Le Jour-J de Guadalcanal


6h14

Le premier bruit annonciateur de l'ouragan de feu fut le hurlement lointain d'une sirène prévenant d'un raid aérien.

Quelques secondes plus tard, la première détonation se fit entendre, puis presque immédiatement d'une autre, puis d'une autre, et encore une autre. Soudainement, ce fut comme une avalanche qui s'abattit autour d'eux ! Des explosions faisaient vibrer l'air et la jungle ! Les canons des croiseurs pilonnèrent toute l'île, fauchant la malheureuse jungle qui encaissait bravement le déluge.

...

Depuis son navire, le général Vandergrift regarda les barges de débarquement s'élancer en direction de l'île noire de Guadalcanal, des colonnes de fumée s'élevaient de partout, des explosions et des débuts d'incendie éclairaient la jungle.

— Monsieur, la première vague d'assaut atteindra la côte dans quinze minutes. La seconde vague sera prête pour 08:15, comme prévu.

— Tout ce passe selon le plan, donc ?

— Oui, nous avons quelques soucis pour décharger l'équipement mais...

— Pourquoi les Japonais n'ont-ils pas tiré un seul coup de feu ?

Son second et les autres soldats ne purent que se rendre à l'évidence : aucun tir ne partait de la jungle pour menacer les barges.

— Se pourrait-il que les Japonais soient plus rusés que nous le pensions ? Ou au contraire, incroyablement stupides ?

Quant au bout d'un long quart d'heure les premiers Marines débarquèrent sur les plages de Guadalcanal, Vandegrift prit sa décision.

— Je vais débarquer également. Nous devons établir une tête de pont dès que possible sur Red Beach.

— Général, si je peux me permettre, vous devriez attendre que nous ayons nettoyé la plage...

— Notre objectif n'est pas le débarquement, mais l'occupation du terrain d'aviation.


Un obus fusa à travers la jungle et frappa une colonie de cocotiers près de la tranchée des deux soldats du Dein !

L'une des noix roula jusqu'au bord de la tranchée et Katty s'en empara, nullement effrayée par les explosions. Quant à Tsuda, le pauvre lieutenant était recroquevillé au fond de leur trou, se rappelant de rapports de combat parlant de soldats décapités par la force des obus, de corps complètement nus projetés en haut des arbres... Il était le seul apeuré par ailleurs, sa collègue avait connue l'horreur des champs de bataille là d'où elle venait, ce pilonnage n'était pour elle qu'un simple feu d'artifice...

Tranquillement, Tsuda la vit sortir un couteau de son armure et agrandir le trou qu'y avait creusé un fragment de l'obus dans la noix géante.

Pour lui, il y avait tellement d'explosions qu'il s'étonnait que l'île ne coule pas sous la mitraille d'obus !

— Qu... Que faisons-nous si les navires devant retirer les troupes japonaises ne viennent pas ?! lança-t-il à travers les explosions, n'en pouvant plus de rester ici sans parler.

— Ça voudra dire qu'ils n'ont pas écoutés Kusaka, ou qu'ils se moquent de nous, lui répondit Katty en buvant une gorgée de la noix de coco. Si c'est le cas, nous devrons évacuer par la force les 11 000 Marines Américains... Autant dire que nous allons nous battre sur tous les fronts !


Il était neuf heures passées quand le bombardement prit finalement fin...

Sur la plage, des soldats débarquaient avec de l'équipement et des chars légers Stuart M3. Le général se trouvait parmi eux, auréolé de sa prestance. Les Japonais avaient pas lancés de contre-attaque durant tout le débarquement mais leurs défenses anti-aériennes avaient abattues onze avions et des appareils venant de Rabaul avaient mis le feu au transport de troupes USS George F. Elliot qui brûlait toujours non loin de la côte... il y avait aussi le destroyer USS Jarvis, lourdement endommagé par une torpilles. Mais en dehors de ces pertes, le débarquement sur Guadalcanal était un vrai succès, cependant, le plus dur restait encore à faire...

En silence, Vandegrift observait la jungle primaire obscure qui peuplait jusqu'aux hautes collines au loin. Impénétrable, inhospitalière, dangereuse. Les Japonais n'allaient pas être les seuls à retarder leurs assauts. Cette île au terrain accidenté et à la jungle dense entraverait leur avancée...

...

Plus au cœur de la jungle, une patrouille de soldats américains progressait en remontant une rivière, l'eau jusqu'aux genoux, plongés dans l'obscurité des feuillages.

— Fais chier, grogna l'un d'eux. Il fait encore noir alors que le soleil s'est levé.

Cette colonne montait en direction des profondeurs de la jungle, en direction du terrain d'aviation japonais, et de l'unité de reconnaissance du Dein.

Camouflés dans d'épais buissons et aussi immobiles que des serpents, Katty et Tsuda les virent passés devant eux grâce aux lunettes de vision nocturne incluses dans leurs casques. Tsuda visa de son fusil le soldat de tête, prêt à ouvrir le feu au moindre signe suspect mais Katty Katty posa la main sur le canon de son fusil en secouant la tête.

Ils n'étaient pas ici pour tuer mais pour saboter.

Avec réticences, Tsuda abaissa son fusil et ils attendirent un long moment que la patrouille soit passée avant de reprendre leur route en direction du camp des Marines.

Il ne leur fut pas difficile de le trouver. Le nombre croissant de Marines les guidait aussi sûrement qu'un phare dans la nuit. Avec une expérience acquise par des années de combats, Katty mena l'officier japonais jusqu'au campement des Marines sans être repérés. Une vaste étendue de tentes installées les unes à côtés des autres de façon réglementaire, avec assez de place pour faire circuler tous les soldats. Deux d'entre elles était infiniment plus grande, la première devait être un QG improvisé, avec une antenne radio visible depuis leur position, et la seconde devait être celle du général Vandegrift.

— Bingo.

Katty désigna une clairière aménagée par les soldats à la lisière de la jungle et de la plage où était entreposés des centaines de caisses de tailles différentes, ils repérèrent les caisses de munitions au "DANGER" marqué en gros dessus, celles réservées aux soins avec leur croix rouge, des barils d'essence et des bidons d'eau potable. Tout était là ! Et des Marines continuaient à décharger d'autres caisses d'approvisionnement depuis les navires.

Il était très tentant de frapper tout de suite ce stock, mais il n'y avait même pas la moitié de l'équipement débarqué prévu, et il en allait de même pour les Marines. Plus il y en aura, plus la peur se propagera quand l'opération débutera...

Katty contacta le Dein.


— Ici Katty Deussei. Cible du tir à l'arc repérée.

— Confirmation de cible identifiée par Opératrice Katty Deussei. "L'archer bande son arc avant le tir."


Elle coupa le contact et tous les deux retournèrent en arrière pour trouver une zone où se cacher pour la journée.

La nuit prochaine décidera de leur action...


8 Août 1942

La nuit était tombée à bord du Dein, qui continuait à épier la progression des troupes américaines sur Guadalcanal. À part pour quelques problèmes concernant des raids aériens des Japonais, plus de la moitié des Marines avait déjà rejoint l'île. Exactement comme allait l'Histoire. Connecté en permanence au CO du cuirassé, l'ordinateur guettait l'arrivée prochaine de la 8ème Flotte du Commandant Général Mikawa Gunichi. Le radar avait détecté les 8 bâtiments de guerre depuis leur départ de Rabaul.

Ses processeurs centraux étudiaient les différentes possibilités de la flotte japonaise.

1. L'Invité Takumi Kusaka avait convaincu l'Amiral Isoroku Yamamoto d'évacuer les troupes japonaises : probabilité 23% [faible]

2. La Flotte Combinée avait refusée d'écouter l'Invité Takumi Kusaka et avait décidée d'éliminer les navires de transport : probabilité 67% [importante]

3. La flotte agit suivant le modèle de 1942 : probabilité 10% [faible]

Ces informations étaient transmises en temps réel à Katty à Guadalcanal, qui réfléchissait elle aussi aux risques.

Que Kusaka échouent et la Flotte Combinée pouvait connaitre le déroulement de l'Histoire et modifier ses plans. La 8ème Flotte pouvait alors poursuivre son combat sans craindre une attaque aérienne Alliée... Le destin de la bataille était sur le point de se changer à jamais. Mais il était impossible de savoir en quel sens... Le bain de sang ou le retrait des troupes japonaises ? Elle priait pour qu'il s'agisse du premier choix.

Avec ces navires, ils étaient capables d'évacuer les japonais qui avaient fui le bombardement naval. Dans le cas contraire, la première phase de l'opération Sagittaire commencerait... Japonais ou Américains, au final, l'un des deux camps allait quitter Guadalcanal cette nuit !

— Opératrice Katty Deussei, annonça le Dein. Avons captés les transmissions des navires de la 8ème Flotte.

— Écoutons ce qu'ils ont à dire...