Le Pacte du Sang – Chapitre 15 – Un anniversaire en commun
Le Maître des Potions se trouvait dans la cave, à y préparer des potions. Il mettait aussi ses notes en bon ordre. A un moment, il fixait un point dans le vide devant lui, profondément perdu dans ses pensées, quand il entendit un léger toussotement en provenance d'un coin de la pièce. Un toussotement destiné à attirer son attention. Il sursauta presque sur sa chaise – tout en sachant quel était ce bruit et d'où il venait – même s'il ne l'avait pas entendu depuis fort longtemps. Un bruit qu'il avait cependant espérer ne jamais entendre à nouveau.
"Vous aviez raison, Severus," fit une voix de basse, derrière des rideaux à présent ouverts.
Severus soupira imperceptiblement. "Dumbledore." Il jeta un coup d'oeil au portrait accroché sur un mur dans un recoin de la cave. "Ca faisait longtemps."
Le vieil homme lui sourit avec bienveillance. "Allons, Severus. Je viens de vous faire un compliment. Vous aviez raison de faire ce que vous avez fait il y a deux jours."
"Fait quoi ? Torturer une pauvre fille, enceinte et sans défense ?"
"Elle n'est pas sans défense. Elle vous a."
Ce dernier commentaire mit Severus de mauvaise humeur. Comme il haïssait cela, quand le vieux se mêlait de ses affaires ! Même de l'au-delà, Dumbledore avait toujours le chic pour intervenir dans sa vie privée. Parfois, Severus regrettait avoir accordé au vieux Directeur son tout dernier voeu.
Celui d'avoir un portrait d'Albus Dumbledore dans sa maison de Spinner's End, rien que pour garder le contact, apporter un soutien et surtout, continuer le combat par l'intermédiaire de son Maître des Potions. Dumbledore savait que Severus se retrouverait très seul, après le crime qu'il avait commis l'année précédente, dans la Tour d'Astronomie. Tuer le Directeur de Poudlard. Personne ne connaissait la vérité derrière l'acte. Le meurtre n'en avait pas été un. C'était une euthanasie soigneusement planifiée.
Severus le savait aussi. Il était conscient que le vieux sorcier serait là pour lui, en cas de besoin. Mais Dumbledore avait été absent la plupart du temps depuis son meurtre, comme s'il avait estimé que le Maître des Potions pouvait se sortir tout seul de n'importe quelle situation. Ce qui s'était avéré. Cependant, Severus aurait apprécié un peu de soutien, sinon de l'aide, de temps à autre. Des conseils, pas une intrusion dans ses propres affaires.
"Severus. Je sais combien vous n'avez pas aimé le faire mais vous deviez le faire. Ce que vous avez fait était noble."
Le Maître des Potions se tourna soudain pour faire face au portrait, la colère et le dégoût gravés sur les traits durs de son visage. "C'était noble ? Qu'elle soit..."
"Torturée au lieu d'être violée ? Vu les circonstances, oui."
"Et d'abord, comment est-ce que vous savez tout ça ?"
"Severus, mon garçon. J'ai aussi un portrait accroché dans le bureau du Directeur à Poudlard. Lucius Malfoy occupe désormais le fauteuil du Directeur. Malgré le fait que je n'aime pas trop ça, j'ai toujours un devoir envers l'actuel Directeur, tout comme mes prédécesseurs l'avaient envers moi. Ce qui me permet de récolter quelques bribes d'informations intéressantes. Entre autres, au sujet des réceptions qu'il donne chez lui. Sachez qu'il reçoit à Poudlard certains Mangemorts de haut rang, ainsi que le Seigneur des Ténèbres. Je les entends parler, même si la plupart du temps, je feins de dormir. C'est toujours le meilleur moyen d'écouter en douce." Ses yeux bleus brillèrent d'un éclat où se mêlaient la joie et la ruse. "Sachez que notre chère Bellatrix y est venue pour raconter ce qu'il s'était passé dans cette... salle des douleurs, il y a deux jours, au Manoir des Malefoy. Avec force détails, bien évidemment."
Severus marmonna quelque chose d'inintelligible. Dumbledore sourit. "Lucius vous tient en grande estime. Il n'ose pas vous y inviter de peur que vous fassiez quelques mauvaises rencontres avec certains de vos anciens collègues. Il est bien conscient que vous n'êtes pas très populaire en ce moment à Poudlard." Sa voix portait un semblant d'humour. "Ne faites pas une tête pareille, Severus. Il se sent très endetté envers vous, ce qui est plutôt une bonne nouvelle."
"Je le sais déjà. J'ai utilisé son sentiment cette nuit-là."
"Bien !"
"Mais ça n'explique pas comment vous en êtes venu à savoir ce qu'il s'y était passé alors !"
"Lucius a tendance à se vanter un peu trop. Il a toujours eu tendance à se vanter d'ailleurs. Comme dans le bon vieux temps." Dumbledore semblait s'amuser immensément à présent.
Severus ricana. "Le bon vieux temps ? Foutaises !"
"Et Bellatrix est venue expliquer aux Carrow la façon dont elle avait joué avec sa nourriture dans la salle de torture cette nuit-là. Elle est encore plus vantarde que Lucius," fit Albus, toujours aussi impavide malgré l'interruption du Maître des Potions. "Plus sérieusement, Severus. Je sais ce que vous avez eu à endurer cette nuit-là pour préserver Amelia."
"Vous ne savez pas ce que, elle, a dû endurer à cause de moi !"
"Severus, ne soyez pas trop dur avec vous-même. Elle sait faire la différence. Elle a confiance en vous, j'en suis sûr."
"Et comment pouvez-vous l'être ?"
Dumbledore laissa échapper un soupir. "De là où je suis, beaucoup de choses autrefois obscures, deviennent claires comme du cristal. Je peux voir au-delà de la surface, car je n'appartiens plus à la surface. Je ne peux vous en dire plus." Il soupira encore. "Severus, je crois que vous devriez aller la voir. Elle a besoin de votre aide maintenant. Terriblement besoin de votre aide. Restez avec elle." En voyant que le jeune sorcier ne réagissait pas, Dumbledore insista. "Severus... je vous en prie."
Ces dernières paroles évoquèrent des souvenirs pénibles dans l'esprit de Severus. Elles avaient été les dernières que le vieux Directeur lui avait dites, dans la Tour d'Astronomie, juste avant de recevoir l'Avada Kedavra qui devait mettre fin à sa vie terrestre. Severus hocha la tête. "Très bien," fit-il avant de quitter la cave. Il ne voulait pas que d'autres souvenirs affreux ne s'insinuent dans sa mémoire – et ce, pas grâce au vieux. Dumbledore savait comment les susciter de nulle part, il le connaissait si bien ! Quitter les lieux lui fournirait une bonne diversion.
Le vieux Directeur sourit. Il était toujours vrai que Severus avait besoin d'un peu d'encouragement. Parfois.
Severus réalisa qu'il faisait encore et toujours la volonté du vieux sorcier. Bon, d'accord, il y avait ce Serment Inviolable qu'il avait fait avec Dumbledore dans sa jeunesse, quand il avait décidé de tourner le dos au Seigneur des Ténèbres. En ce temps-là, il avait promis de faire tout ce que le vieux sorcier exigerait de lui, en échange de la vie de Lily. Il irait voir Amelia mais avant, il se préparerait une tasse de thé. Il la méritait vraiment. Il quitta son labo et remonta à la cuisine.
Il se trouvait dans la cuisine, à siroter son thé, quand il entendit un cri provenant de l'étage. Il posa sa tasse de thé sur le plan de travail et se précipita à sa chambre. La porte était entrouverte. Il la poussa doucement. Puis il comprit.
Amelia était assise dans le fauteuil. Elle ne l'avait pas remarqué, tellement elle était dans les affres de l'accouchement. Ses mains agrippaient son ventre. Son visage affichait la douleur et la détresse. Elle semblait faire des efforts énormes pour garder le contrôle d'elle-même, afin de conserver la maîtrise de l'ensemble du processus de la naissance.
Severus fut ému pendant quelques secondes. A présent, il comprenait ce qu'elle voulait dire quand elle affirmait que c'était là un combat qu'elle ne pourrait pas gagner seule. L'une des mains de la jeune femme agrippa l'accoudoir du fauteuil d'un geste nerveux pour contrôler la douleur. Elle laissa échapper un gémissement puissant.
Le Maître des Potions prit rapidement une décision. Il entra dans la chambre et posa une main sur le bras de la jeune femme. Elle tourna le visage vers lui et ses traits se détendirent immédiatement, sa bouche sourit même faiblement, quand elle le vit. Elle n'était plus seule. "Maître..." murmura-t-elle.
Severus n'était pas un Guérisseur. Il connaissait les fondamentaux de la grossesse, du moins pour ce qui concernait les potions. Ce qui pouvait être concocté pour les femmes enceintes, les potions qu'elles devraient éviter, leurs possibles effets secondaires sur les foetus. Mais il n'y connaissait rien en termes d'accouchement proprement dit. Pourtant, quand il vit combien elle semblait soulagée du fait de sa seule présence, il décida qu'il pourrait l'aider en restant avec elle.
"Je suis là, Amelia."
"Aidez-moi, Maître ! Je vous en supplie !" dit-elle en lui agrippant le bras. Une contraction la balaya et elle s'accrocha à son bras avec une force qu'il n'aurait jamais soupçonné qu'elle puisse posséder. Il pouvait aussi sentir la magie craquer autour d'elle. Il avait déjà entendu que la grossesse pouvait renforcer la magie des femmes. Peut-être que c'est la raison pour laquelle elle a été capable de faire de la magie sans baguette, ces derniers temps.
La première chose que fit Severus fut d'augmenter la température dans la chambre. Puis il enleva sa redingote et son gilet avant de se rendre à la salle de bains pour s'y laver soigneusement les mains. Il revint et aida la jeune femme à enlever sa chemise de nuit, du moins pour la partie supérieure du corps. Elle était pudique et ne voulait pas se retrouver totalement nue devant lui, malgré les circonstances exceptionnelles. Il n'insista pas non plus.
Une heure plus tard, quand il vit qu'elle souffrait bien trop selon son opinion, il descendit à son labo et en rapporta une potion analgésique compatible avec une grossesse. Amelia se sentit mieux au bout de quelques minutes. Une fois de plus, elle lui prit la main dans la sienne, s'y agrippant comme si c'était un filin de survie.
Ils passèrent le reste de l'après-midi ainsi. Les contractions étaient de plus en plus puissantes, leur rythme de plus en plus rapide. Amelia glissa une main sous sa chemise, entre ses cuisses, et sentit la tête du bébé. "Elle arrive, Maître..." fit-elle dans un murmure.
Severus ne savait pas quoi faire mais une intuition puissante le fit s'agenouiller devant elle. Il écarta doucement les cuisses de la jeune femme, afin que le bébé puisse sortir en glissant plus facilement, tout en gardant la chemise de la future mère baissée pour en cacher les parties intimes à sa propre vue. Il se mit même à rougir, en espérant qu'il n'aurait pas à mettre ses mains là. Il tenait cependant une serviette dans ses mains, prêt à recevoir l'enfant.
Quelques minutes et quelques contractions puissantes et douloureuses plus tard, Amelia laissa échapper un hurlement qui emplit toute la chambre. Elle poussa de plus en plus fort jusqu'au moment où elle entendit la voix riche et profonde de Severus – qui n'avait cessé de l'encourager – lui annoncer que le bébé était arrivé. Les douleurs se dissipèrent lentement. Il tenait un paquet, couvert des fluides corporels de la parturiente, qu'il remit entre ses bras délicatement. "C'est une fille," fut tout ce qu'il put dire.
Amelia eut un sourire reconnaissant pour lui. Un sourire qu'il trouva absolument délicieux. Il devait l'admettre : il était troublé. Il n'avait jamais éprouvé un tel sentiment auparavant. Il ne pouvait mettre en mots ce qu'il ressentait sur le moment. Il se sentait comme si... comme si, en aidant à donner naissance, il s'était racheté pour toutes les morts dont il avait été responsable. Y compris la mort de Lily. Il n'arrivait pas à comprendre ce flux de pensées mais il l'accepta en tant que tel, se promettant mentalement d'y réfléchir ultérieurement.
Le petit bébé commença à sucer le sein de sa mère. Malgré les circonstances autour de la conception de l'enfant, Amelia ne put s'empêcher d'être émue par cette vision.
Severus la laissa faire, lui aussi ému par la scène. Cela le renvoya à sa propre enfance, quand sa propre mère tentait de le défendre contre les coups de son père, prenant sur elle l'essentiel de la rage de son mari dans le processus. Il lui avait toujours reproché le fait qu'elle l'avait négligé quand il était enfant. Mais à présent, quelque part il comprenait sa mère. Elle avait fait tout son possible pour le protéger tout le temps. C'était seulement que parfois, dans certaines circonstances, sa mère faisait face à des difficultés telles qu'elle ne pouvait les surmonter. Elle avait été une victime tout autant que lui.
Oui, Eileen Prince Rogue avait été une victime et une femme très malheureuse. Severus se souvenait des rare fois où il avait pu la voir heureuse. Quand il avait montré ses premiers signes de magie. Quand il avait été envoyé à Serpentard. Quand il avait rapporté d'excellentes notes d'abord de l'école moldue du quartier, puis de Poudlard. Les seules joies que sa mère avait connues en ce monde, c'était... lui qui les lui avait apportées, lui son fils unique. Il avait été la seule source de joie dans la vie de sa mère.
Soudain, Severus sentit un élan puissant lui envahir la poitrine. Un élan composé de divers sentiments tels que l'amour, la compassion, la compréhension et le pardon. Il en fut tellement submergé qu'il quitta la chambre à la hâte, en marmonnant des mots qui ressemblaient à « j'ai besoin de me laver les mains » ou quelque chose dans ce goût-là. Amelia avait remarqué qu'il était certes troublé mais elle n'insista pas. Elle se contenta de lui sourire comme pour lui dire qu'il n'y avait pas de quoi s'inquiéter.
Amelia mis son enfant sur sa poitrine. Severus revint dans leur chambre et l'observa pendant de longues secondes, ému par cette scène, malgré son habituelle indifférence froide envers tout ce qui pouvait toucher à la famille. Sa propre famille lui avait laissé de bien trop mauvais souvenirs. Mais à présent... la vue que lui offrait Amelia et son enfant... c'était là tout à fait autre chose.
Severus revint rapidement à la réalité. Plus que jamais le Maître des Potions, il demanda à la jeune femme s'il pouvait prendre le placenta une fois qu'il aurait été expulsé. Amelia était déchirée entre sa reconnaissance pour son aide, et sa méfiance naturelle envers ce qui pourrait être fait avec un ingrédient aussi puissant. Severus le sentit et il lui assura qu'il ne l'utiliserait pas à des fins de magie du sang maléfiques. La jeune sorcière était bien trop épuisée pour argumenter avec lui. Elle percevait bien que le minimum qu'elle pouvait faire pour le remercier de son aide inattendue, c'était d'accéder à son souhait.
Le Maître des Potions alla chercher une bassine dans son labo. Dumbledore était revenu dans son portrait. "Alors, il est né, ce bébé ?"
"Oui. C'est une fille."
"Bien. A présent, vous devrez trouver un refuge pour la petite."
"Ne vous inquiétez pas, Dumbledore. J'ai un plan."
"Oh, Severus. Au fait... joyeux anniversaire. Vous avez eu un joli cadeau cette année."
Le jeune sorcier lança un regard sombre au portrait. Dumbledore eut un large sourire, pas du tout impressionné par le regard mauvais. Un cadeau, tu parles. Un cadeau dont je dois me débarrasser avant que le Seigneur des Ténèbres ne mette la main dessus.
"J'ai encore des affaires à boucler, Dumbledore." Sur ces paroles, il quitta la cave.
Amelia avait expliqué à Severus que le placenta devrait être expulsé environ une demi-heure après la naissance. Il revint avec une bassine qu'il mit sous les jambes de la parturiente afin que le placenta puisse tomber dedans. Il était ému par la vue de la mère et de l'enfant. Il songea à la prochaine étape à accomplir – prendre l'enfant à sa mère pour la mettre en sûreté. Il avait certes un plan. Mais si Amelia voulait garder son enfant ?
Une fois le placenta expulsé, Amelia demanda à son Maître s'il pouvait couper le cordon ombilical avec sa baguette. Severus accepta et d'un Diffindo rapide et précis, il sépara le placenta et le cordon de l'enfant. Il prit la bassine pour l'emporter dans son labo. Amelia alla à la salle de bains avec son enfant pour prendre une douche bien méritée et aussi prendre soin de sa fille nouvellement née.
Elle s'occupa d'elle rapidement, soulagée d'avoir accouché. Elle était aussi consciente que d'ici quelques heures, elle ne reverrait plus jamais sa fille. Elle se sentait bizarre – ce n'était pas ainsi qu'elle avait envisagé la maternité. Même si l'enfant lui avait été imposé de la manière la plus horrible qui soit.
Amelia s'enroula dans une grande serviette. Elle avait mis sa fille dans une autre serviette et l'avait calée dans le lavabo, le temps pour elle de se doucher rapidement. Maintenant qu'elle était propre, elle pouvait s'occuper de son enfant. Elle lava le bébé avec soin, consciente que ce contact serait le dernier qu'elle aurait avec elle.
Amelia n'avait pas désiré ce bébé. Pourtant, elle ne pouvait pas le haïr. Elle était suffisamment lucide pour comprendre que la fillette n'était en rien responsable de son malheur. Elle était tout autant une victime que sa mère. Amelia lui donna un bain, s'occupant gentiment d'elle, lui souriant malgré sa tristesse et son épuisement. Elle ne voulait pas pleurer devant sa fille, de crainte que le bébé ne le perçoive.
A la place, elle observa sa fille avec intensité. Elle se souvenait du visage de l'homme qui l'avait violée – Peter Pettigrow. Elle tenta de repérer ses traits sur le visage de sa fille mais se réjouit d'en trouver aucun. Bon, cela pourrait changer avec le temps. Il avait les yeux bleus, elle avait les yeux verts, il n'y avait aucun moyen de savoir de quelle couleur seraient les yeux de la petite fille. Même chose pour les cheveux. Il avait des cheveux d'un blond foncé et sale, tandis les siens étaient de couleur châtain. Impossible de dire à quoi ressemblerait la petite Eileen dans quelques années. Il avait un visage rond et grassouillet, tandis que les traits d'Amelia étaient délicats et joliment proportionnés, avec des pommettes hautes. Elle espéra seulement que la petite ne ressemblerait pas du tout à son père. Il était bien trop laid. Si seulement elle pouvait ressembler à... Elle se mordit la lèvre. Ressembler au Professeur. Je préférerais ça. Personne ne pouvait être plus laid que l'homme qui l'avait violée. Elle pria aussi que la fillette serait plus comme sa mère que comme son père, sur les plans à la fois magiques et psychologiques.
Combien j'aurais aimé te garder avec moi... Amelia ne put s'empêcher de penser. Mais tu ne peux pas rester ici, avec moi. Tu es en danger, ma fille. Elle exhala un profond soupir, des larmes s'accumulant dans ses yeux. Une grosse boule se forma dans sa gorge. Comment pourrais-je te protéger, même de loin ?
Le regard d'Amelia se posa sur son collier, qui pendait entre ses seins. Il avait été une puissante source de consolation en périodes de détresse. Elle prit le petit pendentif serpent entre ses doigts et le porta à ses lèvres pour un baiser. L'enfant que je n'aurai jamais avec toi, Terence. Elle regarda sa fille encore une fois et appela doucement son nom. "Eileen... Eileen... le bébé que j'aurais pu avoir avec Terence..." Elle se mordit les lèvres pour empêcher les larmes de couler sur ses joues.
Sous l'impulsion d'une soudaine intuition, Amelia enleva le collier de son cou pour le mettre autour de celui de sa fille. "Il te protégera comme il m'a protégée. Avec amour." Elle aurait aimé garder le collier et le serpent enchanté avec elle, mais le besoin impérieux de donner quelque chose d'elle à sa fille, fut le plus fort. Un objet qui signifierait – du moins à ses propres yeux – qu'elle ne gardait aucune rancune contre le bébé qui lui avait été si impitoyablement imposé. Si elle avait eu une baguette à disposition, elle en aurait fait une réplique mais bon, elle n'avait pas de baguette sous la main.
Le collier était bien trop long pour le petit corps mais Amelia s'en moquait. Eileen grandirait. Elle imagina sa fille dans quelques années, quand elle entrerait à Poudlard. "Eileen... Tout comme pour moi, un Serpentard te protégera toujours." Peut-être que sa fille serait envoyée à Serpentard – ou bien à Serdaigle. Qui pourrait le dire ?
Peut-être qu'elle ne serait plus en vie alors. Amelia soupira. Elle songea au statut du sang du bébé. Elle avait su l'identité de son violeur au moment même où elle avait mis le pied ici, à Spinner's End. Pour sûr, vu son allégeance, Queudver ne pouvait pas être un né-moldu. Il était sûrement un sang-pur. Ce qui faisait de la fillette une sorcière de sang-mêlé. Car Amelia était certaine que l'enfant auquel elle avait donné le jour était magique. Il ne pouvait pas en être autrement, d'après la génétique magique. Même si la magie de Pettigrow était faible, d'après ce qu'elle en avait entendu, elle-même n'était pas faible. Elle savait qu'elle était puissante, bien plus puissante que ce que ses origines moldues pourraient laisser croire.
Amelia entendit un petit coup donné à la porte. Severus l'appelait. Elle répondit qu'elle avait presque terminé. Elle roula sa fille dans une serviette, en cachant le collier et son petit pendentif serpent à l'intérieur. Elle sortit et son regard triste rencontra les yeux sombres du Maître des Potions.
"Comment vous sentez-vous ?" demanda-t-il.
"Je suis..." Elle était perdue. "Je devrais aller bien, Maître."
"Retournez au lit. Vous avez besoin de repos. Je veux seulement que vous écriviez un petit mot que j'ai préparé."
Son visage afficha un air perplexe. "Que voulez-vous dire ?"
"Vous ne voulez pas que la famille adoptive de votre fille soit laissée sans un minimum d'informations sur elle, je suppose. Comme sa date de naissance, son lieu de naissance, et son prénom, par exemple."
Elle approuva d'un hochement de la tête. "Vous avez raison, Maître."
Elle le suivit dans leur chambre. Là, elle posa le bébé sur le grand lit. Severus lui donna un morceau de parchemin où il avait griffonné quelques mots. "Je ne peux pas l'écrire moi-même. On pourrait reconnaître mon écriture – ce que je ne peux me permettre."
Toujours aussi secret. Amelia s'assit et commença à écrire le texte de sa propre main.
Bonjour, mon nom est Eileen. A ce stade, Amelia s'arrêta. Elle était consciente que ce document serait la seule chose que sa fille aurait d'elle – en plus du petit pendentif serpent. Elle reprit son écriture. Je suis née le 9 Janvier 1998, à Manchester. Mes parents sont magiques. Mais ils ne peuvent me garder. S'ils le faisaient, je serais en danger. Ma mère est une née-moldue. La phrase suivante confirma les suppositions d'Amelia à propos de Pettigrow. Mon père est un sang-pur. Bien sûr que Severus était au courant de ce détail à propos de son frère Mangemort. Amelia devait reconnaître qu'il avait soigneusement choisi les mots. En aucune façon la fillette devrait connaître les circonstances entourant sa conception. L'information donnée était à la fois précise et vague. S'il vous plaît, gardez-moi avec vous, je serai une bonne fille pour vous.
Des larmes emplirent à nouveau les yeux d'Amelia. Elle fit un effort terrible pour se contrôler, surtout devant Severus. Elle savait combien son Maître détestait cela, quand les gens pleuraient devant lui. Elle détourna la tête.
Severus avait dû percevoir ses sentiments d'une manière ou d'une autre. Il posa une main sur l'épaule de la jeune femme. "Vous savez que vous devez le faire. Sinon, il va la tuer. Ou pire – il va me demander de le faire." Sa voix était emplie de compassion – ce qui surprit la jeune sorcière. Amelia fit oui de la tête. Inutile de dire qui « il » était. Elle entendait encore la menace de Lord Voldemort résonner à ses oreilles, la nuit même où elle avait été capturée par les Mangemorts et donnée à Severus.
La note était très courte mais elle contenait tout ce que les futurs parents adoptifs auraient besoin de connaître à propos de la petite fille. Amelia la remit à Severus après l'avoir relue une dernière fois. Le Maître des Potions la lut aussi avant de la plier. "Maintenant, Amelia, prenez votre fille avec vous et mettez-la dans ce couffin." Il avait Métamorphosé un couffin à partir d'une vieille boîte.
Comme un automate, Amelia obéit. Elle prit sa fille dans ses bras pour la dernière fois, la pressa tout contre son sein et ferma les yeux, pendant de longue secondes. Severus sentait bien qu'elle jetait une sorte de charme car il perçut la magie craquer avec intensité autour de la jeune femme. Une vague puissante d'amour emplit la chambre – qu'il perçut tout autant. Puis tout revint à la normale. Amelia ouvrit les yeux lentement. Son regard rencontra celui du Maître des Potions. Il ne dit rien – il savait qu'elle avait dû projeter sur sa fille une forme de magie très ancienne. De la magie de protection. Soudain, il se rappela que parfois, sa propre mère lui avait aussi fait la même chose, quand il n'était qu'un petit garçon, pour le protéger de la violence de son père. Cette ancienne magie avait alors marché. Elle marcherait encore.
Severus ne put alors s'empêcher de songer à Dumbledore. Dumbledore, dont le leitmotiv était « l'amour comme étant la magie la plus puissante qui soit ». Il lui avait expliqué tout cela à propos du fils Potter et comment il avait survécu au Sortilège de la Mort lancé par Voldemort lors de cette nuit fatale – quand Lily était morte. Lily avait utilisé une magie similaire. Une magie très ancienne mais très puissante. La magie d'une mère pour son enfant. Cette magie était une constante universelle.
Amelia mit le bébé dans le couffin. Severus y avait mis une couverture, afin que le bébé puisse être confortable et au chaud. "Est-ce que vous allez l'emporter maintenant ?" demanda-t-elle d'une voix tremblante.
"Oui, il le faut. Plus elle restera ici, plus vous y serez attachée, et plus il vous sera difficile de l'abandonner." Il pouvait lire la peine sur son visage. "Tout ce que vous faites, vous le faites pour elle, Amelia. Songez-y. Elle sera en sécurité là où je l'emmène. Je vous le promets."
"Et c'est où, là où vous l'emmenez ?"
"Nous en avons déjà parlé. Je ne peux pas vous le dire, pour la sécurité de tous – la vôtre, la sienne et aussi celle de la famille adoptive." Il voulait lui dire de ne pas se montrer difficile mais finalement, il se ravisa et opta pour une voie plus diplomatique. Il coinça la note qu'elle avait écrite entre les plis de la couverture du couffin.
"A présent, Amelia, vous devriez vous coucher. Vous êtes épuisée."
Elle obéit sans un mot. Il avait raison, elle était fatiguée. Elle ouvrit le lit et se glissa entre les draps. Lorsque sa tête toucha l'oreiller, Severus tira sa baguette et lui jeta un sort de sommeil. Les yeux dAmelia se fermèrent immédiatement.
De la sorte, les choses seraient plus faciles pour lui. Elle ne ferait pas d'histoires une fois endormie. Il vérifia qu'elle était installée confortablement, tout en lui caressant la joue de ses doigts dans un geste doux et attentionné.
Severus prit le couffin avec le bébé dedans. Il jeta un sort de silence sur l'enfant et descendit au rez-de-chaussée. Là, il enfila son manteau de voyage et quitta la maison avec l'enfant. Il s'assura que les sortilèges de garde étaient bien en place sur sa maison, car il y laissait Amelia toute seule sans la protection de sa présence. Puis il Transplana dans la nuit.
Ah, il est là enfin venu, le moment que vous attendiez tous ! Et elle est surtout venue, la petite. Bon, vous avez aimé ? Déçus ? Pas déçus ? Cela vous a semblé réaliste/plausible ? Est-ce que Severus et Dumbledore sont bien fidèles à eux-mêmes ?
Une médaille en chocolat et un assortiment de cookies pour ceux et celles qui ont bien remarqué que Severus et Eileen ont bien un anniversaire en commun.
Alors, d'après vous, à qui Severus va confier la petite ? J'aimerais bien lire vos hypothèse, en attendant les futures révélations dans les prochains chapitres.
Donnez-moi votre avis, laissez des commentaires. Ca ne coûte rien de laisser un mot et ça me fait tellement plaisir ! Je publie régulièrement, alors faites un effort. Dois-je me mettre en grève, avec mes muses, comme celles-ci me menacent d'ailleurs de le faire ?
A toutes fins utiles, je rappelle que je publie tous les mardis et tous les vendredis. Alors on s'accroche, on met l'histoire dans ses favoris et ses alertes, et on laisse des commentaires !
J'en profite aussi pour remercier ceux qui laissent des commentaires sans passer par un compte - et que je ne peux donc pas remercier par PM. Vous êtes géniaux dans vos messages, c'est dommage que je ne puisse vous répondre.
