Le Pacte du Sang – Chapitre 21 – Questions et réponses
Amelia avait bien vu la hâte avec laquelle Severus avait quitté la cuisine. Elle se demanda si elle ne l'avait pas embarrassé ou mis en colère, de la façon dont il avait fui. Bon, elle ne pouvait pas être tenue pour responsable des émotions qu'elle pouvait susciter en lui. Il n'avait pas paru furieux pourtant. Seulement... eh bien, elle n'arrivait pas à le définir. Il était impossible à lire. Néanmoins, elle avait brièvement perçu que l'émotion avait été partagée par tous les deux.
Elle réfléchit à ses propres émotions. Elle était étonnée de voir qu'elle n'avait aucun scrupule à se montrer à moitié nue devant lui. Elle n'aurait jamais pensé être capable d'agir ainsi devant n'importe quel autre homme, surtout après ce qu'elle avait subi avec Queudver.
Mais Severus était différent. Il n'avait jamais tenté sa chance avec elle. Bien sûr, il y avait eu des fois où il s'était retrouvé en contact physique avec elle, soit pour la punir, soit pour la protéger. Mais il n'y avait jamais rien eu à connotation sexuelle dans ces contacts, même de loin. Il semblait même être le type d'homme à ne pas se laisser aller tant que cela à ses instincts lubriques.
Elle continua à tirer son lait. Mais elle ne pouvait oublier le regard intense qu'il lui avait adressé. Quelque part, c'était bon d'être regardée ainsi par un homme. Elle se rappelait la façon dont Terence la regardait. Il avait ce genre de regard, mais avec des yeux bleu-gris. Elle sourit, en songeant à ce souvenir. Elle remarqua alors que quelque temps auparavant, un tel souvenir aurait suscité de la peine en elle. Mais plus maintenant. Peut-être que le temps, ce grand guérisseur, l'avait aidée d'une manière ou d'une autre. Elle sentait qu'elle avait fait son deuil. Elle serait prête à se trouver un homme – une fois que cette guerre, cette folie, serait terminée. Elle n'avait aucune idée du moment quand, et si la guerre se terminerait un jour. Elle était une fugitive, ce qui compliquait la question encore plus. Elle serait obligée de vivre dans ce manoir pour une durée indéterminée. En quelque sorte, elle serait condamnée à une vie de réclusion dans cette demeure. Elle serait certes occupée, mais sa vie sociale serait des plus restreintes.
Cela dit, si cette vie sociale était restreinte à Severus Rogue uniquement, ce ne serait pas plus mal. Mais il ne serait pas toujours là. Elle mourrait d'envie de s'associer à d'autres personnes aussi, des amis, des gens avec qui échanger des points de vue ou quoi que soit d'autre. Même pour parler de la pluie et du beau temps. Des enfants – qui lui manquaient beaucoup. Elle ne serait pas en mesure de mettre en route ses projets concernant une école. Bien que cette maison soit grande. Mais ce n'est pas ma maison. Pour le moment, aucun progrès ne pouvait se faire dans cette direction.
Se retrouver confinée dans un endroit pareil, sans aucun autre contact, n'était pas vraiment le bon moyen de se trouver un mari et démarrer une famille. Et depuis quand avait-elle envie de démarrer une famille ? Elle avait cru qu'après le viol dont elle avait été victime, elle finirait sa vie toute seule. Il y avait sa fille, Eileen, mais elle n'avait aucune idée de l'endroit où se trouvait la fillette. Elle n'était même pas sûre s'il lui serait possible de la rencontrer plus tard, au cas où elle aurait vent de sa localisation.
Elle avait aussi perçu l'émotion de Severus mais comme il n'avait fait aucun mouvement vers elle, cela signifiait probablement qu'il n'était pas du tout intéressé par elle. Peut-être qu'il a une autre femme ailleurs et qu'il me garde ici par pure bonté d'âme. Elle était son bien, une prisonnière.
Cette guerre aura vraiment ruiné ma vie. Toute ma vie. Sentimentale, sociale, professionnelle, magique. A tout point de vue.
Elle soupira. Elle avait fini de tirer son lait. Elle réalisa qu'elle ignorait le sortilège pour garder la substance sous stase. Et il est où, maintenant ? Elle avait soudain peur à l'idée qu'il pourrait avoir quitté les lieux sans l'en informer, à la façon dont il avait fui la cuisine. Pourtant, c'était un homme responsable, il n'aurait pas fait une chose pareille. Elle enfila son soutien-gorge et sa chemise. Puis elle alla à la fenêtre et essaya de voir à travers malgré la saleté des vitres et l'obscurité de la nuit.
Aucun signe de lui.
Amelia soupira. Elle acheva de se rhabiller, maintenant qu'elle en avait fini avec son lait. Elle frissonna et réalisa que l'air était vraiment frisquet. Elle saisit sa nouvelle baguette et sortit de la cuisine. Elle le chercherait dans le jardin s'il le fallait.
Elle n'eut pas besoin d'aller aussi loin. Severus venait tout juste d'entrer dans le vestibule, alors qu'elle sortait de la salle à manger. Elle semblait soulagée de le voir. "Maître..." Il l'observa. Il avait perçu le ton de sa voix. Elle était probablement la seule personne dans le monde entier à sembler soulagée de le voir.
"Oui, Amelia ?"
"Je me demandais... où vous pourriez être," dit-il d'une voix qui tremblait sous l'effet de l'anxiété. Elle comprit que sa sortie pouvait être interprétée comme une insolence de sa part. "Je m'excuse, Maître. J'étais..." Elle baissa les yeux.
Severus appréciait sa posture soumise. Il aimait même ça. "Ca ira, Amelia. Vous avez vraiment cru que je quitterais les lieux sans vous en informer au préalable ?" Il y avait une pointe à la fois d'amusement et de réprimande dans sa voix. Il était un Légilimens, il avait dû lire le doute dans les yeux de la jeune femme.
Amelia le perçut. "Je suis désolée, Maître. J'étais... inquiète... pour vous."
Maintenant, voilà qui était nouveau. Severus ne put s'empêcher de songer à l'étrange sentiment qu'il éprouvait à cet instant, lorsqu'il entendit ses raisons. Il eut pitié d'elle. "J'avais seulement besoin de sortir."
Elle hocha la tête pour lui montrer qu'elle acceptait ses explications telles quelles, sans poser d'autres questions. Severus ne se serait de toutes façons pas justifié. Il était sorti pour se soulager du désir qu'il avait brutalement éprouvé pour elle, quelques minutes auparavant. Elle avait mis le feu à son corps. Il n'avait pas l'intention de se comporter envers elle comme Queudver l'avait fait l'année précédente. Il n'était pas le genre d'homme à céder à ce type de comportement.
"Allons dormir maintenant," fit-il en l'invitant à le suivre, après avoir jeté un sort de stase sur la bouteille pleine de lait.
Amelia suivit Severus dans le salon, vers l'étude. Elle était curieuse de voir comment il avait arrangé leur coin pour dormir. Il lui montra le tapis épais devant l'âtre, où il avait étalé la cape de la jeune femme. La sienne reposait à côté. Il avait aussi fait apparaître deux coussins.
"Allongez-vous, Amelia," lui ordonna-t-il. "Ici," il lui montra le côté le plus proche de l'âtre. La jeune sorcière comprit qu'il voulait se mettre entre elle et la fenêtre. Elle s'exécuta et s'allongea sur sa cape, arrangeant ses cheveux sur le coussin pour plus de confort. "Gardez votre baguette près de vous."
Amelia voulait lui rappeler que sa maison était sûre mais elle demeura silencieuse. Severus était totalement passé en mode protecteur à présent. "Oui, Maître." Elle posa sa baguette près de son coussin.
Severus s'allongea à son tour, vérifiant que sa propre baguette se trouvait bien à l'intérieur de sa manche gauche. Puis il prit sa cape – qui était plus épaisse – et l'étala sur leurs corps, afin qu'ils n'aient pas froid.
Dans l'atmosphère silencieuse de la maison, toutes les questions qu'Amelia s'était posées à propos des événements de l'après-midi, lui revinrent à l'esprit. C'était une ruée qu'elle ne pouvait arrêter. Après une minute ou deux passées à mesurer le pour et le contre de les formuler, elle se décida. "Maître ?"
Severus ne dormait pas. "Oui ?"
"Puis-je vous poser une question ?"
Elle l'entendit soupirer très légèrement. "Il semble que je ne pourrais pas vous en empêcher." Cela sonnait comme un consentement.
"Maître... plus tôt cet après-midi... au Ministère... il y avait ce monsieur aux cheveux roux. Vous le connaissez et il vous connaît. Vous vous parliez l'un à l'autre en utilisant vos prénoms. Je me demandais... qu'est-ce qu'il a voulu dire lorsqu'il a mentionné votre Patronus ?"
Severus s'attendait à cette question – plus ou moins. Il pouvait comprendre son désir de connaître la vérité. "C'est vrai, nous nous connaissons depuis pas mal de temps déjà. Cependant... je ne peux pas vous révéler son nom."
"Ma question ne portait pas sur son nom. Elle portait sur votre Patronus. Qu'est-ce qu'il a voulu dire, quand il a fait allusion à quelque chose qui s'était passé « en début d'année », que « c'était vous » ?" insista-t-elle.
Severus la trouva à la fois intuitive et entêtée. C'est bien une Serdaigle. "Vous faire part de ce qu'il a vraiment voulu dire ne vous apporterait rien de bon. Pour votre propre sécurité et celle d'autres personnes, je ne répondrai pas."
"C'est en rapport avec ma fille Eileen ?" Une pause. " « En début d'année », ça renvoie au moment où elle est née, n'est-ce pas ?"
Ce n'était pas une question. C'était une affirmation. Severus lâcha prise – il savait bien qu'il ne pourrait pas lui cacher la vérité pour très longtemps. "Oui, c'est en rapport avec elle. Mais je ne vous en dirai pas plus. Si sa sécurité est importante à vos yeux, alors ne posez plus d'autres questions à ce sujet, Amelia. Maintenant, dormez."
C'était là un ordre définitif et la jeune sorcière comprit bien qu'elle n'obtiendrait rien de plus de lui. Cela signifiait qu'il avait amené sa fille à l'homme aux cheveux roux. Elle devrait vivre avec cette supposition. D'un autre côté, si son Maître avait confié Eileen à cet homme et à sa famille, c'était là un bon choix. Le rouquin, appelé Arthur, avait paru être une personne fiable. Il avait fait passer la sécurité des autres gens de la salle avant la sienne, lorsque les Détraqueurs avaient attaqué. Il protégerait sa petite fille. Elle en était certaine.
Elle n'est plus ma petite fille. Pourtant, elle était contente qu'Eileen ait été envoyée dans une famille qui serait capable de bien s'occuper d'elle et de la protéger. Elle décida de mettre cette question de côté. Pour le moment.
Ils avaient apparemment passé une bonne nuit. Les événements de la veille avaient pris leur comptant sur eux et ils avaient vraiment besoin de se reposer. Ils se réveillèrent à l'aube, lorsque les premiers rayons du soleil touchèrent les fenêtres de l'étude où ils avaient dormi.
Severus étant un lève-tôt, il se réveilla en premier. L'air était plus froid que jamais mais une agréable sensation de chaleur l'entourait. Il se demanda si Amelia n'avait pas jeté un sortilège de réchauffement ou quelque autre charme de ce type. Puis il comprit pourquoi il avait chaud.
La chaleur était accompagnée d'une sensation de poids sur sa propre personne. Ce n'était cependant pas un poids inconfortable. C'était un poids qui s'encastrait plutôt bien sur son propre corps.
Amelia était collée tout contre lui. Sa tête reposait sur la poitrine du sorcier, son bras droit lui entourait la taille, tandis que sa jambe droite s'était insérée entre ses propres cuisses, son genou touchant même une partie sensible de son anatomie masculine.
Severus supposa qu'elle avait dû avoir froid durant la nuit et qu'elle s'était tournée vers la seule source de chaleur dans les parages – lui-même. Mais il devait reconnaître que ce contact était plutôt agréable. Il se rappela combien il avait été troublé le soir précédent, par sa semi-nudité.
La main gauche de Severus glissa le long de la taille de la jeune femme, puis de là, elle alla se poser sur la hanche. Il ferma les yeux pendant un moment. Un moment de sérénité, hors du temps, loin des problèmes à résoudre, loin du danger. Comme dans une oasis au milieu d'un désert de brutalité, de guerre et de mort. Il soupira. Combien il désirait qu'un tel moment dure à jamais ! Combien il voulait rester couché ainsi, avec Amelia à ses côtés, oublié du reste du monde – surtout du monde magique. Plus de Seigneur des Ténèbres. Plus de Dumbledore. Plus de promesses, vœux et autres Serments à honorer. Rien. Le néant. L'oubli. La paix.
Pourtant, Severus était bien conscient que ce répit ne serait que de courte durée. Ils avaient tous les deux des choses à faire. D'abord, ils devaient retourner à Spinner's End pour prendre quelques affaires afin qu'Amelia puisse vivre dans la demeure des Prince pendant une durée indéterminée avec le minimum, à présent qu'elle était une fugitive. Ensuite, du travail dans son labo de potions l'y attendait aussi.
Il remua. Non pas qu'Amelia était inconfortable sur lui. Il se souvenait lorsqu'ils étaient revenus de cette orgie, juste avant qu'elle n'accouche. Pour la soulager des effets secondaires de l'Endoloris, il l'avait prise dans ses bras et ils avaient dormi ainsi. Mais maintenant, le corps de la jeune femme avait déclenché des réactions tout ce qu'il y avait de plus naturel chez un homme de son âge. A 38 ans, il n'était pas fait de bois... même si à présent, une partie bien précise de son anatomie était aussi dure que du bois.
Amelia réagit à son léger mouvement. "Terence... encore un peu... comme ça... s'il te plaît... Terence..." gémit-elle dans son demi-sommeil.
Terence ? Encore ce nom ! Mais qui ça peut bien être ? Puis Severus sut la réponse immédiatement. Un amant. Il n'y avait pas d'autre explication. Terence a été son amant – ou bien il l'est encore. Si elle prononçait ce genre de paroles seulement dans une situation pareille, eh bien, cela ne pouvait vouloir dire que cela. Personne ne disait de telles choses dans leur sommeil à propos d'un ami ou d'un frère ou encore d'un autre membre de sa famille, combien proches ils pouvaient être.
Severus sentit l'aiguillon de la jalousie lui piquer le coeur. En aucun cas il ne laisserait un autre homme l'enlever à lui. Elle n'appartenait qu'à lui et à lui uniquement.
"Ce n'est pas Terence," répondit-il froidement.
Cette phrase fit son chemin à travers le brouillard de l'esprit de la jeune femme. Amelia se réveilla soudain, se levant sur ses bras. Cependant, son corps était toujours en contact avec celui de l'homme, ses jambes entre ses cuisses. Pendant de longues secondes, leurs regards se fixèrent l'un à l'autre, avec intensité. La main du sorcier reposait toujours sur la hanche de la jeune femme.
Combien de temps restèrent-ils ainsi, dans un silence complet, relié par le lien invisible mais certes palpable, entre leurs yeux ? Ils n'auraient pu le dire.
Les lèvres d'Amelia tremblèrent légèrement. Elle était émue, c'était évident. Cela se voyait sur sa figure. Severus pouvait le lire dans ses yeux. Il voulait embrasser ces lèvres tremblantes, rien que pour les empêcher de trembler ou de montrer encore plus d'émotions, il ne savait pas réellement. Quant à la jeune sorcière, elle ne pouvait bouger, comme si elle avait été collé à lui par un Sortilège de Glu Perpétuelle. Ou comme si elle ne voulait pas se séparer de ce corps confortable et rassurant. Un corps fort et fiable, tel un abri sûr.
Puis elle revint à la réalité et rompit le lien entre eux. "Désolée, Maître !" s'excusa-t-elle en hâte, tout en se retirant de lui. "Je ne voulais pas vous manquer de respect..." Elle roula sur le côté pour saisir sa baguette et se mit debout, si vite que Severus n'eut pas le temps de dire quoi que ce soit. Il la laissa aller. Elle sortit de l'étude.
Severus soupira profondément. La délicieuse sensation de chaleur était partie avec elle. Il ferma les yeux, se rappelant la vision qu'il avait eue d'elle la veille. Combien elle s'était montrée forte au Ministère. Combien elle lui avait obéi docilement sans contester ses ordres. Combien elle l'avait laissé l'amener ici sans faire d'histoires. Combien elle l'avait laissé la voir, le soir d'avant, lorsqu'il l'avait aidé à tirer son lait. Tout ceci pouvait se résumer en un seul mot.
Confiance.
Elle lui faisait confiance. Elle était sûrement la seule personne à lui faire confiance dans ce monde de dingues, à un moment aussi critique.
Severus se leva. Il rajusta ses vêtements avant de la rejoindre à la cuisine. Elle était là, occupée au-dessus de l'évier, à se laver la figure. Elle ne tourna même pas la tête vers lui quand il entra, bien qu'elle fût complètement consciente qu'il se trouvait maintenant dans la même pièce qu'elle.
Le Maître des Potions remarqua son attitude. Il l'observa, appréciant ses gestes gracieux et sa jolie silhouette. A présent, c'était lui qui avait des questions à poser. En particulier, une question bien précise qui lui brûlait la langue depuis quelque temps déjà. Depuis l'instant où elle s'était évanouie chez lui, après qu'une méchante dispute ait éclatée entre eux.
"Qui est Terence ?"
Ses paroles avaient été prononcées d'un ton doux, détaché mais cependant froid, un ton qui annonçait toujours le danger. Amelia le perçut et arrêta immédiatement ce qu'elle faisait. Ce qu'il remarqua, bien entendu. Comme elle ne répondait pas, Severus insista, cette fois sa voix donnant une claire impression de danger. "Qui – est – Terence ?"
Amelia ferma les yeux et soupira. Mais pourquoi donc est-ce qu'il pose cette question ?
"Ne m'obligez pas à trouver la réponse par d'autres moyens, Amelia. Vous savez de quoi je suis capable."
La Légilimencie. C'est évident.
"Répondez-moi. Je suis votre Maître. Qui – est – Terence ?"
Elle se tourna au même moment où il se rapprochait d'elle. Son regard sombre se fit froid sur elle, de cette même froideur qu'il avait quand il se montrait dur avec elle, autrefois à Spinner's End, lorsque Queudver y vivait encore. Elle jeta un coup d'oeil à la table – où elle avait laissé sa baguette, hors de portée.
Il lui prit le visage entre ses mains puissantes. "Qui – est – Terence ?" répéta-t-il, les dents serrées.
Elle eut peur de lui tout à coup. Il était si grand, si puissant, comparé à elle. Ses lèvres s'entrouvrirent mais aucun son n'en sortit. Elle ferma les yeux, instinctivement, consciente qu'il était sur le point d'utiliser la Légilimencie sur elle.
Severus voulait seulement lui prendre la bouche avec la sienne.
"C'était... il est mort à présent." Peut-être que ce serait suffisant pour désamorcer la tension.
"Qui était-il alors pour vous, quand il était en vie ?" Une pause. "Regardez-moi."
Amelia ouvrit les yeux, lentement. "C'était l'homme que j'aimais."
Sa réponse remua quelque chose en Severus. Un amour non réciproque ? Non, pas d'après les deux fois où il l'avait entendue prononcer ce nom. "Vous dites qu'il est mort. Vous pouvez m'en dire plus ?" Il lui relâcha le visage, conscient qu'elle était effrayée et manifestement troublée.
"C'est une longue histoire, Maître."
"Alors vous devriez la commencer maintenant, vous ne croyez pas ?"
Elle soupira. "J'ai rencontré Terence à Poudlard. Nous y étions dans la même année. Mais pas dans la même maison. J'étais chez Serdaigle et il était chez Serpentard. Nous... nous avons bien accroché tous les deux tout de suite, un jour que nous étions à la bibliothèque. Il était assez grand pour son âge et je n'arrivais pas à prendre un livre sur une étagère. Il a pris le livre pour moi. Puis il a commencé à me fréquenter pendant notre sixième année. Il était gentil et il aimait la lecture. Nous avons commencé à passer de plus en plus de temps ensemble, à lire et à partager nos impressions concernant les différentes livres que nous avions lus. Un jour..." Un petit sourire se dessina sur ses lèvres. "Un jour, nous nous sommes embrassés et nous n'avons pas lu plus en avant. Nous étions devenus un couple."
Severus était bien conscient des préjugés de sa Maison. Comment une née-moldue avait pu sortir avec un Serpentard ? Il savait combien cela pouvait être difficile – il en avait fait l'expérience avec Lily quand il avait été lui-même à Poudlard.
"Il était au courant du statut de votre sang ?"
"J'étais surprise qu'il s'intéresse à moi. C'était l'une des premières choses que je lui ai dites alors, consciente des préjugés que les Serpentards nourrissent à cet égard. Il avait alors dit que... que ça n'avait pas d'importance pour lui."
Cette affirmation évoqua un triste souvenir chez Severus. Il avait dit la même chose à Lily mais il n'avait pas eu la force de s'y conformer. S'il l'avait fait, il aurait envoyé balader ses camarades de maison et futurs frères Mangemorts. Il n'aurait jamais eu cette terrible parole qu'il avait proférée contre Lily. Il aurait fait un tout autre choix. Lily l'aurait aimé. Elle aurait été à ses côtés. Elle aurait été vivante... Arrête, Severus ! Ca ne te mènera nulle part. Lily – est – morte.
"Donc on a continué à se voir. Quand nous avons quitté Poudlard, c'était du sérieux entre nous. Nous étions déjà devenus amants à ce moment-là. Terence avait été particulièrement habile pour cacher notre relation à tout le reste de l'école et surtout aux autres membres de sa Maison. Il avait aussi caché notre relation à sa propre famille. Vous voyez... c'étaient des sang-purs avec aussi pas mal de préjugés. Il poursuivit ses études, il voulait devenir juriste. Il avait même trouvé un stage au Ministère de la Magie où il pouvait apprendre son métier. De mon côté, j'avais investi le domaine de l'éducation et je suivais des cours à cet effet dans une université moldue. J'étais devenue préceptrice en même temps, afin de gagner en expérience avant de trouver une situation plus stable. Nous avions prévu de trouver un logement et de nous marier."
"Vous connaissez les familles de sorciers, surtout les sang-purs. Ce mariage aurait exigé leur consentement."
Elle approuva. "C'est vrai. Mais si ma famille avait accepté Terence, il n'en allait pas de même avec la sienne. Terence ne leur avait pas parlé du statut de mon sang. Il voulait leur montrer que j'étais digne de lui sur d'autres plans. Qu'il était heureux avec moi. Que je possédais les qualités d'une bonne épouse. Que je pouvais assurer la mise au monde d'enfants magiques en bonne santé. Que j'étais une sorcière intelligente et puissante. Qu'il m'aimait."
Severus savait bien que ce ne serait pas suffisant. "Mais ça n'a pas marché, n'est-ce pas ?"
Amelia confirma d'un signe de la tête. "Non, pas vraiment. Sa famille a désapprouvé nos projets et ils ont même fini par le jeter hors de chez eux. Comme il n'avait nulle part où aller, il est venu vivre avec moi. Et comme il avait été déshérité et n'avait plus rien à perdre, il m'a demandé en mariage. J'ai accepté. Vous savez... nous étions jeunes, nous étions forts. Rien ne pouvait nous effrayer. Pas même..."
Sa voix se mit à trembler et s'arrêta.
"Pas même les menaces de la part des... des Mangemorts, par exemple ?" acheva pour elle Severus. Il avait déjà entendu parler d'histoires similaires. Il était à Poudlard, il n'avait jamais participé à de telles opérations, mais une des missions typiques des Mangemorts, surtout pour les jeunes recrues, consistait à terroriser les couples mixtes et à décourager de telles unions chez ceux qui ne s'étaient pas encore passé la bague au doigt.
Elle secoua la tête. "Non. Terence était un homme plutôt courageux. Pas comme un Gryffondor mais typiquement comme un Serpentard. C'est-à-dire qu'il avait confiance en ses propres capacités à éviter le danger. Il voyait le danger, oui, je veux dire qu'il était lucide. Mais il savait comment louvoyer dans la vie. Il avait plus peur pour moi. Il était très doué pour les sortilèges de garde et il avait mis en place toutes sortes de protections autour de notre maison. Il avait même..."
Amelia s'arrêta brusquement dans son récit, émue de toute évidence. Severus pouvait voir les yeux de la jeune femme s'embuer.
"Allez-y, Amelia."
"Il m'avait même donné un objet qu'il avait enchanté pour me protéger physiquement."
"Le pendentif serpent ?"
"Oui. Le pendentif serpent. Vous l'avez vu dans mes souvenirs pendant les leçons d'Occlumencie."
"En effet."
"Il m'avait dit alors que... que de la sorte, aucun Serpentard ne me ferait jamais de mal. Qu'un Serpentard veillerait toujours sur moi, s'occuperait de moi, me protégerait. Quoi qu'il puisse arriver à l'avenir."
Severus se souvint de la nuit où elle avait été capturée. Aucun Mangemort ne lui avait réellement fait du mal – à l'exception des bleus inévitables qu'elle avait ramassés à ce moment-là. Le Seigneur des Ténèbres avait même été surpris qu'elle porte un serpent comme bijou. Le charme avait là aussi fonctionné, même sur Lord Voldemort – un Serpentard. Il se demanda pourquoi elle s'était séparé alors du bijou. Il avait bien perçu qu'il était doté d'une puissante magie de protection. Il la questionnerait plus tard à ce propos.
Cela expliquait aussi que la seule personne à lui avoir fait du mal de la manière des plus odieuses, n'était pas un Serpentard. Peter Pettigrow était un Gryffondor...
"Terence croyait qu'il avait été suffisamment puni comme ça par sa famille qui l'avait déshérité et rejeté. Il s'en moquait car nous étions ensembles et heureux." Ses yeux se firent rêveurs, sa voix prit un ton plus désinvolte, comme si elle avait été transportée dans un passé qui signifiait le bonheur. "Nous pouvions passer toute une soirée à lire au lit, ensembles, le même livre sur les genoux, à lire à voix haute. Nous discutions, nous rigolions, ou bien on partageait des pensées profondes. Nous pouvions..." Son sourire se fit plus franc. "Nous pouvions faire l'amour, bavarder, lire et refaire l'amour, tout ça au cours de la même soirée."
Ses souvenirs suscitèrent une sorte d'envie chez Severus. Non pas qu'il fût jaloux d'un homme mort. Mais c'était là exactement ce qu'il aurait aimé partager avec une femme. Cette communion des intellects et des corps. "Que s'est-il passé ensuite ?"
Sa question la ramena au présent. Son sourire s'évanouit. "Terence croyait que... malgré la désapprobation de sa famille pour notre union... que rien ne lui arriverait – après tout, il était de sang-pur. Certaines personnes l'avaient étiqueté comme « traître-à-son-sang ». Rien que parce qu'il vivait avec moi et que nous étions sur le point de nous marier. Nous avions prévu un mariage très intime. Bien sûr, il avait toujours des amis qui le soutenaient, et de mon côté, j'en avais aussi. Vous le savez sûrement, les gens ont aussi des préjugés envers les Serpentards. J'avais perdu pas mal d'amis de Poudlard, tout ça parce que je sortais avec un Serpentard. Alors ce serait nous deux, les quelques amis qui nous restaient, son grand-père qui approuvait notre union, et mes parents."
A présent, Severus était vraiment captivé par son histoire. D'une manière ou d'une autre, elle faisait écho à ce qu'il avait plus ou moins vécu avec Lily – sans la partie amour cependant. Mais tous les préjugés qui avaient cours à Poudlard, et plus tard dans sa vie adulte, tout cela était là, bien présent, très puissant, que ce soit contre les nés-moldus ou les Serpentards. Il en avait suffisamment souffert – et c'était toujours le cas. "Et après, que s'est-il passé ?"
"La nouvelle de nos projets de mariage avait été divulguée. Très certainement par quelqu'un au Ministère, qui avait parlé et nous avait trahis. Je n'ai jamais su. Mais deux mois avant la date fixée pour notre mariage..." Elle baissa la tête. Elle lui tourna même le dos, très certainement pour cacher son visage. Il l'entendit renifler. Puis sa voix s'éleva, plus ferme, reflétant une révolte intérieure qui ne s'était jamais éteinte. "Deux mois avant la date fixée pour notre mariage, Terence fut tué. Il avait été... assassiné avec le Sortilège de la Mort. Mais il n'y avait pas que ça. Avant d'être tué, il avait été... torturé. Sur son bras, quatre mots avaient été gravés, dans la chair." Son ton exprimait toute la révolte qu'elle ressentait toujours. "« Traître-à-son-sang »."
C'en fut trop pour elle. Elle sanglota franchement cette fois. Severus alla vers elle et posa ses deux mains sur les épaules de la jeune femme. Il la caressa doucement là, sans un mot. Après quelques minutes passées ainsi, Amelia reprit les reines de ses émotions. Elle le saisit par les bras et le regarda. "Les Aurors ont enquêté. Ils trouvèrent un témoin. Un Mangemort qui avait été présent cette nuit-là. Il avait accepté de dire tout ce qu'il savait, y compris le nom du meurtrier de Terence, à condition que sa condamnation soit réduite." Elle prit une profonde inspiration. "Terence avait été torturé et assassiné par un membre de sa propre famille. Une femme Mangemort nommée... Bellatrix Lestrange." Severus entendait dans sa voix que sa révolte n'avait pas disparu le moins du monde.
Bellatrix Lestrange faisait partie de sa famille ? Pourrait-il être un... l'un d'eux ? "Continuez."
"Ils ne l'ont pas arrêtée, elle, mais l'homme qui leur avait tout raconté, a fini à Azkaban. Elle s'était enfui d'Azkaban quelques semaines avant de tuer Terence. Ils ne purent mettre la main sur elle car elle était certainement bien cachée avec Vous-Savez-Qui. Bon, c'est ce que je suppose. Il ne me fut même pas permis d'assister aux funérailles de Terence. J'ai réussi à y aller, cachée par un charme. Après tout ça, j'ai trouvé le poste chez les Coeurdaigle."
"Qui étaient les parents de votre fiancé ?"
"Terence était le petit-fils d'Alphard Black, que j'avais eu l'occasion de rencontrer aussi. Il m'avait dit qu'il aimait beaucoup son grand-père mais que le vieil homme avait été déshérité par la famille parce qu'il avait aidé son neveu à s'enfuir, un certain Sirius Black. Le même qui s'était retrouvé à Azkaban pour un meurtre de masse, avant qu'il ne s'échappe de là-bas, il y a quelques années de cela." Elle l'observa, un air perplexe sur le visage. "Vous avez déjà entendu parler de lui, Maître ?"
Le regard de Severus se fit froid sur elle. Elle avait failli épouser un Black ! Rien que ce nom suffisait à le mettre de très mauvaise humeur. "Oh oui, celui-là... j'en ai déjà entendu parler." Il savait que le monde magique était un petit monde. Que toutes ces familles sang-purs étaient plus ou moins liées les unes aux autres. Mais que la femme même qui vivait dans sa maison désormais, avait failli épouser un Black, un cousin au second degré de Sirius, son ennemi de toujours – et à présent décédé – il n'arrivait pas à le croire. Il la croyait, elle et son histoire, mais quand même. Il soupira.
Pourtant, il comprenait pourquoi elle avait dit que Terence avait été tué par un membre de sa famille. Il avait été tué par son autre cousin, sa cousine au second degré. D'une certaine manière, il avait connu le même sort que Sirius Black, lequel avait lui aussi été tué par sa cousine germaine – Bellatrix Lestrange, née Black. Severus estima qu'Amelia avait eu une chance toute particulière, lors de l'orgie donnée début Janvier par le Seigneur des Ténèbres, que Bellatrix n'ait pas reconnu en elle la jeune sorcière qui avait été sur le point d'épouser son cousin. Union pour laquelle elle avait tué le jeune homme.
"Je suis désolé d'apprendre tout cela, Amelia", fit Severus quelques minutes plus tard, après que les sanglots de la jeune femme se dissipèrent. Il se rappelait de ses propres larmes lorsque Lily était morte, quand il avait craqué dans le bureau de Dumbledore. Le vieux sorcier avait promis qu'elle serait protégée mais malheureusement, les Potter avaient placé leur confiance en quelqu'un qui ne la méritait pas. Peter Pettigrow. Le pire de tout, c'était que Severus ne pouvait pas se venger sur le petit sorcier, car c'était l'un de ses frères Mangemorts.
"Ne le soyez pas, Maître... Vous n'êtes en rien responsable de tout cela," fit-elle entre deux reniflements. Elle essuya ses larmes d'un revers de sa manche et le fixa d'un regard franc. "Ca va aller, je vous le promets."
Non, je suis juste un Mangemort, le bras droit du Seigneur des Ténèbres, son Maître des Potions. "Je suggère de revenir à Spinner's End maintenant, qu'une fois là-bas, on s'occupe de votre lait, qu'on prenne un bon petit-déjeuner, qu'on y emporte de quoi vivre ici pour vous et qu'on y revienne le plus vite possible."
Elle consentit d'un signe de la tête. Il la relâcha. Elle mit sa cape sur ses épaules. Il prit la bouteille qui contenait le lait, tandis qu'elle prenait sa baguette qu'elle enfila dans sa manche. En quelques minutes, ils se retrouvèrent à l'extérieur du manoir, d'où ils Transplanèrent.
Où l'on en apprend un peu plus sur Amelia, son passé et la magie autour du pendentif serpent. D'où le titre du chapitre.
Ca m'est venu aussi d'un coup, cette idée de faire de son fiancé un membre de la famille Black. Histoire de mettre Severus un peu plus de mauvaise humeur... comme s'il avait besoin de ça ! LOL
J'ai bien aimé jouer aussi sur l'apparente contradiction des divers sentiments que Severus éprouve : à la fois de la curiosité pour l'histoire d'Amelia et en même temps, un certain plaisir à être le Maître face à sa soumise. Avec en fond de tout cela, une authentique compassion. Car je crois, avec le temps, que Severus a bien plus de compassion que beaucoup d'autres personnages de la saga HP. Même si ce n'est pas apparent. C'est comme avec son courage, c'est pareil, ce n'est pas évident mais ces qualités sont bien présentes en lui.
Alors, vous en avez pensé quoi de ce chapitre ? Qu'est-ce qui vous a plu ? Qu'est-ce qui vous a intrigué ? Avez-vous obtenu des réponses à certaines des questions que vous devez forcément vous poser à propos d'Amelia ? Et le trouble de Severus... qui n'a d'égal que celui d'Amelia... ce fut délicieux à écrire de mon côté. J'espère seulement que j'ai bien respecté le caractère des deux personnages. C'est important pour moi.
Bon, laissez des commentaires, je suis très curieuse de connaître votre opinion.
