Le Pacte du Sang – Chapitre 8 – Des plans contrecarrés
Amelia était bien consciente que moins elle dormait, plus elle aurait de problèmes. Des problèmes avec son Maître et ses manières brutales envers elle. Mais aussi des problèmes concernant sa propre santé. Elle avait trouvé un moyen de dormir cependant. Maintenant, elle devait le mettre en oeuvre. Elle le ferait cette nuit même.
Elle avait résolu que ce ne serait possible pour elle de se reposer que si elle dormait ailleurs que dans son lit. Après son évanouissement, elle avait décidé de dormir sur le sol de la cuisine, comme le faisaient les elfes de maison, ainsi qu'elle l'avait entendu. Après tout, elle n'était guère mieux traitée que ces petites créatures.
Elle était parvenue à faire descendre une couverture discrètement, qu'elle avait cachée dans un placard dans la buanderie. Il y avait des coussins dans le salon, elle en prendrait un pour la nuit. Elle avait bien réfléchi à son plan. Un plan qui pourrait ne pas marcher mais elle ne pourrait le savoir que si elle l'essayait.
Amelia avait pris sa décision. Elle était déterminée. Elle agit de manière normale le restant de la journée. Plus tard dans la soirée, Severus lui demanda d'aller chauffer sa place dans son lit. Elle obéit d'un hochement de tête silencieux. Elle se rendit à la salle de bains pour se préparer pour la nuit, avant de revenir dans leur chambre. Elle grimpa dans le lit comme d'habitude.
Environ une demi-heure plus tard, Severus entra dans leur chambre. Elle n'était pas endormie, elle l'attendait calmement. Il lui jeta un coup d'oeil, son cœur se serrant dans sa poitrine pendant une seconde ou deux. Il prit sa chemise de nuit et alla à la salle de bains. Il revint quelques minutes plus tard.
Il lui fit signe de se déplacer pour lui laisser la place. Laquelle était chaude. Amelia se glissa de son côté habituel du lit – qui était froid, bien entendu – et s'installa pour la nuit, en lui tournant le dos, feignant le sommeil. Au bout d'un moment, il avait été éteint la lumière et s'était endormi.
Amelia décida d'attendre pendant quelques minutes de plus. Juste au cas où. Elle écouta avec attention sa respiration. Son souffle était calme et régulier. Il ne ronflait pas bruyamment. Une fois certaine qu'il s'était profondément endormi, elle se glissa hors du lit sans un bruit. Elle prit la robe noire de sorcière, en soie légère, qu'elle avait adoptée comme robe d'intérieur, et l'enfila par dessus sa chemise de nuit. Elle était pieds nus, ce qui serait un avantage certain bien qu'elle portât ses chaussons à la main. Elle ouvrit la porte sans un bruit et quitta la chambre. Au cas où il la surprendrait à ce stade, elle pourrait toujours dire qu'elle allait aux toilettes. Les femmes enceintes avaient besoin d'y aller plus souvent que d'ordinaire. Elle descendit les escaliers, direction la cuisine – les envies de femme enceinte. Là, elle serait seule. Là, elle serait capable de dormir dans une paix relative.
Une fois dans la cuisine, elle se roula dans la couverture et s'allongea dans un coin d'où on ne pouvait la voir du seuil. Dans le noir, elle serait très bien. C'était bien moins confortable que le lit de son Maître, mais au moins, elle était sûre qu'il ne tenterait rien contre elle. Sur cette pensée, elle s'endormit rapidement, l'épuisement prenant le dessus sur elle.
Le lendemain matin, Amelia se réveilla tôt. La lumière du jour de l'extérieur était atténuée et elle se sourit à elle-même. Elle se sentait bien mieux. Son plan avait fonctionné. Elle se leva du sol et roula la couverture, qu'elle rangea dans un placard de la buanderie. Comme cette pièce faisait partie de son domaine, elle pensait qu'aucun des hommes ne chercherait à vérifier ce qu'il y avait dedans. Elle remit en place l'un des coussins du sofa du salon qu'elle avait emprunté pour la nuit.
Elle se sentait bien car elle avait bien dormi, rattrapant peu à peu le déficit de sommeil qu'elle avait accumulé auparavant. Elle avait bien dormi car elle se sentait plus en sécurité dans la cuisine que dans le lit du Professeur. Son humeur s'en ressentait, plus légère et meilleure. Si elle pouvait continuer ainsi, cela rendrait sa condition plus supportable à ses yeux.
Amelia accomplit ses devoirs comme il le lui avait ordonné. Ces corvées domestiques occupaient son esprit. Sauf pour les gifles occasionnelles que Severus lui donnait pour n'avoir pas exécuté ses ordres correctement, mais il le faisait de moins en moins. Elle dormait, elle se sentait moins fatiguée et donc, elle pouvait prêter une meilleure attention à ses ordres et souhaits. Ses réflexes étaient bien meilleurs aussi. Sa situation s'améliora quelque peu.
Elle continua son plan nocturne pendant les deux nuits suivantes. Cela marchait si bien ! Le Professeur n'avait pas remarqué qu'elle avait déserté son lit la nuit. Elle ne pouvait pas non plus inspecter sa bibliothèque – elle se connaissait bien, elle aurait été capable de lire toute la nuit et se serait ensuite endormie dans la cuisine pour se réveiller trop tard, bien trop tard. Le Professeur aurait alors découvert qu'elle avait passé la nuit hors de son lit et il serait certainement très en colère après elle. Non, si elle voulait continuer à dormir sur le sol de la cuisine, elle devait se montrer prudente.
Amelia n'eut pas non plus l'opportunité de consulter encore la bibliothèque pendant la journée. Le Professeur Rogue avait été à la maison toute la journée, même s'il passait la plus grande part de son temps dans son labo de potions à la cave. Elle ne pouvait pas prendre le risque de fouiller dans sa bibliothèque alors qu'il pouvait surgir à n'importe quel moment.
Donc elle fit le choix de sa tranquillité sur sa passion de la lecture.
Au même moment, elle remarqua que le Professeur persistait à l'observer avec attention. Il avait commencé à le faire dès le moment où il l'avait surprise presque nue dans leur chambre. Sauf quand il était en colère après elle et qu'il la giflait pour les erreurs qu'elle avait commises, sinon il se comportait avec elle avec distance. Il se montrait toujours froid et cinglant avec elle en présence de Queudver – toujours la même comédie à jouer.
Amelia l'avait bien compris : le lendemain, au cours de l'après-midi, alors que le petit sorcier se trouvait dans sa chambre, elle était seule en bas avec Severus – il était dans le salon alors qu'elle était dans la cuisine. Elle laissa échapper un verre qui s'écrasa au sol avec fracas. Il entra dans la cuisine, son air menaçant habituel sur le visage. Amelia était déjà agenouillée, à ramasser les morceaux. Elle leva un regard suppliant vers lui, le priant silencieusement de l'épargner. Assise dans cette posture, à genoux, toute son attitude était très soumise. Pendant une seconde ou deux, la nature dominante de Severus prit plaisir à la voir ainsi. Il la fixa pendant de longues secondes, son regard sombre et intense posé sur elle avec insistance.
Severus sortit sa baguette. Amelia se demanda ce qu'il avait en tête cette fois comme punition. Un Endoloris ? Elle posa ses mains autour de ses seins et de son ventre et se prépara à subir sa brutalité. Elle ferma les yeux, anticipant la douleur.
"Reparo ! Evanesco !" Le verre était de nouveau entier et son contenu avait disparu.
Amelia ne put s'empêcher de penser qu'il aurait pu agir ainsi bien plus tôt. Il était celui avec la baguette après tout. Il aurait pu lui épargner beaucoup de misère et de brutalité.
C'est alors qu'elle comprit. Cette fois, ils étaient seuls. Pas de Queudver aux alentours pour les voir. Tout ceci, sa brutalité, n'avaient été qu'une farce. Elle comprenait qu'un Mangemort de haut-rang ne pouvait se permettre de lui témoigner la moindre miséricorde, la moindre compassion, devant un autre sorcier et frère Mangemort supposé l'espionner et tout rapporter à leur Maître.
Elle baissa les yeux pour voir le résultat des deux sortilèges qu'il venait de jeter, avant de le regarder à nouveau. Cette fois, ses yeux reflétèrent la compréhension. Et la gratitude.
Severus demeura immobile. "Faites attention, la prochaine fois. Vous connaissez la musique. Je ne pourrais pas toujours vous épargner," fit-il d'un ton doux – ses paroles n'étaient que pour elle.
Elle approuva de la tête et ramassa le verre qu'elle rangea dans le placard avec les autres. Elle voulait le remercier mais Severus avait disparu dans le salon.
Elle comprenait que le fait qu'il l'appelle « sang-de-bourbe » faisait partie aussi de toute la comédie – ainsi que sa brutalité. Bien qu'elle ne fût pas sûre à ce sujet-là. Elle avait le sentiment qu'il aimait se montrer brutal avec elle un peu trop pour que ce ne soit qu'une comédie. Elle lui était reconnaissante cette fois mais elle avait besoin d'être convaincue qu'il n'était pas véritablement ce qu'il semblait être, pour lui faire vraiment confiance. Cela prendrait du temps et elle se montrait toujours prudente avec lui.
Il y avait d'autres détails qu'elle voulait croire. Comme lorsqu'il parlait de leur chambre. C'était aussi un détail auquel il faisait souvent référence. Comme s'ils étaient un couple. Ce qu'ils n'étaient pas, bien évidemment. Amelia n'était pas sûre si c'était un lapsus de sa part, ou bien une intention délibérée. Après tout, ils partageaient le même lit – du moins dans les premiers instants de la nuit, car elle avait résolu de dormir dans la cuisine. Cette nuit encore, une fois sûre et certaine qu'il était bien endormi, elle se glisserait hors du lit et irait dormir sur le sol de la cuisine. Comme le faisaient les elfes de maison.
Amelia était très contente de son petit plan, très fière d'avoir dupé un Mage Noir tel que Severus Rogue, un Légilimens accompli, un Mangemort rusé et un Serpentard consommé.
Cependant, son plan comportait une faille. Elle avait négligé que la créativité et l'inspiration puissent venir au Maître des Potions à n'importe quel moment de la journée. Et de la nuit.
Il lui arrivait de se réveiller au beau milieu de la nuit, rien que parce qu'une idée avait surgi dans son esprit. Lorsque cela arrivait, il passait alors toute la nuit dans son labo de potions dans la cave, ou à rechercher dans sa bibliothèque.
Severus pouvait être aussi victime de son insomnie. Dans ce cas, il s'asseyait dans son fauteuil dans le salon, avec un verre de whisky PureFeu en main, et un livre dans l'autre, ou bien en train de réfléchir à ses prochaines missions immédiates pour son Maître. Ou sur le prochain moyen de ne pas se faire tuer des mains du tyran.
Cette nuit-là, Severus s'était réveillé car il avait fait un cauchemar – l'un de ces cauchemars qui revenaient régulièrement et empoisonnaient ses nuits. La plupart du temps, c'était une personne qu'il avait tué ou aidé à tuer, ou qu'il n'avait pas pu sauver devant le Seigneur des Ténèbres, qui revenait le hanter dans son sommeil. Lily revenait, bien entendu, mais aussi James Potter, ou quelque sorcier ou sorcière inconnus qui étaient morts et qu'il n'avait pas été en mesure de sauver des mains de Voldemort ou de ses frères Mangemorts. Ou du moins d'en alléger le sort.
Cette fois, c'était Charity Burbage qui était revenue, l'appelant de manière incessante, le suppliant de la sauver au nom de leur relation amicale en tant que collègues à Poudlard. Severus n'avait rien pu faire pour la sauver, pas même pour soulager son agonie. Le Seigneur des Ténèbres l'avait tuée l'été dernier. Mais ce qui avait le plus choqué Severus, n'avait pas tant été sa mort – d'un rapide Avada Kedavra. C'était de la façon dont le Seigneur des Ténèbres avait disposé du corps de la sorcière. Il l'avait jetée en pâture à son monstrueux serpent, Nagini.
Bien évidemment, Severus se sentait coupable. Il ne cessait de revivre cette scène. Il n'avait pas peur des serpents, comme le vrai Serpentard qu'il était, mais il avait un très mauvais pressentiment concernant ce serpent en particulier, l'animal familier de son Maître. En général, ses cauchemars se terminaient avec l'image du serpent le mutilant de façon horrible.
Cette fois ne fit pas exception. Il se réveilla d'un bond. Même avec les yeux grand ouverts dans l'obscurité, il pouvait toujours voir le visage de Charity Burbage pleurant et l'implorant avant que le Sortilège de la Mort ne la frappe. Il prit ses repères dans le lit, comprenant que ce n'était là encore qu'un autre cauchemar. Il laissa échapper son souffle qu'il avait retenu pendant de longues secondes.
Le lit était froid. Severus palpa le côté que sa jeune esclave occupait, comme s'il cherchait un quelconque ancrage dans la réalité. Mais le lit était vide.
Severus alluma la lumière d'un mouvement de la main. Le lit était en effet vide. Peut-être qu'elle était allée aux toilettes. Il avait entendu dire que les femmes enceintes pouvaient aller aux toilettes de nombreuses fois de jour comme de nuit. Il vérifia le petit réveil sur sa table de chevet – 4h00 du matin.
Pourtant, il avait une impression bizarre. Le côté du lit de la jeune femme était vraiment froid – comme si elle l'avait quitté depuis pas mal de temps déjà. Saisi d'une soudaine intuition, il se leva du lit, enfila son pantalon et sa redingote par dessus sa chemise de nuit, prit sa baguette et sortit de la chambre. Peut-être qu'elle était malade ou s'était évanouie quelque part dans la maison.
Severus vérifia les toilettes et la salle de bains. Elle n'y était pas. Peut-être qu'elle se trouvait à la cuisine, pour une collation nocturne. Il avait aussi entendu dire que les femmes enceintes pouvaient développer d'étranges envies de nourriture, à des moments les plus inattendus. Il descendit. La pointe de sa baguette luisait pour lui donner de la lumière. Il avait conservé de Poudlard ses habitudes de patrouille, qu'il avait acquises quand il parcourait les couloirs du château la nuit.
Assez curieusement, la cuisine était plongée dans l'obscurité. Apparemment, elle ne s'y trouvait pas. Mais il entendit un faible son dans le noir. Intrigué, il jeta de la lumière avec sa baguette, vers l'origine du son. Une forme était couchée là, enroulée dans une couverture qu'il reconnut. D'un geste de la main, il alluma la lumière de la cuisine pour découvrir... que quelqu'un dormait là.
Severus ne fut pas long à saisir qui était en train de dormir sur le sol de sa cuisine. Petite idiote ! Donc c'était là qu'elle se trouvait. Là où elle se trouvait, alors qu'il la croyait en sécurité dans son lit ! Ce qui était certain, c'était qu'elle ne s'était pas évanouie ou quoi que ce soit d'autre du même goût. La lumière serait restée allumée et ne se serait pas enroulée dans une couverture.
Il lui toucha le corps de son pied pour la réveiller. D'une manière quelque peu brusque. Amelia grogna avant d'ouvrir les yeux. La lumière autour la fit cligner des yeux et il lui fallut quelques secndes pour s'ajuster à la luminosité de la cuisine. Quelques secondes de trop pour Severus qui lui donna sans douceur un autre coup de son pied.
Elle cria quand elle comprit ce qui s'était passé. Elle avait été découverte. Par son Maître. Aussi rapide que l'éclair, elle réagit vite et s'empara du couteau qu'elle avait gardé sous le coussin qui lui servait d'oreiller.
Comme si le temps avait suspendu son vol pendant de longues secondes, ils restèrent ainsi, leurs regards fixés l'un à l'autre, la jeune sorcière avec le couteau à la main, la détermination dans les yeux, le Maître des Potions la menaçant avec de sa baguette, la colère se lisant sur son visage. Amelia était bien consciente qu'elle ne durerait pas longtemps ainsi mais le message était clair : elle ne se rendrait pas sans avoir d'abord livré un combat honnête.
Severus avait été surpris par ses réflexes et sa combativité. Il se souvint de ce que son Maître avait dit : Dresse-la. Elle s'est avérée être pleine de ressources et d'énergie au cours du raid... Pleine de ressources et déterminée. Pour sûr, des qualités bien de chez Serpentard.
"Expelliarmus !" Le couteau dans la main de la jeune femme tomba par terre, loin d'elle, dans un son métallique.
Amelia sut qu'elle avait été Désarmée, sans qu'elle puisse y faire quoi que ce soit. Ce qui n'avait rien de surprenant de la part d'un expert en Magie Noire tel que son Maître. Cependant, son regard vert n'avait pas quitté les yeux noirs de l'homme.
Severus était conscient qu'il devait poursuivre sur sa lancée. Il devait lui administrer une leçon qu'elle ne serait pas près d'oublier, pour avoir déserté son lit – et s'être mise ainsi en danger dans sa propre maison. D'un mouvement rapide mais certes gracieux, il la saisit par le bras et la leva du sol. Ils étaient à présent face à face. Il lui jeta un regard de colère. Amelia commença à comprendre qu'il bouillonnait de rage à l'intérieur. Même revêtu de manière plus désordonnée que son habituelle tenue austère, il demeurait toujours aussi intimidant.
Il assura sa prise sur son bras. Un autre mouvement de sa baguette et il insonorisa la cuisine. "Petite idiote ! Est-ce que vous avez la moindre idée de la gravité de ce que vous avez fait ?!"
Amelia estima plus sage de ne rien dire. Elle avait ses propres raisons pour avoir fait ce qu'elle avait fait mais sur le moment, il n'était pas du tout réceptif à ses explications. Elle le laissa la secouer. Elle avait l'habitude de sa brutalité. Soudain, elle sentit que sa langue se collait au palais de sa bouche. Il avait jeté un sort sur elle, un sort qu'elle ne connaissait pas. Un sort qui l'empêchait de parler et de crier.
Sans autre forme de procès, d'un agile mouvement de sa baguette, Severus expédia la couverture non loin de là dans la buanderie, puis renvoya le coussin à sa place sur le sofa du salon, avant de la traîner hors de la cuisine. Ils montèrent à l'étage, dans leur chambre, où il la poussa à l'intérieur. Amelia atterrit en position assise sur le lit. Elle savait qu'elle était partie pour un échange musclé – et c'était là un euphémisme. La chambre était enchantée de manière permanente par un sortilège de silence, afin que nul autre personne dehors (et surtout pas Queudver) puisse entendre ce qu'il s'y passait à l'intérieur – à moins que la porte ne soit ouverte.
Amelia entendit la porte cliquer. Non seulement son Maître avait fermé la porte mais il l'avait verrouillée. Elle n'avait aucun moyen de s'échapper. Qu'est-ce qu'il lui ferait cette fois ? La battre comme plâtre ? La violer ? Peut-être que cette fois, elle avait tenté un peu trop le diable. Elle sentit une boule grossir dans sa gorge.
Sa langue fut libérée. Severus avait levé le sort Blocklang qu'il avait jeté sur elle. Il s'approcha d'elle, un éclat sombre et dangereux dans les yeux. Amelia sentit la panique monter en elle. Elle fit de son mieux pour la maintenir à un niveau raisonnable pour elle la contrôler. Elle avait tellement peur de lui qu'elle n'avait pas remarqué qu'il avait posé sa baguette sur la chaise à côté.
"Vous avez peur... vous essayez de le cacher mais c'est évident..." gronda-t-il d'un ton menaçant tout en marchant vers elle, tel un prédateur.
Les lèvres d'Amelia s'entrouvrirent. Il avait raison. Elle était carrément effrayée à présent. "Non... Maître... Je vous en prie..." fit-elle doucement tout en reculant sur le lit pour s'éloigner de lui, s'appuyant sur ses mains et ses fesses, un ton suppliant dans la voix.
"Ca... il vous fallait y penser avant." Ses yeux sombres étaient toujours intenses sur elle. Il lui agrippa un mollet pour l'attirer vers lui, puis il lui saisit le bras pour la faire se lever. "Pourquoi est-ce vous étiez en train de dormir en bas ?! Ma chambre n'est pas assez chaude pour vous ?! Mon lit n'est pas assez confortable pour vous ?!"
"Non, Maître, ce n'est pas ce que..."
"Alors, c'est quoi ?! Est-ce là votre manière de me dire que vous préféreriez que je vous traite comme un elfe de maison, pour que vous vous comportiez comme tel ?!"
Amelia sentit à son tour la colère monter en elle. Ce qui lui donna assez de courage pour l'affronter. "Vous me traitez déjà comme tel !"
Severus fut surpris pendant une seconde ou deux par l'audace de la réplique de la jeune femme. Sa propre réponse ne se fit pas attendre. Il la gifla au visage, avec une telle brutalité qu'elle en serait tombée sur le lit s'il ne l'avait pas tenue par le bras avec fermeté.
Par réflexe, Amelia protégea sa poitrine et son ventre de son bras libre. "Est-ce que vous réalisez que si je ne vous avais pas trouvée, Mr Pettigrow l'aurait fait ?" Cette fois-ci, il parlait d'une voix encore plus douce, mais pas moins dangereuse. "Laissez-moi vous dire ce qu'il se serait passé ensuite. Il vous aurait trouvée et se serait amusé avec vous ! Préférablement de manière non-consensuelle ! Vous l'avez entendu parler, la nuit que vous êtes arrivée ici. Je suppose que vous vous souvenez ?"
Si elle se souvenait... Amelia devait reconnaître qu'il avait raison. Elle avait totalement oublié cette possibilité. Bon, elle avait toujours un couteau avec elle au cas où, mais honnêtement, même si Queudver n'était pas grand, il restait toujours un homme, à la corpulence râblée. Elle n'avait aucune chance contre lui, avec son ventre de femme enceinte et son inaptitude évidente au combat. Queudver était ce qu'il était, avec ses défauts, il n'était pas le couteau le plus affûté du tiroir, mais tout de même, il demeurait un Mangemort et il connaissait sûrement une chose ou deux en terme de combat. Elle en était certaine.
"A moins..." poursuivit Severus d'un ton mielleux. "A moins que vous ne veuillez qu'il vienne à vous. A moins que vous ne préfériez sa compagnie à la mienne. A moins que vous ne soyez qu'une garce qui veut s'amuser à vil prix avec un rat."
Le coup était bas. Amelia tourna la tête vers lui, un regard meurtrier dans les yeux. Severus perçut aussi la magie craquer autour d'elle. Mais cette fois, ce ne fut pas la peur qu'il lut dans ses yeux verts. Il y vit quelque chose qu'il n'avait jamais vu auparavant.
La détermination. L'indignation. La colère. La rage.
La main libre de la jeune femme rencontra la joue du sorcier dans un claquement sec.
Severus en fut époustouflé. Jamais une sorcière n'avait porté la main contre lui de la sorte. Pas même Bellatrix – qui n'était pas réputée pour sa douceur. Pas même Lily – qui en aurait eu parfaitement le droit après qu'il l'eut traitée de « sang-de-bourbe », toutes ces années auparavant. Pas même sa propre mère – les coups venaient de son père.
Et voilà que cette sorcière, sans défense, avait osé porter une main sur lui de la sorte. Sur lui, Severus Rogue, Maître des Potions, Mangemort de haut-rang, l'espion du Seigneur des Ténèbres et son bras-droit. Son Maître. Alors qu'elle n'était qu'une sang-de-bourbe, sans baguette à sa disposition, une esclave. Son esclave !
"Je – ne – suis – pas – une – garce," fit Amelia entre ses dents, ses yeux verts lui lançant des éclairs. Elle était consciente que dans sa position, elle avait choisi une option plutôt risquée. Mais elle s'était sentie carrément souillée par ses paroles. Pettigrow la dégoûtait au plus haut degré. Elle n'attendait aucune compréhension de la part de son Maître, mais elle ne pouvait pas et ne voulait pas le laisser dire de telles choses sur son propre compte.
Amelia vit bien qu'il avait été totalement médusé. Elle profita de ces quelques secondes de surprise pour lui échapper. Ce faisant, elle remarqua la baguette d'Ebène de son Maître posée sur la chaise. Elle se concentra dessus et lança une main en avant vers elle.
"Accio baguette !" Elle espéra s'en emparer et s'enfuir. Loin de lui. Loin de cette maison. Loin de cette folie. La baguette atterrit en effet dans sa paume ouverte.
Severus fut surpris par son aptitude à faire de la magie sans baguette, mais il revint rapidement à la réalité lorsqu'il comprit que sa baguette se trouvait à présent dans la main de la jeune femme. Elle avait des réflexes rapides. Ce n'était pas là un accès de magie incontrôlée, c'était bien trop précis. Il sauta sur elle, l'un de ses bras enserra la taille de la jeune femme, tandis que son autre main lui saisit le poignet de la main qui tenait sa baguette.
Ils luttèrent tous les deux pour la baguette d'Ebène. Quelques étincelles en surgirent, en une combinaison de leurs pouvoirs magiques respectifs. Amelia ne lâcha pas prise et Severus n'eut pas d'autre option que de tomber avec elle sur le lit. Sur elle. Ils s'étalèrent face contre le lit, il lui grimpa sur le dos, sa main nerveuse emprisonnant celle de la jeune femme, l'écrasant presque pour qu'elle laisse échapper sa baguette.
Amelia avait hurlé lorsqu'ils étaient tous les deux tombés sur le lit. Sa première pensée alla à son ventre. Pour le protéger, elle avait glissé un bras sous elle pour absorber le choc de leur chute. Elle pouvait sentir le corps de l'homme sur le sien. Des flashes du supplice qui l'avait mise enceinte lui revinrent en mémoire et elle paniqua soudainement. Severus Rogue était plus grand, plus lourd et plus fort qu'elle. Il était aussi un sorcier puissant, un Mage Noir, un Mangemort, un criminel. Il viendrait à bout d'elle. Rapidement.
Severus était tombé sur elle. Il avait toujours un bras autour de la taille distendue de la jeune femme, sous ses seins. Ses jambes se frayèrent une place entre les siennes. Elle ne savait pas se battre mais elle savait se montrer combative. Il la maîtrisa rapidement et reprit le contrôle de sa baguette.
Pendant quelques secondes, un calme profond régna dans la chambre. Seul le son de leur souffle saccadé pouvait être entendu. Le temps avait suspendu son vol.
"Lâchez-moi !" protesta Amelia.
"Pas avant que je vous apprenne quelques manières, petite peste !"
"Lâchez-moi ! Lâchez-moi !"
"Je le ferai après vous avoir appris à ne pas vous rebeller contre votre Maître." Ce disant, Severus libéra le poignet de la jeune femme qu'il tenait toujours. Sa main alla au cou d'Amelia, le dégageant des lourdes boucles, pour avoir un meilleur accès à la peau.
"Vous me faites mal !"
Severus ricana. Il bougea un peu, de façon à déplacer son poids pour ne pas mettre en danger le bébé qu'elle portait. "Ca vous fera encore plus mal si vous n'abandonnez pas cette attitude rebelle envers moi."
Amelia était toujours en colère après lui. Elle bougea, tentant de se débarrasser de lui. Sans succès. Puis elle sentit quelque chose de chaud dans le cou. Chaud et humide. Il était en train de l'embrasser là ! Les lèvres de l'homme traçaient leur chemin sur sa peau. Elle frissonna – bien involontairement.
"On se sent toujours d'esprit rebelle ?" fit-il d'un ton moqueur. Il avait perçut le frisson de la jeune femme.
"Lâchez-moi !"
"Non," répliqua-t-il doucement. "Pas avant que je vous montre à qui vous appartenez."
Le cœur d'Amelia battait la chamade. Elle éprouvait une étrange sensation, faite à la fois de frayeur et d'impatience. Elle n'aurait pas su dire pourquoi – pas même si sa vie en dépendait. Le baiser dans le cou ? Puis une douleur déchirante lui traversa la peau à cet endroit. Elle sentit qu'il avait plongé ses dents dans sa chair, la mordant là – tout comme il l'avait fait la toute première nuit qu'elle avait passée dans sa maison.
Elle hurla à pleins poumons – tout en étant parfaitement consciente que personne ne pouvait l'entendre, car la chambre était ensorcelée de manière permanente par un charme de silence. Mais ces hurlements lui procuraient une sorte de libération. Libération de sa colère, de sa peur, de sa détresse. Elle ne connaissait pas la signification de ce geste – ou si peu. Elle n'avait pas osé demander à son Maître ce dont il s'agissait, et maintenant, c'était la deuxième fois qu'il l'avait mordue. Il semblait y avoir une forte association entre la possessivité et la magie du sang, mais c'était tout ce qu'elle pouvait en dire. Elle espérait que cela n'ait aucun rapport avec la Magie Noire cependant, car elle était enceinte. Mais avec un Mangemort et un expert en Magie Noire comme Severus Rogue, on ne pouvait rien exclure.
Puis la douleur recula. A présent Severus léchait la petite blessure avec sa langue, chantant l'incantation dans sa tête. Mors Sanatur... Mors Sanatur... Mors Sanatur... Amelia ferma les yeux. La langue de l'homme sur sa peau semblait la caresser. Tout comme la toute première fois qu'ils s'étaient retrouvés dans un contact aussi proche tous les deux, elle se sentait rassurée dans ses bras – ce qui était assez étrange, si l'on considérait sa situation actuelle. Sa respiration se calma. Elle lâcha prise, son corps se détendant entre les bras du sorcier, dans un complet abandon.
Elle sentit la bouche du Maître des Potions quitter son cou, le bout des doigts de l'homme lui touchant rapidement la cicatrice qu'il venait d'imprimer sur sa chair. Elle n'osait pas bouger ou dire quoi que ce soit, de peur qu'il puisse redevenir violent envers elle. Elle le laissa faire. Severus semblait observer ce qu'il venait de faire et apparemment, il paraissait satisfait du résultat.
Elle sentait bon... fut la première pensée qu'il lui vint à l'esprit. Les cheveux de la jeune femme étaient soyeux, sa peau douce. Severus se leva d'elle, baguette en main, dès qu'il sentit que le contact entre leurs deux corps menaçait de déclencher en lui des réactions des plus indésirables – mais aussi des plus naturelles...
Il disciplina l'expression de son visage en un masque de froideur et de mépris. "Debout !" Son ton était acerbe. Amelia tourna la tête vers lui, ses yeux verts reflétant la peur et la soumission. "A présent, je suppose que la leçon s'est bien imprimée," poursuivit Severus, de nouveau plus que jamais le Professeur. "Maintenant, vous allez m'écouter bien attentivement." Une pause. "Vous ne recommencerez plus jamais ça, vous m'entendez ? Plus jamais ! Votre place la nuit est dans MON lit, avec MOI, et nulle part ailleurs. Pour m'assurer que vous m'obéirez sur ce point, nous allons échanger nos places dans le lit. Première chose."
Amelia voulait lui dire que la place qu'il occupait dans le lit n'était pas la plus proche de la porte mais elle se retint. Elle savait pourquoi il disait cela. Non seulement il lui faudrait plus de temps pour rejoindre la porte, mais il serait capable de l'intercepter en chemin. Comme si ça allait m'arrêter, songea-t-elle avec colère.
"De plus, j'ensorcellerai la porte de façon à ce que vous ne puissiez pas sortir la nuit."
Cette fois, Amelia réagit. Un sortilège l'arrêterait en effet. "Maître, vous ne pouvez pas faire ça ! J'ai besoin... dans mon état... d'accéder à la salle de bains autant que possible..." Elle se mit à rougir et baissa la tête.
Severus eut un sourire moqueur de triomphe. Il devait bien reconnaître qu'il aimait l'embarrasser. "Ah, oui... J'ai entendu dire que les femmes enceintes avaient souvent besoin d'aller aux toilettes..." Sa voix était empreinte d'ironie, la moquerie de ses paroles à peine voilée par son timbre ronronnant. "Qu'il en soit ainsi alors. Le temps de votre grossesse, j'installerai des gardes en haut des escaliers pour vous empêcher de descendre. Bien entendu, vous n'avez pas du tout intérêt à aller dormir sur le palier, dans la salle de bains ou dans les toilettes. Faites ça et vous serez confrontée à ma colère et à mon déplaisir. Vous êtes avertie."
La menace était sincère, Amelia le savait. Sinon, cette mesure semblait être un compromis acceptable. Elle hocha la tête. "Oui, Maître." Son ton soumis envoya des frissons le long de l'épine dorsale de Severus. Il devait admettre qu'il aimait l'entendre lui parler ainsi...
"Maintenant, au lit ! Je vais à mon labo comme c'était ma première intention, avant que je découvre que vous aviez déserté notre chambre."
Amelia lui jeta un coup d'oeil furtif une dernière fois avant de grimper dans le lit. "Ne soyez pas déçue," ajouta-t-il. "Ma place devrait être encore chaude," finit-il par dire d'une voix riche, profonde, presque sensuelle.
Elle voulait l'envoyer promener mais se ravisa, consciente qu'il pouvait redevenir méchant avec elle. C'était lui qui avait la baguette ici, pas elle. Le pire de tout était qu'il avait raison en effet. Sa place dans le lit était encore chaude.
En voilà des rebondissements ! Notamment les interactions entre Severus et Amelia. Où l'on constate qu'elle est bien une Serdaigle, planifiant à l'avance son prochain mouvement. Elle ne se laisse pas faire non plus. Elle paraît être une femme soumise et vulnérable - et elle l'est à bien des égards - mais ce n'est pas pour autant qu'elle ne sache pas monter au créneau quand c'est nécessaire, notamment quand sa dignité est en jeu.
Quant à Severus, toujours égal à lui-même, j'ose l'espérer. Je le vois bien agir ainsi. Je pouvais l'entendre (avec la voix d'Alan Rickman, évidemment !) se disputer ainsi avec Amélia, tant dans la cuisine que dans leur chambre. Ce fut une scène assez jubilatoire à écrire, je dois l'avouer. Je me suis bien amusée et j'espère que vous aurez autant de plaisir à lire ce chapitre que j'en ai eu à l'écrire.
Merci de laisser des revues. Ca fait toujours plaisir et les muses attendent impatiemment leur bonus de fin d'histoire et de traductions, alors pensez à elle et à moi, sinon elles ne reviendront pas pour les prochaines histoires.
