Disclaimer : Les personnages et l'univers de Saiyuki appartiennent à Kazuya Minekura

rating : M (en raison des lemon même si c'est soft et même si j'ai longtemps hésité à mettre en T)

note de l'auteur : cette fic aura plusieurs chapitres. Etant récente dans l'univers de Saiyuki, j'espère ne pas avoir fait trop d'OOC et avoir pu cerner et retranscrire les émotions des différents protagonistes.

Présence de lemon (hétéro et yaoi) dans ce chapitre. Bon, pas de quoi fouetter un chat quand même.

PS : un grand remerciement à Seveya qui m'a non seulement encouragée mais aussi lu et m'a dit comment améliorer ce chapitre, afin qu'il ressemble à ce qui suit..

SAIYUKI - Une erreur de la nature

Chapitre 4

Ils étaient partis rapidement afin de passer le plus discrètement possible dans les rues bondées de monde ... mais une jeep couinant « Kyu-Kyu », un bonze tirant sur les deux passagers arrières et ces deux mêmes passagers se disputant tout en tenant entre eux un passager visiblement mal en point, était-ce vraiment discret ? C'est ce que se demanda le chauffeur de la dite jeep en poussant un discret soupir.

Secouée comme un prunier par Goku, la jeune femme émergea quelques secondes de son état comateux et put leur indiquer l'endroit où elle avait caché ses maigres affaires, à savoir un épais sac à dos, qui par une chance inouïe en ces temps mouvementés était toujours là.

Depuis elle était retombée dans un sommeil agité où elle semblait combattre une armée entière de démons, vu ses expressions angoissées, haineuses, ses larmes silencieuses et ses gestes désordonnés ou convulsions subites. Gojyo avait le désagréable sentiment de déjà vu en se souvenant des affres dans lesquels Sanzo s'était plongé après leur défaite contre Kami-sama et la perte de son précieux sutra.

Il avait fini par lui poser la tête sur ses genoux, laissant ses jambes repliées sur Goku qui affichait une mine contrite tout en lui passant machinalement la main sur le bras dans un vain effort de réconfort.

« Non, Kuusou » gémissait-elle en se tordant de plus belle alors que les deux inhabituellement calmes la serraient d'avantage pour éviter qu'elle ne tombât au sol.

- Hakkai ! S'éleva la voix grave de Sanzo. Trouves-nous un village. Elle ne tiendra pas longtemps sur ces routes caillouteuses.

- Je crois qu'il y en a un par là, mais c'est un léger détour sur notre route ...

Sanzo maugréa tout en continuant de fumer et d'observer par le rétroviseur ce qui se passait à l'arrière de la jeep. Elle convulsait de plus en plus régulièrement à présent, preuve évidente que son corps réagissait de façon anormalement forte aux images que lui envoyait son esprit. « comme les miennes ? » songea-t-il l'espace d'un instant de trop. Il soupira, maugréa encore contre à peu-près tous ceux qui l'entouraient ou qui l'avaient envoyé dans ce voyage infernal et finit par se tourner vers Hakkai.

- Hakkai, stoppe la jeep, grogna-t-il. Goku tu passes devant, tu peux rien faire de toute façon !

- excellente idée ! Souligna l'ex-humain avec un sourire irritant voulant sans doute dire « je-savais-que-tu-allais-me-le-demander-et-faire-quelque-chose-pour-elle ».

Il stoppa si net la jeep qu'ils faillirent tous passer par dessus bord. Gojyo se frotta la tête en grommelant.

- Hakkai, t'a changé les freins de ta bestiole ou quoi ? Tss ... Ben dis donc ... le moine dép...

Le canon d'un smith & wesson l'empêcha de poursuivre sa phrase alors que Sanzo venait d'attirer sans aucune douceur la jeune femme vers lui pour poser sa tête sur ses genoux, tenant la dangereuse arme dans sa main droite.

- tu veux mourir aujourd'hui, la blatte ?

- nan ! Tu rigoles ... surtout pas maintenant que notre vie est devenue vraiment plus intéressante !

- ...

- Gojyo ... tu devrais cesser de taquiner Sanzo, vraiment.

L'ex-humain repartit en trombe obligeant un kappa à s'asseoir, un moine à ranger son flingue sous peine de le perdre et un petit singe à lâcher le sac de provisions dans lequel il s'était, par le plus grand des hasards, égaré.

La route reprit et une douce litanie s'éleva, les berçant tous. La voix de Sanzo parvint à leurs oreilles aussi pure et claire que lorsqu'ils s'étaient retrouvés devant le château détruit de Hyakugan, le monstre qui avait enlevé et violenté Kanan. Progressivement les convulsions de la jeune femme cessèrent, son corps se détendit et s'assouplit, jusqu'à reposer le plus naturellement du monde sur les genoux de Sanzo et Gojyo. Sa main, jusqu'alors cramponnée à la soutane jusqu'à s'en faire blanchir les jointures, tomba mollement jusqu'au sol de la jeep. Ses larmes se tarirent enfin, laissant juste des sillons clairs sur ses joues que Sanzo effaça avec un pli de sa soutane sous l'oeil effaré de Gojyo.

Goku à genoux et accoudé sur le dossier du siège avant regarda Sanzo, l'air tout aussi intrigué que le métis par le comportement bizarre de son soleil. Quelque chose avait changé en lui depuis qu'ils avaient remonté la jeune femme du puits, mais il ne pouvait mettre un nom sur ce discret changement.

- Dis Sanzo ! C'est quoi ce que tu chantes ?

- Je ne chante pas, crétin ! Je récite un mantra d'apaisement ...

- d'apaisement ?

- Oui. Celui qui permet à l'âme tourmentée de trouver le repos et de la déconnecter du corps ...

Goku se gratta la tête, signe visible qu'il n'avait pas tout compris mais n'alla pas plus loin dans les démarches de recherches. Son estomac grogna pour lui.

- J'ai faim ... marmonna-t-il avant de se taire devant le regard assassin de son soleil adoré.

- Pff ... il y a des choses immuables, lança Gojyo autant pour relancer une énième bataille entre Goku et lui que pour cesser d'entendre ce mantra qui l'envoyait trop vers ses propres blessures.

- Vos gueules ! Cria le bonze avant que Goku ne réagisse. Je déteste réciter ce truc alors ... vos gueules.

« Pourquoi tu le fais alors ? » faillit demander Goku en se retenant de justesse lorsqu'il croisa le signe négatif de tête de Hakkai qui paradoxalement souriait.

Le silence ne dura guère plus de quelques kilomètres, le temps pour le jeune garçon de ressentir le trouble de Gojyo partit loin dans ses souvenirs et surtout d'apprécier la voix claire de Sanzo, qui lui rappelait ces moments privilégiés qu'ils partageaient alors seuls dans le temple. Progressivement depuis le début de leur voyage, ceux-ci s'étaient raréfiés et il devait admettre que cela lui manquait terriblement.

- Dis Sanzo ! Reprit-il finalement pour retenir son attention. Elle s'appelle comment déjà ? Et pourquoi elle a cette mèche rouge dans les cheveux ?

Il s'était saisi de la dite mèche et l'entortillait autour de son doigt avant de saisir brutalement l'une de celle de Gojyo, dans un louable effort de comparaison.

- t'es pas bien macaque ! Qu'est-ce que tu fous ?

- C'est la même couleur, fit Goku avec l'air émerveillé de l'adolescent que Sanzo avait retiré de sa prison. C'est ta soeur ?

La remarque eut le don d'agacer, d'amuser ou de rendre furieux trois personnes de la jeep, agrémentée d'un « kyu » dépité, limite désespéré.

Gojyo reprit son bien d'un geste sec et donna un grand coup sur la tête du-dit singe.

- Ducon ! C'est aussi une taboue, voilà tout !

- Mais pourquoi elle n'a qu'une seule mèche rouge ? Persista Goku.

- j'en sais rien, moi ! Les filles sont folles de teinture ... t'a qu'à lui demander quand elle se réveillera ...

- Tss ...

Sanzo lança un regard consterné à Goku et intrigué à Gojyo. A priori, le kappa n'en savait guère plus que lui sur cette ... comment s'appelait-elle déjà ? ... en fait, il ne lui avait jamais posé la question, vu que sa vie ne l'intéressait pas. Il fixa le paysage qui défilait tout en la maintenant contre lui. Goku rouvrit la bouche mais n'eut pas le temps cette fois-ci de prononcer un seul mot.

- La ferme ! ... Tous !

* * *

Ils roulèrent encore un jour et demi avant d'arriver dans la soirée du lendemain aux abords d'un village tout aussi misérable et desséché que celui qu'ils avaient quitté. La pluie les rattrapa et ce fut trempés jusqu'aux os qu'ils trouvèrent une auberge. La jeune femme ne s'était quasiment jamais réveillée et lorsqu'elle commençait à émerger, elle était reprise de violentes convulsions, aussitôt calmées par la litanie lancinante de Sanzo. Goku, jusqu'alors endormi et tout à ses rêves de nikuman et autres nems en tous genres, s'éveilla devant l'auberge lorsque Hakuryu aussi épuisé que son maître reprit son apparence normale.

Hakkai entra dans l'auberge et en ressortit quelques minutes après, visiblement ennuyé. La mine peu engageante d'un Sanzo trempé comme une soupe dans sa soutane ne le rassura guère.

- Eh bien, commença-t-il. Nous avons un petit problème. L'aubergiste ne dispose plus que de deux chambres ... une petite avec lit double et l'autre plus grande où il peut aménager avec un grand lit et un convertible d'une place. Et les autres auberges sont complètes.

- Tss ... fit Sanzo, visiblement irrité par tous ces problèmes logistiques.

Son regard améthyste tomba sur le corps inconscient de la jeune femme que Gojyo tenait contre lui. Il se dirigea vers lui et la lui enleva sans ménagement devant la mine clairement effarée de ce dernier.

- ...

- Quoi ? Cria le moine, une veine se mettant à palpiter sur sa tempe.

Gojyo leva les mains devant lui et secoua la tête comme aurait pu le faire Hakkai.

- j'ai rien dit ...

- Tss ... je m'occupe d'elle, fit Sanzo en passant devant les deux autres sur un ton sans réplique.

Goku pencha la tête sur le côté et Hakkai sourit d'un air embêté à son leader décidément plein de surprises.

- Sanzo, loin de moi l'idée de te contredire, mais est-ce bien raisonnable vu qu'il ...

« pleut » faillit-il ajouter sans finir tant le regard s'était fait glacial. Il leva les mains en signe d'apaisement et lui sourit.

- On te fait monter un plateau pour tous les deux et je vous amène vos affaires. Je suppose que nous resterons tant qu'il pleut ... cela permettra à Hakuryu de se reposer également.

Sanzo ne répondit rien et monta dans les étages. Goku le suivit des yeux sans piper mot. Depuis quand Sanzo voulait-il de la compagnie lorsqu'il pleuvait à verse alors que d'ordinaire il voulait clairement rester seul. Gojyo s'appuya sur l'épaule de son ami de tout son poids en maugréant.

- C'est toujours pareil ! Y'a plus qu'à attendre que son altesse redevienne humaine ... s'il est possible qu'il le devienne un jour ... Et pourquoi on se tape le singe ? Il pouvait pas nous laisser la chambre de deux ... Encore un mauvais jour pour les scorpions ! ... J'vais me reposer ...

- Qui tu traites de singe là ? Lança Goku en sortant de ses pensées.

- pas Hakkai, abruti ! J'en vois qu'un ici !

Ils poursuivirent la discussion habituelle jusqu'à l'étage où se trouvaient leurs chambres. Celle de Sanzo avait déjà la porte fermée et Goku marqua un temps d'arrêt devant, l'air attristé. Il ne comprendrait jamais Sanzo dans ces moments durant lesquels ce dernier repoussait systématiquement toute proximité humaine ou Yokai, ne s'alimentant quasiment pas, les yeux perdus dans le vide et fumant comme un pompier. Quelque chose devait lui échapper. Pourquoi tenait-il à avoir la jeune femme à ses côtés alors que lui-même n'avait pas le droit de rester ?

Hakkai et Gojyo suivirent son regard et Gojyo le prit par le cou.

- Oh le singe ... tu vas prendre racine ... c'est par là, notre chambre !

- arrête de me traiter de singe, espèce de cafard pervers !

Hakkai eut un sourire avant d'entrer dans la chambre de Sanzo, qu'il trouva bien entendu planté devant la fenêtre, le sutra soigneusement roulé sur la table à côté de son arme, la soutane retenue par sa ceinture. Il avait déposé l'inconnue sur le lit. L'un de ses bandages était défait et légèrement taché de sang sèché. Une des plaies avait du se rouvrir sur la route.

Hakkai déposa les sacs et sortit les bandages.

- Je peux m'en occuper si tu veux ...

- Non ! Laisse-moi seul !

L'ancien humain posa les bandages sur la table d'un geste sec et bruyant attirant l'attention du moine. Son regard soutint le sien sans faillir et il répliqua d'une voix sans appel.

- Aujourd'hui tu n'es pas seul, Sanzo ... et c'était ton choix ... alors bouge-toi ...

Il quitta la pièce en fermant la porte derrière lui avec une douceur qui contrastait avec ses paroles et son ton. Sanzo soupira et s'approcha du lit.

- Tss ...

Encore et toujours des complications ! Et cette fois, c'était lui-même qui se les imposait ... un comble ! Pourquoi s'acharnait-il à maintenir cette femme en vie malgré le profond désir qu'elle semblait avoir d'en finir et de se laisser emporter vers la si facile voie de la folie. Il l'avait sentie proche de ce seuil à chaque fois que le nom « Kuusou » lui échappait. Son mantra lui avait permis de tenir jusque là.

Elle était la fille de son maître, de son père ... de cet être cher qu'il avait perdu par sa faiblesse. Peut-être voulait-il juste prouver à dieu sait qui, à lui-même en premier, qu'il était fort ... assez fort pour la ramener du côté des vivants. Ou peut-être était-ce de la pitié, de la curiosité pour savoir si elle avait atteint son but. Le souvenir de cette nuit lui arracha une grimace. Il aurait du la laisser crever, oui !

Comme en réponse à sa violente pensée, un coup de vent ouvrit brutalement la fenêtre qui avait du être mal fermée par le propriétaire des lieux. La bourrasque fit entrer la pluie dans la pièce assez petite et il entendit l'orage gronder au loin.

- Enfer ! Pesta-t-il. Il ne manquait plus que ça ...

Il se détourna pour aller fermer la fenêtre quand une main lui agrippa le poignet avec une force surprenante. Il se retrouva face à deux prunelles pourpres qui le scrutèrent intensément, perdues dans un visage mince baigné de pluie ou de larmes, les cheveux rouges et châtains ondulant et se mêlant sous le vent furieux.

- Koryu ... tu m'as ramenée ... pourquoi ?

- Tss ...

Il tenta de se libérer mais elle le retint et l'attira vers elle avant de se blottir contre lui, comme elle l'avait déjà fait à l'autre auberge. Il leva son autre main dans le but évident de la déloger mais s'arrêta dans son geste lorsqu'il entendit son murmure « Merci ... Koryu ... » suivit de sanglots trop longtemps retenus. C'était aussi cela la force de ce mantra .. purger les peines, vider le coeur pour retrouver la sérénité. A force de le lui répéter, il avait atteint ses peines et ses angoisses les plus profondes. Et pourtant, jamais celui-ci n'avait fonctionné sur lui ...

Parce qu'il était trop lié à l'indicible absence de son maître ... parce que c'était ce dernier qui le lui avait appris, qu'il le lui avait récité lorsqu'il était encore un tout jeune enfant, lorsqu'il venait de le recueillir ... pour apaiser son chagrin et l'abandon dont il avait été la victime ... et depuis, l'incroyable force de cette litanie n'était plus efficace sur lui.

Il s'assit sur le lit, s'adossa au mur et offrit son visage à la pluie, les yeux fermés, la tenant contre lui. Par ses pleurs, elle se libérait de ses démons ... Lui, les revivait encore et encore ... ces démons ricanant, cette boucherie couleur pourpre, cette odeur de sang qui ne l'avait jamais quitté depuis ... « Maître, je n'ai pas été assez fort pour protéger ce que j'avais de plus cher ... » Il posa son menton sur les cheveux de la jeune femme avec cette pensée qui tournait encore et encore dans sa tête.

* * *

Il ne sut dire combien de temps ils étaient restés ainsi, l'une se libérant l'esprit et l'autre ne pouvant le faire mais lorsqu'il rouvrit les yeux, il constata qu'ils étaient toujours dans la même position, que la pluie avait faibli, que la fenêtre était fermée et qu'un plateau au contenu refroidi avait pris place sur la table minuscule. Ils avaient du s'endormir ... et Hakkai, avec sa prévenance et sa gentillesse habituelles avait du venir dans la chambre en toute discrétion. Il avait poussé jusqu'à les recouvrir d'une couverture.

Il bougea faiblement ses muscles ankylosés par cette position et vit qu'elle dormait encore, des sillons de larmes séchés sur les joues mais le visage détendu et la respiration constante. Elle n'allait pas tarder à s'éveiller. Il se leva et s'alluma une cigarette avant de s'asseoir sur une chaise en face du lit. Au bout de sa troisième cigarette, elle battit enfin des paupières et croisa le regard améthyste fixé sur elle.

- Quel est ton nom ? Demanda-t-il d'un ton sec, sans préambule.

- Shousan

- « Shousan » ? ... Chance ... ce n'est pas banal ...

- autant que Koryu, fit-elle en souriant. « celui qui vient du fleuve »

- tss ...

- c'est ma mère qui m'a prénommée ainsi ... pour elle, une taboue, c'était une vrai chance d'avoir un enfant ...

- ton père ... commença-t-il sans parvenir à aller au bout de sa question, tant cette paternité lui sembla invraisemblable.

- c'était bien ton maître, Komyo Sanzo ... même si tu as encore du mal à y croire ... ce que je peux comprendre.

Elle s'assit dans le lit et tendit une main vers les cigarettes et le briquet.

- Pourquoi ? Demanda-t-il en les repoussant hors d'atteinte de sa main, ce qui alluma une lueur exaspérée dans les prunelles pourpres.

- Pourquoi a-t-il eu un enfant alors qu'il était moine ? Je n'en sais rien ... mais si tu y tiens et si tu peux me donner mon sac, je peux te faire lire ...

Elle farfouilla dans le sac qu'il lui tendit et en sortit un paquet de papiers pliés en quatre et reliés par un ruban rouge, sans doute des lettres, qu'elle déposa comme un trésor précieux sur le lit, juste devant lui.

- ces lettres, compléta-t-elle. Ce sont celles que mon père envoyait régulièrement à ma mère. Il ne l'a jamais oubliée ... et ma mère ne lui a jamais tenu rancune de son absence. Il prenait régulièrement de nos nouvelles et nous donnait celles d'un jeune garçon qu'il venait de recueillir, nommé Koryu ... C'est comme ça que j'ai connu ton nom ... quand nous n'avons plus reçu de ses nouvelles, nos avons compris qu'une chose terrible était arrivée ...

Elle se tut et vit que Sanzo fixait les lettres avec un air tendu, comme s'il s'agissait d'une relique sacrée. Une multitude de sentiments se bousculaient dans son esprit ... des lettres de son maître.

- Il parle de toi, Koryu ... souvent ... J'ai appris à te connaître par lui ...

Elle attrapa enfin les cigarettes et le briquet et exhala un nuage gris-bleu qui s'éleva silencieusement vers le plafond en douce volutes.

- Pourquoi Kuusou ?

Elle sursauta comme si elle venait de se faire piquer par une guêpe et tira plus nerveusement sur sa cigarette.

- Pour rien ! Les confessions sont finies ... je vais prendre une douche !

Elle se leva d'un bond tout en grimaçant à la réception à cause de ses côtes. Elle ramassa son sac et s'enferma dans la salle d'eau. Sanzo n'avait pas quitté les lettres des yeux, laissant sa cigarette finir de se consumer entre ses doigts. Il avait posé la question par réflexe d'auto-défense, pour tenter de penser à autre chose que ces lettres soigneusement pliées et enrubannées. Il finit par s'avouer avec irritation qu'il n'osait tout simplement pas les lire ...

Pour y trouver quoi de toute façon ? Une souffrance supplémentaire en voyant ce que son maître pouvait penser de lui ? Une douleur qui se raviverait au fil de la lecture de cette correspondance personnelle ? Il s'alluma une nouvelle cigarette et prit le paquet entre ses doigts, le tournant et le retournant cent fois jusqu'à entendre la porte de la salle d'eau s'ouvrir.

Combien de temps était-il resté assis là ?

Shousan s'approcha de lui, le parfum léger de son savon fleuri la précédant. Elle avait revêtu une de ses tenues entièrement noire, du jeans au tee-shirt dos nus, en passant par ses larges bracelets de cuir lassés couvrant ses avant-bras et ses hautes bottes. Ses cheveux étaient noués en une longue queue de cheval à l'exception de sa mèche rouge qui retombait sur le côté de son visage.

Ses blessures étaient ainsi cachées et ne pouvaient se deviner qu'à ses mouvements plus lents et moins fluides qu'à son habitude. Mais grâce à sa robuste constitution de métisse, elle recouvrirait rapidement ses forces. Elle lui prit les lettres des mains avec douceur et les posa sur la table.

- Je crois que tu n'es pas encore prêt, Koryu ... murmura-t-elle.

Il la dévisagea d'un air perplexe et tendu à la fois. Il aurait du l'envoyer balader avec une remarque blessante mais les mots restaient bloqués dans sa gorge devant sa douceur. « Shousan » « Chance » « erreur de la nature » « garce » ou quoi qu'elle put être ... Du fond de son puits, elle l'avait appelé tout comme Goku du fond de sa prison. Et tout comme avec lui, il ne pouvait se replier complètement derrière son mur de dureté habituel.

Elle leva la main et caressa sa joue du bout des doigts. Il les emprisonna autant pour les rejeter que pour faire cesser ce contact physique qui le gênait. La pluie tambourinait toujours contre la fenêtre emplissant la pièce d'un bruit sourd et il vit son visage se rapprocher du sien, sans réagir. Elle déposa un baiser léger sur son front comme l'aurait fait un parent aimant pour son enfant sans rien de plus.

Mais bizarrement cela ne lui suffisait pas. Il avait l'impression d'être dans un cocon hors du temps, dans cette chambre, avec la pluie en fond sonore, le parfum discret mais entêtant de son parfum et cette douceur qui le désarçonnait. Et ce fut une nouvelle fois son corps qui le trahit alors qu'il l'attira vers lui, scellant par ce geste leurs lèvres.

Il devint exigeant et força la barrière de ses lèvres, pénétrant dans la douceur et la moiteur de cette bouche qui ne le repoussa pas, bien au contraire. C'était faible, c'était tellement peu lui qu'il ne pouvait que se sentir sali et trahit par son propre désir ... mais c'était ainsi et durant ces courtes secondes où il bascula sans ménagement sur le lit celle qui un an auparavant l'avait enchainé à un autre lit, il sut aussi que c'était son choix à cet instant ... quitte à le regretter un peu plus tard.

Instinctivement elle se cambra, collant plus étroitement son corps au sien, lui offrant sa gorge qu'il couvrit sans hésiter de baisers tout en remontant son tee-shirt noir pour y trouver la fermeture de son jeans. Elle enfouit ses doigts dans la chevelure solaire et l'attira encore plus vers elle, nouant sans retenue ses jambes autour de sa taille. Ils étaient exactement dans la position inversée de l'an passé ...

Dans la hâte et sans doute en raison de son manque d'expérience, il finit par déchirer le tee-shirt de la jeune femme. Elle l'aida à ôter son propre jeans et le sien les mettant l'un contre l'autre, peau nue contre peau nue. Elle gémit devant son désir évident et il embrassa ses lèvres pour l'empêcher de crier.

Ce n'était pas doux ou tendre ... c'était fort, c'était puissant, c'était à l'image même de leur relation chaotique, de leurs tempéraments excessifs, de leurs vécus, de leurs troubles respectifs actuels. Elle leva son bassin à la rencontre des hanches étroites du jeune homme qui la prit sans hésiter. Elle se cambra d'avantage et gémit encore sous ses va-et-viens. Elle s'accorda à son rythme et il se perdit en elle, lâchant à la fois son agressivité, sa colère et le précieux contrôle qu'il s'imposait depuis si longtemps.

Elle cria son nom au moment où il exhala un râle rauque tout en retombant sur elle. Le matelas s'enfonça sous leurs deux poids et il enfouit instinctivement son visage dans sa chevelure éparse. Il retrouva le lien qui retenait un peu plus tôt les cheveux châtains mêlés à ses doigts fins. Il ne s'était pas rendu compte qu'il les avait détachés.

Pourquoi se sentait-il si bien malgré les doutes qui n'allaient pas tarder à apparaître ? Revêtu de son seul tee-shirt de cuir noir, il s'assit sur le lit et chercha ses cigarettes avant de s'en allumer une nouvelle. Il fumait trop ... déjà avant mais plus encore depuis qu'il avait commencé ce voyage insensé. Son regard tomba sur sa robe de moine et sur le sutra replié. Il s'éloignait toujours plus des traditionnels haut-moines bouddhiques ... il n'était même pas sûr que son maître agréerait à ses actes.

« Et alors ? » songea-t-il avec un rictus amer. « Je vis ma propre vie, selon mes propres règles ... nul n'a à m'approuver ou me désapprouver ». Il sentit la main de la jeune femme se poser sur sa cuisse et la dévisagea. Elle ferma les yeux, sans doute gênée par son regard qu'il savait perçant et eut un petit sourire.

- Tu devrais sourire plus souvent Koryu ... comme tout à l'heure, juste avant que tu ne ...

- Tais-toi, marmonna-t-il, peu enclin à entendre un descriptif détaillé de ses prouesses sexuelles.

- ... vraiment ... tu ferais des ravages ... avec ce sourire et tes cheveux blonds, tu serais irrésistible ...

- Tais-toi ...

La pluie reprit plus fort au-dehors ... C'est drôle comme elle s'était calmée lorsqu'elle s'était trouvée dans ses bras. Elle rabattit la couverture sur son corps à demi-dénudé et finit par s'endormir alors qu'il se tenait immobile, à moitié nu, le front appuyé sur la vitre froide.

* * *

Dans la pièce d'à-côté, alors que Goku dormait paisiblement en ronflant, Gojyo et Hakkai partageaient le grand lit au matelas déjà fatigué par les nombreux visiteurs qu'il avait du recevoir. Ils entendirent distinctement le cri de la jeune femme et le râle rauque de Sanzo. Hakkai en rougit jusqu'au oreilles tandis que Gojyo sourit de toutes ses dents. Il se redressa sur un coude et dévisagea Hakkai .

- Il était temps qu'il se décide, ce débauché de moine ... à force de tourner autour du pot comme il le faisait depuis qu'on l'a remontée du puits, j'ai fini par me demander s'il allait y arriver ...

Hakkai le regarda en souriant.

- Certes ... si cela peut l'aider d'une manière ou d'une autre, tant mieux ... Mais tu en sais plus que nous sur cette jeune femme, non ? Une de tes aventures passées, peut-être ...

Gojyo sentit une pointe d'anxiété dans la voix calme de Hakkai. Il se coucha un bras derrière sa tête, s'alluma une cigarette et mit un certain temps à répondre ; temps que l'ex-humain mit à profit pour poser un cendrier sur les abdominaux parfaitement dessinés du métis.

- On s'est croisé avant que je ne te ramasse à moitié mort ... c'était quelques mois avant. Elle était plus jeune et comment dire ... elle semblait perpétuellement en colère contre ce qu'elle appelait son injustice. C'est aussi une taboue mais je crois que c'était plus que ça ...

Hakkai l'observa du coin de l'oeil et le vit partir au loin dans ses souvenirs, l'air dans le vague.

- A l'époque, elle vivait un peu comme moi ... Elle séduisait tous ceux qui portaient un pantalon, yokai ou humain compris ... elle pariait sur les cartes que ses adversaires avaient en main et je ne connaissais pas son truc mais ça marchait à tous les coups ... quelque soit le nombre de cartes que l'autre avait en main ... Après elle buvait, fumait et se battait si une bagarre générale se déclarait. Je n'avais jamais rencontré une fille comme elle ...

Il la revit les cheveux bien plus longs, la silhouette aussi fine, les traits plus juvéniles mais avec un éclat meurtrier dans les yeux dès qu'elle ne se sentait pas observée. Sinon, son regard était plutôt doux et marqué d'une indifférence tranquille.

- Quand nous l'avons croisé il y a un an, je n'avais pas fait le lien entre elle et ... je ne me souviens plus de son prénom ... Mais elle semble assez différente de cette époque ... on dirait qu'elle est plus apaisée et plus triste aussi.

Il finissait sa cigarette et magie de Hakkai, le cendrier disparut aussitôt. Gojyo se tourna vers lui et se tut. Hakkai lui paraissait anormalement tendu et voulait lui dire quelque chose sans oser le faire a priori.

- Accouche ... pose ta question !

- Qu'avez-vous fait ensemble ?

- Ben on a joué, on a bu ...

- Je ne parlais pas de ça, s'irrita Hakkai avant de reprendre d'une voix plus habituelle. Vous deux, vous avez ... enfin ensemble, vous avez eu une relation ...

Gojyo trouva la situation craquante. Hakkai deviendrait-il jaloux ? C'était trop mignon.

- Rhooo ... ne put-il s'empêcher en attirant le jeune homme vers lui. Tu es jaloux, ma parole !

Hakkai détourna la tête pour éviter la bouche du métis qui soupira.

- okay ... tu me connais, je peux pas résister à une belle brune ... ou blonde ou rousse ... mais c'est pas la question ... et elle ... elle a bien résisté à mon charme ... hormis un misérable baiser, une claque et une bonne cuite, je ne crois pas que nous ayons partagés quoi que ce soit.

Hakkai finit par émettre un petit rire devant le ton dépité de son ami et écouta les bruits étouffés de la de la fenêtre qu'on ouvrait. A n'en pas douter Sanzo devait être devant la fenêtre à fumer comme un pompier.

- J'espère qu'il ne regrette rien ...

- Pff ! Ce con a la tête dure ... Il le regrette déjà mais recommencera ... Il l'a dans la peau, ça saute aux yeux ... il y a que lui qui s'en est pas rend compte ! Mais bon, c'est pas nos oignons ...

- tu as raison ...

Hakkai écarquilla les yeux devant la mine gourmande de son ami qui se rapprocha de lui.

- hmm ... et on a d'autres choses à faire ...

- Gojyo ! S'écria-t-il juste avant que le métis n'en profite pour écraser ses lèvres sur les siennes et l'embrasser goulument. Hum ... il y a ... hum ... Go ... hum ... ku ... chambre ...

Gojyo lâcha ses lèvres et jeta un bref regard vers Goku endormi sur le canapé lit, en travers du canapé lit en fait, toujours à marmonner tout en souriant aux anges. Il sourit avec un air satisfait.

- Si on est discret il entendra rien du tout ... et puis même qui s'en soucie !

- Gojyo ! S'offusqua Hakkai alors que la main du métis s'immisça sous sa chemise, d'errer sur son ventre pour y dessiner les contours de sa cicatrice avant de se glisser au dessous de sa ceinture.

Une rougeur délicate apparut sur les pommettes du jeune brun alors que la main de son compagnon s'emparait avec ce qu'il fallait de délicatesse et de fermeté de son sexe déjà durci par le désir que seul Gojyo parvenait à lui inspirer en si peu de temps. Ce dernier commença à lui lécher le lobe de l'oreille, celui où il n'avait pas ses anneaux. Hakkai gémit sous ses caresses et se rapprocha de lui.

- Gojyo ... hum ... crois-tu que ce soit bien raisonnable ? ... hum ...

- certainement pas ... et c'est bien mieux comme ça ! ... non ?

- hum ...

Hakkai ne parvenait plus à raisonner justement ... ses pensées s'embrouillaient dans les sensations délicieuses qui s'emparaient de son corps dès que Gojyo le caressait ainsi. Il n'avait aucune pudeur, aucune honte, agissait en totale liberté, selon sa volonté ou son envie ... Et il lui enviait cette faculté ... mais en même temps il profitait de son tempérament.

Chaque fois qu'ils le pouvaient, ils tentaient de s'isoler lors de leurs haltes dans ces petites auberges qui les accueillaient sur la route menant à l'ouest. Sans toutefois le faire tous les jours afin de rester discrets sur leur relation. Bizarrement, Hakkai ne voulait pas que Goku ou Sanzo soient au courant, même s'il doutait pouvoir encore la cacher bien longtemps au moine.

Le lent mouvement de va-et-vient de Gojyo sur son sexe finit par le mener au bord de l'extase. Il s'accrocha à son cou comme un naufragé à une bouée de secours alors que le métis prit possession de sa bouche. Il accéléra encore l'allure, certain que Hakkai n'allait pas tarder à craquer.

- Gojyo ... murmura-t-il dans un souffle. Arrête ... non .. n'arrête pas ... arrête ...

Gojyo sourit et murmura d'une voix atrocement tentante à son oreille, en détachant chaque syllabe de sa phrase.

- Pour un instituteur, tu n'es pas très clair ... Alors laisse-moi prendre la décision à ta place ... Je n'arrêterai ... pas ...

Il le mena ainsi jusqu'à ce qu'il se rende dans un râle, dans un souffle, dans un jaillissement blanchâtre qui mouilla les grands doigts bronzés. Gojyo ôta sa main et porta ses doigts à leurs bouches encore réunies. Hakkai reprit doucement son souffle et lui sourit.

- Tu es vraiment ... obscène ... parfois ...

- Hum ... crois-tu vraiment ?

Hakkai se lova contre lui, profitant de sa chaleur et finit par s'endormir. Gojyo sourit et le serra contre lui, conscient que son amant avait grand besoin de sommeil après les journées passées au volant dans une chaleur étouffante. L'avoir comblé lui suffisait. Il sourit, se moquant de lui-même. A une période de sa vie, jamais il ne se serait contenté de procurer du plaisir sans en recevoir.

Mais avec lui, c'était si différent même s'il se refusait encore à appeler ça de l'amour. Il profitait simplement du fait de le sentir là, sur son coeur. « sur mon coeur ... dans mon coeur ... c'est presque pareil, non ? » songea-t-il en s'endormant finalement à sa suite.

* * *

- Shousan ! Shousan !

Le hurlement les réveilla tous. Un hurlement de bête fauve à vous glacer les sangs.

- Sors de ce trou à rats avant que je ne tue la moitié des habitants de ce bled pourri !

Shousan sursauta, pâlit et s'arracha du lit, s'habillant aussi vite que sa blessure aux côtes le lui permettait. Elle allait sortir de la chambre quand la flamme vacillante d'un briquet près de la fenêtre attira son attention.

- Où comptes-tu aller ainsi ? S'éleva la voix froide de Sanzo dont elle put distinguer fugitivement les traits fins du visage.

Elle lui fit face, s'empara de son arc et de son carquois qu'elle mis sur son dos.

- ça ne vous concerne pas ... et les habitants encore bien moins ... c'est entre elle et moi ... à bientôt Koryu, jeta-t-elle dans un sourire avant de disparaître dans le couloir.

- tss ...

Sanzo reprit son poste d'observation et la vit courir sous la pluie, allant sans doute à la rencontre de cette voix. Décidément, il croisait un peu trop de complications sur sa route depuis qu'elle avait croisé la sienne. Il remonta sa robe de moine sur ses épaules, y posa son sutra et vérifia son revolver avant de sortir ... pour se retrouver nez-à-nez avec Hakkai, Gojyo et Goku, tous sourires.

- ...

- tu comptes nous fausser compagnie, enfoiré de moine ? Lança Gojyo.

- où veux-tu aller sans moi Sanzo ?

- Shousan, c'est son nom finalement ... et elle semble s'attirer les pires ennuis décidément, comme quelqu'un que je connais ...

- et tu voles à son secours comme un prince charmant ! Railla Gojyo. Si c'est pas mignon ...

- La ferme ! Et écartez-vous ... ça ne vous concerne pas !

Il les bouscula pour passer mais ne fut pas surpris de les voir sur ses talons dans l'escalier.

- Je viens avec toi ! Clama Goku, le collant de près. Elle s'appelle vraiment Shousan ? C'est pas bizarre comme nom ?

- Et toi, t'es bien un con de singe ! C'est pas plus bizarre ! Enchaîna Gojyo.

- Fermez-la !

Ils se retrouvèrent sur le seuil de l'auberge, sous des trombes d'eau. Sanzo grimaça et songea à rentrer lorsqu'il discerna au loin la silhouette de Shousan s'éloigner en courant vers l'extérieur du village. Hakkai avait suivi son regard et une ride soucieuse barra son front.

- Ce n'est pas très prudent pour elle de sortir seule ... par ce temps ...

- C'est prudent pour personne ! Lâcha Sanzo d'un ton sec avant de la suivre, l'arme au poing.

Ils arrivèrent hors du village et assistèrent à une confrontation peu banale. Une armée de yokai menée par une silhouette féminine faisait face à Shousan, armée de son seul arc. Un éclair zébra le ciel et ils distinguèrent les traits de la chef de meute ... les quatre sursautèrent en même temps.

- Sanzo, on dirait ... commença Goku.

- Oui, avec les oreilles et ce tatouage en plus, mais c'est presque elle ... continua Hakkai.

- t'as raison ... c'est incroyable ! Deux pour le prix d'une ! Fit Gojyo.

Sanzo ne répondit rien mais effectivement ses compagnons avaient raison. Le leader des yokais était l'exacte réplique de Shousan à cela près qu'elle était sa version yokai. Avec des oreilles pointues, un tatouage de couleur rouge en forme de lune sur la joue gauche et l'odeur caractéristique de cette race. Quasiment des jumelles ...

- Alors Shousan ! Heureuse de me revoir en vie, sale petite peste !

Shousan planta quelques flèches dans le sol à ses pieds et banda son arc, la menaçant directement.

- Il n'y a rien pour vous dans ce village ! Partez ! Immédiatement !

Sa réplique yokai partit d'un grand éclat de rire qui secoua ensuite toute sa troupe d'une quarantaine d'individus.

- Oh mais si ! Tu y es petite soeur ... Et tu vas regretter le mauvais tour que tu m'as jouée la dernière fois !

Elle porta ses ongles griffus sur sa joue droite, barrée d'une méchante cicatrice.

- Je t'avais demandé de partir ! Plusieurs fois ! ... Encore une fois, écoutes-moi et pars !

Une flèche siffla et se planta aux pieds de la yokai.

« soeur » nota mentalement Sanzo sans bouger. La bande ne les avait pas encore vu, tout comme Shousan trop concentrée sur sa cible. Son regard se posa sur le thorax de la jeune femme. Bander son arc comme elle le faisait devait lui tirer sur les côtes mais elle n'en montrait rien.

- C'est toi qui va m'écouter, garce ! Où sont-ils ?

- En sécurité ...

Sur un geste de la yokai, une dizaine de sa bande se jetèrent vers Shousan qui leur décocha trois flèches mortelles en un temps record avant de glisser sur le côté et d'abattre deux agresseurs supplémentaires avec deux couteaux camouflés dans ses bottes.

- Oh Sanzo ! Elle est rapide ! Siffla Goku en souriant, sans doute heureux de trouver un adversaire plus coriace que les habituels sous-fifres de Kogaiji.

- Mais ils sont quand même un peu trop nombreux pour elle, non ? Fit Gojyo en sortant son arme, prêt à bondir dans la mêlée.

Sanzo leva la main devant lui.

- On attend ! Ça ne nous concerne pas !

- Quoi ?

Le regard améthyste qui le fusilla sur place l'empêcha de poursuivre. Il serra les dents de rage. Ce débauché de moine pouvait se taper une fille la nuit et la laisser crever au petit matin ! Il reporta son attention sur elle. Deux ennemis supplémentaires furent envoyés ad patres mais il vit que cette débauche d'énergie était trop violente pour les blessures toutes récentes de la jeune femme qui glissa dans la boue en jurant.

La leader yokai envoya une dizaine de ses hommes qui lui tombèrent dessus en même temps. Sanzo visa et tira trois coups, manifestant enfin leur présence.

- Qui ? Fit la troupe en le dévisageant.

- C'est pas vrai ! Marmonna Shousan en s'extirpant du tas de yokais dont deux qu'elle venait d'abattre. Ça fait deux fois que tu te mêles de mes combats, Sanzo !

- Sanzo ? Répéta la yokai lui ressemblant. Ce sutra ... Ne me dis pas que c'est lui Genjo Sanzo ! Quelle aubaine !

- Tss ... fit Sanzo en se grattant l'oreille avec son petit doigt tout en arrivant à la hauteur de Shousan avec ses serviteurs comme il les appelait.

Goku rendit ses flèches et son arc tombés à terre à la jeune femme en lui souriant.

- ça va aller ? S'enquit Hakkai en se penchant vers elle.

- Qu'est-ce que vous fichez là ? Elle ne vous a pas appelé que je sache et je t'avais demandé de ne pas me suivre, espèce d'entêté ! Cria-t-elle à Sanzo qui ne daigna pas répondre mais fixait la yokai avec humeur.

- C'est qui ?

- ma soeur jumelle ! Grogna-t-elle. Pourquoi êtes-vous là ?

- Dites ... Je comprends vos interrogations réciproques mais peut-être pourrions-nous d'abord combattre ces yokais avant de retourner nous coucher ... proposa Hakkai en levant un doigt entre les deux protagonistes qui se fusillaient mutuellement du regard.

- Shousan ! S'éleva la voix de sa soeur. Ça ne m'étonne pas que tu traînes avec un Sanzo et je m'occuperai de toi plus tard ... je vais d'abord m'emparer de son sutra qui doit valoir son pesant d'or par les temps qui courent !

- je ne te laisserai pas faire Kuusou !

La dénommée Kuusou éclata d'un rire hystérique avant d'écarter ses mains dans lesquelles apparut une bulle bleue. Ses yeux devinrent deux immenses trous du même bleu.

- Reculez ! Ordonna Shousan en repoussant la troupe de Sanzo. Si elle utilise ce sort, elle se révèlera extrêmement dangereuse.

- C'est quoi ? Demanda Goku qui ne tenait plus en place et voulait aller à l'affrontement.

- de l'énergie pure ... si la bulle vous touche, elle vous entraînera dans un univers parallèle peuplé de chimères et d'illusions cauchemardesques.

Shousan fit face à sa soeur et banda à nouveau son arc. Une goutte de sueur perla sur son front, bientôt suivie par d'autres.

- Tu veux y goûter comme la dernière fois ? Lança-t-elle à sa jumelle qui eut un sourire mauvais, révélant deux canines acérées.

- Que se passe-t-il petite soeur ? Je te sens très faible aujourd'hui ! Serais-tu souffrante ?

Sanzo, lassé de ce face-à-face qui ne servait à rien et ne lui apprenait rien, leva son arme et se prépara à tirer sur Kuusou. Mais Shousan, alertée par son geste, se plaça dans sa ligne de mire et leva les bras devant sa soeur, lâchant arc et flèche qui tombèrent dans le sol boueux.

- Que ...

- C'est ma soeur ! Lâcha-t-elle sur un ton triste.

- Pauvre idiote ! Cria Kuusou en projetant son attaque qui s'écrasa contre le ki bouclier de Hakkai venu protéger Sanzo et la jeune femme.

Kuusou éclata d'un rire monstrueux et promit de revenir bientôt avant de disparaître avec les survivants de sa bande dans un nuage bleu, les laissant seuls sous la pluie battante. Sa soeur glissa à terre et tenta de se rattraper à son arc qu'elle planta au sol comme un appui.

- je peux savoir ce qui t'est passé par la tête, idiote ! Aboya Sanzo complètement furieux.

Elle leva ses grands yeux rouges dans lesquels ils purent lire une infinie tristesse.

- C'est ma soeur .. ma soeur jumelle ... je ne peux pas ...

Elle ne parvint pas à finir sa phrase et tomba inconsciente sur le sol dans une gerbe d'eau.

- ...

Sanzo se détourna et rangea son arme. Gojyo haussa les épaules et s'approcha de Hakkai qui soignait déjà les blessures rouvertes durant le combat avec son ki.

- certaines plaies se sont rouvertes et se battre ainsi n'a pas du tout arrangé ses côtes cassées. Il faut également qu'elle s'alimente pour reprendre des forces, Sanzo. ... Sanzo ?

- son altesse est déjà repartie ! Marmonna Gojyo en soulevant la jeune femme dans ses bras. Compte pas sur lui pour ramasser les blessés !

Hakkai posa sa main sur l'épaule de son ami et secoua la tête.

- ne sois pas trop dur ... il était inquiet ... mais tu le connais, il ne le dira jamais clairement.

- Pff ... et c'est encore le singe qui va prendre ! Il l'a suivi ...

-Rentrons ... rester sous cette pluie n'apportera rien de bon.

* * *

Sanzo avait réintégrer sa chambre et se posta à la fenêtre, contemplant sans le voir le paysage morne et triste, lavé par la pluie diluvienne qui tombait toujours. La porte s'ouvrit et il entendit la voix, voilé d'inquiétude de Goku qui l'avait suivi.

- Sanzo ! ... Sanzo ... est-ce que ça va ?

- Fiche-moi la paix !

Pourquoi était-il toujours aussi dur avec celui qu'il avait délivré, recueilli, nourri et qui le suivait constamment, fidèle comme son ombre ? Goku recula d'un pas devant son ton agressif avant de froncer les sourcils et de s'avancer d'un pas décidé vers le moine.

- Non ! Explique-moi !

Sanzo se retourna et le fixa d'un regard dur.

- Quoi ?

- Pourquoi tu es parti comme ça ? Pourquoi n'as-tu pas voulu qu'on l'aide ? Pourquoi tu nous as pas laissé faire ? On aurait pu régler le compte de cette Kuusou facilement !

- Tu m'ennuies, soupira Sanzo.

Il exhala la fumée en fixant à nouveau la fenêtre. Gojyo et Hakkai passèrent la porte d'entrée de l'auberge. Encore quelques minutes et ils seraient là. Or, à ce moment précis, il aurait voulu être seul. « Deviens fort haut moine Genjo Sanzo ! ». Il grimaça et abattit son poing sur le mur, faisant sursauter Goku devant cet éclat.

- Sanzo, murmura-t-il en baissant les yeux. Pourquoi ne veux-tu rien me dire à moi ? ... Moi qui te dis tout ...

Sanzo coula un étrange regard vers lui ... regard où se mêlaient subtilement regrets, colère et excuses non dites. Regard que Goku, tout à son sentiment d'abandon, ne vit pas. Regard qui disparut dès que Gojyo et Hakkai franchirent la porte.

Hakkai lui sourit aussitôt, se voulant rassurant devant ce regard qui accrocha quelques secondes trop longtemps la fine silhouette que Gojyo tenait dans ses bras.

- Elle va bien Sanzo. Elle a surtout besoin de repos et de s'alimenter correctement.

Gojyo la déposa sur le lit et coula un regard vers Goku, planté au milieu de la chambre sans bouger, sans même réagir à l'évocation de la nourriture. Qu'est-ce que le moine avait encore bien pu lui faire ou lui dire pour le mettre dans un tel état ?

Deux personnes qui l'appelaient, deux personnes qui tenaient à lui et au final deux personnes blessées. L'une, physiquement ... l'autre, mentalement ... Il faisait fort, le beau blond !

Hakkai, sans doute sensible à l'atmosphère pesante qui régnait dans la chambre, s'approcha de Goku et le prit par l'épaule.

- Si tu venais m'aider, Goku. Il est grand temps de trouver la cuisine et de préparer quelque chose pour le petit-déjeuner.

Les yeux dorés s'illuminèrent à peine mais il le suivit docilement. Hakkai se tourna enfin vers Sanzo.

- Tu pourras lui poser toutes les questions que tu veux quand elle sera réveillée. Laisse-la se reposer pour le moment. Gojyo ?

- J'arrive.

Sanzo finit par avoir ce qu'il souhaitait ; la solitude. Enfin, une solitude relative, vu la présence de silencieuse de Shousan sur le lit. « C'est ma soeur ... ma soeur jumelle ... » Qu'est ce que c'était que cet imbroglio ? A aucun moment elle ne lui avait parlé d'une soeur ! Jumelle qui plus est !Son maître, père de deux filles, l'une humaine, l'autre yokai. C'était invraisemblable.

Sa vue se troubla et tout se mélangea brusquement dans sa tête ... la mort de son maître, son sutra, celui de son maître qu'il n'avait toujours pas retrouvé, les yeux dorés qui s'illuminaient ou qui s'embuaient au gré de ses humeurs, les prunelles rouges flamboyantes ou emplies de tristesse. Il faillit hurler mais se retint en entendant les pas de ses trois compagnons dans le couloir.

Chacun portait un plateau garni de victuailles à l'odeur alléchante qui se répandit rapidement dans toute la pièce. Hakkai installa le tout sur une petite table et lui adressa un sourire engageant ... engageant et décidé. Sanzo n'avait pas du tout envie de manger quoi que ce soit mais il connaissait ce sourire là ; c'était celui qui ne le lâcherait pas tant qu'il n'aurait pas ingurgité quelque chose de solide. Hakkai était comme çà ... il le laissait s'isoler quelques jours puis, sans rien dire, l'obligeait à revenir parmi eux et plus généralement parmi les vivants de ce monde.

Goku affichait à nouveau un sourire ravi en le voyant s'asseoir à leurs côté et se mit à manger avec appétit tout en se disputant allègrement avec Gojyo, sous le regard indulgent d'un Hakkai décidément peu bavard mais qui, par quelques gestes apaisants, avait réussi à leur redonner à tous leurs habitudes.

Le regard émeraude de l'ex-humain se posa sur la silhouette gracile de Shousan. Il prit un bol de soupe épaisse et s'assit sur le lit avant de lui tapoter délicatement les joues. Il la redressa et lui parla avec douceur.

- Shousan, il faut que vous mangiez quelque chose ... sinon, vous ne pourrez plus tenir debout très longtemps.

- Qui ? Murmura-t-elle l'air vaguement inquiet. Oh ... Hakkai, je crois ...

- Lui-même ! Laissez-moi vous aider ...

Il lui tendit le bol et veilla tranquillement sur elle, le temps qu'elle le finisse, sous les chamailleries de Goku et Gojyo et le regard indifférent de Sanzo. Si indifférent que Goku finit par fixer le moine d'un drôle d'air.

- Sanzo, tu es malade ? D'habitude, tu nous aurais déjà frappé !

Le clic caractéristique de l'arme l'interrompit.

- t'avais besoin de lui demander ça ! Tu l'as mis en pétard maintenant !

- Fermez-la donc ! Ça ne changera donc jamais ?

- Eh bien, eh bien ! Sourit Hakkai devant l'air surpris de Shousan. Ne vous inquiétez pas, c'est habituel ...

- c'était très bon ! lui répondit-elle en tendant son bol vide. Vous êtes un excellent cuisinier, merci.

- Depuis quand n'aviez-vous pas mangé ?

- Depuis ma chute dans le puits ... non, la veille en fait ...

L'arrivée de Sanzo devant eux mit fin à leur discussion. Il la toisa d'un air froid.

- C'est l'heure de la suite des confessions, jeta-t-il les bras croisés.

- Sanzo ... commença Hakkai mais la jeune femme leva une main apaisante devant lui.

- ça ira, Hakkai. Merci ... mais il a raison, je vous dois à tous une explication, ne serait-ce que pour vous remercier de m'avoir sorti de ce puits ... je vais tenter de faire court ...

Elle se cala dos au mur et grimaça brièvement à cause de ses côtes cassées. Sanzo se retourna et prit place devant la fenêtre alors que Gojyo et Goku s'approchèrent du lit. Gojyo lui tendit une cigarette déjà allumée et elle exhala lentement une longue bouffée de fumée bleu, partant loin dans ses souvenirs.

- Ma mère était une taboue et mon père un haut-moine Sanzo. De ce que je sais il se sont rencontrés un peu par hasard et ce qui devait arriver arriva. De leur union sacrilège et improbable sont nées deux filles ... des jumelles. Ma soeur, Kuusou est arrivée quelques minutes avant moi.

Chacun l'écouta en silence. Sanzo connaissait déjà le début de l'histoire mais les autres avaient déjà mille questions en tête. Le moine lui fut reconnaissant de taire le nom de son maître et Shousan reprit d'une voix calme.

- Ma mère n'osait pas croire à ce véritable prodige, un don du ciel offert par les dieux comme elle nous le disait souvent. Elle a nous a nommé Kuusou, qui signifie illusion ou chimère et Shousan, qui signifie chance. Nous étions de parfaites répliques l'une de l'autre à ceci près qu'en grandissant, ma soeur a développé toutes les caractéristiques des yokais tandis que je suis restée humaine. Quand à mon père, nous avons eu de nombreuses nouvelles par écrit mais nous ne l'avons jamais vu.

Elle se tut quelques secondes avant de reprendre tout en éteignant sa cigarette dans le cendrier que Hakkai lui présenta mécaniquement.

- nous avons grandi dans une maison isolée dans les montagnes mais de façon heureuse avec ma mère. Elle nous a donné toute l'affection et l'amour dont nous avions besoin, même si ma soeur ne s'en satisfaisait pas. Elle voulait plus et surtout elle en voulait à notre père de l'avoir abandonné. Un jour, alors que nous étions adolescentes, elle a disparu en partant à sa recherche. Ma mère m'a conjurée de la retrouver et de la ramener, persuadée que rien de bon n'allait sortir de cette fugue. Et elle avait raison ...

Elle replia ses jambes et les entoura de ses bras dans un réflexe d'auto-protection.

- Mais il était déjà trop tard pour Kuusou ... Lorsque je l'ai retrouvée, elle était devant le temple détruit dans lequel notre père avait péri quelques année plus tôt. Je ne sais pas ce qui s'est passé dans sa tête mais elle est devenue comme folle et a disparu en nous maudissant tous. Durant des mois ensuite je l'ai cherché et à chaque fois que je rentrais seule, ma mère devenait de plus en plus triste.

Elle se ralluma une cigarette sous le regard désapprobateur de Hakkai qui lui tendit néanmoins l'indispensable cendrier et écouta le rythme lancinant de la pluie tambourinant contre la fenêtre fermée.

- J'en voulais à ma soeur de faire subir cela à ma mère et mon coeur s'est durci à son égard. Je ne la comprenais pas et elle a fait de ma vie un enfer d'errance inutile. Mais je ne pouvais la laisser ne serait-ce que pour ma mère qui serait morte de chagrin si j'avais abandonné mes recherches. C'est à cette époque que je t'ai rencontré, lâcha-t-elle à Gojyo en le fixant droit dans les yeux. J'étais en colère, dans la douleur ... j'avais envie de ...

Elle ne put finir sa phrase et une seule larme perla aux coins de ses cils avant de couler sur sa joue. Gojyo la cueillit du bout de l'index et lui sourit sous le regard surpris de Goku et attristé de Hakkai.

- je sais, murmura le métis. N'en parlons plus ...

Le regard dur de Sanzo posé sur eux empêcha les deux autres d'en savoir plus.

- un peu moins d'un an plus tard, j'ai appris que Kuusou s'était rendue à la demande des trois divinités au temple du soleil, un honneur auquel seuls les haut-moines Sanzo pouvaient normalement prétendre. Cela m'a intriguée et j'ai décidé de m'y rendre. Mais elle ne s'y trouvait déjà plus. Un an plus tard je l'ai revu en rentrant chez ma mère. Elle était rentrée avec un bébé yokai aux cheveux pourpres qu'elle nous abandonna sans autre explication que « c'est le fils d'un prince yokai. C'était un ordre des trois divinités ! ». Elle est partie tout de suite après et je n'ai compris le sens de cette phrase que lorsqu'un moine vint me chercher quelques semaines plus tard pour m'amener au temple du soleil. Je me suis retrouvée devant les trois divinités qui m'ont donné un ordre des plus étranges ; enfanter un bébé d'un haut-moine Sanzo au coeur pur et à l'attitude irréprochable. Je n'ai pas eu le choix ... Ils m'ont expliqué clairement que ma vie me serait reprise si je n'obéissais pas. Je ne suis venue au monde que dans ce but. C'est alors que j'ai croisé le haut-moine Genjo Sanzo sur les marches du temple. Il se battait avec Goku et juste après s'est mis à fumer. J'ai décidé que ce serait lui, le fameux haut moine décrit par les divinités.

Un ange passa dans la pièce. Gojyo étouffa un rire qui promettait d'être tonitruant, Hakkai sourit d'un air gêné et Goku lança un regard discret à Sanzo qui s'était retourné vers eux, une veine folle palpitant déjà à sa tempe. Le voilà propulsé au rang de géniteur parce que trois divinités donnaient un ordre discutable et une erreur de la nature faisait un caprice. Shousan soupira.

- Entre-temps quelque chose arriva à tous les yokais et ma soeur, bien qu'ayant du sang humain dans les veines, succomba à la même chose. Quand je suis revenue chez ma mère, je l'ai retrouvée accompagnée d'une horde de yokais devant notre porte. Elle était devenue un vrai monstre et voulait récupérer son bébé. Ma mère refusait de lui donner son enfant et fut attaquée. Je me suis battue contre eux pour les protéger et j'ai réussi à les vaincre mais ...

Sa voix se cassa et elle regarda ses mains. Plongée dans ses souvenirs, elle les voyait couvertes de sang tout comme ses vêtements ... le sang de ...

- Kuusou était devenue folle, reprit-elle d'une voix blanche, et lorsqu'elle m'a vue avec son bébé dans les bras, elle s'est précipitée sur moi pour me tuer. Mais avant que je n'ai pu bouger, ma mère s'est interposée et la lance de ma soeur nous a transpercé toutes deux, nous clouant sur le mur de notre maison.

La blessure qu'elle avait eu à l'épaule ce jour maudit la lança et elle porta machinalement la main sur celle-ci tout en revoyant cette scène devant ses yeux. Sa mère qui s'affaissait devant elle, tout comme elle-même sous leurs deux poids ..; le cri du bébé se mêlant à celui de sa soeur ... le regard clair et normal de sa soeur au moment où elle avait entendu le cri de son fils ... c'était la vraie Kuusou, sa soeur aimée qu'elle vit s'enfuir loin d'eux , les laissant dans une mare de sang qui s'écoulait lentement du corps de sa mère. Elle avait finalement réussi à déposer le bébé à terre sans parvenir à le calmer et à briser la lance qui l'unissait à sa mère.

- Ma mère est morte dans mes bras au bout de plusieurs heures malgré ses graves blessures. Elle m'a fait promettre de vivre pour ce bébé, pour retrouver ma soeur et la ramener à la raison. Après j'ai perdu connaissance ... j'aurai du mourir ce jour-là et pourtant j'ai vécu ... et fait un drôle de rêve. La déesse Kanzeon m'est apparue et m'a retirée la lance de mon épaule. Je me suis retrouvée à l'intérieur de la maison sans trop savoir comment ... « ce n'est pas par bonté d'âme que je t'ai sauvée, mais parce que tu as une mission à remplir ! ... ne l'oublie pas ! »

Elle crispa ses mains sur le drap et regarda les doigts de Goku qui se posèrent sur son bras dans un geste spontané de compassion.

- J'ai enterré ma mère et amené le bébé à une tante qui vit retirée du monde pour le protéger et garder le secret. Et je me suis remise en route à la recherche du haut-moine blond que j'avais croisé. Depuis lors, Kuusou me poursuit sans relâche et c'est un peu par hasard que je vous ai croisé il y a un an. Je vous ai suivi un moment avant de pouvoir isoler Sanzo du reste du groupe ...

Elle se tut, ne souhaitant pas s'étendre d'avantage sur cette fameuse nuit, d'autant qu'elle sentait la colère latente du moine. Son dos était raide et ses doigts crispés sur la cigarette qu'il portait régulièrement à ses lèvres fines.

- Je suis repartie dans les montagnes pour la fin de ma grossesse et mettre au monde mon bébé ...

« mon bébé ». Ces deux mots jetèrent un froid dans la pièce, un froid digne des sommets de l'Himalaya.

- je suis repartie dès que j'ai pu afin d'éloigner Kuusou des bébés. Les trois divinités m'ont rappelé au temple et m'ont confié une nouvelle mission ... celle de protéger ces deux petits êtres, à n'importe quel prix. Voilà, vous savez tout ... Je ... je préfèrerai me reposer maintenant ... si vous le permettez ...

Elle s'étendit sur le côté et se tourna vers le mur. Gojyo et Goku voulurent l'interroger mais Hakkai secoua la tête en silence et les poussa vers la sortie. Durant toutes ces révélations, il n'avait cessé d'observer Sanzo qui n'avait pas bougé un cil depuis qu'il avait entendu « mon bébé ». Il redoutait une soudaine explosion de sa part et préférait les laisser régler les détails seuls à seuls. Il songea également à Goku qui n'avait pas encore saisi toute la portée de ces deux mots.

La porte se referma sur eux en douceur. Shousan tressaillit en redoutant par avance les paroles blessantes que Sanzo ne manquerait pas de lui adresser. Mais il n'en fit rien. Au contraire, c'était comme si la température de la pièce s'était abaissée de plusieurs degrés d'un coup. Sa froideur et son indifférence la touchèrent encore bien plus.

Elle entendit le cliquetis distinctif de son arme et la sentit pointée sur elle, sur sa tête. Une goutte de sueur perla à son front. Avait-il vraiment l'intention de la tuer ici ? Dans la pièce, on n'entendait plus que leurs respirations ténues et saccadées et le martèlement constant de la pluie sur la vitre. Elle songea à sa mère et sourit. Peut-être la retrouverait-elle dans l'autre monde ? Elle ferma les yeux.

- Qu'est-ce que tu attends, Koryu ? Appuie sur la détente si cela peut te libérer ... je suis prête à mourir ... aujourd'hui ou demain ...

- Comment ?

Elle le sentit faiblir, elle sentit sa main trembler et se retourna pour lui faire face. Ses prunelles pourpres accrochèrent le fier regard améthyste qui la toisa avec mépris.

- Je ne suis pas une marionnette ou un jouet dont toi ou les dieux pouvez disposer à votre guise ! Déclara-t-il froidement en pressant la détente.

La balle se ficha dans le mur juste à côté de sa tête sans qu'elle ne bougea d'un pouce. Elle leva la main vers l'arme et posa le canon sur son front, son regard toujours rivé à celui de Sanzo qui vulut reculer sa main armée. Mais elle tint bon.

- Si je dois mourir, Koryu, que ce soit par ta main ! Je ne laisserai personne d'autre me tuer alors vas-y ! Tu as toutes les raisons de m'en vouloir ... je t'ai abusé dans tous les sens du terme . Je sais que tu me hais, alors vas-y, tire !

- ...

Tout se mélangea dans l'esprit de Sanzo ... Shuei qu'il avait déjà eu ainsi dans sa ligne de tir ... son maître tombant devant lui ... les dizaines de yokais et d'humains qu'il avait tué pour se protéger ... toutes les fois où il avait brandi cette arme dans le but de tuer pour ne pas être tué ... cette arme qu'il pointait à présent sur celle qui quelques heures plus tôt était dans ses bras ...

Elle ferma les yeux préférant ne pas voir cet éclat de haine qu'elle redoutait de lire dans ces yeux qu'elle commençait à connaître ... à aimer ... qu'elle avait voulu revoir alors que son intention première n'avait jamais été celle-ci. Mais elle avait trouvé en lui un écho de ce qu'elle ressentait elle-même au fond de son coeur ... cette douleur cachée à tous et dont elle s'ouvrait pour la première fois à des tiers ; la perte d'êtres chers, le devoir écrasant et non souhaité, le sentiment de ne pas avoir été à la hauteur.

Au final, elle souhaitait qu'il presse cette détente et la libère de tous ces poids. Elle-même ne pourrait jamais le faire car il y avait toujours quelque chose qui la retenait. Elle sentit l'arme abandonner son front et entendit le bruit sec du cran de sécurité que Sanzo remettait en place avant de la ranger dans les plis de sa soutane. Elle rouvrit les yeux et vit qu'il la fixait toujours.

- Pourquoi veux-tu mourir ? La questionna-t-il froidement.

- Je ne sais pas ... j'ai fait ce qu'on attendait de moi et je suis fatiguée de fuir face à ma soeur .. .

« face à ma propre ombre ! » ajouta-t-elle en son for intérieur.

- tss ... j'ai jamais entendu d'aussi mauvaises raisons de ma vie.

Il retourna près de la fenêtre et ajouta d'un ton sec.

- Si tu veux mourir, ne te gêne pas ... mais ce ne sera pas par ma main !

Elle se retourna vers le mur et le silence retomba dans la chambre, seulement entrecoupé par le souffle régulier et constant de Sanzo qui fumait tranquillement.

- C'est un garçon, murmura-t-elle. Avec un visage d'ange, des yeux d'un violet profond et des cheveux aussi blonds que les tiens. Je l'ai appelé Shouri.

Sa voix se tut et Sanzo marqua un arrêt. Qu'il le veuille ou non, ils avaient en commun, un père ou un maître, un enfant, un passé douloureux et une solitude dont ils se drapaient comme un linceul. Une chose était sûre, elle ne mourrait pas !

* * *

Dans l'autre chambre, Hakkai, Gojyo et Goku discutaient des révélations faites quelques minutes plus tôt par Shousan lorsqu'ils sursautèrent en entendant le coup de feu. Goku voulut se précipiter mais fut retenu dans son élan par Hakkai.

- Lâche-moi Hakkai ! Sanzo est peut-être en danger ... ou il la menace ! Ou même pire ...

- Non Goku. Ils doivent régler cela seuls entre eux, à leur façon. C'est la seule manière qu'ils s'en sortent tous les deux ...

Goku leva ses grand yeux dorés vers Hakkai qui y lut toute l'incompréhension et toute la détresse du Togenkyo.

- Mais Hakkai ! Je ne le comprends plus ... je ne comprends plus rien en fait ... de tout ça ... C'est bien sa soeur qui l'a menacée tout à l'heure et qui a eu un bébé ... ou c'est elle ? Et pourquoi Sanzo est aussi étrange et distant depuis qu'on a rencontré Shousan ...

Gojyo lui ébouriffa les cheveux avant de se retourner vers Hakkai, campé devant la porte.

- Sa soeur a eu un bébé d'un prince yokai, tu crois que c'est Ko ?

- C'est fort possible, il n'y en a quand même pas tant.

Gojyo secoua la tête et s'alluma une cigarette.

- Shousan se trompe. Elles n'ont rien en commun.

Goku restait planté devant Hakkai, cherchant des réponses à ses questions quand il écarquilla brutalement les yeux.

- Elle a eu un bébé de Sanzo ? Sanzo a un bébé ... il est ... il est ...

Hakkai lui sourit et Gojyo lui tapa sur le crâne.

- ça y est, tu as tout compris on dirait ... le moine puant est père ... pfff

Gojyo éclata de rire avant de se reprendre un pu devant l'air ennuyé de Hakkai.

- Et toi ? Tu as aussi un enfant avec elle ? Le questionna Goku avec beaucoup d'innocence.

Gojyo faillit en avaler sa cigarette et ce fut au tour de Hakkai de sourire avant de se pencher vers le plus jeune.

- Ce n'est pas parce qu'il la connait et qu'il drague à tout va qu'ils ont forcément un bébé ensemble, Goku. Il faut un peu plus que cela ...

- Et c'est pas pour les enfants comme toi !

- Grrr ...

Gojyo reprit un ton plus sérieux et regarda ses compagnons.

- Je l'ai plutôt connu entre colère et déprime ... pas le bon plan pour la draguer ...

- Dis, Hakkai ! Fit Goku en lui tirant la manche. Si Kuusan a tué leur mère et voulait la tuer, pourquoi sa soeur a empêché Sanzo de la tuer. Je ne l'aurais pas fait, moi !

Hakkai pencha la tête sur le côté et prit son ton le plus sérieux.

- les choses ne sont pas si simples, Goku ... et encore moins toutes blanches ou toutes noires; Tu as pu toi-même le constater depuis notre départ. Je suppose qu'elle veut tenter de la sauver ...

Goku lança un regard triste vers le mur contigu de la chambre où tout était silencieux à présent.

- Et maintenant ? Que va-t-il se passer ?

- Je l'ignore. Il pleut toujours, donc je suppose que nous sommes encore bloqués ici un petit bout de temps ...

- Je voudrais pouvoir l'aider ... être avec lui ...

- je sais Goku, mais il reviendra. Laisse-lui un peu de temps ...

- Pff. On n'a plus qu'à se reposer alors et jouer aux cartes puisqu'il manque le moine pour le mah-jong.

- Tu as raison Gojyo. Inutile de se mettre martel en tête.

* * *

Ils passèrent la journée enfermée à l'auberge. Goku après quelques parties avait fini par s'endormir tandis que Gojyo et Hakkai poursuivaient au détriment de Gojyo, forcément. Dans l'autre chambre, Sanzo était resté près de la fenêtre, sans bouger, durant des heures. Shousan avait fini par s'endormir.

Il se retourna vers Hakkai qui entrait, un plateau sur les bras.

- Elle dort toujours ?

- Sans doute ...

- Essaie de manger quelque chose, Sanzo. Tu as à peine mangé depuis ce matin.

- Tss ... je vais m'acheter des cigarettes !

Il sortit rapidement et Hakkai posa le plateau sur la table.

- Shousan, essayez de manger s'il vous plaît. Je sais que vous ne dormez pas ...

- On ne peut rien vous cacher, Hakkai.

- Difficilement, c'est vrai ! Reconnut-il dans un sourire.

Elle se retourna et vit les sillons de larmes qui barraient ses joues pâles.

- ne vous inquiétez pas. Il est fort, même s'il se reproche constamment sa faiblesse.

- Je sais ...

- Vous avez eu raison de tout lui dire.

- Je n'en suis pas si sûre. Je crois que je devrais partir; Kuusou risque de revenir et je vais vous attirer des ennuis.

- ça, nous en avons l'habitude. Nous sommes assez doués pour nous les attirer nous-mêmes. Vous êtes encore trop mal en point pour voyager seule. Même un yokai bas de gamme vous mettrait en difficulté !

Elle lui sourit avant de grimacer.

- je crois que je préfère encore cent yokai à son regard implacable.

- essayez de manger un peu. Vous vous sentirez mieux ensuite ...

Il se leva et lui jeta un regard du pas de la porte.

- N'abandonnez pas, Shousan.

Elle le dévisagea surprise par cette dernière réflexion, puis grignota avant de se rallonger. Hakkai avait raison. Elle n'était pas en état d'affronter un quelconque adversaire. Le simple fait de respirer lui procurait d'intenses douleurs au thorax. Elle finit par s'endormir paisiblement quelques heures plus tard.

Sanzo, un sachet de courses à la main, passa la porte de la chambre de ses trois compagnons à ce moment l'air aussi revêche qu'à son habitude; Il jeta le sac sur la table, d'où s'échappèrent quelques canettes de bière, du saké et des cigarettes. Les trois le regardèrent surpris.

- pas de questions ! Lança-t-il d'un ton rogue; Aucune ! Je tu le premier qui m'en pose ... Mah-jong ...

- okay, mister Sanzo ! Ça me va ! Répondit Gojyo en se plaçant face à lui;

- pareil ! Reprit Goku trop heureux de le voir et de partager un peu de son temps, tout simplement.

Hakkai sourit à son tour devant la joie pure et simple de Goku.

Ils jouèrent durant des heures jusqu'à une heure avancée de la nuit lorsqu'ils furent à court d'alcool. Goku baillât bruyamment et finit par s'endormir sur la table en ronflant sous les yeux des trois aînés. Gojyo lui ébouriffa les cheveux, le traitant de con de singe sur un ton affectueux avant de le traîner jusqu'à son lit, comme l'aurait fait un grand frère pour son cadet.

- Nous devrions tous en faire autant, suggéra Hakkai. Tu veux dormir ici Sanzo ?

Le moine se leva et s'alluma une énième cigarette qui enfuma un peu plus la pièce.

- Non ! J'ai une chambre et un lit ! À plus ...

- Bonne nuit alors !

La porte se referma sur la silhouette longiligne alors que Gojyo s'accrocha au cou de son ami.

- ça va pas de lui proposer de dormir là ! Tu crois qu'ils vont ...

- je vais finir par croire Goku quand il te traite de pervers ! S'amusa le brun. Je crois qu'ils devraient surtout parler avant ...

- Pfff ! Parler ? Appelle ça comme tu voudras ... moi, je me piaute ... allez viens te coucher aussi, fit-il en tapotant la place à côté de lui.

* * *

Sanzo franchit le seuil de la porte de sa chambre et laissa ses yeux s'habituer à la pénombre. Il repéra le fin profil de Shousan se découper devant la fenêtre. Il pleuvait toujours au-dehors et elle semblait complètement absorbée par sa contemplation passive du paysage. Elle ne bougeait pas d'un pouce et un instant, il se demanda si elle ne s'était pas endormie là avec pour tout vêtement, la chemise noire que Gojyo semblait lui avoir abandonné et qu'elle avait a priori adopté.

Ses jambes fuselées et dénudées pendaient dans le vide. Elle les balança d'un léger mouvement de balancier et il sut qu'elle ne dormait pas. Elle porta une cigarette à ses lèvres, faisant rougir le bout incandescent avant d'exhaler lentement la fumée qu'il suivit des yeux. Il y avait quelque chose d'à la fois étrange, intimidant et sensuel dans son attitude nonchalante.

Depuis combien de temps était-elle là ? Elle l'attendait ? Cette réflexion lui procura un sentiment qui le dérangea et lui donna envie en même temps. Quelle idiotie ! Il était un peu gris à cause de l'alcool qu'il avait ingurgité sans avoir rien mangé depuis quasiment deux jours. Il devait se faire des idées, se tromper ... après tout, il y avait quelques heures ils étaient séparés par l'espace d'un relvoler.

Sanzo s'assit sur le lit et ôta sa robe de moine et son tee-shirt de cuir noir, se retrouvant en jeans. Il se rendit dans la salle d'eau pour s'asperger le visage, mais cela ne suffit pas à le sortir des vapeurs de l'alcool et de la fatigue. Il se déshabilla complètement et passa sous la douche, laissant l'eau chaude ruisseler sur son corps nu avant de s'appuyer contre la paroi carrelée.

Il devait remettre de l'ordre dans ses idées. Sa priorité restait sa mission, confiée par les trois divinités, empêcher la résurrection de Guyumao et récupérer le sutra du Ciel Saint. Il n'y avait pas de place pour le reste et devait se focaliser sur cet objectif. Il ne pouvait s'attacher à quiconque sous peine de lui apporter le malheur. La solitude lui allait bien. Et pourtant ...

L'image fugace de Goku et ses yeux d'or passa devant lui. Il était fort ... Il n'aurait pas besoin de le protéger ... Il songea à Gojyo, Hakkai et Guku. ils savaient se défendre ... Ils avaient chacun leur passé et n'attendaient rien de lui ; tout comme lui n'attendait rien d'eux.

Mais elle .. qu'attendait-elle de lui ? Il avait été sa mission en quelque sorte, mission réussie puisque l'enfant était né. Non pas l'enfant ... son enfant ... un garçon blond aux yeux violets ... son coeur se serra à ces mots. L'enfant qu'elle protégeait en s'éloignant de lui, pour écarter tout danger. Drôle de mère ... Et lui, quel père était-il ? Pourrait-il un jour le voir et en avait-il seulement envie ? Son fils ... le petit-fils de son maître ... en lui, coulaient leurs deux sangs. La boucle était bouclée.

Il sortit de la douche et revêtit un jeans propre avant de sortir. Shousan n'avait pas bougé et semblait s'être statufiée devant la fenêtre. Sazo s'alluma encore une cigarette et l'observa avec un air las, faisant un peu plus tomber ses yeux. Il était fatigué aujourd'hui, tendu. Quel serait l'avenir de son fils dans ce monde déchiré avec des parents tels qu'eux. Un père faible et une mère prête à se laisser tuer par lui pour en finir. Beau départ dans la vie !

La jeune femme se retourna et le dévisagea des pieds à la tête avant de lui sourire d'un air las. La même lassitude que lui. Elle jeta sa cigarette à demi-consumée à l'extérieur et descendit souplement du bord de la fenêtre avant de s'approcher de lui à pas lents. Il ne bougea pas, la laissant approcher.

Son parfum léger l'enveloppa en même temps que ses bras se nouèrent à sa taille et sa tête se posa sur son torse. Sanzo n'avait pas reculé et n'avait rien pu dire. La douceur de ses gestes le laissait toujours ainsi, sans aucune force pour le repousser. Sa main se posa sur ses cheveux, l'attirant un peu plus vers lui.

- je suis désolée, murmura-t-elle dans un souffle chaud qui le caressa.

- Pourquoi ?

Il reconnut à peine sa propre voix, rendue encore plus rauque à cause de la cigarette, de l'alcool et, à sa propre honte, de l'envie d'elle qui montait déjà en lui.

- Pour tout ... pour être là, pour il y a un an, pour ma soeur ...

- Tss ...

Il finit sa cigarette et l'écrasa dans le cendrier sur la table. Quelle idée absurde de tout prendre sur soi comme ça. Ridicule ! Ce qui était fait, nul ne pouvait revenir dessus. Il l'entoura de ses bras et cela ne l'aidait pas à l'éloigner de lui.

- Si nous sommes toujours là demain, je demanderai à avoir une autre chambre. Murmura-t-elle. Ce sera mieux ainsi.

« probablement » songea-t-il même s'il ressentit comme un vide d'un coup.

- Qu'attends-tu de moi, Shousan ? Finit-il par demander d'une voix atone.

- Rien ... tout comme tu n'attends rien de moi, Koryu.

Son nom murmuré sur un ton si doux et si bas le fit frissonner longuement. Même s'il fait tout pour la contrer, elle avait une indéniable emprise sur son corps d'homme. Il ne pouvait rien y faire et n'avait pas l'habitude de se battre quand cela ne servait à rien, même s'il se refusait à s'avouer sa défaite.

Elle partirait bientôt, sortirait de sa vie et ils ne se reverraient probablement plus. Une pensée fugitive passa dans son esprit ... pourquoi ne pas profiter de ce petit laps de temps qui leur était offert ? Il faillit éclater d'un rire ironique et sinistre. C'était bien lui qui venait de penser à cela ? Finalement, il avait peut-être besoin d'un verre de plus ...

Shousan était toujours contre lui, immobile, ne tentant rien pour l'embrasser, le caresser ou le toucher, lui laissant peut-être le temps de faire le point en lui. Et ses pensées ne s'arrangeaient pas. Il valait mieux qu'il se couche et réfléchisse à tout cela le lendemain, après quelques heures de sommeil. Il fit un pas en arrière et la contourna avant de se coucher face au mur. Il ne savait pas ce qu'il voulait, il était faible encore une fois, voilà la conclusion.

Il l'entendit approcher puis le froissement d'un tissu soyeux avant de sentir le matelas s'affaisser à côté de lui. Elle se serra contre lui, passa son bras autour de sa taille et sentit son corps nu contre le sien. Il serra les dents, encore plus fort lorsque ses doigts se mêlèrent aux siens.

- je ne veux rien de plus, Koryu. Laisse-moi t'entourer encore ce soir.

Il crispa ses doigts sur les siens et porta sa main à sa bouche dans un geste spontané pour y déposer un léger baiser. Les battements de son coeur s'accélérèrent et son souffle devint plus saccadé. « je ne veux rien de plus » venait-elle de lui dire. Et lui ? ... ce soir, il voulait plus. Elle avait raison de vouloir changer de chambre, sinon il deviendrait fou. Lui, un moine ? Quelle bonne blague !

Elle ne bougeait pas, ne cherchait visiblement rien d'autre que cette proximité. Il lui suffisait de s'endormir ainsi, après tout cela devait être possible. Son corps entier, comme mu par une volonté qui lui était propre se tendit à cette seule idée. Non ! Il se retourna brusquement vers elle, planta son regard améthyste dans les prunelles rouges, marquées par la surprise devant cette réaction brusque et ce regard brûlant et magnétique.

Il leva la main vers son visage et l'attira vers le sien jusqu'à ce que leurs lèvres s'effleurent.

- J'en veux plus, murmura-t-il d'une voix à peine audible qu'il ne reconnut pas avant de l'attirer vers lui. Juste cette nuit encore ...

Leurs lèvres s'unirent dans une sorte de frénésie, d'envie trop longtemps retenue et de désir brut. Sanzo laissa courir ses mains sur ce corps fin, se maudit encore une fois d'être si faible qu'il ne lui laissait même pas le temps de se remettre de ses blessures. Il embrassa chaque parcelle de sa peau et la sentit frémir au contact de ses lèvres. Elle murmura son nom comme une litanie douce et suave et se mit à gémir lorsqu'il l'attira toujours plus près de lui.

Elle caressa son dos, ses fesses, son corps ferme et finement musclé, qu'elle connaissait bien à présent. Trop bien ... Elle avait menti ... Elle voulait plus de lui ... elle voulait ce qu'il ne pouvait lui offrir et même ce qu'il ne devait surtout pas lui offrir ... Elle se sentait bien auprès de lui, apaisée, en sécurité ... même en ayant eu le canon de son arme pointé sur son front, elle s'était sentie en sécurité. Et cela, elle ne pouvait se le permettre.

Sa mission allait au-delà de la simple mise au monde d'un enfant. Elle devait le protéger, faire en sorte qu'il grandisse et qu'il parvienne sain et sauf à l'adolescence. Elle ne pouvait se permettre aucune faiblesse, aucun relâchement de vigilance, quitte à passer sa vie à fuir, seule, à bouger incessamment.

Elle le sentit en elle et apprécia pleinement ce moment où enfin, elle n'était plus seule. Elle le sentit palpiter en elle, elle se contracta autour de lui, le serrant encore plus fort contre elle. Et pourtant elle devait partir ... alors son cri de jouissance fut tout autant un cri d'adieu à celui qui avait réussi à briser sa carapace de solitude.

Et elle partit finalement ... deux heures plus tard, elle se rhabilla sans un bruit et revint vers le lit. Sanzo dormait encore, d'un sommeil paisible. Elle le voyait à son visage plus serein, à sa bouche qui avait perdu son pli dur et amer, son front plus lisse. Elle resta un long moment à l'observer et sentit sa gorge se serrer. Il devait continuer son voyage vers l'ouest et elle, elle devait continuer à fuir toujours plus loin.

Elle prit son sac, son arc et ses flèches et toucha du bout des doigts les mèches blondes avant de sortir rapidement, la vision troublée par des larmes inopportunes. Elle se retrouva dehors, sous la pluie battante et lui offrit son visage.

- prête pour le départ alors on se faufile en douce ?

Elle se retourna vivement pour se retrouver face à Gojyo, cigarette aux lèvres et une canette à la main.

- j'étais sûr que tu fuirais encore. Tu l'as déjà fait il y a quelques années ...

- Et alors ? En quoi ça te concerne ?

- En rien ... enfin, pas directement. Parce que demain, j'en connais un qui sera d'une humeur de chien, fit-il en désignant la fenêtre de sa chambre. Sans compter Hakkai qui va me faire la tête et s'inquiéter pour rien ...

- ...

- Tu n'es pas en état, reconnais-le au moins !

Elle le dévisagea, ses prunelles pourpres flamboyant de colère.

- C'est pas à toi de me dire ce que je dois faire ou non ! J'ai ma propre voie à suivre et ce n'est pas la vôtre. Maintenant, laisse-moi passer sinon je devrais le faire par la force !

Gojyo s'approcha d'elle, lui bloquant l'accès de l'extérieur du bras et pencha son visage vers elle. Elle recula d'un pas tout en conservant son regard farouche et agressif. Il lui sourit et jeta sa cigarette et sa canette au loin.

- je préfère te voir comme ça ! Tu auras plus de chance de survivre en gardant cet état d'esprit. Garde tes larmes pour le moment où tu le reverras.

Il vit un éclair douloureux passer dans ses iris flamboyants et ôta son bras pour libérer le passage.

- Qu'est-ce que tu veux dire ? Objecta-t-elle faiblement.

- tu le sais ... à bientôt. Je suis sûr qu'on se reverra ... si tu parviens à rester en vie. Ah ... et un petit conseil, évite les puits !

Il lui fit un clin d'oeil, se détourna et rentra dans l'hôtel.

Gojyo ne se retourna que pour la voir s'éloigner et sourit. Il était persuadé que leurs routes se croiseraient encore. En attendant, mieux valait se préparer à une matinée douloureuse. Le moine serait probablement infect et son maudit harissen ne manquerait pas de s'abattre sur sa tête.


merci à tous pour votre intérêt

je pense aussi aux anonymes à qui je ne peux répondre, dont Liliphile qui a commenté ma song fic "rien à faire ensemble" et à qui je ne peux répondre ... donc, une autre song fic est prévue pour Sanzo (toujours sur de palmas ... mille pardons) mais pas de suite ou d'autre vision de Sanzo sur "rien à faire ensemble" ... mais pourquoi pas, après tout !