Severus l'observa rentrer dans la cuisine. Il était intrigué. Elle avait laissé échapper un nom quand elle était revenue à elle. Qui était ce « Terence » ? Il se promit d'obtenir d'elle la vérité, d'une façon ou d'une autre. Apparemment, cela avait dû être une personne proche d'elle. Un frère ? Un ami ? Un amant ? Il réalisa qu'il ne connaissait pratiquement rien d'elle. Certes, il n'était pas supposé s'intéresser à elle, ni à son passé non plus. Mais quand même. Est-ce que ce Terence pouvait être une aide extérieure possible, qui pourrait venir un jour ici et l'enlever à lui ? Non, il ne le permettrait pas. Elle lui appartenait.
Severus se remit au travail. Il avait trouvé la recette de ce poison que le Seigneur des Ténèbres lui avait demandée. Il irait bientôt le voir au Manoir des Malefoy, afin de lui présenter à la fois la recette et un échantillon dans une fiole. Merlin, comme il détestait cela ! Mettre sa science subtile et son art exact de la fabrication des potions, qu'il adorait tant, au service d'un fou et d'un tyran. En de tels moments, Severus Rogue sentait combien il était tombé très, très bas, dans sa propre estime.
Comme si j'avais le choix...
Non, il n'avait aucun choix et il le savait. Il avait eu le choix à une époque mais il l'avait abandonné, il y a bien longtemps, à deux Maîtres tout-puissants.
Ah comme j'adore jouer avec le côté obscur de Severus ! Le pousser dans les derniers retranchements de sa personnalité complexe pour voir jusqu'où il pourrait aller, lui faire faire des trucs qui de toutes façons restent quand même cohérents avec son être même.
Chaque fois que j'ai observé dans les films comment Alan Rickman l'interprétait, notamment quand il s'en prend à Harry, le nombre de fois où j'ai senti qu'il aurait été capable d'étrangler le gamin s'il n'y avait pas cette promesse faite à Dumbledore. Alan le restitue très bien, tout comme il rend aussi très la maîtrise que Severus a de lui-même, puisqu'on sent bien qu'il se retient au dernier moment... Alors que dans le livre, je trouve Severus plus "nerveux". J'ai donc quelque peu combiné les deux aspects de sa personnalité : celle qui se maîtrise, et celle qui se laisse aller à une violence, certes calculée car il doit paraître l'affreux Mangemort, mais au plus profond de lui-même, je perçois bien cette violence, issue de sa propre histoire familiale aussi.
Bon, sinon, n'hésitez pas à me dire si son comportement vous a intrigué, choqué ou si vous l'avez trouvé cohérent avec lui-même. Si possible de manière argumentée, car j'aime bien comprendre pourquoi aussi. J'espère seulement avoir respecté le plus fidèlement possible les personnages de Severus, Queudver et Amelia.
Merci d'avance pour toutes les revues que vous allez laisser, je l'espère, nombreuses !
