La Charge de la 8ème Flotte
— De la 8ème Flotte au Commandant en Chef Yamamoto. Nous nous dirigeons au Sud vers Bougainville et passerons à pleine vitesse entre les îles de Santa Isabel et de la Nouvelle-Géorgie. Nous arriverons de plein fouet dans la zone d'amarrage de Guadalcanal et nous nous retirerons immédiatement après avoir lancé une attaque surprise.
À bord du navire amiral, le Chōkai de classe Takao, et accompagné de six autres croiseurs et d'un destroyer qui constituait l'unité, le vice-amiral Mikawa Gunichi regarda sa montre. 1h26... Sa flotte était arrivée à l'heure prévue pour l'attaque.
— Contactez tous les navires. La conduite de chaque navire est maintenant sous la responsabilité de leurs commandants respectifs ! Tous aux postes de combat !
— Tous au poste de combat ! répéta-t-on à bord des navires.
À 1h43, les hydravions japonais lâchèrent des fusées éclairantes au-dessus de la flotte alliée, illuminant idéalement les navires pour la flotte japonaise.
— 9° tribord ! Confirmons la présence de trois navires ennemis ! Le bâtiment de tête est un croiseur lourd de classe County !
— À tous les navires, FEU !
Le Chōkai et le Furutaka engagèrent le navire australien HMAS Canberra, bientôt rejoints par l'Aoba et le Kako. Les premiers obus tuèrent l'officier d'artillerie, blessèrent mortellement le commandant et détruisirent les salles des machines, privant le navire d'électricité avant même qu'il n'ait pu tirer une seule fois ou communiquer avec les autres navires alliés. En l'espace de trois minutes, le HMAS Canberra fut touché à 24 reprises par des obus de gros calibre. À bord, les marins surpris par le déluge de feu tentèrent vainement de se coordonner. Dans le feu de l'action, personne ne vit les sillages de deux torpilles fondre sur le croiseur lourd...
— ATTENTION ! cria finalement un vigie, mais trop tardivement.
Quelques instants plus tard, l'explosion des deux torpilles souleva le croiseur hors des flots avant qu'il ne bascule sur le flanc, à l'agonie.
— Les deux navires derrière sont touchés ! prévint un vigie depuis le croiseur lourd du vice-amiral Mikawa.
Il s'agissait de l'USS Chicago, croiseur lourd de classe Northampton, et de l'USS Patterson, destroyer de classe Bagley.
L'engagement fut aussi bref qu'implacable.
Une torpilles toucha l'USS Chicago et l'onde de choc endommagea les systèmes de contrôle de tir de la batterie principale. Un obus détruisit le mat du navire en tuant deux marins et força le croiseur à prendre la fuite.
Laissé seul pour défendre la position sud de la flotte alliée, l'USS Patterson s'engagea dans un duel d'artillerie avec la colonne japonaise et il reçut une salve sur l'arrière du navire qui neutralisa ses deux canons arrières, dont un définitivement, causant la perte de dix marins. Le destroyer parvint également à fuir sous les tirs, laissant le champ libre à la 8ème Flotte pour poursuivre sa route.
Le vice-amiral Mikawa ordonna à la flotte de monter au Nord de l'île de Savo, là où l'attendait le reste de la flotte alliée : trois croiseurs lourds de classe New Orleans, l'USS Astoria, USS Quincy et USS Vincennes, ainsi que deux destroyers. Leurs équipages dormaient encore quand la bataille avec la flotte du sud avait débutée, aussi, quand la flotte de Mikawa arriva sur eux, les croiseurs américains n'étaient pas encore prêts au combat.
Ceux-ci allaient vite découvrir l'expérience japonaise du combat nocturne...
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— Cinq navires repérés sur le littoral ! prévint un enseigne à bord du Chōkai.
— Allumez les projecteurs !
Aussitôt, les navires de la flotte inondèrent de lumière les navires en question et firent feu...
Sur le McCautley, un transporteur de troupes où le général Vandegrift était retourné pour la nuit, son second vint le prévenir de l'attaque en cours !
— La flotte de défense du groupe nord a débutée le contact avec des navires ennemis ! La flotte du sud a été balayée !
— Quoi ?! Des détails sur les navires ?
— D'après les informations, il y aurait 4 croiseurs lourds, aucun croiseurs légers et deux à trois Destroyers ! Impossible d'avoir plus de renseignements !
Le général se précipita aussitôt hors de sa cabine pour voir par lui-même l'étendue de la bataille !
— Contactez le Contre-amiral Cruthcley et aussi le Contre-amiral Turner !
— Oui, monsieur !
Le général arriva sur le pont et vit au des flammes et des explosions danser à l'horizon. Il réalisa immédiatement le but de cette attaque et son visage pâlit.
— Il ne sont pas là pour la flotte de défense... Leur cible est le convoi !
Le pire était qu'à cause de retards avec le déploiement au sol, les navires étaient encore pleins de vivres et de munitions ! S'ils coulaient, les Marines seraient complètement isolés...
— Ça a commencé, commenta inutilement Tsuda.
Depuis leur cachette, Katty et lui pouvaient voir la fumée et les flammes s'élever sur la mer obscure.
— C'est donc bien la flotte du Commandant Mikawa. Si l'Histoire se poursuivit, elle devrait normalement se retirer d'ici moins de 30 minutes.
Un pressentiment troublait intérieurement Katty... Elle était loin d'être naïve, son expérience du combat lui avait lavé toute crédulité depuis longtemps. Ainsi donc, la 8ème Flotte agissait comme l'Histoire l'avait écrite, et non pas pour couvrir et évacuer les troupes japonaises... Si Kusaka avait bel et bien expliqué leur plan, les amiraux de la Flotte Combinée savaient donc qu'il n'y a pas de porte-avions dans les parages. Que se passerait-il s'ils refusaient de s'allier à elle et décidaient de ne pas rebrousser chemin comme le plan le prévoyait et d'attaquer directement le convoi ?
Les Marines seront incapables d'être évacués, et l'opération Sagittaire sera irréalisable... Si la flotte de Mikawa déviait de son attaque historique, le Dein interviendra...
Elle se tourna vers Tsuda qui observait la fin des combat au loin. Est-ce que ce lieutenant accepterait sa décision ? Ou tentera-t-il de l'arrêter ?
2h16
L'USS Astoria brûlait dans la nuit. L'USS Quincy coulait lentement, toujours illuminé par les puissants projecteurs japonais, et l'USS Vincennes brûlait de partout et gîtait à bâbord, touché par plusieurs torpilles. Les deux destroyers qui accompagnaient les croiseurs lourds s'étaient éclipsés, leur puissance de feu ne faisait pas le poids de toute évidence.
— Vice-amiral Mikawa, rapport des dégât ! Nous avons subis des dégâts dans plusieurs zone, la tourelle avant est mise hors de combat et la salle des cartes . Nous avons aussi plusieurs blessés, cependant la direction du navire et les systèmes d'armes sont intacts !
— Très bien.
— Quatre des croiseurs ennemis ont coulés et l'un de leurs destroyers est neutralisé. Tous nos navires restent opérationnels ! C'est une victoire totale ! Monsieur, c'est l'occasion parfaite pour lancer l'attaque du convoi ! Donnons-leur le coup de grâce ! suggéra un officier aux côtés de l'amiral, euphorique depuis le résultat de l'assaut. Nous ne savons pas si l'aviation ennemie est proche, mais nous n'avons rien à perdre !
Le vice-amiral ne semblait pas partager pas l'enthousiasme de son subordonné.
— Non. Leurs porte-avions ne sont pas ici. Leurs avions ne nous bombarderont pas, expliqua-t-il.
— Ah bon ? Parfait ! Nous allons pouvoir passer à l'attaque !
Le vice-amiral ne répondit pas immédiatement, laissant son regard se promener sur les navires en flammes. Son silence troubla la confiance de ses hommes. Pourquoi ne donnait-il donc pas l'ordre d'attaquer ? Il se tourna finalement vers eux.
— Bon travail à tous. Notre mission s'achève ici. Regroupez la flotte ! Préparez-vous à repartir !
Le navire amiral transmit le signal aux autres bâtiments de la flotte. Les commandants n'en crurent pas leurs oreilles ! La revanche sur Midway était là, à portée de main ! Pourquoi partir maintenant ?! Néanmoins, ils obéirent et se regroupèrent derrière le Chōkai.
— À tous les navires, formation en ligne. Soyez vigilants aux mouvements des navires ennemis !
À travers les moniteurs du Dein, Katty vit la Flotte de Mikawa repartir vers le Nord-est, en direction de Rabaul.
Ainsi donc, l'Histoire s'était reproduite exactement comme dans son monde à elle... Kusaka n'avait donc pas réussi à convaincre Yamamoto ? Ou peut-être qu'il ne l'avait pas crû ?
La raison importait peu. Tout ce qui comptait, c'était le résultat.
— Maintenant, il va être temps de montrer qui nous sommes. Début de l'opération Sagittaire à 3 heures précises.
Au milieu de la mer en flammes, les marins des navires détruits observaient depuis leurs canots leurs bâtiments sombrer lentement sous les flots. Ils avaient eus foi en ces prouesses de leur pays, et ils découvraient avec horreur et dégoût d'eux-mêmes qu'ils n'étaient pas invincibles face aux navires japonais.
Et à bord du croiseur du vice-amiral Mikawa comme dans l'esprit du lieutenant Tsuda, les deux hommes savaient qu'il était temps pour l'amiral Yamamoto comme pour le capitaine Kusaka d'avancer leurs pions...
