Le Pacte du Sang – Chapitre 19 – Le Ministère de la Magie

La fameuse date arriva très vite. Bien plus vite que ne l'aurait souhaité Amelia. Cependant, elle était prête à faire face à la Commission. Elle choisit de s'habiller d'une manière toute classique, comme l'aurait fait une sorcière sang-pur. Ce qui fut facile : Eileen Prince Rogue avait été une sorcière sang-pur elle-même, elle avait laissé des vêtements simples mais classes. La jeune sorcière sélectionna une longue jupe noire, avec une chemise de satin vert foncé. Amelia avait appris que, tout comme son fils, Mme Rogue avait été envoyée à Serpentard quand elle avait été à Poudlard. Severus avait approuvé le choix vestimentaire de la jeune femme. Il savait l'importance de faire une première bonne impression.

Une fois prêts, ils quittèrent la maison, Severus vêtu comme d'habitude de son pantalon et de sa redingote noire, avec ses robes de professeur par dessus, tandis qu'Amelia était enveloppée dans une cape. Il était bien conscient d'être impressionnant ainsi. Il voulait aussi qu'Ombrage se souvienne de lui comme d'un ancien collègue, s'il était nécessaire toutefois de recourir à ces souvenirs en particulier.

Il s'assura que les sortilèges de garde étaient en place sur sa maison, puis ils se dirigèrent vers l'abri de jardin au fond de la cour, d'où ils pouvaient Transplaner sans attirer l'attention du voisinage. Les nuages étaient bas et gris. Une fois à l'intérieur de l'abri, il la prit dans ses bras et ils Transplanèrent, direction Londres, au Ministère de la Magie.

Ils y arrivèrent quelques secondes plus tard, non loin d'une cabine téléphonique abandonnée. C'était là une entrée autrefois utilisée par le public qui souhaitait accéder à l'intérieur du Ministère sans avoir à recourir au réseau des Cheminettes. Maintenant que les mesures de sécurité avaient été renforcées, cette entrée était réservée aux personnes qui offraient toutes les garanties de sûreté et de fidélité – à savoir des cadres supérieurs du Ministère et des Mangemorts. Severus était l'un de ces derniers. N'importe qui d'autre devait utiliser les fameuses toilettes.

Severus tira Amelia par le bras vers la cabine. Ils y entrèrent, contents de s'y abriter quelque peu du temps affreux qui sévissait actuellement sur Londres. Mais avant de composer le numéro pour entrer au Ministère, Severus prit le visage d'Amelia entre ses mains puissantes.

"Ecoutez-moi, Amelia. Vous êtes sur le point d'entrer dans un lieu empli de gens qui n'aiment pas les nés-moldus – et d'autres qui ont peur de ceux qui les détestent. Utilisez l'Occlumencie pour garder votre esprit fermé tout le temps. Rappelez-vous que vous n'avez pas de baguette, vous ne pouvez pas vous défendre ainsi. Vous êtes vulnérable. L'Occlumencie est la seule défense à votre disposition." Il soupira. "Pour autant que je n'aime pas ça, je dois le faire." Ce disant, il tira sa baguette et jeta un charme sur le collier qu'elle portait. Une chaîne fine, similaire à celle qu'il avait utilisée sur elle au Manoir des Malefoy, se matérialisa, avec une extrémité dans la main de l'homme. "Vous êtes mon esclave. Aussi..." Il s'arrêta, l'émotion brillant brièvement dans ses yeux sombres. "Je vous traiterai de la même manière que je l'ai fait avant... lorsque Queudver vivait encore dans ma maison. Je vous appellerai « sang-de-bourbe », par exemple."

Elle fit oui de la tête. "Je comprends, Maître." Elle savait que cela faisait partie de la comédie qu'il devait jouer devant tout le monde.

"Bien. Allons-y et à partir de maintenant, ne croyez pas un seul mot de ce que je vais dire sur vous."

Cela sonnait étrangement aux oreilles d'Amelia. Etait-ce là une sorte d'excuse donnée en anticipation ? Impossible à dire. "J'ai confiance en vous, Maître." Elle baissa la tête de la manière la plus soumise qu'elle pouvait, lui montrant ainsi qu'ils pouvaient y aller. Severus la regarda avec attention pendant quelques secondes avant de composer le numéro pour entrer au Ministère. 6-2-4-4-2. Les mesures de sécurité avaient changé mais pas le numéro, ce qui le fit sourire de mépris pour l'évident manque de prudence du Ministère, d'une certaine manière. Le numéro aurait été la première chose qu'il aurait modifiée. L'intérieur de la cabine téléphonique se déplaça comme un ascenseur et ils descendirent vers l'intérieur des lieux.

Ils arrivèrent à un endroit où d'autres ascenseurs et foyers étaient situés, la cabine s'abaissant au beau milieu d'un large corridor menant à l'Atrium. Amelia était déjà allé au Ministère de la Magie par le passé. A présent, les lieux étaient fort différents de ses souvenirs. La Fontaine de la Fraternité Magique d'autrefois avait été remplacée par une espèce de sculpture massive et laide, qui ressemblait de manière frappante aux œuvres fabriquées dans certains états dictatoriaux du monde moldu, qu'Amelia se rappelait avoir vu dans des livres. Comme dans l'URSS ou le Troisième Reich, il y a quelques décennies de cela, par exemple. Ce qui en disait long, selon elle, sur ce qu'était devenu le Ministère de la Magie. Elle se demanda si les gens ici avaient remarqué ces ressemblances. Vraisemblablement pas, car ils méprisaient tout ce qui n'appartenait pas à leur monde. Bon, son monde à elle aussi. Je suppose qu'il y a des constantes universelles.

Severus et Amelia devaient s'inscrire au bureau d'entrée et ils passèrent devant l'horrible monument. Comme ils s'en rapprochaient, la jeune sorcière pouvait lire que l'imposante structure portait les mots "La Magie est la Puissance", gravée dans la pierre. Oui, bien sûr, c'était évident. Mais ce qui l'horrifia réellement, c'était les détails sculptés à la base de l'énorme pilier. Un pilier qui semblait écraser des gens. Elle interpréta rapidement et avec justesse que les gens ainsi écrasés était en fait des moldus et des nés-moldus. Des gens comme elle.

Elle s'était arrêtée devant le monument, à la fois fascinée et dégoûtée. Severus s'était arrêté aussi. Cela faisait longtemps qu'il n'était pas revenu ici et y avait trouvé des changements. Pas pour le meilleur cependant. Ses propres pensées n'étaient pas éloignées de celle d'Amelia en fait. Il tira sur la chaîne. "Allons nous inscrire comme visiteurs. Inutile de rester ici plus longtemps que nécessaire, vous ne croyez pas ?" lui murmura-t-il à l'oreille.

Amelia se tourna vers lui. "Le pouvoir sans la maîtrise n'est rien," commenta-t-elle doucement. Il voyait bien qu'elle avait été quelque peu choquée par le monument. Elle avait raison. Il avait toujours cru fermement en les vertus de la maîtrise. D'abord la maîtrise de soi. C'était là une seconde nature chez lui.

Ils se dirigèrent vers le bureau des Inscriptions. Ce faisant, ils passèrent près d'une table où des piles de papier étaient rangées. Elle jeta un coup d'oeil aux papiers. Des affiches, en fait. Des affiches qui montraient la photo de face – façon prisonnier – d'un certain Harry Potter, avec les mots « Indésirable No. 1 » écrits dessous.

Elle croisa brièvement le regard de son Maître, avant de baisser à nouveau les yeux. A présent, il avait cette expression froide et insondable que son visage affichait habituellement. Ils allèrent à un bureau au-dessus duquel était suspendu un énorme panneau : « VISITEURS, VEUILLEZ VOUS INSCRIRE ICI ».

"Par ici, sang-de-bourbe," fit Severus à Amelia, tout en tirant brutalement sur la chaîne. Amelia obéit du mieux qu'elle le put et le suivit. Elle savait qu'il devait agir comme s'il était le méchant Mangemort qu'il était supposé être.

Ils se trouvèrent devant le bureau. Là, un employé du Ministère demanda à Severus de remplir un formulaire de demande pour obtenir un badge visiteur. Le Maître des Potions regarda le sorcier froidement, avant de défaire et remonter ses manches gauches. Il lui montra sa Marque des Ténèbres, sous les yeux effarés du pauvre homme. "Vous me donnerez un badge. Tout de suite. Sans poser d'autres questions," gronda Severus d'un ton intimidant.

"Oui, oui... monsieur... Bien sûr, monsieur."

"Je suppose que vous connaissez aussi mon nom."

"Oui, Professeur Rogue, bien sûr, monsieur." Sa voix tremblait. Amelia observait son Maître. Elle ne pouvait s'empêcher de songer qu'il semblait savourer l'autorité qu'il pouvait exercer sur autrui, ainsi que la peur qu'il pouvait susciter en eux. Sa nature dominatrice jouait à fond.

"Et en ce qui concerne la jeune dame ici présente ? Elle vous accompagne ?"

"Oui. C'est mon esclave, mon esclave sang-de-bourbe. Nous avons une audience avec Dolores Ombrage. A propos du statut de son sang, si vous voyez ce que je veux dire."

Bien évidemment que le sorcier savait ce qu'il en retournait. Il hocha la tête. "Puis-je avoir son nom, s'il vous plaît ? Quel que soit son statut, elle est une visiteuse et elle a besoin d'avoir un badge aussi."

"Amelia Davis. Voici la lettre que Mme Ombrage lui a fait parvenir."

Le sorcier prit la lettre, la vérifia rapidement et la lui rendit. Puis il donna deux badges à Severus – sans poser d'autres questions. Il eut un regard de commisération pour la jeune femme qui accompagnait l'impressionnant Mage Noir se tenant devant son bureau. Ses yeux brillèrent de compassion pour elle. Etre l'esclave d'un Mangemort, quel destin. Elle semblait jeune et jolie, et apeurée aussi. Pas étonnant. Il n'osa pas imaginer les horreurs qu'elle devait endurer avec un Maître tel que Severus Rogue, un Mage Noir, un Mangemort de haut rang, l'assassin du grand Albus Dumbledore. Il tenta bien de croiser le regard avec elle mais elle gardait les yeux baissés dans une attitude parfaitement soumise. Il avait aussi remarqué la chaîne qui pendait de son collier et la reliait au Mage Noir.

Severus agrafa son badge sur sa redingote avant de faire de même sur la cape d'Amelia. Sans un mot pour elle, il quitta le bureau, entraînant Amelia derrière lui vers les ascenseurs.

Ils empruntèrent une cabine, déjà occupée par d'autres personnes. Amelia pouvait sentir leurs regards sur elle, surtout sur la chaîne qui partait de son collier pour rejoindre la main de son Maître. A présent, elle se sentait vraiment mal à l'aise. Parce qu'elle réalisait quelle était désormais sa condition. Elle avait le sentiment que rien que cette chaîne était suffisante pour hurler à tous quel était le statut de son sang. Severus ignora les regards, de son habituelle arrogance dédaigneuse. Il était conscient de ce que les gens pouvaient dire sur lui. Il sentait leur peur de se retrouver en présence d'un Mangemort comme lui, d'un Mage Noir dangereux, d'un meurtrier notoire, de l'assassin du grand Albus Dumbledore.

La voix intégrée de l'ascenseur informa les passagers de leurs étages de destination. Amelia fut soulagée lorsqu'ils sortirent de l'ascenseur. Severus, la tirant toujours par la chaîne, la mena dans un escalier. Les salles d'audience étaient situées au 10ème niveau, mais cet étage n'était pas desservi par les ascenseurs. Ils devaient prendre les escaliers pour y accéder. Ils parvinrent enfin au corridor menant aux salles d'audience. La jeune sorcière remarqua que le sol et les murs étaient recouverts de carrelage noir, ce qui conférait aux lieux une apparence encore plus froide et sinistre.

L'atmosphère avait quelque chose de glacial qui les perturba tous les deux. Severus avait sa petite idée quant à ce qui pourrait se trouver derrière la porte et il n'aimait pas cela le moins du monde. Néanmoins, il continua à marcher jusqu'à ce qu'ils atteignent l'entrée de la salle d'audience.

Il les sentait. Des Détraqueurs.

Il vérifia qu'ils étaient bien seuls dans le corridor. Il saisit Amelia par le bras pour l'attirer le plus près de lui. "Amelia," lui murmura-t-il à l'oreille, "écoutez-moi bien. Je soupçonne qu'il se trouve des Détraqueurs dans la salle d'audience. Fermez votre esprit avec l'Occlumencie et restez calme. Je suis avec vous. Tout ira bien et nous devrions sortir d'ici indemnes."

Elle se tourna vers lui au mot « Détraqueurs ». Son visage, à quelques centimètres du sien seulement, reflétait une authentique panique. "Oui, Maître," parvint-elle à dire, faisant de son mieux pour masquer sa peur. Par leur contact physique étroit, il la sentait trembler comme une fleur agitée par le vent.

Amelia essaya de rester calme et de maintenir sa panique sous contrôle. Elle se rappela la nuit où elle avait été capturée, le soir au Manoir Malefoy – et comment elle était parvenue à passer à travers toutes ces épreuves sans craquer. Elle y était arrivée. Elle y arriverait encore. Surtout avec Severus à ces côtés. Elle ne craquerait pas. Ce n'était pas le moment. Elle demeurerait forte, tout comme lui l'était, toujours maître de lui.

La porte de la salle d'audience n'était pas gardée. Pas surprenant, s'il y a des Détraqueurs dans les environs, songea Severus. Le Maître des Potions se contenta de la pousser et entra dans la salle avec Amelia en remorque.

A leur grande surprise, la salle d'audience était déjà occupée par une vingtaine de personnes. Des sorcières et des sorciers, l'air grave et même inquiet, étaient assis sur les bancs en face du siège et de du bureau du Président. Severus regarda l'heure à sa montre de poche. Ils étaient un peu en avance. Tous ces gens avaient dû être cités à comparaître à la même heure. Les affaires seraient entendues à partir de ce moment. Ils devaient seulement attendre que soit appelé le nom d'Amelia.

Severus tira Amelia vers un banc, à l'écart des autres. Il voulait être seul avec elle, au cas où il aurait à lui dire quelque chose. Il voulait aussi garder un œil sur les sorciers et les sorcières présents, au cas où il reconnaîtrait quelqu'un – ami ou ennemi. Non pas que Severus ait beaucoup d'amis susceptibles d'être convoqués devant la Commission d'Enregistrement des Nés-moldus. De plus, il avait conservé des mauvais souvenirs du Ministère de la Magie, quand il était plus jeune – il considérait tout le lieu comme un ennemi général en soi.

Ils s'assirent et Amelia profita du moment pour fermer son esprit encore plus avec l'Occlumencie. Severus sentait la présence toute proche des Détraqueurs. Son regard perçant parcourut la salle, puis ses yeux se portèrent sur le plafond. A procéder ainsi, il remarqua deux détails intéressants.

Premièrement, les Détraqueurs se tenaient tout près du plafond, y flottant là tranquillement mais distillant néanmoins leur dose de désespoir et de froideur. La main du Maître des Potions serra sa baguette fermement. Ils ont dû recevoir des ordres de se tenir éloignés du public. Pour le moment.

Deuxièmement, lorsqu'il regarda les autres personnes assises dans la salle, il remarqua un rouquin. Un homme qu'il avait assez bien connu. Arthur Weasley. Severus se demanda ce qu'il pouvait bien faire ici – après tout, Arthur était un sang-pur. Puis il le vit en train de parler avec un sorcier qui semblait particulièrement stressé. Arthur étant Arthur, il était sûrement ici pour soutenir un de ses amis ou de ses collègues. Il n'avait cependant pas remarqué Severus, occupé comme il était à discuter avec le sorcier bouleversé.

Mais quelqu'un d'autre l'avait vu. "Hey, Rogue !" fit un homme petit mais râblé, aux cheveux blond gris nattés. L'homme s'avança vers Severus et Amelia.

Le Maître des Potions se tourna vers l'homme qui venait à eux. "Bonjour, Yaxley," répondit-il froidement.

"Qu'est-ce que tu fais ici ?" demanda l'autre Mangemort de sa voix rauque et profonde.

"Mon esclave sang-de-bourbe a été convoquée."

Les yeux froids de Yaxley se portèrent sur Amelia. "Je me souviens, en effet. C'est la sang-de-bourbe que le Seigneur des Ténèbres t'a donnée l'année dernière."

"Oui, c'est elle." Sa réponse était volontairement courte.

"Elle n'était pas supposée être enceinte ?"

"Elle l'était. Le bébé est mort," mentit Severus. "Un enfant mort-né. Et toi, qu'est-ce que tu fais là ?" demanda-t-il pour changer de conversation et éviter de continuer sur le sujet d'Amelia.

"Rogue, tous les services du Ministère ont un officiel pour représenter le Seigneur des Ténèbres, afin de s'assurer que ses politiques sont bien mises en oeuvre. Tu le sais déjà. Je suis celui chargé de faire en sorte que cette Commission applique bien les nouvelles lois sur les sang-de-bourbes et le statut du sang."

Comme si Ombrage avait besoin qu'on la surveille à cet égard ! songea Severus avec amertume. Elle est suffisamment cinglée comme ça pour ne pas avoir besoin de l'un d'entre nous pour mettre ces politiques en oeuvre. Il soupçonna son frère Mangemort de s'être assuré une sinécure au sein du Ministère. Il ne put s'empêcher de penser que peut-être... peut-être que Yaxley avait une liaison avec Ombrage. Il secoua cette idée stupide. Dans d'autres circonstances, il en aurait ricané.

Il y avait du bruit dans la salle. "Je dois y aller, Rogue. La patronne est arrivée. Oh, au cas où tu ne veux plus de ta putain sang-de-bourbe... pense à moi. Elle ne dépareillerait pas dans mon lit," finit-il avec un sourire franchement vicieux pour elle. "Je suis sûr que je pourrais toujours lui apprendre une chose ou deux sur comment faire plaisir à un homme. Les sang-de-bourbes sont de bons coups au lit, tu ne crois pas ?"

Severus répondit par un silence méprisant au commentaire salace proféré par son frère Mangemort. Yaxley partit pour aller s'asseoir non loin du siège du Président du tribunal. "La Cour est en session !" fit quelqu'un à voix haute, dans le fond. Tout le monde se leva, pour saluer respectueusement l'entrée du magistrat. Ou plutôt de la Présidente de la Commission d'Enregistrement des Nés-moldus. Severus fit comme les autres, promptement imité par Amelia.

La jeune sorcière leva les yeux vers la femme qui l'avait convoquée. Comme à l'accoutumée, Dolores Ombrage était habillée de rose. Elle sortit sa baguette et jeta un Charme du Patronus. Un chat gracieux se forma et s'assit sur son bureau.

"Mafalda, donnez-moi la liste des personnes que nous avons convoquées pour cette session de fin d'après-midi, voulez-vous ?" demanda Ombrage à une femme plus jeune assise à sa gauche.

Amelia avait peur mais elle décida d'observer tout et tout le monde avec attention, enregistrant dans sa mémoire de Serdaigle tous les détails qui pourrait s'avérer utiles par la suite. Quand, elle n'en avait aucune idée. Mais au moins, cela garderait son esprit alerte et sur le bon chemin, l'empêchant de dériver dangereusement et de permettre à la panique de la submerger dans un moment où elle pourrait avoir besoin de toutes ses facultés mentales.

Cette Mafalda Hopkirk – Severus avait murmuré le nom à l'oreille d'Amelia – semblait être une créature timorée. Elle paraissait aussi particulièrement peu sûre d'elle. Amelia percevait bien qu'elle n'était pas très heureuse d'être ici. Mais il y avait aussi bien plus que cela. Quelque chose qu'elle ne parvenait pas à définir. Cette femme semblait non seulement stressée mais elle paraissait cacher quelque chose. Quoi, elle n'en avait aucun idée. C'était seulement une puissante intuition.

Ombrage parcourut la salle de ses yeux de crapaud. Bien sûr, elle reconnut Severus – l'un de ses anciens collègues à Poudlard. Il y avait une jeune sorcière assise à ses côtés. Elle ne connaissait pas le nom de la sorcière mais elle pouvait avoir une idée. Elle prit le parchemin et lut la douzaine de noms listés. Chaque nom comportait une adresse – sauf un. Ombrage connaissait l'adresse du domicile du Professeur Rogue. Elle avait eu accès aux fichiers personnels des enseignants quand elle avait été la Grande Inquisitrice, puis la Directrice, de Poudlard. Elle ne trouva pas de « Spinner's End » dans la colonne des adresses. Elle était prête à parier que la jeune femme assise à côté du Maître des Potions, était la même que celle dont le nom ne comportait pas d'adresse dans sa liste.

Ombrage appela un nom. Un homme se leva, il lui fut ordonné de s'asseoir sur la chaise installée au centre de la salle – la chaise des accusés. Son cas fut rapidement examiné car il pouvait produire des preuves de son ascendance magique. Il était de sang-mêlé. Severus ne pouvait s'empêcher de penser qu'il pourrait fort bien se retrouver sur cette chaise aussi, s'il n'avait pas été un Mangemort. Même s'il n'avait rien à craindre – il pouvait prouver son ascendance magique – il ne souhaitait pas divulguer certains détails de sa vie personnelle devant un tribunal. Et encore moins devant un tribunal présidé par Dolores Ombrage.

Amelia entendit quelqu'un gémir dans l'assistance. Elle tourna la tête et jeta un œil à la personne qui avait gémi. Une sorcière, très certainement âgée d'une trentaine d'années, toujours jolie malgré l'angoisse qui était écrite sur son visage. Elle était seule et de toute évidence, désespérée de sa situation, d'après les regards qu'elle lançait vers la porte d'entrée. Amelia ressentit de la compassion pour cette sorcière. En dépit de sa propre situation, Amelia se sentait rassurée d'avoir Severus à ses côtés. Il était ce qu'il était, mais il n'avait pas manqué d'être là quand elle avait eu le plus besoin de lui. Tandis que cette femme... seule, sans soutien, elle serait une proie facile pour la Commission, dans l'état psychologique où elle se trouvait actuellement. Amelia parvint à capter le regard de la femme et à lui sourire faiblement, dans une expression de compassion pour elle. Le menton de la sorcière trembla mais ses lèvres formèrent un pauvre sourire en guise de réponse.

Deux autres sorciers et une sorcière furent appelés. Comme aucun des trois ne pouvait prouver leur ascendance magique, ils furent inscrits comme nés-moldus – ce qu'ils ne récusèrent pas non plus. Ils furent rapidement évacués par des sorciers qui semblaient faire partie de la milice du Ministère.

"Davis, Amelia Jessica," finit par appeler Ombrage.

Amelia eut un regard furtif pour Severus qui se leva. Elle se leva aussi et ils quittèrent tous les deux leur banc. Des murmures se firent entendre dans l'assistance lorsque des personnes remarquèrent la chaîne et l'homme qui tenait la chaîne. Severus Rogue, le Mangemort qui avait tué Albus Dumbledore, le regretté Directeur de Poudlard, l'année précédente. Il était libre, tandis que la femme était enchaînée de manière dégradante. Une femme innocente, dont le seul crime était d'avoir le mauvais statut du sang.

Je n'arrive pas à y croire, songea Arthur Weasley. Severus est définitivement retombé dans ses vieilles habitudes maléfiques. Mais comment est-ce qu'Albus a pu lui faire confiance comme il le faisait ? Il soupira. Bon, le vieux sorcier avait payé chèrement cette confiance...

D'un geste, Severus montra à Amelia qu'elle devait s'asseoir dans la chaise des accusés. Il demeura debout à ses côtés, en posant même une main possessive sur l'épaule droite de la jeune femme. Il voulait montrer à tout le monde présent qu'elle était sienne. Qu'elle était son bien. Cependant, Amelia se détendit à ce contact. Elle pouvait sentir sa puissante présence à ses côtés et ce fut suffisant pour ramener un peu de sérénité en elle.

Laquelle était bien nécessaire. De là où elle était, Amelia percevait l'atmosphère glaciale générée par les Détraqueurs flottant au-dessus d'elle, tout près du haut plafond. Elle avait déjà entendu parler de ces créatures mais elle n'avait jamais été en contact avec elles. Elle lutta pour maîtriser ses émotions. Elle supposa que les Détraqueurs n'étaient pas là uniquement pour garder la place, mais aussi pour instiller une atmosphère stressante pour les personnes convoquées. Ombrage était épargnée grâce à son chat Patronus.

Ombrage avait remarqué le geste de Severus. "Dites-moi, Rogue, qu'est-ce que vous faites ici ?"

Severus fixa Ombrage du regard, et il répondit, de sa meilleure incarnation du méchant Mangemort : "Je viens seulement avec MON esclave. La sang-de-bourbe a été capturée l'année dernière durant un raid et elle m'a été donnée en récompense. Par le Seigneur des Ténèbres lui-même."

Des commentaires parcoururent l'assistance, qui fut promptement réduite au silence par le marteau de juge qu'Ombrage asséna sur son bureau pour exiger le retour au calme.

"Vous pouvez l'inscrire comme sang-de-bourbe," poursuivit Severus. "Je n'ai absolument aucun scrupule à ce propos. Après tout, c'est ce qu'elle est. Mais elle est MA propriété aussi et j'ai bien l'intention que cela continue. Elle est MIENNE et le demeurera." Son ton rauque mais détaché indiquait le danger, un ton qui informait tout le monde présent que le Mage Noir était non seulement un homme possessif mais aussi un sorcier puissant et plutôt prêt à utiliser ses pouvoirs pour arriver à ses propres fins.

Severus jeta un coup d'oeil à Yaxley, qui ricana de manière salace. Ombrage tourna son attention de nouveau vers la jeune femme assise sur la chaise des accusés.

"Amelia Jessica Davis, veuillez expliquer à la Commission pour quelle raison vous n'avez pas remis votre baguette à la Commission pour examen, lors de votre arrivée au Ministère ?" demanda Ombrage.

Amelia regarda rapidement Severus. "Réponds à sa question, sang-de-bourbe," fit-il d'un ton impérieux.

"Ma baguette a été confisquée la nuit où j'ai été capturée pendant un raid des Mangemorts." Elle était surprise par le son de sa propre voix, qui s'était élevée ferme et claire, en dépit des circonstances.

"Le raid dont vient de parler le Professeur Rogue ?" demanda Ombrage.

Amelia fit oui de la tête. "Oui, madame," répondit-elle doucement tout en baissant les yeux.

"Est-ce qu'elle a été rendue à la sorcière ou au sorcier à qui vous l'aviez prise ?"

"Je n'ai pris la baguette de personne !" s'exclama Amelia.

"Répondez à ma question, Mademoiselle Davis !" fit plus fort Ombrage cette fois, sa voix devenant plus aigüe, ce qui trahissait son intolérance à la résistance que pouvait lui opposer les gens qu'elle interrogeait.

La pression sur l'épaule d'Amelia s'amplifia. Elle l'interpréta comme un signe qu'elle devait se calmer. "Elle a été détruite alors."

"Comment ça ? Comment a-t-elle été détruite ?"

"Vous-Savez-Qui lui-même l'a brisée en deux, la nuit même où j'ai été capturée et amenée devant lui." Sa voix s'était mise à trembler.

Cette fois, l'assistance laissa échapper des commentaires plus fortement à propos de l'événement relaté par la jeune femme. Elle avait vu Vous-Savez-Qui en personne ! Et avait survécu malgré le statut de son sang ! Quel exploit !

"Et avant cela, comment avez-vous eu cette baguette ? A qui l'avez-vous volée ?"

Les lèvres d'Amelia tremblèrent. "Je ne l'ai pas volée. Je l'ai eue chez Ollivander, quelques jours avant d'entrer à Poudlard. Elle m'a choisie !"

Une petite exclamation se fit entendre dans le fond. "Reg !" Sans se tourner, Amelia était certaine que ce nom avait été prononcé par la femme seule qui attendait dans l'assistance. Elle jeta un regard vers la porte et aperçut furtivement un homme d'une quarantaine d'années, qui était entré dans la salle d'audience. Elle se sentait soulagée à l'idée que la femme ne serait pas seule durant sa propre audience.

Elle vit aussi qu'un autre homme était entré. Il portait une sorte d'imper de cuir noir, et il affichait un air grave, presque méchant, sur son visage. Mais là aussi, tout comme pour Mafalda Hopkirk, Amelia n'avait pas l'impression que cet homme était aussi mauvais en soi que son apparence pouvait le laisser supposer. Elle n'aurait pas pu dire pourquoi – c'était juste une puissante intuition.

"Vous mentez, Mademoiselle Davis. Les baguettes ne choisissent que des sorcières et vous... vous n'êtes pas une sorcière," fit Ombrage d'un ton très froid et détaché, où s'exprimait tout son mépris.

Amelia savait que sa cause était une cause perdue. Elle ne parviendrait jamais à convaincre cette femme. Son sort était scellé – tout comme il l'avait été lorsqu'elle avait été amenée devant Vous-Savez-Qui. Lorsqu'elle avait été donnée au Professeur comme son esclave personnelle. Elle soupira profondément. Elle jeta un regard rapide à son Maître, qui se tenait toujours debout à côté d'elle. "Maître, que va-t-il m'arriver ?" demanda-t-elle d'une voix tremblante, suppliante, presque un murmure.

Severus pressa l'épaule de la jeune femme dans un geste qui se voulait rassurant. Il percevait bien qu'elle était sur le point de paniquer et ce n'était pas le moment de s'effondrer. Pas devant quelqu'un comme Ombrage.

Entre temps, l'homme à l'imper s'était rapproché pour se tenir à la gauche d'Amelia, à un mètre d'elle environ. Elle lui jeta un coup d'oeil furtif avant de tourner son attention à nouveau vers Severus.

Ombrage avait aussi remarqué le déplacement de l'homme. Il y eut un moment de silence. Puis il s'avança, s'approchant du bureau en hauteur où était assise Ombrage. Amelia remarqua l'air férocement déterminé de l'homme. La colère se lisait clairement sur son visage.

Severus avait aussi remarqué que quelque chose se tramait. Il y avait un air familier dans l'attitude de cet homme qu'il ne parvenait pas à définir. Il ne connaissait pas grand monde au Ministère. Il n'aimait pas trop l'endroit non plus. Après tout, il était toujours considéré comme l'assassin de Dumbledore. De plus, quand il avait été plus jeune, il y avait été détenu en raison de ses activités de Mangemort. Il en avait gardé un très mauvais souvenir. Depuis lors, il avait tout fait pour éviter de remettre les pieds au Ministère. Sauf aujourd'hui. Il réalisa qu'il avait une exception pour Amelia.

Mais cet homme... Severus avait l'étrange impression qu'il l'avait déjà rencontré dans le passé, bien qu'il était certain de n'avoir jamais vu son visage auparavant. Mais pourquoi est-ce qu'il éprouvait ce sentiment devant ce type ?

Il avait sorti sa baguette, juste au cas où il aurait besoin de se défendre, lui et Amelia.

Au même moment, l'homme à l'imper fit glisser sa propre baguette de sa manche droite, ce qui poussa Ombrage à poser une question, car elle avait remarqué son geste. "Mais que diable êtes-vous en train de faire, Albert ?"

Le visage de l'homme se fit plus dur avec le ressentiment. "Vous mentez, Dolores... et on ne doit pas mentir !" gronda-t-il d'une voix qui résonna de manière familière dans la mémoire de Severus. Son étrange impression à propos de l'homme s'amplifia.

Dans la salle, on aurait pu entendre une mouche voler. Amelia et Severus remarquèrent le changement dans l'expression du visage d'Ombrage. Comme si elle avait reconnu l'homme. Ou plutôt ses paroles. Cet instant de surprise fut suffisant pour qu'agisse l'homme à l'imper.

"STUPEFIX !" cria-t-il, en levant sa baguette vers Ombrage qui n'eut pas le temps de réagir.

Puis, plusieurs choses se passèrent en même temps dans un laps de temps très court.

Dès qu'Ombrage eut été Stupéfixée, Mafalda Hopkirk – mais était-ce vraiment elle ? – se jeta sur la sorcière vêtue de rose pour prendre le collier qu'elle portait autour du cou.

De derrière la chaise des accusés, quelqu'un jeta un sort sur Yaxley, ce qui le sonna temporairement. Le Mangemort tomba de son siège.

Mafalda Hopkirk jeta un objet vers l'homme à l'imper, qu'Ombrage avait appelé « Albert ». L'homme l'attrapa à la volée mais Amelia ne put voir ce que c'était, tellement l'action avait été vraiment rapide, elle n'avait pas pris plus de deux ou trois secondes.

Du plafond, les Détraqueurs perçurent qu'il s'était passé quelque chose d'anormal dans la salle d'audience du tribunal. Severus n'eut pas besoin de lever les yeux pour voir que les Détraqueurs ne mettraient pas longtemps avant d'attaquer tous ceux présents. Il fit disparaître par un sortilège la chaîne qui liait Amelia à lui, il saisit la jeune femme par le bras pour la sortir de sa chaise et la serra tout contre lui dans une attitude protectrice. Il avait sa baguette dehors, il jeta un sort, non-verbalement comme toujours, mais avec un large mouvement circulaire de son bras droit au-dessus de sa tête.

Une lumière puissante, éclatante et bleutée envahit toute la salle, pour bientôt former la silhouette gracieuse d'une biche argentée qu'il maintint en l'air, pour séparer d'un côté l'assistance, le personnel, Amelia et lui-même, et de l'autre les Détraqueurs. La biche d'argent sauta tout autour avec beaucoup de grâce, toujours suspendue en l'air. Les Détraqueurs demeurèrent éloignés des gens présents.

Sa vision périphérique remarqua que le public était rassemblé par Arthur Weasley vers la sortie. Quatre personnes quittèrent les lieux en toute hâte. L'homme à l'imper, Mafalda Hopkirk et un autre homme, âgé d'une quarantaine d'années, accompagné de la femme solitaire qu'Amelia avait repérée assise sur un banc à leur arrivée. Ils sortirent de la salle en courant, en passant devant Severus, sans un mot ni même un regard pour lui.

Le visage de l'homme à l'imper, appelé « Albert », était en train de changer rapidement. Du Polynectar ! Severus soupçonna immédiatement. Puis il comprit pourquoi il s'était senti si étrange devant cet homme, pourquoi il avait perçu une sorte de familiarité envers lui. Il connaissait bien ce plan et il n'arrivait pas à croire qu'ils avaient osé tenter une aventure pareille, au cœur même du Ministère de la Magie. Potter ! Crétins de Gryffondors... C'était là une pure folie de leur part. Et un vrai coup de chance – comme aurait dit Minerva McGonagall – s'ils parvenaient à sortir d'ici.

Ils étaient presque dehors lorsque Severus remarqua que Yaxley avait récupéré du sortilège qui l'avait sonné auparavant. Le Mangemort blond avait l'air plus qu'en colère. Il était littéralement furieux. Il sortit sa baguette et s'empressa de suivre le petit groupe emmené par Harry Potter. Son visage reflétait l'intense frustration qu'il ressentait. En passant devant Severus, il lui jeta un regard mauvais qui en disait long. Le bras gauche de Severus pressa Amelia encore plus fort tout contre lui, comme s'il craignait qu'on veuille la lui enlever.

De son côté, Arthur Weasley n'était pas resté inactif. Il avait rassemblé tout le monde et prit les devants pour les faire sortir. Il n'avait aucune idée de ce qu'il s'était réellement passé mais il avait bien vu que l'agitation du moment constituait la seule chance pour ceux présent d'échapper à Ombrage et à sa Commission.

"Vous tous, emmenez les vôtres, partez, compris ? Fuyez ! Quittez le pays ! Immédiatement ! La guerre se finira bien un jour et vous pourrez alors revenir. Mais pas avant ! Maintenant, partez !"

Il jeta un regard à la biche d'argent qui se tenait toujours au milieu de la salle du tribunal. Il n'avait aucune idée du temps qu'elle durerait – bien qu'il sût que Severus Rogue était un sorcier puissant qui pouvait maintenir un long effort magique si nécessaire.

"Arthur ! Faites sortir ces gens !" cria Severus. "Maintenant !"

Le rouquin approuva. Il pressa tout le monde vers la sortie. Il voulait qu'ils soient en sûreté aussi. Une fois les gens dehors, il resterait aux côtés de Severus. "Vous aussi, Severus. Voud en avez assez fait comme ça."

"Filez !" aboya le Maître des Potions.

Arthur n'eut pas besoin de se le faire dire deux fois. Il sortit de la salle d'audience après que tous ceux présents, ainsi que le personnel, aient évacué, promptement suivi par Severus qui avait saisi Amelia par la main pour la faire sortir. Ils coururent à perdre haleine dans le corridor menant à l'escalier. Il savait que sa biche Patronus disparaîtrait en moins d'une minute si sa concentration ne maintenait plus l'effort magique, ce qui serait suffisant pour leur permettre de gagner les ascenseurs de service à l'étage au-dessus. Passé ce délai, les Détraqueurs seraient à leurs trousses – ou plutôt à pourchasser leurs âmes.

Ils rattrapèrent Arthur Weasley dans les escaliers. A un moment, Amelia trébucha mais Severus était là pour pour la rattraper par le bras et l'aider à se relever. Ils avaient tous les trois atteint le Niveau 9 pour prendre un ascenseur. Au loin, ils entendaient le souffle rauque des Détraqueurs.

Aucun ascenseur n'était disponible. Arthur poussa un bouton pour en appeler un. Sa bonhomie habituelle et son expression bienveillante avait laissé la place à un air totalement concentré, la détermination brillant dans ses yeux. Severus se rappela que l'homme était un Gryffondor.

"Quand arrivera l'ascenseur, vous monterez dedans, c'est compris, Severus ?!" fit rapidement Arthur.

"Non, vous venez avec nous," répliqua froidement le Maître des Potions. "Impossible que je vous laisse ici avec ces..."

Il n'eut pas le temps d'en dire plus. Les créatures hideuses étaient en train de glisser vers eux avec un air menaçant. Severus attrapa Amelia et la plaqua tout contre lui dans un geste protecteur. Elle était littéralement effrayée mais elle réussit à garder la maîtrise d'elle-même. Arthur poussa le bouton d'appel de l'ascenseur encore une fois, avec frénésie, une lueur désespérée dans les yeux.

Les deux hommes se regardèrent. En même temps, ils levèrent leur baguette et invoquèrent leur Patronus respectifs. Une belette sortit de la baguette d'Arthur, tandis qu'une fois de plus, l'élégante biche émana de la baguette d'Ebène de Severus.

Les Détraqueurs ne pouvaient les atteindre. Mais les deux sorciers étaient bien trop conscients qu'ils ne pourraient pas les retenir pour toujours. Et si quelqu'un en haut avait bloqué les ascenseurs pour les empêcher de quitter les lieux ? Amelia rassembla suffisamment de ressources intérieures pour appuyer sur le bouton d'appel – qui se trouvait à sa portée – encore et encore. Je vous supplie ! Quelqu'un, là-haut, renvoyez-nous l'ascenseur ! Je vous en supplie !

Elle n'avait pas peur tant qu'elle était dans les bras de Severus. Mais elle ne savait que trop bien que les deux hommes ne pourraient pas garder leurs Patronus à pleine puissance pendant longtemps. Quant à elle, elle n'avait pas de baguette, et elle ne savait pas comment invoquer un Patronus de toute façon. Elle avait déjà entendu parler de ce sortilège mais ne l'avait même jamais essayé.

Elle continua à presser le bouton de l'ascenseur. Tout à coup, elle entendit le bruit mécanique de la machinerie qui propulsait les cabines. "Un ascenseur descend !" fit-elle suffisamment fort pour que les deux hommes l'entendent.

Severus lui jeta un regard. "Amelia, Arthur, montez et allez-y !"

"Pas sans vous, Maître !" fit-elle avec fermeté. Cette fois, c'était elle qui lui avait agrippé le bras.

Lorsque l'ascenseur arriva, Amelia ouvrit la grille et tira Severus à l'intérieur, qui à son tour attrapa Arthur par le bras pour l'y entraîner. Le rouquin ferma la grille avec force derrière lui avant de presser le bouton qui renverrait l'ascenseur vers les niveaux supérieurs. Les Détraqueurs n'eurent même pas le temps de réagir, toujours tenus éloignés par les deux Patronus.

La cabine quitta le niveau. La pression glaciale exercée par les Détraqueurs disparut. Ils laissèrent échapper un soupir de soulagement.

"Donc, la biche d'argent... c'était vous, n'est-ce pas ?" fit Arthur après quelques longues secondes. "La biche d'argent tout près de chez nous, en tout début Janvier de cette année ? C'était vous !"

Severus demeura silencieux, comme s'il n'avait pas compris du tout de quoi Arthur Weasley était en train de parler. Il ne voulait pas donner l'impression à Amelia qu'il savait quoi que ce soit à ce propos. Elle n'était pas idiote, elle aurait vite fait de faire la relation. Il avait repris son attitude habituelle – froide et insondable. Les yeux d'Amelia roulaient d'un homme à l'autre, elle essayait de comprendre ce qu'il se passait. En tout début Janvier de cette année ?

Arthur Weasley savait bien que Severus ne répondrait pas. Il tenta une autre tactique. "C'est un joli Patronus que vous avez, au fait. Je ne savais pas que vous pouviez en produire un."

Severus lui lança un regard sombre. "Les gens ne sont pas toujours ce qu'ils semblent être, Arthur." A présent, il priait pour que l'ascenseur arrive rapidement à destination. Il n'aimait pas les questions que le patriarche Weasley lui posait. Il tourna son attention vers la jeune sorcière. "Vous allez bien, Amelia ?" Il avait laissé échapper son prénom, il avait oublié qu'il devait jouer l'affreux Mangemort et l'appeler « sang-de-bourbe » – même devant un allié.

"Oui... oui, Maître, merci."

"Oui, merci, Severus. Pour ce que vous avez fait pour sauver ces gens, dans la salle du tribunal. Sans votre intervention rapide, ils auraient péri. Peu de sorciers savent comment se protéger face à un Détraqueur."

Severus devait reconnaître qu'Arthur avait raison. Dumbledore avait appris le sortilège du Patronus aux membres de l'Ordre du Phénix qui ne savaient pas en invoquer un. Severus l'avait appris avec Lily, alors qu'ils étaient encore tous les deux à Poudlard, maîtrisant le sortilège avec elle à l'âge tendre de 14 ans.

"Cependant, je ne peux pas m'empêcher de trouver bizarre qu'un Mangemort puisse produire un Patronus. Dumbledore m'avait dit que c'était impossible."

"Peut-être que Dumbledore s'était alors trompé."

"Je ne le crois pas. Je pense plutôt que vous n'êtes pas..."

Arthur n'eut pas le temps de finir sa phrase. L'ascenseur avait atteint le niveau de l'Atrium. Severus était soulagé de voir qu'ils étaient arrivés. Sans un mot, l'air courroucé, Severus tira Amelia à l'extérieur, de nouveau totalement dans son mode Mangemort. Cependant, Arthur sortit de l'ascenseur et l'appela.

"Severus !"

Le Maître des Potions tourna la tête pour regarder le rouquin.

"Désormais je pense que vous n'êtes pas ce que vous prétendez être," dit Arthur à voix basse, pour ne pas être entendu. Une lueur chaleureuse de certitude brilla dans ses yeux.

Severus demeura insondable. Il sentait le regard fixe d'Amelia sur lui. "Est-ce là une de vos chimères, Arthur ? Ou plutôt... une menace ?" fit-il d'un ton froid et détaché.

Arthur Weasley eut un regard franc pour lui. "Non. C'est un fait. Je l'ai vu. Aujourd'hui et au début de cette année. Peu importe ce que vous pouvez dire, Severus, c'est un fait. Dumbledore avait raison : les Mangemorts ne peuvent pas produire un Patronus. Vous le savez et je le sais aussi."

Severus lui jeta un dernier regard puis il tourna les talons, entraînant Amelia avec lui à l'intérieur de l'Atrium.

Diable d'entêtement et d'arrogance de Serpentard ! ne put s'empêcher de songer Arthur. Il soupira profondément et pour la première fois depuis qu'il était sorti de la salle du tribunal, il remarqua que son visage était trempé de sueur. Il s'essuya le front d'un revers de sa manche et sourit.

Non. Peut-être qu'après tout, Severus n'est pas complètement retombé dans ses vieilles habitudes malfaisantes.


Alors là, on peut dire que je vous ai servi un plat de choix ! Je vous ai gâtés ! De l'action, du suspens, cette horrible teigne d'Ombrage. Ouf ! Quand j'ai eu fini d'écrire ce chapitre (et plus tard, de le traduire), j'en était toute essoufflée ! Donc, j'espère que vous allez me laisser des commentaires, tout plein de commentaires !

Je me suis inspirée du film "Les Reliques de la Mort - part 1", je le reconnais. C'est aussi l'une de mes scènes préférées dans ce film. J'ai bien aimé l'esthétique très "totalitaire" de l'ensemble des scènes qui ont lieu au Ministère, tant dans le décor, l'architecture (très réalisme soviétique ou 3ème Reich), que les vêtements (le manteau de Runcorn/Harry fait très Gestapo). Je pense que c'était là l'intention de l'équipe de tournage, donner une impression oppressante et opprimante de ce qui se passe au Ministère à cette époque sombre.

La scène du tribunal avec Ombrage et l'interaction avec le trio, tout ça m'a bien plu et je l'ai assimilée pour la restituer dans ce chapitre. J'espère avoir réussi à rendre cette atmosphère pesante, et à donner du suspens à la fuite de Severus et Amelia. J'adore aussi utiliser des bribes de dialogue tirées des films et des livres - les fans les reconnaîtront.

Enfin, est-ce que vous êtes d'accord avec la réflexion finale d'Arthur Weasley ? Votre opinion m'intéresse.

Bref, je me suis bien éclatée à écrire (et à traduire) ce chapitre. Maintenant, j'aimerais bien avoir votre avis sur ce chapitre et aussi plus généralement sur la même scène tant dans les livres que dans les films. Alors vous savez ce qu'il vous reste à faire - laissez des commentaires !