L'Opération Sagittaire

2h56

— Rapport des dégâts ! Le HMAS Canberra et les USS Astoria, Vincennes et Quincy ont été coulés ! L'USS Chicago a été gravement endommagé, ainsi que deux destroyers !

L'annonce tomba comme un couperet dans la salle d'opération improvisée à bord du McCautley où Vandegrift avait réuni les contre-amiraux Turner de l'US Navy, et Crutchley, de la Royal Navy.

— Que fait la flotte japonaise ? demanda le contre-amiral Turner, craignant pour la sécurité du convoi.

— Euh... À 02h20, elle a quitté la zone de combat et s'est dirigée vers le Nord-est !

— Ils se sont retirés ?

Vandegrift n'arriva pas à le croire. Cette retraite tenait du miracle ! L'amiral japonais devait craindre la menace aérienne des porte-avions. Heureusement qu'il ignorait qu'ils étaient partis hier !

— Nous avons été vaincus..., lâcha Turner en s'asseyant lourdement dans son fauteuil. Le Japon manque de ressources naturelles, mais il a comblé ce déficit par une technologie et un entrainement redoutable !

— Ils sont redoutables, ne put que confirmer le contre-amiral Crutchley en se remémorant les rapports sur la défaite de la flotte britannique face à celle du Japon. Les capacités de leurs chasseurs Zéro sont terrifiantes.

— Nous avons aussi reçu le rapport d'un commandant de sous-marin clamant avoir été au contact avec un cuirassé équipé de torpilles à têtes chercheuses, avec des sonars intégrés... Il a également précisé que le cuirassé était noir et similaire en apparence au Scharnhorst.

— Des torpilles à têtes chercheuses ? répéta Crutchley, incrédule. Ce n'est pas possible. Ce doit être une preuve de plus que les Japs répandent la peur dans nos rangs.

— Il n'y a pas non plus de temps à perdre ! réagit Turner en se tournant vers le général Vandegrift. Leur retraite est une bénédiction du Ciel ! Sans appui aérien, la prochaine attaque pourrait être désastreuse pour nous ! Il faut que vous donniez l'ordre de se replier immédiatement.

Le général des Marines refusa, se tournant vers une carte représentant Guadalcanal.

— En guerre, le pire ennemi d'une armée est de sous-estimer ou de surestimer la force de l'ennemi. En temps de guerre, les deux qualités essentielles sont savoir comment analyser calmement la situation et avoir des lignes de ravitaillement efficaces. En tant que première ligne de la contre-attaque Alliée, il est hors de question que la Première Division de Marines quitte Guadalcanal. Vous pouvez partir, je m'en moque... Mais vous devez me promettre de décharger tout le matériel de vos navires !

Turner soupira devant l'entêtement du général.

— Soit ! Nous allons livrer tout l'approvisionnement possible avant le lever du jour. Après quoi, ma flotte se retirera des eaux de Guadalcanal.

C'était tout ce que Vandegrift pût obtenir de Turner. La Navy avait peur des flottes Japonaises, mais ces dernières les craignaient aussi depuis leur défaite à Midway. Ils ne pouvaient pas se permettre de perdre les navires fournis par leur Empereur...

Au moins étaient-ils à égalité sur ce point.


— Voilà le général, informa Katty en zoomant sur la barge qui ramenait Vandegrift à terre.

Elle le suivit du débarquement jusqu'à ce qu'il rentre dans sa tente. Lorsque ce fut fait, elle en informa le Dein, qui procéda à la phase suivante du plan Sagittaire. Les soldats Américains étaient impuissants face à un ennemi invisible caché dans la jungle. Le Vietnam l'avait prouvé. Il était temps de leur montrer cette impuissance.


— Général, nous avons interceptés un étrange signal ! vint l'informer un opérateur radio.

— Ça vient des Japonais ?

— Oui, mais le message est pour vous !

— Pour moi ? s'étonna Vandegrift. Que contient-il ?

Comment les Japonais pouvaient-ils savoir que c'était lui qui commandait cette opération ? Leur service de renseignement était plus efficace que ce qu'il pensait... Son second prit la feuille des mains de l'opérateur et le lut à voix haute.

— "Ceci est un avertissement adressé au Général Vandegrift..."

Les autres officiers se turent dans la tente, eux aussi frappés par la connaissance poussée de leur ennemi.

— "Nous attaquerons cette nuit à 03:00 vos caisses d'approvisionnement en utilisant un... « Missile »...? Une nouvelle arme qui surpasse toute vos technologies actuelles. Avant de prendre vos vies, nous avons décidés de prendre vos pains et vos pancakes. Ceci est une démonstration de notre force. Le nom de cette opération est Sagittaire."

Le général prit la feuille et la lut à son tour avant de se permettre un sourire narquois. Ainsi donc, les Japonais avaient eus vent de son surnom de jeunesse, "Archer".

— Sagittaire, hein ? Un jeu de mot... Ça ne leur ressemble pas. (Il s'adressa ensuite à ses hommes.) Ils visent nos provisions ? C'est un bluff, pour créer le chaos dans nos rangs ! Ah ! Ils veulent remplacer nos pains par leur riz, c'est ça ?

Les officiers se mirent à rire, la pression retombée grâce à lui. Mais il n'en restait pas moins préoccupé...

— Allez donc me chercher du café avant que les Japonais ne me le volent aussi, plaisanta-t-il.

Un bruit vint de la radio et l'opérateur le retranscrit sur papier.

— Monsieur...?

— Oui, Son ?

— Ils ont... répondus...

— Pardon ?

— "Ce n'est pas un bluff."

Les officiers devinrent livides. Comment... pouvaient-ils entendre leur discussion...?


Depuis sa cachette, Katty ne put s'empêcher de sourire en entendant le silence dans la tente, devinant leur visage empli d'incompréhension. Grâce à une petite parabole projetant des hyperfréquences qu'elle avait installée à côté de Tsuda, elle parvenait à les écouter malgré la distance.

— Et maintenant ? fit Tsuda.

Sans se départir de son sourire, Katty ferma les yeux, soulagée d'être parvenu à semer le trouble chez les officiers.

— Je crois que j'ai surestimée l'entêtement de ce général… Tant mieux…

Elle activa un système dans son casque et un point rouge se visualisa devant lui, se posant, invisibles aux yeux des Marines, sur les caisses de munitions.


— Contactez le personnel sur la plage ! Dites-leur de se retirer de 600 mètres de l'approvisionnement ! Vite ! Je déclare le statut d'alerte ! décréta Vandegrift en enfila son casque.

— Yes, sir ! obéirent les officiers en se précipitant dehors pour transmettre ses ordres.

Il se tourna vers les opérateurs radio :

— Contactez tous les navires ! Dites-leur d'être prêts à engager tout navire inconnu en approche !

— Yes, sir !

—Plus que deux minutes..., murmura-t-il en jetant un œil sur sa montre.

Vandegrift sortit dehors et vit l'intérieur du campement en état d'alerte. Les soldats postés le long du périmètre à la recherche d'éclaireurs ennemis. Il n'avait pas entendu d'explosions au loin, prévenant un tir d'artillerie lourde et regretta quelque peu sa décision prématurée. Mais le dernier message des Japs l'avait complètement surpris, il fallait dire ! Il ignorait comment les Japs avaient réussis à entendre ses moqueries dans la tente mais il en avait eu froid dans le dos… !

Non… Finalement, pas de tirs en approche… Une nouvelle arme qui dépassait technologiquement toutes celles qui existaient ? Il aurait dû s'en douter... Peut-être que le chef des Japs avait tout simplement deviné ses propos ? Si c'était le cas, Vandergrift lui paierait une bouteille une fois la guerre finie ! Ce bonhomme était un fichu devin !

— Monsieur...? Vous voyez ça au loin ? demanda un soldat en distinguant quelque chose au large de l'océan...