Le Pacte du Sang – Chapitre 9 – Attention et protection
La vie d'Amelia était entrée dans une sorte de routine à Spinner's End. Les corvées domestiques quotidiennes. Les repas à préparer. Les vêtements à mettre à sécher et à repasser après leur lavage. Heureusement, Severus disposait chez lui d'appareils ménagers moldus tels qu'un lave-linge et un aspirateur, ce qui l'aidait énormément. Cependant, avec sa grossesse, elle se fatiguait de plus en plus. Elle devait travailler à un rythme plus lent désormais.
Un soir, alors qu'elle avait bien entamé son sixième mois de grossesse, Amelia décida de poser au Professeur une question qui la tourmentait depuis son arrivée à Spinner's End. Elle avait attendu qu'ils soient tous les deux dans sa chambre pour la lui poser. Elle ne voulait pas que Queudver en entende quoi que ce soit. Severus remarqua qu'elle était nerveuse.
"Maître..." hésita-t-elle.
"Qu'est-ce qu'il y a, Mademoiselle Davis ?" Entre les quatre murs de la chambre, il pouvait abandonner le terme péjoratif de « sang-de-bourbe » qu'il utilisait habituellement pour s'adresser à elle autrement.
Amelia baissa les yeux d'une manière soumise. Elle avait remarqué que l'adoption de cette attitude pouvait constituer un avantage devant un mâle dominant tel que Severus Rogue. "Je... J'aurais besoin d'aller consulter une Guérisseuse."
Il l'observa. "Une Guérisseuse ?" Une pause, durant laquelle son regard tomba sur le ventre de la femme enceinte.
"Oui, Maître," fit-elle doucement. "J'avais l'habitude de voir une Guérisseuse une fois par mois pour le suivi de ma grossesse. Je suis dans mon sixième mois, j'aurais dû en consulter une il y a deux semaines, Maître."
Severus s'attendait à ce qu'un jour ou l'autre, elle exprime ce genre de requête. Il avait même été surpris de ne pas l'avoir entendu plus tôt. Pourtant, cela ne changerait rien quant à sa décision.
"Je suis désolée, mais vous ne verrez aucune Guérisseuse. Ou qui que ce soit d'autre non plus, en ce qui concerne cette question."
Cette fois, Amelia leva les yeux vers lui. Un air paniqué apparut sur son visage. "Mais j'ai vraiment besoin de consulter une Guérisseuse ! Maître ! Je vous en prie !"
Ses yeux sombres reflétèrent une brève lueur de compassion pour sa situation. "Je suis désolé mais vous devrez faire sans Guérisseuse. La grossesse... n'est pas une maladie. C'est un processus naturel."
La bouche d'Amelia s'ouvrit mais aucun son n'en sortit. Elle réalisa les implications de ses paroles. "Vous voulez dire que... que pour le suivi de ma grossesse, je ne verrai aucune Guérisseuse du tout ? Et si jamais quelque chose ne va pas ?" Il demeura silencieux. "Est-ce que ça veut dire que... je devrai donner naissance... seule ?"
Severus la regarda, son visage une fois de plus insondable. "Oui, c'est bien ça. Tout comme la grossesse, l'accouchement est aussi un processus naturel."
Une véritable panique put se lire sur les traits d'Amelia. "C'est aussi très souvent une cause de mortalité chez les femmes. Vous le savez !"
"Certes. Cependant, je ne peux pas faire entrer chez moi une Guérisseuse ni même une sage-femme moldue. Vous devrez donner naissance seule."
La panique céda la place à la colère dans ses yeux verts. "Facile à dire pour vous. Ce n'est pas vous qui risquez votre vie ici. C'est moi !"
Severus voulait lui dire qu'il mettait bien sa propre vie en jeu, mais dans d'autres circonstances. Cependant, il ne pouvait le lui dire. Il devait la laisser hors de sa véritable mission. "Je le comprends bien mais une fois de plus, je ne peux accéder à votre demande. Vous serez seule."
"Mais j'ai besoin de quelqu'un, Maître ! J'ai besoin d'aide ! C'est mon premier enfant, je ne sais pas comment ça va se passer. La naissance pourrait se faire par le siège ! Comment est-ce que vous allez y faire face ?"
"Je n'y ferai pas face. Mais vous, si."
Elle le regarda attentivement. Il portait toujours ce masque d'expression insondable. Elle parut soudain effondrée. "Non... vous ne pouvez pas faire ça... me laisser toute seule, comme ça..." Elle donnait l'impression d'être sur le point de fondre en larmes. "Et si... si le bébé est dans une mauvaise position ?... Je pourrais... je pourrais souffrir pendant des heures avant..." Elle se cacha le visage dans les mains, l'image du désespoir. Avant de mourir. "C'est un combat que je ne peux pas gagner seule, Maître..." acheva-t-elle avant de laisser échapper un sanglot.
Severus n'aimait pas quand les gens pleuraient autour de lui, en particulier les femmes. Il ne savait pas faire face à ce genre de situation. "Ca suffit. Vous êtes jeune, en bonne santé, d'après ce que je vois. Tout ira bien. Maintenant, cessez de pleurer. Ma décision est prise. Vous donnerez naissance ici, toute seule." Son ton montrait que sa décision était finale.
Le regard d'Amelia croisa le sien. Pendant un instant, les yeux verts exhalèrent une pure haine pour lui, ainsi qu'une détresse totale à ce moment même. Severus s'en moquait. Il était habitué à la haine – il pouvait y faire face. Mais la détresse... Un changement de conversation était des plus bienvenus.
"Vous ne m'avez jamais dit que vous pouviez faire de la magie sans baguette."
Elle planta son regard dans le sien d'un air de défi et en colère. "Je ne le savais pas non plus avant. Je suppose que la colère peut y faire beaucoup." Elle n'allait pas lui dire qu'elle avait commencé à entraîner ses aptitudes à la magie sans baguette il y a quelque temps déjà, d'abord avec de simples sortilèges domestiques. Elle n'était pas sûre non plus si la colère avait quelque chose à voir avec – sauf chez les jeunes enfants magiques. Peut-être que sa grossesse n'était pas étrangère à cette nouvelle capacité.
Severus avait plus ou moins suivi le même train de pensées. Il savait que c'était possible. Cependant, l'on ne pouvait pas dire que la magie s'échappait de la jeune sorcière comme cela pouvait être le cas dans certaines situations. Peut-être que sa grossesse avait alimenté sa magie – il avait lu que c'était possible pour certaines sorcières. Il devrait surveiller cet aspect même s'il doutait qu'elle puisse faire beaucoup sans baguette. Elle ne serait pas en mesure de défaire les sortilèges de gardes complexes qu'il avait mis en place, par exemple. Il laissa tomber la question et détourna les yeux du visage de la femme. Il enquêterait plus tard. Il alla derrière le panneau pour se changer et commença à se déshabiller avant d'aller au lit.
Leur échange avait rendu Amelia très anxieuse. Bien évidemment, il n'y avait aucun livre à disposition pour la rassurer sur le processus de la naissance. Il n'y avait pas ce type de littérature dans la bibliothèque du Professeur ici. Elle devrait compter sur sa mémoire de ce qu'elle avait lu auparavant, chez les Coeurdaigle, se souvenir de ce que la Guérisseuse lui avait déjà dit, et enfin, sur ses propres instincts et son intuition. Elle s'allongea dans le lit, en lui tournant le dos. Elle ne voulait pas le voir.
Peut-être qu'il s'attend à ce que je meure en couches ? ne put-elle s'empêcher de penser.
Amelia s'était réveillée le lendemain avec un sentiment lugubre. Elle en voulait à l'enfant qu'elle portait. Un enfant qu'un autre homme lui avait imposé. Elle en voulait au Professeur et à ce qu'elle interprétait comme étant un comportement égoïste de sa part. Tout cela juste parce qu'il ne voulait pas recevoir de visiteurs chez lui, sauf ses précieux amis Mangemort. L'idée d'accoucher seule suffisait à la faire paniquer complètement et à la mettre de très mauvaise humeur.
Peut-être que... si elle pouvait mourir en couches... son malheur ici prendrait fin. Mais Amelia considérait qu'elle avait le devoir de continuer à vivre. Elle se rappela sa promesse silencieuse à propos des enfants Coeurdaigle. Elle était la seule personne qui n'était pas Mangemort à être en mesure de dire où les enfants se trouvaient. Mr et Mme Coeurdaigle étaient morts parce qu'ils avaient combattu Vous-Savez-Qui, en se dressant contre cette folie qu'était la suprématie de la pureté du sang, entre autres raisons. Non seulement ils lui avaient donné l'exemple, mais elle avait une dette envers eux. Ils s'étaient montrés si bons, si compatissants et si compréhensifs avec elle par le passé. Non, elle ne pouvait pas mourir. Pas maintenant. Pas ainsi.
Amelia décida qu'elle continuerait à se battre. Jusqu'à la fin des fins. Elle ferait tout ce qui était en son pouvoir pour survivre à son accouchement. Elle se faisait moins de souci pour le bébé. Il pouvait mourir. Elle devait vivre. Elle devait honorer le serment secret qu'elle s'était fait avec elle-même à propos de leurs enfants. Le noble patronyme de Coeurdaigle ne disparaîtrait pas du monde magique.
Deux jours plus tard, Amelia était dans la chambre de son Maître pour faire le lit. Severus était déjà dans son labo, où il passait en ce moment le plus clair de son temps. Il n'en sortait que pour les repas et les éventuelles missions à l'extérieur. Il venait se coucher assez tard dans la soirée aussi.
Pourtant, ce matin-là, Amelia trouva un livre sur son oreiller, comme si le livre avait tout particulièrement été posé ici à son attention. Intriguée, elle prit le livre. Ses yeux s'ouvrirent comme des soucoupes lorsqu'elle lut le titre.
Grossesse et Naissance – Donner la vie et être mère de manière naturelle
Elle laissa échapper une exclamation de surprise. Elle ouvrit le livre pour en vérifier l'origine. D'après son aspect, c'était un livre moldu. Elle en eut la confirmation car l'auteur était une gynécologue-obstétricienne moldue, d'après son titre de « Docteur ». Une femme médecin qui avait elle-même donné naissance à trois enfants toute seule, chez elle, de manière naturelle, d'après sa courte biographie figurant en quatrième de couverture.
Amelia s'assit sur le lit et commença à parcourir les pages. Il y avait des images, des dessins et des textes, qui présentaient l'information de façon très pratique. Le livre était divisé en chapitres qui abordaient les thèmes de la grossesse, de l'accouchement, du soin au nouveau-né et de la contraception de manière chronologique. Elle fut vite enthousiasmée par le livre – il était bien fait d'après elle et rempli de données récentes et utiles. Il était aussi un témoignage vécu.
Amelia entendit un bruit en bas. Par réflexe, elle se leva du lit et reposa le livre sur son oreiller, là où elle l'avait trouvé, ses yeux regardant intensément la porte de la chambre qu'elle avait fermée, ses sens en alerte. Après de longues secondes, il semblait que rien de bizarre ne se passait et elle revint à sa lecture.
Mais comment un livre pareil a-t-il pu arriver jusqu'ici ?... Dès que cette pensée eut surgi dans son esprit, elle la rejeta. La réponse était évidente. Il n'y avait que deux personnes qui pouvaient entrer dans la chambre. Elle-même et son Maître.
Amelia se rappela du vif échange qu'elle avait eu avec le Professeur au sujet de sa grossesse et de l'accouchement à venir. Lui seul avait pu apporter ce livre ici. Pour elle. Le livre était pour elle. Elle le reprit et l'ouvrit à nouveau.
Quelques mots avaient été écrits sur la première page blanche. Une écriture nerveuse mais élégante. Amelia avait le sentiment étrange d'avoir déjà vu cette écriture quelque part.
"Une grossesse peut être un accident, mais ce n'est pas une maladie. Il y a aussi de nombreux moyens de remporter des victoires. Ce livre en est un. Même si beaucoup de connaissances en ce monde ne peuvent être acquises que par l'expérience, j'espère que ce livre vous aidera à traverser l'épreuve de votre prochain accouchement avec courage et force d'âme."
Le message était signé « Le Prince de Sang-Mêlé' ». Amelia sut immédiatement qui avait écrit ces mots. Severus Rogue. Ce ne pouvait être que lui. Il avait fait allusion à leur précédente conversation sur la question. Et oui, elle se souvenait maintenant d'où elle avait déjà vu cette écriture. Sur ses devoirs de Potions.
Cependant, elle était intriguée par sa signature. Le Prince de Sang-Mêlé. En voilà un titre étrange, ne put-elle s'empêcher de songer. Elle se demanda même si c'était la coutume parmi les Mangemorts de se donner de tels titres aussi emphatiques. Lord Voldemort... Le Seigneur des Ténèbres... Le Prince de Sang-Mêlé... Bon, un mystère supplémentaire au sujet de cet homme.
Amelia relut le message. Elle ne pouvait s'empêcher de penser à ces mots. L'austère Professeur s'était montré suffisamment prévenant pour lui acheter un livre – un livre moldu qu'il n'avait pu se procurer que dans une librairie moldue – ce qui lui donna quelque réconfort concernant son accouchement à venir. Bien évidemment, un livre ne pouvait remplacer une sage-femme mais néanmoins, elle trouva que son attention avait été gentille.
Peut-être qu'il veut faire amende honorable pour son refus de m'obtenir une quelconque aide médicale.
Amelia se sentit mieux tout à coup. Elle fit le lit, en pensant à son Maître. Quel homme étrange en effet ! Il pouvait se montrer acerbe, blessant et même cruel, tant dans ses paroles que dans ses actes. Pourtant, il avait essayé de l'aider de la façon qu'il avait le mieux estimée – avec un livre. Il avait perçu son besoin et y avait répondu à sa manière, la seule qu'il connût en fait – avec un livre. Une manière qui ne pouvait pas lui attirer d'ennuis avec le Seigneur des Ténèbres non plus, si jamais le livre devait être découvert.
Voilà pourquoi il ne l'a pas signé de son propre nom et qu'il a utilisé ce truc de « Prince de Sang-Mêlé » à la place.
Elle se rappela de sa remarque moqueuse, lorsqu'elle lui avait demandé un livre de recettes. "Les Serdaigles. Toujours à avoir ou à vouloir un livre pour n'importe quoi." Elle sourit avec tendresse à ce souvenir, tout en faisant le lit. Pour sûr, elle chérirait ce livre. Elle le cacha sous son oreiller. Ce livre ne tarderait pas à devenir un ami précieux.
Le soir même, Amelia commença à lire le livre, une fois couchée. Severus ne lui avait pas parlé de la journée. Son esprit semblait être perdu dans une intense réflexion. Elle n'avait pas osé l'interrompre dans son train de pensées, pas même pour le remercier, et encore moins devant Queudver. Elle ne le ferait qu'une fois qu'ils seraient seuls dans leur chambre.
Elle s'assit dans le lit et s'absorba rapidement dans sa lecture. A tel point qu'elle ne réalisa pas qu'il se faisait tard. Il était environ minuit quand elle entendit son Maître entrer dans la chambre. Il avait son regard perçant fixé sur elle et le livre. Un minuscule sourire dédaigneux apparurent sur ses lèvres. Quelque part, il était quand même content qu'elle eut trouvé le livre et qu'elle l'appréciait.
"Je constate que vous avez passé un bon moment à lire," commenta-t-il de manière neutre, tout en enlevant sa redingote. "Inutile de me le cacher. Mais vous ne le lirez qu'ici."
Amelia lui sourit timidement. "Bien sûr, Maître." Une pause. "Merci, Maître, pour ce livre. C'était... gentil de votre part."
Son regard sombre se fit intense sur elle. "Ne me remerciez pas. Et laissez-moi vous dire ceci, une bonne fois pour toutes : Je ne suis pas un homme gentil."
Son ton était froid. Amelia baissa les yeux. Il pouvait dire ce qu'il voulait, il pouvait lui parler de façon brutale et agir encore plus brutalement envers elle, elle savait qu'au plus profond de lui-même, il était attentif aux gens autour de lui. Elle préféra demeurer silencieuse devant lui, dans leur chambre. Elle ne souhaitait pas le mettre en colère et subir son déplaisir en conséquence. Elle savait comment il pouvait se comporter quand il s'égarait dans ses manières ténébreuses et malveillantes. Inutile de le tenter après tout. Surtout quand ils se retrouvaient seuls ensemble dans leur chambre.
Quelques minutes plus tard, il était couché et avait éteint la lumière après qu'Amelia eut glissé son livre à l'abri sous son propre oreiller.
Les soirées se passaient dans le salon. Severus lisait, Queudver le faisait aussi parfois (la plupart du temps, il lisait soit des journaux ou bien quelque magazine cochon planqué entre les pages d'un livre ; Severus l'avait découvert et s'était contenté de lui signifier son mépris d'un sourire moqueur). On pouvait entendre un peu de musique à certaines occasions, lorsqu'un programme de musique digne de ce nom passait à la radio.
Severus occupait son fauteuil, tandis que la forme grassouillette de Queudver était avachie sur le sofa. Amelia était assise seulement aux pieds de son Maître, comme il le lui avait ordonné, dans une démonstration pour affirmer l'autorité, la domination et la possession qu'il exerçait sur elle. Elle profitait de la lumière de son lampadaire, situé juste derrière son fauteuil, pour faire un peu de couture. D'autres fois, elle repassait du linge dans un coin du salon.
Ce soir-là, elle était en train de recoudre quelques boutons sur l'une de ses redingotes. De temps à autre, Severus jetait un coup d'œil à la jeune femme et à son ouvrage. Il devait admettre que sa nature dominatrice appréciait l'avoir assise à ses pieds dans une posture très soumise. Il pouvait voire les doigts agiles de la sorcière manier l'aiguille avec précision. Il réalisa qu'elle savait faire beaucoup de choses. Bon, d'accord, recoudre des boutons n'était pas la chose la plus difficile en soi, même sans recourir à la magie. Pourtant, il était surpris. Agréablement surpris. Elle semblait avoir toutes les qualités pour faire une bonne épouse.
Une épouse ? Severus rejeta cette idée très vite. Il n'avait pas besoin d'une épouse. Il n'avait même pas besoin d'une maîtresse. Une gouvernante, pourquoi pas ? Mais une épouse... Non.
Cependant, il était troublé qu'une telle pensée ait pu s'insinuer dans son esprit. Il était encore plus troublé de réaliser que pas une seule fois, l'image de Lily se soit imposée à lui en association avec les notions d'épouse ou de maîtresse.
Il avait besoin de se reprendre en main. Il lui agrippa les cheveux d'une main nerveuse. "Sang-de-bourbe ! Apporte-moi du thé !"
La tête d'Amelia entra en collision avec le genoux de l'homme, mais ce ne fut pas un choc brutal. Elle savait qu'il devait jouer devant Queudver, mais quelques fois, il semblait un peu trop aimer la dominer de cette façon pour que ce ne soit qu'un jeu. Du moins, à son propre avis. La joue d'Amelia entra en contact avec le tissu de son pantalon. Toujours cette odeur masculine... Elle ferma les yeux brièvement, inspirant cette odeur. Son odeur.
La tension sur sa chevelure diminua mais elle pouvait toujours sentir les doigts de l'homme exercer une pression presque caressante sur sa crinière. Les doigts s'étaient emmêlés dans les boucles épaisses, le bout des doigts lui massant presque le cuir chevelu. Puis elle sentit les doigts de Severus lui descendre le long du cou pour s'arrêter sur la cicatrice qu'il lui avait faite là. Il la relâcha après l'avoir retenue pendant quelques secondes de plus tout contre sa jambe. Amelia se sentait bizarre mais elle ne perdit pas de temps à méditer sur cette sensation. Peut-être que ce n'était que cela, une sensation qu'elle avait perçue, et qui n'avait rien à voir avec la réalité ou des sentiments, quels qu'ils soient.
"Oui, Maître," fit-elle en mettant sa couture de côté pour se lever. Elle se rendit à la cuisine pour préparer le thé.
Le regard sombre de Severus rencontra les yeux bleu délavé de Pettigrow. Le petit sorcier ricana. "Tu sais y faire avec les sang-de-bourbes, Severus," dit-il en guise de compliment.
Severus verrouilla son regard avec le sien. Il y lut que le petit sorcier voulait faire la même chose à la jeune femme. L'avoir à ses pieds. Lui faire faire des choses... cochonnes, dignes d'un film porno moldu.
"Oui, et j'ai bien l'intention que cela ne change pas. Elle est à moi et à moi seul. Ne va pas t'imaginer autre chose, Queudver."
Pettigrow avait dû se rappeler alors qu'il avait été soumis à la Légilimencie car il rompit le contact visuel rapidement. "Ne fais pas ça, Severus !" gronda-t-il.
"Ne fais pas quoi, Queudver ?" demanda Severus d'un ton imprégné d'ironie.
"Lire dans l'esprit des gens sans leur consentement. C'est malpoli."
"Pas autant que de fantasmer sur le bien d'autrui, Queudver. La sang-de-bourbe est à moi et à moi seul. Tâche de ne pas l'oublier," finit-il d'une voix basse qui annonçait le danger.
Amelia revint avec le thé sur un plateau. "Maître..."
Severus prit la tasse sans même la remercier – comme d'habitude.
"Sang-de-bourbe," fit Severus d'un ton froid, après avoir pris une gorgée du breuvage. "Une fois que tu auras terminé, tu pourras aller te coucher. Mais inutile de chauffer ma place car je vais passer la majeure partie de la nuit dans mon labo. Je ne sais pas quand j'irais me coucher, donc ne m'attends pas et va dormir."
"Oui, Maître," répondit-elle doucement.
Cette fois, Severus fut plus que troublé : elle se soumettait à lui avec une telle facilité, et il aimait vraiment le sentiment que cette docilité suscitait en lui. Pendant une seconde, il fut content de passer le reste de la nuit dans son labo, car sinon... Non !
Queudver avait levé la tête lui aussi, quand il entendit que la fille serait seule au lit cette nuit-là. Severus n'eut pas besoin de le regarder – il s'attendait à cette réaction. Si prévisible. "Non, Queudver, je n'ai pas besoin que l'on me remplace entre ses cuisses." L'image invoquée était délibérément crue, Amelia en était consciente. Cela faisait partie de la comédie. "Donc tu resteras dans ta chambre, à profiter de la lecture des magazines pornos que tu y entreposes," acheva Severus d'un ton blessant. "Tout seul."
Amelia s'arrêta à mi-chemin de la cuisine. Elle était tendue mais ne fut pas surprise par les choix de lecture du petit sorcier. Elle était seulement dégoûtée. Queudver gémit de frustration et quitta le salon – non sans lui avoir jeté un regard lubrique. Elle revint s'asseoir aux pieds de son Maître pour finir de recoudre le dernier bouton.
"J'ai fini, Maître. Votre redingote est prête," fit-elle toujours d'un ton soumis.
"Bien, sang-de-bourbe. Va la pendre dans mon armoire maintenant et va te coucher."
"Merci, Maître. Bonne nuit, Maître." Elle se leva de sa place à ses pieds, rassembla son nécessaire à couture, ainsi que le vêtement qu'elle venait de réparer.
Severus ne put s'empêcher de l'observer quitter le salon. Ses précédentes sensations lui revinrent de plein fouet, un mélange de ce qu'il avait déjà vu d'elle, son corps à demi nu dans sa chambre, sa posture et son ton soumis, sa docilité face à ses ordres, ses qualités d'épouse.
Il réalisa soudainement qu'elle serait seule en montant à l'étage. Il posa son livre et la suivit. Il la rattrapa en bas des escaliers, lui saisissant le poignet qu'elle avait de libre avant qu'elle ne puisse monter. Un air paniqué apparut sur le visage de la jeune femme, devant le regard froid et les lignes dures de ses traits qu'il affichait. Un changement de projet ? "Oui, Maître ?" demanda-t-elle d'une voix tremblante.
"Je vous accompagne. Je n'ai pas confiance en Mr Pettigrow. Surtout après une soirée passée à lire des magazines dépravés."
Toujours aussi protecteur envers elle. Elle baissa les yeux et approuva de la tête. Elle ne pouvait s'empêcher d'apprécier ses attentions. Il lui fit signe de monter les escaliers, avant de la suivre de près. Il ne pouvait s'empêcher d'observer son dos et ses longs cheveux. Le reste du corps de la jeune femme était caché sous la robe noire d'intérieur en soie qu'elle portait pour ne pas avoir froid.
Severus avait vu juste – Queudver se tenait sur le seuil de sa propre chambre. Manifestement, il attendait la jeune sorcière. Le Professeur poussa Amelia sur le côté et sortit sa baguette. D'un mouvement rapide et précis, sans prononcer une quelconque incantation, il expulsa le petit sorcier à l'intérieur de la chambre et ferma la porte sur lui.
Ils arrivèrent à leur chambre. "A présent, vous êtes en sécurité," se contenta-t-il de murmurer une fois qu'ils étaient à l'intérieur. Il était sur le point de repartir quand il sentit une main sur son bras. Il tourna son regard sombre sur elle.
"Merci, Maître."
Ses yeux couleur de charbon brillèrent avec intensité. "Ne me remerciez pas, Mademoiselle Davis. Queudver doit comprendre que vous êtes à moi et à moi seul. Que personne ne touche et encore moins ne salit ce qui m'appartient."
Amelia fut surprise par l'intensité de son regard, ainsi que par le ton rauque avec lequel il avait prononcé ces paroles. Cette fois, elle n'aurait pas pu dire si cela faisait partie ou pas de la comédie qu'il jouait.
Merci à tous les lecteurs qui ont laissé des revues et à tous les autres qui ont suivi cette histoire jusqu'ici.
J'espère continuer à garder tous les personnages fidèles à leur personnalité. Je sais, c'est une obsession chez moi ! LOL
Votre avis sur le déroulement de l'histoire m'intéresse, n'hésitez pas !
Sinon, un peu plus de revues me serait - ainsi que pour les muses - très agréable, infiniment agréable. Je dois leur bonus aux muses et si je n'ai pas assez de revues, elles menacent de me quitter définitivement pour la prochaine histoire qui est déjà dans les tuyaux de mon imagination fertile. Alors ? Ca vient, ces revues ? LOL
