Disclaimer : Les personnages et l'univers de Saiyuki appartiennent à Kazuya Minekura
rating : M (en raison des lemon même si c'est soft et même si j'ai longtemps hésité à mettre en T)
note de l'auteur : Reprise de la fiction avec plusieurs chapitres que j'avais écrit il y a plus de trois ans sur un cahier et que je n'avais pas encore publier. J'espère ne pas avoir fait trop d'OOC et avoir pu cerner et retranscrire les émotions des différents protagonistes.
Au fait, oui il y a une OC, mais c'est pas une mary-sue, contrairement au commentaire plutôt moche qu'on m'avait laissé. Une fic reste un univers que l'on invente personnellement en adaptant un manga/anime que l'on a apprécié. Je ne critique pas les auteurs de yaoi qui mettent des héros ensemble quelqu'ils soient quitte à les faire devenir vraiment OOC.
Bref, si vous aimez, tant mieux ... sinon, tant pis. Je sais que certains lecteurs apprécieront ce que j'ai pris plaisir à écrire. Et ça c'est le plus important !
Bonne lecture
SAIYUKI - Une erreur de la nature
Chapitre 5
- ce qu'on s'ennuie ! Mais ce qu'on s'ennuie !
Goku se renversa en arrière dans la jeep tout en râlant copieusement.
- t'as changé de registre ? Maintenant c'est plus « j'ai faim ! » c'est « j'm'ennuie ! »
- Ferme-la kappa débile ! J'ai faim aussi mais j'm'ennuie tout autant !
- Pour une fois, tu n'as pas tort le singe ! Ça fait des jours qu'il ne se passe rien. Même pas un tout petit yokai à se mettre sous la dent ... pff ...
- Autant en profiter pour avancer au lieu de traîner.
La voix sèche de Sanzo interrompit quelque peu les réflexions de l'arrière de la jeep. Hakkai sourit et accéléra l'allure.
- Bien Sanzo. Mais nous arrivons bientôt à un village et nous devrons nous y arrêter. Hakuryu est fatigué et nous manquons de vivres ...
- et de bières !
- tss.
Le quatuor après une heure encore de route dans un village ou plutôt une petite ville très animée, visiblement en pleine festivité. Des banderoles et des fanions colorés égayaient les rues, des bougies étaient posées sur tous les rebords de fenêtres, des lanternes chinoises étaient suspendues ou plantées le long des rues.
Hakkai arrêta la jeep devant un établissement qu'il identifia comme une auberge et entra pour réserver des chambres, les trois autres regardant l'ai indifférent, intéressé ou blasé les mouvements de la ville et de ses habitants. Une foule se pressait plus loin sur la place centrale où une grande estrade avait été érigée. Un murmure lancinant et collectif s'élevait, mélange de prière et de paroles plus ou moins cohérentes sous les bravos ou les sifflets de la foule.
- C'est quoi ce cirque ? Fit Gojyo en tirant sur sa cigarette. Qu'est ce qui se passe là-bas ?
- Peu importe. C'est pas notre problème.
- Il y a peut-être à manger ...
Les yeux dorés de Goku s'illuminèrent à cette évocation sous le regard consterné des deux autres alors qu'une bande de gamins passait devant eux.
- Hé vous ! Les interpella Gojyo. Qu'est ce qui se passe là-bas ?
La question déclencha une véritable cacophonie.
- C'est le grand concours !
- Il est organisé pour la première fois ici !
- Il y a plein d'hommes du village qui vont y participer !
- Et même des étrangers !
- d'ailleurs vous aussi, non ? Fit un des gamins en pointant Sanzo du doigt.
- il est super votre déguisement m'sieur !
- Vous l'avez acheté où ?
Deux des gosses couraient autour de Sanzo et soulevaient ou touchaient sa robe de moine sous l'œil interloqué de Gojyo et Goku.
- Et tu as vu la perruque !
- C'est réussi, c'est vraiment blond !
- Il va peut-être gagner qui sait !
- Waouw ! Vous voulez pas nous signer un autographe ?
- ça suffit ! Vous deux aussi !
Sanzo explosa en chassant d'un revers de la main et de harrissen les importuns avant de fusiller du regard Gojyo et Goku, pliés en deux de rire.
- Une perruque ! Répéta Gojyo en s'esclaffant. Une perruque !
Le harrissen s'abattit sur le haut de son crâne sous le regard intrigué de Hakkai, revenu avec les clés des chambres.
- Que se passe-t-il ?
- C'est ce que j'aimerais bien savoir. Marmonna Sanzo entre ses dents.
- Ils ont dit que Sanzo était déguisé et qu'il portait une perruque ! S'esclaffa à son tour Goku.
- Ah. C'est étrange effectivement. Et si nous allions voir de plus près ? Suggéra Hakkai.
Les quatre se dirigèrent vers la foule et furent pour le moins surpris de ce qu'ils y virent. Plusieurs hommes vêtus de toges plus ou moins semblables à celle de Sanzo, avec des perruques plus ou moins blondes, récitaient des courtes prières ou faisaient une démonstration d'arts martiaux sous les cris de la foule qui les conspuait ou les encourageait. Il y avait des grands, des gros, des jeunes, des vieux, de toutes sortes. Certains poussaient jusqu'à porter des similis sûtras sur les épaules et une couronne, voir des lauriers, des tresses ou tout autre aberration.
- Ah ! Qu'est ce que c'est ? Cria Gojyo. Il y a des tas de Sanzo ! Il partit du même éclat de rire que Goku, bientôt rejoint par un Hakkai plus discret, qui se fit bientôt plus sérieux tout en ajustant son monocle. Sanzo pour sa part en avait laissé tomber sa cigarette. Il fut interpellé par un homme qui se rapprocha du groupe.
- Hé vous ! Vous êtes aussi venus pour le concours Genjyo Sanzo. Les inscriptions sont par là !
Il recula lorsqu'il croisa les prunelles améthystes du moine.
-Bon ben ... venez quand vous voulez !
Hakkai se mit en travers de sa route alors que Sanzo distribuait généreusement les coups de harrissen sur les têtes rouge et brune.
- excusez-moi, mais pouvez-vous m'expliquer ? N'est-ce pas un peu bizarre comme concours ? Après tout, le titre de Sanzo est le plus haut titre de bonze. Ne craignez-vous pas que le véritable Genjyo Sanzo soit un peu vexé, voir furieux ?
- Non ! La rumeur prétend qu'il incarne la perfection absolue tant en générosité, dextérité ou arts martiaux. C'est également un grand maître des écrits et prières bouddhiques. On dit aussi que ses cheveux sont aussi blonds et chaleureux qu'un soleil, que son âme est pure. Nous avons un immense respect pour lui et tenons à le lui montrer en choisissant un homme qui pourra au mieux le représenter afin d'ériger une statue à son effigie.
- ah. Répondit simplement Hakkai devant tant d'ardeur tandis que ses deux compagnons continuaient de hurler de rire devant cette description si éloignée de la réalité.
Sanzo se prit la tête dans la main gauche.
- c'est pas vrai ! Partons d'ici ...
- désolé mais Hakuryu a vraiment besoin de se reposer. Remarqua Hakkai. Et ça pourrait être drôle.
- drôle ? Répéta Sanzo. Tss...
- je pense aussi que la meilleure façon de passer inaperçu est de se noyer dans la foule. Le plus simple serait de participer à cet événement ...
Gojyo et Sanzo le regardèrent horrifiés.
- Moi ? M'habiller en moine ? En Sanzo ? Fit Goku
- Vraiment ? S'exclama un Goku au contraire ravi. J'ai le droit ? Vraiment ?
- Non ! Grogna Sanzo.
- Écoute-moi Sanzo. Je t'assure que ce sera une bonne couverture et un bon moyen de passer inaperçu. Tous les hommes sont vêtus ainsi même s'ils ne participent pas au concours. Alors pour le moment, c'est nous qui faisons tourner les têtes ...
- ors de question que je porte une perruque ! Fit Gojyo. Quelle horreur !
Une demi-heure plus tard, Hakkai, Gojyo et Goku étaient revêtus de la tenue traditionnelle des moines, des pieds à la tête, exception faite des perruques.
- Et t'arrive à marcher avec ça ? Interrogea Gojyo en tombant sur le derrière. T'es plus fort que je croyais moine débauché.
- c'est pratique ! Il y a des poches partout ! S'extasia Goku en tournant sur lui-même.
- oui, je peux même cacher Hakuryu là-dessous !
- oh pitié ! Ronchonna Sanzo en tenant sa tête dans ses mains. Rien ne me sera donc épargné ?
- Et si on allait manger ? Proposa Gojyo en s'allumant une cigarette.
- Ouais ! J'ai faim ! J'ai faim ! J'ai faim !
OoOoOoO
Ils déambulèrent entre les étals des restaurants ambulants érigés pour l'occasion dans les ruelles avec des dizaines d'autres hommes vêtus en Sanzo. Les épreuves devaient être achevées puisque l'estrade était vide. Il ne restait plus qu'un groupe de musiciens qui mettait un peu d'ambiance. L'ambiance dans les ruelles était joyeuse. Des pétards et des feux d'artifice éclataient ça et là, ponctuant le ciel crépusculaire de gerbe d'or, rouge ou vert.
- Eh bien c'est quand même bizarre non de voir tout ça ? Avança Gojyo.
- Pourquoi bizarre ? Ça a l'air super bon !
- Mais pas ça idiot de singe ! Estomac sur pattes ! Je parlais de toute cette foule de Sanzo !
- Certains se prennent très au sérieux, en tout cas. Constata Hakkai en avisant un groupe d'hommes qui discouraient tour à tour en rivalisant d'éloquence alors qu'un autre groupe plus loin faisait une démonstration d'arts martiaux.
- Tss. Fit Sanzo en exhalant une bouffée de fumée.
- Sérieux ... ils auraient du faire un concours de tir, de buveur de bière ou de saké pour être proche de la réalité ! Ironisa Gojyo en se laissant tomber lourdement sur un banc près d'une table. Fini pour moi, je vais pas plus loin chaussé comme ça ! Tu parles d'une misère !
- pareil pour moi et je mangerai bien un bout ! Renchérit Goku.
Hakkai et Sanzo suivirent leurs compagnons et ils furent rapidement servis par d'adorables jeunes femmes que Gojyo ne manqua pas de draguer.
- tu n'es pas censé te comporter comme Genjyo Sanzo ? Ironisa Sanzo.
- Ah oui ! T'as raison ! Je vais les mettre direct dans mon lit ! Aieuh !
- J'vais te buter ! Je te jure que ...
Sanzo s'interrompit brutalement tous ses sens en alerte. Il flottait un parfum dans l'air, subtil et délicat qui lui rappelait quelque chose ou plutôt quelqu'un, puis une autre odeur rapidement identifiée par les autres surtout par Goku dont l'odorat était très développé.
- Il y a des yokais par là. Confirma simplement Hakkai en le dévisageant.
- Et on les connait bien. Affirma Goku en voyant quatre silhouettes encapuchonnées s'approcher d'eux. C'est Kogaiji et les autres.
En effet, les quatre sortirent de l'ombre et s'avancèrent vers leur table.
- Bonsoir. Les salua Kogaiji en s'asseyant. Vous permettez ?
Yaone et Dokugaku restèrent derrière lui alors que Ririn subtilisa le plat de Goku, provoquant une course poursuite entre les tables au grand dam de Sanzo. Il finit par considérer Ko l'œil mauvais.
- Que nous veux-tu Kogaiji ?
- Rien d'inhabituel. Ton sûtra. J'étais sûr que je vous trouverai ici. Un concours en ton honneur, c'est la gloire pour toi.
- Tss ...
- Nous ne nous battrons pas ici et maintenant. Mais dès que vous sortirez de la ville, nous nous affronterons ... sur ce, bonne soirée ...
- ...
Mais Kogaiji à peine debout fut bousculé par un faux Sanzo qui passait à côté de lui et s'arrêta net.
- Désolé ... s'excusa le faux moine d'une voix un peu voilée et rauque, comme déguisée.
Sa main fine se posa sur le poignet de Kogaiji faisant tinter ses bracelets.
- Vous ne participez pas au concours ? Vous êtes un yokai ...
voilà qui n'allait pas tarder à déclencher une panique songèrent Hakkai et Sanzo en même temps.
- Et alors ? Fit Kogaiji d'une voix dure. Poussez-vous et il ne vous arrivera rien de fâcheux. Nous n'en avons pas après vous.
Il voulut se libérer d'un mouvement sec mais la main gracile tint bon et l'attira d'un geste brusque vers lui. Le f aux Sanzo, dont on ne pouvait toujours pas voir le visage embrassa le prince yokai à pleine bouche sous les regards estomaqués de tous les autres.
- Ben ça ! Fit Gojyo en reprenant ses esprits. C'est pas banal !
- Maître Kogaiji ! S'alarma Yaone en rougissant jusqu'aux oreilles.
- Ko ? L'interpella Dokugaku.
L'inconnu, de petite taille, repoussa le prince yokai toujours muet sous l'effet de la surprise et sourit. Ils ne distinguaient pas ses yeux, son front ou son nez, dissimulés derrière le voile blanc retenu par une couronne d'or. Kogaiji recula d'un pas et essuya sa bouche d'un revers de la main, retrouvant enfin ses esprits.
- Que ? Je vais te tuer !
- Laisse-le moi grand frère !
Ririn arrivait à la rescousse en envoya un magistral coup de pied au faux moine qui recula prestement avant de s'élever d'un bond gracieux dans les airs. Alors qu'il se réceptionna deux tables plus loin, ils virent une paire de jambes fines et fuselées avant que la robe de moine ne se rabattit.
- Qu'est ce que ça veut dire ? Marmonna Kogaiji. C'est qui ça ? Une de vos connaissances ?
- On sait pas ? Rit Gojyo. Ce serait pas plutôt un ami à toi ? C'est pas nous qu'il vient d'embrasser !
Dokugaku et Ririn tentaient d'attraper l'inconnu qui s'esquivait comme une anguille en riant au milieu des badauds.
- Ben alors ? Il vous faut un coup de main ? Attaqua Goku, la bouche pleine de nouilles sautées.
- J'm'en occupe toute seule ! Hurla Ririn.
- Pff ! T'es pas cap ! Laisse faire le pro !
Goku s'élança vers l'inconnu et l'affronta en l'air jusqu'à ce qu'ils retombent chacun sur un toit de part et d'autre de la ruelle sous l'œil ahuri de la foule. Sanzo soupira et dévisagea Hakkai.
- Et tu parlais de discrétion ?
- C'est vrai que ce n'est pas très réussi. Goku ! Tu veux bien descendre s'il te plaît ! On se fait beaucoup trop remarquer.
- Comme d'habitude ! L'interpella l'inconnu. Bonsoir Hakkai. Comment allez-vous ?
Très bien et vous ?
Kogaiji et sa troupe les regardèrent hallucinés alors qu'une veine commençait à pulser dangereusement sur le front de Sanzo.
- Hakkai ! Tu connais ce type ?
- Sans doute ... mais je ne vois pas du tout qui c'est pour l'instant ! Lui répondit le brun en souriant l'index levé.
Goku et l'inconnu avaient fini par descendre chacun d'un côté de la ruelle et Kogaiji courut au-devant de l'inconnu, le regard mauvais.
- Expliquez-vous ou vous mourrez, enfoiré !
- Vous avez quelques points communs avec Genjyo Sanzo finalement, prince. En autre le fait de vouloir me tuer ... et un certain talent pour ...
- Fermez-là !
Les voix de Sanzo et Kogaiji claquèrent en même temps et le rire clair de l'inconnu leur répondit.
- A bientôt peut-être ! Les salua-t-il en filant à nouveau dans la foule, talonné par les huit membres des deux groupes. Il disparut au milieu des faux Sanzos. Ils décidèrent de se séparer en quatre groupes de deux pour mieux couvrir tout le village.
- Qu'est ce que ça veut dire ? Cria Kogaiji à Sanzo en courant à ses côtés. Tu connais cet enfoiré qui ... qui m'a ...
Rien que le souvenir semblait l'horrifier. Sanzo lui décrocha un regard noir.
- C'est pas mon genre !
Au détour d'une ruelle, ils faillirent foncer sur un faux moine de petite taille qui les esquiva souplement. Un léger parfum enveloppa Sanzo, le même parfum qu'il identifia rapidement cette fois et qui lui rappela des souvenirs aigre-doux. Kogaiji avait néanmoins réussi à attraper le bras de l'inconnu et avait déjà sa poigne autour de son cou.
- Pas ici ! Intervint Sanzo. Il y a trop de monde autour de nous.
Kogaiji grogna mais poussa l'inconnu vers une étroite venelle déserte sitôt suivi par Sanzo qui restait sur ses gardes. Kogaiji avait beau être plus intéressé par l'inconnu que par son sûtra, il restait méfiant. L'inconnu fit volte-face dans une envolée de robe et sourit à pleines dents devant la fureur à peine contenue du prince yokai qui la maintenait à nouveau par le cou.
- Qui êtes-vous ? Et pourquoi avez-vous ...
- Oh prince, vous semblé vexé ... ou peut-être troublé ?
- je vais vous tuer !
- Bah ! Vous devenez aussi ennuyeux que Sanzo ... enfin, Koryu ... finit-il d'une voix à peine audible.
Le nom à peine prononcé fit frissonner Sanzo qui venait de s'allumer une cigarette. C'était bien elle donc ! Shousan. Quel était ce nouveau jeu ? Elle leva enfin la tête et ils virent les prunelles flamboyantes étinceler d'amusement.
- Bonsoir Sanzo ... comment vas-tu ?
- Tu la connais ?
Kogaiji les dévisagea l'un après l'autre et chose assez rare, sortit de ses gongs.
- Mais qu'est ce que c'est que cette farce ?
Shousan ôta sa couronne d'or et le voile dissimulant sa chevelure. Kogaiji pâlit en la voyant, sous l'œil interrogateur de Sanzo qui leva juste un sourcil.
- A priori, tu la connais aussi. Nota-t-il le regard lourd de reproches à Shousan qui lui tira la langue.
- Non. Ses oreilles ne sont pas ...
- Pointues ? Compléta Shousan. C'est bien ce que je pensais ... vous connaissez ma soeur jumelle, Kuusan. C'est bien ça ?
Le prince yokai parut embarrassé et rougit légèrement;
- Oui ... enfin c'est beaucoup dire. Mais vous, pourquoi ?
- Pour rendre ma soeur jalouse ! Mentit-elle mutine. Je vous assure que ce n'est rien de plus même si vous êtes plutôt bien fait de votre personne.
Sanzo et Kogaiji sursautèrent. Ils entendirent au loin les voix des autres qui les appelaient. Le prince la lâcha et se retourna vers Sanzo le regard froid.
- Nous vous attendrons à la sortie du village et nous récupèrerons le sûtra.
- Tss ... vous pouvez essayer ...
Il disparut dans l'obscurité, laissant Sanzo et Shousan seuls dans la ruelle. Celle-ci emboita le pas de Kogaiji mais il la retint par le bras.
- Tu vas quelque part ?
- Oui, à mon hôtel et après je partirai. Enfin une fois que Kuusan aura retrouvé par trace.
- Tss ... c'est quoi cette comédie ? Et cette tenue ? Tu te prends pour un moine à présent ?
- beurk ! Non ! Mais là c'était quand même plus facile pour passer inaperçue qu'en taboue. Et au moins, je n'ai pas fini au fond d'un puits ! Et puis, ça me va bien non ?
- ...
Il ne la lâchait toujours pas. Elle finit par se planter devant lui.
- Qu'y-a-t-il Koryu ? Tu es jaloux ?
- tss.
Un regard noir lui répondit et il la lâcha avant de se détourner.
- J'en ai rien à faire de toi. Mais provoquer Ko risque de t'attirer encore plus d'ennuis que tu t'en attires déjà habituellement ... ce qui n'est pas peu dire.
- Il fallait que j'établisse un contact avec lui, c'est tout. Pour savoir constamment où il se trouve.
- Qu'est ce que tu veux dire ?
- Tu peux me filer une cigarette ?
- ... J'ai jamais vu quelqu'un taxer autant les autres ...
- Thank you.
Elle s'alluma sa cigarette et se retourna vers l'entrée de la ruelle d'où émergèrent les trois compagnons de Sanzo qui s'arrêtèrent net en la voyant, affichant immédiatement un large sourire.
- Yo ! Les salua-t-elle d'un geste de la main. Vous avez une de ces touches comme ça !
- tu t'es pas vue ! Lui répondit Goku.
- t'es plutôt sexy en moine dis donc ! Murmura Gojyo à son oreille. Les monastères devraient être peuplés de créature comme toi, j'me ferai moine illico !
- Ferme-la crétin ! Cria Sanzo qui avait largement dépassé les limites de sa patience en lui assénant un coup de baffeur.
- Aie ! Mais arrête de me frapper, espèce de bonze pourri. J'ai rien fait ! C'est elle !
- Dis Shousan ! Intervint Goku. Pourquoi t'as embrassé Ko ? Vous vous connaissez ?
- Il connait ma soeur, c'est le père de son bébé. Révéla-t-elle avant que Hakkai eut le temps de reprendre le plus jeune. J'en ai eu la preuve si l'on peut dire récemment et je devais établir un contact avec lui.
- J'adorerai que toutes les femmes établissent le contact comme toi ! Commenta Gojyo rêveur. Aieuh ! Mais t'as pas bientôt fini le moine ! J'vais te le faire bouffer cet éventail !
- Crétin ! Arrête de jouer les pervers !
- Et si nous allions plutôt boire un verre pour fêter nos retrouvailles proposa Hakkai en levant les mains en signe d'apaisement. Comment vont vos blessures Shousan ?
- Entièrement guéries, merci Hakkai ! Vous êtes vraiment doué. Je vous suis, le temps de remettre ceci sur la tête.
Elle suivit Hakkai et Goku,laissant les deux autres s'insulter copieusement. Ils se retrouvèrent tous dans la chambre de Sanzo, comme toujours.
- Eh bien ! Vos chambres sont plutôt grandes pour des individuelles. Commenta-t-elle en s'asseyant sur le lit, ôtant la couronne et le voile blanc.
Goku et Hakkai ôtèrent la robe de moine et Goku soupira.
- C'est étouffant ce truc : Je ne sais pas comment Sanzo fait pour bouger là-dedans !
- Oui, c'est vrai que nos vêtements sont plus pratiques.
- Hormis pour barboter des bouteilles de saké sans être vue ! Se moqua Shousan en en sortant trois de la robe qu'elle finit par enlever, se retrouvant en short et débardeur noir.
- Pas mal ! Fit Gojyo en entrant dans la pièce sans aller plus loin devant le regard furieux de Sanzo.
- Je peux savoir ce que vous fichez tous dans ma chambre ?
- Comme d'habitude, Sanzo ! Rit Goku. On fait une partie de mah-jong.
- Sans moi. Répondit Shousan en acceptant le verre que Hakkai lui tendait. Mais vous gênez pas pour moi.
Les quatre hommes s'installèrent autour de la table et commencèrent la partie sous l'œil intrigué de la jeune femme.
- Tu sais jouer ? Demanda Goku.
- Non, j'ai jamais rien compris et pourtant j'aurai un sacré avantage sur vous ...
- Ah oui ?
- Je lirai dans vos pensées et verrai votre jeu.
Trois têtes se levèrent vers elle et la fixèrent incrédules. Seul Sanzo resta concentré sur son jeu.
- Tu le savais Sanzo ? L'interrogea Hakkai.
- Oui.
- Mais la dernière fois, vous lisiez dans nos pensées Shousan ?
Hakkai semblait gêné par cette éventualité. Elle le fixa dans les yeux et lui sourit.
- Non. J'étais trop blessée et fatiguée pour cela. Lire dans les pensées me demande un gros effort et beaucoup d'énergie. De plus, je ne peux le faire qu'avec les personnes avec qui j'ai établi un contact, un contact physique. Et avec ma soeur aussi. Ça me permet surtout de connaître la position de toutes ces personnes.
Elle fit tinter les glaçons dans son verre et parut songeuse.
- C'est pour ça que je devais entrer en contact avec Kogaiji. Il vous attend vraiment à l'extérieur du village.
- Je n'en doute pas ! Vous jouez ou vous bavassez ?
La voix de Sanzo était tranchante. Les autres reprirent le jeu et lui continua à jouer avec une assurance et une mauvaise humeur évidentes.
- Et pour ça tu dois embrasser les gens ? Comment tu fais avec les filles ? Plaisanta Gojyo.
Elle lui sourit et s'assit sur le lit juste derrière Sanzo qui semblait tendu comme un arc.
- Non, pas nécessairement. Mais le contact physique doit être prolongé. Et puis, il est plutôt pas mal, non ? Dis, Koryu, tu es tout tendu au niveau des épaules ... tu veux un petit massage ?
Elle posa sa main sur son épaule mais il la repoussa d'un geste sec.
- Tss ... tu n'avais pas un hôtel ailleurs ?
- Mmh ... c'est vrai. Mais personne ne m'y attend. J'aime autant profiter de votre présence. Je suis toute seule d'habitude, c'est ennuyeux.
- C'est vrai que ça doit être triste de voyager seul. Marmonna Goku. J'aime pas être seul, moi. J'ai été seul trop longtemps ...
Quatre paires d'yeux le fixèrent et il rougit en se grattant le crâne.
- Désolé ! Je dois être fatigué. On finit la partie et je me couche !
- Ouais, pareil. Marmonna Gojyo en jetant des coups d'œil inquiets à la jeune femme.
OoOoOoO
Deux heures plus tard, la partie était finie. Shousan, qui avait bu autant qu'ils avaient joué s'était endormie sur le lit de Sanzo. Goku et Hakkai quittèrent les premiers la pièce en douceur. Gojyo resta un moment sur le seuil de la porte.
- Quoi ? Fit Sanzo d'un ton rogue.
- Je la prends avec nous si tu veux.
Sanzo avisa la forme recroquevillée sur elle-même et finit par secouer la tête.
- Pff. Elle va se réveiller, laisse-la.
Gojyo fut sur le point d'ajouter quelque chose mais il se retint et finit par fermer la porte.
Sanzo passa une main sur son visage fatigué et ouvrit la fenêtre avant de fumer tranquillement devant. La fraicheur de la nuit finirait bien par la sortir de son sommeil. Il tira plusieurs bouffées et finit par s'asseoir sur le lit en la dévisageant. Le souvenir de leur dernière nuit commune se rappela à sa mémoire. Elle était partie avant son réveil, comme une lâche. Il détestait les lâches même s'il avait du s'avouer que cela avait été bien plus pratique ainsi.
Elle s'agita dans son sommeil et se tourna; Sa main retomba par accident sur la cuisse de Sanzo, ses cheveux s'étalèrent sur l'oreiller en de belle vagues mordorées à l'exception de sa mèche rouge qui barrait son visage adouci par les reflets de la lune. Elle semblait sereine. Il la revit embrasser Kogaiji à pleine bouche et sa propre bouche prit un pli dur tandis qu'il repoussa sa main.
- Tss ... marmonna-t-il irrité contre ses propres réactions.
Elle s'agita encore et murmura doucement en souriant. Il frémit en entendant son nom de cette voix basse et voilée qui lui donnait des frissons sur la nuque. Il s'écarta vivement du lit, aussi vivement que s'il y avait vu un scorpion prêt à le piquer. Il fallait la réveiller et l'envoyer à son hôtel. Pourquoi n'avait-il pas laissé Gojyo s'en occuper.
- Shousan ! L'appela-t-il fermement. Oh, Shousan !
Il eut beau répéter son prénom, elle n'ouvrit pas les yeux. A nouveau irrité, il grommela et se résolut à approcher du lit pour lui secouer l'épaule.
- Shousan ! oh. Rentre à ton hôtel ! Et merde ...
- Koryu ... Koryu ... où es-tu ? Me laisse pas ...
- Tss ... arrête de délirer et réveille-toi ! Tu as trop bu !
- Oh ... ma tête ... ça tourne et ...
Elle essaya de se relever mais fut prise d'un vertige et retomba en l'entrainant dans sa chute au sol. Ils se retrouvèrent nez à nez, lui au-dessus d'elle en ayant juste eu le réflexe de porter son poids sur ses avant-bras. Elle ouvrit des yeux embrumés et lui sourit pauvrement.
- Oh ... je crois que je suis ivre ... le saké était un peu fort ...
- Tss ... t'as surtout abusé sur la dose, oui ! Que ... ?
Il voulut se relever mais une main se posa sur sa joue et elle mêla les doigts de la seconde dans ses cheveux dorés, les laissant couler doucement. Ses yeux étaient brumeux et émerveillés à la fois.
- Ils sont si beaux ... comme tes yeux ...
- Ne me dit pas que tu viens de le faire exprès ! Grogna-t-il. Ko ne t'a pas suffit ?
Son ton amer le surprit lui-même et elle ouvrit de grands yeux innocents. S'ils n'avaient pas été rouge carmin mais dorés il aurait cru croiser ceux de Goku.
- Je suis ivre mais je l'ai pas fait exprès et ... et ... qu'est ce que je voulais dire ... Kogaiji ... ah oui, le prince ... il n'est pas toi ...
- tss ... tu racontes n'importe quoi ...
Il finit par se relever et l'aida à se rasseoir sur le lit; Elle s'écroula aussitôt dedans avec autant d'élégance qu'un éléphant.
- ça tourne !
- ben voyons ! Va pas vomir dans ce lit sinon je te noie dans les toilettes !
- beu ...
Elle se tut et attendit que la pièce arrête momentanément de tanguer. Peine perdue. Elle rouvrit les yeux et croisa son regard améthyste.
- Tu es fâché ?
- Pousse-toi que je puisse dormir un peu et ferme-la sinon je te colle sur le tapis !
Elle marmonna quelques mots inintelligibles avant de se tourner vers le mur, les yeux dans le vague et la main sur la bouche, attendant qu'une nausée finisse et que le plafond veuille bien arrêter de danser.
- Pff ! C'est du beau ! Grogna Sanzo en ôtant sa tenue de moine. Pourquoi tout le monde s'obstine toujours à finir dans ma chambre. Les autres, le singe, un chat et maintenant une taboue ivre ...
Il continua de rouspéter avant de revenir vers le lit où il vit qu'elle s'était rendormie, pelotonnée comme un chat au-dessus des couvertures. Elle gémissait dans son sommeil. Il tira la couverture sans ménagement et la couvrit avant de s'installer au-dessus, lui tournant le dos, évitant ainsi le moindre contact physiques entre eux. Mais malgré cela, il pouvait sentir sa chaleur et il serra les dents. Ça recommençait comme la dernière fois. Pourtant il s'était juré de tout oublier, sa chaleur, sa douceur, cette tendresse qu'elle lui avait donné.
Ils avaient chacun leur chemin à suivre, leur propre voie. Lui vers l'ouest et elle, une fuite sans fin pour protéger son fils. Non, leur fils. Elle se retourna dans son sommeil agité et il sentit sa main dans son dos. Il n'était pas près de dormir si elle n'arrêtait pas de s'agiter ainsi et ne pas dormir l'irritait profondément.
Il se retourna vivement et fut nez à nez avec son visage bien dessiné. Il suivit l'arc de ses lèvres et repensa à son contact comme elle disait avec le prince yokai. Sa mâchoire se crispa alors que les lèvres pleines murmuraient encore son prénom. Il ne pouvait accepter que les choses tournent ainsi. Il ne pouvait tolérer la moindre faiblesse qui l'éloignerait de sa route, tout sentiment qui le ferait dépendre de quelqu'un ou tout être qui nécessiterait sa protection. « Devins fort haut moine Genjyo Sanzo ! » ces mots résonnèrent encore une fois dans sa tête, impossibles à oublier.
- Koryu ... murmura-t-elle en s'approchant de lui dans son sommeil. Ne me laisse pas ...
Pourquoi répétait-elle toujours cette même phrase qui n'avait aucun sens. Il ne la connaissait pas mais il ne l'avait jamais laissé quand elle l'avait appelé de façon aussi insistante que Goku. Il recula un peu mais fut bientôt au bord du lit, ce qui ne lui laissait que trois options. Tomber, se relever ou la pousser contre le mur. Choix qu'il fit mais mal lui en prit car elle se colla à lui, cherchant sa chaleur et continuant de marmonner dans son cou. Totalement surpris, il ne la repoussa pas. Ses lèvres étaient douces et elle sentait bon. Ses paupières papillonnèrent un peu et il croisa son regard couleur rubis, voilé par les restes d'alcool et assombri par autre chose.
- Ko ... Koryu ? Bégaya-t-elle, étonnée de le voir si proche d'elle. Tu es là ... j'ai tant voulu ... je voulais te voir encore une fois, malgré tout ce que j'ai fait ...
Ses yeux s'embuèrent tandis qu'elle continuait sous le regard pénétrant de Sanzo.
- tais-toi ! Lui intima-t-il déjà peu à l'aise par leur position et pas du tout disposé à entendre une confession.
- Non. Je veux te le dire, s'il te plaît. Je serai un jour rattrapée dans la fuite, par ma soeur, par des monstres, par tous ceux qui voudront mettre la main sur les enfants du futur de ce monde ...
- Qu'est ce que c'est encore cette histoire ?
Elle s'écarta un peu de lui et le fixa d'un regard plus clair. Les effets de l'alcool se dissipaient rapidement.
- Koryu, ton fils et celui de Kogaiji, sont censés être les futurs gardiens de la paix entre les yokais et les humains une fois que vous aurez empêcher la résurrection de Gyumao, stopper la vague de folie des yokais et que les yokais et les humains pourront à nouveau vivre en paix. Issus de yokai, d'humain, de taboue et de haut moine, ils représenteront l'avenir entre les deux communautés. C'est pour cela que je suis née et qu'ils sont nés. Les dieux le veulent ainsi. Mon rôle est de les protéger jusqu'à leurs cinq ans où ils intégreront un temple pour leur éducation. Rien ne sera simple d'ici là entre les humains et les yokais mais eux seront porteurs d'espoir car fils des deux peuples. Voilà ce que j'ai appris récemment lorsque je me suis rendue au temple du soleil pour abandonner ma mission ... ce qui m'a été refusé.
Elle s'assit dans le lit et entoura ses genoux repliés de ses bras, les yeux tristes. Sanzo coula un regard vers elle et se leva pour fumer près de la fenêtre, méditant quelques instants sur ses paroles. Les divinités avaient déjà tout prévu sur un terme bien plus long qu'il ne l'aurait pensé et tablaient visiblement sur leur réussite à tous. Même Shousan faisait parti d'un plan de grande envergure.
- Pourquoi voulais-tu abandonner la mission de protéger ton enfant, le condamnant ainsi à une mort certaine ?
« enfin, notre enfant » se corrigea-t-il mentalement. Il l'entendit se lever et se cogner dans la table. Visiblement tous les effets de l'alcool ne s'étaient pas encore complètement dissipés et elle voulait à nouveau fuir. Il se tourna vers elle, fronçant les sourcils avant de se mettre en travers de sa route.
- Idiote ! Tu veux aller où dans cet état ?
- à mon hôtel.
- je donne pas cher de ta peau si tes nombreux ennemis comme tu le dis tombent sur toi cette nuit. Grogna-t-il avec humeur.
- Laisse-moi !
Elle tenta de le bousculer mais il s'écarta si vite qu'elle fut déséquilibrée et qu'elle tomba misérablement à ses pieds, la tête courbée vers le sol. Il vit ses épaules se soulever et constata qu'elle pleurait à chaudes larmes à présent.
- Tss ... Où est la combattante qui est censée veiller sur ces deux enfants ? La houspilla-t-il d'un ton rogue.
Elle leva des yeux flamboyants de colère derrière ses larmes.
- Laisse-moi ! Cria-t-elle.
- Pourquoi voulais-tu abandonner ? Insista-t-il durement. Y-a-t-il encore autre chose que je dois savoir puisqu'à chaque fois qu'on se voir j'ai droit à une révélation ?
Son ton était dur et cassant. Il était exaspéré et perdait son temps. Elle se releva, tituba, tenta de sortir avant de retomber contre lui. Il la retint alors qu'elle se débattait comme un beau diable pour qu'il la lâche ce qui l'irrita au plus haut point.
- Enfin ! Vas-tu t'expliquer à la fin ! Cria-t-il. Qu'est ce qu'il t'arrive ?
- Quelque chose qui n'aurait jamais du arriver ! Ce n'est pas comme ça que ça devait se passer ! Jamais !
Calme-toi tout de suite ! Je ne supporte pas les hystériques ! Répliqua-t-il en la secouant.
Elle s'écarta de lui l'œil mauvais.
- Laisse-moi passer Koryu sinon ...
- sinon quoi ? Tu ne risque pas de me faire du mal. Tu pourras même pas descendre l'escalier sans te rompre le cou.
- ça ira ! Merci de te soucier de moi !
- je ne me soucie pas de toi ! Mais si tu ne fais pas ton job les divinités vont me le refiler. Et j'ai déjà assez de trois boulets à trainer ... inutile de m'en ajouter !
Ses yeux améthystes avaient repris leur dureté naturelle et il restait campé devant la porte. Elle recula d'un pas le transperçant de son regard carmin.
- C'est donc tout ce qu'ils sont pour toi ? Tes compagnons ? Ton fils ? Les gens en général ?
- j'ai rien demandé à personne. Je veux juste qu'on me fiche la paix et a priori c'est trop demander ! Tu vas aussi t'y mettre ?
- Pourquoi ? Pourquoi ne laisses-tu personne t'approcher ?
- Pourquoi voulais-tu abandonner ta mission ? Répéta-t-il du tac au tac.
Elle recula d'un pas, devenant livide et marmonna entre ses dents.
- pour un âne bâté qui ne comprend rien à rien, qui ne s'intéresse à personne.
Sanzo s'avança vers elle, la dominant de toute sa stature.
- c'est fini les enfantillages ? J'ai déjà ma dose avec Goku !
- Laisse-moi donc alors !
- Non !
Elle sortit de ses gongs pour de bon et se redressant de toute sa petite taille lui assena une gifle magistrale avant de tenter de fuir alors qu'il était encore sous le choc. Mais il fut plus rapide et la rattrapant par la ceinture, la fit tomber avant de l'immobiliser sous lui. Il était carrément furieux à présent.
- j'en ai tué pour moins que ça ! Jura-t-il
- c'est à cause de toi ! Cracha-t-elle tout aussi furieuse. De toi ! C'est à cause de toi que j'ai voulu abandonner ma mission ! Ça a dégénéré ... je n'avais pas prévu que je ressentirai pour toi ... que ... que je ...
Elle s'interrompit brutalement en le sentant se raidir et en voyant ses yeux écarquillés. Dans un réflexe elle plia le genou et le fit basculer sur le côté, profitant de sa surprise pour se relever, saisir son déguisement de moine et fuir vers la sortie. L'esprit soudain clair, la vision limpide, elle ferma son coeur et son esprit et se mordit la lèvre inférieure au sang. Encore deux mots de plus et elle lui aurait dit tout ce qu'elle voulait taire à jamais. Mais il n'était pas idiot et avait sans doute compris.
Dans sa fuite, elle bouscula Gojyo qui franchissait la porte d'entrée de l'auberge après avoir été jouer encore quelques parties de poker dans un bar du coin.
- Hey ! Grogna-t-il. Tu peux pas faire attention ? Shousan ? Tu es encore là ?
Elle ne lui répondit pas et passa rapidement devant lui, laissant quelques larmes s'envoler dans son sillage.
- Qu'est ce que ça veut dire ? Marmonna le roux en fixant la jeune femme avant de lever les yeux vers l'étage en entendant des pas sur le palier. Sanzo venait de débouler avec un drôle d'air sur son visage et s'immobilisa aussi sec en le voyant. Gojyo fronça les sourcils et tira sur sa cigarette, gravissant les quelques marches qui les séparaient.
- d'accord, d'accord. Marmonna Gojyo. 'soir Sanzo ! Querelle d'amoureux avec ta belle ?
Vu le magistral coup de poing qu'il reçut sur la joue, c'était la phrase à éviter.
- La ferme !
- OK, OK ! T'as de l'énergie à dépenser bonze pourri ! Je suis ton homme ! Viens un peu par là ! S'énerva Gojyo en lui rendant son coup.
Sanzo poussa un hurlement furieux et se jeta à son tour sur lui. Ils dévalèrent ensemble au bas des marches dans un vacarme qui réveilla tout l'hôtel, notamment Hakkai et Goku qui arrivèrent en courant. Goku tenta aussitôt de porter main forte à Sanzo mais Hakkai le retint d'une main sur l'épaule en lui faisant un signe négatif de la tête.
- Pourquoi Hakkai ? Pourquoi ne vas-tu pas les séparer ?
- Parce qu'ils ne se battent pas vraiment, Goku ...
- Hein ? Ils vont super bien semblant alors ! Fit Goku en les regardant d'un œil suspicieux.
- Non. Ce n'est pas exactement ce que je voulais dire. Sanzo a l'air furieux, complètement hors de lui. J'ignore pourquoi mais regarde bien, Gojyo ne fait qu'esquiver ses coups et le fatiguer. Je pense qu'il doit y avoir une bonne raison derrière ça ...
- Ah ... tu crois ?
Goku observait toujours la scène, mourant d'envie d'intervenir mais il dut se ranger à l'avis de Hakkai. Gojyo donnait peu de coups, parant ceux d'un Sanzo qui se défoulait plus qu'il ne se battait, avec une rage peu commune. La scène dura encore quelques minutes durant lesquelles Hakkai expliquait gentiment, poliment mais fermement aux autres pensionnaires de l'hôtel de regagner leurs chambres tout en s'excusant du dérangement.
- Goku ! L'appela-t-il en revenant vers le jeune. Allons nous coucher. Je pense que Gojyo a les choses en mains. Nous en parlerons demain.
Goku le suivit avec un manque d'enthousiasme évident.
En bas, Sanzo commençait à fatiguer et haletait sérieusement, ses coups devenant de moins en moins précis. Gojyo fut rapidement sur lui et lui décrocha un dernier coup dans l'abdomen qui le plia en deux. Il ramassa le moine et le traina au-dehors où il jeta sans ménagement sur un banc. Sanzo grimaça mais ne dit rien, s'essuyant juste la bouche du revers de la main. Il finit par marmonner un truc sur un pistolet oublié et un cafard à abattre avant de se couvrir le visage de sa main. Gojyo s'appuya contre le dossier du banc, lui tournant le dos.
- ça y est ? Tu t'es défoulé ? Ça va mieux ? Fit Gojyo en lui tendant une cigarette qu'il venait d'allumer.
- Hmf ...
Ils fumèrent tous les deux sans dire un mot, sans bouger. Gojyo lui en tendit une seconde et s'en alluma également une.
- Alors, je peux savoir pourquoi je t'ai servi de punching-ball ball ?
- Tu parles trop.
- Mouais. Enfin ça c'est pas une nouveauté et jusqu'à présent ça t'a jamais dérangé au point de t'emballer ainsi ...
- les choses changent.
- c'est bien vrai ... les gens aussi changent ...
Sanzo le regarda de travers même s'il ne voyait que son dos et la fumée qui montait régulièrement vers le ciel.
- t'as peur de quoi Sanzo ? D'elle ? De toi ? De commencer à tenir à elle et qu'elle devienne trop proche de toi, le seul mec que je connaisse à dresser des tas de barrières entre lui et le reste de l'humanité avec un acharnement obsessionnel ?
- Ferme-là ! Si tu ne veux pas que je te démolisse pour de bon !
- Tss ... qu'est ce qu'elle t'a dit pour te mettre dans un état pareil ? Qu'elle tenait à toi ?
- Ferme ta grande gueule ! Cria Sanzo en se redressant comme un ressort et en lui faisant face le poing déjà serré.
Gojyo joua avec sa cigarette entre ses lèvres tout en restant parfaitement immobile, se contentant de regarder le moine avec un regard perçant.
- Vas-y frappe. Ça réglera pas ton problème puisque tu considères ça comme un problème.
Sanzo grimaça et détourna son regard améthyste. Son poing toujours formé à s'en faire blanchir les jointures, descendit lentement le long de sa cuisse. Gojyo se redressa et passa devant lui. Il s'arrêta au bout de quelques pas et tourna la tête avant de jeter son mégot au loin.
- Hey le bonze. Je pense pas qu'elle t'ait demandé en mariage et entre nous, on risque d'avoir une vie un peu raccourcie avec notre expédition. Tu devrais en profiter pour t'humaniser un peu. Pourquoi pas avec elle ? Vous avez assez de points communs et trop peu de temps dans vos brèves rencontres pour ne pas avoir besoin de connaître tout l'un de l'autre ... et c'est bien comme ça, non ?
Sanzo ne releva pas et fixait obstinément le sol.
- Dernière chose, master Sanzo. Dans la mesure de tes maigres compétences humaines, évite de lui faire du mal. Je l'aime bien cette petite ... et je te l'ai déjà dit, je déteste voir pleurer les jolies filles ...
Gojyo finit par disparaître dans le hall de l'hôtel, laissant Sanzo seul dehors. Il se laissa tomber sur le banc. Son abdomen lui faisait un mal de chien et ses poings aussi. Décidément, personne ne voulait le laisser en paix, ça devenait lassant. Il scruta les ruelles d'un regard morne. Shousan devait être loin maintenant, dans son hôtel dont il ne connaissait pas l'adresse ou peut-être déjà en-dehors de la ville. Il se demanda s'il la reverrait finalement et surtout comme ça se finirait cette fois.
