Bien le bonsoir tout le monde! :) J'espère que vous allez bien, vous et vos proches. J'avais prévu de sortir le chapitre la semaine passée, mais au vu des évènements qui sont survenus, j'ai estimé que c'était un peu déplacé :( Je pense que vous comprendrez ;/

J'espère de tout coeur que vous vous portez tous bien, que votre famille va bien aussi et que vos amis sont en sécurité.

Elyone: Coucou! :D Chouette alors ^^ Je suis très contente et soulagée de voir que le chapitre précédent t'a plu :'D Ca me rassure énormément :3 Haha ne t'en fais pas: c'était plus pour le léger malaise qu'elle ressent XD (c'est trop mignon XD) Haha je suis tellement contente que Liam te plaise :'D (je l'aime bien aussi ce petit-là :'D) On ne le verra pas vraiment dans ce chapitre mais dans le suivant: courage ;) (Noooooon! pas les dragons! DX (héhé, tu aimes aussi Game of Thrones? ;D Que de bons gouts ma foi! ;3)) Mes proches vont bien, merci beaucoup (et je vais bien aussi d'ailleurs) :') J'espère qu'il en est de même pour toi :') Encore merci pour ta review et ton soutien: ça me motive énormément ^^ Gros bisous et à bientôt! 3

GriniAngel: Salut salut! :D Je suis très contente que ma fic te plaise: ça me fait énormément plaisir :D Je suis aussi rassurée de voir que leurs retrouvailles t'ont plu :'D Je n'en étais pas trop sûre mais si tu as aimé, tant mieux :D (oui, les grandes effusions, ce n'est pas pour eux UoU) J'espère que sa réaction sera à la hauteur de tes espérances ;D Héhé ça arrive ;3 Encore merci pour ta review et à bientôt :D 3

Angine: Hey! :D Ah ça, pour tomber de haut, ça va faire haut XD Réponse dans ce chapitre: j'espère qu'il te plaira ;3 Je suis tellement heureuse de voir que la fic te plait :'D Ca me fait chaud au coeur :) Encore merci et à bientôt :D 3

Vu l'énorme masse de travail que je me ramasse (tant de poésie en moi) et les examens qui approchent, j'espère pouvoir poster le chapitre suivant avant le début de ma session (ça devrait le faire mais bon, mieux vaut prévenir que guérir!) :)

Sur ce, bonne lecture! :D


Des mains qui agrippent ses épaules, des ongles qui le griffent… Cette chaleur étouffante que le corps serré contre le sien dégage…

Il halète: il ne voit rien. Tout est noir autour de lui. Tout est sombre et brûlant. Il ne peut que sentir les courbes du corps invisible qu'il tient contre lui, ses muscles fins, ses longs cheveux,… Et sa voix suppliante à chaque nouveau mouvement:

-Kardia!

Il a de plus en plus de mal à respirer: son coeur se serre dans sa poitrine, l'élance toujours plus. Il n'ose pas parler. Il n'ose pas se prononcer, choisir… Enfin, deux yeux améthystes lui apparaissent et Kardia y plonge en soupirant, enfouissant son visage dans la gorge de ce corps qu'il espère reconnaitre malgré l'obscurité, ce corps qu'il connait par coeur:

-Dégel…

Mais quand il rouvre les yeux, il réalise que les longs cheveux se coulant dans le dos de ce corps sont d'un noir de jais… Et que ces formes sont bien féminines… Il écarquille les yeux, balbutie:

-Ca… lvera?…

Il veut se reculer, se refuser, fuir… Mais les bras qui l'emprisonnent le retiennent mieux que des liens d'acier, et puis… Cette voix… Et ces yeux… Kardia a de plus en plus de mal à respirer:

-Aide-moi…

Un sourire soulagé étire ses lèvres: là, dans les ténèbres de son cauchemar, une main lumineuse tend vers lui. Une main qu'il reconnait au premier coup d'oeil. Alors, Kardia lève le bras, effleure du bout des doigts la main salvatrice qui le touche presque, et son murmure résonne autour de lui, faisant disparaitre ce poids qui pesait sur sa poitrine:

-Dégel…

Kardia ouvrit les yeux en haletant, le front parsemé de légères perles de sueur froide, le corps trempé de cette même transpiration et le coeur battant à tout rompre. Il lui fallut quelques secondes pour reconnaitre le plafond de l'infirmerie du Sanctuaire, ses rideaux tirés de part-et-d'autre du lit, cette légère odeur de désinfectant… Il referma les yeux, tentant de respirer plus paisiblement: cette infirmerie, comme n'importe quelle infirmerie en général, lui rappelait trop de mauvais souvenirs.

Des traitements infects et inefficaces, des crises toujours plus douloureuses, des incisions toujours plus profondes, des saignées inutiles,… Et puis cette odeur qui commençait à lui donner mal à la tête… Il soupira légèrement: si il n'y avait que sa tête! Son épaule lui faisait un mal de chien (le médecin avait dû la re-briser pour que l'os puisse se ressouder efficacement), sa clavicule, n'en parlons même pas, sans oublier cette merveilleuse contusion au genou droit qui l'empêcherait sans doute de marcher correctement avant deux ou trois jours… La grande joie, vraiment.

-Si tu pouvais éviter de serrer mon bras aussi fort, je t'en serais reconnaissant.

Kardia sursauta légèrement, rouvrit les yeux et haleta, surpris:

-Dégel?!

Il n'y avait pas d'erreur possible! Ce visage de porcelaine, ces yeux améthystes, ces longs cheveux verts,… Et ce bras sur lequel il avait refermé les doigts pendant son sommeil… Le Scorpion écarquilla des yeux surpris et le lâcha vivement:

-Oh, désolé!

-Il n'y a pas de mal. (Répondit doucement Dégel en se frottant distraitement le bras) Ton cauchemar ne devait franchement pas être des plus rassurant vu la violence avec laquelle tu t'es accroché à moi.

Kardia esquissa un sourire fatigué:

-Disons qu'il n'était pas très reposant.

-Pauvre bébé.

-J'aurais bien besoin d'un câlin ou d'un bisou magique alors?

-Pour ça, arrange-toi avec les infirmières.

Le Scorpion grinça des dents et croisa les bras sur son torse, l'air faussement boudeur:

-Tu sais bien que c'est de toi dont je parle.

-Bien sur que oui: contrairement à toi, je ne suis pas complètement idiot.

Rétorqua Dégel en levant les yeux au ciel. Le Scorpion ouvrit la bouche en se redressant, la referma, la rouvrit,… Et abdiqua en poussant un soupir las, se laissant tomber sur sa couchette. Puis, après un court moment de silence, Kardia reprit doucement:

-Tu es resté ici toute la nuit?

Le Verseau haussa les épaules:

-Peut-être bien que oui…

-Hmpf… C'est gentil.

-Tu aurais fait pareil pour moi.

-J'ai déjà fait pareil pour toi, nuance.

Dégel roula des yeux las et passa la main dans ses cheveux, les ébouriffant légèrement comme pour se donner du temps pour réfléchir:

-Kardia?

-Hm?

-J'aimerais que tu ne m'interrompes pas pendant la prochaine minute.

-Ha? (Rétorqua le Scorpion, interloqué) Comment ça?

Dégel hésita et passa une main mal à l'aise dans sa nuque:

-Tu sais que j'ai énormément de mal à mettre des mots sur mes émotions, alors je voudrais que tu ne rendes pas la tâche plus difficile qu'elle ne l'est déjà. Je pense que tu en es capable, non?

Kardia fronça les sourcils et esquissa un sourire moqueur:

-Avec une raison pareille, tu m'étonnes que je vais faire un effort pour ne manquer aucun mot de ces révélations.

Le français ne releva même pas et s'humecta les lèvres:

-Tu es la personne qui me fait le plus peur au monde, je pense que je te l'ai déjà dit. J'y ai réfléchi et je commence à croire que tu vas me donner plus de cheveux blancs que la vieillesse elle-même.

Kardia sourit et haussa les épaules, comme pour s'excuser silencieusement. Mais déjà, Dégel continuait:

-J'ai peur de toi en tant que personne, de la cruauté dont tu peux faire preuve, de cette lumière dans tes yeux quand tu te mets à te battre,… Mais je me suis rendu compte qu'en fait, j'avais surtout peur de… (Il se tut un instant, réfléchissant à ses mots) De te perdre.

Le Scorpion écarquilla des yeux étonnés, agréablement surpris: depuis quand Dégel parvenait-il à exprimer ainsi ce qu'il ressentait? Et depuis quand était-il devenu assez mature pour cesser de se mentir en cachant ses émotions du mieux qu'il pouvait? Qu'est-ce qui l'avait donc fait murir de la sorte?

-Quand tu m'as avoué que tu risquais de mourir à cause de cette maladie, j'étais en colère, bien sûr. Mais j'ai surtout eu peur, peur de devoir continuer sans toi. Est-ce que tu comprends?

Kardia ouvrit la bouche puis se résigna et hocha lentement la tête, encourageant silencieusement son compagnon à continuer. Rassuré, Dégel déglutit:

-Je sais que c'est stupide d'avoir peur de te voir mourir: nous sommes des Chevaliers d'Athéna, c'est notre mission de mourir pour protéger notre idéal, mais… Mais même si je voulais me mentir et me le cacher, nous restons des êtres humains avant tout, non? Alors je crois que… Que ces sentiments que je veux moi-même amputer sont plus forts que je ne le pensais… Ce… Cet « attachement » que je ressens pour toi est devenu si fort que vivre sans toi m'est devenu inimaginable. Et quand tu es parti sans me prévenir, sans rien pour te protéger ou te soigner si jamais tu avais une crise… (Dégel soupira en se pinçant légèrement l'arête du nez) Je n'ai jamais eu aussi peur de toute ma vie.

Il rit doucement et se détourna:

-Excuse-moi, ce genre de sentimentalisme ne me va pas du tout. Je suis ridicule.

Mais il sursauta légèrement lorsque la main chaude et rassurante de Kardia se posa sur la sienne, lorsque ses doigts s'entremêlèrent doucement avec les siens, comme pour le rassurer:

-Tu n'es pas ridicule, mon Dégel…

Le Verseau cligna des yeux, incapable de répondre quoi que ce soit, incapable de réagir lorsque Kardia se redressa paisiblement, calmement:

-Tu es simplement toi. (Il passa son autre main sur la joue si claire de son compagnon, créant un contraste presque irréel tant sa main était hâlée comparée à la pâleur raffinée du français) Tu es tout simplement honnête avec toi-même. Et c'est là ton vrai toi, le visage que tu refuses d'accepter, celui que tu refuses de montrer aux autres…

Dégel sentit sa lèvre inférieure se mettre à trembler légèrement, presque imperceptiblement:

-C'est là le visage que je voulais découvrir derrière ce masque de glace que tu avais toi-même construit. Et c'est pour ça que je t'aime, Dégel.

Le Verseau sentit son coeur tressaillir dans sa poitrine comme les mots de Kardia, si rassurants, parvenaient à son cerveau, comme sa caresse sur sa joue parvenait enfin à son système nerveux,… Le Scorpion sourit:

-Alors non, bien sûr que non, tu n'es pas ridicule.

-Kardia…

Le soupir qu'il laissa échapper lui sembla ridicule tant sa voix était faible par rapport à l'assurance chaleureuse de son compagnon. Le Scorpion se recula légèrement, écartant largement les bras, le serra vigoureusement contre lui:

-Allez, viens-là.

Dégel esquissa un sourire à la fois ému et moqueur: pour qui le prenait-il? Pour un enfant? Pour un être faible? S'imaginait-il vraiment qu'il allait se jeter dans ses bras et se mettre à pleurer? Non, bien sûr que non.

Pourtant, alors qu'il s'était convaincu qu'il pourrait au moins faire semblant de se débattre, il se blottit contre le corps si brulant du Scorpion et referma ses bras contre lui pour souffler à son oreille:

-Je suis désolé de ne pas avoir su te dire tout ça immédiatement.

Kardia poussa un petit rire amusé, passant une main rassurante dans le dos de son compagnon, comme pour l'apaiser:

-T'en fais pas: des erreurs j'en fais plus que toi.

-Ca c'est clair.

-Mauvaise langue.

-Sale gosse.

Le Scorpion poussa un soupir rieur puis enfouit son visage dans les cheveux de Dégel, inspirant ce doux parfum qui lui avait tant fait défaut:

-Tu m'as tellement manqué…

Le Verseau se tendit légèrement dans ses bras, comme s'il s'était de nouveau refermé, comme si cet accès d'émotivité n'avait été qu'un mirage, qu'un effort surhumain qu'il ne serait pas capable de reproduire de sitôt. Pourtant, lorsque ses mains froissèrent légèrement la tunique de Kardia, Dégel souffla:

-Moi aussi.

Même sans le voir, le grec sut que son compagnon rougissait légèrement et que ces quelques mots avaient été difficiles à prononcer. Alors, esquissant un sourire à la fois moqueur et attendri, Kardia se dégagea légèrement et, passant deux doigts sous le menton de Dégel, il lui redressa le visage pour effleurer doucement ses lèvres, comme s'il voulait éviter de l'effrayer, lui laisser l'opportunité de se refuser à lui, de lui résister,… De jouer.

Mais étrangement, après une demi seconde sans réaction, Dégel abdiqua et, fermant les yeux à demi, il se pencha en avant, capturant les lèvres du Scorpion à son tour. De doux et légèrement hésitant, leur baiser devint immédiatement assoiffé, sulfureux, et le Verseau avait l'impression que l'air ne parvenait plus à ses poumons.

Mais c'était si bon: ce contact, cette chaleur, cet incendie… Tout lui avait tant manqué. Et même s'il en avait légèrement honte, il savait que les simples lèvres de Kardia ne lui suffiraient pas bien longtemps… Il avait l'impression que leurs deux corps étaient entrés en résonance, se réclamaient l'un l'autre,… Le Scorpion passa les mains dans son dos, le calant plus fermement contre lui, comme pour l'empêcher de se dégager, le convaincre de ne pas le laisser,…

Comme il avait envie de rester là, serré dans les bras de Kardia, cajolé, rassuré, aimé… Comme si cette simple étreinte, la simple présence du Scorpion pouvait faire disparaitre tous ses soucis, tout ce qui les entourait…

Et pourtant, Dégel parvint à se reculer, les pommettes rosées et le souffle court. Kardia passa une langue gourmande sur ses lèvres et murmura, la voix légèrement rauque et pourtant si basse que le Verseau dut presque se pencher de nouveau pour l'entendre:

-Tu sais ce que j'ai envie de faire, là, maintenant?

Dégel sentit un frisson remonter le long de son échine: bien sûr qu'il savait. Il avait envie de la même chose après tout. Mais… Mais…

Il poussa un soupir rieur et ajusta son col:

-N'oublie pas qu'il y a d'autres patients que toi dans cette salle.

Kardia poussa un long soupir, gémissant exagérément, et Dégel tapota son épaule avec un air faussement compatissant:

-Ca va devoir attendre.

-Mouais…

Le grec croisa les bras sur son torse, boudeur, et Dégel se leva:

-Tu vas où?

-Me changer: le Grand Pope nous a demandés.

Kardia se redressa vivement dans son lit, faisant grincer les lattes en bois:

-Comment ça?

Le Verseau haussa les épaules:

-Je n'en sais pas plus: il nous a simplement fait demander. Nous devons nous rendre dès que possible au treizième temple pour une information de la plus haute importance.

Kardia fronça légèrement le nez: bizarre, bizarre… Il venait de rentrer: Sage n'allait tout de même pas les envoyer en mission immédiatement, non?! Ou bien voulait-il lui remonter les bretelles d'avoir fait le mur pendant tout ce temps?

Rien que de penser à ce qui l'attendait, le Scorpion, aussi brave soit-il, sentit un léger frisson remonter le long de ses bras: bon, calmos. Il expliquerait au Pope qu'il avait eu affaire à des Spectres et hop, le tour serait joué. Kardia poussa un demi soupir soulagé: c'était dans la poche.

-Tu te sens capable de te lever?

-Tu crois quoi? Que je suis au bord de la mort?

Dégel fronça un sourcil peu convaincu et détailla son frère d'armes avec un air presque désolé:

-Vu la couleur de ton visage, permet-moi d'exprimer quelques inquiétudes.

Le Scorpion leva les yeux au ciel et se leva d'un bond, s'empêchant de grimacer lorsque son genou se rappela douloureusement à lui:

-Et là tu doutes toujours?

Dégel lui adressa un demi sourire:

-Il fallait bien une petite pique pour que tu quittes aussi rapidement ton lit…

Kardia resta immobile et silencieux une longue seconde avant d'adresser une grimace agacée à son compagnon:

-T'es vraiment un emmerdeur!

-Quelle originalité.

Une fois les armures enfilées, tous deux se dirigèrent vers le treizième temple à une allure modérée (mieux valait ne pas en faire trop après seulement un jour de repos). Kardia étira ses bras en arrière et bâilla bruyamment:

-Han la vache… Mais quelle idée de nous faire appeler aussi tôt?...

Dégel esquissa une moue désespérée et soupira, las:

-Kardia, un peu de tenue.

-J'en peux rien moi! Le vieux nous fait appeler alors que je ne suis rentré qu'hier! Il m'aurait bien laissé un peu de temps: je suis crevé!

-Rappelle-moi qui a réussi à se mettre dans la situation de perdre la vie tout seul? (Il pointa un doigt accusateur sur son frère d'armes tout en ajoutant) Tu sais, je pense que tu es ton propre problème.

-Oh ça va hein!

Grommela le Scorpion en lui jetant un regard mauvais, plus pour la forme que par véritable colère: c'était vrai au fond. Personne ne l'avait envoyé en mission ou forcé à partir: il était le seul responsable de sa fatigue. Mais ça, il n'allait pas l'avouer: il avait sa fierté. Quoique, au fond… Même s'il s'était excusé et que c'était de sa faute, Dégel et sa colère bornée y étaient quand même pour quelque chose! Comment?! Lui?! Essayer de se justifier?! Naan!

Comme Kardia entrouvrait la bouche pour feuler une vague accusation dans le seul but de faire enrager son frère d'armes, un léger mouvement devant eux le fit taire: de larges ailes dorées dans le dos, un bandeau rouge dans les cheveux, l'air légèrement troublé,… Ca ne pouvait être qu'une seule personne.

-Tiens: est-ce que ça ne serait pas Sisyphe par hasard?

Le Sagittaire, car c'était lui, fronça légèrement les sourcils, se dessinant un air las sur le visage, comme si la simple présence de Kardia l'exaspérait déjà. Mais alors qu'un léger sourire ravi étirait les lèvres du Scorpion, Sisyphe ferma les yeux et poussa un soupir résigné:

-Il… Semblerait que je doive te remercier…

Il hachait ses mots, comme si chaque syllabe lui demandait un effort violent. Franchement, malgré le côté jouissif de la situation (après tout, le Grand Sisyphe en personne venait de le remercier! Il avait de quoi l'emmerder pour des années!), Kardia fronça légèrement les sourcils:

-Me remercier?

-On dirait.

-… Moi?

Sisyphe leva les yeux au ciel comme Dégel gratifiait en même temps son confrère d'un coup de coude dans le ventre:

-Tu m'as parfaitement entendu, ne joue pas les innocents.

Kardia ricana vaguement, massant vaguement son ventre douloureux: il adorait faire enrager les autres, mais faire enrager Sisyphe, c'était particulièrement drôle. Mais il y avait quand même un petit quelque chose qui le perturbait… Qu'avait-il donc fait pour mériter des remerciements de la part de son aîné? Survivre? Vaincre un Spectre et même un Dieu?

Non… Il avait l'étrange impression que Sisyphe parlait d'autre chose…

Et quand il poussa la porte du treizième temple, son cerveau encore engourdi mit quelques secondes à analyser les différents éléments qui se présentaient devant lui:

Tiens… Pourquoi il n'est pas assis le vieux? (Il leva les yeux vers le trône) Il l'a fait repeindre et il doit attendre que ça sèche? (Il fronça les sourcils) Hm? Marrant, il a mis une énorme poupée dessus! Ah non c'est une petite fille en fait, je suis con.

Mais lorsqu'il reconnut les courts cheveux mauves de l'enfant, et lorsque son superbe regard vert se mit à briller de joie, d'amusement et d'une légère culpabilité désolée, mais surtout lorsqu'il vit le sceptre sacré qu'elle tenait dans sa main, Kardia écarquilla les yeux et sentit sa mâchoire se déboiter d'une bonne dizaine de centimètres.

Trône, plus Pope debout, plus Sasha assise dessus, plus Sceptre d'Athéna en main, plus toge blanche et servantes derrière le siège,…

Tout ça était égal à…

La lumière se fit dans son esprit pile au moment où Dégel s'agenouillait et au moment où la petite voix fluette, et pourtant assurée, de Sasha s'élevait:

-Enchantée de vous rencontrer, Dégel du Verseau,… (Elle marqua un léger temps d'arrêt et esquissa un clin d'oeil mutin) Kardia du Scorpion,…

Sasha?!

-Je suis l'Athéna de cette ère: je compte sur vous pour la Guerre Sainte qui s'annonce.

Kardia ne parvenait pas à s'agenouiller, ne parvenait pas à donner à son visage l'expression neutre de Dégel qu'il tentait d'imiter (quoique là il le regardait plutôt avec agacement et questionnement), ne parvenait pas à recoller tous les morceaux…

Sasha… Sa petite Sasha, si faible et tristounette, si inoffensive et sans défense…
Sasha était…

Athé… na?

Attendez un peu! Ca voulait dire qu'il avait traîné leur Déesse protectrice, celle qu'ils devaient protéger, hors du Sanctuaire?! Qu'il l'avait mise en danger de mort?! Qu'à cause de sa stupide fuite, il avait failli faire basculer le sort de la guerre en faveur du Dieu des Enfers?!

Quand enfin ces mots s'illuminèrent dans sa tête, alors qu'un autre aurait pu s'angoisser d'avoir traité sa Déesse de la sorte, Kardia poussa un petit rire étouffé et porta la main à son coeur:

-Une Guerre Sainte, hein?

Il pouvait presque entendre Dégel le gronder, il pouvait presque sentir son regard agacé dans son dos. Après tout, il ne pouvait pas comprendre pourquoi Kardia se comportait si familièrement avec elle, avec leur Déesse.

Le sourire du Scorpion se teinta de douceur et, portant la main à son coeur avec une honnêteté dont il pensait ne jamais pouvait faire preuve, il pencha légèrement la tête sur le côté, adressant un clin d'oeil à la petite fille qu'il devrait désormais appeler Athéna:

-Quoi de mieux pour servir sa Déesse?

Sasha poussa un petit rire (rassuré ou bien amusé par le visage rempli d'incompréhension du Verseau, Kardia ne savait pas vraiment) et il s'agenouilla lentement, incapable de quitter cette petite fille des yeux:

-Oui. Je compte sur vous.

-Tu peux bien, princesse…

Et le clin d'oeil complice qu'ils s'échangèrent arracha un froncement de sourcil au Verseau, et un sourire amusé et attendri au Grand Pope.

Tout cela ne change rien au fait qu'on devrait parler de tout ça, mademoiselle la cachotière!

$s$s$s$

-Je le savais qu'elle avait quelque chose de différent cette petite! Je le sentais dans mes tripes quand elle me regardait! (Clamait Kardia en remuant les bras, trop ému et survolté pour se contenter de simples mots incapables d'exprimer complètement ce qu'il ressentait) Elle avait… Il y avait cette lumière dans ses yeux et dans son cosmos! Parce que je l'ai senti son cosmos, hein! Je suis pas non plus le dernier des cons!

-Tu l'as déjà dit…

Soupira Dégel en levant discrètement les yeux au ciel. Le Scorpion se tourna vers lui, les sourcils haussés:

-Ha bon? T'es sérieux?

-Je crains que oui.

-Ha. Bizarre, j'étais sur que je ne l'avais pas dit. Enfin bref! Je le savais qu'elle était plus que ce qu'elle disait! Je le sentais! En plus elle m'a bien eu, la menteuse! La cachotière! Elle a réussi à garder le secret jusqu'au bout cette petite…

-Kardia!

-Quoi?

-Tu te rends compte que tu parles de notre Déesse, n'est-ce pas?

Court silence, juste le temps que Kardia hausse les épaules:

-Pff, on est potes avant tout!

Dégel poussa un long soupir et déposa un verre d'eau sur la table de nuit:

-Certes…

Assis sur son lit, les mains sur les chevilles, Kardia esquissa une grimace:

-Beurk! C'est quoi ça?!

Le Verseau haussa un sourcil:

-Tes médicaments: le médecin t'en a prescris plusieurs pour te remettre sur pied, et d'autres pour ton coeur.

-Hein?!

-Où étais-tu quand il te les a donné?

Rétorqua simplement Dégel, las: bon sang! Heureusement qu'il était là pour veiller sur la santé de cet imbécile suicidaire! Il serait mort depuis longtemps sinon! Mais quand commencerait-il enfin à se soigner correctement, nom d'un chien?!

Kardia se pencha en avant, fronça le nez en observant avec suspicion les différentes poudres et autres médications que Dégel venait de poser sur sa table de nuit, renifla vaguement, puis passa la langue en grommelant:

-Ils ont l'air dégueu! Moi vivant, je touche pas à ces horreurs!

-Justement c'est pour te maintenir en vie que tu dois les prendre, idiot.

Le Scorpion poussa un soupir boudeur et croisa les bras sur son torse, tandis que Dégel se pinçait l'arête du nez en soupirant:

-Contente-toi de les prendre matin et soir sans te poser de questions. (Il plissa les yeux et feula, moqueur et provocateur) Tu devrais en être capable non? Ne pas réfléchir ni te poser de questions, c'est ce que tu fais tous les jours, il me semble.

Comme il s'y attendait, il put presque voir les cheveux de Kardia se dresser sur sa tête, et ses sourcils se froncer dangereusement tandis qu'il se redressait:

-Quoi?!

Non mais, il était sérieux?! Bien sûr qu'il réfléchissait et se poser des questions! Surtout depuis que… Le Scorpion retint une grimace: surtout depuis cette « histoire » avec Calvera… Un léger frisson secoua ses épaules et son énervement retomba d'un coup:

-Figure-toi que je me pose pas mal de questions.

-J'en doute fort: ton cerveau n'est pas assez développé.

Alors que Dégel s'attendait à une réaction exagérée, ce qu'il cherchait en provoquant le Scorpion de la sorte, il dut s'empêcher d'exprimer sa surprise lorsque Kardia lui jeta un regard las et sombre:

-Heureusement que je peux compter sur ton soutien en cas de situation difficile…

Le Verseau haussa légèrement les sourcils: étrangement, il avait l'impression que Kardia était comme blessé. Voire même triste. Depuis quand se vexait-il pour une petite pique pareille? Que se passait-il donc dans sa petite tête?

Dégel plissa les yeux et s'assit sur le bord du lit, intrigué:

-Tu es sérieux?

Kardia tourna la tête, comme incapable de soutenir son regard, ou plutôt non, comme s'il lui en voulait et refusait de le regarder. Comme s'il avait quelque chose à cacher… Dégel leva les yeux au ciel:

-Tu exagères…

-Je ne sais faire que ça apparemment.

-Tu vois, même toi tu l'admets.

Cette fois-ci, ce fut au tour de Kardia de lever les yeux au ciel avant de lui jeter un regard meurtrier:

-Tu fais vraiment chier quand tu veux, Dégel, tu le sais ça?

Le Verseau esquissa un millième de sourire et se pencha en avant, presque rien, juste ce qu'il fallait pour que le Scorpion lui jette un regard brillant de curiosité. Dégel plongea dans le bleu des yeux du grec, hésita une demi seconde avant de souffler sur un ton qu'il ne se connaissait pas, posant son index sur le torse de son frère d'armes:

-Faut-il que je me fasse pardonner à mon tour?…

L'air surpris que lui renvoya Kardia valait tout l'or du monde: un air à la fois averti et pourtant si naïf:

-Hein?

Dégel pencha légèrement la tête sur le côté, esquissa un sourire aussi charmeur et se redressa:

-Qu'est-ce que tu fabri-…

La voix de Kardia s'étrangla dans sa gorge lorsque le Verseau entreprit d'ôter son t-shirt avec une lenteur diaboliquement calculée. La bouche entrouverte, les yeux écarquillés, le Scorpion entreprit de détailler centimètre par centimètre la peau d'ivoire que lui dévoilait lentement son frère d'armes: cette gorge si tentante, ces clavicules qui ressortaient légèrement, ses épaules immaculées,…

Il sentit une bouffée de chaleur remonter jusqu'à son visage et il failli craquer, se jeter sur lui dans la seconde. Mais lorsqu'il croisa ses yeux, ses yeux améthystes si particuliers, un frisson le secoua légèrement lorsque la pensée de Calvera effleura son esprit. Avec regret, mais déterminé, il se retourna vivement:

-Ca va, j'ai pas besoin de chantage pour…

Il se tut de nouveau: Dégel venait de prendre sa main et de la porter à ses lèvres:

-Ce n'est pas du chantage: quelqu'un m'a dit que toute excuse méritait une récompense.

Kardia sentit un frisson remonter le long de sa colonne vertébrale: qu'est-ce qui lui prenait à cet animal? Depuis quand prenait-il l'initiative de…

Ses yeux s'écarquillèrent légèrement lorsque les lèvres si parfaites de Dégel effleurèrent sa main, presque rien, si léger qu'il aurait presque pu s'imaginer avoir rêvé ce contact. Un léger soupir surpris lui échappa:

-Dé-?

Sa voix s'étrangla une nouvelle fois: le Verseau venait de poser les mains sur ses épaules pour le pousser doucement sur son lit. Le souffle court, Kardia sentit une nouvelle vague de chaleur et d'excitation remonter le long de sa colonne vertébrale, leurs respirations déjà légèrement hachées s'entremêlant en coeur.

Assis à califourchon sur lui, Dégel, les pommettes rouges mais l'air parfaitement neutre, souffla:

-Si tu t'es excusé, je ne l'ai pas encore fait. Du moins, pas correctement.

-Qu'est-ce que tu?...

Le Scorpion avait énormément de mal à se contenir, à s'empêcher de réagir à ces provocations bien trop intenses. Le corps tant aimé de Dégel était là, à quelques millimètres du sien, leurs bassins déjà en contact, à la fois si plaisant et pourtant si frustrant, séparés par leurs pantalons de lin. Il déglutit difficilement: trop, c'était trop de distance entre eux que ces quelques millimètres. Il voulait plus.

Mais quand le Verseau se pencha en avant, presque jusqu'à effleurer ses lèvres, Kardia haleta, se retenant difficilement:

-Tu n'es pas obligé de faire ça.

Un léger sourire moqueur étira les lèvres de Dégel:

-Je ne fais pas ça que pour toi, Kardia du Scorpion.

Il ouvrit lentement, consciencieusement, la chemise de son compagnon, un bouton à la fois, comme pour faire durer le plaisir, cette douce torture… Puis, il murmura:

-Je fais surtout ça parce que j'en ai envie, et parce qu'un certain arachnide doré m'a expliqué que je devais un peu plus montrer mes émotions et mes désirs. (Il haussa un sourcil provocant) Tu devrais être content, non?

Posant un doigt sur le torse désormais dénudé du Scorpion, il se pencha encore et souffla à son oreille:

-Tu devrais être heureux de voir que je fais des efforts pour toi, Kardia… Et tu sais pourquoi je fais tant d'efforts? Pourquoi j'initie la chose?

Le jeune homme aux cheveux bleus esquissa un sourire mauvais:

-Parce que ça t'a manqué mais que tu ne sais pas comment me l'avouer?

-… Il y a peut-être de ça. (Avoua lentement Dégel, et Kardia sut qu'il venait de rougir d'avantage) Mais je fais surtout ça parce que je t'aime.

Le grec écarquilla les yeux: est-ce que?… Non, il devait avoir mal entendu: Dégel ne pouvait tout simplement pas avoir dit une chose pareille aussi clairement! Si?

Il faillit refermer les bras sur lui, le serrer contre lui, le renverser sur le lit et le faire sien sur le champ. Faillit. Puis, lorsque leurs yeux se croisèrent de nouveau, une boule se forma dans son ventre lorsque le visage de Calvera se dessina. Et lorsque la culpabilité lui fit détourner les yeux, il souffla, posant doucement mais fermement ses mains sur les épaules du Verseau, comme pour le repousser:

-Je suis en convalescence, on devrait peut-être…

-On m'a aussi dit qu'il n'y avait pas de meilleur remède.

Et quand les lèvres de Dégel se posèrent sur les siennes, tendrement, délicatement, Kardia sentit toute ses belles résolutions s'évanouir. L'air lui manquait presque, ses bras se levaient trop lentement,… Mais bien vite, une espèce de décharge électrique le secoua tout entier et il referma brusquement les bras sur lui, approfondissant leur baiser, le transformant en cette étreinte brûlante et affamée dont ils avaient l'habitude.

Dégel poussa un soupir teinté de gémissement, étouffé par leur baiser, et un sourire étira les lèvres du Scorpion tandis que leurs souffles s'accéléraient imperceptiblement: même en essayant de mener la danse, le Verseau restait trop prude, trop timide et délicat. Pourtant, il avait suffit de ce simple contact, de ces simples paroles pour que Kardia surpasse sa culpabilité.

Et puis, après tout il…

Oh et puis merde!

Le grec se redressa et, sans cesser de serrer Dégel contre lui, fit glisser ses lèvres sur sa gorge, lui arrachant un halètement lascif et surpris. Les mains du Verseau se perdirent dans les boucles marines de Kardia, caressèrent sa nuque et le haut de son dos. Et, bien que légèrement hésitantes au début, ses caresses se firent plus assurées, rendues moins prudes par l'excitation qui grimpait en flèche.

Lorsque les lèvres du Scorpion atteignirent son torse, Dégel plaqua vivement les mains sur ses lèvres pour étouffer un cri surpris:

-Pas… Si vite…

Haleta-t-il, la voix étouffée derrière les paumes de ses mains légèrement tremblantes. Kardia pouffa légèrement et, agrippant son compagnon par les hanches, le cala contre lui en poussant un grognement ravi:

-Rappelle-moi qui a commencé?

Dégel se cambra légèrement, comme pour laisser une distance raisonnable entre leurs visages:

-Je sais, mais tu vas…

-Ne crois pas que tu es le seul a avoir souffert de cet éloignement, mon Dégel. (Il sourit) Et laisse-moi entendre ta voix.

Dégel rougit furieusement et secoua la tête:

-On risque de nous entendre.

-Oh mais je veux qu'on nous entende. Que tout le monde sache que nous ne faisons pas la cuisine ou autre chose.

Le souffle haletant de Dégel lui arracha un nouveau ricanement et, agrippant doucement mais fermement ses poignets, il effleura le dos de la main du Verseau de ses lèvres:

-Ne te retiens pas, mon Dégel…

Le français frémit et poussa une légère exclamation surprise lorsque Kardia inversa soudainement leur position, le plaquant à son tour sur le lit, le dominant de toute sa hauteur:

-Qu'est-ce que tu?...

-Tu as fait beaucoup d'efforts aujourd'hui: laisse-moi te donner un coup de main.

Il ne put retenir un léger ricanement mauvais en adressant un regard entendu à son compagnon:

-Si tu vois ce que je veux dire…

Si Dégel (devenu rouge pivoine sous l'allusion) voulut rétorquer ou refuser cette « aide », le Scorpion ne l'entendit pas. Il avait de nouveau fondu sur lui, incapable de réfléchir à autre chose qu'à ce corps si cher qu'il serrait contre lui:

-Dégel…

Le Verseau porta une main à ses lèvres et haleta, comme s'il tentait d'étouffer sa voix:

-Ka… rdia…

Bon sang, ne dis pas mon nom avec une voix et des yeux pareils!

Grommela intérieurement le Scorpion avec un sourire. Dégel souffla, les joues rouges:

-Ce n'est pas comme si je le faisais exprès…

Ah oui, c'était vrai, Kardia avait failli oublier cette connexion mentale qui les unissait et qui semblait toujours se renforcer un peu plus. Et encore une fois, le grec s'empêcha de grimacer: il devait absolument éviter de penser à Calvera, surtout à un moment pareil ou leurs esprits aussi bien que leurs corps, ne faisaient plus qu'un.

-Ca t'a vraiment manqué, hein?

Dégel rougit violemment et enfouit à son tour son visage dans l'épaule de son compagnon:

-Alors… Alors ne me fais pas attendre plus longtemps, idiot…

Kardia pouffa légèrement dans sa gorge et, comme il redressait le bassin de son compagnon, souffla dans le creux de sa gorge en y déposant un baiser:

-Qui aurait cru que tu étais si impatient, mon Dégel…

Le Verseau se cambra brusquement en étouffant un cri ravi quand, enfin, leurs corps s'unirent, peut-être un peu trop vite et douloureusement. Mais il ne pouvait pas imaginer attendre plus longtemps: il avait déjà trop attendu, trop patienté, trop angoissé même. Il voulait simplement que Kardia l'aime une nouvelle fois.

Il se cambra brusquement en se mordant la lèvre jusqu'au sang, refusant de laisser échapper un cri: oh bon sang, il ne pourrait jamais s'habituer à ce sentiment, à cet incendie si dévastateur qui brûlait tout sur son passage,… Et surtout, à son beau masque indifférent qui disparaissait bien trop vite.

Mais il ne pouvait pas imaginer rester impassible dans un moment pareil: Kardia savait parfaitement où l'embrasser, où effleurer sa peau, où le toucher pour qu'il perde la tête en une fraction de secondes. Et puis, il ne pouvait pas se mentir: ce contact, cette chaleur, cette union… Tout lui avait tant manqué. Bien que, plus encore que cela, c'était la chaleur brillante, si lumineuse, du Scorpion qui lui avait fait défaut.

Certes, son corps, sa voix, ses yeux,… Tout lui avait manqué. Mais quel bonheur de retrouver enfin la lumière ardente qui éclairait sa vie. Et puis… Et puis…

Dégel haleta et referma les bras sur le dos du Scorpion, griffant légèrement ses omoplates tant le plaisir qui le submergeait était intense, répétant une litanie mêlée de soupirs et de gémissements:

-Kardia…

Le Scorpion grogna vaguement puis esquissa un sourire, le souffle court:

-Je suis là, mon Dégel…

Il se pencha en avant et, passant les bras dans le dos du Verseau, le serra contre lui, comme s'il pouvait se fondre en lui encore d'avantage, avant de souffler, la voix légèrement rauque:

-Je ne te laisse plus…

Le français tenta d'offrir un sourire apaisé à son frère d'armes, tenta… Parce que son demi sourire se mua en halètement ravi, halètement qui arracha un nouveau sourire à Kardia:

-Tu es superbe.

Il se pencha en avant, plaquant ses lèvres sur celles, tant aimées, de son compagnon, comme pour s'assurer que c'était bien lui et non pas un autre de ces rêves mensongers et trompeurs. Mais non: cette sensation, ce parfum si particulier, cette voix, ce corps,… Et même ce sang qui avait roulé sur ses lèvres si blanches. Tout était réel, tellement réel qu'il avait l'impression que sa tête lui tournait, grisée par le trop de sensations.

Oh que non, il ne partirait plus comme ça: il resterait avec son Dégel pour le rassurer.
Et pour veiller sur lui.

Il s'en faisait la promesse. Autant à lui-même qu'à Dégel.

$s$s$s$

Kardia entrouvrit difficilement les yeux et les referma tout aussi vite avec un grognement fatigué: trop de lumière. Sans doute que Dégel avait ouvert les rideaux exprès. Ce n'était pas vraiment son genre, mais au vu de l'initiative de la veille, il fallait s'attendre à tout!

Passant une main lasse sur ses yeux, le Scorpion poussa un soupir: étrange initiative d'ailleurs... Qui ne ressemblait absolument pas à Dégel. Il avait immédiatement compris que le Verseau cherchait à se faire pardonner, certes, mais certainement pas de sa bouderie. On aurait plutôt dit qu'il cherchait à le distraire... Comme s'il avait quelque chose à cacher et qu'il devait se dépêcher de faire ça, dans la précipitation…

Kardia esquissa un sourire: il l'avait vu, il l'avait compris, mais il avait décidé de jouer le jeu, et surtout d'en profiter! Il était tellement rare que Dégel fasse le premier pas, il pouvait bien jouer l'imbécile un petit peu, non? Et puis, quelle nuit! Quel bonheur de retrouver enfin les bras de son compagnon!

Son sourire se mua en une légère grimace: il avait réussi à effacer le souvenir de la culpabilité vis-à-vis de Calvera pendant qu'ils faisaient des galipettes, mais il ne parvenait pas réellement à oublier qu'il avait sacrément merdé sur ce coup-là... Il espérait juste que Dégel n'avait rien remarqué...

Il secoua légèrement la tête: non, quand ils en venaient à un tel niveau d'extase, le Verseau pouvait à peine parler ou construire des phrases cohérentes. Sans doute n'avait-il rien remarqué.
Du moins, il l'espérait.

Kardia bâilla bruyamment et s'assit lentement: bon, se lever, se préparer, manger et câliner encore un peu son petit français. A moins qu'il ne fasse tout en sens inverse? Un sourire carnassier étira ses lèvres: mais c'était que ça sonnait bien comme programme!

Parfaitement réveillé grâce à son petit débriefing mental, le Scorpion se leva en passant une main dans ses cheveux en bataille, lorgna sur le petit mot posé sur la table de nuit et…
Attendez une minute…

Kardia fronça les sourcils et attrapa le morceau de papier en grommelant:

-Qu'est-ce qu'il a encore été faire, cet oiseau… (Il haussa un sourcil surpris et souffla) Là?..

C'était une lettre, une lettre de Dégel...

« Kardia,

Vu que tu dormais trop, je n'ai pas eu le temps ni la permission d'attendre ton réveil pour m'en aller: le Grand-Pope m'a confié une mission en France et je dois m'y rendre au plus vite. Au vu de la soirée et de la nuit dernière, je présume que je n'ai pas besoin de m'excuser pour ce départ précipité, non?

Ne fais pas de bêtises en mon absence surtout (et prend tes médicaments si tu veux vivre assez longtemps pour m'accueillir à mon retour),

Dégel. »

Franchement, Kardia faillit s'énerver. Il manqua de laisser éclater la colère et la frustration, de pousser un cri, voire même un hurlement, avant de se ruer à toute vitesse vers le bas du Sanctuaire, là où Dégel était peut-être encore,… Mais au lieu de ça, il ferma les yeux, inspira profondément… Souffla longuement en serrant puis en dé-serrant difficilement les poings…

Bon, après tout, il lui avait fait plus ou moins le même coup, sauf que lui ne l'avait pas prévenu. Au moins, Dégel avait eu la bonté de ne pas le laisser sans information. Mais bon, il aurait pu le réveiller quand même! On aurait presque dit qu'il avait peur de devoir lui faire face et de…

Kardia poussa un léger soupir amusé et se laissa de nouveau tomber sur son lit:

-C'est donc ça…

Au fond, est-ce que son Dégel n'avait tout simplement pas peur de devoir lui faire des adieux? Sans doute avait-il peur qu'il ne l'accompagne de force. Ou alors détestait-il tout simplement les au revoir? Oui, Kardia en était sûr.

Il sourit légèrement:

-Il ne me reste plus qu'à t'attendre à mon tour, mon Dégel…

Oui, il était frustré. Oui, il était en colère. Mais il allait se contenir. Au moins jusqu'au retour du Verseau. Alors, et alors seulement, il laisserait éclater son énervement et ferait clairement comprendre à son compagnon qu'il était hors de question de lui fausser compagnie de la sorte une nouvelle fois. Il allait donc devoir continuer le dressage qu'il pensait terminé…

Son sourire paisible se mua en grimace carnassière: oh oui… Vivement que Dégel revienne. Vivement qu'il puisse de nouveau faire son cinéma et en être récompensé grassement…

Comme un léger ricanement secouait ses épaules, Kardia haussa les sourcils: tiens, il y avait un post scriptum! Il sourit, moqueur: le français lui aurait-il laissé un mot d'amour mielleux? Non, certainement pas.

Le Scorpion leva les bras et porta la lettre à ses yeux:

-« Pour te faire patienter, tu ferais bien d'aller voir Liam: tu risques d'avoir une agréable surprise… »

Kardia fronça légèrement les sourcils: Liam? Le petit Liam qu'ils avaient sauvés sur ce bateau? Bah quoi? Qu'est-ce qui lui était arrivé?

Le grec fronça les sourcils et poussa un grognement:

-Tu le savais qu'avec une phrase pareille tu me ferais bondir hors du lit, hein?

Bien plus malin qu'il n'en avait l'air ce petit Dégel…

Et comme il plongeait dans ses vêtements et croquait vivement dans une pomme, se dirigeant vers les arènes, Kardia souffla mentalement:

Bon, note pour plus tard, essayer de moins parler seul à voix haute à une personne qui se trouve ailleurs, ça risque de porter à confusion…

$s$s$s$

Assis dans une une charrette tirée par deux boeufs, Dégel esquissa un léger sourire:

-Chacun son tour, Kardia…

Puis il replongea dans son livre, un sourire amusé sur les lèvres.


Et c'est tout pour cette fois :3 J'espère que ça vous a plu ;)

Encore une fois, courage à tous: le pouvoir de l'amour et de l'amitié triomphe toujours ;') 3

A bientôt pour la suite!

Je vous aime 3