Le Retour du Capitaine de Corvette Kusaka
— Regarde. La Yamato arbore le drapeau de l'Amiral. L'Amiral Yamamoto est bien à bord.
— Bien compris.
En voyant l'étrange avion dévier de leur formation et foncer droit vers le Yamato, les pilotes crurent que ce dernier cherchait à le bombarder !
— Hé ! Il se dirige vers le port de Truk !
— On doit l'en empêcher ! Vite !
Les deux chasseurs et le bombardier léger changèrent à leur tour de direction pour poursuivre l'appareil. À bord des navires de la flotte, les équipages ne perdirent pas de temps non plus. Un appareil non identifié fonçait vers eux !
— Préparez les défenses anti-aériennes ! Ce n'est pas un exercice !
— Tous à votre poste ! Objectif à 8 heures ! Distance : 500 !
— Qu'est-ce qui se passe, ici ? C'est un avion américain ?!
— Regardez ! Il est pris en chasse par des Zeros et un Betty !
À bord du Dein...
L'esprit divisée entre plusieurs tâches, Katty avait pris place sur le fauteuil du capitaine dans la passerelle de commandement, ce qui lui permettait de profiter de la vue de l'océan dehors.
Elle entendit des bruits de pas derrière elle. C'était Tsuda, avec deux tasses de café sur un plateau.
— Vous sembliez préoccupée..., nota Tsuda en la dévisageant.
— Merci, lui sourit-elle.
Elle but le café à petite gorgée, profitant de la saveur le plus longtemps possible.
— C'est délicieux... Vous l'avez vous-même moulu ?
— Ma mère était prêtresse autrefois. Après avoir épousée mon père, elle est restée à la maison pour s'occuper de mes sœurs et moi. Elle avait l'habitude de nous faire du café avant que les restrictions et la guerre ne commencent...
Le lieutenant avala son café en observant lui aussi l'océan.
— J'espère que tout va bien pour le Capitaine Kusaka...
— Oh croyez-moi... Il se porte comme un charme...
De retour dans la Vouivre...
Katty détecta les appareils japonais la prendre en chasse. Leurs présences risquaient de gêner son atterrissage.
— Je vais les semer pour qu'ils n'interfèrent pas. Accroche-toi.
Takumi ressentit à nouveau son corps protester face à la poussée de la Vouivre qui obliqua vers un croiseur, passant si près que les deux Zero remontèrent par peur de le percuter. L'avion rasa les flots avant de s'orienter vers le Yamato.
— Tu es douée..., dit-il en transpirant, la vision de la coque du croiseur à quelques centimètres de l'appareil encore en tête.
— Merci. Maintenant, direction le Yamato.
Sur la quatrième base de Truk, au département des communications, le Major Kawamoto bataillait ferme avec les officiers de la base navale pour les convaincre de ne pas engager le combat !
— Il n'y a pas d'erreur possible ! C'est l'appareil qui transporte le Capitaine Kusaka ! On vient de me confirmer l'information ! Contactez immédiatement tous les navires et prévenez-lez que c'est un avion ami ! Et avertissez les autres défenses ! Elles ne doivent pas ouvrir le feu !
Il raccrocha violement le téléphone avant de se précipiter dehors avec le reste de ses hommes.
— Major Kawamoto ! Pourquoi le Capitaine Kusaka prendrait un tel risque ? se diriger droit vers le Yamato...
— Ça a commencé... Une nouvelle Histoire commence à s'écrire.
— Huh ?
La Vouivre s'approcha jusqu'au-dessus du pont arrière du Yamato, et Katty ne put retenir un sifflement admiratif.
— C'est vraiment un navire énorme ! Le plus grand de son époque.
— Le deuxième, à présent, corrigea en plaisantant Takumi. Sois prudente avec les antennes.
— Pas de souci.
L'avion ralentit puis entama le pivot de ses ailes. À bord, on crût que celles-ci se brisaient, mais non. Sous les regards stupéfaits des équipages des navires, des pilotes, des soldats depuis la base, l'avion s'arrêta en plein vol avant d'entamer un atterrissage à la verticale, sans à-coup, en plein milieu du pont. Katty se sentit comme un insecte défiant un lion quand ils descendirent au niveau de l'immense tourelle arrière, ses canons inintentionnellement pointés sur eux. Elle n'osait imaginer ce qu''il se passerait si les marins décidaient d'ouvrir le feu sur eux avec ces pièces...
Le chasseur poursuivit sa descente. Les trains d'atterrissage sortirent des entrailles de l'appareil et se posèrent sans problème sur le cuirassé.
Ils étaient arrivés sur le Yamato.
— Atterrissage réussi !
— Beau travail, Lieutenante ! la félicita Takumi, ayant ressenti dans les derniers instants un doute quant à ses capacités de pilotage.
Tandis que les réacteurs s'éteignaient, Katty chercha un signe de vie sur le pont.
— Il n'y a personne... Je ne m'attendais pas vraiment à ce qu'on nous déroule tapis rouge. Que faisons-nous ?
— Pas de souci, il va venir, répondit mystérieusement Takumi en commençant à retirer son casque, puis sa combinaison, laissant apparaître son uniforme blanc d'officier de la Marine.
— L'Amiral Yamamoto en personne ?! s'étonna Katty.
— Oui. L'homme le plus curieux que nous pourrions trouver sur ce navire...
Takumi sortit du cockpit et resta immobile, attendant l'arrivée de la personne mystérieuse. La caméra de Katty leva son objectif vers le haut du Yamato. Le cuirassé indiquait par morse aux avions comme aux navires de cesser les hostilités. Puis elle reporta son attention devant lui en voyant un homme aux épaulettes d'Amiral. Takumi se mit au garde à vous une fois qu'il arriva à son niveau.
Katty découvrit un homme d'âge mur, au regard serein malgré la fatigue qui s'y lisait. Il émanait de cet homme une sagesse rare chez les hommes de guerre.
— Le Capitaine de Corvette Kusaka Takumi de la Marine Impériale du Japon est de retour.
— Je vous attendais, répondit l'amiral Yamamoto Isoroku en lui retournant son salut.
— Merci de me recevoir.
L'Amiral en chef se tourna vers l'avion aux ailes toujours pointées vers le ciel. Curieux, il s'approcha de l'appareil.
— Alors voilà le fameux avion qui vient du futur.
Il posa sa main et caressa la carlingue de l'appareil.
— Quelles lignes magnifiques. Qu'en est-il de l'armement ?
— Le canon en dessous est un canon Vulcan à huit canons de 20mm, basé sur le modèle de la Gatling américaine, expliqua Kusaka en se rappelant des mots de Katty. Les ailes contiennent des pods, des emplacements pour missiles, ce sont des roquettes capables de suivre une cible.
— Des roquettes animées d'une vie propre..., se rappela l'amiral avoir lu dans le rapport des deux pilotes d'hydravions d'Ogasawara. Combien d'années d'entraînement faut-il pour maîtriser cet engin ?
— Environ deux à trois ans.
— Mmm... Alors même le temps nécessaire à l'entrainement d'un pilote a diminué. La technologie aéronautique a beaucoup progressée, et même les hommes... Ce n'est pas quelque chose qui aurait pu être fabriqué à cette époque.
— Aimeriez-vous effectuer un vol à son bord, Commandant Yamamoto ? demanda Takumi.
— Oh, je peux ? fut surpris d'apprendre le vieil homme avec le regard d'un enfant devant un magasin de jouet.
— Bien sûr, répondit le capitaine avec un sourire...
...tout en espérant intérieurement que Katty accepterait une telle demande !
— Oh ?
Sans l'aide d'une quelconque aide humaine, les réacteurs de la Vouivre s'allumèrent et l'appareil décolla verticalement sous les yeux stupéfaits du vieil amiral !
Dans un hurlement de fusée alors jamais entendu, le chasseur futuriste disparut à Match 3 des îles Truk.
— Impressionnant..., souffla Yamamoto. Kusaka... Je crains que ce petit vol à bord de cet avion ne soit annulé...
Dans la salle de réunion du Yamato, l'ambiance était plus tendue.
Les visages sévères des officiers de l'état-major de la Flotte Combinée Amiraux étaient braqués sur Kusaka, mais le capitaine resta digne et impassible devant la voix furieuse du contre-amiral Gihachi Takayanagi, capitaine du supercuirassé.
— Quel outrage ! Atterrir sur un navire sans aucun avertissement ?! Qu'est-ce que cela signifie, Capitaine Kusaka ? Refuser d'obéir à vos supérieurs ! Et votre accident à Midway ? Votre escapade jusqu'à Singapour ? N'aviez-vous pas prévu de déserter ? Si c'est le cas, je vous enverrai en cour martiale !
— Allons, allons, il n'y a pas de quoi s'énerver comme ça, Capitaine . Il est finalement revenu, non ? le défendit le Contre-amiral Kameto Kuroshima en tapotant les feuilles du rapport du capitaine. Capitaine Kusaka... Dans votre rapport, ce navire, le Dein... Vous mentionnez que "sa" Commandante refuse de se joindre à notre armée et que nous ne pouvons pas nous emparer du vaisseau par la force... Cette femme disposerait de capacités physiques dépassent l'entendement, hum...? (Des officiers se moquèrent doucement. Maintenant, on parlait de super-héroïne pour enfant ?) Plus sérieusement, est-ce que cette femme, cette... Katty Deussei... représente une menace au Grand Empire du Japon ?
Takumi ne répondit pas, restant immobile en face de l'Amiral Yamamoto. Un Vice-amiral, le chef d'état-major de la Flotte Combinée, Ugaki Matome, prit une copie du rapport et rapporta un passage.
— Vous affirmez que la puissance de feu de son cuirassé est supérieure à notre flotte entière ? Si elle combat avec nous, avec le Musashi et le Yamoto, nous disposerions de trois super-cuirassés ! Cela sonne très tentant.
— Pour l'instant, ce n'est pas possible, contesta poliment Takumi.
Le vice-amiral frappa du poing sur la table !
— Cette femme est responsable de la perte de deux de nos appareils, et en plus, elle refuse de se joindre à nous ?! Êtes-vous vraiment sûr qu'elle est bien de notre côté ?
— La Commandante Deussei se déclare neutre dans ce conflit, et tient à le rester. Tout ce qu'elle désire, c'est éviter des bains de sang inutile... C'est une réfugiée qui a fui son époque de carnage pour notre époque de guerre. Elle connait l'amertume de la défaite, et bientôt, nous partagerons nous-aussi ce goût...
Silence dans la salle. Venait-il vraiment de dire...?
— Nous-aussi ? répéta un capitaine. Qu'est-ce vous voulez dire ?
— Dans son futur, notre guerre a pris fin depuis bien longtemps. Elle m'a permis de prendre conscience de ce qui attendait la fin de la guerre.
— Et qu'avez-vous appris ?
— Le 15 Août 1945, après la perte de deux millions de compatriotes... Notre pays, le Grand Empire du Japon acceptera une capitulation sans condition face aux forces Alliées.
La révélation fit l'effet d'une bombe dans l'état-major !
— Quoi... Une capitulation sans condition...?! s'étrangla un homme.
Des officiers se jetèrent des regards en coin. Manifestement, certains envisageaient cette hypothèse depuis Midway mais de là à une capitulation sans condition... Seul le Commandant en chef Yamamoto resta impassible devant la nouvelle. En silence, il fixait Takumi, et ce dernier lui sourit.
