Et c'est parti pour le début du final. :3


Chapitre 13 - Et ils s'en vont.


« Merci pour tes services... Miyano Akemi. »

...

Cher journal.

Le temps passe. Ces derniers temps je ne me sens pas très bien. J'ai sans cesse ce même sentiment infernal, celui que l'on m'observe inlassablement.

C'est ironique, n'est-ce pas. Souhaiter la liberté. Envisager de vivre sans avoir à supporter l'aura ténébreuse qui les entoure. Pour finalement être toujours à l'affut de ces hommes sans âme.

Mais je me sens rassuré. Shiho rentre aujourd'hui.

J'espère pouvoir m'entretenir sérieusement avec elle.


Je replaçais cette même mèche rebelle derrière mon oreille.

Dans un soupir, je parvenais à sentir que ma poitrine me dérangeait. Mon cœur battait la chamade sous ma peau, et le froid qui m'enveloppait ne pourrait y remédier. La chaleur qui se dégageait de la veste que j'avais achetée lors du shopping avec Rye n'était pas assez forte.

Depuis l'extérieur, j'avais balayé du regard l'intérieur de ce restaurant à la décoration de Noël. Semblerait-il qu'elle était déjà arrivée, patientant autour d'une tasse de café mon entrée.

Cela n'avait pas changé. À chacun de nos rendez-vous, je la rejoignais systématiquement en retard d'une dizaine de minutes. Elle détestait ça.

J'ouvris la porte après avoir respiré un grand coup. Notre dernière conversation au téléphone autour de mes découvertes au sujet de Rye avait pris une tournure que je n'aurais jamais pu envisager. Loin d'être furieuse à notre égard, elle s'était contentée d'être froide et sarcastique. Habituellement, elle le serait, mais pas à un tel degré. Était-elle ma sœur, ou Sherry ?

Elle releva la tête en me voyant traverser la salle. Peu de clients en un soir de vacances festives de fin d'année, ce qui changeait bien d'habitude, j'entendais dire que cet endroit était très populaire.

- Il y a du progrès. Au début c'était quinze minutes, et en voilà dix de moins, assura Shiho en souriant. Comment vas-tu ?

- Bien. Et toi ?

Elle hocha la tête.

Je pris place en demandant au serveur de nous ramener une bouteille de vin, ni trop chère ni peu coûteuse. Les rencontres avec ma sœur se faisant rare, marquer le coup pour une délicieuse liqueur typique de l'Europe -la France, si j'avais bien compris mon professeur préféré- nous ferait le plus grand bien.

En me débarrassant de ma veste, je sentis son regard se poser sur le collier que Dai m'avait offert pour l'un de mes anniversaires. S'il brillait de mille feux à la lumière du jour, il avait malencontreusement perdu de son éclat depuis.

- Et comment se porte le muet qui te sert de protecteur ? demanda Shiho.

Par son ton et l'assurance de ses propos, soutenu par un manque total de gaieté, je sentais bien qu'elle n'avait que faire de la réponse. Sans doute souhaitait-elle savoir s'il était toujours vivant.

Akai, de son vrai nom, avait tendance à avoir la gâchette facile. Un don qui n'impressionnait pas ma petite sœur, ne voyant en beaucoup de personnes qu'une certaine ignorance de la réalité qu'elle devait subir.

- Il est plus qu'un protecteur pour moi, tu le sais bien, répondis-je. On est plus ou moins un couple depuis un bon moment, même si nous ne nous l'avouons pas.

Mes joues avaient infailliblement rougi.

- Tu fais ce que tu veux de ton cœur après tout, ajouta Shiho en buvant une gorgée. Mais ne viens pas pleurer parce qu'il t'a volontairement utilisé pour infiltrer l'Organisation.

- Je crois sincèrement en ces sentiments. Il est juste si renfermé qu'il est impossible de lui faire avouer.

J'en avais certainement trop dit.

Sa mâchoire se contractait dans un tic routinier, bien trop courant chez elle pour ne plus le remarquer. Elle déposa sur le socle de la table la tasse blanche dans lequel figurait un fond de sucre fondu par la température du café.

Elle attendait passablement que l'employé lui en servît un nouveau avant de me jeter un regard étonnement satisfait. Ma surprise ne s'était pas cachée, quand j'écarquillais les yeux face à une réaction que je n'aurais guère imaginée.

Un sourire s'étira sur ses lèvres.

- Je suis désolée, vraiment, avoua-t-elle. Peut-être que ma vie est un poil trop sombre pour voir que ma sœur s'épanouit. Je suis sincèrement contente pour toi.

- Shiho, je.

- Mais, ce ne serait pas surprenant que j'admette ne pas apprécier ce garçon, ajouta-t-elle. Un agent du FBI qui manipule le cœur d'une femme, faible et je suis éplorée de le dire, c'est un fait que je ne peux tolérer. Mais j'ai confiance en toi alors j'espère que tu sauras gérer ça à ton avantage.

J'étirais un large rictus en posant mes mains sur mon visage.

Ce fut à son tour confus de me voir réagir aussi bien.

- Il est plus bavard que tu ne le crois. Et surtout, je le cerne bien davantage aujourd'hui.

Reculant ma chaise pour me frayer un passage, je pris la direction des toilettes pour me rincer la tête. Cette même sensation me collait à la peau telle une ventouse, un cauchemar naissant qui m'attendrait au bout de la route sur laquelle je m'étais volontairement engagée.

Cette eau douce qui m'aspergeait le visage me refroidissait comme une douche forcée. Les idées claires, je ne voyais pas ce qui pouvait arriver désormais. La principale menace pour Rye était Bourbon, Amuro, qui travaillait actuellement à l'extérieur de la capitale. Nous ne le reverrions sans doute plus. Tout comme Scotch, d'une certaine manière.

Sur le miroir, je pouvais distinguer l'épuisement moral. Un manque de sommeil par des nuits de plus en plus agitées, sans remèdes pour les éjecter de mon esprit. Comment faisaient-ils, les insomniaques, au juste ?

Je pris mon téléphone portable, soigneusement rangé dans mon sac à main. C'était un e-mail de mon ancien professeur. Il organisait une sortie et souhaitait que je vienne. Le second provenait de Shûichi.

En l'ouvrant, un puissant choc électrique me figea plusieurs minutes.

« C'est comme si on voulait me l'arracher. »

Je l'avais prononcé à voix basse.

Ce message m'avait été envoyé il y a au moins deux heures. Oh que j'aurais aimé ne pas l'ouvrir tout de suite. Oh que j'aimerais encore me balader avec lui et lui offrir des cochonneries pour qu'il me fasse un sourire qui me procure cette adrénaline si agréable.

En sortant des toilettes, j'eus plus ou moins la réalisation de mes souhaits.

- Tu étais obligé de venir en personne. Un fax aurait été le bienvenu pour ta présence, tacla Shiho.

Rye leva les épaules.

- Soit rassuré, je viens voir Akemi.

Son regard sombre me terrifia. Sherry avait remplacé ma petite sœur.

- Je sais qui tu es vraiment.

- Ah oui ? répondit-il. Fascinant.

Je sentaisune veine gonfler sur mon front.

- Vous deux, vous êtes pire que deux gamins surexcités. Des fois je regrette qu'il n'y ait pas d'interrupteur pour couper votre grande babelle, soupirais-je. Shiho tu repars demain dans les laboratoires c'est ça ? Tu as une chambre d'hôtel ou quoi que ce soit ?

Elle termina son café.

- Un placard à balais pour la nuit. On se voit demain sœurette.

Renfilant son manteau, elle en profita pour foudroyer du regard Akai.

- Et j'espère à jamais te concernant. T'es pas dans le bon pays, voyageur égaré.

- Allons, allons. Va te reposer dans ta chambre d'hôtel. Ou plutôt ton placard à balais, ça te rappellera les bons souvenirs du laboratoire d'Amérique, cracha-t-il.

Jamais une telle colère sur le visage de Shiho n'avait autant été facilement observable.

Comme le feu et la glace, ces deux-là ne parviendraient jamais à se jumeler.


Cher journal.

J'ai pris une grande décision. Après avoir avoué mes sentiments à Rye, j'espère prochainement. Je souhaiterais lui révéler ma connaissance de sa véritable vocation. Comment le prendra-t-il ? Je ne sais pas. Mes craintes sont fortes. Je redoute ce moment.

Mais il faut que je le fasse. Si je veux vivre avec lui, si je dois partager ma vie avec cet homme, alors je dois réclamer la vérité.

Je posais mon stylo.

Qu'avais-je écrit ?

C'était aujourd'hui. Je le voyais dans deux heures à la gare, avant qu'il ne parte pour une rencontre qui tournera certainement au vinaigre. M'habituer à avoir un petit-ami membre de l'Organisation ne sera pas tâche facile.

Et fuir ensemble est loin d'être une option qui lui conviendrait.

Je libérais un faible rire en constatant qu'il ne restait qu'une petite poignée de pages vierges à compléter dans ce fichu bouquin. Est-ce que cela confirmait que j'approchais d'un grand tournant. Fatidique. Mortel.

Ce message me hantera certainement toute ma vie.

Akai - Il y a deux heures -

Dès demain, je vais travailler sous l'autorité de GIN.
Ce sera compliqué de se voir dorénavant.
Seras-tu disponible avant que je ne parte ?

...

Mon portable tomba sur le plancher, et se fissura dès l'impact.

Mes mains tremblaient. Le cri des corbeaux résonnait dans ma tête comme un violent esprit revenu de l'au-delà.

Je m'écroulais au sol les yeux humides. Le cœur fracturé en deux par un message bouleversant. Résister à l'émotion qui prenait possession de moi devenait de plus en plus difficile. Insupportable sentiment.

Mais j'étais impuissante. Faible. Mes larmes n'étaient plus retenues.

Elles tombaient de mes joues sur mes genoux repliés.

Une averse qui ne s'épuisait jamais, source d'une tristesse volumineuse.

D'une peine qui ne saurait être calmée.

Et d'une peur effroyable.

Celle de le perdre.


Il reste donc bien quatre chapitres. Cinq si tout ne rentre pas correctement. XD

J'espère que ça vous aura plu, en tout cas. Merci pour vos petits mots et votre assiduité. :)

À bientôt !