Hey! :D Je ne suis pas morte! *^* Je suis désolée de ne poster ce chapitre que maintenant: je n'arrivais pas à une fin correcte sans que le chapitre soit exagérément long (du coup j'ai coupé le méga chapitre en deux: il sortira plus vite ;D) :/ J'espère que ça vous plaira quand même :D

Angine: Yosh! :D Je suis désolée pour l'attente DX J'espère que ta patience sera récompensée et que ce chapitre te plaira autant que les autres :D Merci encore pour tes reviews et encouragements, et à bientôt! Biz! :3

Elyone: Salut! :D Je vais bien et toi? :D Je suis très contente que le chapitre t'ait plu (et tu as raison, le pauvre Dégel ne mérite pas ça :( Mais je jure que ça sera pour un mieux *^*) et je suis aussi très contente de savoir que le petit Liam t'intéresse ;D (Héhé, suspense ;D Mais en tant que fan inconditionnelle de Disney, tu peux imaginer que je ne laisserai pas ça se faire *^*) Merci encore pour ta review et tes encouragements: ça me fait chaud au coeur *^* (Vive Saint Seiya The Lost Canvas *O*) A très vite, en espérant que ce chapitre te plaira aussi :D Bisous! :3

Sur ce, enjoy :D


Le soleil était levé depuis plusieurs heures lorsqu'ils passèrent tous les trois la porte de la taverne, parés pour le départ. Un léger vent soufflait sur le village, tempérant à peine la douce chaleur qui régnait déjà. Croisant les bras, comme si elle ne savait pas quoi faire d'autre, Calvera s'humecta les lèvres et tenta une nouvelle fois:

-Vous devez vraiment partir?

Kardia poussa un léger soupir et posa la main sur la tête de Sasha, comme pour s'assurer qu'elle n'avait pas subitement disparu:

-Ouais: je dois ramener la miss au Sanctuaire avant qu'il ne nous arrive d'autres merdes de ce genre. Et puis, j'ai quand même un job à assurer: protéger le monde, c'est un travail à temps plein!

Calvera esquissa un sourire qu'il savait triste et le Scorpion haussa les épaules, faussement nonchalant:

-On repassera te dire bonjour un de ces quatre.

-Menteur.

-Je préfère « beau parleur ».

La jeune femme lui jeta un regard faussement las, un léger sourire au coin des lèvres, et Kardia lui adressa la même mimique, la singeant gentiment: c'était un petit peu à qui craquerait le premier, en gros. Qui ferait rire l'autre d'abord, qui résisterait le plus longtemps…

Mais ce fut Sasha qui poussa un petit rire, un rire pourtant plus détendu et naturel que celui qu'elle laissait échapper avant d'arriver ici. Kardia se redressa et fit craquer son épaule droite encore douloureuse du combat de la veille, légèrement mal à l'aise:

-Bon… Bah, merci pour tout hein.

Il savait pertinemment que Calvera était déçue de n'avoir droit qu'à un simple « au revoir », sans traitement de faveur. Pas un baiser, pas une étreinte, à peine un sourire,… Mais c'était au dessus de ses forces. Il avait cédé une fois de trop: hors de question de recommencer. Et puis, elle le savait. Elle savait à quoi s'attendre en lui proposant un tel pacte. Elle savait qu'elle n'y aurait droit qu'une seule fois.

Peut-être avait-elle espéré malgré tout qu'il prendrait conscience de son éventuel amour pour elle…

L'aimer, c'était une certitude: il aimait cette jeune femme. Mais elle n'était rien comparé à l'incendie que provoquait la simple pensée de Dégel. Bon sang, son simple prénom le rendait presque fou de désir! Comment pouvait-elle comprendre la passion qu'il ressentait pour son compagnon? Comment lui expliquer que, malgré le Dieu solaire qu'elle abritait, elle faisait pâle figure comparée à la beauté glacée du Verseau?

Kardia soupira légèrement: impossible. Jamais elle ne pourrait comprendre et accepter cela, il le savait, il la connaissait par coeur.

Alors, comme Sasha se jetait au cou de la jeune femme, des larmes d'émotion dans les yeux, Kardia se contenta de plonger dans ses yeux améthystes et de la regarder de longues secondes. Calvera avait l'air déçue, triste, mais en même temps… Résignée? Non, ce n'était pas le bon terme. Remplie d'acceptation? Oui, oui c'était ça. Elle le laissait partir, tout simplement, respectueuse de son choix.

La jeune femme soutint son regard et esquissa un sourire:

-Bon retour alors.

-Ouais… Merci.

Nouveau silence, nouvelle hésitation.

Avant qu'ils n'ouvrent la bouche en même temps:

-Prends soin de toi.

-Prends soin de toi.

Ils sourirent et Calvera laissa même échapper un petit rire amusé, bien vite rejointe par Sasha qui semblait ravie de ses adieux s'éternisant. Adieux trop longs, trop sentimentaux pour quelqu'un comme Kardia. Là, égoïstement, il voulait rentrer, retrouver Dégel et tenter de se faire pardonner. Et ses aux revoir trop longs le retardaient et les faisaient tous souffrir inutilement.

Alors, il ajusta sa Pandora Box sur son épaule et, croquant nonchalamment dans une nouvelle pomme, se retourna:

-Allez: en avant, la miss!

La petite fille adressa un énième « Au revoir, Calvera! Et merci pour tout! », avant de trottiner pour le rejoindre, serrant son fidèle chapeau de paille sur sa tête, comme si la légère brise qui caressait leurs joues pouvait le faire s'envoler.

Il se força à ne pas se retourner, à marcher droit devant lui. Sans doute que la jeune femme était encore debout sur le pas de sa porte, peut-être qu'elle leur faisait signe, espérant désespérément que Kardia se retourne, lui adresse un signe… Fasse demi-tour pour la serrer contre lui peut-être. L'embrasse.
Le Scorpion poussa un « Tss » agacé et pressa légèrement le pas: hors de question.

Il était égoïste. Trop égoïste, sans doute. Oh il le savait parfaitement, rien que sa vocation de Chevalier lui servait de prétexte pour réaliser son rêve, en aucun cas pour réellement protéger la Terre ou bien une Déesse dont il n'avait jamais vu ne fût-ce que le bout du nez.

Il était égoïste. C'est pour cela qu'il ne se retourna pas, se contentant de disparaitre du champ de vision de Calvera, sans un mot de plus.

Quand leurs silhouettes eurent disparus au coin du village, la jeune femme posa la main sur son ventre, comme si elle manquait de défaillir sous le coup du chagrin, et souffla, la voix rauque:

-J'attendrai ton retour…

Et lorsque des larmes émues et désespérées roulèrent sur ses joues, elle ne les essuya pas, les laissant simplement couler, dévaler son visage et goutter sur le sol. Elle savait que Kardia ne reviendrait jamais.

Elle se raccrochait simplement à ces quelques mots pour ne pas s'effondrer…

Elle avait été stupide de s'attacher si rapidement et si fort à lui… Elle aurait dû se douter qu'il finirait par repartir un jour ou l'autre…

Alors, Calvera, le soleil dans le dos éclairant ses superbes cheveux sombres, se contenta de souffler, comme un mantra, une bouée la raccrochant à la réalité:

-Je t'attendrai…

Et ses paroles furent emportées par le vent en même temps que les pétales de tournesols qu'elle avait posé à sa fenêtre…

$s$s$s$

-Elle avait l'air triste de nous voir partir.

-Tu crois?

Se moqua gentiment le Scorpion en croquant dans sa pomme, cynique. Sasha lui adressa un regard faussement réprobateur, ce regard vert brillant si particulier, et Kardia haussa les épaules:

-Bah quoi?

-Et toi aussi tu avais l'air triste.

Le grec haussa un sourcil: tiens? Ca c'était vu si fort que ça? Ou alors, la petite fille était vraiment très sensible aux émotions des autres au point que son dilemme croissant n'avait pas pu lui être caché bien longtemps?

-Ha bon? Moi? Triste?

Il insista bien sur les deux derniers mots de ses interrogations: triste et « Kardia » semblaient tout à fait incompatibles. D'ailleurs, il le savait parfaitement, il n'avait pas été triste de partir: qu'allait donc lui sortir la petite? Sasha semblait réfléchir intensément, la tête légèrement basse, les sourcils froncés, l'air perdue dans sa réflexion:

-Non… Triste n'est pas le bon mot…

Sans cesser de marcher, elle porta la main à son menton et le frotta distraitement entre son index et son pouce:

-Plutôt… Partagé.

-Ha?

-Oui: on aurait dit que tu voulais t'en aller au plus vite, mais qu'en même temps tu voulais rester encore un peu.

Kardia sentit un demi sourire étirer le coin de ses lèvres: pas bête la gamine. Plutôt futée même. Elle mettait les mots parfaits sur ce qu'il avait ressenti. Oh, mais hors de question de l'avouer! Il avait son honneur quand même! Il haussa légèrement les épaules et croqua de nouveau dans le fruit:

-Peut-être bien que oui.

Sasha leva ses grands yeux verts vers lui, sérieuse et pourtant toujours aussi douce:

-Tu aurais dû le lui dire.

-De quoi?

-Hé bien, que tu ne savais pas comment te comporter dans une telle situation.

Kardia renonça à nier et rit doucement:

-Ca ne nous aurait franchement pas avancés à mon avis.

Sasha haussa les épaules:

-Je pense que si: ça aurait permis d'exprimer ce que tu ressentais. Et je pense que ça aurait été une bonne chose: parler de ses sentiments avec les personnes concernées ça peut soulager tout le monde d'un certain poids, non?

Kardia fronça un sourcil et la bouscula légèrement, comme pour la perturber dans ses raisonnements, pourtant très justes, un sourire moqueur sur les lèvres:

-Ha ouais?

Léger silence, comme si elle cherchait les mots justes. Pour finir par n'en prononcer qu'un seul.
Limpide.

-Oui.

Et la simplicité dans ce mot serra le coeur du Scorpion: elle avait raison. Comment une enfant aussi jeune et inexpérimentée qu'elle pouvait elle mettre des mots aussi simples sur ce qu'il avait ressenti? Sur ce déchirement qu'il venait de subir?

Son sourire se teinta de légère surprise et de douceur, chose très rare chez lui: Sasha était vraiment une petite fille impressionnante. Il n'aurait jamais cru qu'elle pourrait faire preuve d'autant de maturité après aussi peu de temps. Il y avait à peine trois jours, elle était encore hésitante, peu sûre d'elle, la tête rentrée rentrée entre les épaules et les mains serrées sur les pans de sa robe: qu'était donc devenue la petite fille qui avait quitté le Sanctuaire avec lui?

Kardia sourit et ébouriffa doucement les cheveux mauves de la petite fille:

-Tu as grandi, miss.

Sasha sourit et lui adressa un léger clin d'oeil:

-C'est grâce à toi.

-Oh que non: (Il secoua les mains) tu as évolué toute seule, j'y suis pour rien.

La petite haussa les sourcils:

-Bien sûr que si: si tu ne m'avais pas emmenée ici et si tu ne t'étais pas mis en danger pour moi, je n'aurais jamais été capable d'aller de l'avant.

Kardia haussa les épaules:

-T'exagè-...

Il se tut: Sasha venait de se serrer contre lui, enfouissant son visage dans sa tunique beige et refermant ses petits bras contre lui avec une vigueur impressionnante. Légèrement mal à l'aise, il toussota et essayant de se dégager:

-Oh, tu vas pas te mettre à chialer en plus!

-Merci, Kardia.

Le Scorpion écarquilla les yeux et cessa de gigoter:

-Quoi?

Il devait avoir mal entendu: jamais personne ne l'avait remercié aussi chaleureusement et honnêtement. Aussi simplement et paisiblement.

-Merci.

Et quand elle répéta ses paroles en levant de grands yeux brillants vers lui, Kardia sentit son coeur manquer un battement, très différent de ce léger serrement qu'il ressentait avant une crise. Plus chaleureux, plus doux, plus…

Lumineux.

Le Scorpion entrouvrit les lèvres lorsque son coeur se mit à battre la chamade dans sa poitrine: là, autour du petit corps de Sasha,… Il ne pouvait pas se tromper, c'était un cosmos. Un cosmos doré, brillant, rempli d'amour et de gentillesse honnête, de douceur,…
Le même que celui que dégageait la statue du Sanctuaire…

Kardia s'accroupit et posa la main sur la tête de Sasha, l'air soudain grave:

-On va être honnête, miss.

-Hu?

-Je suis malade du coeur.

-Heu… (Hésita Sasha, ne voyant pas où le Scorpion voulait en venir) Oui, je sais, tu l'as expliqué l'autre j-…

-Est-ce que tu sais précisément ce qu'est le cosmos?

-Le cos… Heu, hé bien, oui, je pense…

-Alors dis-moi honnêtement: qui es-tu?

Sasha déglutit difficilement, tenta de baisser les yeux… Ne put échapper aux orbes si claires que Kardia braquait sur elle. Souffla:

-Je… Je suis… (Elle haleta, paniqua légèrement, écarquilla les yeux et balbutia) Je suis un apprenti Chevalier de Bronze…

-Tu vise quelle armure?

-Celle de Pégase.

Répondit-elle immédiatement, sans une seule seconde de trop ni de moins, sûre d'elle. Assurée dans son mensonge.

Kardia la regarda encore deux longues secondes, presque rien,… Et pourtant, Sasha avait l'impression que ce silence durait depuis des siècles avant qu'il ne se redresse en soupirant:

-Je m'en doutais.

-Ha?

-Je me disais bien qu'avec un cosmos pareil tu ne pouvais pas être une simple servante.

Le sourire triomphant sur ses lèvres laissait bien entendre qu'il la croyait, et la petite fille poussa un léger soupir soulagé et rassuré, imperceptible pour quiconque: sauvée. Elle n'avait pas eu à lui dire qui elle était vraiment… Même si, d'un certain côté, depuis qu'elle avait scellé Tezcatlipoca, elle se sentait plus apte à l'annoncer aux yeux du monde.

Son sourire se fit plus assuré: oui. Une fois de retour au Sanctuaire, elle montrerait à tous qui elle était, mais surtout qu'elle était prête à accepter son rôle dans cette guerre qui ne tarderait plus…

-Seulement…

Elle leva les yeux et Kardia reprit lentement:

-J'ai l'impression que ton cosmos est bien puissant pour un simple Bronze…

Sasha se raidit:

-H-ha bon?

Le Scorpion posa des yeux légèrement plissés et suspicieux sur elle, comme s'il savait qu'elle cachait encore quelque chose:

-Rappelle-moi d'en parler à ton maître une fois qu'on sera rentrés au Sanctuaire: tu mérites plus qu'une armure de Bronze.

La petite fille se dessina un sourire soulagé et ravi:

-D'accord!

Kardia lui adressa un sourire attendri, sans pour autant que cette légère lueur orangée ne disparaisse de ces yeux clairs:

Tu me caches quelque chose, miss: laisse-moi juste le temps de trouver quoi. (Il esquissa un sourire mauvais) J'ai toujours été très doué avec les secrets…

C'était dire s'il savait de quoi il parlait…

Mais il perdit petit à petit son sourire lorsqu'il se rendit compte qu'à présent, il avait de nouveau un secret à cacher à Dégel… Juste alors qu'il venait de découvrir sa maladie…
Kardia grimaça légèrement et passa la main dans sa nuque: mauvais ça…

Très mauvais…

$s$s$s$

-Voilà le livre que tu m'as demandé.

Sisyphe sourit lorsque Dégel lui remit délicatement l'ouvrage entre les mains, comme s'il s'agissait d'un trésor extrêmement précieux:

-Merci beaucoup, Dégel.

-Je t'en prie: j'espère qu'il te sera utile pendant ton voyage.

Le Sagittaire ajusta sa Pandora Box sur son épaule et rangea précautionneusement le livre dans son sac:

-J'en suis certain: merci encore.

-C'est normal: c'est pour notre bien à tous.

Répondit simplement le Verseau en esquissant un léger sourire. Il n'était pas vraiment inquiet pour son cher livre: il savait que Sisyphe en prendrait soin. Et puis, il savait que cette mission était de la plus haute importance au vu de l'air grave qu'avait le Pope en lui demandant de donner plusieurs livres au Sagittaire. Il n'en savait pas plus, mais il se contentait d'obéir. Il n'avait pas vraiment la tête à ça…

Sisyphe ajusta une nouvelle fois la lanière de sa Pandora Box sur son épaule, presque un léger tic, avant de passer la main dans ses cheveux:

-Bon, je vais y aller: mon bateau part dans une demi heure.

Dégel hocha légèrement la tête, compréhensif:

-Bien sûr: bon voyage et bonne mission.

-Merci.

Sourit simplement le Sagittaire en lui adressant ce sourire lumineux et d'une simplicité renversante dont il avait le secret. Puis, il posa la main sur l'épaule du français:

-Ne t'en fais pas trop pour Kardia.

S'il ne contrôlait pas parfaitement ses émotions, Dégel aurait peut-être frémi, sursauté. Mais au lieu de ça, il cligna paisiblement des yeux:

-Je ne m'en fais absolument pas.

Après tout c'était vrai: si cet abruti assez bête pour aller se faire tuer en Amérique du Sud, grand bien lui en fasse! Ce n'était en aucun cas son problème! Quoique… Kardia n'était ni majeur, ni vacciné… Ce qui pouvait s'avérer quelque peu problématique. Mais bon, là n'était pas a question.

Sisyphe lui adressa un sourire légèrement moqueur, montrant clairement qu'il n'était pas dupe:

-C'est moi qui suis allé te chercher à Bluegraad, Dégel. Je crois que je te connais assez pour savoir que tu t'inquiètes plus que tu ne veux le laisser croire.

-Navré de te dire ça, mais c'est faux.

Le blond haussa les épaules en poussant un soupir rieur:

-Comme tu veux.

Puis, s'assurant une dernière fois qu'il avait tout ce qu'il lui fallait, il se retourna et, après avoir adressé un dernier signe au Verseau, Sisyphe s'éloigna paisiblement vers le port. Dégel jugea inutile de lui retourner son signe vu qu'il lui tournait désormais le dos (si, je vous jure) et il se retourna à son tour, bien décidé à remonter au 11ème temple et à continuer ses recherches.

Ce faisant, il passa une main distraite sur son visage, étouffant un léger bâillement: il avait passé la nuit entière à chercher le bouquin le plus approprié à la demande du Pope et de Sisyphe, et quand il avait pensé pouvoir s'endormir, il avait de nouveau réfléchi à cet étrange malaise. Quelques jours auparavant, alors qu'il faisait des recherches sur la maladie de Kardia, son coeur s'était brusquement serré dans sa poitrine, l'air n'était plus parvenu à ses poumons, et il s'était effondré sans s'en rendre vraiment compte.

Vraiment, il ne comprenait pas ce qu'il lui était arrivé: il allait pourtant parfaitement bien. Du moins, c'était ce que le médecin du Sanctuaire lui avait affirmé dès le lendemain de son malaise.

Etrange, vraiment étrange…

-Ah, Dégel.

Le Verseau se retourna à demi, adressant un regard légèrement surpris au gardien du dixième temple:

-Qu'y a-t-il, El Cid?

L'espagnol se rapprocha de lui, son casque sous le bras et sa longue cape blanche claquant derrière lui, toujours aussi calme et posé qu'à son habitude:

-Le Pope te demande: c'est urgent.

Tiens, étrange. Que pouvait bien lui vouloir Sage à une heure aussi avancée de la journée? Le coeur du Verseau fit un léger bond dans sa poitrine: peut-être avait-il des nouvelles de Kardia? Bonnes ou mauvaises.

Bon, rester calme, ne rien laisser paraître.

-Merci, j'y vais tout de suite.

Mais comme il se retournait, El Cid le rappela, la voix légèrement plus hésitante, comme s'il ne parvenait pas à trouver les bons mots:

-Oh et… (il passa une main légèrement mal à l'aise dans sa nuque) Pour ce que tu as vu tout à l'heure…

Dégel jeta un coup d'oeil par dessus son épaule et manqua d'esquisser un sourire: oh… El Cid voulait donc parler de cette proximité suspecte avec Sisyphe et du baiser passionné qu'ils avaient échangé avant de le regarder partir à regret. Bien évidemment, qu'il les avait vus. Il était en train de descendre vers le neuvième temple pour apporter au Sagittaire le livre qu'il lui avait réclamé quand il était presque tombé sur eux.

D'un côté, voir et comprendre quel lien unissait ses deux frères d'armes l'avait soulagé: bon, si la nouvelle de sa relation avec Kardia s'ébruitait, ils ne seraient pas les seuls dans le cas. Ou du moins, Sisyphe et El Cid se montreraient plus compréhensifs et peut-être prendraient-ils leur défense. Ca lui avait fait comprendre que ce que le Scorpion et lui faisaient n'était pas mal, loin de là.

Puisque des personnes aussi saines d'esprit que Sisyphe et El Cid partageaient la même chose, ce n'était certainement pas une mauvaise chose, non?

Alors, se retournant pour dissimuler son léger sourire à la fois amusé et rassuré, Dégel souffla:

-Je n'ai rien vu du tout.

Il put presque entendre le soupir soulagé de l'espagnol dans son dos tandis qu'il se dirigeait vers le treizième temple, le coeur plus léger qu'avant.

Oui, quand il reviendrait, il devrait absolument expliquer à Kardia ce qu'il ressentait, lui faire part de ses réflexions sur leur… « Couple »… Et tout ça, en plus de lui remonter les bretelles une bonne fois pour toute!

$s$s$s$

Accoudé au bastingage du bateau qui le mènerait en Amérique du Nord, au lieu de sa mission, Sisyphe poussa un léger soupir en passant distraitement le pouce sur ses lèvres: ce voyage lui faisait peur, il ne pouvait pas se mentir. Le Pope avait eu l'air légèrement mal à l'aise de la lui confier, mais en même temps… Le Sagittaire lui en aurait voulu toute sa vie s'il ne l'avait pas fait.

C'était à lui d'aller chercher l'armure d'or du Lion… A lui de retrouver et de ramener avec lui celui qui dégageait ce cosmos si lumineux. Son neveu, Régulus.

Sisyphe passa la main sur son visage: il avait peur de ne pas parvenir à convaincre l'enfant de le suivre: après tout, il ne le connaissait pas. Peut-être ne le croirait-il pas lorsqu'il lui annoncerait être son oncle, le frère cadet de son défunt père. Peut-être ne savait-il même pas ce qu'était le cosmos? Franchement, cette mission et son importance double le rendait légèrement nerveux.

Parce qu'en plus de tout ça, il devait absolument se renseigner sur les fameux Dieux Jumeaux:

-Hypnos et Thanatos…

Souffla machinalement le Sagittaire. Selon le Grand Pope, ces deux oiseaux-là étaient aussi dangereux qu'Hadès lui-même, peut-être même pire au niveau de la perfidie et de la ruse. Il fallait absolument s'en débarrasser avant un affrontement avec le Dieu des Enfers, pour être sûr que rien ne se mettrait en travers de leur chemin déjà semé d'embûches…

Un coup de vent légèrement plus violent secoua son long bandeau rouge derrière lui et il plissa légèrement les yeux:

-..yphe!

Le grec se retourna: tiens, il aurait pourtant juré que quelqu'un venait de l'appeler. Bizarre… Il haussa les épaules: bah, ça devait être le vent!

Bon. Se concentrer et accomplir ses missions dans l'ordre. Peut-être pouvait-il commencer à lire ce fameux livre qui lui donnerait les premiers renseignements sur les Dieux Jumeaux?

-Sisyphe!

Le Sagittaire cligna des yeux et se redressa: ça faisait déjà la deuxième fois qu'il avait l'impression qu'on l'appelait. Ou bien était-ce son imagination? Non, deux fois, ça devenait trop répétitif pour simplement être le vent. Alors, il leva la tête, plissa les yeux lorsqu'il aperçut que quelqu'un lui adressait de grands signes depuis le bateau qui se rapprochait du sien,…

Ecarquilla des yeux exorbités lorsqu'il reconnut la petite fille aux courts cheveux mauves debout sur les épaules d'un jeune homme aux cheveux bleus et à l'énorme sourire niais sur les lèvres… Et tous deux lui adressaient de grands signes du bras qui faisaient balancer la petite Déesse de gauche à droite, manquant à chaque instant de la faire passer par dessus bord.

Sisyphe s'étouffa avec sa propre salive, manqua de tomber en avant, se rattrapa in extremis au bastingage et pointa un doigt accusateur sur les deux guignols qui lui faisaient presque face en balbutiant:

-D-d-d-d-d-déesse Athéna?!

La petite fille semblait rire aux anges, ravie, lumineuse… Plus assurée qu'avant. Bon, premier point positif: elle n'avait rien. Mais nom d'un chien quelle idée stupide de se tenir sur les épaules de ce psychopathe de Scorpion! Elle allait valser en mer, c'était inévitable!

Sans les quitter des yeux, Sisyphe adressa des signes frénétiques au capitaine du bateau:

-Faites demi-tour immédiatement!

Le capitaine lui jeta un regard éberlué, comme s'il ne pouvait pas croire ce que venait de lui ordonner le Sagittaire:

-Oh mais…

-Tout de suite!

S'égosilla-t-il avant de porter les mains à ses lèvres pour en amplifier le cri:

-Kardia! Fais-la descendre tout de suite!

-Quoiii?!

Un frisson à la fois agacé et effrayé secoua les épaules du Sagittaire et il se mit à hurler, ce qui, il fallait avouer, était extrêêêmement inhabituel de sa part (c'était dire si le comportement de Kardia l'énervait):

-FAIS-LA DESCENDRE!

-OK!

Sisyphe se sentit défaillir lorsque le Scorpion attrapa les pieds de Sasha pour la soulever encore plus haut, en un équilibre encore plus instable. Et le sourire de cet abruti de Kardia s'élargissait à chaque seconde qui passait.

Oh bon sang, dès qu'on est au port, je jure que je l'étrangle!

Seul Kardia du Scorpion pouvait mettre Sisyphe du Sagittaire dans un tel état d'énervement. Et ça, notre arachnide doré préféré le savait parfaitement.

Harcèlement? Naaan!

Disons juste qu'il passait ses nerfs sur quelqu'un avant d'affronter le regard glacial du Verseau… Lui, peur? Kardia grimaça légèrement: certainement… Probablement…

$s$s$s$

-Je compte sur toi, Dégel.

-Je ne vous décevrai pas, Grand Pope.

Le Verseau baissa la tête avant de se redresser et de se détourner du trône de son supérieur, se dirigeant d'un pas décidé vers la grande porte.

Des nouvelles de son maître? A un moment pareil? Et puis, surtout, comment un homme aussi puissant que lui pouvait-il avoir besoin d'aide au point d'envoyer une missive aussi désespérée et hâtive au Sanctuaire? Le français fit claquer sa langue contre son palais: vraiment, c'était inquiétant. Jamais il n'aurait pensé qu'une personne comme Crest aurait besoin d'aide…

Et puis il semblait que la missive ait été envoyée depuis la France: que faisait donc son maître dans un pays aussi éloigné de la Sibérie? Sa Sibérie qu'il ne quittait jamais! Non, il y avait définitivement un problème, quelque chose de louche… Quelque chose d'anormal qui l'inquiétait légèrement.

Dégel referma la lourde porte du treizième temple et descendit les marches vers son temple d'un pas décidé, les sourcils légèrement froncés: bon, tant pis pour cet idiot impulsif de Kardia. Dès ce soir, il faisait ses bagages et partait pour la France. Ou bien ferait-il mieux de partir à l'aube? Ou alors peut-être devait-il…

Mais ses réflexions 'arrêtèrent net lorsqu'il arriva au onzième temple. Il sentit son coeur manquer un battement et il s'arrêta net à l'entrée de ses appartements: là, à l'opposé de la onzième maison, pile en même temps que lui, un jeune homme venait d'apparaitre. Un jeune homme à la tunique beige et au long foulard rouge. Un jeune homme aux longs cheveux marines et aux yeux bleus clairs.

Kardia.

Même s'il avait voulu souffler son prénom, Dégel n'aurait rien pu articuler tant sa gorge était serrée par l'émotion et la surprise: il déglutit difficilement, incapable de faire un pas de plus, incapable de détacher ses yeux de ce visage qui lui avait tant manqué… Tiens, il avait des pansements sur les joues? Et ce bras qu'il tenait légèrement plié? Le Verseau grimaça intérieurement: où est-ce que cet imbécile était encore allé se fourrer?!

Ils restèrent ainsi de longues secondes, peut-être même une ou deux minutes, en silence, se fixant sans pouvoir bouger ou dire quoi que ce soit. Puis, après un long moment de silence gêné, Kardia haussa légèrement les épaules et esquissa un sourire faussement penaud:

-Je suis rentré.

Court silence, juste le temps que Dégel s'assure que sa voix ne tremblerait pas lorsqu'il répondit aussi paisiblement que possible:

-Tu en as mis du temps.

Le Scorpion sourit un peu plus largement, comme rassuré par la réponse de son compagnon:

-Le Mexique c'est pas la porte d'à côté, tu sais.

-J'ai étudié mes leçons de géographie: je sais où se trouve le Mexique.

-Quel homme!

-Tu n'as pas besoin de me le rappeler.

Kardia sembla hésiter, passa la main dans sa nuque, sans pour autant oser se rapprocher, comme si une barrière invisible l'empêchait de s'avancer vers lui:

-C'est vraiment sympa comme pays, je pense que ça te plairait.

-Tu n'auras qu'à me prévenir la prochaine fois que tu feras bêtement le mur après m'avoir avoué ta maladie.

Le Scorpion esquissa une grimace penaude: ça, il s'y attendait. Il se doutait bien que Dégel ne se contenterait pas de l'accueillir à bras ouvert avant de se jeter à con cou. Il imaginait bien qu'il aurait droit à des remarques et à des réprimandes. Enfin, c'était toujours mieux que le silence glacial auquel il s'était préparé!

Dégel sembla pousser un léger soupir:

-C'était vraiment immature, tu le sais, ça?

Kardia haussa légèrement les épaules:

-Ouais… J'avais… (Il chercha ses mots quelques secondes puis souffla) J'avais besoin de réfléchir.

-Et réfléchir dans ta chambre c'était trop compliqué pour toi?

-Bah…

-C'est un de tes multiples défauts: tu fais tout dans l'excès et dans l'exagération.

-Ce sont pas des synonymes?

-Je vois que tu as appris un nouveau mot pendant ton voyage: félicitation.

-Merci bien.

-Tu le fais exprès, n'est-ce pas?

Kardia haussa un sourcil et fronça légèrement l'autre, se dessinant une mimique moqueuse sur les lèvres:

-Tu crois?

Dégel leva les yeux au ciel et secoua la tête:

-Tu es exaspérant.

-Tu m'as manqué aussi.

Alors qu'il commençait peu à peu à reprendre pied avec la réalité, le Verseau se tut subitement et pinça les lèvres, les poings soudain serrés. Kardia cligna des yeux surpris et se rapprocha d'un pas:

-Dégel?

-Ne m'approche pas.

Ce fut au tour du grec de s'arrêter subitement, les yeux écarquillés sous le coup de la surprise, comme si Dégel l'avait giflé. Il hésita, entrouvrit les lèvres, tendit la main:

-Mais je…

-Je ne peux pas encore mettre ma rancune de côté. Tu vas devoir attendre un peu avant de reprendre tes aises comme s'il ne s'était rien passé.

Dégel avait presque l'air désolé. Presque. Non, en fait, il avait plutôt l'air légèrement déçu, comme s'il s'en voulait de ne pas pouvoir donner au Scorpion ce qu'il voulait. Et ça, Kardia pouvait le comprendre. La tête basse, il inspira profondément pour s'empêcher de réagir violemment, comme à son habitude: il devait absolument se contrôler, montrer qu'il avait muri,…

-Est-ce que je peux au moins m'excuser?

Une légère lueur étonnée éclaira le regard améthyste du Verseau: tiens donc, depuis quand sa majesté présentait-elle ses excuses de son propre chef? Il plissa les yeux: non, ce n'était pas normal. Il devait attendre quelque chose en retour. Sans doute un contact physique. Certainement un contact physique.

Dégel secoua légèrement la tête:

-Je n'ai pas le droit de t'en empêcher, mais ne compte pas sur moi pour les accepter dans la seconde. (Il plissa les yeux et grinça, faussement ironique) J'aurais peut-être besoin de réfléchir un peu, moi aussi.

Kardia poussa un petit rire moqueur et leva les yeux au ciel:

-C'était petit ça.

-Tu peux parler.

Le Scorpion leva légèrement les bras:

-J'abandonne: je suis trop crevé pour essayer de gagner cette petite joute aujourd'hui.

Kardia s'avança d'un pas assuré vers le Verseau, sans le quitter des yeux, comme pour l'empêcher de détourner le regard ou de fuir. Dégel déglutit difficilement et sentit son coeur s'emballer dans sa poitrine quand le grec se retrouva juste à côté de lui. Côte à côte, regardant chacun dans une direction opposée, si proches et pourtant si éloignés,… Un frisson remonta le long du dos du jeune homme aux cheveux verts: bon sang, pourquoi son corps réagissait-il aussi violemment à la simple présence du Scorpion à ses côtés?! Pourquoi ne parvenait-il pas à le contrôler?!

Ridicule! Tout simplement ridicule!

-Je suis vraiment désolé.

Le murmure de Kardia manqua de le faire se retourner tant la tension qui s'était érigée entre eux devenait insupportable, tant il avait besoin d'un simple contact. Même la paume de sa main sur son épaule serait suffisant! Dégel s'empêcha de frissonner, de réagir même. Il ferma simplement les yeux et souffla:

-Pas autant que moi…

Il entendit Kardia pouffer légèrement, presque rien. Ce petit rire qui lui était si particulier, teinté ici d'une légère once de moquerie déçue:

-Si tu savais…

Puis, il s'éloigna, simplement, sans un mot de plus, respectueux du choix de son frère d'armes. Et l'air de rien, Dégel en était impressionné. Qu'avait-il pu arriver au Scorpion pour qu'il murisse à ce point? Comment parvenait-il à se maitriser? Etait-ce l'oeuvre de la simple fatigue? Autre chose?

Après quelques secondes, peut-être une petite minute, le Verseau se retourna à demi et appela calmement:

-Kardia?

Ce dernier se retourna à son tour, un air surpris et légèrement interloqué sur le visage:

-Hm?

Léger silence, peut-être le temps que le jeune homme aux cheveux verts parviennent à se faire violence:

-Je suis heureux que tu ailles bien.

Kardia écarquilla les yeux sous le coup de la surprise: impossible! Dégel, Son Dégel, ne pouvait tout simplement pas avoir dit une chose pareille aussi clairement! C'était tout bonnement impossible! Et pourtant,… Un sourire ravi étira les lèvres du grec puis il pouffa en se désignant du pouce:

-Et moi donc!

Dégel leva les yeux au ciel:

-Contente-toi d'aller à l'infirmerie et restes-y.

-Mais j'y comptais bien!

-Alors qu'est-ce que tu attends?

-C'est toi qui me retiens, je te signale, monsieur l'intellectuel.

Le Verseau poussa un soupir désespéré: deux minutes que cet idiot était rentré, et il avait déjà mal à la tête… Épuisant… Tout simplement épuisant…

Mais lorsqu'il referma la porte de ses appartements sur lui, il s'y adossa, le souffle haché, la poitrine soulevée par une respiration irrégulière et les joues teintées de rouge. Portant la main à son coeur, Dégel se laissa glisser sur le sol en haletant:

-Kardia…

Il ne pouvait pas se mentir comme il mentait aux autres: même s'il ne pouvait pas encore lui pardonner entièrement, il était incroyablement heureux et soulagé que le Scorpion soit de retour au Sanctuaire, et en un seul morceau qui plus est. Et puis…

Et puis cette chaleur qu'il dégageait… Cette aura si lumineuse et intense… Ses yeux perçants… Son corps… Sa voix… Oh bon sang, sa simple voix légèrement rauque et tellement assurée… Qu'est-ce qu'elle lui avait manqué… Qu'est-ce que les frissons qu'elle provoquait lui avaient fait défaut!

Dégel frissonna et enfouit son visage entre ses mains:

-Tu m'as fait tellement peur, abruti…


Et voilà :) J'espère que ce premier acte des petites retrouvailles vous aura plu ;) Parce qu'au fond, Kardia ne s'est pas encore clairement excusé, et Dégel ne lui a pas encore pardonné: le plus dur reste à venir! Et puis, va-t-il découvrir le nouveau secret de notre Scorpion? A moins qu'il ne le lui avoue?... Et après tout, miss Sasha a encore une chose à avouer, non? ;3 (tant de choses prévues dans ce prochain chapitre!)

J'espère que vous aimerez aussi le prochain chapitre (que je préfère à celui-ci (à la base j'avais un seul énorme chapitre, mais du coup, j'allais mettre trop de temps pour publier le suivant, alors je préfère le mettre en deux parties :)) mais tant pis) ;)

Gros bisous et à bientôt :D