Disclaimer : Les personnages et l'univers de Saiyuki appartiennent à Kazuya Minekura

rating : M (en raison des lemon même si c'est soft et même si j'ai longtemps hésité à mettre en T)

note de l'auteur : cette fic aura plusieurs chapitres. Etant récente dans l'univers de Saiyuki, j'espère ne pas avoir fait trop d'OOC et avoir pu cerner et retranscrire les émotions des différents protagonistes.

Cela fait un bail que je n'ai plus publier sur ce manga que j'adore alors soyez indulgent(e)s avec la pauvre auteur que je suis ! J'ai encore d'autres chapitres en réserve.

SAIYUKI - Une erreur de la nature

Chapitre 3

Ils avaient enfin regagné leurs chambres sauf Hakkai qui discutait toujours avec le tenancier de l'auberge, un vieux personnage au moins aussi âgé que le comptoir sur lequel il s'appuyait lourdement. Ils avaient pénétré dans la troisième chambre qu'ils venaient de réserver pour l'inconnue ... enfin pas si inconnue que cela pour Sanzô.

- Tu la connais mais tu ne connais pas son nom ! Reprit Gojyo en entrant dans la chambre tout en secouant sa longue crinière rouge encore. T'es vraiment le pire dragueur que je connaisse !

Une veine folle se remit à palpiter dangereusement sur le front du blond.

- Sanzô ? Dragueur ? Répéta Goku en ouvrant tout grand ses deux yeux dorés. C'est pas toi le dragueur espèce de kappa pervers ?

- Toi le singe, reste en-dehors des discussions des grandes personnes !

- Répète un peu !

Le coup de feu partit avant même que les deux chamailleurs s'empoignent comme à leur habitude et le rictus mauvais plaqué sur le visage du bonze ne présageait rien de bon à venir.

- Eh bien ! Eh bien ! Fit Hakkai en entrant dans la chambre d'où venait le raffut qui attirait déjà quelques personnes sur les escaliers de l'auberge. Ce n'est pas ainsi que nous serons discrets. Comment va-t-elle ?

Goku toucha l'épaule de l'inconnue du bout du doigt.

- je crois qu'elle vit toujours !

Sanzô ne répondit rien et se contenta de leur tourner résolument le dos pour s'adonner à la contemplation de la rue déserte. Gojyo haussa les épaules et suivit Hakkai vers le lit sur lequel il s'assit, posant une bassine remplie d'eau tiède à côté de lui. Il se planta résolument derrière le brun qui commençait à enlever avec des gestes doux, presque tendres l'épaisse couche de boue qui recouvrait la peau et les vêtements de l'inconnue.

Rapidement, les contours du corps se dessinèrent plus nettement, laissant apparaître une silhouette menue mais bien proportionnée vêtue de cuir noir. Ses nombreuses blessures apparurent en même temps. Des hématomes, des égratignures, des griffures déchiraient sa peau et et ses vêtements, de ses mains à ses pieds.

- Bon sang ! Siffla Gojyo sa cigarette coincée entre ses lèvres. Je n'ai jamais vu autant de blessures sur une fille. Eh bien en plus elle est plutôt mignonne de ce que l'on peut déjà voir. T'a plutôt bon goût le moine, c'est déjà ça !

Sanzô se retourna brièvement pour fusiller le métis de ses yeux améthystes avant de dévisager Hakkai et sa patiente. Goku s'approcha du haut du lit et scruta le visage de l'inconnue.

- Mais ... on la connait pas ?

Il prit son air le plus sérieux et se gratta la tête avant que ses yeux ne s'arrondissent sous l'effet de la surprise.

- Je sais ! C'est quand tu avais disparu une nuit Sanzô ! Elle nous avait fait un super-méga-petit-déj pour s'excuser de nous avoir baladés ! ... Aieuh !

Le jeune garçon se massa son crâne endolori par le magistral coup de baffeur qu'il venait d'encaisser de la part d'un bonze dont les yeux lançaient des éclairs.

- Qu'est ce que j'ai dit de mal ?

Hakkai sourit et s'abstint de commentaires ce qui ne fut pas le cas du métis qui s'accrocha au cou de Sanzô, un sourire ambigu vissé aux lèvres.

- Le singe a raison ! Tu vas peut-être nous raconter ce que vous fabriquiez cette fameuse nuit tous les deux ... seuls au milieu de nulle part !

- Je vais te buter !

- Du calme fit Hakkai. Je crois qu'elle a des côtes cassées et a priori je dirai une épaule déboitée. Je ne parle pas du reste. Qu'a -t-il bien pu lui arriver pour qu'elle se retrouve dans un état pareil.

Il pinça sa peau qui resta plissée et posa sa main fraîche sur son front brûlant.

- Elle a aussi une forte fièvre et je pense qu'elle doit être déshydratée ...

- Ses chances de survie ? Interrogea le bonze assez sèchement avant de se rallumer une cigarette et de se planter devant la fenêtre.

- Honnêtement, je n'en sais rien. Mais je ferai de mon mieux.

Sanzô hocha la tête et s'apprêta à sortir avant d'être retenu par la main bronzée de Gojyo qui s'était posée sur son épaule.

- Et c'est tout ?

- Quoi d'autre ? Marmonna le blond en se libérant d'une secousse.

- Si tu nous expliquait enfin qui elle est ...

- Je l'ignore ... je crois déjà l'avoir dit. Nous devons repartir au plus vite.

- Nous ne pouvons pas la laisser comme ça, Sanzô ! Avança Goku, les yeux brillants de compassion.

« Et merde ! Encore des complications ! » pesta intérieurement le moine, contrarié. Il jeta un coup d'oeil irrité à la jeune femme qui grimaça de douleur dans son sommeil.

«- je vais te tuer, garce !

- Peut-être un jour, mais pas aujourd'hui, avait-elle murmuré un an auparavant ».

Il soupira et fit un signe de la main.

- On reste jusqu'à ce qu'elle se réveille. Hakkai, veille sur elle. Gojyo et Goku, essayez de savoir ce qu'elle fichait au fond de ce puits. Et si possible, discrètement !

- Et toi ? Demanda Gojyo

- Je vais me coucher, bien sûr !

- Evidemment ! Grommela le métis en le regardant sortir. Tout juste bon à donner des ordres, celui-là ! A tout à l'heure Hakkai !

- Bonnes recherches ...

Hakkai se retrouva seul avec la jeune femme à qui il tentait toujours de rendre une apparence plus humaine. Il utilisa son ki pour guérir les blessures les plus importantes, stopper l'hémorragie et augmenter la vitesse de réparation des côtes. Il termina par panser soigneusement ses plaies. Lorsqu'il eut achevé ses soins il se rendit compte que l'aube pointait déjà au-dehors. Il se souvint de la visite éclair de Gojyo et de Goku après leur petite enquête.

Il s'essuya le front du revers de la main avant de reporter son attention sur sa patiente. Il n'avait pu lui laver les cheveux, toujours couverts de cette boue brunâtre et avait du lacérer généreusement ses vêtements pour pouvoir lui désinfecter et panser ses plaies. Le jeune homme posa sa main sur son front encore brûlant de fièvre et soupira. Son regard vert se perdit dans le lointain, remuant une fois encore les souvenirs maudits qui se terraient dans son âme.

- Ne meurs pas, murmura-t-il. Je n'ai pas pu te sauver Kanan ... mais je peux peut-être la sauver elle ...

Un rayon de soleil pénétra dans la chambre aux rideaux restés ouverts, se reflétant sur une mèche lui donnant une nuance plus rouge que le reste de sa chevelure. Il lui sembla qu'elle sourit un instant avant de grimacer. Son souffle était irrégulier à cause des côtes cassées ; il l'avait bandé très serré au thorax mais n'avait pas osé remboîter son épaule. Pourtant il aurait du le faire ... mais faire souffrir une femme ...

- Hakkai !

Le ton sec de la voix grave de Sanzô le fit sursauter. Il se retourna pour voir le bonze qui s'avançait vers le lit. Depuis combien de temps était-il là, avec son regard énigmatique et sa cigarette éternellement vissée à ses lèvres fines et pincées.

- Oh, bonjour Sanzô ! Tu as bien dormi ?

- Mieux que toi, vu tes cernes ! Et elle ?

- Pas d'amélioration notable pour le moment ... mais au moins son état est stable.

Le bonze haussa un sourcil et pointa un doigt accusateur vers l'épaule gauche de la jeune femme.

- Son épaule ? Tu n'y as pas touché ?

Le regard émeraude flancha sous le dur regard améthyste.

- Je n'ai pas pu ...

- Bien ... maintiens-la ...

- Mais Sanzô ...

- Tais-toi !

A contre-coeur, Hakkai maintint la blessée sur le lit tandis que Sanzô prit son bras et lui remboita l'épaule dans un craquement qui fit hurler la jeune femme avant qu'elle ne retombe dans l'inconscience et sur le lit comme une poupée de chiffons. Hakkai serra les dents et Sanzô la lâcha après avoir vérifié si l'épaule bougeait librement.

- C'est bon ...

Il tata son front et grogna en voyant sa main maculée de boue à cause de ses cheveux encore poisseux.

- Il faut la nettoyer ... Elle risque une surinfection ...

- Je l'ai lavée du mieux que j'ai pu avec des linges et une bassine d'eau tiède ...

Sanzô le fusilla du regard.

- Qu'est ce que c'est que ces enfantillages, Hakkai ?

- C'est une femme, Sanzô ! Je ne peux faire du mal à une femme ... et je ne me voyais pas la baigner ...

Sanzô soupira et commença à soulever le corps inerte.

- Aide-moi ! C'est pas le moment d'avoir une crise de bienséance et de timidité !

Hakkai baissa la tête. Il aurait mieux valu que Gojyo se charge d'elle cette nuit. Déshabiller et laver une femme inconnue ne lui aurait pas posé le moindre problème de conscience ou de pudeur. A priori, cela n'en posait pas plus à Sanzô, ce qui ne manqua pas de le surprendre.

Celui-ci avait déjà soulevé la jeune femme dans ses bras et l'avait déposé sans façon dans la baignoire. Il laissa couler l'eau afin de la mettre à température. Hakkai lui prit le pommeau de la douche et entreprit de lui laver les cheveux tandis que Sanzô lui retenait la nuque afin qu'elle ne glisse pas au fond.

Hakkai ne fit aucun commentaire devant la délicatesse peu ordinaire du moine agenouillé près de la baignoire qui retenait fermement sa tête en arrière. Les dernières boues accrochées aux cheveux châtains et à la mèche pourpre cédèrent sous le deuxième shampoing de Hakkai. Ils avaient retrouvé leur souplesse et leur couleur originelle.

Sanzô entortilla la mèche rouge autour de son doigt. « Une erreur de la nature, fille issue de l'union contre nature d'une métisse qui devait normalement être stérile et d'un futur haut moine ... du futur Komyo Sanzô ... son père ... » Il grimaça en sortant de ses pensées et entreprit de la déshabiller sous l'oeil incrédule de Hakkai qui sentait une rougeur lui monter aux joues. Sanzô lui lança un regard de biais.

- Alors ! Qu'est ce que tu fous ? Aide-moi. Toi tu as déjà du déshabiller une femme, non ?

- Euh oui, mais ...

Hakkai était mortifié et ses joues prenaient une tonalité aussi carmines que les cheveux d'un certain kappa. Certes, il l'avait fait ... Mais pas avec une inconnue blessée, trempée dans une baignoire ... sous les yeux d'un haut moine, fut-il aussi particulier que Sanzô.

- Besoin d'un coup de main les gars ? Vous êtes où ? ... Wow ! Mais qu'est ce que vous faites ?

Gojyo en laissa tomber sa cigarette de surprise en franchissant le seuil de la salle de bains. Il en barra aussitôt l'accès à Goku qui tomba brutalement en arrière, sur ses fesses.

- Qu'est ce qui se passe ? Je veux voir ! Pousse-toi de là kappa pervers !

- Sur ce coup il faudrait vérifier qui est le pervers, marmonna Gojyo en ramassant sa cigarette.

Le regard grave qu'il jeta à Hakkai fit détourner les yeux à ce dernier tandis que Goku ne cessait de le houspiller.

- Eh bien si je m'attendait à ça de la part de vous deux ! Tais-toi Goku, c'est pas pour les gosses !

- Je ne suis pas un gosse, minable !

Sanzô sentit la moutarde lui monter au nez. Entre les cris de Goku, le regard curieux de Gojyo et la consternation de Hakkai, sa tête semblait sur le point d'exploser.

- Vous ne deviez pas aller aux infos, les deux mariolles ?

- Chou blanc pour hier soir ! Je crois que je vais te remplacer Hakkai ... tu seras plus doué que moi pour les infos ... Je suis plus habitué à ce genre de situation ...

Hakkai ne se fit pas prier et se leva pour sortir. Il passa devant Gojyo. Leurs regards se croisèrent un instant, lourds de non-dits, indéchiffrables pour les deux autres qui ne s'occupaient pas le moins du monde d'eux. Il finit par sortir et entraîna Goku vers la porte de la chambre qu'il referma derrière lui.

Gojyo regardait toujours Sanzô en souriant de biais. Ce dernier lui jeta un regard noir.

- Tu t'y prends mal, le moine débauché ! Laisse faire le spécialiste ... je vais te montrer la technique !

Gojyo prit sa place et Sanzô recula, irrité pour ne pas dire exaspéré. Il put cependant constater la dextérité avec laquelle son compagnon de route retira l'un après l'autre tous les vêtements de la jeune femme. Chacun de ses mouvements était délicat afin d'éviter de rouvrir les plaies. Gojyo la débarbouilla avec l'eau et s'adressa enfin au moine, toujours planté derrière lui.

- Tu peux m'aider à la savonner au lieu de prendre racine ! C'est bien toi qui a voulu la laver à grande eau ! Je ne vois pas Hakkai prendre ce genre d'initiative avec une inconnue !

- Tss

Bon gré, mal gré, il s'agenouilla auprès de Gojyo et entreprit de la masser avec une franche maladresse mais une grande douceur sous le regard interrogateur de ce dernier.

- Ne me dis plus maintenant qu'il n'y a rien eu entre vous ! ... C'est bon t'énerve pas ! Ajouta-t-il en le voyant fouiller dans ses poches à la recherche de son arme.

Sanzô se redressa et se posta à nouveau sur le seuil de la salle de bains avant de s'allumer une cigarette, l'air mauvais. « Touché ! » pensa Gojyo, amusé par la réaction ô combien prévisible du bonze.

- Qu'est ce qui a bien pu l'amocher à ce point ? Fit-il en suivant du doigt une de ses blessures le long du bras.

- Je l'ignore ! Pas une arme ... les contours des blessures ne sont pas réguliers. Je pencherai pour des pierres ou des bâtons ... ou les deux ...

- Elle en a partout. De tous les côtés. C'était de l'acharnement ...

- Tss ... Et pourtant je l'ai vu combattre des yokais et leur résister sans problème ...

Gojyo se releva, portant la jeune femme dans ses bras. Elle émit juste un gémissement douloureux avant de laisser aller sa tête contre son torse musclé. Sanzô la couvrit d'une serviette et devança le métis dans la chambre pour ouvrir le lit sur lequel il la déposa avec délicatesse. Il passa la main dans ses cheveux humides et murmura ;

- Je la reconnais à présent ... Il y a un an, quand elle m'avait dit qu'on se connaissait, je ne me souvenais plus ... mais là ...

Sanzô le fixait d'un drôle d'air, demandant sans doute plus d'explications sans le faire à haute voix. Gojyo reprit son sourire, un rien sarcastique devant l'attitude si humaine de cet être habituellement glacial et s'installa sur le bord du lit tout en s'allumant une cigarette.

- Tu lui demanderas, si ça t'intéresse ... à ta belle !

- Ce n'est pas ma belle ! Et ta vie ne m'intéresse pas !

- Pff ! Si tu voyais ta tête ... enfin, c'est pas mes oignons ... Que comptes-tu faire après ?

- Aller vers l'ouest ...

Sanzô se détourna vers la fenêtre tout en fumant. Une pensée lui traversa soudain l'esprit. Avait-elle eu gain de cause et avait-elle mis au monde cet enfant qu'elle voulait de lui un an auparavant. Il en doutait, au vu de la taille fine qu'elle avait ... Enfin de la maigreur même qu'elle affichait. Mais si oui, où était l'enfant ?

La voix de Gojyo le ramena à la réalité.

- Et elle ?

- C'est pas mon problème !

Gojyo fit une grimace et reporta son attention sur la jeune femme. Grâce au bain forcé, la fièvre tombait enfin et elle n'allait pas tarder à s'éveiller. A l'époque elle arborait des traits encore presque juvéniles avec de grands yeux pourpres tantôt furieux tantôt larmoyants. Fallait-il toujours qu'il tombe sur des femmes qui pleuraient ? Il se sentit scruter par Sanzô et se leva, rejetant ses cheveux en arrière.

- Je crois que tu peux la veiller maintenant ! Je vais grignoter un truc en attendant les deux autres ... Je te fais monter un café, le moine ... et surtout ne me remercie pas !

« Tss ... » fut la seule réponse qu'il eut. Une réponse sans insulte. Sanzô devait être malade ou soucieux ou autre chose ... grande première ! Et lui, Sha Gojyo assistait à cet événement en avant première ... pour rien au monde il n'aurait voulu rater la suite des évènements.

Sanzô lui tourna le dos et se posta à la fenêtre. Aucun nuage moutonnait dans le ciel azur et pourtant il se sentait d'une humeur aussi morose qu'un jour pluvieux. Il la sentit remuer dans son sommeil et s'approcha d'elle. Son visage reprenait des couleurs, elle n'allait sans doute pas tarder à s'éveiller. Ses paupières papillonnèrent un instant et ses lèvres s'entrouvrirent.

- Soif ... murmura-t-elle faiblement.

Sanzô soupira et chercha de l'eau du regard. Il n'était pas garde malade mais fort heureusement Hakkai avait déjà tout prévu, laissant un pichet plein et deux verres sur la table. Il se servit, lui souleva la tête et la fit boire quelques gorgées le plus lentement possible tant sa soif semblait intense. Lorsqu'elle eut fini elle s'affaissa sur le lit et ses yeux s'ouvrirent complètement, laissant son regard écarlate accrocher le regard améthyste du bonze.

- Oh Koryu ... tu m'as entendu alors ... aïe ...

- Evite de bouger ! Ordonna-t-il sèchement en s'appuyant contre la table, les bras croisés. On n'a pas passé la nuit à te soigner pour que tu fasses n'importe quoi à ton réveil !

Elle sourit, de ce sourire exaspérant qu'il lui avait vu un an auparavant.

- C'est vrai ... Merci ... même si je ne suis pas sûre que tous ces soins viennent de toi ...

- Tss

- Quel est le bilan ?

- Côtes cassées, épaule démise et nombreux hématomes et coupures ... C'était quoi ? Fit-il en désignant les blessures.

- Des pierres et des bâtons ... et une belle chute dans le puits pour finir !

- Des Yokais ?

Elle secoua la tête sans cesser de sourire comme s'ils parlaient de la pluie et du beau temps.

- Non, je m'y serais préparée et je n'aurais pas fini dans cet état. C'était les villageois ...Aïe !

Elle s'interrompit sous la douleur et porta sa main à ses côtes alors qu'elle tentait de se redresser. Ses yeux s'agrandirent de stupeur et elle souleva le drap d'un geste, vérifiant ce à quoi elle pensait ; elle était nue comme un ver ! Sanzô rattrapa le drap in extremis et le rabattit sans qu'ils se soient quittés des yeux.

- C'est toi qui m'a ...

- Des humains ? Pourquoi ? La questionna-t-il en la coupant.

- Toujours la même ritournelle ... Un été sans fin et très sec, plus d'eau dans les environs et le seul puits à sec ... un sang-mêlé qui passe par là et voilà un bouc émissaire idéal ... j'ai eu droit à un début de lapidation et malheureusement ou heureusement pour moi, je suis tombée en arrière dans ce puits ... il me semble que c'était il y a un bout de temps ...

Tout en parlant elle se battait contre la main de Sanzô qui maintenait toujours fermement le drap qu'elle tentait de soulever.

- Lâche ça ! Finit-elle par crier exaspérée. Je veux voir à quoi je ressemble ... tu n'as qu'à te retourner si ça te gêne !

- Nous somme toujours au village et nous sommes jeudi.

Il lui avait répondu tout en se reculant et se retournant. Il entendit le froissement du drap et son exclamation horrifiée.

- J'y suis arrivée dimanche ! Et bien ! Ils ne m'ont pas ratée ! Où sont mes vêtements ... et mes cigarettes ?

- Irrécupérables ! Lâcha-t-il avec humeur tant cette conversation commençait à l'ennuyer.

Il lui tendit néanmoins son paquet de cigarettes et le briquet dont elle se saisit en lui effleurant la main. Il la retira comme s'il avait été brûlé.

- Thank you ! Et reste zen ... je ne vais pas t'agresser dans cet état ...

Il se retourna pour lui décocher un regard meurtrier et constata qu'elle avait eu la décence de remonter le drap sur elle et qu'elle fumait tranquillement assise, les bras entourant ses genoux repliés.

- Tu récupères vite ...

- les métis sont résistants ... C'est valable pour nous tous ... regarde ton ami kappa ...

- Ce n'est pas mon ami !

- Hmm ... C'est lui qui m'a déshabillé, non ? Toi, tu aurais eu trop de mal, Koryu ...

A chaque fois qu'elle utilisait son nom, sa voix baissait d'une octave et prenait une intonation rauque, un rien sensuelle. Sanzô secoua la tête et se reprit, franchement irrité contre ses propres réactions face à cette femme. Il haussa soudain un sourcil et la dévisagea, vaguement perplexe. Il avait oublié mais elle pouvait lire ses pensées ... l'avait-elle fait à l'instant ? Son regard rouge se fit plus intense et elle lui sourit.

- Calme-toi Koryu, je suis trop fatiguée pour décrypter tes pensées. Que comptes-tu faire de moi à présent ? Me laisser ici ? Me tuer, comme tu l'avais dit il y a un an ?

Il réfléchit à toute allure et dut s'avouer qu'il l'ignorait même si l'idée de la tuer de ses mains lui parut infiniment séduisante l'espace d'un instant. Mais il doutait un peu que ses compagnons de route, surtout Hakkai qui avait passé la nuit à la veiller, apprécieraient. De plus, elle lui devait encore des réponses.

- On te déposera au prochain village. Ici, ce n'est pas sûr ...

- C'est le moins qu'on puisse dire ! ... Merci Koryu !

- Arrête de m'appeler ainsi !

- Mes affaires sont à l'extérieur du village. Enfin, si personne ne les a volé entre-temps ... Il vous suffira de me déposer là ...

- Non !

Elle leva les yeux surprise par la sécheresse du ton.

- Au prochain village ! Nous n'avons pas fini notre discussion, l'an passé ... Tu auras le temps de reprendre des forces.

Elle sourit franchement et laissa glisser nonchalamment le drap.

- Oh, tu me surprends Koryu ! J'aurai juré que je n'étais pas ton problème ... mais peut-être veux-tu savoir ce qui s'est passé durant cette année ? Suggéra-t-elle en pointant du doigt son ventre. Où peut-être veux-tu retenter l'expérience ?

- Ferme-la !

En deux pas il fut devant le lit où elle se dressait déjà de toute sa hauteur. Il n'eut pas le temps d'en dire plus car elle plaqua ses lèvres sur les siennes tout en posant ses mains sur ses joues pour le retenir. Il finit par s'écarter et s'essuya la bouche d'un revers de la main rageur.

- C'est une habitude chez toi de sauter sur le premier qui passe par là !

Ils s'affrontèrent du regard et il se rendit enfin compte qu'elle était parfaitement nue devant lui, ce qui ne semblait pas la gêner le moins du monde. Malgré lui ses yeux notèrent la silhouette fine et la peau couverte de bleus et d'égratignures. Elle lui sembla encore plus mince que l'an passé. Sa respiration s'accéléra, preuve indéniable que son corps réagissait à nouveau complètement indépendamment de sa volonté.

Elle dut s'en apercevoir car ses yeux rubis cessèrent de flamber et prirent une nuance plus sombre. Comme un serpent qui hypnotisait sa proie, elle descendit du lit d'un bon souple et s'approcha lentement de lui tandis qu'il reculait pas après pas jusqu'à se retrouver bloqué par la table.

Elle passa ses bras autour de sa taille et posa sa tête sur son torse, se laissant aller contre lui avec un petit soupir d'aise. Il put respirer l'odeur de savon qui émanait de sa chevelure encore légèrement humide. Que lui arrivait-il ? Pourquoi ne l'envoyait-il pas balader ? Il aurait pu la repousser aisément d'une main.

Au contraire, il entoura gauchement ses bras autour de ses épaules, dans le même geste protecteur qu'il employait parfois avec Goku. Elle lui rappelait d'ailleurs son attitude un peu enfantine et son besoin de protection.

Il la sentit s'affaisser entre ses bras, l'obligeant à la maintenir plus étroitement pour éviter la chute certaine. Elle marmonna quelques paroles inintelligibles avant de sombrer dans l'inconscience mais il lui avait semblé entendre « Ne me repousse pas Koryu ... Je ne suis pas une garce ... »

C'est dans cette position que Gojyo les surprit en entrant dans la pièce avec un plateau qui faillit chuter avec tout son contenu si d'une main sûre, il ne l'avait pas rattrapé de justesse. Il était vrai que la scène d'un haut moine au caractère de chien et au coeur de pierre selon certains, serrant dans ses bras une femme évanouie et nue avait de quoi surprendre.

- T'es vraiment qu'un débauché ! Siffla-t-il. Tu pourrais au moins lui laisser le temps de récupérer !

- Ferme-la, espèce d'obscène punaise rouge ! Tu veux mourir ?

- Pff! Je vais chercher de quoi la couvrir ! Imagine les têtes de Goku et Hakkai débarquant maintenant !

Il sortit sans aider le bonze et s'affaira rapidement dans l'autre pièce avant de revenir une de ses chemises noires dans la main. Il la couvrit et la recoucha alors que Sanzô avait repris son poste et son attitude habituelle devant la fenêtre, à ceci près qu'il tirait comme un forcené sur sa cigarette.

- voilà, c'est mieux ! Au moins, elle ne s'est pas rouvert ses blessures. Hakkai nous aurait tué ! Tu sais au moins comment elle s'est fait tout ça ?

Un moment il crut que le blond n'allait pas lui répondre.

- Lapidation ! Ils l'ont pris pour un bouc émissaire à cause du manque d'eau ...

- Et elle a fini par tomber dans le puits où tous la croient morte, compléta Hakkai en entrant dans la chambre. Je vois qu'elle a du se réveiller ... Comment se porte-t-elle ?

- Assez bien je suppose ! Lui répondit Gojyo. Et mieux encore si Sanzô arrêtait de l'embêter et ...

Le « clic » caractéristique d'une arme sur le point de tirer l'arrêta dans sa lancée.

- Pourquoi tu l'embêtes Sanzô ? Questionna Goku en regardant la fille de plus près. Et mais c'est pas une de tes chemises ça, espèce de kappa pervers ? Tu agresses même les blessées maintenant ?

Gojyo se frappa le front, levant les yeux au ciel et affichant un air dépité.

- Et c'est moi le pervers ici ! Espèce de singe débile, demande donc à ton Sanzô ce qui se passe dans cette chambre avant de m'insulter !

- Tu veux vraiment mourir ? S'éleva la voix du moine avant que deux coups de feu ne trouent le mur derrière Gojyo.

- Et bien, et bien ! Fit Hakkai. Elle ne risque pas de prendre beaucoup de repos comme ça et surtout de passer inaperçue. Souvenez-vous que les villageois la croient morte.

Il s'adressa directement à Sanzô qui fusillait toujours des yeux et au sens propre du terme le métis.

- Nous devrions partir Sanzô avant que tout le village ne sache qu'elle est toujours en vie. Je ne voudrais pas me battre avec des humains, si bêtes soient-ils pour pratiquer encore ce genre de choses.

Sanzô hocha la tête et rangea son arme.

- On part ! Immédiatement. Trouvez de quoi la couvrir correctement ... Je vous attends en-bas !

Il tourna les talons une fois arrivé sur le seuil et hésita en dévisageant la jeune femme étendue sur le lit. « ne me repousse pas Koryu .. » Que pouvait-il faire d'autre ? Il voulait rester seul ... il devait rester seul ... il n'avait besoin de personne et surtout ne voulait personne à protéger. Ses yeux, un instant flous, se durcirent et il quitta la pièce.

Hakkai et Gojyo échangèrent un regard puis un sourire entendus. Goku était parvenu à réchauffer quelque peu le coeur de leur compagnon de route et cette fille avait l'air d'y parvenir également. Ils s'arrangeraient peut-être même pour que sa présence soit un peu plus longue que celle prévue par leur chef ...