Les personnages de cette histoire sont issus de l'œuvre d'Akira Toriyama, je ne retire que le plaisir d'écrire à leurs dépends. C'est chouette non ?

Episode 3 : Le Chimichurri

Les joyeux drilles et Végéta marchaient d'un bon pas sur les trottoirs de la capitale. Ils avaient oublié leur incartade et conversaient de bon cœur en parcourant le dédale des rues de la ville. Arrêtés à un passage clouté en attendant que le bonhomme passe au vert, Yamcha leur indiqua une petite enseigne de l'autre côté de la route.

« C'est là-bas ! On y est ! » Dit-t-il, un sourire fendant son visage d'une oreille à l'autre.

Il leur avait réservé une table dans un petit établissement qu'il avait découvert par hasard avec ses coéquipiers du baseball. L'adresse était assez confidentielle, le « Chimichurri » n'était pas un palace mais le menu était plus que surprenant pour un tarif tout à fait attractif.

Végéta se mordit l'intérieur des joues en enfonçant sa tête dans les épaules, il avait les restaurants en horreur. Pourtant il devait se résigner à les suivre, il avait faim. Son estomac creux se tordait d'impatience et gronderait bientôt. Il ne tenait pas à s'infliger cette honte, les autres se chargeaient déjà suffisamment bien de le mortifier.

La bouffe, ce n'était jamais un souci. Il avait mangé dans des bouis-bouis où l'on retrouvait dans les gamelles les mêmes bestioles qui grouillaient au sol. « De la terre à l'assiette », version cradingue : le ragout d'arguls de la planète Nogaaw par exemple, un délice qu'il ne gouterait sans doute plus jamais ! Dommage… l'expérience avait été intéressante.

Le cœur du problème c'était que les habitants de ce caillou faisaient tout un plat du moindre fricot. Du sacro-saint apéro et ses biscuits trop salés jusqu'au spéculos du café avec emballage indéchirable, les us et coutumes piégeuses des autochtones lui tapaient sur le système. Il fallait toujours attendre entre les plats, boire le vin avec parcimonie, ne pas siroter le rince-doigt… Il ne pouvait jamais avoir la paix et, franchement, qui avait inventé cette foutue pince à escargot ?

Il était encore trop tôt quand ils entrèrent dans la gargote mais le patron, un commerçant ventripotent aux moustaches plus cirées que ses nappes mais moins gominées que ses cheveux, les guida vers le fond de la salle. Leur table se dressait sous la tonnelle de la terrasse, au fond de la petite arrière-cour un homme s'affairait devant un brasier.

A l'odeur des herbes grillées et aux crépitements de la pièce de viande qui suintait au travers de la large grille, végéta se mit à saliver. Percuté de plein fouet par le choc olfactif, la tête lui tournait un peu et il du retenir sa respiration pour s'empêcher de se jeter sur la barbaque tel un chien famélique. Ce qui devait arriver arriva : un formidable rugissement résonna et un second lui fit écho. Les deux Sayiens présents dans l'assemblée ne savaient plus où se mettre, contemplant le bout de leurs chaussures avec un intérêt aussi vif que soudain.

Bien vite, les convives prirent place autour de cocktails citronnés aussi bienvenus que rafraichissants. Bientôt, le maître du feu commença à apporter les premiers plats. Végéta était pris d'une frénésie gustative. Avait-t-il gouté les savoureuses pommes de terre que déjà la tentation d'une entrecôte venait lui chatouiller les papilles. Le grillardin, Vulcain dévoué à l'extinction des appétits, emplissait son assiette sans jamais faiblir. Le futur marié mangeait comme un condamné à mort profite de son dernier repas.

Peu à peu, se sentant rassasié, Végéta reporta son attention sur ses tortionnaires d'un jour. Ils ne lui prêtaient plus la moindre attention et avaient repris leur incessant babillage encore un peu plus égayé par les Pisco Sour et les bières qui avaient arrosé le festin.

« …Elle aura finalement préféré un type plus exotique, elle aurait pu craquer aussi bien pour un Namek, cette excentrique !-» disait Yamcha à la cantonade, levant les yeux au ciel en se balançant sur sa chaise, «-C'est ça les filles d'aujourd'hui, elles aiment toutes les mecs zarbi. Hein Krillin ? On a plus qu'à porter des t-shirt « alien » et c'est dans la poche ! » Ajouta-t-il à l'intention de son ami.

Krillin, qui portait son polo « Tacos » et qui venait de conclure récemment avec C-18, se garda bien de répondre. Heureusement pour lui, il était dos à la chaleur du barbecue et s'empourprait comme si c'était lui que l'assador avait décidé de cuire, personne ne remarqua son embarras. Il détourna le regard et constata sans s'étonner que Végéta devenait écarlate.

Ce dernier, courroucé, n'hésita qu'un instant devant son bol de salade et de tomates. Il ne pourrait jamais empêcher ces gens de déblatérer des âneries, c'était un sport mondial, mais ce soir il n'en supporterait pas d'avantage. Il posa sa fourchette.

« Si ça peut te rendre service, Yamcha, l'extraterrestre te satellise quand tu veux.» proposa-t-il après s'être essuyé la bouche.

Yamcha, prit d'un hoquet de surprise, faillit tomber à la renverse.

« Allons, Végéta !-» dit Tortue Géniale dans une tentative d'apaisement, «-reconnais que Bulma fait des choix surprenants, regarde celui-ci : même pas foutu de rester le cul sur une chaise sans glisser ! »

« C'est vrai ! » renchérit Krillin, « Je lai vu faire du charme à des types vraiment louches. Il a eu ce Blue et souviens toi Zarbon… ».

« Arrêtez. De parler. De ma femme ! » Leur assena le sayien qui, au bord de l'apoplexie, se cramponnait aux bords de la table en se demandant bien qui pouvait être ce Blue qu'il aurait apprécié saisir par la gorge à lui en faire éclater les rétines.

« Future femme, si j'ai bien compris mon gars ! » l'interrompit l'aubergiste qui revenait vers eux en poussant une desserte. Entre les coupes de sorbet et les tasses à café (avec spéculos) étaient posées deux bottes soigneusement alignées sur un petit paquet de vinyle.

Toutes les bonnes choses ont une fin. Végéta, repu, ignorait que ce n'était que le début des réjouissances.

Retrouvant l'emprise de lui même, il posa un regard suspicieux sur le contenu du chariot qui ne pouvait que lui être destiné. S'accordant le luxe de se lever et de toiser ses persécuteurs, il attendit la sentence de sa nouvelle épreuve en homme courageux et fier.

« Végéta, tu es en dette. » commença Oolong, les coudes posés sur la table et les mains jointes devant son visage porcin.

« Nous avons payé ton repas et tu es notre débiteur. Nous décidons que tu dois t'acquitter de ton solde immédiatement et la manière qui nous sied le mieux » continua le professeur Brief, les yeux encore plus globuleux que d'habitude derrière les épais verres de ses lunettes.

« Et nous avons décidé de faire d'une pierre deux coups. Nous devons vérifier que tu seras apte à remplir ton rôle d'époux aux côtés de Bulma qui, reconnaissons le, ne sera jamais le fleuron des ménagères ! » Conclut le cochon goguenard.

Végéta écoutait les mots sortir de leurs bouches en plissant les yeux mais ils ne faisaient que résonner dans sa tête sans y faire le moindre sens. Il était dans le pire cas de figure ! Il détestait devoir quoi que ce soit à qui que ce soit et s'était mis un fil à la pattes en succombant à son besoin le plus primaire. Vile bassesse de ces tribuns que de piéger ainsi un sayien. Après le banquet, les libations… en d'autres circonstances il aurait reconnu que c'était bien joué de leur part mais dans l'immédiat il se demandait quand ils finiraient par se décider à s'en laver les mains.

« Ils ont décidé que tu devrais faire la vaisselle ! » lui précisa le restaurateur en posant sur la table la paire de caoutchoucs assortie à un vieux tablier. L'ensemble, bien qu'en bon état, semblait usé et poisseux. Végéta tenta de s'abstenir de penser au nombre de pieds pourris qui avaient pu se glisser dans les infâmes croquenots.

Il voulut plaider qu'ils avaient un lave-vaisselle mais il ne se défendrait pas devant cette Cour de Castration d'opérette. D'ailleurs ce ne serait pas la première fois qu'il devrait nettoyer la merde des autres. Qu'avait-t-il à faire de quelques assiettes sales ?

« T'inquiètes donc pas Oompa Loompa-» lui précisa l'aubergiste rigolard en lui tapant l'épaule «-on est bien équipé ! »

Végéta suivit le tenancier dans un couloir adjacent à la salle, le regard rivé sur la poche arrière de son pantalon. Deux gants jaunes en dépassaient et lui battaient la fesse à chaque pas. Comme il aurait aimé lui botter le cul !

Le sol et les murs étaient carrelés de blanc. Les néons froids dispensaient une lumière clinique sur les extincteurs et les affiches couvertes de pictogrammes. Chaque chose avait sa place, toute place avait sa chose contrairement à la terrasse où il avait diné décontracté, sous une glycine et entouré de torches chaleureuses. Etait ce ici l'envers du décor ? Seul le couinement de ses chaussures lui répondit et Végéta regrettait d'avoir succombé aux charmes factices du lieu. Décidément, il haïssait les restaurants.

Il régnait dans le petit office une chaleur humide d'étuve. Relégué au rang de larbin il obéissait aux instructions d'un employé. Le plan de travail était trop haut et ce dernier lui proposa de se jucher sur une caissette pour soulager son dos, il le fusilla du regard et ce fut tout. Bon petit soldat, il tria les couverts encore pleins de restes et de salives inconnues, alignant les assiettes dans les clayettes en plastiques avant de les glisser dans la bouche d'inox de la machine. Rincer la porcelaine, appuyer sur le bouton, attendre le signal, relever le capot dans la moiteur étouffante de la pièce. Trier, aligner, doucher, glisser, appuyer, sortir, recommencer. Ne pas réfléchir. Il sentait de grosses gouttes de transpiration rouler du sommet de son crâne jusque dans le bas de son dos. Sa chemise s'imbibait peu à peu de sa propre puanteur en plus des effluves de graillon.

Puis vint le tour des marmites toutes plus incrustées les unes que les autres. Végéta manquait d'expérience et hésitait entre attaquer les bords séchés par trop de cuisson ou les fonds grumeleux répugnants… Armé de sa paille de fer il plongea la main dans la mousse qui se colorait d'un orange huileux. Il alla trop profondément, submergé par le haut du gant, il sentit l'eau sale et grasse s'immiscer depuis son avant bras jusqu'entre ses doigts fripés. Révulsé par la giclure qui frappa son visage, il réussit néanmoins à briquer et à astiquer. Il le fallait. Il devait venir à bout de sa corvée si il voulait mener à bien son dessein.

L'eau finissait enfin de s'écouler par la bonde dans un bruit de succion écœurant, il ramassa les déchets détrempés retenus par la grille de filtration. D'un geste sec qui n'empêcha pas un clapot dégoutant, il s'en débarrassa dans la poubelle pleine d'un magma d'aliments gâchés.


Il ne se sentit mieux qu'après s'être brossé jusqu'à s'en rougir l'épiderme Il aurait pu s'arracher le peau et les ongles pour se débarrasser de toute cette contamination.

"On se fume une clope? " lui proposa le plongeur

"C'est pas de refus." Se surprit-t-il à accepter.

Ils étaient dans la petite ruelle que desservait la porte de service, le halo jaune d'une ampoule éclairait un panneau "interdit de fumer" sous lequel une incroyablement grosse boite de conserve de concentré de tomate débordait de mégots.

"Tchss… Fuck the System!" se disait Végéta quand toute sa troupe le rejoignit.

"Ah Végéta ! Toujours caché dans les bas fonds ! On savait bien qu'on te trouverait là!-"lui dit Yamcha "-Point accordé! On passe à la suite !"

"Pantsu ! Pantsu ! Pantsu !" chantonnèrent Oolong et Tortue Géniale en improvisant un pantomime de danse tribale qui n'inspirait rien de bon au sayien.

(à suivre)