Le Pacte du Sang – Chapitre 16 – La biche d'argent

Severus Transplana à la campagne. La nuit était bien obscure – une nuit de nouvelle lune. Le ciel brillait de toutes ses étoiles, c'était une belle nuit. Il repéra la maison de la famille à qui il voulait confier l'enfant et se dirigea vers elle. Bien entendu, il ne pouvait pas poser l'enfant directement sur le pas de leur porte. Il ne pouvait même pas entrer à l'intérieur de leur propriété car il savait que des sortilèges de garde avaient été mis en place. Depuis que cette famille était placée sous une étroite surveillance, les gardes avaient été renforcées. Surtout depuis l'attaque perpétrée sur les lieux par les Mangemorts l'été dernier, à la recherche du fils Potter.

A la place, Severus repéra un bosquet d'arbres à côté de l'abri de jardin situé à la limite du vaste parc. C'était là un endroit des plus pratiques pour se cacher. Il posa le couffin tout près de l'abri mais toujours à l'extérieur des gardes. Il pouvait sentir leur magie et il fit attention de ne pas les traverser, de crainte d'avertir ainsi la famille avant qu'il ne puisse même avoir le temps de se cacher. Personne ne devait savoir qui avait mis là le bébé.

Severus vérifia que la fillette était confortablement installée dans son couffin. Elle s'était endormie dans ses bras. Il l'observa pendant de longues secondes avant de la laisser là et se retirer derrière le bosquet d'arbres non loin de là. A distance, il leva le sortilège de silence qu'il avait jeté sur le bébé. Puis, toujours en silence, il jeta un autre sort, en se concentrant sur ses souvenirs les plus heureux.

Une lueur argentée apparut à la pointe de sa baguette, avant de prendre la forme d'une créature d'argent – une biche gracieuse. Severus eut un petit sourire, comme toujours lorsqu'il se rappelait des moments les plus heureux de sa vie. Non pas qu'il en avait beaucoup, mais ils demeuraient puissants dans son esprit et c'était là le plus important. Puis il dirigea la biche ainsi formée vers l'abri, puis le jardin, pour qu'elle arrive devant la maison.

Severus savait qu'un Patronus était le seul charme capable de traverser les sortilèges de garde sans les déclencher. C'était le seul moyen d'attirer l'attention des occupants de la maison – les gens qu'il avait choisis pour devenir la famille adoptive de la petite fille – et de les diriger vers le couffin qu'il avait posé non loin de là.


La famille Weasley venait de finir de dîner. Molly avait envoyé les assiettes, les verres et les autres couverts à l'évier. Elle avait commencé à jeter plusieurs sorts pour faire la vaisselle. Arthur était toujours assis à table avec deux de ses fils – les jumeaux Fred et George – qui leur avaient rendu visite ce soir-là.

Molly se trouvait près de l'évier quand elle aperçut par la fenêtre de sa cuisine une forme argentée dans son jardin. Intriguée, elle se colla presque le visage à la vitre pour mieux voir la créature qui s'avançait vers la maison.

Elle appela son mari. "Arthur ! Viens voir !"

Le sorcier accourut aux côtés de son épouse. "Regarde," lui dit-elle doucement. "C'est bien un Patronus, n'est-ce pas ?"

Il plissa les yeux pour s'assurer qu'il voyait bien la même chose que sa femme. "Oui, on dirait bien, en effet. Pourtant, je ne me souviens pas d'avoir déjà vu un tel Patronus avant."

"On dirait une biche," fit George, quelques secondes après que lui et son jumeau se sont rapprochés de la fenêtre, aux côtés de leurs parents.

"Qui a une biche comme Patronus ?" demanda Fred. "Ca pourrait être un piège, tu sais."

"Aucune idée," répondit Arthur. "Mais au moins, ce n'est pas un Mangemort. Les adeptes de Tu-Sais-Qui sont incapables de produire un charme aussi complexe et positif."

"Comment tu peux en être aussi sûr ?" demanda sa femme.

"Parce que c'est Dumbledore qui me l'a dit une fois," expliqua Arthur. Il soupira. "Je ne sais cependant pas qui a une biche comme Patronus. C'est la première fois que je vois celui-là." Il essayait bien de se rappeler les divers Patronus que possédaient les membres de l'Ordre du Phénix. "Belle créature d'ailleurs."

"Bon, le meilleur moyen de le savoir, c'est toujours d'aller voir," fit Fred tout en sortant sa baguette, promptement imité par son frère. "Allons-y, George."

"Sûrement pas !" s'exclama leur mère. "Votre père et moi nous irons voir. Vous restez là."

"Molly, j'irai avec les garçons, toi tu restes ici et tu nous couvres. J'ai l'impression que ce Patronus n'est pas un piège. Qui que ce soit qui l'a invoqué, l'a fait pour nous guider vers quelque chose d'important, ou pour nous transmettre un message. Tu restes ici, tu nous couvres, tu veux bien ? Allez, les enfants, on y va !"

Molly n'eut pas le temps de protester. Fred et George étaient des adultes – bien qu'ils resteraient toujours ses petits. Elle eut juste le temps de suivre son mari et ses fils dehors, baguette à la main. Elle affichait un air inquiet. Elle n'aimait pas du tout cette situation mais en même temps, elle était d'accord avec son mari. Les adeptes de la Magie Noire étaient incapables de produire un Patronus. Celui-ci était magnifique, sa forme corporelle était parfaite. Parfaite et gracieuse.

Seul une personne entière et sincère, douée de pures intentions, aurait été capable de jeter un tel sortilège. Un sortilège qui était parvenu à passer à travers leurs gardes.

Arthur et ses deux fils sortirent de la maison. L'air était glacial, pourtant ils ne le ressentirent même pas, tellement ils étaient intrigués par le Patronus. Ils arrivèrent devant la biche mais alors qu'ils étaient sur le point de pouvoir la toucher, la créature commença à se déplacer vers l'abri de jardin – et vers celui qui l'avait invoquée.

Les hommes Weasley se regardèrent les uns les autres. Arthur haussa les épaules et continua. Tant qu'ils restaient à l'intérieur du périmètre de protection, ils n'avaient rien à craindre. De temps à autres, la biche se tournait vers eux comme pour les inviter à la suivre.


Du bosquet d'arbres où il se cachait, Severus guidait la biche d'argent qu'il avait invoquée. Il avait remarqué que les trois hommes Weasley la suivaient mais néanmoins avec précaution. Il avait aussi vu Molly Weasley qui de toute évidence assurait la couverture de ses hommes. Il était content de constater qu'ils faisaient preuve de prudence. Il demeura silencieux, totalement concentré sur son Patronus. Ce n'était vraiment pas le moment de le laisser se dissiper.

Il était conscient aussi de son environnement – la nature autour de lui, la fillette dans son couffin, les sortilèges de garde. Il faisait attention de ne pas bouger, de crainte de se faire repérer, même s'il était revêtu de son habituel accoutrement noir, même si la nuit était profonde et obscure. Après ce qui était arrivé à George Weasley l'été dernier, lorsque l'Ordre avait escorté Potter de chez sa parenté Dursley pour le mettre à l'abri, Severus était bien trop conscient que les Weasley n'avaient pas trop envie de le revoir – ou bien, dans l'éventualité d'une telle rencontre, que la situation pourrait vite déraper hors de tout contrôle. Ils n'avaient pas trop bien pris la blessure qu'avait subi l'un des leurs. Tout cela à cause d'un accident fâcheux. Severus n'avait jamais eu l'intention de blesser George Weasley. Il avait voulu protéger Lupin d'un maléfice jeté par un autre Mangemort. Malheureusement, son Sectumsempra n'avait pas atteint la cible désirée. Severus savait que quelles que puissent être les explications qu'il donnerait, il ne serait pas le bienvenu. Il restait toujours le meurtrier de Dumbledore. Il était aussi bien conscient qu'en dépit de ses propres talents de duelliste, il ne tiendrait pas longtemps face à quatre sorciers adultes.

La biche d'argent continua à guider les hommes Weasley vers le couffin. Arthur menait le groupe, ses fils observant les alentours avec circonspection, baguette à la main. Ils avaient presque atteint les limites de leur propriété, lorsque Severus décida de réveiller le bébé et le faire geindre un peu, juste ce qu'il fallait pour attirer leur attention.

Par un Rictusempra adroitement jeté, Severus chatouilla le bébé à distance, ce qui fit gémir la fillette sans toutefois lui faire mal. En entendant les cris d'un nourrisson, Arthur tourna la tête vers l'abri de jardin. La biche d'argent se rapprocha de lui avant de repartir pour l'abri – et le bébé. Intrigué, le patriarche Weasley appela ses fils et les trois hommes convergèrent vers la biche et l'abri, d'où semblaient provenir les vagissements du bébé.

"Les garçons, couvrez-moi. Il y a un enfant par là. Au-delà des gardes."

Fred et George acquiescèrent en silence. Arthur traversa les gardes. A ce stade, Severus retint sa respiration. Il ne souhaitait pas être découvert. Il ne pouvait mettre en danger sa couverture parmi les rangs des Mangemort – pas même pour la vie d'un nouveau-né.

Severus jeta un autre Rictusempra vers l'enfant, qui pleura de nouveau en réaction. Arthur s'arrêta sur place et regarda les alentours. Mais qu'est-ce que pouvait bien faire ici un enfant, au cœur de l'hiver ? Qui avait eu la merveilleuse idée de laisser un bébé dans un tel endroit, alors qu'il devrait être à la maison, dans les bras de sa mère ?

Allons, Arthur, allons... songea Severus, toujours concentré sur son patronus. Viens par ici !

La biche d'argent s'arrêta juste à côté du couffin. Son élégante tête se tourna vers Arthur et le fixa du regard, l'invitant à le rejoindre. Les instincts parentaux d'Arthur finirent par se mobiliser et il se précipita vers la biche qui s'était arrêtée près de l'abri mais hors du périmètre de protection délimité par les sortilèges de garde.

Enfin, il repéra le couffin, s'assura que ses garçons veillaient sur lui, avant de mettre un pied hors du périmètre, pour pouvoir prendre le bébé. A cet instant, la biche d'argent le regarda une dernière fois de ses yeux doux et expressifs. Arthur ne put s'empêcher de songer qu'une créature aussi gracieuse, un Patronus aussi beau, ne pouvait venir que d'une âme tout aussi belle. Une âme pure. Il sourit à la biche et prit le couffin dans ses bras. Il se retira rapidement à l'intérieur des limites fixées par les sortilèges de garde mis en place pour la protection de la propriété Weasley. Une fois revenu à l'intérieur, il jeta un dernier regard à la biche qui le salua une dernière fois d'un joli mouvement de la tête avant de se dissiper dans les ténèbres.

"Rentrons à la maison, les enfants," ordonna le père à ses fils, son précieux fardeau dans les bras.

Molly les attendait sous le porche de la maison. Elle était inquiète et se demanda ce que son mari avait rapporté dans les bras. On aurait dit un paquet – mais un paquet de quoi ? Impossible à dire.

Au loin, Severus relâcha le souffle qu'il avait retenu. Sa mission envers l'enfant d'Amelia était terminée. Il se sentait soulagé que la petite fille ait trouvé une famille décente. Une famille qui la protégerait, du moins pour la durée de la guerre. Après... il ne savait pas ce que ferait Amelia. Peut-être qu'il devrait écrire un mot pour elle, lui indiquant où se trouvait son enfant, au cas où il mourrait avant de pouvoir dire la vérité sur la situation de la fillette. Peut-être qu'elle ne serait pas intéressée à connaître ces détails, vu les circonstances plutôt douteuses dans lesquelles l'enfant avait été conçue. Cependant, il voulait laisser le choix à Amelia.

Néanmoins, il décida qu'il resterait un peu plus de temps ici. Il avait une vue directe sur la maison. Il voulait connaître la réaction de la famille Weasley lorsqu'ils réaliseraient qu'ils avaient ramené un bébé. Il avait confiance en les instincts maternels de Molly. Il était prêt à parier qu'elle garderait l'enfant.

En fait, c'était la seule famille à laquelle le Maître des Potions pouvait penser en termes d'accueil d'un enfant inconnu et non désiré. Il resta dans l'obscurité pendant de longues minutes de plus. Une fois certain qu'ils avaient gardé le bébé, il soupira avant de Transplaner pour revenir à Spinner's End.


Les Weasley rentrèrent chez eux rapidement. Molly comprit que son mari portait un bébé dans les bras, car l'enfant gémissait un peu. Arthur posa le paquet sur la table, pour que la famille puisse voir le contenu du couffin.

C'était bien un bébé. Un enfant soigneusement enveloppé dans des couvertures. Un enfant dont on avait pris soin de toute évidence, car il était propre.

"Regarde, Papa, il y a un morceau de parchemin là," fit Fred. Il était sur le point de prendre le papier quand son père lui saisit le poignet.

"Attention, mon fils. Regardons d'abord ce que c'est," dit Arthur tout en vérifiant le papier avec sa baguette. Il n'était pas un expert en Magie Noire comme l'étaient Moody ou Severus, mais il avait suffisamment été en contact avec de tels objets dans sa vie professionnelle pour pouvoir faire la différence. Au bout de quelques secondes passées à jeter divers charmes de détection de Magie Noire, il reconnut qu'il n'y avait rien de malveillant. Il permit à sa femme de prendre l'enfant dans les bras pendant qu'il prenait le message.

"Bonjour, je m'appelle Eileen. Je suis née le 9 Janvier 1998, à Manchester. Mes parents sont des sorciers. Mais ils ne peuvent pas me garder. S'ils le font, je serai en danger. Ma mère est une née-moldue. Mon père est un sang-pur. S'il vous plaît, gardez-moi avec vous, je serai une bonne fille pour vous," lit-il à voix haute pour que tous présents puissent l'entendre.

"Eileen... voilà un joli prénom," fit Molly. "Mais, attends, le 9 Janvier, c'est aujourd'hui ! Ce bébé est né aujourd'hui !"

"Brillant déduction, Maman," railla George, ce qui lui valut un regard furieux de sa mère.

"Il essaie seulement de détendre l'atmosphère, Maman," ajouta Fred rapidement, venu à la rescousse de son frère.

Molly lui lança aussi un regard réprobateur. "Ce qui veut dire que ce n'est pas la mère qui a laissé l'enfant ici. Elle ne devait pas être en état de le faire. Quelqu'un d'autre a dû le faire pour elle."

"Le sorcier ou la sorcière qui a jeté le Patronus en forme de biche," fit Arthur d'un ton songeur. "Quiconque a abandonné cet enfant ici, à proximité de notre maison, voulait qu'il soit là, avec nous."

Fred et George échangèrent un regard. "Le bébé est une sorcière..."

"... Le statut du sang de ses parents..."

"... n'a pas été mentionné par hasard. Ca veut dire..."

"... que le bébé était en danger d'une manière ou d'une autre..."

"... et quiconque l'a laissée ici, l'a fait pour protéger l'enfant," acheva Arthur.

Molly eut un large sourire. "Fantastique, nous la gardons avec nous alors !" Elle pressa l'enfant contre son ample poitrine. "Aucun nom de famille n'est mentionné dans la lettre. Cette Eileen à présent des nôtres ! Ma deuxième fille !"

Fred et George roulèrent les yeux. "Heureusement qu'on ne vit plus ici, tu ne crois pas, Fred ?"

"Je suis complètement d'accord avec toi, George. Ginny n'avait pas déjà été un cadeau, inutile pour nous de subir ça une fois de plus."

Leurs yeux reflétaient l'amusement, un sentiment que leur mère manqua totalement de percevoir. Elle ne put s'empêcher de les taper gentiment sur la tête dans un geste de reproche.

Le bébé commença à geindre, ce qui fournit une diversion des mieux venues. Molly tourna son attention vers l'enfant. Elle la découvrit un peu et remarqua alors que la fillette portait un collier. Un collier avec un pendentif en forme de serpent. Intriguée, elle tourna le petit serpent entre ses doigts. "Regarde ça, Arthur."

"Un serpent ?" fit Arthur, que l'étrange bijou laissa perplexe. "Mais qui pourrait donner un tel pendentif à son enfant ?"

"Une famille de Serpentards ? Honnêtement, Arthur, à part les Serpentards, je ne connais personne qui donnerait un tel bijou à un bébé."

Arthur sortit sa baguette. "Laisse-moi vérifier quelque chose."

Molly comprit où il voulait en venir. Les bijoux étaient réputés être de bons réceptacles pour de la magie. "De la Magie Noire dans un bijou ?"

"Non, j'ai déjà vérifié ça, il n'y a pas de Magie Noire sur cet enfant. Mais il pourrait y avoir une autre sorte de magie." Il passa sa baguette au dessus du pendentif. "C'est bien ce que je pensais. De la magie de protection. Ce pendentif serpent est doté d'un puissant charme de protection. Quiconque a mis ça autour du cou de ce bébé, savait ce qu'il ou elle faisait. Rien de mal. Je suggère que nous laissions le collier et son pendentif serpent avec le bébé. Après tout, c'est probablement la seule chose qui viennent de ses parents, je veux dire, de ses vrais parents," conclut-il.

Molly approuva de la tête. "Je vais lui donner un bain et Métamorphoser pour elle quelques habits en vêtement pour bébés. A partir de maintenant, elle s'appelle Eileen Weasley."

"Elle n'est pas rousse," remarqua Fred.

"En aucun cas on la considérera comme une Weasley, Maman," ajouta George. "Non pas que nous ne voulons pas d'une sœur de plus, mais les gens d'ici ne le croiront jamais."

Molly et Arthur se regardèrent. Leurs fils avaient raison. "On verra ça plus tard. Ce bébé n'est âgé que d'un jour et les bébés changent beaucoup avec le temps. Il sera temps alors de voir si l'on devra recourir à un charme pour modifier ses cheveux. De plus... il se peut que la guerre soit terminée alors."

"Pourquoi est-ce que tu parles de la guerre, Papa ?" firent les deux jumeaux en même temps.

"Quiconque a amené cet enfant, a pris de grandes précautions pour le faire en toute discrétion et ne pas être découvert. Le charme du Patronus qui a été utilisé exige beaucoup de pouvoir et d'habileté. Il ou elle avait un besoin impérieux d'abandonner cet enfant, ou plutôt de le préserver en le confiant à une famille adoptive. Sûrement parce que l'enfant est en danger. Pensez-y."

"Il est dit dans la lettre que sa mère est une née-moldue," commenta George. "Pas étonnant que la mère ait pu se sentir alors en danger. Et si le père est un sang-pur, il pourrait être considéré comme un traître-à-son-sang, d'avoir conçu un enfant avec une née-moldue. Le bébé ne sera alors pas mieux considéré que ses parents."

"En effet. C'est pourquoi quiconque l'a laissée ici, savait que nous prendrions soin d'elle et que nous la protégerions," fit Arthur.

"Ce qui veut dire que quiconque l'a amenée ici, nous connaît," conclut Fred.

"Tout le monde te connaît, Papa. Tu travailles au Ministère," ajouta George. "On sait aussi que tu n'aimes pas beaucoup Tu-Sais-Qui."

Ils restèrent silencieux autour du bébé. "Oh, elle est tellement mignonne," finit par dire Molly. "Je suis très contente d'avoir une aussi jolie petite fille. Tu te souviens comme j'étais si heureuse quand Ginny est née ?"

Arthur sourit à l''évocation du souvenir. "Oh, oui. Cette petite fille est née aujourd'hui, donc on peut considérer qu'elle est née au sein de notre foyer. Même si elle est née à Manchester." Il devint pensif. "Je me demandais qui habite à Manchester, qui pourrait nous connaître et être capable d'invoquer un Patronus – et être le père de cet enfant." Il semblait se casser la tête à tenter de se rappeler qui cela pouvait être mais il n'arriva pas à trouver un nom.

"Qui s'en soucie ?" fit Molly. "Eileen est à nous désormais. Si ses parents l'ont laissée ici, c'est parce qu'elle est en danger. Ou du moins, ses parents le sont. Nous ne devrions pas essayer de savoir qui ils sont. Ca pourrait attirer le danger sur elle – et sur nous. Vaut mieux se la jouer discret."

Arthur fit oui de la tête. C'était très plausible. Inutile de ruminer sur les origines de la fillette. S'occuper de ses besoins et de sa sécurité était le plus important pour le moment. Ainsi que survivre à la guerre en cours.


Severus revint rapidement à Spinner's End. Une fois à l'intérieur de sa maison, il se précipita à l'étage pour aller voir Amelia. La jeune sorcière était toujours profondément endormie. Il s'assit près d'elle, sur le lit. Ses doigts trouvèrent la joue de la jeune femme, qu'il caressa doucement. Elle semblait épuisée mais son visage était toujours aussi beau. Elle bougea sous la caresse, dans son sommeil. Severus s'arrêta de lui caresser la joue, de crainte qu'elle ne se réveille. Elle semblait seulement apprécier son toucher, même dans son son sommeil.

Il se sentit ému et avant que la situation n'échappe à son contrôle, d'un point de vue émotionnel, il sortit de la chambre, non sans lui avoir jeté un dernier regard. Il passerait le restant de la soirée, et peut-être de la nuit, dans son labo, dans la cave. Il avait beaucoup de travail à y faire pour le Seigneur des Ténèbres. Les potions étaient toujours un bon moyen pour lui de reprendre la main sur ses émotions, et de se concentrer sur ce qui était réellement important.

Pourtant, l'image d'Amelia ne cessait de danser devant ses yeux. Elle était importante. Elle était devenue importante. Il se sentait un devoir envers elle. Non, c'était plus que cela. Il ressentait quelque chose... bon, il ne savait pas quoi exactement. Son corps, lui, le savait. Leurs divers contacts physiques, depuis qu'elle était entrée dans sa maison et dans sa vie. Les bons comme les mauvais. Cependant, son corps ne se souvenait que des bons. Quand il l'avait tenue sous lui. Quand il l'avait tenue dans ses bras. Les mains de la jeune femme sur sa joue, pour une douce caresse, quand elle lui avait exprimé toute sa confiance en lui.

D'accord, ce n'était là que son corps. Et pourtant... son esprit ne valait guère mieux. Severus n'arrivait pas à comprendre pourquoi la jeune sorcière pouvait éprouver de tels sentiments envers lui, pourquoi elle lui faisait confiance. Il avait vaguement entendu parler du Syndrome de Stockholm – quand des prisonniers ont des sentiments forts et positifs envers leurs geôliers. Etait-ce le même phénomène à l'oeuvre maintenant, en ce qui la concernait ? Ou bien était-ce autre chose ?

Son esprit essaya de reprendre le contrôle sur ses émotions. N'importe qui aurait éprouvé la même chose pour quelqu'un qui leur aurait épargné un sort lugubre. Il n'y avait là rien d'extraordinaire. Il s'était occupé d'elle et assuré que son enfant était en sécurité. Non, rien de vraiment extraordinaire. Il n'avait fait que son devoir, comme d'habitude. Il aurait fait la même chose pour n'importe qui d'autre. Pour tout autre personne qu'il aurait pu sauver ou dont il aurait pu prendre soin – à condition d'être en position de pouvoir le faire, bien entendu.

Severus termina quelques tâches dans son labo. Mais il devait admettre qu'il se sentait soudain très fatigué. Emotionnellement épuisé comme il l'avait rarement été. La journée avait été chargée d'émotions en effet. Il jeta un œil au calendrier et dut admettre que Dumbledore avait eu raison. Aujourd'hui, c'était le 9 Janvier, un jour sur le point de s'achever d'ici quelques heures.

Dumbledore avait eu raison – une fois de plus. Un tout petit sourire releva les coins de sa bouche.

38 ans, Severus. Joyeux anniversaire.


Ah, j'espère que ça vous en bouche un coin, eh ? Les Weasley, mais bien sûr ! Soyez honnêtes, combien d'entre vous avait eu l'idée que Severus pourrait leur avoir confié l'enfant ?

Sinon, comme toujours, j'espère aussi avoir respecté les membres de cette glorieuse famille. J'aime bien leur interaction et j'avoue que je me suis bien amusée à écrire Fred et Georges. Ces deux-là... *soupir*

Ils fournissent aussi le "comic relief" au chapitre, la respiration après la tension que procure la scène vécue du côté de Severus - qui lui, n'est pas là pour rigoler, on s'en doute bien, surtout qu'une fois de plus, il prend des risques pour sauver autrui tout en bluffant le Seigneur des Ténèbres (qui lui non plus n'est pas là pour rigoler, non mais).

Et effectivement, la vie présente à Severus un cadeau dont il est loin de se douter qu'il aura des conséquences sur sa vie prochaine. Il ne le sait pas encore, vous non plus, seule moi le sait, l'auteur omniscient, et ne comptez pas sur moi pour tout révéler ! LOL Faudra lire la suite et laisser des commentaires.

Je suis lourdement endettée envers le film "Les Reliques de la Mort - 1ère partie" - avec la fameuse scène de la biche avec Harry. Il est vrai que l'esthétique de la scène, sa tension aussi, m'ont bien guidée dans ma tête pour écrire cette scène, avec une adaptation au contexte de mon histoire, bien évidemment. Cela fait partie de mon processus créatif lors de l'écriture : je vois la scène comme un film avant de pouvoir l'écrire. Je suis la réalisatrice du film qui va devenir ensuite une fic. Voilà, je vous livre une partie du secret du fonctionnement de mon imagination.

Je remercie tous les gens qui laissent des commentaires sans que je puisse leur répondre personnellement. J'adore mes lecteurs, tous mes lecteurs !