Ce chapitre se situe après l'épisode 10 (saison 1). Ulcérée d'avoir été "larguée par texto" alors qu'elle proposait à Dan de donner une nouvelle chance à leur couple, Chloé a forcé sur la bouteille avant de venir raconter ses malheurs à Lucifer Morningstar. OK, ce dernier a refusé de profiter de la situation mais notre lieutenant de police préféré a très mal vécu son réveil, nue dans le lit de son coéquipier hilare.
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La musique de son portable se déclencha sur la table de nuit et par réflexe, presque avant d'avoir ouvert les yeux, Chloé tendit la main pour le saisir et l'arrêter. Inutile de réveiller Trixie.
La jeune femme bâilla, s'étira et rejeta ses draps. Elle n'avait que rarement du mal à se lever le matin. Elle était trop active pour cela. Pour elle, chaque jour était un nouveau challenge qu'elle était prête à disputer. Elle glissa ses pieds dans ses pantoufles et avant de se diriger vers la salle de bains elle alla jeter un coup d'œil dans la cuisine, puis dans le salon. Une habitude récente mais à laquelle elle sacrifiait chaque jour désormais, depuis qu'un matin elle avait trouvé Lucifer Morningstar installé comme chez lui, occupé à préparer le petit déjeuner. Depuis, le lieutenant Decker n'était plus vraiment tranquille et s'attendait plus ou moins à une récidive. Or, dans la mesure du possible elle préférait éviter de se retrouver à nouveau à poils en la présence de son coéquipier. La jeune femme sentit la chaleur lui monter au visage et devina qu'elle devait avoir rougi. Il y avait de quoi !
Bien qu'elle s'efforce de le cacher, elle était morte de honte. Généralement elle assumait sans difficulté ses paroles comme ses actes mais là... Oh misère, quand elle y repensait ! Chloé fila dans la salle de bain comme si tous les chiens des enfers étaient à ses trousses. Peut-être qu'elle espérait que l'eau chaude emporterait avec elle ce souvenir qui... ce souvenir que... Oh, pourquoi avait-elle bu autant l'avant-veille ?! Pourquoi avait-il fallu qu'elle se laisse aller comme ça ? C'était si rare chez elle. Elle était contrariée, bien sûr. Vexée. Blessée, même. Le résultat c'était qu'elle avait avalé plusieurs verres de whisky et que par une aberration coupable de son esprit imbibé, une aberration qu'elle n'était pas prête à se pardonner, elle s'était rendue au Lux, sérieusement éméchée.
Ainsi, la veille ce n'était pas dans son lit à elle qu'elle s'était éveillée mais dans celui de Lucifer Morningstar. Intégralement nue ! Pour une fois, elle ne pouvait faire aucun reproche à son consultant. C'était elle qui avait débarqué chez lui à une heure impossible, trop saoule pour savoir encore ce qu'elle faisait. De la même manière, il était totalement inutile de vouloir rejeter la faute sur Dan. Inspecteur Ducon ! Chloé était encore furieuse après lui, certes, mais elle était trop droite pour l'accuser de sa propre déficience mentale. Oui parfaitement. Déficience mentale ! Car enfin, qu'est-ce qui lui avait pris d'aller se jeter comme ça dans les bras, ou du moins dans le lit de Lucifer ? Si elle avait totalement perdu, dans les brumes épaisses de l'alcool, le souvenir du moment où elle s'était déshabillée et fourrée entre les draps, elle n'oublierait jamais le moment où elle s'y était éveillée !
Tout en se glissant sous le jet d'eau de la douche, pour la millième fois au moins Chloé se posa cette exaspérante question à laquelle elle était incapable de trouver une réponse : qu'était Lucifer pour elle ? Il lui semblait constamment que d'un jour à l'autre, parfois d'une heure à l'autre, son opinion à son sujet pouvait varier du tout au tout. Elle ne savait plus très bien si elle l'appréciait ou si elle le détestait. Peut-être les deux. Sauf que son esprit rationnel rejetait cette possibilité : il fallait que ce soit l'un ou l'autre. Décide-toi donc, Chloé.
En même temps, il variait lui-même tellement d'un moment à l'autre qu'il était difficile de le cataloguer. Ainsi, il affirmait (et bizarrement elle le croyait) qu'il n'avait pas abusé de la situation durant cette nuit où… hum… bref, l'autre nuit. Ce qui de la part de ce tombeur impénitent était assez inexplicable, mais bon. Après tout, une femme débarquait chez lui, lui faisait des avances et se déshabillait avant de se mettre d'elle-même dans son lit, bon… Il aurait eu le droit de considérer ça comme un consentement manifeste à coucher avec lui. En même temps, un gentleman, enfin un type bien, quoi, ne se serait pas vanté comme il l'avait fait de n'en avoir pas profité. Il aurait trouvé un truc bateau à dire « vous vous êtes endormie… » ou quelque chose comme ça. Ah mais non. Pas Lucifer. Pensez donc !
Il pouvait sans aucun doute être charmant (et indubitablement charmeur). Prévenant. Adorable. Malheureusement, parallèlement il était aussi agaçant, exaspérant, insupportable. Il l'avait bien aidée sur certaines enquêtes, OK, mais c'était un électron libre : il ne respectait aucune procédure. Aucune règle. Il faisait n'importe quoi, on ne pouvait pas compter sur lui…
Chloé secoua la tête et se fit les gros yeux à elle-même : ça, c'était faux. Elle pouvait compter sur son équipier, il était toujours prêt à l'épauler et la soutenir. Non, le souci venait plutôt de la manière pour le moins fantasque, voire dangereuse dont il prétendait parfois le faire ! Dangereuse pour les autres et pour lui-même, soit dit en passant. Il était parfois d'une témérité qui allait jusqu'à l'inconscience. Chloé avait plus d'une fois eu peur pour lui. Même si généralement, une minute après, lorsqu'il lui adressait son exaspérant sourire condescendant notamment, elle avait bonne envie de l'envoyer paître. Définitivement si possible.
Avec ça qu'il disait tout ce qu'il pensait ou qui lui passait par la tête quelles que soient les circonstances. Que ses paroles puissent tomber très mal à propos, être blessantes, voire choquantes, il s'en moquait comme d'une guigne et ne se souciait pas non plus de savoir qui était là pour l'entendre. D'où parfois des situations très embarrassantes. Sauf pour lui, toutefois, que rien ne paraissait toucher. Pire, il semblait même parfois prendre plaisir à mettre les gens dans l'embarras. Il était totalement sans-gêne. Il n'avait pas une once de moralité et s'avérait même, parfois, plutôt violent. Il n'avait aucune pudeur (s'exhiber nu ne lui posait aucun problème, elle l'avait constaté à plusieurs reprises, même si à présent elle se trouvait très mal placée pour le lui reprocher après ce qui s'était passé la veille), aucune retenue. Sans compter qu'il avait le sens de la répartie et la langue acérée : ah ça, il avait l'art de manier la pique verbale comme personne. Pour tout arranger, il possédait un sens de l'humour parfaitement douteux.
Lucifer n'avait aucune patience. Ce qu'il voulait, il le voulait tout de suite. Il s'en vantait d'ailleurs : "ce que je veux je le prends". Ben tiens.
De la même façon il déboulait au milieu de n'importe quelle assemblée ou réunion et focalisait l'attention sur lui-même. Aucune subtilité chez lui : il entrait directement dans le vif du sujet et envoyait promener les convenances comme les gens, à la manière de quelqu'un qui écarte négligemment ce qui se trouve sur son chemin pour arriver à l'endroit précis où il veut se trouver, indifférent au dérangement occasionné.
Il n'écoutait rien et faisait n'importe quoi. Agissait toujours à sa guise. Il était narcissique à l'excès. Toujours à tout ramener à lui-même, persuadé d'avoir toujours raison et d'être admirable en toute chose. Et cette obsession du châtiment, qui parfois avait bien failli déraper… Chloé ricana : le diable était là pour punir les méchants. Voilà ce qu'il répétait sans arrêt. Tu parles ! Même en se voulant très objective, elle devait admettre qu'il lui manquait quelques cases, à son ami Lucifer. Ce qui était curieux, c'était que cela ne la dérangeait absolument pas. Parfois, elle se surprenait même à penser qu'elle aimait assez son côté, euh… bizarre. Car il n'était pas fou, ça elle en était certaine. Juste très... bizarre, quoi.
Même quand Lucifer la mettait hors d'elle elle ne parvenait pas à le voir comme une menace. Pas pour elle, en tous les cas. Elle avait confiance en lui, réalisa Chloé. C'était très étrange, car aussi loin que remontent ses souvenirs elle avait toujours été sur ses gardes. Avec une mère infantile qui vivait constamment dans son petit monde et les paparazzi qui l'avaient traquée durant toute sa prime jeunesse, il ne pouvait pas en être autrement. Même au temps de son mariage avec Dan elle restait toujours un tant soit peu sur la défensive. Avec Lucifer, elle pouvait baisser sa garde et se permettre d'être elle-même. Peut-être parce que si étrange qu'il soit, malgré son incompréhensible délire de se prendre pour Satan lui-même (en même temps, le pauvre, avec le nom dont il était affublé... ça n'avait pas dû être facile tous les jours pour lui. Au fond, quoi de si étonnant, le connaissant, qu'il ait décidé d'aller jusqu'au bout ? Il avait déjà le nom, il avait endossé le rôle. Logique, au fond). Oui, malgré ça elle avait confiance en lui. Peut-être parce qu'il était le seul être qu'elle ait jamais rencontré à avoir toujours été honnête avec elle. Parfois trop direct, au risque de se montrer choquant ou blessant. Mais au moins, avec lui il n'y avait jamais de faux semblants. Chloé appréciait ce trait de caractère à sa juste valeur.
Oui tout cela était vrai et la jeune policière ne pouvait pas nier qu'elle aimait bien Lucifer Morningstar, mais tout de même, parfois vraiment il était... odieux ? Insupportable ? Même quand il se montrait sous son meilleur jour et qu'il paraissait faire des concessions, il arborait cette expression narquoise qui lui était propre et qui laissait clairement croire qu'il n'en pensait pas moins.
Tout en se prélassant quelques instants sous l'eau chaude, la jeune femme à son habitude se repassait le film complet, depuis le début. Une habitude de flic. Elle savait par expérience qu'au premier abord certaines choses importantes peuvent vous échapper. C'est souvent au deuxième ou troisième examen que l'on repère LE détail qui débloque une situation. L'ennui c'était que Lucifer échappait à toutes les règles habituelles. Il fallait ajouter à la (longue) liste de ses défauts sa détestable habitude de manipuler les gens dont il avait besoin pour obtenir exactement ce qu'il voulait. C'était sans doute ce que Chloé exécrait le plus chez lui. Il était prêt à payer en bons dollars, coucher, intimider, persuader... il était prêt à tout pour obtenir ce qu'il voulait.
Le pire pour Chloé avait sans doute été la fois où il avait manigancé dans son dos un arrangement avec sa supérieure pour devenir son coéquipier. Enfin, pas tout à fait. Un consultant, d'accord. Qui ne la lâchait plus d'une semelle depuis ce jour-là. Sauf bien sûr quand il trouvait que les enquêtes de sa partenaire étaient ennuyeuses. Monsieur voulait choisir. Une tête à claques, certains, jours, je vous jure ! Et son autre credo ? « Je veux vivre des expériences humaines, explorer ma mortalité ». Barjo. Cinglé ! Chloé se souvenait du jour où elle l'avait giflé. C'était précisément le jour où il avait été trouver Olivia Monroe, aujourd'hui chef de la police grâce aux combines souvent bien louches de Monsieur Morningstar.
Ah, il voulait des expériences ! En réalité, Chloé n'aimait pas se rappeler ce moment. Il était rare qu'elle se laisse aller comme ça : elle avait les nerfs solides et ne perdait pas facilement son sang-froid. Mais ce jour-là elle était excédée. Avec son horripilant sourire, Lucifer lui avait laissé croire… fait croire… qu'il allait révéler à Olivia que c'était elle qui lui avait tiré dessus. Durant les vingt minutes qu'avait duré leur entretien elle avait cherché mille explications à peu près plausibles à fournir, sans rien trouver. Et pour cause : il n'y avait strictement aucune excuse à son comportement. Elle avait perdu la tête, ça oui, mais si c'était une explication ce n'était pas justifiable pour autant.
- Oh, je suis désolée, mais il affirme être le diable immortel et il m'a demandé de lui tirer dessus pour vérifier, alors j'ai tiré.
Super. Avec une explication pareille, elle avait deux options devant elle : ou bien le bureau de chômage le plus proche ou bien la maison de fous. Personne ne prendrait le risque de laisser une arme à une dingue qui tire sur les gens pour voir si ça va leur faire quelque chose. Résultat, elle était sur les nerfs. Elle s'en voulait déjà tellement d'avoir tiré ! Quand Lucifer était ressorti du bureau d'Olivia, image même de l'autosatisfaction, Chloé avait compris qu'il n'avait rien dit. En revanche il avait obtenu de pouvoir travailler avec elle. Oh qu'elle l'avait détesté à cet instant-là ! Elle l'avait voué à toutes les gémonies de cet enfer dont il prétendait venir. Au fond, cette claque il l'avait bien méritée. Et cette manie de faire le pitre sans arrêt !
- Par tous les diables, ça fait mal ! avait-il glapi quand elle l'avait giflé, comme si elle l'avait frappé avec une matraque ou Dieu savait quoi…
Tout ça pour ensuite lui adresser son exaspérant sourire, tout en se penchant vers elle :
- Encore.
Il pouvait vraiment être pénible, quand il s'y mettait. Pourquoi s'amusait-il toujours à l'asticoter comme ça ? Mais surtout, comment était-il possible qu'un tel lien se soit formé entre eux malgré toutes ses... simagrées ? Chloé savait pourquoi elle repensait constamment à ce jour-là. Il avait marqué un tournant important de sa relation avec Lucifer. Ce jour-là elle avait enfermé à double tour, dans un coin secret de sa mémoire, tous les phénomènes étranges qu'elle avait observés. Ou cru observer. Chloé était une personne équilibrée et rationnelle. Un esprit cartésien. Elle s'en voulait énormément d'avoir failli croire à toutes ces bêtises. Au fond d'elle-même elle savait qu'elle n'avait pas rêvé, qu'elle avait vu des choses à priori impossibles, mais elle refusait d'y penser davantage. Parce que cela n'avait pas de place dans son existence, tout simplement. Ni dans sa tête. Lucifer jouait un rôle, rien de plus. De manière très convaincante, certes. Au point qu'elle avait failli s'y laisser prendre. Seulement, cela lui avait servi de leçon. Et il aurait dû se féliciter que ce soir-là elle ait visé sa jambe et non sa poitrine ! Et surtout qu'elle sache se servir d'un revolver. La balle n'avait pas pénétré dans la chair qu'elle n'avait fait qu'entamer au passage.
Depuis, Chloé refusait de voir certaines choses. Elle refusait, tout simplement. Passe encore pour ce don étrange qui permettait à Lucifer de faire cracher aux gens la vérité, même des vérités compromettantes ou dangereuses. Après tout, l'hypnose cela existe. Quant à la force quasiment surhumaine de son coéquipier... elle refusait de s'interroger là-dessus. Elle l'avait vu soulever un homme adulte qui devait facilement faire le double de son poids à bout de bras, d'une seule main, et l'étrangler à moitié. En projeter un autre à plusieurs mètres à travers une épaisse cloison de verre, tout cela d'un simple revers de main. Et bien d'autres choses encore. Des choses à priori impossibles. Tant pis : elle avait décidé que c'était l'influx de la colère qui décuplait ainsi les forces de son ami. Quoi ? Ce genre de chose est prouvé. Ça existe. Et au moins c'était une explication que son cerveau pouvait accepter et gérer sans souci. De toute façon, elle ne croyait pas au diable. C'est une allégorie, rien de plus. Une métaphore. Sans compter que même, oui même si le diable existait, l'ensemble des récits étaient formels : c'était un être totalement maléfique. Lucifer Morningstar, lui, n'avait de diabolique que le nom. Là-dessus, Chloé aurait joué jusqu'à sa propre vie !
La jeune femme coupa l'eau, sortit de la douche et s'enveloppa d'un peignoir douillet le temps de se sécher les cheveux. C'était l'un des problèmes qu'elle devait gérer au quotidien avec Lucifer : autant il pouvait être élégant et policé, toujours tiré à quatre épingles et tellement... tellement classe, quoi, admettons-le, autant il pouvait parfois se montrer terriblement violent. A vrai dire, dans la colère il avait quelque chose de réellement effrayant. Outre ses réactions toujours à fleur de peau que Chloé jugeait volontiers excessives, ses yeux dans ces moments-là avaient une telle expression... Il fallait le reconnaître, ses iris sombres paraissaient bel et bien, alors, brasiller de tous les feux de l'enfer. Chloé ne l'avait jamais laissé paraître mais il lui était arrivé d'en frémir. Elle n'aurait pas aimé que ce soit elle qu'on regarde de cette manière, ça elle en était certaine. Même si elle était un flic et qu'elle était armée. Pourtant là encore elle n'arrivait pas à avoir peur de Lucifer. Elle avait la secrète conviction que jamais il ne se retournerait contre elle. Jamais il ne lui ferait de mal, elle en était certaine. Elle avait même l'impression (mais là, peut-être qu'elle se faisait des illusions) qu'elle avait sur lui une certaine influence. Elle parvenait généralement à le calmer quand il entrait en fureur. Sans doute qu'au fond il était bien plus maître de lui qu'il le paraissait. Son bon sens reprenait assez vite le dessus. C'était un être à contrastes, cela se vérifiait à chaque instant. Car il était aussi capable de sensibilité. Oh oui. De cela Chloé était certaine.
Tiens, autre exemple de la personnalité pleine de contradictions de Lucifer : il était insupportablement puéril et se comportait régulièrement comme un sale gosse ; cependant lorsque par inadvertance Chloé plongeait son regard dans ses yeux noirs (chose qu'elle s'efforçait d'éviter, car il avait beau assurer que son « don » ne fonctionnait pas sur elle, elle s'en méfiait : elle l'avait trop souvent vu faire et la dernière chose au monde qu'elle souhaitait, c'était de laisser échapper certaines choses qu'elle refusait de se dire à elle-même). Bref, quand par hasard elle le regardait au fond des yeux, elle avait régulièrement l'impression de voir quelqu'un de beaucoup, beaucoup, beaucoup plus âgé. Peut-être bien aussi âgé que la création elle-même. On voyait dans ces yeux là une fêlure qu'elle ne s'expliquait pas mais surtout la lassitude de quelqu'un qui a vécu mille vies, qui a déjà tout vu et qui est revenu de tout. Ainsi que le reflet de plusieurs millénaires de solitude. La jeune femme y voyait aussi une blessure secrète mais toujours présente. Lucifer pouvait bien se cacher derrière son sourire moqueur et ses quolibets, il n'était pas aussi indifférent qu'il cherchait à le faire croire.
Chloé ne voulait pas vraiment chercher à comprendre pourquoi elle avait parfois ressenti le besoin d'être là pour lui. Quitte à abandonner Dan et sa fille. Après la mort du père Lawrence par exemple, elle avait senti Lucifer si bouleversé qu'elle n'avait pas pu faire autrement qu'aller le retrouver. Elle aurait dû passer cette soirée avec Dan, c'était elle-même qui était à l'origine de leur dîner en tête à tête, mais elle avait senti soudain que sa place était ailleurs. Que Lucifer avait bien plus besoin d'elle que son ex-mari. Que même le baiser qu'ils avaient échangé, comme si les choses étaient en train de changer et de se remettre en place... pouvait attendre. Oui c'était ça, ça pouvait attendre. Lucifer, lui, avait besoin de soutien dès à présent.
Inversement, lorsqu'elle même s'était sentie malheureuse, c'était auprès de lui qu'elle était allée chercher refuge...
