Réplique


De là où il se trouvait, le capitaine du sous-marin était trop éloigné pour discerner autre chose que le parachute blanc s'enfoncé dans la mer noire.

— Qu'est-ce que c'est ? Pourquoi y a-t-il un parachute ?


Une fois en plongée, la torpille se désolidarisa du parachute et s'anima d'elle-même. Une fois sa cible repérée, sa turbine s'activa et elle fila vers elle, aussi frénétiquement qu'un squale attiré par l'odeur du sang !


— Capitaine. J'ai repéré un écho, prévint l'opérateur-radio.

— Un écho ? Serait-ce... un sonar anti-sous-marin ?

L'opérateur perçut un bruit derrière les ondes de l'écho. Un léger bruit d'hélices...

— Pas d'erreur possible ! fit l'opérateur devenu livide. Une torpille arrive vers nous !

Chris Evans réalisa alors ce qui se passait. Il avait entendu parler d'un projet de sonar en Angleterre. Comment le Japon pouvait-il…?

— À tribord toute ! Ne perdez pas de temps !

Plus tard les questions ! Il devait éviter cette torpille le plus vite possible !

Le sous-marin plongea en profondeur et bascula vers la droite, fuyant la menace qui fonçait vers eux ! Son but était de laisser passer la torpille au-dessus puis de remonter à immersion périscopique pour reprendre la chasse.

Mais en 1942, Chris Evans et tous les sous-mariniers du monde ignoraient encore l'existence des torpilles autoguidées...

Le projectile resta verrouillé sur le sous-marin de classe Gato et le poursuivit dans les profondeurs. Avec une vitesse de plus de 80 nœuds, le dénouement était déjà décidé...

L'opérateur arracha son casque lorsque le bruit d'écho devint trop fort pour ses oreilles.

— La torpille est en approche ! Elle se rapproche de nous !

— Ne me dites pas de telles idioties ! le rabroua le capitaine. Les torpilles ne peuvent pas être guidées…

Sa réprimande fut stoppée nette par un bruit particulier qui le glaça d'horreur. À l'intérieur, tous commencèrent à entendre une cadence terriblement éprouvante pour les nerfs. Une cadence crainte par tous les sous-mariniers de cette guerre et qui progressivement allait crescendo : un écho.

Le capitaine ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. Il était trop tard de toute façon.


L'explosion jeta tout le monde à terre, des sirènes hurlèrent au milieu des cris. Le souffle remonta jusqu'à la surface projeta l'eau haut dans les airs, telle une cathédrale éphémère. Takumi resta bouche bée devant un tel spectacle.

— Je pense que c'est pour le mieux, lâcha Katty.

Takumi la regarda étonné avant de voir surgir des flots le sous-marin, gravement endommagé à l'arrière. Même de là où il se trouvait, il était capable de voir l'équipage sortir du bâtiment.

Il entendit un bruit en-dessous de lui et vit les quatre canons de l'armement secondaire se tourner vers le vaisseau blessé...


À travers ses jumelles, Chris Evans voyait parfaitement le cuirassé et son armement braqué sur lui. C'était la fin à présent. Un seul coup de canon les tuerait tous et les requins finiraient le reste…

Pourtant, les canons du cuirassé retournèrent dans leur axe et dans un silence étonnant, le monstre s'éloigna.

Le capitaine cilla. Le vaisseau partait en les laissant vivre ? Pourquoi donc ? Craignait-il la présence d'autres sous-marins ? Non, sûrement pas avec ses armes-là ! Il devait y avoir une autre raison... Jamais un commandant japonais ne manquerait une occasion de se débarrasser d'un sous-marin ennemi ! Pourquoi celui-là le faisait-il ?!

Il baissa les jumelles et baissa la tête, se sentant misérable.

— Capitaine, l'étanchéité de la cloison est assez compromise. L'antenne de communication a aussi été endommagée. Ça va prendre du temps pour tout réparer, lista son second en suivant du regard le cuirassé qui disparaissait dans le lointain. Une fois les réparations terminées, nous pourrons continuer…

— Faites demi-tour, coupa Chris. Nous retournons à Pearl Harbor. Nous devons rapporter tout ça au Commandement du Pacifique. Bien que cela puisse sembler incroyable, le Japon a d'ores et déjà construit une super-arme effrayante.


— Comment vous sentez-vous ? demanda Katty alors que le cuirassé quittait la scène de combat.

— Je vais bien, dit Takumi. Mais pourquoi les épargnez-vous ? Ils ont sûrement recueillis des informations sur votre navire, comme sa mobilité qui vous a permis d'éviter les torpilles ou votre armement ! Une fois en bon état et de retour au port, ces informations ira directement au bureau du chef des opérations navales de l'USN. En les laissant indemnes, ils se lanceront certainement à votre poursuite plus tard. Afin de préserver ce navire et ses secrets, vous devriez…

— C'est mieux comme ça, dit-elle en admirant l'immensité de l'océan. Nous ne sommes pas des tueurs. Ni tout à fait des soldats, d'ailleurs. Nous sommes des guerriers. Nous ne tuons pas quand ce n'est pas nécessaire.

Un silence léger s'instaura sur le pont.

— Alors ? lança-t-elle avec un air malicieux. Vous êtes satisfaits maintenant ? Qu'est-ce que vous pensez de notre navire ?

Il sourit à son tour. Leur mentalité était bien différente, mais cette philosophie leur donnait là quelque chose dont lui-même se sentait dépourvu.

— Est-ce la volonté de Dieu ou celle du diable ? En tout cas, cela dépasse de loin toutes les possibilités de notre époque. C'était comme voir un géant à l'œuvre.