Episode 2
Le brigadier Actarus aimait son métier. Malgré son museau court, il flairait les pistes de la délinquance dans les rues de la capitale de l'ouest avec un dévouement sans faille. Par dessus tout, son grand cœur de flic était guidé par une loi suprême : celle d'aimer et de protéger les citoyens.
Il était accoudé au comptoir en zinc d'un kiosque du Square Toriyama, se pourléchant les babines du sucre de l'énième beignet de cette journée paisible. Taro, son jeune coéquipier, attira son attention sur deux enfants qui passaient.
Le garçon, un peu plus âgé que celle qu'il tirait par la main, paraissait très agité. Les deux jeunes, le feu aux joues semblaient se quereller tout en se dirigeant d'un pas rapide vers la sortie du parc. La gamine, haute comme trois pommes et des stries de larmes fraiches sur les joues, suppliait son frère de ne rien dire à leurs parents.
« Mais tu te rends compte ! Le danger ?» lui cria l'ainé, levant les mains au ciel après avoir piler et fait volte-face.
« Promis, promis ! Je ne le ferais plus jamais !» sanglotait la sœurette, agrippant dans ses menottes la veste en jean de son frère.
Pas besoin de laisser trainer sa truffe au vent plus longtemps pour repérer la détresse chez ces deux là.
« Tu ne feras plus jamais quoi ma petite ? » l'interrogea le policier qui s'était approché d'eux.
Sous le sceau du secret professionnel qu'il jura de garder, le brigadier reçu leur confession au creux de l'oreille. Taro nota dans son calepin les coordonnées téléphoniques que lui fournit le jeune garçon. Ils se firent rassurants mais sitôt que les deux enfants eurent tourné les talons il perdirent toute trace d'empathie.
Dégainant le talkie-walkie de sa ceinture et échangeant un regard avec son adjoint, Actarus émit son appel : « De Patrouille 54 à Central, possibilité d'attentat à la pudeur en cours au Square Toriyama. Le suspect est un homme de petite taille, possiblement travesti. Cheveux longs et bruns. Nous nous dirigeons sur zone».
« A patrouille 54, souhaitez vous effectuer une demande renfort ? » grésilla une voix dans l'émetteur portatif.
« De 54 à central, nous aviserons selon investigation. » précisa le brigadier.
« Bien reçu de Central » crachota le haut parleur alors qu'ils prenaient déjà la direction de l'aire de jeux, en alerte et la main sur la bombe lacrymogène.
Le pervers est un animal grégaire qui s'ignore. Ils débusquèrent un suspect correspondant au signalement entouré de quelques autres spécimens.
« Messieurs bonjour-» intervint le brigadier en esquissant un salut militaire, «-J'imagine que c'est vous les abrutis qui faites peur aux gosses en leur offrant des bonbons ?» aboya-t-il à leur intention.
« C'était son idée ! » glapit Oolong, pointant du doigt Végéta tout en s'écartant pour trouver refuge derrière Yamcha.
A la vue des uniformes, Gohan sentit un poids quitter ses épaules. Il pouvait être rassuré : des adultes allaient prendre le relais. Il tripotait le voile en tulle de son chapeau pointu depuis de longues minutes, incapable de présider la discussion houleuse qui s'envenimait sous ses yeux.
Végéta s'était engagé avec détermination dans son premier gage deux heures auparavant. Pour leur prouver son humanité, Yamcha lui avait annoncé qu'il devait accomplir avant le coucher du soleil, une simple bonne action.
Gohan, le seul parmi eux à avoir le cœur assez pur pour monter sur le Kinto'un, avait été désigné juge. Il avait hérité d'un chapeau de fée bleue ainsi que d'une baguette dont l'extrémité était ornée d'une étoile et de filaments qu'il trouvait du plus bel effet.
Végéta avait tourné et tourné et retourné dans les allées du parc à la recherche du moindre chat coincé dans un arbre. Hélas… il n'avait pas même croisé une vieille avec un sac trop lourd ou un aveugle à faire traverser ! Pire, les gens fuyaient sur son passage à la vue de son costume et de sa figure de lundi pluvieux.
Tout semblait désespéré et le sayien commençait à montrer des signes alarmants d'impatience quand une fillette était tombée en courant non loin d'eux. Au même moment, Krillin proposait une tournée de chewing-gum. Végéta, s'emparant du paquet, avait volé au secours de la petite écorchée vive. Personne n'eut le temps de l'empêcher de commettre l'irréparable bévue : il lui tapotait déjà sur le sommet du crâne en tendant la friandise, lui offrant son plus beau rictus. Le frère, terrorisé, s'était enfuit avec elle avant qu'ils ne puissent se ressaisir. Végéta, fier de lui, leur était revenu en bombant le torse.
L'auteur des faits, appuyé par Muten Roshi et Oolong, soutenait qu'il avait agi en toute bonne foi. Les trois autres maintenaient qu'en finalité, il avait fait pire que mieux. Yamcha allait jusqu'à l'accuser de se réjouir des pleurs de la mioche : il l'avait vu sourire durant sa chute. La lourde responsabilité de trancher revenait à Gohan, mais son avis était partagé.
L'agent de la paix, écoutant toutes ces explications embrouillées, ôta sa casquette et se gratta nerveusement derrière l'oreille. Il évaluait l'opportunité d'embarquer tout ce petit monde au poste pour effectuer un contrôle d'alcoolémie. Le type, bien que nerveux, semblait sincère. Il se pinça l'arche du museau en fermant les yeux, en trente ans de carrière il aurait tout entendu…
« Et vous allez me faire croire qu'une femme a accepté d'épouser ce demeuré ? » demanda-t-il plus consterné que dubitatif à son auditoire.
« Hum, et bien oui… C'est ma fille. » répondit un petit homme aux cheveux violets «Mais elle n'a pas dit "oui" tout de suite. Il a du s'y reprendre à deux fois. »Ajouta-t-il après un accès de toux grasse typique des gros fumeurs.
« Au moins vous savez qui a le plus de jugeote des deux.-» soupira Actarus, « -J'espère, jeune homme, que vous prendrez du plomb dans la cervelle quand vous aurez des enfants. » Conclut le brigadier qui n'avait pas pu s'empêcher de tapoter dans le dos du beau-père en devenir.
« Ah ça ! Ils en ont déjà un, il a huit ans, un sacré phénomène !» S'exclama l'un des comparses. Accroupi, il ne leur donnait à voir que son crâne chauve et luisant. Krillin plongeait les bras dans un sac à dos dont il extrayait des vêtements que Végéta lui arrachait des mains au fur et à mesure.
Fouillant dans ses poches, le professeur Brief sortit son portefeuille et produisit une petite photo. Les deux policiers se penchèrent sur le portrait un peu écorné. A leur grande surprise ils reconnurent immédiatement la femme la plus célèbre de la planète : la magnifique et géniale héritière de l'empire Capsule Corporation, Bulma Brief. Ils reportèrent leur attention sur Végéta qui avait enfilé son pantalon et ôtait sa marinière.
« Vous êtes son coach de Crossfit ? » ne put s'empêcher de lui demander le Cadet Taro en déglutissant. Les seules tablettes de chocolats qu'il possédait se trouvaient dans un placard de sa cuisine. S'en fourrer le cornet le soir devant des épisodes de Derrick, sa série préférée, contribuait à l'entretien de sa petite bedaine.
« Tschh… » Renâcla Végéta, trop occupé à boutonner sa chemise pour répondre.
A bien les regarder, les hommes de ce groupe avaient des carrures athlétiques, même le vieux barbu dont la cane devait bien peser dans les dix kilos. Taro se jura de retourner dans cette salle où il avait un abonnement sans jamais y mettre les pieds.
« Laissez tomber.-» maugréât-t-il, «-et un conseil, le prochain qui se marie, emmenez le plutôt au karting. Vous êtes priés de circuler.»
Les fêtards rassemblèrent leurs affaires et quittèrent le parc sans demander leur reste. La rencontre avec la maréchaussée semblait avoir calmé leurs ardeurs.
« Enlève ce truc ridicule ! » cracha Végéta à Gohan alors qu'ils marchaient côte à côte.
« Boh… c'était marrant de se déguiser non ? » lui répondit ce dernier d'un ton rêveur en joignant les doigts derrière sa nuque.
Gohan n'eut pas le réflexe de bloquer le coude vicieux de Végéta qui s'enfonça douloureusement dans son flanc à découvert. Son ainé profita qu'il se penche en avant tout en massant la meurtrissure pour assener une grande tape sur la coiffe. Le chapeau, repris de volée par un coup de pied fatal, plana jusqu'à une des poubelles du parc toute voilette déployée.
A suivre…
