Episode 5 : Heureux qui comme Ulysse…

« Docteur Bushnell ! Je vous ai bipé deux fois, on a besoin de vous en salle d'urgence numéro 4 ! »

« Sainte merde ! C'est qu'un cas d'épistaxis un peu impressionnant, fourrez lui des mèches dans le pif et lâchez moi la grappe ! » Grogna le médecin sans se retourner, les yeux rivés sur son écran d'ordinateur. Il était en plein milieu d'un truc là ! Il ne pouvait pas se mettre AFK. Mais qu'est ce qu'elle y comprenait, hein, aux MMORPGs ?

« Docteur. Quand il a été admis, le Docteur Pajitnov a cru à une plaie par arme blanche, nous devons avoir votre consentement pour la transfusion. » insista la harpie.

15 années d'études pour finir à passer des nuits blanches et à se faire houspiller par des assistantes en sabots, rendues acariâtres avant l'âge par le récurage de bassin. Il aurait mieux fait d'écouter son père et devenir facteur.

« OK, OK, c'est bon. J'arrive. » S'inclina Bushnell, fatigué de poursuivre une partie de ping-pong verbale perdue d'avance.

« Docteur ? »

Oh Sainte Merde. Quoi encore ?

Elle pointa son petit index accusateur sur sa poitrine. Il essaya de gratter la tache de moutarde, mais elle était trop incrustée. Il réajusta son badge d'accréditation pour cacher l'atrocité. Puis il soupira. Et il la suivit.


Le vieillard blême au regard vide saignait abondamment du nez sur un champ de soin totalement imbibé.

« Ah ouais. Quand même ! Le patient est sujet à l'hémophilie ? » Questionna-t-il l'interne en approchant du lit.

Le jeune homme dont le visage froissé et grisâtre ne rivalisait qu'avec l'état lamentable de sa blouse, ne répondit rien. Bushnell positionna son stéthoscope dans les oreilles de son subalterne et se servit du pavillon comme d'un micro.

« Allo ! L'interne ! Ici la médecine moderne… »

« …Je-sais-pas-j'ai-pas-demandé… » Lui répondit d'une voix monocorde l'autre, l'air aussi moribond que le souffrant allongé sur le lit médicalisé.

«Le ballot ! Il a pas demandé… je rêve !-», Bushnell haussa les épaules, prenant à partie les trois accompagnateurs, «-Vous pouvez y croire vous ? Il a pas demandé… »

« Je te préviens que la prochaine fois, je me déplace pas si t'as pas fait les constantes. J'ai du boulot, moi. » Maugréât-t-il avant de revenir au Cas Tortue Géniale.

« Paff…Paff… -»gémissait le grabataire en se claquant mollement les joues des deux mains «-Paff…Paff… »

« Je vois, c'est très clair. Infirmière sortez de la chambre, plus aucun personnel féminin pour les soins de ce patient. Il est en état de choc. » Ordonna le médecin.

« Bien docteur. » répondit la nurse en quittant les lieux.

« Alors mon vieux, on s'est payé du bon temps ? » demanda-t-il en enfilant des gants en latex qu'il fit claquer sur ses poignets. Il n'était pas obligé de le faire mais il trouvait que ça lui donnait un air tellement plus professionnel.

« On était au « Dandy's Candies», ça a un peu dégénéré… » Admit en rougissant l'un des gars qui l'accompagnait.

« M'en dites pas plus. C'était laquelle ? Melody Pops ? » Demanda-t-il tout de même, en prenant le pouls de Kame Sennin.

« Hum, non… Frizzy Pazzy… »Lui spécifia le petit chauve.

« Sainte merde, faut être sacrément burné pour se fourrer dans les obus de celle-là ! Hein papi ? On se croyait encore vaillant ? » Pouffa-t-il en tapotant fraternellement l'épaule de celui qui psalmodiait toujours.

Pajitnov le fixait d'un air ahuri qui eut le don de l'énerver.

« Je t'expliquerai plus tard-» lui précisa-t-il, «-rends toi utile et va donc chercher une poche de O neg' dans le frigo. Et après ça, va prendreune douche ! Tu fouettes comme si tu dormais à la morgue, tu vas finir par fiche la trouille à la clientèle ».


Krillin, allait en avoir pour la nuit à remplir toutes les cases des formulaires étalés sur la petite table à roulette qui n'arrêtait pas de se dérober. La paperasse, ce n'était pas son truc, surtout pas à deux heures du matin. Submergé par la masse de documents administratifs, il agita juste la main en signe d'au revoir à Végéta et ne fit pas cas de l'absence de réponse.

Gohan prétexta le besoin d'un peu d'air frais pour le raccompagner. Ce n'était pas tout à fait faux : il n'aimait pas les hôpitaux et il couvait les effets de sa première cuite, la tête lui tournait un peu. A dire vrai il avait besoin de se retrouver seul une dernière fois avec son ainé. Qui sait quand il le reverrait et surtout qui sait si il aurait le cran de lui adresser encore la parole.

« Végéta ?» s'aventura Gohan.

« … »

« Je peux te poser une question ? »

Végéta fit une halte, il se pinça l'arche du nez puis se tourna vers Gohan.

« Si c'est encore à propos du petit Sayien qui s'agite dans ton slip, la réponse est NON. »

« Non c'est pas ça ! -» S'exclama Gohan, «-Et il est pas petit… » Ajouta-t-il un ton plus bas.

« Tschh ! »

« Végéta… Pourquoi tu as insisté pour que je vienne ? » osa-t-il enfin demander.

Toujours surprenant de rapidité, Végéta le saisit par le col du tee-shirt et le souleva de quelques centimètres du sol. Il planta son regard de prédateur dans ceux du jeune homme. Mais Gohan n'était pas allé trop loin, le sayien avait encore un peu de patience.

« Parce que, Cell ou pas, c'est toujours moi le chef. Pigé ? » Lui répondit-t-il en le lâchant.

Non. Pas pigé. Mais Gohan hocha la tête quand même.

Il continuèrent d'avancer dans les couloirs et finirent par trouver les doubles portes vitrées de la sortie.

Gohan se demandait comment lui dire au revoir, plein d'espoir il accrocha son plus beau sourire à ses lèvres et lui tendit la main. Végéta le toisa, les sourcils froncés. Il secoua la tête.

« T'es vraiment pas armé pour ce monde. Je me demande comment tu vas faire au Lycée à la rentrée… »

« Co…Comment tu sais ? » demanda Gohan estomaqué.

« Je me soucie de mon peuple. Pas que Picollo fasse du mauvais travail. Mais entre cet eunuque et ta mère, ils vont finir par totalement anéantir le caractère de notre race. »

Gohan ne se serait jamais attendu à ça ! Et un millier de nouvelles perspectives explosèrent dans son cerveau comme une vague de Kikoha. Il les esquiva du mieux qu'il put. Il devait faire vite, Végéta pliait légèrement les genoux, il allait donner son impulsion de départ.

« Végéta ? »

« QUOI ? Ecoute morveux ! Si tu me remercies encore, je te promets de te réduire en bouillie !» Lui assena-t-il, les yeux roulant dans leurs orbites.

« Pourquoi tu te maries maintenant ? »

« J'ai envie de faire broder des initiales sur mes chemises. » lui cracha

Végéta.

Il était parti avant que Gohan n'ait réussi à ouvrir la bouche. Là, seul sur le trottoir, les bras ballants, Il posa tout de même sa dernière question. Elle alla se perdre dans les limbes. Est ce que Végéta comptait sérieusement se faire appeler Monsieur Bulma Brief ?


Végéta était un homme aux goûts simples, il se contentait du meilleur. Conquérir Bulma resterait un de ses plus beaux combats mais l'avait-t-il vraiment gagné ?

Entre eux ce n'était pas une question d'amour, ce n'était qu'une histoire d'encore. Combien de temps ? Neufs années déjà d'une guerre passionnée entre esprits libres. Lequel des deux se lasserait en premier de la saveur de l'autre. Il n'aurait pas parié sur lui. Il n'osait pas parier sur Elle.

Végéta ouvrit la porte de la chambre. Dans le calme de la pièce où résonnait faiblement le tic tac d'un réveil, il distinguait juste un amas de draps et de membres. Détendu et bercé dans son sommeil par son propre petit ronflement, Trunks dormait.

Bulma ! Tu lui as donné ton nom, ton intelligence et ta fortune.

Ecartant une mèche de cheveux lilas, il dévoila le froncement de sourcils qui trahissait la filiation du jeune Brief à l'illustre Maison Végétaseï. Le même sang palpitait sous leurs tempes.

Dans une autre vie, Trunks aurait du être adulé par le peuple des Sayiens pour sa force et son orgueil. Végéta aurait été heureux de mourir sous le joug de son courroux. Dernier représentant de sa race éteinte, Il n'y avait plus que lui pour imaginer ces farouches guerriers se prosterner devant leur nouveau roi.

Il eut une pensée pour Mirail Trunks, celui qui ne l'avait pas connu et dont le maître était Gohan. Végéta plus que n'importe qui d'autre pouvait comprendre pourquoi ces hommes courageux défendaient aussi ardemment Leur Terre ravagée.

Qu'avait t il à léguer à son héritier ? Les amers souvenirs d'un apatride. Il s'appliquait en tout cas à lui garantir une vie moins douloureuse. Il avait cru réussir et pourtant il s'était trompé. Comme toujours.

Son fils n'avait pas de père.

Il savait qu'en épousant Bulma, leur couple génèrerait l'émulation dans la sphère journalistique. Ces fouines s'adonneraient à leur petit jeu préféré : ils farfouilleraient. Ils se demanderaient qui était cet inconnu qui vivait tapis dans l'ombre du quartier général de la firme, l'animal de compagnie de Miss Capsule Corps. Une petite part de lui espérait qu'ils se rappelleraient l'avoir aperçu aux Cell Games. Surtout, ça les excitait toujours d'essayer de résoudre un mystère, ils compareraient son visage à celui du petit. Trunks et moi. C'était ça l'essentiel. Ils n'auraient qu'à extrapoler et faire quelques morphing sur des logiciels de photos et ils révèleraient la vérité à la face du monde. Trunks est de moi.

« Tschh… Tu parles d'un scoop ! » S'exaspéra le saiyen en tournant les talons. Il était fatigué, tout ce à quoi il aspirait avant d'aller enfin se coucher était une douche bien chaude.

« Papa, tu sens la cigarette… » Marmonna Trunks.

« Je sais. »Dit-t-il.

Et il referma la porte derrière lui.

FIN

Voilà, c'est fini. Mais J'ai encore quelques mots à écrire.

J'espère que cette histoire t'a plu Cher Lecteur. J'y ai mis de moi même, ne restons pas des inconnus ! Dis moi ce que tu en as pensé dans la partie review. Si si j'insiste : j'adoooooore les reviews.

Et aussi…

Je tiens tout particulièrement à remercier Cornett, qui m'a soufflé le titre de ce chapitre et m'a épaulée dans la rédaction de cette histoire.