Il est temps pour cette fic d'adopter des chapitres plus courts, mais plus réguliers.
Désolé pour ce retard, et enjoy !
Chapitre 10 - Un peu de jardinage
Rye déposa un plateau avec un jus de fruit bien frais.
Il était debout, remettant en place sa casquette. Je distinguais déjà son regard pesant par dessus mon épaule, balayant le jardin de la résidence discrètement, critiquant certainement mon incapacité à jardiner correctement.
Cette maison m'appartenait. L'héritage de ma famille qui, aussi longtemps qu'elle avait pu perdurer, laissa derrière elle un terrain plutôt grand d'un certain charme. Si Shiho n'avait que haussé les épaules à l'annonce de la nouvelle, je m'en étais sincèrement réjoui, espérant profiter entre ces murs d'une future vie de famille. Et en la personne de Dai, j'y voyais déjà un avenir assuré.
Encore fallait-il qu'il sache au sujet des sentiments que je m'efforçais de cacher au plus profond de moi, dans un cœur voilé par un océan de ténèbres que lui non plus ne pouvait pas traverser.
Je m'asseyais sur le sol, jambes repliées en arrière pour ne pas tacher ma jupe, essuyant de ma manche les quelques gouttes qui serpentaient le long de mon visage transpirant au soleil de cette délicieuse après-midi.
Ce n'était, vraisemblablement, plus la peine d'être surprise en voyant Moroboshi avec sa veste de cuire et son pantalon brun. Il marcha un instant pour admirer le grand jardin qui entourait la demeure, sifflant en compliment.
- Hell. Il y a du travail. C'est plutôt mignon.
Je souriais à son égard.
Me relevant pour réajuster ma tenue, j'en profitais pour siroter sa boisson préparée par ses soins. Déjà de longs mois que nous avions goûté à une liberté plus jouissive, lui et moi, malgré sa loyauté — que dis-je, sa mission d'infiltration — envers ces hommes en noir.
Lui était contraint de continuer de multiples tâches pour leur compte, portant toujours fièrement le nom de code qu'il avait tant convoité. Et derrière ce visage, ce regard, se cachait tout une autre personne.
Inutile de ressasser le passé et les découvertes. Il en parlerait forcément un jour futur.
- Hé, Dai, déclarai-je en ricanant.
Il se tourna lentement, mains dans les poches.
- Hm ?
Je lui jetai au visage une paire de gants.
- Tu vas me filer un coup de main.
Le dénommé Akai s'était contenté d'écarquiller ses yeux verts et cernés.
Baissant la tête, son regard camouflé par l'extrémité de sa casquette, un soupir se dégagea de ses lèvres. Il éclata de rire un instant après, se tenant les côtes précipitamment.
Cette sensation qui me chatouillait la poitrine...
J'étais rouge. Je devais l'être. Du moins, je le pensais, à sentir cette étouffante chaleur envahissant progressivement mes joues puis mon visage tout entier. L'envie de me cacher était grande, mais ça ne me ressemblait plus désormais.
La nouvelle Akemi était plus forte.
- Haha, ça alors, tu n'es pas au courant ! répliqua-t-il en souriant joyeusement. Je suis un piètre jardinier. Si tu ne veux pas que ton terrain soit saccagé, passe ton tour.
- Tu vas déposer tes grenades, ton sniper, et tout ton arsenal de militaire dans le grenier, et enfiler tes gants mon brave, je ne plaisante pas, répondis-je en souriant.
Ses yeux s'élargirent une nouvelle fois avec surprise. Ils se plissèrent une poignée de petites secondes plus tard, retirant sa veste pour la poser sur la chaise de jardin à côté de moi. Un faible rictus se dessina sur son visage, légèrement rosé.
Cela ne dura qu'un instant avant que ses épaules ne tressautent, mais le doux regard qu'il m'avait jeté avait fait l'effet d'une bombe.
Et cette fois, je m'étais bien caché les yeux avec mes deux mains.
- Je n'avais que onze ans à l'époque, mais ma mère m'a demandé de l'aider à couper la haie, expliqua-t-il en se tournant. Mon père avait tenté de la dissuader, me sachant mauvais. Tout s'est bien passé, jusqu'à ce que...
Il marqua une pause.
- ... je ne coupe un câble qui n'était pas à sa place. Le quartier était privé d'électricité. Et avec la manière dont j'avais taillé la haie, tout avait repoussé de travers.
Ce fut mon tour de pouffer de rire.
- Ça va, ça va ! Je m'attendais à un doigt coupé, ou une perruque arrachée, tu t'en tires bien. Fais-moi confiance.
Dai haussa les épaules et se retira un quart d'heure.
À son retour, habillé d'un short militaire et d'une chemise blanche qui lui allait à ravir, l'agent du FBI se décida à obéir à mes ordres, s'agenouillant au sol pour aider aux tâches qui nous prendraient très certainement la fin de journée complète.
Loin d'être un professionnel, tout comme mes compétences tout aussi proches d'une amatrice, il se débrouillait suffisamment bien pour terminer la première partie du jardin dans les temps.
Un peu plus loin, proche de ce qui aurait dû être une piscine faite maison, se trouvaient les fameuses haies, ressemblant fortement à celles qu'il s'était vu obligé de tailler dans sa jeunesse. Gêné, il ne broncha pas et tel un enfant obéissant envers ses parents, il s'exécuta.
Il se figea en voyant dépasser la queue d'un chat, stoppant son geste. Prise d'une peur soudaine, je relâchais le stress qui s'était emparé de moi en voyant le pauvre animal sauvage montrer son museau au travers des feuillages.
Je n'avais jamais douté de la gentillesse d'Akai, mais il m'étonna plus encore en lâchant son sécateur au sol pour sortir le petit chaton de sa cachette. Le cachottier miaule tendrement, léchant la joue droite de Rye, qui se sentait mal à l'aise. Une autre partie de sa personnalité qui m'avait certainement fait craquer, sans aucun doute.
Il reprit son outil dans les mains puis tourna le visage vers moi, par-dessus son épaule tâchée par l'humidité des lieux.
- Quoi ? s'étonna-t-il.
- Rien, rien.
Sous le chant gracieux des oisillons, chassé désespérément par le chaton dans notre dos, nous avions continué le travail jusqu'à la fin d'après-midi dans un pseudo silence convivial.
Je ne cessais de me remémorer le contact de ses mains — sales mais malgré tout douce — sur ma peau. Cette odeur qui s'échappait de son cou, ce parfum agréable à sentir, et les mèches de cheveux qui se dégageaient de sa casquette noire pour effleuraient mes joues lorsqu'il se mettait à parler à voix basse, près de mes oreilles, souvent pour ironiser du manque de savoir-vivre du bruyant voisin d'en face.
Sans gêne, je lui tapais l'avant-bras pour le féliciter de cette difficile épreuve. D'une ambiance plus cosy, le jardinage était enfin fait. Il ne restait plus qu'à nettoyer, et tout débarrasser, avant de se relaxer face à un lever de lune éblouissant.
Malgré tout, un point négatif m'empêchait de me satisfaire de tout cela.
Je ne lui avais pas encore déclaré mes sentiments.
- Où tu comptes aller ? répétais-je à haute voix.
Rye croisa les bras derrière la nuque.
- Je vois. Tu veux de l'aide.
Encore heureux que j'en voulais.
Muni d'un grand sac pour se débarrasser des branches et des feuilles mortes, Rye se montra plus attentif et concentré qu'il n'aurait pu l'être. Nos mains se touchèrent une demi-seconde lors du remplissage, avant qu'elles se quittent pour reprendre leur poste initial.
J'avais l'impression d'être redevenue une gamine. Rougissant pour un contact, sentant son cœur battre à l'entente de sa voix, et exploser intérieurement quand il me venait en aider ou me complimenter.
Alors que je m'apprêtais à lui annoncer la suite de la manœuvre, un froid glacial s'insinua en moi, me figeant sur place. Comprenant la situation et au vu des températures chutant en ce début de soirée, Akai récupéra sa veste de cuir et me l'enfila avec précaution. Une douce chaleur s'infiltrait en moi, combattant le froid qui m'enveloppait pour me bercer dans un délicat confort.
- D'où l'intérêt d'en avoir une, se moqua-t-il en reprenant son ramasse feuille.
L'envie de le saisir par le bras pour le retenir dura un long moment, mais le courage était aux abonnés absents.
Combien de temps cela allait-il durer avant que l'un de nous ose faire le premier pas, dans l'option où Rye ressentait quelque chose à mon égard.
Aujourd'hui, lui et moi avons jardiné.
Je ne le savais pas capable de se comporter aussi bien sur une tâche aussi ingrate, comme il le jugeait. Mais nous avons passé un très bon moment. Ce serait me répéter de dire que je suis tombée amoureuse de lui, et qu'il semblait ne rien voir.
Shiho rentrera bientôt. J'espère qu'elle saura me conseiller.
PS - Il est très mignon.
Je replaçai une mèche derrière mon oreille.
- Je suis vraiment redevenue une gamine.
Toc toc toc.
- Dai, m'étonnais-je. Tu ne rentres pas ?
- Ma voiture est tombée en panne. Il est tard et je n'ai plus la motivation d'acheter un plat préparé au konbini du coin et rentrer à pied. Que dirais-tu de diner dehors et de passer la nuit quelque part ?
J'acquiesçai en souriant.
Il émit un bruit de satisfaction avant de refermer la porte. Ivre de bonheur, je songeais à la possibilité de lui révéler mon amour dans la soirée, priant pour que cela ne ressemble pas à une comédie romantique non réciproque.
Par la fenêtre, je pouvais le voir récupérer des affaires dans sa voiture, et utiliser sa cigarette avec l'allume-cigare à bord, démarrant le moteur par réflexe avant de couper le contact subitement.
Le voisin quitta en même temps sa maison en klaxonnant, criant avec ses amies pour la future probable victoire d'un match de football.
- Adorable petit menteur, déclarai-je.
J'aime trop ce couple, c'est putain d'infernal.
À tel point que la fiction ne s'arrêtera pas au chapitre 15, mais peut-être 20-25. Il y a beaucoup trop de choses que je veux raconter, et je dois malheureusement rayer de la liste certaines idées pour ne pas en faire une longue fic. :(
À bientôt. =)
(J'ai répondu en MP pour les reviews, blabla comme d'habitude, donc inutile d'en rajouter plus.)
