Sincèrement désolé pour ce retard. L'écriture de cette fiction a été difficile ces derniers-temps.
Bonne lecture! =D
Chapitre 14 - Comme un château de cartes
Elle tintinnabulait encore et encore.
Le son de la cloche scindait le temps une nouvelle fois. Dix minutes passaient, sur des landes silencieuses, mais rien ne changait. Sur les murs de la gare, d'un pâle certain, le clair de lune venait éclaircir les bâtiments alentour, précipitant les habitants tout autour dans les wagons du train au départ.
Les panneaux d'informations s'éclairent à mesure que le soleil s'éteignait. Ses rayons disparaissaient d'un claquement de doigts.
Je replaçais ma mèche de cheveux, tremblante. Le froid m'enveloppe, je grelotte. Seule sur le quai une nouvelle fois, le téléphone entre mes cinq doigts de la main droite, je poussais un long soupir.
Il devrait déjà être là. Ce n'était pas son habitude d'être en retard. Je fermais les yeux et me laissais submerger par de nombreuses pensées négatives. De multiples scénarios dramatiques défilaient devant moi, aussi clairs que lorsque je les ouvrais pour vérifier s'il n'était pas déjà arrivé.
Quel sentiment néfaste. Cette sensation horrible qui me dévorait la chair, compressant mon cœur qui parvenait difficilement à me maintenir en vie.
Puis vint le soulagement. Une délivrance pure accompagnait par une respiration plus régulière. Sa silhouette me faisait signe, au loin, vêtu de sa veste sombre et de sa chemise blanche.
À l'instar de cette journée ensoleillée, la tombée de la nuit ouvrit les festivités d'une petite pluie innocentes. Des feuilles dansaient dans les airs au fil du vent qui les guidait. De nombreux oiseaux quittaient leurs nids.
Je l'avais rejoint aussitôt. Sans qu'il ne puisse dire quoi que ce soit, par un automatisme dont j'ignorais la connaissance, je l'avais enlacé. Comme si c'était la dernière fois. Comme si le temps allait jouer contre nous.
Il avait relevé la tête. Ses yeux émeraude me fixaient, et je parvenais à voir dans ses pupilles mon reflet.
- Je vais devoir partir, comme je te l'ai annoncé au téléphone, dit doucement Rye en plissant les yeux. Je ne peux te promettre que ce ne sera pas long, hélas.
J'étirais un sourire désolé.
- Gin... c'est l'un des pires, répondis-je. Depuis hier j'ai le sentiment que je ne te reverrais plus, Dai.
Il écarquilla discrètement les yeux.
Ses mains dans les poches pour se protéger du froid, il en sortit une pour la placer contre ma joue. Un apport de chaleur bénéfique. Sa paume réchauffait mon oreille congelée par la fraicheur ambiante.
Stupides battements de cœur. Silence.
Je ne me sentais pas à l'aise, étrangement. Une branche de grenats était tombée dans l'herbe. Des oisillons s'en étaient approchés. Leurs pleurs pour un manque de nourriture m'attristaient.
- On se reverra, Akemi.
Sa voix flottait au-dessus du quai. L'église cessa de sonner le glas. L'obscurité gagnait du terrain. Pourtant, au sein de cette faible luminosité, je discernais son visage meurtri par cette promesse.
Il mentait.
Lui aussi se doutait que cette affiliation avec Gin ne prévoyait rien de bon. N'était-il pas le tueur exemplaire de l'Organisation, croulant sous les mérites à la suite de nombreux contrats dont il avait été le seul à inaugurer l'achèvement.
Les feuilles tournaient. La pluie s'interrompit lentement. Au sol, il ne restait plus que des ruissellements, et sur les vitres du bâtiment d'accueil, des gouttes serpentaient le long des carreaux poussiéreux.
Il le remarquait.
Ses mains se posèrent à l'accoutumée sur mes épaules. Je parvenais à sentir son souffle dans mon cou. Le vacarme qu'engendrait l'arrivée de son train pour son rendez-vous du lendemain rompit la bulle dans laquelle nous avions trouvé refuge.
- On se reverra, répéta-t-il.
Je faisais la moue.
De nouveaux passagers font irruption. Leur voix se rejoint à celui du TGV. Ceux qui patientaient sur les bancs les laissèrent libres. Ils étaient vétustes, puis rapidement humides.
- Tu vas devoir monter, Dai, lui dis-je en souriant malgré tout.
Dans l'impossibilité de le retenir, je n'avais pas d'autres solutions.
Son regard perçant devint subitement plus doux. Tendre. Comme un coussin moelleux, ou un marshmallow. Un petit rictus s'étira sur ses lèvres. Sa main passa rapidement dans le sac qu'il portait autour de sa taille, relié à la bandoulière sur son épaule.
Un cadeau ?
- Ne fais pas cette tête... déclara-t-il en me mettant un chapeau noir sur mes cheveux. Je te protégerais même si cela devait m'ôter la vie.
"..."
Son visage se pencha.
Naturellement.
Ses lèvres chaudes, sucrées et douces. Elles s'étaient posées sur les miennes sans que je ne puisse réagir. Une fraction de seconde, peut-être. Tout autour de nous, le temps est comme plus lent.
Le quai, immobile et ondulant, comprenait que le temps des séparations était arrivé. Notre étreinte se relâcha qu'après une poignée de secondes, et précipitamment, tout redevint comme avant.
Les feuilles d'arbres tournaient, les portes des wagons s'ouvraient par la manifestation de ses voyageurs, et le contrôleur leva le bras pour engager un départ proche.
Ce serait des au revoir en catimini.
- Je te contacte.
- Promis ?
Il hocha ma tête et monta à bord du train.
Fracture du cœur lorsque ça, la porte nous sépara. Dans son accélération, les rafales que provoquait le transport en commun m'obligeaient à maintenir le chapeau qui m'avait été confié sur le haut de mon crâne.
Noir somme un corbeau. Sombre comme son ancien lui. Son futur, assurément.
Cher journal.
...
Je ne sais pas quoi t'écrire. L'Organisation est un véritable calvaire. Il est impossible de leur échapper.
Leurs silhouettes se faufilent tout autour de vous. Ce sont des vautours. Ils vous agrippent et arrachent votre cœur sans une once de pitié. Ils rampent dans l'ombre, et disparaissent comme le brouillard.
Rye. Non... Shûichi est parti. Au fond de moi, j'espère que tout se passera bien. Mais c'est surprenant comme je refuse moi-même de me croire.
Je refermai le livre avec une angoisse ancrée en moi.
Le soleil brillait. Les oiseaux chantaient. Oh, comme cela ressemblait à un conte de fée idéal. La princesse, me correspondant, trouve alors son prince charmant et l'épouse. La vilaine sorcière, elle, est finalement vaincue après un combat d'apparence insurmontable.
Je suis désolante.
Ces histoires enfantines ne représentaient absolument pas la réalité des choses. J'écartais le rideau de la maisonnette en espérant y voir garer en contre-bas le véhicule d'Akai, pour finalement n'y distinguer qu'une moto typique d'un de ces vautours.
- Vermouth.
Elle sourit en rangeant son arme. La cigarette qui dépassait du bout de ses lèvres émettait une fumée blanche qui disparaissait dans l'air. Le bois de la demeure travaillait et ne laissait aucune place au silence.
La jeune actrice resta impassible, elle tendit sa main, réclamant mon téléphone.
- Le savais-tu ? Rye. Il était un agent du FBI sous couverture. Bourbon avait touché le mille. A slaughtered computer virus.
- Tu plaisantes ? Après tout ce temps avec lui ?! m'étonnais-je. Qui a décrété ça ?
Son sourire moqueur me tapait sur le système.
- Tu étais plus proche de lui que quiconque~ siffla-t-elle. Tu saisis donc qu'il est un ennemi. Alors tu es gentille, tu ne le vois plus. C'est bien compris ?
J'hochais la tête.
Je pouvais sentir l'odeur de son parfum quand elle s'était approchée impassiblement de moi. Son arme glaciale contre la peau de mon cou n'était guère appréciable. Mon cœur s'était serré.
- Tu sais ce qui se passerait, sinon. Mais sois-en sûr. Later. An other day. I'm gonna kill you, assurait-elle avec sérieux. Les Miyano doivent disparaître de la surface de cette terre.
Allez tous vous faire voir.
Longuement hésitante, je m'étais retenue de lui répliquer ça.
À son départ, mes jambes avaient lâché.
Quel silence. Cette atmosphère dramatique, pesante, mélancolique... avec laquelle je m'étais familiarisé... était d'hors-et déjà revenue. Pourquoi ces larmes coulaient-elles sur mon visage.
Pourquoi tombaient-elles à flots. Retrouver ma vie d'avant était une opportunité à saisir. Profiter, espérer, se réjouir de ce qu'elle aurait à m'offrir.
Réveille-toi, Akemi. Tu es une erreur toi aussi. Elle finira par te tuer.
Dans ma poche intérieure, mon second téléphone vibra.
Ce fut un exercice bien difficile de lire le contenu du message, l'écran humide par mes sanglots. Mais il venait de Rye. En l'espace d'un instant, tout s'écroula comme un château de cartes.
Il ne manquait que son sommet, mais les bases s'étaient effondrées.
- Akai -
Je suis désolé.
...
Je restais seule avec ma douleur.
Sans personne pour qui me réconforter.
Ni mes parents. Ni Shiho.
Ni l'homme de ma vie...
Plus que deux chapitres. Ou trois avec l'épilogue. Je ne peux rien vous assurer.
Merci pour vos reviews ! J'ai répondu en MP donc inutile d'en rajouter.
À bientôt ! =)
