Haha, désolé pour le cliffhanger. xD


Chapitre 12 - Mon petit ami


- ... monsieur l'agent du FBI ? déclara Jinpei Matsuda en souriant.

Rye resta silencieux si longtemps que je m'en étais inquiété.

La bourrasque qui s'était levée n'avait guère balayé l'atmosphère pesante qui s'était posée depuis la rencontre électrique entre Matsuda et Dai. Comme deux animaux enragés, ils se regardaient avec un rictus pour l'un, et son air habituel pour l'autre.

Ses épaules s'affaissèrent d'un ou deux millimètres, relâchant la pression. Nous suivions dès lors les deux inspecteurs de police jusqu'aux scènes de crimes dont l'éloge était attribué à ce bien mystérieux tueur en série, toujours touché par une maladie appelée le sentiment d'être observé. Compressé en moi, il ne me permettait pas de réfléchir correctement.

Le besoin d'être un excellent détective pour comprendre la situation n'était pas obligatoire. Cet homme, en costard sombre et vêtu d'une chemise à l'opposition de la couleur de sa tenue, était sans doute proche du bureau de sécurité publique, dont Hikaru faisait partie de son vivant.

Mon esprit vacilla à la pensée de tous les éléments qui me permettaient de rassembler les pièces du puzzle. Il était Shûichi Akai, agent du FBI sous couverture, et était considéré comme l'assassin de Scotch, agent du PSB.

Il n'y avait aucun doute sur le fait que Amuro, Furuya Rei, soit également un partenaire de cet agent des forces de l'ordre. Si ma déduction s'avérait correcte, alors il devrait haïr aussi fort Rye que Bourbon.

Ce qui me paraissait étrange était la non-réaction d'Akai au sujet du mot « FBI » que son probable ennemi avait prononcé sans gêne. Il avait soutenu mon regard plus tôt sans broncher, sans s'expliquer, ignorant les mots qui avaient en revanche bien surpris l'inspecteur Winston.

- On y est, dit-il justement en levant la banderole jaune.

Quelle chance. Nous étions tous invités à observer cette terrible scène de crime. Je ne pouvais m'empêche de penser aux horrifiques méthodes des hommes de l'Organisation.

- Un tueur qui rôde un soir comme celui-ci, c'est vachement ironique, annonça Jinpei en allumant sa cigarette. Peut-être que notre ami étranger nous aidera à le capturer. Il a une dette à racheter.

- C'est bien le travail de la police, non ? répliqua Shûichi. Un simple étudiant en doctorat comme moi ne rivaliserait pas avec les talents que vous avez sous la main.

Jinpei ricana.

- Certainement. On va faire abstraction pour ce soir. Un coup de main de votre part ne serait pas de refus. Ca ne remplacera pas un vieil ami à moi, mort il y a pas bien longtemps, mais nous devrons faire avec.

La pensée me frappa, subitement, que j'avais peut-être fait fausse route depuis le début. S'il était au courant que je l'étais à son sujet, alors tout aurait un sens. Cela n'expliquerait pas en revanche la présence des mêmes individus qu'à Osaka.

Je revenais à moi quand Rye se pencha en avant pour inspecteur la scène.

La victime, un homme âgé d'une cinquantaine d'années, avait été poignardée à la poitrine. Pour une raison encore mystérieuse, aucune giclée de sang n'avait jailli sur le sol. L'on pouvait distinguer des gouttes égarées, parsemées sur un chemin qui menait à un ascenseur. Une fois à l'intérieur, il n'y avait cependant plus aucune tâche, et même le luminol ne fit pas effet.

Matsuda regardait sa montre avec inquiétude.

Outre la non-exactitude de l'identité du suspect et de son apparence, il fallait aussi déterminer rapidement où il pouvait se trouver. Bien que le quartier était entièrement bouclé pour contrôler la zone, il n'était pas rare qu'une issue s'ouvre à lui entre deux couloirs étroits.

Toutefois, il était là. Pourquoi lui. Pourquoi seulement Rye. Je n'en savais rien, l'amour avait peut-être le pouvoir de voir différemment l'être humain.

- Un parapluie, déduit Dai.

La curiosité nous interpella aussi vite que la une d'un journal.

- Avec le mélange de neige et de pluie, s'il utilisait un parapluie, le sang pourrait faire barrage.

- Et le sol, s'étonna Winston.

Dai regardait par-dessus son épaule.

- Si la lame est bien introduite au travers de la chair, il y a une chance que les éclaboussures ne s'en tiennent qu'au premier obstacle sur leur route. Notre tueur n'a donc pas tué sa victime dans la précipitation, mais bien avec des préparatifs. Une altercation entre le défunt et notre brebis égarée est la piste la plus viable pour qu'il puisse enfoncer son couteau perpendiculairement à son torse.

Jinpei étira un large sourire sur son visage fermé.

- Et l'ascenseur ? crachait-il.

- Le sol est faux, il est artificiel, répondit Akai. Il souhaite juste gagner du temps pour s'échapper.

- Cependant même si on inspecte tous les boutons d'étages du centre commercial, comment savoir où il s'est rendu.

Il y eut un silence qui semblait éternel.

- C'est qu'une mise en scène. L'assassin s'est mêlé à la foule extérieure sans aucun problème. Parce que son parapluie déjà rouge a été lavé quand les gouttes de pluie sont tombées du ciel.

Directement à ma gauche se trouvait Jinpei, qui en réponse à la déduction de Rye, ne fit qu'applaudir de ses deux mains. Il l'épiait avec arrogance et supériorité, confirmant fatalement tous les doutes que j'avais gardés dans mon esprit.

Pendant un instant, j'étais persuadé avoir vu un regard de mort dans les yeux verts de Dai, qui ne lâchait pas son interlocuteur. Les mains dans les poches pour se réchauffer du froid ambiant, l'agent infiltré leva sa lèvre dans un demi-sourire.

- Je le savais déjà, avoua Jinpei. Mais je me demandais si vous étiez capable de résoudre quelque chose d'aussi simple. Un bambin l'aurait également fait facilement.

- Eh bien, si tu t'ennuies tant que ça dans ton travail pour une affaire sérieuse, j'ai peur que la population ne puisse pas être capable de compter sur certains agents en cas de problème majeur, tacla Rye.

- Comme Hikaru, persifla Matsuda. Certaines missions donnent-elles le droit de tuer des agents dans un pays étranger ?

Jinpei marqua une pause en s'allumant une nouvelle cigarette.

- Pfff, j'en ai ma claque, je voulais confirmer mes soupçons. Ce gars du PSB avait raison. Mais je vais te promettre que tu ne t'en tireras pas aussi facilement. Je suis peut-être bien sympa à ton égard, mais lui il n'hésitera pas à te coller une balle entre les deux yeux.

D'un geste de la main, il demanda à son collègue de le suivre.

Rye soupira doucement. À son tour, il extirpa une cigarette de son paquet, et parti sans dire un mot à mes côtés.

J'aurais peut-être dû m'impliquer davantage dans cette petite affaire, et exprimer à haute voix ce que je pensais en réalité tout bas. Être au courant que la mort de Scotch n'est qu'un vulgaire quiproquo, un accident dans le pire des cas.

Dai me saisit par le bras pour continuer notre balade en toute tranquillité, ensemble, entouré par une chaleur confortable qui se dégageait de nos deux corps proches l'un de l'autre.

J'étais amoureuse.

C'était trop demander à mon cœur de cesser de battre la chamade sous ma peau, semblerait-il.

Je ne pouvais pas m'arrêter de penser à ces événements. Une nouvelle occasion de ratée, et des choix que je continuais d'amèrement regrettais. Qu'est-ce que cela aurait donné si j'étais intervenu ?

Qui pouvait savoir.


Cher journal.

Je suis persuadé que je peux retrouver la trace d'un proche de sa famille. Peut-être est-ce une décision mauvaise, mais trop souvent, les regrets me paralysent et m'empêchent d'avancer.

Il faut continuer de se relever et de suivre le chemin que la vie nous offre, en ayant des remords ou en commettant des erreurs, mais sans jamais être la proie à des sentiments et émotions plus difficiles encore à accepter.

Matsuda Jinpei est mort, paraît-il. Mais le soir de notre rencontre, il s'était passé autre chose. Je dois te le raconter...


Que faisait-il.

Dix minutes maintenant qu'il était parti pour je-ne-sais-quelle-raison. Quel homme laissait sa belle aussi longtemps seule, cible facile des autres amoureux solitaires qui pourraient s'en prendre à moi.

Je tendis le bras en avant pour remettre ma manche, et en profita pour regarder l'heure. La tentation de monter dans la grande roue était irrésistible. Mais je souhaitais le faire qu'avec mon petit ami.

petit ami...

Ce n'était pas vraiment le bon terme. Je ne pouvais me permettre de définir notre relation comme telle tant qu'un premier pas n'était pas engagé. Mais tout ce qu'on avait vécu jusqu'à maintenant confirmait plus ou moins cet usage.

- Arrêtez-le ! cria un agent de police.

Je levais à peine le regard qu'une force brute me saisit avec violence, par l'arrière, suivi d'un couteau bien aiguisé sous ma gorge.

C'était donc comme ça que ça devait se finir. Moi, qui étais habitué pourtant à des histoires aussi sordides, allais finir assassiné par un tueur en cavale dans les environs.

Oui, il en était ainsi. Il s'agissait bien du fil de ma vie, de tout ce qu'elle représentait au mieux.

- Reculez ! ordonnait-il en faisant de même..

Il me jeta comme une vieille chaussette dans une cabine de la grande roue avec panique. S'il s'était douté qu'un tel acte ne mènerait nulle part, sans doute n'aurait-il pas agis de la sorte, mais les forces de l'ordre entourait déjà l'attraction dans son action désespérée.

Et il n'était pas là pour m'aider, cette fois.

La vue était splendide. Au moins, je perdrais la vie avec un panorama de toute beauté. Magnifique décor pour une mort aussi horrible. La lune éclairait la ville comme une veilleuse dans la chambre d'un enfant. Les lumières se reflétaient dans les rives et les fenêtres des bâtiments. Et l'immense sapin illuminait la célèbre place, célébrant Noël.

- Putain, putain, putain ! s'énerva le bandit les yeux écarquillés.

La grande roue s'était arrêtée. Et bien évidemment, notre cabine se trouvait à son sommet.

De là-haut, je pouvais distinguer la silhouette de Matsuda, qui parlait à des hommes munis de boucliers antiémeutes.

- Merde, si je dois y passais, tu crèveras aussi ! cracha l'ivrogne.

Quelle charmante décision que voilà.

Il regardait un moment par la vitre pour réaliser que la police avait cessé de déblatérer entre eux des marches à suivre obsolètes. Jinpei avait avancé de plusieurs pas, et hurlait des phrases incompréhensibles.

C'était stupéfiant.

Pourquoi ce changement soudain d'attitude, dans ce silence de mort. Ils étaient scotchés sur le sol, comme paralysé face à un spectacle de grande ampleur, pendant que j'attendais un sauvetage imminent qui n'arriverait pas.

L'occasion idéale serait de parvenir à le jeter dans le vide. De la légitime défense. Mais une fois encore, j'hésitais. Partagé entre deux sentiments difficiles à décrire. La peur m'envahissait.

Mon estomac était noué.

- Fais chier, explosa-t-il en reculant contre la vitre du fond.

Je dois le faire.

Mais je suis terrifiée.

Affirme-toi. Assume-toi. Et fais-le !

Je ne pouvais pas. L'Organisation... tout ça y ressemblait. Impossible de me débattre, de tenter quoi que ce soit.

Lent, comme si le temps s'était figé autour de moi, dans un froid glacial d'une nuit d'hiver ordinaire, et muni d'une assurance aveugle et d'un regard anormalement noir de haine...

Shûichi posa sa main sur le col du preneur d'otage, par-derrière, d'une telle poigne qu'il en cria de douleur.

- Retire tes sales pattes... de mon trésor ! menaçait-il.

Immédiatement, je m'étais sentie rassurée.

Sa simple présence suffisait.

- Dai ! hurlai-je.

J'étais amoureuse.

Et il l'était aussi.


J'ai adoré.

Comment Akai est monté ? Mh. Je suppose que rien n'est impossible pour lui.

Puis bon, Kogoro a grimpé sur une gouttière svp, alors...

À bientôt ! =)