Le Pacte du Sang – Chapitre 20 – La cachette

Severus et Amelia étaient parvenus à sortir du Ministère par les foyers du réseau des Cheminettes. Mais au lieu de retourner vers les fameuses toilettes qui servaient de point d'entrée, il s'était concentré sur une impasse obscure de Londres qu'il utilisait parfois comme lieu de Transplanage pour accéder à la capitale moldue. Le crépuscule était tombé, jetant ses ombres sur la ville. Ils marchèrent pendant quelques minutes, le temps pour eux de s'éloigner de leur dernier point de Transplanage. Severus repéra l'entrée sombre et calme d'un immeuble. Il y entraîna Amelia par la main et ils Transplanèrent tous les deux.

Ils atterrirent dans une forêt. Là encore, même chose, ils marchèrent pendant quelques minutes avant de Transplaner. Cette fois, c'était plus facile car la forêt était vide de toute présence humaine à ce moment de la journée. Amelia ne comprenait pas le pourquoi du comment du comportement de son Maître mais elle supposa qu'il devait avoir de bonnes raisons pour ce faire. Par conséquent, elle ne se plaignit pas. Très certainement qu'il souhaitait couvrir leurs traces en jetant la confusion dans l'esprit d'éventuels poursuivants. Surtout après leur coup d'éclat au Ministère de la Magie.

Officiellement, Amelia était devenue une sorcière fugitive. Elle n'osait pas imaginer ce qui pourrait lui arriver si elle était capturée. Peut-être que cette fois, le rang de Severus au sein des Mangemorts ne serait pas suffisant pour la protéger. D'où les précautions qu'il prenait pour cacher leurs traces magiques.

Ils Transplanèrent encore, cette fois au beau milieu d'un pré. Severus l'entraîna vers un bosquet qui bordait la prairie. Là encore, il la serra contre lui dans une étreinte puissante et ils Transplanèrent tous les deux.

Ils Transplanèrent encore une fois, non loin d'une rivière. Amelia espéra que ce serait pour la dernière fois, elle avait commencé à se sentir un peu nauséeuse. Severus avait dû percevoir qu'elle n'était pas aussi stable sur ses deux jambes car il la prit dans ses bras avec fermeté.

"Comment vous sentez-vous ?" demanda-t-il.

"J'ai la tête qui tourne, Maître... mais ça va. Ca va aller." Elle voulait lui montrer qu'elle pouvait être courageuse mais elle devait reconnaître que les Transplanages qui s'étaient succédés à un rythme soutenu, pouvaient fort bien ne pas être la seule cause derrière ses étourdissements. Toutes les émotions de l'après-midi, la pression de l'interrogatoire d'Ombrage, leur incroyable échappée de l'emprise des Détraqueurs, loin de l'enceinte du Ministère, tout ceci pouvait avoir contribué à son état actuel, tant physique que mental.

Severus s'en rendait bien compte. Il lui tenait toujours la main. Il réalisa qu'il n'avait pas lâché la main de la jeune femme du tout depuis leur départ du Ministère. "Nous ne sommes plus très loin de notre destination. A peine quelques minutes de marche seulement. Nous n'aurons plus besoin de Transplaner."

Elle fit oui de la tête et le laissa la guider vers un chemin qui aboutissait à une route de campagne déserte. A présent, le soleil s'était couché et quelques étoiles avaient commencé à consteller le ciel. Ils marchèrent main dans la main. De loin, on eut dit un couple.

"Vous avez froid ?" demanda Severus avec douceur.

"Non, pas vraiment, Maître. Marcher me réchauffera de toutes façons."

Il ne pouvait s'empêcher de songer qu'elle s'était comportée admirablement. Malgré la pression et la peur, elle avait réussi à conserver la maîtrise d'elle-même, elle lui avait obéi sans discuter. D'une certaine manière, il était fier d'elle. Il lui prit la main qu'il tenait toujours dans la sienne, pour la poser au creux de son coude. "Vous pouvez vous appuyer sur moi, Amelia."

"Merci, Maître." Elle sentait bien qu'il était quelque peu inquiet pour elle. "Je vous assure que je vais bien, Maître. Juste un peu de vertige, mais vous savez, je me sentais toujours un peu comme ça après quelques tours de manège à la foire, même quand j'étais gosse."

"Mais vous avez appris à voler sur un balai lors de vos études à Poudlard, n'est-ce pas ?"

"Oui, comme tous les élèves. Mais je dois dire que je ne goûte pas trop l'exercice. En fait, j'y étais plutôt mauvaise. Je crois que j'ai le vertige ou quelque chose comme ça. Je ne me sens pas très confortable à l'idée qu'il y a du vide sous moi."

Severus sourit intérieurement. Il savait lui-même voler de manière tout ce qu'il a de plus correct, surtout sans balai. Le Seigneur des Ténèbres lui avait appris à voler, de ce fameux vol accompagné d'une traînée de fumée noire, si typique des Mangemorts. Mais ce n'était guère le moment d'en faire la démonstration à la jeune sorcière. Malgré ses affirmations, elle avait l'air assez secoué. Inutile de l'effrayer plus qu'elle ne l'était déjà. De plus, ce ne serait pas très discret, même dans les ténèbres de la nuit.

Ils marchèrent pendant quelques minutes de plus, dans un silence complet mais serein. Leur premier moment de quiétude. Severus avait toujours sa baguette à la main, juste au cas où. Mais il doutait que le Ministère les ait suivis jusqu'ici. Il savait comment leur filer entre les doigts – ainsi qu'à ses frères Mangemorts. Il était fuyant, leur glissant entre les doigts comme le sable ou l'eau. Ou plutôt comme un serpent – ce qui convenait tout à fait à un sorcier Serpentard comme lui. Fuir la perception de tout le monde. Enfin, presque tout le monde. Il avait laissé Dumbledore voir à travers lui.

Ils quittèrent la petite route pour emprunter une piste qui passait à travers un bout de forêt. Au loin, ils entendirent un hibou hululer. Amelia se rapprocha de Severus. Il sentit son anxiété d'une certain façon mais l'ignora. Elle n'avait rien à craindre quand elle était avec lui. "Nous arrivons bientôt," furent les seuls mots qu'il dit d'un ton rassurant pour la libérer de ses appréhensions.

Elle avait dû le percevoir aussi. "J'ai confiance en vous, Maître."

Severus devait admettre qu'il aimait ces quelques mots. Il ne dit rien. Il se contenta d'apprécier cette confiance qu'elle lui témoignait. Il n'y avait pas beaucoup de personnes à lui faire ou à lui avoir fait confiance. Dumbledore était l'une d'elles et Merlin savait que le jeune sorcier avait honoré cette confiance jusqu'au bout ! Le Seigneur des Ténèbres lui faisait confiance aussi – toutes choses étant égales par ailleurs avec lui. Voldemort ne faisait confiance à personne, c'était un solitaire. Mais l'un dans l'autre, Severus pouvait affirmer que son Maître lui faisait confiance, si l'on considère que toutes les missions qu'il lui avait confiées, avaient été accomplies à la perfection. Il avait aussi la confiance de Lucius et Narcissa Malefoy – ce qui était quelque chose d'important et surtout, utile.

Et désormais, il avait la confiance d'Amelia. Il n'y avait aucun avantage à retirer de cette confiance particulière mais ce sentiment était doux dans un certain sens, car elle lui faisait confiance avec une sorte d'innocence. Non, pas d'innocence. Elle n'était pas une innocente. Non, il y avait plutôt une sorte de pureté dans ses sentiments. De la sincérité. Lorsqu'elle prononçait ces mots, elle était sincère. C'était tout ce qui comptait aux yeux de Severus pour le moment. Tout ce qu'il avait besoin d'entendre. Le son de son abandon, quand elle s'en remettait à lui et à sa puissance.

Ils arrivèrent devant un imposant portail en fer forgé. Severus fouetta l'air de sa baguette en direction du portail qui semblait se désintégrer sous leurs yeux pour les laisser entrer. Il tira doucement Amelia et ils passèrent le portail pour pénétrer dans une propriété. Amelia se rappela du portail au Manoir Malefoy, elle espéra que ce n'était pas là la demeure d'un autre ami Mangemort de son Maître. Elle était angoissée mais elle se retint de lui poser la question car il était en train de marmonner des incantations complexes. Le portail réapparut dans un bruit métallique. Amelia ne put s'empêcher d'être impressionnée par la magie ainsi déployée.

Severus lui prit la main dans la sienne une fois de plus, et la mena vers un bâtiment qu'elle n'avait pas remarqué dans le crépuscule. Une demeure imposante, presque aussi grande que le Manoir Malefoy, se tenait là. A présent, Amelia se sentait vraiment impressionnée. Mais quel pouvait être cet endroit ? Elle n'osa pas exprimer sa question cependant. Son Maître le lui expliquerait certainement plus tard.

Ils marchèrent le long d'une allée envahie par les mauvaises herbes. Severus invoqua Lumos pour qu'ils puissent avoir un peu de lumière. Comme ils se rapprochaient de la maison, il apparut à Amelia qu'elle semblait quelque peu délabrée. Une impression de négligence imprégnait les lieux. Sûrement que la demeure avait connu des jours plus glorieux. Ensuite, la tombée de la nuit n'aidait pas non plus. Cependant, Amelia songea que son impression actuelle serait confirmée à la lumière du jour.

Ils arrivèrent devant un escalier qui menait très certainement à l'entrée. Amelia devait admettre qu'elle était surprise. Qui pouvait bien vivre ici ? A qui cette maison appartenait-elle ? Elle resta silencieuse, consciente que ses questions trouveraient leurs réponses en temps voulu. La vie avec Severus Rogue le lui avait appris.

La maison semblait être de proportions identiques à celle des Coeurdaigle. Elle grimaça à la pensée de ses anciens employeurs. Ils vivaient dans une demeure similaire mais ils avaient été tués, leurs enfants séparés et leur maison détruite par le feu. Amelia dut faire un réel effort pour chasser de son esprit ces lugubres souvenirs – totalement consciente cependant que cette nuit fatale ne la quitterait jamais. Elle espérait que les enfants Coeurdaigle étaient toujours en vie et bien traités par leurs nouveaux parents. Elle soupira discrètement.

Severus ouvrit la porte principale par un charme complexe. Il ne faisait aucun doute qu'il avait placé des sortilèges de garde sur cette maison, comme il l'avait fait à Spinner's End. Ce qui signifiait que quelque part, il avait dû être en lien avec cette demeure. En est-il le propriétaire ? Amelia était surprise. Elle avait toujours cru qu'il était d'origine plutôt modeste. Alors, s'il était le châtelain de ce manoir, pourquoi est-ce qu'il vivait toujours à Spinner's End ?

Sa mère était une sorcière, se rappela-t-elle. Serait-il possible que cette maison ait appartenu à sa mère ? Mais là encore, pourquoi est-ce que sa mère aurait vécu dans un endroit tel que Spinner's End, si elle avait possédé une maison aussi grande ? Amelia faisait attention de ne pas poser de questions – elle avait remarqué que la famille n'était pas le sujet de conversation favori de son Maître. Il parlerait quand il serait prêt à le faire.

Baguette en main, son autre main serrant fermement toujours celle d'Amelia, Severus entra avec précaution. Il jeta silencieusement un sort et laissa échapper un soupir de soulagement lorsque rien ne se passa. D'un autre mouvement de sa baguette, il alluma les lumières.

La lumière révéla un grand vestibule, recouvert de marbre blanc qui avait besoin d'un nettoyage complet. Un escalier imposant menait à l'étage. Les meubles étaient recouverts de draps blancs. Des rideaux étaient suspendus aux murs, par dessus des portraits magiques, très certainement pour les faire taire. Amelia connaissait cette pratique. Elle avait vécu dans une maison semblable, chez les Coeurdaigle. Cependant, tout l'endroit paraissait sinistre, c'était le moins qu'on pouvait dire. Très probablement parce que la demeure n'avait pas été habitée depuis longtemps.

Severus parcourut les lieux de son regard sombre et pénétrant. Rien n'avait changé depuis la dernière fois qu'il était venu ici.

"Amelia, écoutez-moi bien." Il semblait mal à l'aise, presque réticent à expliquer. "Vous ne monterez pas à l'étage. En aucune circonstance. Les pièces et les couloirs y sont ensorcelés. Le seul endroit sûr ici, c'est le rez-de-chaussée."

"Ensorcelés ?" se hasarda à demander Amelia.

"Vous avez dû deviner que cette maison est magique. Assez dans le style de celle où vous aviez l'habitude de vivre avant votre capture. Certains propriétaires ensorcellent les pièces et les couloirs pour dissuader les sorciers cambrioleurs qui auraient pu lever les sortilèges de garde. Donc, pour votre propre protection, ne montez pas à l'étage. C'est tout ce que je vous demande."

Elle acquiesça. "Je comprends, Maître. Je ne le ferai pas." Mais qui pouvait bien ensorceler leur propre maison, honnêtement ? Alors cela signifiait que cette maison n'était pas sa propriété. "Maître, puis-je demander... où sommes-nous ? A qui est cette maison ?"

"Aux Prince." Devant l'évidente surprise qu'affichait la jeune femme, il poursuivit. "La famille de ma mère. Prince était son nom de jeune fille. Vous vous rappelez qu'elle était une sorcière. Vous portez ses vêtements."

"Oui, bien sûr, Maître." C'était donc cela. Ses grand-parents maternels. La famille Prince était une famille de sang-purs. Elle décida de mettre le sujet de côté, car de toute évidence il n'était pas d'humeur à répondre à ses questions. Elle avait toujours beaucoup d'interrogations mais le temps viendrait plus tard pour les réponses.

"Je vous ai amenée ici car la maison n'est pas seulement lourdement protégée par des sortilèges de garde, mais aussi parce qu'elle est incartable. Vous êtes en sûreté ici."

"Vous supposez que je ne suis plus en sécurité à Spinner's End, Maître ?"

Severus l'observa avec attention. Elle réfléchissait vite. "En effet. Ce n'est plus le cas. Vous avez remarqué que vous avez quitté la Commission d'une manière plutôt hâtive. Les gens du Ministère, Ombrage la première, vous considèrent désormais comme une fugitive. Vous devez vous cacher. Personne ne sait que je possède cette maison. Personne ne sait que je suis parent avec la famille Prince non plus, qu'en fait, je suis leur unique héritier. Ce qui fait de cet endroit la cachette idéale pour vous pour le moment. Maintenant, venez avec moi." Son ton était brusque, lui montrant que le temps n'était plus à poser d'autres questions. Amelia reconnut ce ton et elle céda. Elle le connaissait bien à présent...

Il est donc bien le propriétaire légitime de cet endroit. Puis elle se rappela le petit message inscrit dans le livre qu'il lui avait offert, à propos de la naissance et de la grossesse. Il avait été signé « Le Prince de Sang-Mêlé ». A présent, elle comprenait mieux. Cela avait été un jeu de mots sur le statut de son sang et le nom de jeune fille de sa mère. Il était en effet la moitié d'un Prince, né d'un moldu et d'une sorcière sans-pur – un sang-mêlé. Cela faisait sens.

Il lui prit la main dans la sienne et la mena vers une pièce située à leur gauche. Une grande salle à manger, avec une table énorme qui pouvait accueillir au moins une vingtaine de convives, selon l'estimation d'Amelia. Là encore, les meubles étaient recouverts de draps blancs. Des toiles d'araignées ornaient le plafond, un signe certain que personne ne vivait ici de manière permanente. La cheminée était froide, il n'y avait pas de cendres non plus. Les portraits étaient recouverts de draps.

Ils traversèrent la salle à manger pour entrer dans une autre pièce. La cuisine. Une table au milieu, des placards tout autour, une grande cuisinière, une autre grande cheminée, toujours froide. Aucun portrait, seulement des étagères dans les espaces qui n'étaient pas occupés par des meubles. Amelia remarqua que les fenêtres étaient plus petites et toujours très sales. Des toiles d'araignées partout. Une impression de négligence caractérisait tout l'endroit.

"Voici la cuisine. Je vous montre les autres pièces que vous pouvez accéder." Il ouvrit un placard, puis un tiroir à l'intérieur et en sortit un petit bâton de bois, qu'il donna à Amelia. "Prenez."

Amelia afficha un air perplexe. Une baguette ? "Maître..."

"Prenez. C'est une baguette. Je suis sûr que vous savez comment utiliser une baguette," dit-il d'un ton sarcastique.

La jeune sorcière tendit la main d'un geste incertain. Pourquoi ? Pourquoi lui donnait-il une baguette ? Et à qui appartenait cette baguette ? "Maître... vous êtes sûr... je ne peux pas..."

Severus sentit sa réticence. Il lui prit la main dans la sienne et avec douceur, il lui mit la baguette dans la paume avant de lui refermer les doigts dessus. "Cette baguette... vous pouvez l'utiliser en toute sécurité. Il appartenait à ma mère. Ventricule de dragon et saule. Flexible mais agréable à utiliser, selon Mr Ollivander. Très bonne pour les sortilèges et la Métamorphose. Essayez." Devant les hésitations d'Amelia, il ajouta : "Vous portez ses vêtements, vous utilisez ses livres de recettes et ses ustensiles de cuisine, vous pouvez bien avoir sa baguette, vous ne croyez pas ?"

Il avait raison. Bon, tu as même donné à ta fille le prénom de sa propre mère. Tu peux bien avoir sa baguette.

Sa première baguette depuis... depuis qu'elle avait été capturée. Elle revoyait le moment quand Vous-Savez-Qui avait brisé sa baguette en deux. Elle prit la baguette en main, la soupesa, testant les sensations qu'elle pouvait lui procurer. Pas mal. C'était même... agréable, en effet.

Amelia était très émue. "Pourquoi ? Maître ?"

"J'aurai besoin de votre aide ici, et votre aide sera encore plus efficace avec une baguette. Par ailleurs, je veux que vous puissiez vous défendre au cas où je serai absent."

"Je ne peux pas me défendre ! Je suis... si ignorante à ce sujet. La magie que vous avez déployée au Ministère plus tôt, aujourd'hui... Je ne sais même pas comment faire ça... invoquer un Patronus."

"Alors je vous apprendrai." Il soupira. "Vous m'avez prouvé que vous ne vous retourneriez pas contre moi. Vous ne le ferez pas car je suis le seul à garantir votre protection. Rappelez-vous, vous êtes une fugitive et même avec une baguette, vous ne tiendriez pas longtemps entre les Mangemorts et les Rafleurs qui écument le pays."

Il avait raison. Elle approuva d'un signe de tête. "Oui, Maître. C'est vrai."

"Bien. Maintenant, faites un essai avec. Vous pouvez faire de la magie ici. Rappelez-vous, cet endroit est incartable."

Avec plus de confiance cette fois, Amelia dirigea la baguette vers la cheminée. "Incendio !" Un feu y démarra, avec beaucoup de fumée. "Pas une bonne idée pour le moment, je crois," fit-elle d'un ton d'excuse. Elle annula le sort et avec un autre, elle ouvrit la fenêtre pour évacuer la fumée, toujours avec mouvement élégant de la baguette. "Je suppose que le conduit de la cheminée a besoin d'un bon ramonage."

"Ce qui ne sera pas un problème pour vous. Vous connaissez les sortilèges, Amelia, pour garder une maison en bon ordre."

Elle lui sourit timidement. "Est-ce que vous m'avez amenée ici, Maître, pour que je puisse nettoyer votre maison ?"

Severus perçut l'humour dans sa question. "Disons que vous ne serez pas laissée sans occupation si je dois quitter les lieux. Quelles en sont les sensations dans votre main ?"

"Assez bonnes en fait. Mais je croyais que les sorciers et les sorcières étaient enterrés avec leur baguette." A la seconde même où elle avait terminé sa phrase, Amelia sentit qu'elle avait trop parlé. "Je suis désolée, Maître. Veuillez ne pas tenir compte de ma question idiote." Elle baissa la tête devant lui, dans une posture soumise qu'elle savait pouvoir désamorcer la tension et sa fureur possible.

"Ce n'était pas une question idiote, Amelia." Il lui prit le menton entre ses doigts pour lui relever le visage. "J'ai trouvé sa baguette dans le grenier dans notre maison de Spinner's End, quelques jours après son décès. Elle était déjà enterrée. J'ai apporté la baguette chez Ollivander qui m'a confirmé qu'elle appartenait bien à ma mère. Je l'ai gardée avec moi quand j'étais à Poudlard. Lorsque je suis parti de l'école pour devenir le Maître des Potions du Seigneur des Ténèbres l'année dernière, je l'ai prise avec moi. Mais le Seigneur des Ténèbres a envoyé Queudver pour vivre chez moi – et m'espionner. Je ne pouvais pas y laisser une baguette, de crainte que Queudver puisse la trouver et la prendre. Alors je l'ai apportée ici, où je l'ai cachée. Vous savez tout."

Amelia était touchée non seulement par sa réponse honnête mais aussi par le fait qu'il s'ouvrait à elle – un peu. Malgré le fait que toute sa vie soit un paquet de mensonges, piégé comme il l'était entre son apparente loyauté envers le Seigneur des Ténèbres, et sa véritable nature, faite de décence et de noblesse, il pouvait se montrer honnête parfois, et avec elle. Elle avait même le sentiment d'être la seule personne avec laquelle il était vraiment honnête. Elle était bien consciente qu'il pouvait s'ouvrir un peu à elle pour la même raison qu'il avait avancée plus tôt : il était la seule personne sur terre capable d'assurer sa protection.

Severus lui prit la main libre et la mena hors de la cuisine, puis de la salle à manger. Ils traversèrent le vestibule encore une fois pour entrer dans une autre pièce, un salon, d'après les apparences. Une énorme cheminée, des meubles toujours recouverts par des draps blancs, des toiles d'araignées partout. Une armoire commença à remuer, comme si quelque chose était piégé à l'intérieur et voulait en sortir à n'importe quel prix.

Severus soupira. "Un épouvantard. J'ai oublié de m'en débarrasser la dernière fois que je suis venu ici."

Amelia posa une main douce sur son bras. "Je vais le faire, Maître. Je connais le sortilège pour celui-là."

Il la regarda et consentit d'un signe de tête. Il serait intéressant de voir à quoi pouvait ressembler son épouvantard. "Comme vous voulez. C'est le salon ici. Remarquez qu'aucun foyer ici n'est relié au réseau des Cheminettes. J'ai bien trouvé de la poudre de Cheminette à côté de cet âtre, donc je suppose qu'il avait dû y être relié par le passé. Mais soyez rassurée, ce n'est plus le cas. Comme les cheminées sont maintenant surveillées, je ne suis pas prêt de les voir reliées à nouveau non plus." Une pause. "Comme vous pouvez le voir, celle-ci est aussi poussiéreuse que les âtres dans les autres pièces. Vous pouvez venir ici cependant, c'est sécurisé." Il la mena dans la pièce à côté, en ouvrant la porte d'un mouvement de sa baguette.

C'était une petite étude, avec un bureau recouvert de draps tout comme dans les autres pièces. Pourtant, il y avait là une atmosphère chaleureuse, probablement due aux proportions plus petites de la pièce. Un âtre petit, froid et sale, avait dû fournir une touche chaude à cet endroit.

"Je crois que cette pièce ferait une chambre confortable," suggéra Severus. "Comme elle est plus petite, elle devrait pouvoir se chauffer rapidement. Je vous recommande de dormir ici."

Amelia approuva. Elle s'occuperait de cette pièce dès le lendemain matin. Elle ne dormirait pas dans un endroit qui avait besoin d'un sacré nettoyage – bon, elle pourrait le faire pour une nuit mais pas pour une longue durée. Elle ne savait pas combien de temps elle passerait dans cette maison mais elle devinait bien que ce ne serait pas pour un court séjour.

Severus la mena à une porte située au fond de l'étude. Ils entrèrent dans une pièce qu'Amelia aima tout de suite.

La plupart des murs étaient recouverts d'étagères remplies de livres. Elle ne put retenir une exclamation de délicieuse surprise. Severus la regarda, amusé par sa réaction. Les Serdaigles, toujours à avoir ou à vouloir un livre pour n'importe quoi. Il se rappela ce qu'il lui avait dit quand elle avait exprimé le besoin d'avoir un livre de recettes pour cuisiner. Mais il devait admettre qu'il aimait bien cela, qu'elle appréciait la lecture autant que lui.

Tout comme dans les autres pièces, les meubles étaient protégés par des draps blancs, des toiles d'araignées pendaient du plafond, les fenêtres étaient certainement sales, cachées comme elles l'étaient derrière des rideaux.

"La bibliothèque est sûre aussi. Cependant, il se peut que vous trouviez des nuisibles derrières les livres. Si vous savez comment vous en débarrasser, ne vous gênez pas."

"Oh, oui, je sais comment faire. Mme Coeurdaigle m'avait montré. De plus, le seul ouvrage utile que Gilderoy Lockhart ait jamais écrit, était son livre sur les nuisibles domestiques et comment s'en débarrasser." Son ton était plein d'ironie – ce qu'apprécia Severus. Elle avait tellement raison à propos de l'ancien professeur de DCFM et escroc notoire.

"Certes. Mais je doute que vous le trouviez ici. Ce n'était pas le genre de lecture que la famille Prince affectionnait."

"Pas grave, Maître. Je connais les sorts aussi." Elle jeta un coup d'oeil alentour. "Je crois que je commencerai demain, à la lumière du jour."

"Vous ferez cela. Donc, ce sont là les seules pièces que vous êtes autorisée à pénétrer. Je suis parvenu à briser tous les maléfices mis en place sur ce niveau, mais j'ai encore besoin de le faire pour le reste de la maison, cave, étage supérieur et grenier inclus. Comme ça prend du temps pour ce faire, je le fais petit à petit. Comme vous le savez, je suis très occupé par les ordres du Seigneur des Ténèbres."

"Je comprends, Maître. Je ferai de mon mieux pour vous aider ici avec le reste des nuisibles, si cela peut vous avancer." Elle réalisa soudain qu'elle passerait beaucoup de temps ici toute seule. Elle hésita avant de lui poser sa question suivante. "Maître... est-ce que vous... resterez ici... avec moi ?" Sa voix trahissait son anxiété.

Severus le perçut, bien évidemment. "Oui. Je ne peux pas promettre que je le ferai toutes les nuits, mais ce soir, oui, je resterai ici. Retournons à la cuisine. J'y ai stocké de la nourriture et j'ai faim."

Elle lui sourit timidement, soulagée par ses paroles. Elle réalisa que l'heure du dîner approchait. Cette demeure était impressionnante. L'idée qu'elle devrait y passer la nuit toute seule, dans une maison inconnue et partiellement ensorcelée, n'était pas une perspective réjouissante pour elle. Elle préférait Spinner's End. Mais elle n'avait pas eu le choix. Pas maintenant, car elle était une fugitive. Et si la famille Prince avait touché à la Magie Noire ? Comme certaines familles de Mangemorts ? "Bien sûr, Maître. Je vais faire la cuisine."

Severus acquiesça. "Nous passerons la nuit dans l'étude. C'est la pièce la moins inconfortable et celle qui sera chauffée le plus vite. Les chambres à l'étage sont toujours ensorcelées. Laissez-moi tout organiser et je vous rejoins à la cuisine d'ici quelques minutes. Donnez-moi votre cape."

Amelia lui donna sa cape avant de sortir. Elle se tenait à la porte de la bibliothèque quand elle entendit son Maître l'appeler. "Amelia !"

"Oui, Maître ?"

"Vous êtes la châtelaine du manoir ici... désormais."

Elle fit oui de la tête et quitta la salle, ses dernières paroles résonnant toujours en elle. Elle se sentit étrange. Severus la regarda quitter la bibliothèque, tout un flot de pensées lui venant à l'esprit tout à coup. Il n'avait aucune idée pourquoi il avait prononcé cette phrase. Il n'avait pas voulu que ses paroles franchissent ses lèvres ainsi. Ou plutôt si, il avait été sincère en les disant. Il savait qu'elle ferait honneur aux lieux – tout comme elle avait fait honneur aux vêtements de sa mère.

Il jeta un dernier coup d'oeil à la pièce. A part le tapis épais et moelleux près de l'âtre, il n'y avait rien d'autre qui puisse servir de literie pour la nuit. Les meubles pouvaient être toujours infestés de parasites – c'était là un risque qu'il n'avait pas du tout envie de prendre. Il fit apparaître deux coussins. Il enleva sa propre cape, étala celle d'Amelia sur le tapis, où ils dormiraient. La sienne était assez grande pour les recouvrir tous les deux, et suffisamment épaisse pour les garder au chaud. Cette organisation conviendrait bien pour cette nuit. Il retournerait à Spinner's End demain pour rapporter du matériel en plus.

Les lieux étaient froids, ils n'avaient pas été chauffés depuis longtemps. Severus démarra un feu dans l'âtre mais tout comme dans la cuisine, le conduit devait être encrassé par la suie. Il arrêta le feu après quelques secondes. Ils devraient se passer de chauffage pour dormir. Merveilleux. Février était frisquet et la maison, froide. Ce qui voulait dire qu'ils devraient dormir ensemble, dans les bras l'un de l'autre pour se tenir chaud. Il se souvint lorsqu'elle avait dormi dans sa cuisine à Spinner's End. Elle avait alors déserté son lit, bien trop effrayée par lui et ses réactions d'homme. Il avait compris pourquoi, plus tard, lorsqu'il lui avait enseigné l'Occlumencie. Il espéra seulement que ce soir, elle n'en ferait pas toute une histoire.

Bon, il était vrai que beaucoup d'événements s'étaient passées entre eux depuis. Des événements qui avait fait prendre conscience à la jeune femme qu'elle pouvait lui faire confiance, qui lui avait prouvé qu'il ne lui ferait pas de mal, bien au contraire.

Severus se rendit à la cuisine. La jeune sorcière avait trouvé de la nourriture dans les placards, qu'elle avait mis sur la table. Il avait apporté de quoi manger au fil du temps, au cas où il aurait eu besoin de rester ici plus longtemps. Elle était occupée à préparer le dîner. Au même moment, elle appréciait utiliser sa nouvelle baguette. Il y avait une frénésie de magie en cours dans la cuisine. Les poêles, les assiettes et les verres se lavaient tout seuls dans l'évier, grâce à la magie. La cuisinière était douée de vie, avec des poêles propres dans lesquelles des aliments étaient en train de rissoler, là aussi tout seuls. Amelia était assise à table, occupée à cuisiner. Elle avait pris deux chaises de la salle à manger, qu'elle avait rapportées dans la cuisine.

Elle leva les yeux vers Severus quand il entra dans la cuisine et l'accueillit par un sourire. Cette vue le toucha d'une certaine manière ou d'une autre. Elle était la seule femme – à l'exception de Lily – à l'accueillir ainsi d'un sourire. Mais Lily était morte. Tandis qu'Amelia était vivante. Une femme de chair et de sang, tout comme lui. Et elle était sienne.

"S'il vous plaît, Maître, asseyez-vous. Ca va être prêt dans quelques minutes."

"On mange quoi pour le dîner ?"

"J'ai trouvé du bacon et quelques pommes de terre. J'espère que vous les aimerez."

"Tout ce que vous cuisinez est bon, Amelia. Vous ne m'avez jamais déçu sur ce point." Soudain, Severus perçut quelque chose d'étrange. Il la regarda, il la voulait, elle, pour son dîner. Mais pourquoi se sentit-il ainsi ? N'était-il pas supposé ne ressentir quelque chose que pour Lily seulement ?

Après toutes ces années ? Il y aurait toujours de la place dans son cœur pour Lily. Mais il était en train de découvrir qu'il y avait aussi suffisamment de place pour Amelia. La jeune sorcière était maintenant à la cuisinière, le dos tourné vers lui. Il l'observa à nouveau, en fait, il la reluquait vraiment. Sa silhouette en sablier, son corps agile, ses longs cheveux ondulés. Il se rappela la première nuit qu'elle avait passée à Spinner's End, quand il l'avait reçue des mains du Seigneur des Ténèbres. Sa semi-nudité. Ses seins généreux. Elle avait été enceinte, à l'époque sa taille s'était un peu épaissie. A présent, il remarquait qu'elle avait récupéré une taille plus fine.

Severus tourna la tête avant qu'elle puisse remarquer qu'il était en train de la reluquer. Il se sentit même rougir comme un gamin. Vraiment. Maintenant, il voulait la toucher. Tous ces mois où elle avait dormi dans son lit, à ses côtés ! Il n'avait jamais rien ressenti pour elle. Et à présent, il avait envie de contact physique avec elle.

Amelia sécha les verres, les assiettes et les couverts avec sa baguette, de toute évidence heureuse d'accomplir ces tâches avec l'aide de la magie, après avoir passé tant de temps à être privée de son usage. Elle semblait s'amuser immensément. Elle posa tout sur la table, avec une carafe d'eau. Elle servit Severus en premier, comme elle le faisait habituellement, et versa de l'eau dans son verre. Puis elle remplit son assiette, avant de s'asseoir. Elle le laissa entamer le repas en premier avant de s'attaquer au contenu de sa propre assiette. Elle aussi avait faim.

Ils mangèrent tous les deux en silence, mais avec appétit. Ils avaient faim en effet, surtout après les événements du jour au Ministère. Amelia avait préparé un bon repas avec peu. Une fois de plus, elle s'était montrée pleine de ressources.

Quand ils eurent fini de manger, Amelia envoya tout à l'évier et ensorcela la vaisselle pour qu'elle se lave toute seule. C'était amusant. Severus était sorti de la cuisine, en lui disant qu'il était dehors pour vérifier les sortilèges de protections installés sur la maison.

Amelia ressentait une incroyable sensation de liberté. Elle regarda la baguette que Severus lui avait donnée. La baguette de sa mère. La baguette d'Eileen Prince Rogue. De bonnes sensations là aussi, dans ses mains. Fiable et, oui, agréable aussi. Il était vrai qu'elle portait les vêtements de sa mère, qu'elle cuisinait avec son livre de recettes, elle avait même donné le prénom de sa mère à sa petite fille. Eileen... La jeune femme ne put s'empêcher de songer à sa fillette, désormais en sûreté avec des gens bien.

Ce l'amena à penser aux événements de la fin de l'après-midi, au Ministère de la Magie. Elle revoyait ce sorcier entre deux âges, aux cheveux roux, qui avait parlé à son Maître comme s'il l'avait connu depuis longtemps. Amelia avait remarqué qu'ils s'appelaient par leurs prénoms. A part ses amis Mangemort, elle ne connaissait personne qui pouvait se permettre de lui parler ainsi. Ce qui voulait dire que les deux hommes devaient se connaître assez bien et depuis pas mal de temps.

Et cette histoire de Patronus en forme de biche ? D'après la conversation des deux hommes, il ressortait que le Maître des Potions n'était pas supposé être capable de jeter un tel sortilège. Amelia se demanda pourquoi un Mangemort ne serait pas en mesure de le faire – après tout, c'était un sort de défense contre les Détraqueurs. Les Mangemorts étaient comme tous les autres sorciers – ils pouvaient avoir besoin de se défendre contre ces horribles créatures. Qu'est-ce que ce sortilège pouvait bien avoir de si particulier pour qu'ils ne puissent pas l'invoquer ?

Il y avait plus que cela. Le sorcier rouquin avait mentionné un Patronus en forme de biche qui avait été invoqué début Janvier. Une intuition puissante, venant des tripes, hurlait à Amelia que c'était en relation avec sa fille. Serait-il possible que ce sorcier puisse savoir où se trouve ma fille ? Peut-être qu'elle avait tort, peut-être que tout cela n'avait rien à voir du tout avec sa fille. Mais elle ne pouvait s'empêcher de penser que c'était bien en rapport avec sa petite Eileen.

Mais est-elle encore ma petite ? Amelia sentit sa joie l'abandonner tout à coup. Elle savait qu'elle ne pouvait garder son enfant avec elle. La fillette aurait été en danger. De plus, aurait-elle été capable de s'occuper d'elle, si en grandissant la gamine se mettait à ressembler à son père – l'homme qui l'avait violée ?

Non. Je ne sais pas mais... Amelia était sûre d'une seule chose : elle détestait Queudver de tout son coeur. Elle était contente que le Seigneur des Ténèbres l'ait rappelé à lui, débarrassant Severus et elle-même de la présence de l'homme-rat. A cet égard, elle en était reconnaissante envers Lord Voldemort d'avoir pris probablement là la seule décision intelligente de sa vie (du moins d'après elle).

Elle se raisonna, songeant qu'elle aussi avait pris la bonne décision, celle d'abandonner la fillette qu'elle avait mise au monde le mois précédent, et de la faire élever par des gens qui prendraient bien soin d'elle.

Pourtant, Amelia songea que si le sorcier aux cheveux roux qu'ils avaient rencontrés plus tôt cet après-midi, était certes l'homme qui élevait à présent sa petite fille, ce n'était pas si mal que cela. Il semblait être une personne protectrice et fiable. Exactement ce dont un enfant avait besoin.

Elle voulait s'en assurer. Elle questionnerait son Maître. Elle percevait qu'il était d'une humeur apte à supporter des questions. Elle pouvait toujours tenter – et se rétracter s'il devenait méchant. Elle avait appris à le connaître, elle reconnaîtrait en lui les signes avant-coureurs de la colère – et reculerait alors d'une manière très soumise, comme d'habitude. Son côté soumis était le seul moyen pour elle de désamorcer la tension qui pouvait s'élever entre eux deux.

Une fois qu'elle eut fini de s'occuper de la vaisselle, de la sécher et de la remettre en place dans les placards, Amelia décida qu'elle prendrait un peu de temps pour voir ce devrait être fait ici en premier. Elle planifiait le travail à accomplir quand elle sentit une douleur dans la poitrine. Une douleur qu'elle connaissait bien. Elle avait besoin de tirer son lait. D'habitude, c'était Severus qui le faisait, dans son labo, où il avait tout son équipement pour stocker le lait. Et aussi parce que c'était lui qui avait une baguette.

Mais désormais, elle en avait une aussi. Elle connaissait aussi le sortilège – elle l'avait entendu plusieurs fois et avait vu le Maître des Potions l'utiliser, suffisamment pour mémoriser la façon de l'invoquer. Elle avait seulement besoin d'un récipient pour stocker le lait. Elle fouilla dans les placards et trouva une grande carafe. Elle la nettoya avec un Récurvite et la sécha avec un autre sort, pour s'assurer qu'elle serait propre pour recevoir la précieuse substance.

Amelia jeta un coup d'oeil à la porte. Elle était seule dans la cuisine. Elle n'avait aucune idée où se trouvait son Maître. Sûrement dehors. Elle se décida et commença à déboutonner sa chemise. Elle l'enleva, ainsi que son soutien-gorge. Elle était maintenant à moitié nue. L'air était frisquet mais elle essaya de ne pas y penser. Elle jeta un sortilège de réchauffement autour d'elle, ce qui éleva la température dans la cuisine de quelques degrés en plus. Puis, comme elle avait vu Severus le faire tant de fois auparavant, elle posa la pointe de la baguette d'Eileen Rogue sur sa clavicule et la fit descendre le long de son sein tout en jetant le sort à voix haute. "Galacteos Exprimeo."

La magie opéra. Le lait s'écoula de son sein dans la carafe. Elle n'avait aucune idée si Severus l'utiliserait mais au moins, il serait disponible s'il en avait besoin. Elle était sur le point de renouveler le sortilège sur son autre sein, quand elle entendit du bruit derrière elle. Elle tourna la tête vers l'entrée.

Severus était là. Il se tenait sur le seuil. Impressionnant dans sa posture. Son regard sombre et intense fixé sur elle. Toute sa personne exhalait la puissance. Amelia se rappela les quelques mots gravés sur le monument au Ministère de la Magie. La magie est la puissance. Si cette définition pouvait convenir à un seul sorcier, ce serait alors, selon elle, Severus Rogue. Les lèvres de la jeune femme tremblèrent. Elle se sentait si faible, si vulnérable, devant lui. Pourtant, elle savait intuitivement qu'il ne lui ferait pas de mal. Ils étaient toujours à se regarder avec intensité, comme si reliés par quelque lien invisible.

Il avait deviné ce qu'elle était en train de faire. "Avez-vous d'abord stérilisé le récipient ?" demanda-t-il d'un ton détaché, tout en se rapprochant d'elle, rompant ainsi le charme qui s'était installé entre eux. Amelia baissa les yeux.

"J'ai utilisé Récurvite, Maître."

"Ce n'est pas suffisant." Il réalisa que toutes les fois qu'ils avaient accompli cette opération, ils l'avaient fait dans son labo, et il avait été prêt alors. La sorcière ne pouvait pas connaître la procédure. "Vous devez stériliser le récipient en premier," fit-il doucement une fois à côté d'elle. "Il existe un sortilège pour ça."

Il était tout près d'elle maintenant. Amelia ne sentait pas embarrassée, il l'avait déjà vue à moitié nue ainsi auparavant. Trois ou quatre fois par jour depuis la naissance de sa fille le mois précédent. L'intensité de son regard sur elle avait même quelque chose de... chaleureux. Elle lui jetait des coups d'oeil furtifs de temps à autre. Elle ne voulait pas qu'il lise dans ses yeux qu'elle était troublée. Agréablement troublée.

La dernière fois qu'un homme l'avait regardé ainsi... C'était Terence. De manière étrange, songer à son ancien fiancé ne causa pas en elle l'habituelle pointe de chagrin. Au contraire, c'était comme si, d'où qu'il soit, Terence l'observait. Comme s'il y avait suffisamment de place en son cœur pour abriter des sentiments pour un autre homme.

La question était, est-ce que cet autre homme pouvait être Severus Rogue ?

Le Maître des Potions prit la carafe et en versa le contenu dans l'évier. Amelia laissa échapper une exclamation de surprise. "Autant je déteste le gaspillage," poursuivit-il, "mais nous ne pouvons pas utiliser le lait qui a été stocké dans un récipient non stérilisé. Je suis désolé, Amelia."

"Je comprends, Maître. Je... j'aurais dû attendre votre retour avant de commencer quoi que ce soit."

"Ne vous inquiétez pas. Désormais, vous savez." Son ton était étonnamment doux, presque caressant. "Le sortilège est une variante d'Incendio, donc vous devez faire très attention lorsque vous l'invoquez. Vous avez juste besoin de le murmurer. Comme ceci." Severus se rapprocha d'elle. Elle pouvait sentir son souffle sur son oreille, léger comme une brise. Il pointa sa baguette vers la carafe vide. "Incendio," fit-il très doucement.

Une flamme entoura la carafe, la noircissant pendant quelques secondes, avant que le récipient ne regagne son apparence habituelle. "Maintenant, elle est stérilisée. Mais attendez quelques minutes avant de l'utiliser. Elle est encore très chaude, vous pourriez vous brûler et la chaleur pourrait altérer le lait. Attendez qu'elle soit froide avant de l'utiliser."

Amelia hocha la tête. "Oui, Maître."

"Nous avons besoin de trouver un autre récipient pour stocker le lait. Nous utiliserons la carafe pour le collecter. Mais stérilisez-là avant chaque utilisation." Severus ouvrit divers placards avant de trouver un contenant adéquat. "Ca devrait faire l'affaire." Il lui montra ce qui avait dû être une bouteille de vin. "Nettoyez-là à fond et ensuite, vous la stériliserez avec le sort que je viens de vous montrer."

Amelia obéit. Toujours à moitié nue, elle lui prit la bouteille des mains et se dirigea vers l'évier pour la nettoyer, la remplissant d'eau avant de lancer un Récurvite dessus. Elle posa la bouteille à côté de l'évier. Puis elle la visa avec la baguette d'Eileen, un air déterminé sur le visage.

"Rappelez-vous... vous devez le murmurer." Il s'était rapproché d'elle, sa voix toujours aussi profonde et douce. Sensuelle, au point qu'elle se retint de frissonner de... de quoi ? Frissonner d'une sorte de délice.

Elle resta concentrée. "Incendio," murmura-t-elle. Le sortilège toucha la bouteille qu'une sorte de flamme embrasa brièvement avant de devenir rouge, puis noire en l'espace de quelques secondes.

"Bien," lui dit Severus. "Vous avez saisi le truc."

Elle se tourna vers lui et lui sourit, oubliant complètement qu'elle était à moitié nue. Son sourire et ses seins généreux émurent Severus au-delà de ce qu'il aurait imaginé. Il sentit la ruée du désir lui courir dans les veines, lui éperonnant le dos. Il resta immobile mais ses yeux sombres brillèrent de l'éclat blanc du désir.

"Je vous laisse procéder. Vous n'avez plus besoin de moi." Severus sortit de la cuisine. Il fuyait.

Amelia voulait lui dire qu'elle avait besoin de lui. Mais elle ne pouvait pas le lui dire comme cela. Elle n'aurait même pas été capable de l'exprimer ainsi. "Maître !"

Severus s'immobilisa sur le seuil avant de tourner la tête lentement vers elle. "Oui, Amelia ?"

Les lèvres de la jeune femme tremblèrent. Ses seins étaient offerts à la vue de l'homme. Severus ne put empêcher ses yeux de l'observer toute entière. Avec avidité. Elle était magnifique et le désir l'éperonna encore plus.

"Merci, Maître. Pour tout ce que vous faites pour moi." L'émotion était visible sur son visage, dans ses yeux. Elle ne tenta même pas de la cacher, tout comme elle n'essaya pas de cacher sa nudité. Elle les exposait toutes les deux, dans une démonstration de confiance que Severus perçut parfaitement bien. Ils restèrent à se regarder mutuellement ainsi, pendant de longues secondes.

Severus fit oui de la tête. Sans un mot, il quitta la cuisine, le sang pulsant dans son corps comme jamais auparavant. Comme s'il avait été submergé par une ruée vitale, comme il ne l'avait jamais ressenti avant, pas même pour Lily. Il avait besoin de trouver un exutoire à cette ruée. Il s'enfuit dans le jardin, loin d'elle. Malgré lui.


Bon, un chapitre un peu plus "reposant" après la fuite palpitante hors du Ministère de la Magie. Ca fait un peu de bien, non ?

Dans ce chapitre, l'on voit que quelque part, Severus rend sa liberté de sorcière à Amelia, en lui confiant la baguette de sa propre mère, même si en apparence, elle sera prisonnière du manoir des Prince. Leur relation évolue et chemine lentement vers une égalité retrouvée entre eux.

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