Peut-être le chapitre le plus frustrant pour Helen que j'ai pu écrire jusqu'ici :D hihihi

Armez-vous de sadisme!

Ps: je ne relis pas ce soir, pas le courage, ça attendra demain, alors pardonnez-moi les coquilles d'ici là.

Chapitre 19

Elles se tenaient toutes deux assises face à face, de chaque côté de la table polie qui emprisonnait sous sa glace le reflet inversé de leur deux bustes, à la manière des cartes à jouer. De temps à autres, d'un côté comme de l'autre, un entrechoc aigu entre le verre de la table et le verre à cocktail - verre articulé depuis le creux d'une main immobile pendue au bout d'un poignet rigide- rompait brusquement le silence et leur train de pensée respectif. La brune était enfoncée dans une haute chaise, sa main droite, qui tenait le verre, reposait maintenant paisiblement sur la table, son autre main demeurait tout aussi tranquille sur l'accoudoir. Si un inconnu était entré dans la pièce à cet instant, il l'aurait instinctivement désignée comme la propriétaire du bateau, car il émanait d'elle un sentiment d'aise et d'appartenance qui, par sa singularité ne faisait qu'inquiéter un peu plus, minutes après minute, sa jumelle rousse. Lady Magnus, un boa sur les épaule accoudée à la table, tantôt se tordait les mains, tantôt replaçait une de ses mèches rouges derrière son oreille. Son estomac la tiraillait et elle pouvait être certaine que ce mal n'était pas seulement la conséquence directe de la quantité honteuse d'alcool qu'elle avait réussi à ingérer tout au long de cette nuit. Dehors, les festivités prenaient ce tour étrange et habituel qui survient lorsque l'aube menace de poindre et que les corps enivrés commencent à ressentir les effets de la fatigue : les passants regagnaient le centre de la ville, bras dessus bras dessous ou seuls, titubant ou chantant leur derniers élans d'énergie.

La rousse se leva finalement pour aller se poster devant un hublot et observer le flot de la foule s'éparpiller sur les quais. Toute distraction semblait bonne à tasser sa terreur. Car elle était terrorisée. En jaugeant son hôte, elle n'avait pu ignorer plus longtemps la ressemblance certaine qu'elle avait avec elle et pourtant, ce qui l'inquiétait le plus restait d'être transie de cette impression de fragilité et d'impuissance qui d'ordinaire ne pouvait la saisir que face à deux individus sur cette planète : le premier était un dangereux lunatique doublé d'un tueur légendaire en quête d'une forme douteuse de rédemption, le second un prédateur mégalomane et plus ou moins cynique doté d'un génie de toute évidence indomptable. Les deux hommes les plus potentiellement nuisibles qu'elle connaisse et toutefois, les deux pour lesquels, jonglant involontairement de l'un à l'autre et de l'autre à l'un, il semblerait qu'elle ait un goût particulièrement démesuré. Et voilà qu'apparaissait cette tierce menace, sombre et calme comme Druitt, railleuse et en quelque sorte vampirique à la manière de Tesla. Elle ne pouvait s'empêcher de se la figurer comme l'un d'entre eux et elle crut défaillir, tout d'abord, lorsqu'elle sentit une main froide envelopper le dos de sa nuque.

Helen avait quitté la décapotable jaune, non seulement parce que rouler dans une voiture de sport dérogeait à ses critères d'élégance, mais aussi et surtout, parce qu'une voiture volée ne reste pas longtemps inaperçue et qu'elle avait grand intérêt à se déplacer en toute discrétion : Les hommes de la Sciu marchaient sur ses traces et elle commençait à abandonner l'idée de marcher sur celles de Luisa, pour le moment. La petite avait de la ressource, et même si elle était trop maline pour braquer un autre conducteur dans une place forte aussi surveillée que Miami, elle avait déjà dû trouver un moyen de quitter la ville. Quitter la ville, contacter le Sanctuaire sans que la communication ne soit interceptée par Adisson, c'était une pensée sur laquelle Helen aurait dû s'attarder mais elle ne pouvait se fier à son propre jugement qu'avec énorme précaution, ses éclairs de raison s'évanouissaient aussi promptement qu'ils survenaient et elle avait déjà manqué se faire renverser deux fois à cause d'hallucinations périodiques. Lorsqu'elle ne maintenait pas son attention au plus fort, elle voyait des agents de la Sciu partout autour d'elle, même dans les rues désertes.

A midi elle consultait les horaires de train et d'avion à la gare centrale mais dès qu'elle détachait les yeux du panneau d'affichage, les chiffres disparaissaient et elle n'était plus sure de rien.

A 13 heures elle avait son pantalon relevé autour de ses genoux, les pieds baignant jusqu'aux chevilles dans l'océan atlantique et essayait d'imaginer combien de temps mettait une vague pour rejoindre les côtes africaines.

A 14h elle se rendit compte qu'il fallait qu'elle s'hydrate pour que son foie se mette à purifier son sang de tout résidu formique un peu plus efficacement.

A quinze heure, elle était assise contre un pilonne à l'ombre de d'un gratte-ciel sur un pack de bouteille d'eau qu'elle avait trouvé dans l'arrière-boutique d'une épicerie. Comme elle venait de finir un deuxième litre, elle essayait désespérément d'extraire du plastique sous elle une nouvelle bouteille sans avoir à décoller les fesses- effort qui lui aurait probablement coûté une nouvelle décente en enfer- mais comme elle n'y était toujours pas parvenue un quart d'heure plus tard -même si le temps n'avait par ailleurs plus aucun sens- et que ses doigts commençaient à tourner au violet, elle se laissa glisser au sol en gémissant et crut, comme dans les sables mous, s'y enfoncer des heures durant.

_ Tu as repris des couleurs. Fit Grégory en caressant le front de sa fille

_ Tant mieux, c'est bon signe en général. Répondit-elle.

_ Je n'en suis pas si sur cette fois-ci. Soupira-t-il.

_ Comment ça ?

_ Tu es en train de guérir, mais j'ai bien peur que ce ne soit pas l'effet de nos remèdes, mais de ceci. Dit-il en lui montrant une fiole.

_ Qu'est-ce que c'est ?

Il soupira et prit sa tête entre ses mains avant de répondre.

_ Du sang, le mien pour être plus précis mais je ne pense pas que ça change quoique ce soit. Je te l'ai fait boire i peine un quart d'heure, tu dormais.

_ Quoi ?! Non !

_ Helen...Helen !

Elle s'était levée brusquement et avait disparu dans le couloir.

La situation avait changé à Praxis ces derniers jours, Rana venait d'être réhabilitée dans son rôle de sénatrice depuis que l'histoire de Kalogué avait éclaté au grand jour. Et à vrai dire, Helen y était sans doute pour quelque chose après toutes les discussions qu'elles avaient entretenues lorsque la praxienne s'asseyait à son chevet ... En somme, Rana l'avait plus ou moins officiellement placée sous sa protection, négociation qui, paradoxalement, avait été facilitée par le fait qu'Helen soit « malade » et ne représente donc aucune menace réelle, bref, Praxis et son éthique si particulière...

Désormais donc, la fille Magnus était libre dans la cité, et, tenant son ventre comme pour le purger du sang humain, suivait les couloirs du sanatorium, grimpait sur le toit et explosa en larmes loin du regard divin de son père ou de tout autre potentiel observateur.

_ Hé ! Héhoo ! Est-ce que ça va aller ? Est-ce qu'il faut que j'appelle une ambulance ?

_ Non, merci, je vais bien, j'ai juste besoin de repos. Murmura une voix qu'Helen eut du mal à reconnaitre comme la sienne. Elle s'aperçut qu'il faisait nuit et que la nouvelle bouteille qu'elle avait miraculeusement réussi à ouvrir s'était vidée sur sa chemise.

_ On dirait plutôt que vous avez une belle grippe. Est-ce que je peux proposer de vous raccompagner jusqu'à chez vous au moins ?

_ A 900km d'ici, ça m'étonnerait... Marmonna Helen et elle s'en voulait un peu d'être aussi caractérielle parce que le garçon semblait d'une gentillesse rare.

_ Je peux peut-être vous avancer au moins un peu, j'attends une amie qui a besoin que je la ramène en Caroline du Nord.

_ J'aimerais bien, mais je ne peux pas risquer de vous mettre en danger. Echappa-t-elle d'une voix lointaine.

_ Comment ça de me mettre en danger ? Vous êtes qui ?

_ Et vous ?

_ Je m'appelle Cartney. Soupira-t-il.

_ Helen.

Il l'aida à se redresser quand elle lui serra la main.

_ J'espère que vous n'êtes pas contagieuse. Fit-il en riant.

_ Aucun risque, ce n'est pas la grippe.

_ Ma voiture est juste là, venez-vous asseoir un moment si vous voulez, mon amie devrait arriver dans un petit quart d'heure, ça vous laisse le temps de réfléchir.

_ Vous êtes gentil. Dit-elle en se laissant tomber sur la banquette arrière.

« Et vous incroyablement belle » S'empêcha-t-il de répondre.

Il déposa le pack de bouteille qu'il avait pris sous son bras au pied de cette femme, Helen, puis s'accroupit et en sortit une en pensant à l'effet qu'elle lui avait fait quand il l'avait vu en passant, affalée contre la colonne dans une position étrange, à moitié endormie dans ses talons aiguilles et ses fringues de luxe tout froissés. Sa ceinture avait deux petites anses pour y accrocher des révolvers, sa chemise était mouillée, un peu transparente par endroit, ses ongles parfaitement manucurés, ceux des pieds aussi... Elle était complètement hors contexte, comme arrachée à un grand centre financier ou à un sommet d'agents fédéraux, et tombée là brusquement, sans raison, avec ses bouteilles d'eau et ses yeux brulants. Il se demandait s'il aurait aidé de la même façon quelqu'un d'autre, savait d'avance que la réponse serait négative, se reprit en se disant qu'après tout, il était venu de loin aujourd'hui dans l'unique but de dépanner sa drôle de voisine qui l'avait soudainement appelé d'une cabine téléphonique et l'avait si bien supplié... Mais sa voisine, il était amoureux d'elle depuis le premier jour, alors il pouvait bien lui rendre service, c'était une autre histoire... Il dévissait le bouchon en se disant que les femmes finiraient par le réduire en esclavage mais que ça en valait sans doute la peine et tendit la bouteille à la mystérieuse brune qui la saisit avec une avidité surprenante avant d'en boire la moitié d'une traite. Puis il ouvrit une portière et attrapa quelque chose dans un tiroir de bord, revint en face d'elle, lui prit la main et déposa une boite d'aspirine dans sa paume tremblante. Elle en regarda un long moment l'étiquette et éclata de rire, il se mit à rire aussi, par mimétisme et parce que son rire se révélait terriblement contagieux. Alors, elle cessa un instant et soupira « Et dire que c'est moi qui ai inventé ce truc- là... » puis manqua s'étouffer, prise d'un second accès de rire au moment où elle avalait deux cachets. Cartney la regardait, intrigué, un peu effrayé aussi et demanda :

_ Où est-ce que vous vivait ?

_ Old City.

_ Ah en effet, ça fait une trotte. Qu'est-ce qui vous amène ici ?

Cette fois-ci, elle leva vers lui des yeux sévères avant de répondre.

_ Une partie de poule-renard-vipère qui a mal terminé.

Et il sut qu'il ne devait plus poser de questions.

Le silence installé, elle commença à s'assoupir à nouveau, tremblant ou toussant brutalement de temps à autres. Sa peau reluisait, moite comme sous l'effet d'une forte fièvre mais elle n'avait pas de température et cette dernière observation le rassurait.

_ Je n'y comprends rien, rien n'a changé depuis la semaine dernière... A l'heure qu'il est je devrais...

_ Je sais, mais regarde. Fit Grégory en allumant un hologramme.

_ Mon ADN ?

_ Son évolution depuis que tu es là.

_ Trois hélices...

_ Oui mais observe la troisième, elle est inactive, alors que...

_ Comme un gène latent ?

_ Pas tout à fait, puisqu'elle était active lorsque tu es arrivée. On dirait qu'elle s'est seulement animée pour un laps de temps... Helen, c'est la première fois que je vois ça...

_ Ca me rappelle une expérience de Nikola... Il avait implanté un gène latent de vampire à un jeune homme et il se trouve que ce jeune homme s'est fait renversé. Il est mort sur le coup mais le corps demeurait introuvable. Deux jours après, on s'est rendu compte qu'il était devenu un vampire.

_ Intéressant...

_ Oui, mis à part qu'on s'est retrouvé avec tout un gang sur les bras au bout d'une semaine.

_ Ah ah, parfois je regrette de ne pas être là-haut, tu sais.

_ Hum, lorsque je suis arrivée à Praxis la première fois, je veux dire en 2011, tu as refusé de remonter à la surface en disant qu'on se reverrait bientôt, je crois que tu parlais de maintenant.

_ Ca me ressemble en effet mais peut-être aussi que je te l'ai dit parce que tu viens de me le dire et que j'y repenserai au moment tout indiqué. Le temps est le pire des casse-tête. Tu as une théorie d'ailleurs ?

_ Pas encore, mais quelque chose me dit que j'en aurais une quand je serai revenue dans ma ligne temporelle normale.

_ A moins que ta ligne temporelle normale soit justement de ne pas respecter ta ligne temporelle normale.

_ Ah ah, c'est fort possible en effet mais ça ne devrait pas m'empêcher d'avoir une théorie.

_ Oui et bien quand tu l'auras, ne la laisse pas entre les mains de Tesla, par pitié. Enfin, pour en revenir à nos moutons, je ne pense pas que tu changeras plus que ça, pas cette fois-ci en tout cas, mais peut-être ferais-tu bien d'arrêter de narguer la mort sans quoi cela risquerait d'arriver.

Il lui secoua légèrement l'épaule pour la réveiller.

_ Elle arrive. Dit-il en pointant du doigt la silhouette qui passait sous un réverbère à l'angle de la rue. « Alors vous venez avec nous ou non ? » Réitéra-t-il, puis, se tournant vers la jeune fille qui approchait, il annonça : « Hé Luisa, on va avoir de la compagnie pour la route ! ».

De surprise, Magnus bondit aussitôt de la voiture, raffermit son équilibre en s'appuyant un instant sur le capot et immédiatement après, Luisa poussa un cri de stupeur en la reconnaissant, resta figée, indécise au premier pas qu'Helen fit vers elle. Puis Cartney s'interrogea, hurla qu'il n'y comprenait rien, tenta de s'interposer.

Magnus lui avait vaguement expliqué qu'en invoquant puissamment un souvenir, on pouvait guider les mnémotropes à nous le faire revivre et ainsi éviter ce qu'elle appelait « le plongeon ». On plongeait lorsqu'on laissait notre inconscient tirer les rennes et nous porter d'idées en idées aux zones les plus émotivement denses de notre mémoire : les plus délectables ou les plus détestables. Autrement dit c'était pile ou face à chaque prise, une opportunité d'atteindre le nirvana ou un risque de se faire dévorer par ses angoisses les plus morbides, un saut dans le vide en somme, typiquement Magnus. Will était certain que c'était ce qu'elle pratiquait le plus souvent, le plongeon, ça correspondait si parfaitement à son tempérament...Et aussi malsain et indigne que cela puisse paraître, il aurait payé cher pour voir ce qu'elle voyait alors, très cher. Tout bien réfléchi, il aurait été curieux de voir ce que Tesla voyait aussi parce qu'il était certain qu'il y voyait Helen, entre autre. Mais pour l'instant, s'il parvenait déjà à retrouver ce fichu souvenir intact, il serait satisfait. Alors il inspira profondément à plusieurs reprises pour se détendre, se jura une dernière fois qu'il ne se laisserait droit qu'à un seul essai, celui-ci, et déboucha le flacon.

La première sensation fut surprenante, c'était comme d'avaler un souffle déjà vidé d'oxygène et qui ne satisfait pas les poumons. Une fraction de seconde plus tard, sa tête tomba dans le fauteuil comme gonflée de l'intérieur. Puis, crispant la mâchoire comme pour retenir de ses dents le flux de ses souvenirs là où ils étaient, il y parvint enfin, dans la clairière.

Et ses poings tiraient ses cheveux si fort qu'elle devait probablement avoir mal; ses yeux venaient de se fermer, les paupières vigoureusement plissées sous les sourcils en ailes d'aigle et il s'étonnait que sa lèvre ne fende pas tant elle paraissait de la mordre fort. Il savait, en revanche, que ses côtes à lui devaient souffrir à cause de l'étau de ses genoux et il s'en réjouissait parce que plus elle serrait plus elle bougeait vite et fort et pour autant qu'il sache, c'était une excellente progression à l'affaire. Il sentait qu'il fatiguait un peu, probablement parce qu'il devait y avoir bon un moment qu'ils jouaient tous les deux dans les herbes comme ça; la pluie, d'ailleurs, avait eu le temps de cesser, puis de reprendre et cesser à nouveau. Sa main venait de s'aplatir contre son torse pour la maintenir en équilibre et derrière son bras, les muscles de son ventre roulaient de haut en bas puis de bas en haut, puis de haut en- il saisit l'arrière de ses hanches puis se redressa pour prendre sa taille, son dos et le mouvement la fit se crisper contre lui et ses yeux s'ouvrirent immenses tandis qu'elle rechargeait ses poumons. Puis son front et une partie de ses boucles tombèrent sur son épaule et il sentit vibrer le choc dans sa clavicule, et il embrassa ses lèvres parce qu'elle criait presque trop fort dans son oreille et son ventre heurta le sien, à nouveau et encore, et ils y étaient enfin, une fois de plus.

Elle utilisa ce qui restait de la bouteille d'eau pour se laver les mains parce que ses phalanges étaient couvertes de sang. Elle respirait lentement, pour calmer à la fois la douleur et la panique. Douleur parce que Luisa était une dure à cuire, panique parce qu'elle était elle-même hors de contrôle. Elle tira les deux corps dans la voiture de Cartney et les assis à l'arrière. Ils glissèrent vers le centre du fauteuil et se bloquèrent l'un contre l'autre, épaule contre épaule, inertes, dans un piteux état. Elle monta à l'avant et laissa reposer sa tête sur le volant un moment. Le moment s'éternisa jusqu'à ce qu'elle se rende à l'évidence qu'elle mourrait de faim, alors elle fouilla la sacoche de Cartney, y découvrit avec soulagement quelques billets et un téléphone portable puis démarra.

Elle s'arrêta une dizaine de minutes plus tard pour attraper un repas chaud qu'elle pourrait emporter et profita de cet instant pour téléphoner. Elle ne pouvait pas contacter le numéro du sanctuaire, encore moins les portables de Will, Henry, Declan ou Nikola: même si elle appelait d'un numéro inconnu, leurs lignes à eux seraient peut-être déjà sur écoute de la Sciu, elle ne pouvait rien risquer. Et c'est là qu'il lui vint une idée de génie : Abbey ! La Sciu! Elle faisait partie de leur propre système donc aucun risque! Elle dut essayer plusieurs combinaisons avant d'obtenir le bon numéro parce que, malgré la quantité de mnémotropes qui agissaient encore dans son organisme à cet instant, réussir à extraire d'un souvenir un détail auquel on n'avait pas nécessairement prêté attention restait tâche ardue; elle était déjà parvenue à cette conclusion au début de l'enquête « soleil noir ». Quand elle repensait à cette affaire, à son expérience et à la tournure qu'avaient eu le bon goût de prendre les évènements, elle ne pouvait se sentir que franchement déconcertée, décontenancée, ce qui était une bonne chose, d'après elle, une preuve qu'elle était de retour à la raison pour le moment.

_ Agent Corrigan j'écoute.

_ Abbey ? J'espère que je ne vous dérange pas. Il faut qu'on parle.

_ Magnus ? Non, non, bien sûr que non, que se passe-t-il ? Oh mon dieu, ce n'est pas Will au moins ?

_ Du calme, du calme, Will va bien, aux dernières nouvelles du moins. Ecoutez, j'ai besoin que vous vous rendiez au sanctuaire, sans prévenir qui que ce soit surtout, pas d'appel, pas de texto, pas de mail... et que vous transmettiez à tout le monde un message...

_ Sans problème. J'y serai dans 20 minutes quel est le message ?

_ Essentiellement : que j'ai Luisa et que je devrais être rentrée dans les 10 prochaines heures...

Elle avait parlé avec Abbey un moment encore, le temps de récupérer sa commande et de la régler puis avait repris la direction de la voiture. Sauf que la voiture n'était plus là. Elle jura dans toutes les langues qu'elle connaissait attirant sur elle quelques regards étonnés parmi les passants et s'adossa au mur. « Ils étaient plus que blessés tout à l'heure pourtant! Inconscients et attachés de surcroit! ». Elle soupira de frustration et ralluma le portable entre ses doigts.

_ Agent Corrigan j'écoute.

_ C'est encore moi, j'ai bien peur que le contenu du message ne vienne de changer...